Différences culturelles France-Pologne : ce que ça révèle sur votre communication au travail

Dans cet entretien animé par Maria Kulas EMBA, le coach interculturel Franck, Français installé en Pologne, partage son expérience de vie et de travail entre les deux pays. Il explique pourquoi il a choisi la Pologne, les chocs culturels qu’il a rencontrés – notamment le mélange de directivité et de politesse chez les Polonais, la brièveté des e‑mails comparée aux messages français, et les différences de salutations. Franck montre comment ces contrastes influencent la communication professionnelle, soulignant la nécessité d’être explicite, de reformuler et de poser des questions de précision pour éviter les malentendus. Il décrit ses méthodes de coaching (écoute active, reformulation, clarification des limites, gestion des silences) et les services d’AC Mentoring, qui accompagnent les équipes multinationales. Le dialogue aborde aussi la gestion des conflits – revenir aux accords, ne pas confondre silence et consentement, et afficher clairement ses limites lors de négociations. Enfin, Maria propose un cours en ligne gratuit de quatre semaines sur l’assertivité et la prise de limites, invitant les auditeurs à s’inscrire. Le contenu combine anecdotes personnelles, conseils pratiques et promotion d’une formation, offrant une vue détaillée des enjeux de communication entre la France et la Pologne dans le monde du travail.
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Bonjour Franck, je suis très contente, bonjour, de t'accueillir aujourd'hui sur ma chaîne Corps de négociation parce que c'est toi qui es invité, c'est mon invité d'honneur et je suis très heureuse que le public va pouvoir te connaître aussi. Est-ce que tu aimerais dire 2 ou 3 mots sur toi? Qui es-tu et comment tu arrives là et comment tu te sens avec?
Alors, déjà merci de m'inviter. Qui je suis? Je pense que ce qui est important par rapport à la discussion d'aujourd'hui, c'est déjà de dire avant tout que je suis un Français qui habite en Pologne depuis maintenant longtemps et que je passe mon temps à travailler avec des Polonais en Pologne et en France et des Français en Pologne et en France. Et que j'ai fait exprès de choisir ça et que ça m'intéressait de pouvoir être toujours dans un contexte, on va dire, interculturel, international. Et même si la Pologne, c'est juste à côté de la France en termes de kilomètres, il y a d'une frontière à l'autre à peine 1000 et quelques kilomètres, c'était le plus différent que je pouvais trouver en Europe pour moi. Donc je suis allé m'y frotter.
Voilà. Je suis très contente. Merci pour cette présentation. Effectivement, le sujet de notre vidéo du jour, c'est les différences entre les culture sur l'exemple de la France et Pologne. On parlera qui sommes-nous, pourquoi moi une Polonaise je vis en France, toi tu habites en Pologne, comment ça arrive. Et voilà, et qu'est-ce qu'on peut tirer dans le monde professionnel, pourquoi cette différence c'est pas uniquement au niveau de personnes, des émotions, mais quel impact ça fait dans le monde de travail. Dis-moi peut-être quelques mots d'introduction parce que ça m'intrigue. Comment tu as choisi, tu dis, la Pologne? Est-ce que c'était vraiment un choix conscient ou c'était un peu l'hasard?
Je rêvais d'aller en Pologne depuis tout petit. Non, non, c'est souvent, tu sais, la plupart des gens que je connais qui comme moi se sont installés dans ce pays, ils sont allés pour le travail en sachant pas forcément très bien où ils allaient au départ d'ailleurs. Et ils y sont restés d'abord parce qu'il y a du travail et que l'économie est une économie c'est probablement l'économie qui vit le mieux les années actuelles. Et puis depuis une vingtaine d'années dans toute l'Europe. Mais on n'y reste pas pour des raisons économiques en général, on y reste parce qu'on tombe amoureux du pays, des gens, puis spécifiquement de certaines personnes, je pense. Voilà. Et donc c'est exactement ça. Après, tu vas nous dire pourquoi toi t'es en France après tout, peut-être.
