Comment allier sa passion et ses études avec Siraba DEMBELE [ Podcast #31 ]

Siraba Dembélé, retired French handball captain, left accounting studies to pursue sport with her family's support. She played across Denmark, Russia, Romania, and Macedonia, won Olympic gold, and learned that balancing passion with education requires perseverance, psychological resilience, and being yourself.
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Quand tu arrives à ce niveau où on te met cette étiquette que tu es la meilleure, comment tu vis avec cette pression?
La pression, elle est présente, ça c'est une certitude. La pression du résultat, la pression de rester toujours au top niveau.
Je m'appelle Mohamed Boukley, je suis vice-champion du monde de lecture rapide et auteur du best-seller Connaissance illimitée. Dans le podcast Connaissance illimitée, je reçois des invités au parcours extraordinaire pour nous montrer que la réussite est à portée de tous. Peace sur vous, bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Connaissances Illimitées et j'ai l'honneur d'accueillir Syraba Dembélé qui est une légende du handball féminin qui a tout gagné, des titres en France, en Europe, à l'international, vice-championne du monde 2017 si je me trompe pas, championne d'Europe 2018 avec la France, vice-championne olympique, voilà elle a tout gagné et aujourd'hui elle est avec nous, elle nous fait l'honneur d'être dans le podcast Connaissances Illimitées pour parler de son parcours, comment elle en est arrivée là et surtout comment les choses, les difficultés qu'elle a pu vivre et les choses qu'elle a dû surmonter pour en arriver là. Bonjour Siraba, comment tu vas?
Ça va très bien, merci.
Bonjour. Je vais te laisser quand même te présenter parce que moi, j'ai présenté de manière succincte. Je te laisse te présenter avec tes propres mots et après, on va rentrer dans le vif du sujet.
Je suis Siraba, j'ai 37 ans, je viens d'avoir 37 ans et je suis fraîchement retraitée. Donc ça faisait 15 ans depuis l'âge de 19 ans que j'étais handballeuse professionnelle. Je suis maman de 2 petits garçons, des jumeaux. Et donc voilà quoi, je joue sur le poste d'ailière gauche si vous connaissez le handball. Et j'ai été pendant presque 10 ans capitaine de l'équipe de France.
Ouais, c'est vrai, 10 ans capitaine de l'équipe de France. Et en club aussi, tu étais capitaine également?
Non, non, non, non, pas en club. J'ai fait plusieurs clubs d'ailleurs, j'ai tellement voyagé. J'ai fait plusieurs clubs.
On va en parler de ça, on va en parler parce que j'ai vu que tu as fait Danemark, la Russie, tu as fait la Roumanie.
Exactement.
Tu as fait plein de pays et on va en parler. Quand je faisais des recherches sur ton parcours, je me suis rendu compte qu'à la base, tu es tombé dans le handball sans faire exprès, on va dire. C'était un coup d'hasard ou quelque chose comme ça?
Ouais, c'est exactement ça, c'est vraiment ça. Je connaissais pas du tout ce que c'était, je savais même pas qu'on pouvait être professionnel dans le sport. Et c'est juste que j'accompagnais ma grande sœur en fait qui allait s'inscrire, qui elle du coup elle est s'inscrite, et je me suis retrouvé en fait à moi aussi m'inscrire, jouer Elle, elle a arrêté, moi par contre j'ai continué.
Elle, elle a arrêté et toi tu as percé dans ce sport-là. Et qu'est-ce qui t'a plu? Comment ça se fait que tu es allé par hasard et qu'est-ce qui t'a plu dans ce sport?
Pour moi, clairement, c'est cet aspect collectif en fait. Cet aspect collectif, on était ensemble, on allait ensemble à l'entraînement, on allait ensemble le week-end pendant les matchs. C'est un sport quand même qui sollicite toutes les parties du corps. J'ai vraiment tout de suite accroché avec le type de sport que c'était le handball.
D'accord. Et ce que j'ai compris, c'est que tu as commencé le handball professionnel, mais tu faisais des études d'expert-comptable et tu as tout arrêté pour ça.
Ou tu t'en rappelles?
Tu faisais des études, là quand je te l'ai dit, tu as dit: ah oui, c'est vrai, tu ne t'en rappelais plus.
Ça fait tellement longtemps, j'avais 20 ans. Ouais, ouais, en fait j'avais après mon bac, je me suis dit bon faudrait que je pousse un petit peu, que j'ai un petit truc. Et effectivement je m'étais lancé dans un BTS compta et puis je l'ai eu. Et après je me suis dit bon allez, je fais conduire en bal maintenant. Parce que pour être honnête, c'était sport de lier les deux. Voilà, j'ai quand même galéré et je me suis dit bon allez, là je me consacre à 100% 100 € de mal, mais ça fait très longtemps. Et aujourd'hui, quand j'y repense, je me dis attends, mais en fait non, je ferai pas ça du tout.
C'est vrai que là, les chiffres, quand tu dois repartir sur les choses, c'est vrai que j'ai fait des études d'expert-comptable, je me rappelle. Et comment, parce que tu es d'origine malienne, tu es dans une famille un peu nombreuse, je crois 5. Comment tes parents l'ont pris quand tu leur as dit à 20 ans: vas-y, moi j'arrête les études, je vais me lancer dans le sport professionnel? Sachant que moi je suis d'origine marocaine également. Bon, mais nos parents, je sais pas ce que tes parents faisaient, mais pour nos parents, l'école, les études, c'est quelque chose de fondamental. Surtout parce que moi, mes parents, ils avaient pas été à l'école. Comment toi tu as vécu ça et comment ça s'est passé?
Franchement, moi j'ai trop de chance parce que mes parents, ils m'ont fait confiance du début. Mes parents, ils me font confiance. J'ai vraiment J'ai eu aucun souci à partir de chez moi déjà, parce que je pars quand même à l'âge de 15 ans. J'ai eu aucun souci sur mon cursus scolaire où là, ils me guidaient pas à droite ou à gauche, ils me disent pas c'est mieux de faire ci, c'est mieux de faire ça. Mon père, il m'a toujours dit ouais, Sarah, il faut quand même que tu gardes une attention sur les études parce que tu sais que le sport, ça va s'arrêter. Il a toujours eu ses mots mais il ne m'a jamais dit non, Sira, tu arrêtes pas, Sira, non, tu dois continuer, etc. Il m'a toujours fait confiance à ce niveau-là, mais toujours gardé cette position de père qui me faisait la morale en me disant Sira, il faut que tu continues les études un petit peu, il faut que tu t'intéresses à quelque chose, etc.
