
Interview with Denis Flores, an organic farmer who settled on agroforestry parcels in 2010. He describes the site history (plantings since 1996, periods of abandonment), current management (pruning, replanting, mulching), ecological benefits (reduced erosion, flood regulation, bird biodiversity) and diversified production experiments (market gardening under trees, shiitake inoculation, fruit trees, aromatic roots). He contrasts agroforestry and conventional farming and advocates local, chemical-free production.
Chapters
Je m'appelle Denis Flores, je suis agriculteur bio. Je suis arrivé ici en 2010 sur ces parcelles en agroforesterie qui étaient plantées depuis 1996 pour les premières plantations et en culture pendant 3 ans. Et c'était à l'abandon, à l'élagage pendant 5 ans. Donc on pourra regarder un petit peu, puisqu'on n'a pas fini d'élaguer, pour se rendre compte de ce que c'était. Et en fait, c'était à la vente depuis très longtemps et personne n'en voulait parce que l'agriculture en France, en général, et l'agriculture ici, c'est des parcelles propres, comme ils appellent, c'est-à-dire sans arbres, sans rien, sans haies, sans rien. Donc ça faisait un peu peur aux agriculteurs, ce qui m'a permis d'acquérir ces parcelles. Et donc on s'est installés ici avec ma femme et on a décidé de faire notre agriculture, de faire du maraîchage et de faire ce qu'on savait faire jusqu'à maintenant, du blé, des tournesols et tout ça, pour les transformer ici au milieu des herbes. Alors on a été obligés de faire une coupe de paupiers, vous voyez derrière, parce qu'ils étaient arrivés à maturité. Et donc on va finir de nettoyer et après on va replanter de nouveaux dépeupliers et peut-être un mélange aussi d'autres essences. Donc ça c'est à définir encore avec le cabinet Agroof et l'INRA qui fait partie du projet puisqu'ils suivent les plantations depuis le début. Moi je trouve que c'est une solution intéressante parce que déjà d'une part on est sur une zone inondable donc les arbres, le fait de la présence des arbres ça va réguler les inondations, en tout cas la montée soudaine des eaux, donc ça va freiner en fait les eaux, ça va peigner les embâcles, toutes les branches, tout ce qui est charrié par la rivière en temps de cru. Et donc mine de rien ça préserve le sol quoi, parce qu'une terre qui est nue, il va y avoir beaucoup d'érosion et donc on va perdre beaucoup de sol. Alors qu'ici justement, du fait qu'il y a des arbres, il y a beaucoup d'herbes partout, ça tient le sol. Donc déjà ça va freiner aussi les limons, donc on va avoir au contraire une couche supplémentaire de limon, donc une terre nouvelle enrichie quoi. Et ça c'est pour l'aspect écologique on va dire, la préservation des sols. En plus on a beaucoup d'oiseaux différents qui nichent dans les arbres, on a du lordeau, du verdier, du pivert, on a des rossignols, des fauvettes, des charbonnerets, des mésanges, enfin beaucoup, une variété très diverse. Et l'autre aspect, et là c'est pas les moindres quand même, c'est pour la culture, pour les personnes qui travaillent sous les arbres. Et quand on fait du maraîchage à l'ombre des arbres, c'est quand même vachement plus agréable que de travailler en plein soleil. Donc ça c'est aussi un aspect qui n'est pas négligeable. Et après il y a aussi l'aspect bois, parce qu'en fait on est à la fois agriculteur et à la fois bûcheron. À la fois forestier en fait. Donc ces arbres, on en tient une ressource. Donc nous on délagage, on s'en sert, on broie les branches. et on s'en sert de paillage. Alors ce n'est pas vraiment un BRF parce que c'est un broyeur à copeaux, il fait des coupeaux fins, donc ça se désagrège moins vite, mais ça fonctionne aussi. Donc on est en train de faire des essais justement pour ça. Et comme je vous ai dit, ça ne fait pas longtemps qu'on est là, c'est la deuxième saison qu'on attaque, donc on n'a pas encore assez de recul, mais ça va venir. Et on essaie beaucoup de choses, on a essayé aussi du champignon, donc on a mis en place sur les plopiers qu'on a coupés, du shiitake et du perrot. On va mettre aussi des arbres fruitiers, on va essayer aussi des plantes aromatiques racines, bardane, réglisse, guimauve et un peu de pissenline aussi pour la racine. Et voilà, après au-delà de ça, toute une variété de produits, que ce