Mais pareil, pareil, la réponse c'est exactement pareil. Je suis tombée amoureuse, donc j'ai quitté mon pays et voilà, je suis là. Et après, voilà, j'avais mon crédit pour MBA à ESCP Paris, donc je ne pouvais pas revenir en Pologne. Il fallait que je bosse ici en France, donc je bossais et je suis restée. Et après, voilà, les PACS, la maison, Normandie, mon chat et les chevaux, la vie normale, classique. Dis-moi, quelle était la plus grande surprise, et donc tu t'en souviens, par rapport à la Pologne?
La chose qui m'a le plus surpris au tout départ, c'était le mélange que je percevais chez les personnes avec lesquelles j'étais en interaction entre un côté très direct et en même temps beaucoup de formes de politesse. J'ai mis du temps à réconcilier les deux. Le fait qu'on me dise que je disais une bêtise, mais qu'on me dise ça en m'appelant Monsieur Franck, c'était quelque chose que j'avais du mal à réconcilier au départ. Et ça a été probablement l'une des premières choses qui m'ont fait réaliser à quel point il y avait une différence dans le sens de fonctionnement entre les autres cultures que je connaissais et la culture spécifiquement polonaise. Et après, il y a eu une deuxième chose qui est arrivée un petit peu plus tard, mais que là, par contre, j'ai pour le coup adoré dès que je l'ai comprise. C'est qu'en général, quand avec des Polonais, on dit on fait ça c'est vraiment ce qui se passe derrière. Le côté si on se met d'accord, alors on fait Et ça, c'était quelque chose qui m'a surpris très positivement, alors que parfois, J'ai encore du mal avec des formules de type Monsieur Franck et puis derrière me dire mais je suis pas du tout d'accord. Il y a cette opposition que moi je perçois en tant que Français entre le désaccord et la politesse qui fait toujours, j'allais dire, un contraste auquel j'ai fini par m'habituer mais qui était quelque chose qui a pris du temps.
Merci parce que pour faire un miroir, pour moi c'est un grand choc. Quand je suis venue, c'était cette gentillesse, les phrases toutes rondes avec beaucoup de s'il vous plaît et merci Conditionnel en continu à la place de dire directement de quoi il s'agit. Je vous appelle concernant une facture pas payée et pas bonjour, comment c'étaient vos vacances? Parce que c'est pas le sujet de mon call professionnel et officiel. Donc pourquoi on discute de vacances si moi j'ai un problème? Donc pour moi, ce formule de gentillesse, de courtoisie, vrai, c'était quelque chose que j'étais censée apprendre parce que dans mon canon d'être professionnelle, Ça n'existe pas en polonais.
Je communique beaucoup moins par email qu'avant aujourd'hui, mais une chose qui m'avait marqué, c'est qu'un email venant d'un Polonais, que ce soit à l'intérieur de l'entreprise ou un client, c'était un email qui en général prenait 2 phrases, alors que le même email parlant de la même chose venant d'un Français, pardon, prenait 4 à 5 phrases. Et c'était quelque chose qui était, quand on communiquait de façon, avec les emails, on communiquait de façon quand même assez formelle, mais que le formel polonais prenait 2 phrases alors que le formel français qu'ils prenaient 2 fois plus, voire presque 3 fois plus. C'est quelque chose qui m'avait beaucoup fait rigoler au fil du temps, une fois que je m'y étais habitué. Et ma communication, à force de travailler en Pologne avec des Polonais, ma communication est devenue une communication beaucoup plus comme ça. J'ai parfois des collègues dans mon équipe, j'ai des personnes qui sont polonaises et qui habitent en France, comme toi, qui me disent bon là l'email que j'ai reçu c'était vraiment un email polonais, t'as oublié de me dire bonjour.
Bonjour, ça va? Comment allez-vous?