Et je viens d'apprendre, donc tu es partie à 15 ans, comment tu fais quand tu es partie à 15 ans de chez toi? C'était encore un truc sport études?
Exactement, exactement. En fait, je partais la semaine et je revenais le week-end pour jouer en club et je repartais le dimanche soir.
D'accord, toute la semaine tu faisais quoi? École, entraînement uniquement?
C'est ça, ouais, exactement, école, entraînement.
Et comment tu le vis à 15 ans d'être loin de tes parents pour faire du sport comme ça? Est-ce que tu as des souvenirs? Comment tu le vis? Comment tu l'as vécu?
C'était trop bien, c'était trop bien. En fait, on est jeune, on est en pleine santé, franchement on peut enchaîner tout en fait à cet âge-là. Et moi je vivais hyper bien quoi. C'est des rythmes de folie quand tu regardes, franchement. Tu vas à l'école toute la journée, tu t'entraînes le soir, tu joues le week-end. Franchement, c'est des rythmes quand même qui sont assez, voilà quoi, soutenus. Et non, franchement, c'était génial, quoi. Moi perso, je l'ai vécu super bien. Encore une fois, moi j'étais dans cet état d'esprit de voilà, je suis contente d'aller faire du handball avec mes copines, on s'amusait bien et en plus on fait des rencontres, etc. C'était vraiment cet état d'esprit que j'avais.
Et à l'époque, tu avais déjà en tête que tu voulais être professionnel ou pas?
Pas du tout, mais vraiment pas du tout. Je n'ai pas eu d'objectif particulier en fait, moi, durant ma carrière. C'est vraiment que J'ai des choses qui se sont présentées devant moi et je les ai saisies. J'ai saisi en fait chaque opportunité que j'avais en face de moi. Mais j'avais pas vraiment d'objectif particulier d'être professionnel ou pas, quoi. J'étais là, je jouais juste au handball, quoi, tout simplement.
Et est-ce que par rapport à ça, tu as un— pour les personnes qui nous écoutent, est-ce qu'il y a un enseignement par rapport à ça?
Parce que là, ce que je comprends, c'est que toi tu t'es laissé vivre et Exactement, oui, parce que en fait le truc c'est que c'est vrai que je trouve que parfois on a tendance à se mettre un peu la pression, on veut être pro, on veut gagner de l'argent, on veut jouer, on veut gagner tel titre, etc. Et quelque part peut-être que ça peut créer un certain stress, on peut aussi s'oublier un peu, je pense, s'oublier et oublier cette partie justement amusement, cette partie où justement on enjoy le sport qu'on fait quoi. Et alors que moi, je pense que ça, ça m'a— après, je le faisais inconsciemment, tu vois, je le faisais vraiment inconsciemment. Quand j'y repense, c'est vraiment inconscient. Et mais en tout cas, moi, j'étais vraiment dans cette optique où voilà, j'allais un peu loin, je jouais, je m'amusais. Et on me disait, ben voilà, il y a telle sélection, on va essayer de se sélectionner, quoi, tout simplement. Il y a tel truc, on va essayer de se sélectionner pour telle catégorie, etc. C'est vraiment pour ça que je suis venu ici aussi.
Donc ce que je comprends, donc tu vois, tu t'es jamais mis la pression, mais quand je lisais ton parcours, à un moment tu as été élu meilleur joueur de France, meilleur joueur de l'Europe. Quand tu arrives à ce niveau où on te met cette étiquette que tu es la meilleure, comment tu vis avec ça? Est-ce que tu avais à ce moment-là la pression? Peut-être que quand tu étais plus jeune, tu n'en avais pas, mais est-ce qu'à ce moment-là tu avais la pression? Et comment tu vis avec cette pression?
Ouais, en fait, bien sûr, aujourd'hui quand tu commences à faire du haut niveau, mais vraiment du très haut niveau, la pression elle est présente, ça c'est une certitude. La pression du résultat, la pression de rester toujours au top niveau. Et moi en fait, comment je le gérais, c'est que je suis une personne qui est assez insatisfaite en fait. Je, pour moi, oui, tu vois, tu me dis le titre, ouais, c'est vrai, tu BR et Léon Rose de France, européenne, etc. Mais en fait, pour moi, je m'arrêtais pas là. En fait, j'avais toujours l'impression d'avoir quelque chose à apprendre, j'avais toujours l'impression que j'étais jamais arrivée. En fait, même avec ces distinctions, j'avais toujours la sensation que non, t'es pas assez bonne, il faut que tu t'améliores, il faut que tu fasses toujours plus. Et en fait, je pense que quand tu es dans cet état d'esprit ça te force à rester au top niveau. Et quelque part, tu, la pression, elle est là. Je, franchement, je pourrais être honnête, elle était là la pression, parce que tu as toujours envie d'être au top niveau, tu vois. Mais je sais pas, tu la gères quoi, tout simplement. Je faisais face en fait à la situation.
Comment tu gérais la pression? Est-ce que vous, au niveau, au niveau, vous avez des préparateurs mentaux, des personnes qui vont vous aider? À gérer cette pression ou pas?
Bien sûr, on en a. On peut se faire accompagner, on peut se faire accompagner par des préparateurs mentaux. Ça se fait de plus en plus. Moi, quand j'ai commencé quand même, c'était, il n'y en avait pas beaucoup. C'était quelque chose où, voilà, c'était encore tabou, ou même on travaille pas vraiment avec les préparateurs mentaux. Mais au fur et à mesure, voilà, ils ont intégré les staffs et on a commencé à préparer avec eux. Mais moi, comment j'ai géré cette pression? Je pense que c'est par rapport à ma personnalité où je suis quand même de nature assez calme, et je pense que ça, ça m'a beaucoup aidé. Voilà, c'est pas genre je paniquais. Et au fur et à mesure aussi, parce que voilà, c'est— j'ai quand même une longévité dans le sport qui est assez longue. Au début, quand tu es jeune, tu as cette insouciance Après, quand tu vieillis, là tu commences à prendre conscience de certaines choses. Et moi, je me suis beaucoup documenté, je me suis beaucoup renseigné sur les différentes techniques qu'on peut mettre en place pour mieux gérer le stress, pour aussi être performant. Et j'ai continué en me faisant accompagner, voilà, en me faisant accompagner par des préparateurs mentaux qui m'aidaient justement. Mais moi, c'était surtout sur la partie performance, c'est C'était être performant, voilà.
