From a workshop with ACT IN to Emily in Paris - Interview with Philippine Leroy Beaulieu - French

Philippine Leroy Beaulieu talks about an acting workshop that helped her access vulnerability through trust and physical exercises. She describes the leader's non-judgmental space as a laboratory where actors can unlock parts of themselves needed for roles, even over Zoom during lockdown.
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Tu te souviens, je t'avais dit en sortant du stage que ça avait été vachement libérateur pour moi, pour plein de choses. Mais je pense que c'est parce que d'abord tu crées un climat de confiance très fort dans le groupe. qu'on se sent vraiment dans une intimité, un laboratoire, une cuisine, quelque chose où on a le droit de merder et de recommencer, et personne se juge, il y a quelque chose d'une belle intimité. Je crois que je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui voit des choses que nous on ne voit pas à ce point, quand tu nous diriges. J'ai toujours été surprise, d'abord sur moi, même si je savais, quand tu me disais le truc, je savais que tu étais en train de toucher à un truc inconscient que moi je voyais, que t'as amené devant, je me disais, bien sûr, elle a vu. C'est-à-dire que tu rendais conscient l'inconscient. Mais au-delà de ça, ce qui m'a fascinée, c'est quand je le voyais sur les autres, quand tu faisais sur les autres, moi, je ne voyais pas ce que tu voyais. Et je me suis dit, mais la vache, l'œil que tu as. Et ça, c'est vachement beau parce qu'on a besoin en tant qu'acteur d'être vu aux endroits où nous-mêmes on ne se voit pas. Et quand on a, par exemple, un metteur en scène qui fait ça, ça nous fait vachement plaisir parce qu'on sait qu'on va pouvoir aller plus loin et qu'on est en sécurité, en gros, si tu veux. On a toujours besoin que l'autre voit un peu plus que ce qu'on voit nous-mêmes. Et toi, tu l'as très fort. Quand tu nous pousses dans des exercices de l'intime, c'est ce qui est... Ils le sont tous, tu vois, mais évidemment, tu sais bien de quoi je parle. Il y a quelques exercices au fur et à mesure du stage qui deviennent de plus en plus... qui dévoilent de plus en plus notre intimité, en fait. Ce qui est beau, c'est qu'on est toujours à un moment du stage où on est dans un moment très ludique. On a commencé à vraiment s'amuser. En général, au bout de trois jours, on a commencé à vraiment s'amuser. On a commencé à vraiment être en confiance, à se connaître, etc. Du coup, ça relève du jeu, même si on a vachement le trac, d'aller explorer ce genre de choses. Il y a quelque chose de très, très ludique. On revient à l'enfance, au plaisir enfantin, même d'aller fouiller toutes ces choses, on le fait avec une joie d'enfant. Et ça, c'est vraiment grâce à l'atmosphère que tu crées et de manière très habile quand même. Tu nous fais faire d'abord ce pas, ensuite cet autre pas, ensuite cet autre pas. Tu vois bien que ces choses ne sont pas des exercices. La manière dont ils s'enchaînent, ce n'est pas choisi par hasard. C'est pour nous amener quelque part. Et ça, c'est vraiment beau. Donc moi, ce que je retiens, Je dis, il y a quelque chose, il y a un effet libérateur et un regard sur nous qui devient plus indulgent aussi. Ce qui est important, parce que nous les acteurs, on passe notre temps à se juger, on se juge nous-mêmes en permanence, ce qui est notre pire ennemi. On le sait, mais on ne peut pas s'en empêcher. L'écueil numéro un, c'est on se regarde. « Ah non, j'étais à chier. Je me souviens quand j'étais jeune actrice, je me tapais la tête contre le mur quand je n'étais pas contente. » Je me souviens d'une coche avec qui je travaillais qui me disait « Mais non, c'est pas possible, mais tu étais complètement folle ! » Et c'était vraiment un orgueil complètement blessé, tu vois.
Dans ce stage, le cercle est quelque chose qui libère, qui permet vraiment de.
Crier, de pleurer, de rager, de bouger.
Le corps et de lâcher prise. Et ça, ça permet, après l'intimité, qui, du coup, t'amène à aller vers des exercices individuels plus...
C'est ça, t'as vraiment raison de commencer par cette chose qui est très physique. Parce que là, on ne peut pas tricher avec le corps, tout se voit. Et du coup, c'est vachement beau parce que même les gens les plus timides, alors les premiers jours, on n'ose pas trop, on est un peu comme ça, on joue un peu le tric. Au fur et à mesure des jours, on est beaucoup plus en train d'être nous-mêmes vraiment. On le voit, on se voit de nous-mêmes en train de vraiment lâcher quelque chose. C'est vrai que c'est un échauffement formidable parce qu'en fait, c'est une entrée en matière qui est formidable. Ce qui me frappait, c'est que pendant les lockdowns, on avait fait ces classes par Zoom. Ce qui était incroyable, c'est que tu avais le même œil. Tu nous lâchais pas. Et je me disais, tu vois, alors qu'on était totalement virtuels, nos corps étaient complètement emprisonnés dans ce petit cadre, on pouvait pas... Voilà, on jouait assis sur nos petites chaises, ou alors on se mettait un peu debout un peu plus loin, ou alors on dansait, mais c'était avec l'écran. Et c'était super drôle parce qu'on dansait tout seul dans nos salons.