soit en légumes ou en fruits, pour justement avoir une diversité vraiment la plus fournie possible et la plus variée. Ils ont été obligés de maintenir une intensité quand même entre le forestier et ce que prétendait être l'agroforesterie qui ne l'était pas reconnue. Donc c'est vrai que les densités ont été quand même assez fortes. Et comme par exemple ici, ce qu'on voit là et même sur les noyés là-bas, on est planté à 10 mètres sur l'interligne. Et sur les mélanges, on est planté à 5 mètres sur la ligne, entre les arbres, et à 10 mètres sur les noyés. Mais ça reste quand même assez dense et un peu trop dense pour faire par exemple du blé ou du tournesol. En plus il faut avoir le matériel adéquat pour pouvoir semer du blé et récolter le blé à 10 mètres. Donc ça, ça a posé la problématique. C'est pour ça que sur les paupilliers qui au départ avaient été plantés avec des lignes de 16 mètres, ils ont fait un essai il y a deux ans, ils ont coupé une ligne sur deux. Et donc moi quand j'ai acheté, j'avais des lignes de 32 mètres. Voilà, puisque la ligne intermédiaire avait été suffisante. Mais bon, il n'y avait que la souche, mais bon, j'ai quand même... le puits de lumière était là, quoi. Donc j'avais des espaces 32 m. Et là, ça a permis d'avoir un blé tout à fait correct. Par contre, sur les plantations de feuillus qu'on voit derrière nous, là, et sur les noyés, Là j'ai décidé de faire surtout du maraîchage parce que comme c'est quand même très serré, très étroit, je pense que le maraîchage c'est ce qui se prêtera le mieux. Mais j'ai quand même l'intention de faire des essais avec soit du poids protéagineux ou des fèves orog ou des choses comme ça. Après on a du cornier, là-bas il y a un cornier, il y a un cornier à la dernière. Alors celle-là je vais pas la toucher, à la limite je vais couper juste le bout des branches pour pouvoir passer avec un tracteur, mais c'est tout. Après je vais laisser aussi un peu de Et après on va passer une route aux bêches pour aérer le sol et enlever, parce qu'on a beaucoup de sorgho d'alèpes, c'est des plantes à rhizomes, et ça se multiplie. Il y en a là, on en voit beaucoup là, qui a repoussé. Et quelle est la stratégie ? La stratégie c'est... A priori pour Sorbonne-Aleppe c'est l'amour, l'amour, l'amour. Beaucoup de Sorbonne-Aleppe l'an dernier. C'est la deuxième année qu'on les travaille. Cette année il y en a déjà beaucoup moins. Donc voilà. Après la rotation de culture aussi fait que... Ferrière, derrière nous là. Donc cette ferrière, en fait avant il y avait des lignes d'armes pareilles. Mais a priori, le sous-sol, il y a beaucoup de galets, beaucoup de pierres, et il est très pauvre le sous-sol. La couche de terre est très faible. Ici, c'était dans le même état que là-bas. C'était dans le même état que ce qu'on a vu juste avant. C'est élagué en février 2011. Ça a été cultivé, donc comme je t'ai expliqué, broyé, puis après roto-bêché. Une roto-bêche sans semelle de labour, juste un outil qu'on soulève et qui mélange un peu en surface. L'an dernier, on a planté des pommes de terre qui ont très bien fonctionné. Les plantes étaient hautes comme ça. C'est celles qu'on voit sur le petit film. Et donc cette année, et par contre, on avait beaucoup de sorbots d'haleine. On a de la même chose que là-bas. Et cette année, c'est la deuxième année, donc on cultive et on a planté de l'ail. Et là on peut voir que le sorbo d'Alep vient d'apparaître. Donc ça c'est le sorbo d'Alep, on voit c'est un petit rhizome, bon là il est fin donc il a fait une plante fine, mais des fois il y en a qui font un diamètre très très élevé et donc les plantes sont plus grosses. Et ça le problème c'est qu'on le coupe et à chaque coupure on multiplie. Comme l'armoise, comme le liseron, comme tout ce qui est en rhizome, le chien dents et tout ça. Et là c'est la seule que, bon il y en a une là, que j'ai enlevé là, mais il n'y en a plus. Il y en a très peu, très très peu. Alors que l'an dernier, il y en avait partout. C'était vert comme ça, mais c'était que du sang. 2007 c'était du chimique. Donc c'était désherbé en totalité. Donc quand on désherbe en totalité, il reste toujours des graines dans le sol. Il y a un stock de graines impossible à définir. Donc après, c'est les graines qui sont les plus virulentes qui vont tout envahir. Alors