Ce qui est fou, c'est que quand tu disais je suis une éternelle insatisfaite, j'ai l'impression de t'écouter parce que moi aussi je suis, quoi que je fasse, j'ai l'impression que ça pourrait être mieux.
C'est ça, c'est ça, c'est horrible franchement. Et honnêtement, des fois c'est chiant parce que je peux faire un 6 sur 7 pendant le match, qui est ce qui est très bien, ce qui est très très bien, mais mais je vais être focalisée sur ce but-là que j'ai loupé. Et ça, ça a ses avantages et ça a ses inconvénients. Parce que franchement, des nuits blanches, j'en ai passé. Et franchement, c'est pénible, tu te remues le truc dans la tête toute la nuit, toute la semaine. Mais d'un côté, c'est ça qui m'a permis de maintenir un certain level, quoi. Ça qui m'a permis d'avoir une rigueur, d'essayer de m'améliorer à chaque fois. Parce que je pense que le succès, justement le secret en tout cas de la longévité d'un sportif, et ça tu peux le voir sur tous les sportifs, tous sports confondus, c'est le fait qu'ils veulent toujours être au même niveau. Ils ne se sentent jamais arrivés et que voilà quoi, ils fournissent toujours les mêmes efforts. Et ça, c'est vraiment le secret de toutes les personnes qui réussissent aussi longtemps.
Ouais, effectivement. Et est-ce que tu vois dans les nouvelles générations, dans les jeunes, une mentalité qui change par rapport à ça? Est-ce que tu as l'impression que comme tout va vite, est-ce que tu as l'impression que les jeunes dans le sport et autres aussi veulent des résultats vite et sont impatients?
Forcément, forcément. Je crois que c'est la génération actuelle. Aujourd'hui, on veut arriver vite sur les équipes premières, on va arriver vite en équipe de France, on va arriver vite à avoir un bon salaire. Et c'est surtout qu'on a l'impression que c'est dur en fait. Donc c'est vraiment la sensation que j'ai, quoi. Et justement, cette étape de persévérance, de travail, de fournir une certaine rigueur, c'est surtout ça, une certaine rigueur dans tout ce que tu dois mettre en place à côté pour performer, souvent elle est bâclée, elle est oubliée, quoi. En tout cas, elle est pas elle est pas forcément mise en place.
Et est-ce que tu as l'impression qu'il y a un parallèle avec la vie de tous les jours?
Parce que toi, bien sûr, mais bien sûr, c'est pour ça, je pense que c'est, c'est par rapport à ce que je viens de te dire là, par rapport à ce que tu viens de te dire, la persévérance, tout va vite et tout, les nouvelles générations.
Et parce que les gens qui nous écoutent, c'est beaucoup de parents, de salariés, autres, tu as pas de, c'est pas un podcast en lien pour les sportifs de haut niveau. Et par rapport à ce parallèle dans leur vie de tous les jours, est-ce que toi qui es maman, également maman de 2 enfants et qui as dû vivre ces multiples casquettes, est-ce que tu as l'impression que dans le monde de tous les jours, on est aussi comme ça? On veut tout vite, on veut les résultats rapidement.
Bien sûr, bien sûr. C'est un rapport avec, je pense, c'est un rapport avec la génération d'aujourd'hui, tu vois. C'est exactement pareil dans la vie, dans la vie actuelle. J'ai des nièces, j'ai plein de neveux et nièces, et c'est pareil quoi. Quand je les écoute, etc., bon ben je dis: eh les gars, ça se passe pas comme ça, il va falloir charbonner.
Quand tu écoutes, on veut toujours le secret. On a l'impression que— je pense que toi qui es une référence dans le handball, est-ce que tu as des gens qui viennent te dire: mais dis-moi Sierra, bah, tu as pas un secret pour que j'arrive vite au sommet? Et tu as pas un truc là, une potion magique, un truc que je peux prendre?
Tu vois, par exemple, tu vois, j'ai ouvert mon agence il y a pas longtemps et j'accompagne des, du coup, des jeunes qui vont être pro et des jeunes qui sont déjà pro aussi. Et quand je leur pose la question, quand je leur demande c'est quoi vos objectifs, qu'est-ce que vous voulez faire, donc souvent les objectifs ils sont souvent, voilà, high, tu vois. Je veux gagner de temps, je veux être, je veux jouer dans cette grande équipe, je veux gagner la Champions League, etc. Tu vois, mais du coup, quand je leur demande, ok, alors qu'est-ce que tu fais à côté pour justement pour atteindre tous ces objectifs? Et là, ça commence à bégayer. Et là, je me dis, ah ouais, d'accord. Et tu vois, et là, il y a un recadrage déjà à faire. En fait, c'est bien d'avoir, moi je trouve ça génial d'avoir des objectifs et tout ça, d'avoir un target et tout, je trouve ça top. Parce que je pense que c'est comme ça que tu stimules, tu avances, tu crées des challenges et tout ça. Mais c'est important aussi de savoir le chemin pour y arriver. Et ça, souvent, il est— voilà, on pense que, ben voilà, quand tu regardes mon palmarès, on pense que, ben voilà, c'est génial et tout. Mais moi, ce que je retiens le plus dans tout ce que j'ai fait de toute ma carrière, c'est comment j'ai fait pour y arriver. Parce que j'ai vécu des hauts, des downs, et mais le chemin, il est génial en fait quand tu regardes, parce que c'est une C'est une super leçon de vie en fait. Je me rends compte qu'il y a plein de choses que je peux appliquer à la vie en fait, et notamment la persévérance. Je suis quelqu'un de très persévérant. Moi, quand j'ai commencé le handball, j'étais pas, je faisais pas partie des meilleurs en fait, et ça c'est une réalité. Je faisais pas du tout partie des meilleurs, et forcément j'étais pas forcément, voilà, tu es dans le force entre guillemets, j'étais pas forcément adulé par mes coachs. Mais en fait, peu importe, en fait peu importe, j'étais persévérant, tu vois. Et ça, ça s'applique à tout quand tu regardes, ça s'applique à tout.
Quand tu dis que tu étais pas forcément la meilleure, c'est-à-dire qu'à l'entraînement tu voyais qu'il y en a qui étaient beaucoup plus performants, mais in fine, à la fin, tu es passé devant eux. On dit, quand je dis tu es passé devant eux, en termes de longévité, en termes de titre. Parce que tu as fait quoi? Tu t'es plus entraînée qu'eux? Qu'est-ce que tu as fait de plus qu'eux?