Comment vas-tu? Le fameux bonjour, comment vas-tu? Qui prend déjà 2 lignes et puis que les Polonais lisent même plus en fait. Tout à fait.
Pour moi, dire bonjour ou salut, après il faudra toujours dire ça va qui est collé. Salut, ça va. En Pologne, on dit juste salut ou juste bonjour. Il n'y a pas nécessairement comment vas-tu? Ça peut exister si tu as du temps, mais si tu appelles parce que tu as un problème, tu me demandes Je te rappelle que tout à l'heure nous avons une réunion et que nous ne l'avons pas préparée.
C'est un email tout à fait normal comme ça, en une seule phrase en polonais. Et mes collègues français comme Salut, ça va? Tu te rappelles qu'on a une réunion aujourd'hui? Au fait, on n'a pas fait de préparation. Est-ce que tu voudrais qu'on cale un temps avant ou est-ce que ce n'est pas nécessaire pour toi? Et en fait, tu as dit exactement la même chose quand tu Donc c'est quelque chose d'intéressant, ce côté très rapide, direct, droit au but. Mais c'est vrai que quand c'est un client qui me connaît pas très bien, par contre, la phrase, elle va commencer par Bonjour Monsieur Franck Et puis derrière, c'est Je vous rappelle qu'on n'a pas fait la réunion préparatoire alors qu'on se parle Et puis ça s'arrête là, quoi. Voilà.
Oui, oui. Dis-moi, ce genre de situation, nous, on parle maintenant à la légère et ce sont des exemples un peu humoristiques. En même temps, je sais que dans le monde professionnel, ça peut générer des problèmes ou des malentendus ou les tensions qui sont peut-être cachées, non exprimées volontairement. Et donc il y a peut-être la tension qui augmente. Comment tu gères ce genre de différence?
Ce qui est vraiment important pour moi, ce que j'ai appris grâce à mon travail avec les Polonais, c'est de faire en sorte que les choses soient dites. Donc de les faire dire ou de les dire moi-même et de ne plus être comme classiquement en français avec des phrases qui ne sont pas terminées, avec de l'implicite, avec du non-dit, etc. Et quand je coache, parce qu'une partie de ce que je fais, c'est coacher des Français à travailler avec les Polonais ou des Polonais à travailler avec des Français, il y a beaucoup moins maintenant d'expatriés français qui arrivent en Pologne. Mais les filiales, sociétés françaises ici en Pologne, il y a quand même beaucoup d'interactions avec le siège. C'est vraiment de, on ne quitte pas une discussion tant qu'on n'a pas fait tout dire ou tant qu'on n'a pas tout dit. Et c'est vraiment à prendre soin que tout ait été explicite. C'est vraiment la différence énorme et l'effort qu'il faut faire de faire tout dire. Le Polonais va toujours se plaindre que le Français n'a pas tout dit alors qu'il voulait dire d'autres choses. Et le Français va probablement se plaindre du fait que le Polonais ayant dit tout ce qu'il avait à dire, maintenant il dit plus rien. Donc c'est vraiment travailler sur le fait que tout ce qui voulait être dit était dit. Et pas bah non mais ça c'est un corollaire, c'est évident Bah si c'est évident, on va le dire alors.
Sur l'exemple de ton travail, si tu veux, dis-nous un peu plus comment on peut te trouver, comment on peut te contacter et quels sont tes domaines de coaching. Et aussi peut-être quelques conseils, comment être plus explicite? Comment toi tu fais ton travail? Est-ce qu'il faudra faire un résumé par écrit à la fin? Est-ce qu'il faudra paraphraser ce que tu as entendu? Comment toi tu le fais?