que si on cultive régulièrement ou qu'on ne cultive pas, comme la permaculture, comme aussi en BRF, Il y a un équilibre qui se crée, mais par contre le désherbage en totalité c'est pas bon, on s'en rend bien compte. Il commence à se décomposer déjà. Mais on le sent, avec la caméra ça marche pas, mais ça sent vraiment le mus. C'est pas comme un BRF, c'est-à-dire qu'on l'incorpore pas dans le sol ni rien, pour l'instant on s'en sert de mulch. On fait une couverture, ça évite d'avoir trop de mauvaises herbes, entre guillemets, parce que c'est pas vraiment des mauvaises herbes. Et puis c'est bien pratique pour pouvoir marcher dessus, s'entasser le sol, et aussi pour faire pour garder l'humidité et donc créer une vie souterraine. Dès qu'on soulève les copeaux, ça grouille. Il faut un développement d'insectes qui sont là pour désagréger la lignine et la cellulose. Les fraisiers. Donc là, les fraisiers, on les a plantés la semaine dernière. Et pour pouvoir passer dessous avec le tracteur. ou à 20 mètres par 20 mètres, faire des carrés. Et à ce moment-là, on peut orienter nos cultures en Nord-Sud ou en Est-Ouest, suivant la culture qu'on va faire, suivant l'année qu'on va faire. Donc, en fait, c'est très modulable. C'est pas figé, quoi. On peut vraiment, avec un pourcentage de pertes, c'est évident, puisqu'il y en a une masse pour manger des salades, des radis. Mais si on... Enfin, pour l'instant, je ne l'ai pas fait encore, mais si on fait l'analyse vraiment des pertes, qu'on a, à mon avis, c'est vraiment infime. Le total des pertes nous coûtera moins cher que si on achetait des produits pour que ça ne soit pas des pertes. Mais 1 hectare d'agroforesterie équivaut à 1 hectare 7 d'agriculture séparée et d'arbres séparés. Il y a des bouquins qui existent là-dessus, il y a des films qui ont été faits là-dessus. Il faut qu'ils aillent voir ailleurs et qu'ils n'hésitent pas à se renseigner là-dessus. Il y a vraiment des façons de pouvoir changer le mode de culture. et de gagner aussi bien sa vie, sans s'empoisonner et sans empoisonner les.
Autres. Moi je pense que c'est important de voir différemment, de voir autre.
Chose.
De faire plus en harmonie avec la nature, plus réceptif, plus ouvert, savoir que c'est un système en entier et que c'est pas le système actuel conventionnel qui va nous permettre de voir un avenir. C'est pas comme ça que je vois les choses. J'ai quelques amis qui pensent la même chose mais c'est difficile de changer quand C'est difficile de changer parce que c'est facile en conventionnel. Il y a une mauvaise herbe, entre guillemets, et il y a un produit. Donc c'est difficile de mettre les mains dans la terre, de l'enlever à la main ou de travailler pour que ça s'enlève. Mais bon, c'est un pas à prendre, c'est une idéologie aussi en même temps. Donc moi j'ai décidé de le faire. Je ne sais pas si d'autres le feront. Si moi je sais que dans mon secteur, il y en a un ou deux qui ont ces idéaux là, et je pense que si moi je m'y mets et que je montre que j'y arrive bien, que j'y arrive à en vivre correctement, je pense que ça poussera d'autres gens à essayer. Il faut toujours un premier qui tente et moi je prends le pari de le.
Faire. Parce que quelque part, les agriculteurs nourrissent les consommateurs, mais les consommateurs font que les agriculteurs produisent ce qu'eux mangent. D'accord ? Donc si les agriculteurs tendent de plus en plus vers une alimentation saine, biologique, cultivée comme ça, ou même, c'est pour ça qu'on veut faire venir les gens ramasser leurs légumes ici, pour qu'ils voient comment ça pousse, et pour qu'ils voient comment on fait pousser des légumes, et qu'on peut arriver à faire pousser des légumes sans... en bombarder le produit chimique. De toute façon, l'agriculture, il faut qu'elle soit aussi locale. Je crois qu'il faut qu'on revienne aussi à un système, à arrêter cette mondialisation, de toujours vouloir consommer des fruits qui ne poussent pas chez nous, ou des produits qui ne sont pas de saison. Il faut qu'on revienne à une consommation intelligente. Et c'est vrai que la mondialisation, c'est bien pour les actionnaires aussi, toujours pareil, toujours les gros, qui s'en mettent plein les poches, et puis les autres, ils triment comme.
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