Ouais, en fait, je dirais que c'était une chance que je sois moins bonne. Effectivement, je pense que j'étais réaliste, j'étais pas la meilleure de ma génération. Il y avait des filles qui étaient meilleures que moi, ça c'est une certitude. Mais la chance que j'avais, c'est que moi j'avais une marge de progression. Et quand tu es face à ça, quand tu as cette marge de progression, c'est soit tu en as conscience et tu te tortures pas le cerveau en te disant «je suis moins bonne» et ça, et tu dis «ben moi je vais essayer de m'améliorer », ou soit tu décourages justement face à des personnes qui sont meilleures que toi en te disant ben mince, je vais jamais atteindre ce level. Tu vois ce que je veux dire? Et je pense que ma chance, c'est exactement ça, c'est que j'avais cette manque de poser des questions. Et moi, durant toute ma carrière, j'ai progressé et c'est ce qui m'a permis d'évoluer en fait à chaque fois.
En fait, c'est fou parce que ce que tu es en train de dire, j'ai l'impression qu'on a un vrai parallèle entre ce que toi tu dis et ce que moi je vis. Moi aujourd'hui, sur les techniques d'apprentissage, j'étais sûr que je suis pas celui qui a la meilleure mémoire, le meilleur en lecture, j'étais une catastrophe. Et je partais de tellement loin. Et c'est peut-être parce que je partais de tellement loin et que je savais que je pouvais que progresser et que j'ai accepté de progresser et de me dire bah encore, je continue, je continue, je continue. Ou d'autres ont laissé, ont baissé les bras, se sont dit ça fait rien, tranquille. Et quand je suis allé, j'ai fait de la compétition, j'ai fait un peu de compétition et à chaque fois que j'ai perdu et que je ne suis pas arrivé, à chaque fois je me suis dit mais en vrai, c'est un cadeau parce que si j'avais gagné, Je me serais arrêté en me disant c'est bon, tu as gagné, tu es arrivé. Parce que souvent le Graal, c'est bon, je suis champion du monde, j'arrête.
C'est ça.
C'est une discipline assez particulière. Je suis arrivé vice-champion du monde en 2021, je repars en 2023. Si j'avais été champion du monde, je serais jamais revenu en 2023 et j'y retournais. Donc je me suis réentraîné. Bon, je suis encore vice-champion du monde, je suis pas encore champion, mais bon, ça, ça peut-être que je le serai jamais. Et au moins, c'est ce que j'ai fait, ce que j'avais à faire, mais Mais c'est surtout le chemin, l'entraînement, tous les livres que j'ai lus, la répétition des efforts, c'est surtout ça le cadeau. Et je pense que dans ton cas de figure, tu t'entraînes énormément.
Exactement, c'est exactement ça. Et en plus, je trouve que c'est quand tu as ces petites victoires au fur et à mesure, c'est tellement appréciable, c'est tellement— en fait, je sais pas comment expliquer, c'est tu savoures encore plus le truc en fait. Je sais pas si tu vois ce que je veux dire, tu savoures encore plus le truc parce que tu as des petites victoires au fur et à mesure en fait. Chaque année tu as des petites victoires et ça c'est très— c'est que tu as une certaine fierté en fait, mais personnelle, tu vois ce que je veux dire, de ce que tu as pu accomplir, tu vois. Et ça qui est top quoi. Et un autre truc que je voulais dire que j'ai oublié du coup, et par rapport à l'entraînement, voilà, la singularité, voilà. Ce qui est hyper important, c'est que l'erreur que les gens ils font dans le sport, et je pense que c'est pareil aussi dans la vie, dans la vie actuelle, on veut ressembler à— tu peux avoir du respect et de l'admiration pour ce qu'un tel, un tel fait, tu vois, tel joueur, telle personne qui a réussi dans le monde, toi, tu vois ce que je veux dire, tu peux avoir de l'admiration. Par contre, faut que les gens ils comprennent que toi, tu unique en fait. Et c'est cette singularité qui fait que tu vas te démarquer. Et ça, c'est hyper important. Parce que pour dire qu'en fait, moi, au niveau technique, parce que le handball c'est très technique, mais j'étais loin, j'étais loin. Et c'est vrai qu'au début, moi, ça me complexait. Ouais, non, c'était complexé par ça parce que je voyais que techniquement j'étais moins à l'aise les autres. Et ça, c'est vrai que ça me blessait, enfin ça me complexait, tu vois. Mais en fait, pas du tout. En fait, au fur et à mesure, avec la maturité, c'est en fait, c'était ça qui faisait ma personnalité et ma différence sur le terrain. Et en fait, bah du coup, quand tu l'acceptes, tu la cultives, et ben c'est ça, et ça en devient une force en fait. Et je pense que ça aussi, ça a été en tout cas pour moi un point fort durant toute ma carrière. Donc c'est pas essayer de ressembler aux autres, en fait c'est pas du tout ça. En fait, c'est pas essayer de faire, de tirer comme quelqu'un d'autre. Non, en fait c'est accepter qui tu es et juste continuer, en fait, parce que tu vas voir que tu vas réussir à te démarquer.
C'est fou, c'est qu'aujourd'hui dans la vie, quand on parle avec les jeunes, surtout les ados, tout le monde veut ressembler à quelqu'un. Tous les petits veulent ressembler à Mbappé, Messi ou Ronaldo, ou les influenceurs, ou telle ou telle personne. Et on oublie d'être qui on est réellement avec nos forces et Novébé.
La seule chose que tu peux copier, et entre guillemets, c'est son process, c'est de s'intéresser à son process. Là, tu peux, tu peux essayer de t'intéresser à son process. OK, comment lui, qu'est-ce qu'il a mis en place, quel process il a mis en place pour, pour être au top niveau, quoi? Parce que ça, c'est intéressant, ça, c'est des choses qui marchent. Et quand tu regardes le process de tous les champions, il est quasiment identique. Quand tu regardes Ils ont des personnalités différentes, ils ont des particularités différentes. Par contre, le process, il est quasiment tout le temps le même quand tu regardes.
Et c'est quoi le process, Sib, si toi tu l'as déjà modélisé?
Il est très simple, il est très très simple. C'est persévérance, ne jamais se croire arrivé. C'est-à-dire que quand tu as été champion du monde, faut que tu aies encore des objectifs au-dessus, tu vois, et avoir de la rigueur sur tout ce que tu peux mettre en place autour, c'est-à-dire la prépa, la nutrition, et surtout, surtout, surtout, surtout le mindset, l'état d'esprit. C'est hyper important. J'irais même que c'est 60% d'état d'esprit et 40% le reste.
Pourquoi l'état d'esprit est aussi important à tes yeux?