Alors si on vient sur comment on le fait, faut vraiment appliquer ce que j'avais appris à l'école en écoute active. Le fait de rephraser, de dire est-ce que ça veut bien dire ça? Ou je vais peut-être me tromper, mais moi j'ai compris ça, est-ce que c'était bien ce que tu voulais dire? Tout ce qu'on a appris dans les cours au au premier niveau, dans la première heure du premier cours d'écoute active, il faut le mettre en œuvre. C'est vraiment très, très important. Donc ça, c'est la première chose. La deuxième chose, c'est aussi d'avoir sans cesse des petites questions de précision. Ça, c'est moi qui le fais ou ça, c'est toi? Tu le veux pour demain ou ça peut attendre? Enfin, toutes ces choses-là qui sont— Ça coûte rien, ça prend 14 secondes à dire. Et ça évite les tensions dont tu parlais parce que le Polonais va considérer que comme j'ai pas donné de date, il y en a pas. C'est pas très important en fait finalement, j'ai encore parlé pour rien dire en tant que Français alors que moi j'ai dit qu'il fallait que ce soit fait. Voilà. Donc des choses comme ça, c'est ce qui est important. Maintenant pour répondre au sujet sur quoi j'interviens ou sur quoi nous intervenons, il y a beaucoup de choses mais une partie très importante de notre travail, c'est d'aider les gens qui sont en position de responsabilité d'équipe ou d'entreprise à optimiser leur travail de responsable. Donc quand on a une équipe qui est multinationale, quand on a une équipe qui est dans différents pays, quand on est français mais qu'on a des direct reports qui sont en Pologne, là on va venir intervenir sur comment aider chacune des personnes à mieux vivre cette chose-là, parce que l'autre c'est un autre, il est différent de moi et je ne risque pas de savoir ce qui se passe dans sa tête. Donc il vaut mieux que je lui fasse dire. Et donc le le cabinet qu'on a créé, qui s'appelle AC Mentoring, existe en France, existe en Pologne, et trouvable grâce à nos profils LinkedIn assez facilement. Maintenant que je te dis ça, je pense aussi à une dernière chose. Ce qui est très, très important pour éviter les tensions, c'est aussi de bien dire, si on se met d'accord sur quelque chose, on commence à le faire. Et après, une fois qu'on a commencé à le faire, on peut dire, c'était pas si bonne idée que ça, mais on commence à le faire. Parce que ce que les Polonais reprochent beaucoup aux Français, c'est qu'ils disent qu'ils vont faire quelque chose et ils ne commencent pas à le faire. Pourquoi? Parce que pour un Français, quand on a décidé, c'est très chouette, on a décidé. Mais après, on a une nouvelle idée et on dit bah oui, mais faut quand même en parler avant Alors que nos amis polonais, ils vont dire bah non, on a décidé, on fait. Ta nouvelle idée, tu la gardes pour la première fois où on va regarder si ce qu'on a fait, c'était bien ou pas Et donc, le fait de dire si on se met d'accord sur quelque chose, on l'engage, on le démarre. C'est aussi quelque chose de très important. J'ai jamais eu de problème avec un client polonais qui me disait «j'accepte, on va faire». Jamais eu de problème, on a toujours fait. Après, au bout de 2 fois, on s'est peut-être disputé parce qu'on n'était pas du tout d'accord sur ce qu'on faisait ou comment le faire, mais on a toujours démarré. Des clients français qui me disent «c'est OK, on y va». Et puis quand je prends la, j'essaie de trouver une date pour faire une première session, une première rencontre, qui me répondent jamais ou qui me disent finalement on va pas faire, ça, ça existe.
J'entends qu'il y a quelques phases de presque conflit ou vraiment de feu entre les deux parties qui est déclenché. Comment en fait on peut gérer les conflits potentiels pour ne pas permettre à l'incendie de brûler tout, mais de l'arrêter à temps? Quelles sont tes tactiques à déployer?