Je vais les relancer, ces classes-là, parce qu'on me le demande, et c'est vrai que... Pourquoi pas ? Parce qu'il y a des acteurs qui ne peuvent pas nécessairement se déplacer au workshop, donc... C'est vraiment quelque chose qui est chouette parce qu'on peut bouger et puis alors on fait les scènes ensemble. C'est vraiment super.
En plus, si tu te souviens, c'était une époque où on faisait beaucoup de self-tape. Et puis là, on avait préparé Émilie aussi.
On avait préparé Émilie et on l'a eue !
Et on l'a eue !
On connaît des gens maintenant un petit peu partout dans le monde entier et on peut, parce qu'ils ont travaillé de la même façon, retrouver une énergie commune. C'est vraiment super. Qu'est-ce que tu conseillerais à un acteur, un jeune acteur qui a un peu peur ? Vous, peut-être, pensez à un acteur. Un acteur un peu plus... Oui, parce.
Qu'Il y a des acteurs vieux qui ont peur. Non, je pense qu'on n'est pas forcés de se dire qu'on est en train de faire un travail thérapeutique. C'est pas du tout ça. Forcément, quand on est acteur, on va chercher des trucs de nous. Donc, vaut mieux un peu les connaître, c'est tout. Si on est pudique avec ces trucs de nous, qui sont nos trucs, on peut pas jouer. Enfin, je veux dire, c'est... Tu vois, il y a des trucs de Sylvie qui sont horriblement, dans Émilie, qui sont horriblement durs, brusques, désagréables, pets secs, qui sont des trucs à moi. Bien sûr. Et que j'ai le loisir de pouvoir jouer dans Sylvie. Comme ça, dans la vie, je fous la paix aux gens, quoi. C'est plutôt bien, tu vois. Si je ne savais pas que j'avais ça en moi, je ne pourrais pas la jouer. J'aurais peur d'être une vraie méchante. Mais on l'a tous en nous, en fait. Il y a des moments où elle est vraiment méchante, il y a des moments où elle a autre chose, mais elle a aussi ce côté super désagréable. Et si je ne savais pas que je l'avais, je n'aurais pas peur de jouer. J'aurais peur de donner ça à Sylvie alors que Sylvie en a besoin. Je pense que les acteurs, il faut qu'on soit... qu'on soit un peu plus détendu avec notre part d'ombre, avec même des choses qu'on ne sait pas de nous parce que sinon on ne peut pas jouer. Forcément, il y a des personnages qui demandent des choses de nous qu'on ne connaît pas. Il ne faut pas avoir trop peur, on ne va pas en mourir. Et il vaut mieux le faire dans un laboratoire qui est safe comme le tien. Il vaut mieux aller chercher sa part d'ombre dans un laboratoire qui est très safe plutôt que de se retrouver seule, perdue sur un plateau avec des gens qui ne comprennent pas ce qui t'arrive, parce que de toute façon, tôt ou tard, tu vas tomber sur des petits démons que tu as en toi en jouant, et tu peux faire quoi si tu n'es pas protégé, aimé, etc. Donc il vaut mieux travailler en workshop ce genre de choses. Bien sûr. On connaît, puis on a toute notre petite bande de petits démons qu'on met là les uns en face des autres, on dit bon alors là j'ai besoin de toi, numéro 4, numéro 6, numéro 8, allez, voilà. Et on travaille quoi.
On en rit, c'est à un moment donné, c'est bon.
C'est bien sûr, mais ça va. On n'est pas parfait, on n'est pas sans pardon, on n'est pas sans douleur, on a tous vécu des trucs. Allons-y, allons fouiller. Notre grande chance en tant qu'acteurs, c'est qu'ils deviennent des outils de travail. On peut en faire quelque chose de vraiment créatif. C'est génial. Plutôt que de vivre avec, tout seul, sans rien pouvoir en faire. Il y a beaucoup de gens. Il y a d'autres métiers où on peut faire des choses. Tous les artistes, en général, peuvent faire quelque chose de ça. Mais bon, nous encore plus, parce qu'on les exprime de manière directe.
T'as fait ce stage, et puis boum, boum, boum, on a fait les zooms ensemble pendant le lockdown, etc. Et puis, paf, cette audition.
Écoute, merci en tout cas pour ton aide et merci pour tout ce que tu fais vraiment pour les acteurs. T'es un mec chou. D'abord, t'es une actrice, toi, t'es une grande actrice, toi, mais en plus, tu as cette espèce de deuil et d'amour pour les acteurs. c'est pas si fréquent en fait, il y a beaucoup de personnes qui travaillent avec des acteurs qui n'ont pas la même bienveillance que toi et le même œil que toi, donc... Merci.
Eh bien, à tout bientôt !