Parce que dans le sport, l'émotion comme le stress, un mauvais match, des victoires, ça peut avoir un impact en fait sur ton état, un peu sur ton état psy, quoi, tout simplement. Et exactement. Et si t'as pas le bon état d'esprit, ta carrière va durer 2 ans, 3 ans. Tu vas pas réussir à te relever d'une mauvaise période. Tu vas te comparer aux autres, c'est tout ça en fait.
C'est vrai que la particularité dans vos sports, les sports collectifs ou des sports comme le foot, le hand et autres, où tu as une salle qui est pleine, qui est là, qui t'adule quand tu es en train de marquer, mais qui également te hue et crie et t'insulte quand tu ne marques pas. Tu as ces émotions de la victoire et de la défaite qui est très amère. Et donc effectivement, comment toi, tu as vécu ça? Comment est-ce que quand tu rentres le soir, tu poses ton sac, tu poses tes problèmes et tu dis c'est fini? Ou tu vivais avec ça? Comment tu as matché les deux pendant autant d'années? C'est 17 ans, c'est pas— parce que tu as commencé à 15 ans, parce que même à 15 ans quand tu es ado, tu le vis peut-être encore plus. Petite pause pour te dire que si ce podcast te plaît, like et abonne-toi pour recevoir encore plus de le contenu?
En fait, moi, mon état d'esprit, c'était quand je faisais un bon match, je passais vite à autre chose. Passer vite à autre chose, ok, c'est bien, mais c'est pas fini, encore la meuf qui est, tu vois. Et par contre, quand j'avais des défaites, et ça je l'ai amélioré au fur et à mesure de ma carrière, c'était, moi, c'était quelque chose de difficile, moi, vivre les défaites. Les défaites et quand je faisais des mauvaises perfs. Et ça, je peux pas donner d'astuce, je pense que c'est la maturité en fait qui fait que tu arrives à les gérer. Mais je sais qu'au début, pour moi, c'était des nuits blanches, c'était des remises en question perpétuelles, j'arrivais même pas à regarder mes matchs quand je faisais des mauvais matchs, j'arrivais pas à les regarder, ça me faisait trop de mal. Chaud. Et en fait, au fur et à mesure, je me suis un peu relaxée, un peu détachée et je suis plus rentrée dans un état d'esprit où, ok, qu'est-ce qu'on en fait de ce mauvais match, de cette défaite? On en fait quoi? Qu'est-ce qu'on prend dedans? Et comment on va s'appuyer justement sur ces mauvais moments et comment on va les transformer en leçons en fait? Voilà, en fait je tirais des leçons au fur et à mesure, je tirais des leçons que j'ai pu mettre en place. Et effectivement, quand tu es dans cet état d'esprit, tu dis ah oui, effectivement, ça j'aurais pu faire mieux. Ah oui, là j'ai pas fait ce qu'il fallait avant, tu vois ce que je veux dire. Donc, et tu t'acceptes mieux le truc en fait.
J'ai 2 questions. La première, c'est pour toi, quelle était ta plus grosse défaite?
Alors moi, ma plus grosse défaite, c'était en 2000 2012 aux JO de Londres, les quarts de finale contre le Monténégro. La précision, c'était franchement, mais sans être, pour être honnête, j'ai dû mettre plus d'un an à m'en remettre. Mais ça, je m'en, en fait, ça c'est avec le recul que je me rends compte que ça fait, j'ai traîné ce truc pendant plus d'un an en fait, parce qu'on a fait une des meilleures compétitions franchement en termes de qualité de jeu, etc. Mais ça n'a pas suffi à se qualifier. Et en fait, dans ma tête, je me disais mais en fait il faut quoi en fait? Alors qu'est-ce qu'il faut? Et ça, ce truc, pour moi il était très difficile à accepter et j'ai eu mais vraiment beaucoup de mal à passer dessus quoi. C'était mais voilà, c'était, c'était mais vraiment mais c'était un crève-cœur quoi pour moi cette compétition parce que Parce que je pense qu'on a été vraiment au top niveau, mais ça n'a pas suffi.
Sur un match en quart, vous avez perdu.
Exactement, c'est ça, c'est exactement ça.
Tu peux être au meilleur.
C'est cruel. Tu peux être au top niveau et perdre. Tu peux être au top niveau et perdre. C'est une réalité et ça, faut savoir s'en relever et l'accepter.
Et là, pour les personnes qui nous écoutent, ce serait quoi les 2-3 enseignements que tu donnerais aux personnes qui nous écoutent suite à un échec? Si une personne vit un échec, là on fait le parallèle, je pense que tu y as un peu répondu tout à l'heure, mais on va plus le formaliser. Personne qui est là, qui nous écoute, qui a vécu des échecs, raté un examen, raté une reprise, raté plein de choses dans sa vie pro ou perso, il y en a peut-être même juste le permis, tu vois, ça fait 2 ans qu'il sait pas passer le permis ou autre. Ce serait quoi pour toi les enseignements et comment on se relève d'un échec important?
Déjà, faut lâcher. Pleure, crie, va taper sur un truc, je sais pas. Lâche le truc, quoi. Déjà, c'est la première chose. Ça sert à rien de faire genre ouais non, tu vois. Non, non, en fait, lâche le truc, tu vois. Ça y est, c'est bon, c'est pas grave, tu vois. Ça, c'est la première chose. Et la deuxième chose, je pense, c'est d'analyser, en fait, tout simplement. Parce que je pense que justement, ce genre d'échec, je pense qu'il faut tirer des leçons de ce genre de moment. En fait. Et c'est d'essayer d'analyser, de te dire en fait, OK, qu'est-ce que ce truc veut me dire en fait? C'est quoi le message en fait de ce truc en fait? Tu vois. Et je pense que c'est vraiment dans cet état d'esprit qu'il faut être. Et surtout se dire, bon bah OK, let's go again quoi, let's go again. La prochaine fois, je vais pas forcément faire les choses différemment, mais je vais tirer des leçons de peut-être ce que j'aurais pu améliorer, voilà, ce que j'aurais pu améliorer, qu'est-ce que j'aurais pu, voilà. Et 4 ans après, on était vice-championne olympique. C'est fou, sachant que, attends, je t'explique parce que c'est important, sachant que 4 ans après, on était vice-championne olympique, quart de finale, pareil, on perd 12-5 à la mi-temps. On perd 12-5 à la mi-temps et là tu entends les mouches voler dans le vestiaire. Mais je sais pas quoi, je sais pas ce qui s'est passé, c'est que en fait l'équipe elle y a toujours cru jusqu'à la fin. On n'avait pas besoin de se parler, on se regardait juste, mais on y a cru jusqu'à la dernière seconde en fait. Lui c'était le capitaine? Oui.