Alors, je vais préciser une chose, ce que je vais dire n'est valable que dans un contexte professionnel. OK? Parce que j'ai toujours pas trouvé le moyen d'éteindre les conflits avec ma fille ou ma femme, mais ça, c'est un autre sujet. Là, ça brûle et ça brûle et ça brûle encore. Non, je crois qu'il est important de revenir à ce sur quoi on s'était mis d'accord. Donc, qu'est-ce qui a été agréé entre les deux parties? Si on a décidé à la fin d'une réunion qu'on allait faire quelque chose, on a bien posé la question de contrôle, que c'était à moi de le faire et qu'il fallait que ce soit fait demain. Bon bah, je le fais et puis je dis que j'ai fait. Et comme ça, au moins, les choses sont claires. On a dit que je devais le faire, que je devais le faire demain, donc je le fais. Puis après, je dis je l'ai fait. Et ensuite, je peux dire et je le referai plus parce que c'était une erreur ou etc. Là, je peux le commenter, mais je l'ai fait. Ça, donc le côté faire et puis dire, lier vraiment les deux, c'est très important. Ça évite, en revenant aux bases de ce sur quoi on s'est mis d'accord, ça évite qu'il y ait du prêt d'intention. Oui, mais tu n'as jamais voulu le faire, etc. Ça, c'est la première chose. La deuxième, c'est aussi de ne pas confondre le silence avec un consentement ou le fait d'acquiescer. Un Polonais qui se tait, c'est pas un Polonais qui est d'accord.
S'il est d'accord, il dit oui ou il dit je suis d'accord C'est pareil, je trouve.
Alors les Français vont peut-être ne pas dire quand ils sont pas d'accord, mais ça veut pas dire qu'ils vont se taire. Alors que quand tu as une réunion où tu as un Polonais qui se tait complètement, là tu as intérêt à poser des questions. Tu as vraiment intérêt à creuser, à essayer de comprendre parce que s'il se tait, c'est souvent qu'il— ou alors il a dit tout ce qu'il avait à dire. Et donc la question est-ce que tu as encore des choses à dire? peut être bienvenue, mais s'il se tait, en général, c'est qu'il y a quelque chose qui commence à l'énerver.
C'est vrai, je confirme.
Alors que le Français va taire ce qu'il a envie de dire peut-être, mais va dire autre chose.
Si je peux, je vais ajouter peut-être ici par rapport au conflit, je vois que sur poser les cadres, que tu le nommes, il faudra revenir au cadre et qu'est-ce qu'on était, où on était au début pour construire ce genre de cadre. C'est optimal de pouvoir mettre des limites, donc poser vraiment des limites. Le cadre, ça s'arrête où et ça commence où? C'est pas au niveau ce que je souhaiterais, mais c'est que je suis pas du tout d'accord. Et ça, c'est sûr et 100 que ça, je n'accepte pas. Donc le cadre pour moi, ce sont des objectifs qui sont tangibles et positifs, et aussi sur quoi je ne suis pas d'accord. Donc dire non ouvertement comme nous sommes dans les bonnes relations. Donc il n'y a pas cet élément d'émotionnel qui rentre en jeu. Nous sommes tous les deux parties en face de table qui sont dans la co-création de notre accord. Donc on cherche vraiment le cadre et définit comment.
Et alors, et dans ce que tu dis, ça me fait penser à deux choses. Le premier, c'est qu'effectivement il faut que ce soit explicit. Si je ne peux pas faire ça, enfin faut que je le dise tout de suite ou que je le dise rapidement en tout cas. Ça c'est une première chose. Et le deuxième c'est que je l'ai beaucoup constaté dans les négociations, les vraies négociations, que ce soit une négociation tarifaire ou que ce soit une négociation autour de différents éléments d'un contrat. Il y a eu un moment où j'avais un bureau avec un tableau derrière la table où je m'asseyais et très souvent je me levais et je disais ça c'est ma limite. Tant qu'on est au-dessus, c'est bon. Tant qu'on est en dessous, ça marche plus. Et je disais ça. Et au moins, c'était très clair. Les gens me regardaient, ils voyaient ma limite juste derrière, au-dessus de ma tête, sur le tableau. Et c'était plus simple. Le fait de dire je ne peux pas descendre en dessous de ça dans une négociation financière, par exemple, c'est une donnée qui est prise par la personne en face. Réellement, c'est pas un jeu, c'est pris. C'est pris. Si tu dis à un interlocuteur là je peux pas, je sais pas faire un prix en dessous de celui-là, il va il va considérer que tu lui as donné une information avec laquelle il doit travailler. Et il va faire avec ou te dire «Bah, on n'y arrivera jamais.» Mais c'est plus du jeu, c'est un fait. Et si toi tu as dit ça alors que t'avais encore un peu de marge de manœuvre et que tu descends en dessous, alors tu n'es plus crédible.
Je pense, tu vois, toi tu donnes un exemple d'une négociation commerciale, donc l'enjeu est très élevé, c'est un business to business, donc deux entreprises doivent se mettre d'accord. Moi je trouve que ça commence le pouvoir de s'exprimer et parler de ses limites commence pas uniquement au moment de décision et parler de prix. Ça commence beaucoup plus tôt parce que toutes les conditions en amont, la façon comment on se met d'accord à quel jour, à quelle heure on va discuter, c'est aussi une sorte de se mettre d'accord. Et l'invitation, qui va envoyer l'invitation, s'il faut annuler ou décaler, ce sont ces petites choses qui comptent. La façon comment on est capable de refuser, donc dire non. Non, je ne peux pas lundi à 15 h, est-ce qu'on peut décaler? Non, je peux être en retard, est-ce qu'on peut changer l'horaire? Ce sont ces petits éléments qui vont jouer après pour construire ou pas cet accord final.
Et Maria, il y a un très bel exemple de ça où j'expliquais à un directeur qui venait d'arriver en Pologne. J'avais passé ma journée dans son bureau pour comprendre ses interactions avec ses équipes, etc., pour comprendre ce qu'il faisait, ce qu'on appelle un shadowing dans notre jargon, c'est-à-dire j'étais son ombre, je le suivais toute la journée. Et au bout d'un moment, je lui dis là, il y a quelque chose qu'il faut absolument que tu arrêtes de faire. Il y a quelqu'un qui vient d'arriver dans ton bureau et qui t'a dit on peut parler? Tu lui as dit non, je peux pas maintenant, mais je reviens vers toi, je te ferai signe. Tu as vu la tête qu'il faisait quand il est parti de ton bureau? Il était pas content. Parce que ça veut rien dire ce que tu lui as dit. Si tu lui dis je peux pas aujourd'hui, Mais demain matin, quand j'arrive à 9h, je viens te voir. Alors il est content. Si tu lui dis Je reviens vers toi dès que je peux. Il n'est pas content. Ça ne veut rien dire, Je reviens vers toi dès que je peux. Et lui, il reste avec son problème tout seul. Et dire OK, on en parle. J'ai 5 minutes dans une heure. Ou est-ce que tu préfères qu'on prenne 3 quarts d'heure demain matin durant le point que je peux faire avec toi? Tu donnes le choix. Ça va bien. Tu lui dis Je reviens vers toi, je t'ai entendu. Ça sert à rien, c'est comme si t'avais rien dit. Et ce que tu dis là est très important, là. Le fait d'être précis, d'être clair et exact. Je te rappelle dans 5 minutes qui est une phrase que j'entends beaucoup de Français dire, alors que c'est, ben non, ils vont pas te rappeler dans 5 minutes, ça veut dire je te rappelle rapidement Ben oui, mais moi dans 5 minutes, la personne elle a donc pas pris d'appel, elle attend. Elle attend parce que dans 5 minutes elle a rien le temps de faire, donc elle attend. Et puis au bout de 5 minutes, tu l'as pas rappelé. Puis au bout de 6 minutes tu l'as pas appelé, puis au bout de 10 minutes et puis au bout d'un quart d'heure. Et donc comment la confiance peut s'installer pour la personne qui considère que tu lui racontes n'importe quoi? Elle s'installe plus. Tu as tout à fait raison.