Il était capitaine. Comment tu motives une équipe à ce moment-là, dans un moment comme ça?
En fait, moi, mon capitana, je pense que c'était mon entraîneur, il m'a mis capitaine par rapport à ma personnalité, en fait, c'est-à-dire par rapport à ce que je dégage, en fait. Et moi, ce que je dégage, c'est que je suis quelqu'un qui fédère et qui est toujours combative et qui lâche pas l'affaire, en fait. Et je pense que c'est ça, en fait. Je ne parle pas beaucoup, je ne parle pas beaucoup, mais ça veut dire que déjà, quand tu parles pas beaucoup, quand tu parles, ça veut dire que les gens, quand même, ils ont une intention, je pense. Et mais c'est surtout par mon attitude et ce que je peux dégager sur le terrain, cette combativité en fait. Et du coup, en fait, c'est ça en fait, c'est d'y croire jusqu'au bout. Et moi, je lâche jamais l'affaire en fait, je lâche jamais l'affaire jusqu'à la dernière minute.
Et le match a fini comment? Donc vous avez gagné, mais vous avez fini à quel score? Tu te rappelles?
On a fini à égalité à la fin du match et on a fait 2 prolongations de 5 minutes et on a gagné, on a dû gagner de 2-3 buts. Et c'était fou quoi, et c'était fou. Et c'est là que j'ai vu le pouvoir en fait de croire en quelque chose. J'ai vu le pouvoir d'un groupe parce que là on parle plus d'handball, là on parle plus d'handball, là on parle de vraiment de force collective. Parce que ce qu'on a démontré ce jour-ci, c'était vraiment notre force collective.
En plus, un peu après, vous êtes venu champion du monde.
Exactement. Et après Et tu vois, regarde ce qui est incroyable, et c'est pour ça que la persévérance elle est hyper importante. Ça faisait, alors ça faisait 4 ans, donc on s'est fait éliminer en quart de finale à Londres, après on avait l'Euro, on a même pas été au deuxième tour, ensuite on avait le Mondial, on s'est fait sortir en quart de finale encore, et ça fait 2016, 2019 non, 2012, 2013, 2014, 2015. Ensuite, pareil, on s'est fait éliminer encore en 8e, on s'est fait éliminer en 8e. Et ça veut dire qu'en fait, on a été chercher cette médaille d'argent aux JO après 4 ans sans aucune médaille, en fait. Mais on était dans un état de putain, mais qu'est-ce qu'il faut qu'on fasse? Qu'est-ce qu'il faut faire? Et à partir du moment où on a eu cette médaille aux JO, en fait, c'est comme s'il y a quelque chose qui s'était débloqué Comme si on avait compris le truc et après on a gagné quasiment tous les ans.
Ouais, monde, euro et après en 2021 si je me trompe pas ou 2022, la France est devenue championne olympique.
Olympique, exactement.
T'avais battu, t'étais blessée.
Exactement.
Ça tu l'as vécu comment? Parce qu'en plus en tant que capitaine, d'un coup tu peux plus aller avec tes équipes. Là je vais te faire parler, tu vas être là, ça va être chaud parce que je pensais que tu allais me dire ça tout à l'heure quand Non, ça c'est pas le plus—
en fait c'est la plus grosse déception de toute ma carrière.
Et d'être blessé juste avant les JO et après en plus ils sont champions olympiques, tu aurais pu finir ta carrière dans des catastrophes.
Tout à fait, c'est ma plus grosse déception. Clairement, ça je le souhaite à personne, à aucun sportif de passer par ce genre de moment.
Effectivement, effectivement, de se dire j'aurais pu y être et à cause d'une blessure tu as raté un moment important. Après, si tu étais pas là, c'est que c'était pas ton destin.
C'est ce que je me dis, c'est ce que je me dis. C'est, c'est, de toute façon, après tu essaies d'être dans l'acceptation, de te dire bon bah voilà, tu devais pas y être, c'est comme ça. Mais pour être honnête, c'était un moment très difficile. Parce que c'est pas que la médaille en fait, c'est que comme tu peux le voir sur tout le parcours en fait de cette équipe, c'est en fait la continuité du travail, de tout ce qu'on a pu mettre en place en fait toutes ces années. Et ça devait être ma dernière compétition, le dernier moment que je devais vivre avec cette équipe, et forcément quelque part cette blessure elle m'a volé ce moment-là quoi, tu vois. Donc c'est plutôt ça qui est difficile en fait à surmonter. Bien sûr que la médaille d'or ça fout les boules, Mais encore une fois, tous les sportifs le comprendront, c'est pas la finalité, c'est pas les médailles qui comptent. Moi, ce que je retiens, c'est pas les médailles, c'est ce que j'ai vécu en fait. C'est vraiment ce que j'ai vécu, c'est le chemin. Et le chemin, en fait, le chemin des JO à Tokyo, ça faisait partie du chemin de tout ce qu'on a vécu avec ce groupe en fait. Et c'est ça, moi, qui me fait le plus mal, mais Tu y étais? Non, non, non, c'était trop loin et j'étais en rééducation surtout.
Ah oui, d'accord. Je savais pas que tu étais en rééducation, je savais pas le niveau de blessure. Donc ouais, effectivement, ça peut. Après, l'enseignement pour toutes les personnes qui nous écoutent, c'est que des fois on tient tellement à quelque chose que si c'est pas écrit, c'est pas notre destin, on peut nous l'enlever.
C'est ça. C'est ça. Et le truc, c'est que moi j'avais prévu d'arrêter en fait du coup cette année-là. Donc j'avais prévu d'arrêter après les JO et après même ma carrière tout simplement, tu vois. Et non, et du coup en fait j'ai pas arrêté, j'ai pas arrêté, j'ai toujours continué en club. J'avais pas envie de finir sur une demi-saison, j'avais envie de, voilà. Et c'est surtout que j'avais encore cette motivation de jouer en fait, j'avais encore cette motivation, j'avais encore ce truc parce J'avais encore ce truc de me surpasser, etc. Et du coup, j'ai continué, j'ai continué en club, toujours en haut niveau, etc. Et gagner cette année en plus, oui, on a gagné en Roumanie, oui, on a gagné, on a tout gagné en Roumanie, pas en Champions League, mais en Roumanie on a tout gagné. Mais je regrette pas du tout parce que j'ai l'impression que ces années, en fait, pour moi, elles ont été hyper enrichissantes, quoi. Sincèrement, elles ont été hyper enrichissantes à tous les niveaux, à tous les niveaux. Je, franchement, je suis contente d'avoir arrêté comme ça en fait.