On est vraiment en amont dans le je fais donc je dis donc je fais J'aime beaucoup comment on reboucle quelque part avec ton exemple par rapport à ce qu'on s'est dit au début de notre échange parce que effectivement ce que j'ai dit je fais c'est quelque part les comportements qu'on voit. Maintenant, en parlant de la confiance, on parle de les compétences internes. Donc c'est pas les résultats visibles, ce sont des, quelque part, la pyramide de valeurs, les croyances qu'on a, qui nous poussent ou pas à faire quelque chose. Donc ces compétences douces qu'on peut appeler les soft skills, l'écoute active, d'avoir la confiance en soi et l'estime en soi, ou poser des limites, savoir dire non, donc être assertive, ça nous permet de communiquer mieux.
Clairement. En fait, je pense que c'est toujours plus facile pour quelqu'un qui arrive en Pologne après avoir déjà un peu vécu, après déjà avoir eu à réfléchir sur soi-même, après avoir un peu plus de connaissances de ce qu'ils sont capables ou pas capables de faire, que pour les— je coache des VIE, donc des jeunes Français qui viennent travailler dans des entreprises européennes en Pologne. C'est très difficile pour eux parce qu'ils savent pas ce qu'ils sont capables de faire, par exemple. Donc ils savent pas forcément ce qu'ils sont capables de faire, c'est souvent leur première grosse expérience professionnelle. Et ils savent pas dire bon bah ça je sais le faire en une journée, ou ça je sais le faire en une heure. Et donc ils savent pas donner l'information de l'autre côté parce qu'ils ont pas encore fait. Alors là c'est pas qu'une question de c'est aussi une question d'assertivité, dire Marek, je voudrais bien t'aider, mais alors je suis pas sûr de savoir le faire. Est-ce que tu veux bien passer le premier quart d'heure avec moi pour que... Tu vois, ce travail-là de connaissance de soi, quand tu l'as pas fait, communiquer avec les Polonais, ça devient difficile. Parce qu'ils attendent de toi que tu leur donnes une information sur laquelle ils peuvent compter.
Oui. Et donc, ce que je peux proposer pour les Français ici, peut-être c'est un bon moment, C'est l'invitation à un cours en ligne gratuit offert de 4 semaines sur comment devenir plus assertif, comment dire non pour préserver ses ressources, pour savoir poser des limites au travail. Donc si vous êtes intéressé, je laisse le lien d'inscription dans les commentaires. Je suis aussi sur les réseaux où j'invite à s'inscrire, donc C'est offert, je vous invite à y participer.
Et ça, c'est très utile.
Franck, si tu veux rejoindre nous pendant la session, les sessions sont préenregistrées. Après, il y a aussi question answers, donc on peut discuter. Et moi, j'ai beaucoup apprécié notre échange parce que les points de vue qui sont complémentaires, ça enrichit le tableau entier parce que c'est pas uniquement ma version subjective des choses, mais ça permet d'entendre les autres, comment Eux, ils peuvent se voir. Donc c'est ça la richesse d'humain.
Si je peux dire une dernière chose, moi je considère que j'ai appris à mieux communiquer avec tout le monde à partir du moment où j'ai commencé à mieux communiquer avec les Polonais. C'est pas juste pour mieux travailler avec les Polonais, ça m'a permis de mieux communiquer avec des Français, ça m'a permis de mieux communiquer avec tout le monde parce que j'ai été plus explicite, plus clair. Et comme tu le disais, l'assertivité, le fait de savoir dire je sais pas faire ça ou j'ai besoin que tu me montres comment faire ça C'est quelque chose que j'ai appris à faire en Pologne, ça.
Je le prends presque comme un compliment pour moi, merci.
Mais il semble évident.
Oh super, merci beaucoup Franck, c'était avec un grand plaisir. Et peut-être à une autre fois.
À bientôt.
À bientôt.