Et parce qu'on parlait de la Roumanie, ça va me permettre de faire la transition avec la question de— j'ai vu dans ton parcours, tu as énormément voyagé. Donc moi j'en ai cité 3 des pays, peut-être qu'il y en a d'autres que j'ai pas cités. Danemark, Russie, Roumanie. Il y a d'autres pays que tu as fait que j'ai pas cité?
Ouais, Macédoine.
Macédoine, OK. Alors, il y a plein d'enseignements, j'ai plein de questions sur ça. Comment tu fais quand tu repars de zéro à chaque fois dans les villes, la nouvelle langue, l'origine, la culture, comment tu vis ça?
J'adore, j'adore, je trouve ça hyper enrichissant. Moi, j'avais aucun problème à changer, je ne sais pas, je kiffais en fait devoir apprendre à m'adapter au pays, à l'équipe, à une culture Voilà, une culture qui est différente, mais aussi une culture en balistique qui est différente. Pour moi, c'était hyper enrichissant. Je suis quelqu'un de, j'étais quelqu'un de hyper introverti, mais quand je dis introverti, à 19 ans, voilà, je passe à côté de toi, je baisse la tête, j'osais même pas dire bonjour aux gens, j'osais même pas dire bonjour à mon entraîneur tellement j'étais introverti. Et en fait, j'ai l'impression que tout ça, ça a contribué justement au fait que je le suis moins, au fait que quand tu vas à l'étranger, il faut que tu t'adaptes, il faut que tu t'ouvres aux autres et et ben tu refais des nouvelles rencontres, tu t'intéresses aux autres. Mais moi je conseille aux gens de partir, mais partez, je vous jure, c'est mais c'est génial. Ça m'a permis d'apprendre différentes langues. Enfin, c'est, enfin moi je trouve ça, la Russie, jamais j'aurais mis les pieds si j'avais pas le handball, franchement. Mais et tous ces pays en fait de l'Est, j'ai été agréablement surprise quoi, mais sincèrement, un accueil mais incroyable. Les gens ils sont incroyables. Je veux dire, je me suis jamais sentie, en tout cas je me suis toujours sentie en sécurité où j'étais, je me suis toujours sentie bien accueillie. Franchement, c'était, je vous jure, l'aventure étrangère pour moi, elle est, c'est mon coup de cœur quoi, c'est mon coup de cœur de toute ma carrière.
Et là tu disais allez-y, partez, faut voyager, parce qu'en fait quand tu étais dans ces pays-là, c'est quoi, c'est le fait d'apprendre une nouvelle langue, de rencontrer des nouvelles personnes que C'est quoi le gros cadeau de voyager autant?
Déjà, on a trop d'a priori. On a trop d'a priori sur des pays qu'on connaît pas. Et moi, je dirais, avant d'avoir des a priori, allez voir sur place en fait comment les gens sont. Mais ça, c'est vraiment la première chose parce que moi, quand je suis arrivée dans les pays de l'Est, je peux vous dire que j'étais pas rassurée.
Mais quand même, tu dis je suis une femme, je suis «Je vais dans un pays qui est pseudo...» Souvent on nous met ces étiquettes de l'ancienne URSS et tout le blabla.
Voilà, exactement, raciste, etc. Mais je vous jure, mais pas du tout. Mais en 5 minutes, mes trucs, c'était enlevé quoi, ils avaient disparu quoi. Les a priori ont disparu en 5 minutes, mais vraiment, c'est incroyable. Et déjà rien que par rapport à ça, je pense que c'est hyper intéressant de voyager, mais vraiment. Mais aussi, je trouve que ça contribue à ton évolution personnelle, à ton enrichissement personnel. Déjà linguistique, ça c'est une certitude. Moi je parlais, je baragouinais l'anglais et là-bas forcément, maintenant je parle anglais quoi, je parle anglais. Ça m'a forcé à apprendre, pas forcé, je l'ai fait avec plaisir. J'ai appris le cyrillique, tiens c'est marrant, mais j'ai appris le cyrillique, tu vois. Donc je trouve ça hyper intéressant, tu vois. Et je parle quasiment 80% de serbe. Aussi. Et ouais, peut-être que ça va pas me servir, mais mon mari est serbe, donc ça peut te servir avec la belle-fille. Donc ça va me servir quand même. Ça va te servir dans les réunions de famille, dans les réunions de famille. C'est ça, c'est ça. Du coup, enfin, je trouve que voilà, d'avoir, de parler plusieurs langues, pour moi c'est la meilleure des choses qui puisse t'arriver en tout cas. Et voilà, ça t'intéresse à plein de choses, c'est franchement, je trouve ça top. T'as une ouverture d'esprit en fait qui est complètement différente après.
Tes enfants, ils sont nés à l'étranger alors ou ils sont nés en France?
Non, ils sont nés en France.
Mais à l'époque, ah non, t'étais revenue en France, t'étais dans un club en France à l'époque.
Oui, c'est ça, exactement.
Je suis, je connais un peu.
Je vois ça, je vois ça.
Donc t'étais dans un club en France et après t'es repartie avec eux et avec tout le monde. Là, ils sont jeunes, quoi, ils ont 4 ans.
Ouais, 3 ans et demi.
Donc, ils n'apprennent pas encore les langues étrangères, ils n'ont pas pu profiter de l'apprentissage des langues, mais...
Quoi? Tu rigoles ou quoi? Mes enfants, à 8 mois, je suis partie en Roumanie. Là, on est parti de Roumanie il n'y a pas longtemps. Mes enfants, ils parlent français, serbe, roumain et ils commencent à baragouiner l'anglais parce que mon mari et moi, on parle anglais entre nous. Donc, on parle anglais entre nous. Donc, mais c'est un truc de fou. Et tu vois, par exemple, les gens me disaient, comment tu peux partir avec tes enfants 8 mois et tout, mais comment tu peux bouger comme ça? Et je vous jure, pour les enfants, ils s'adaptent d'une manière, c'est incroyable, c'est incroyable. Et quand je les vois là parler les 3 langues, switcher, quand ils sont avec moi ils sont en français, quand ils sont avec papa ils sont en serbe, quand ils sont à l'école ils switchent en roumain. Mais je me dis mais waouh, les enfants, ils ont une capacité.
Avec Marie en serbe, en roumain, et maintenant comme je vous entends parler anglais entre vous. Ah ouais, mais vous à la maison, c'est incroyable.
C'est exactement ça, mais avec une facilité, je te jure, tu peux même pas imaginer. Et c'est incroyable. Et je trouve ça top, moi, de pouvoir, que mes enfants puissent parler toutes ces langues. En fait, c'est génial.
Parce que moi, avec ma femme, on aimerait bien partir à l'étranger, dans un pays anglophone pendant quelque temps. Et à chaque fois, l'argument, c'est: on va attendre qu'ils soient un peu plus grands, parce que le grand a 6 ans, l'autre 3 ans, bientôt 3, pour qu'ils profitent réellement de cette période où ils vont vraiment bien apprendre. Mais en vrai, tu peux apprendre à toute âge.
Mais tu peux, mais encore, je dirais mieux, c'est encore plus facile quand ils sont petits comme ça. C'est encore plus facile. Ouais, ouais, non mais c'est fou quoi, parce que quand on les a mis justement à l'école en Roumanie, ils savaient pas parler roumain, tu vois. Et je crois qu'en 2 mois, en 2-3 mois, c'est eux qui m'apprenaient. Et là, tu es revenue en France? Ouais, là je suis revenue en France, mais je vais vivre en Serbie avec mon mari parce que mon mari il est entraîneur gardien.
D'accord. OK, super. Donc oui, donc tu vas repartir, vous allez vivre en Serbie, donc c'est bon, ils vont apprendre le serbe plus l'anglais, ils vont apprendre toutes les langues, ça va être juste extraordinaire. On arrive sur la fin, tu as partagé énormément de choses. J'aimerais bien que tu nous dises quelle est ta plus grosse victoire, parce qu'on a parlé tout à l'heure des échecs ou des amertumes, mais c'était quoi ta plus belle, ta plus ta plus grande, ta plus belle victoire?
C'est-à-dire du coup sportive alors?
Du coup sportive, après on peut en avoir deux.
Moi, ma plus belle victoire sportive, je dirais que c'est, ça c'est marrant, je vais encore parler des JO. Les JO, c'est le quart de finale, c'est ce que je viens de te parler, le quart de finale des JO contre l'Espagne où on perdait 12-5 à la mi-temps et qu'on a réussi à renverser le match. Et aller chercher cette médaille d'argent. C'est ma plus belle, c'est mon plus beau moment handballistique parce que c'est ce qu'on a vécu en tant que groupe qui m'inspire. C'est cette force collective dont on a fait preuve durant le match et pour moi c'est un souvenir qui est incroyable. C'est ton plus beau titre de championne olympique? Ouais, ouais, ouais, ouais, ouais, parce que encore une fois, moi c'est vraiment le moment que j'ai vécu avec ces filles qui est extraordinaire. Et aussi ça venait après une longue période d'échec en fait. Ça venait avec une longue période d'échec et c'est vraiment le résultat de la persévérance, le résultat du fait qu'on y a cru, qu'on a cru aussi les unes aux autres et c'est ça que je retiens quoi, c'est cette expérience que je retiens et cette victoire elle est pour moi, c'est un de mes plus beaux souvenirs, c'est un de mes plus beaux souvenirs, c'est une de mes plus belles victoires, c'est clair. Et sinon, à titre personnel, je dirais c'est une de mes plus belles victoires, c'est moi en fait, c'est comment j'ai évolué. Ça, c'est une des plus belles victoires pour moi parce que, comme je t'ai dit, j'étais hyper introvertie, j'étais franchement, j'étais à moitié une sauvage, désolée de dire ça, mais j'étais à moitié, j'étais voilà, j'étais voilà, j'osais pas parler, etc. Et le fait de réussir justement à sortir de cette carapace, pour moi c'est une des plus belles victoires. J'aurais jamais pensé pouvoir parler, j'aurais jamais «Je n'aurais jamais pensé pouvoir prendre la parole en public, j'aurais jamais pu assumer aussi qui je suis.» Et pour moi, ça, c'est une belle victoire.
Incroyable. Pour finir, est-ce que tu as un enseignement, une phrase que tu aimerais laisser à toutes les personnes qui nous écoutent ici? Ou on peut la faire comme ça, ou on peut la faire autrement. Si c'était ton dernier jour et que tu voulais laisser un message aux gens qui sont là, que toi, tes proches, mais que tu leur laissais cet héritage, c'était une phrase, une parole, ce serait quoi?
Pour moi, je dirais n'ayez pas peur en fait d'être vous-même, même si vous avez l'impression d'être différent de ce qui se fait en majorité. Moi, je pense que la réussite, et quel que soit le domaine, c'est quand tu arrives à te démarquer par ta personne, par ta personnalité, par quelque chose qu'il y a que toi seul qui sais faire. En fait, pour moi, ça c'est un vrai atout et c'est ça qui va te faire réussir dans la vie. Et ça, n'aie pas peur en fait de l'assumer. Et c'est vraiment le, moi, le conseil et la chose que je dirais en tout cas à mes enfants. En fait, c'est voilà, justement, si tu as l'impression d'être singulier Eh bien, je dirais, c'est la plus belle chose qui puisse arriver. Et n'essayez pas de ressembler aux autres, en fait, pas du tout.
Très belles paroles. Merci vraiment, Saba, pour ces belles paroles et pour l'échange. On a presque passé plus de 50 minutes ensemble avec énormément d'enseignements pour tous ceux qui prendront le temps d'écouter soigneusement l'épisode, même de le réécouter, parce que tu nous as partagé énormément énormément de choses. Merci vraiment. Merci à toi pour tout ce partage. Bien sûr, je vous invite à partager cet épisode à votre entourage, aux gens qui vous sont proches, pour qu'ils puissent écouter et partager les enseignements d'une championne comme Siraba, parce qu'elle nous a partagé plein de choses. N'hésitez pas à— et je compte sur vous pour mettre 5 étoiles et laisser des commentaires, bien sûr, sur la vidéo. Est-ce que Siraba, tu as un dernier mot, un truc à nous dire? Avant qu'on puisse finir cet épisode?
Non, non, pour moi c'était vraiment un plaisir, un plaisir de faire ce podcast avec toi. Je te suis, je suis assez admiratif de ton parcours aussi. Je suis assez admiratif de ton parcours et je trouve ça génial ce que tu fais. Et en tout cas, merci beaucoup pour l'invitation.
Merci à toi de l'avoir acceptée. Merci pour tout. Et comme je dis toujours, je suis, tu es, nous sommes tous des illimités.
À la très vite.










