De la rue à scène avec Edgar Yves [ Podcast #27 ]

Humoriste Edgar Yves raconte son chemin de la rue à la scène avec Mohamed Boclet. Il affirme que l'éducation nous enferme dans le conformisme, que l'échec est nécessaire à la créativité, et que la plupart des gens se réveillent à 40 ans en réalisant qu'ils ont servi les attentes d'autrui.
Chapters
Ça ne m'a jamais complètement brisé. Un peu par moment. Sur la fin, je commençais vraiment à quitter l'humanité. C'est un endroit, la rue, mec. Tu n'es plus comme les autres. Tu ne vaux rien, tu ne signifies rien. Les gens, c'est ça aussi, ils passent devant toi, ils ne te disent jamais rien. Tu es un putain de fantôme et tu finis par y croire que tu es un putain de fantôme.
Je m'appelle Mohamed Bouclet. Je suis vice-champion du monde de lecture rapide et auteur du best-seller «Connaissances illimitées». Dans le podcast «Connaissances illimitées», je reçois des invités au parcours extraordinaire pour nous montrer que la réussite est à portée de tous. Peace sur vous, bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Connaissances Illimitées et j'ai la chance et l'honneur d'accueillir Edgar Yves qui est humoriste. Je suis sûr que vous avez déjà vu ses vidéos sur YouTube et ailleurs. Je vous invite, si vous l'avez pas encore fait, à aller regarder ça tout de suite, que ce soit sur YouTube, que ce soit sur Instagram, il a du contenu incroyable et à chaque fois que je regarde ses vidéos, je suis plié de rire. Franchement, je fais partie des rares humoristes qui me font autant rire. C'est incroyable. Donc déjà merci Elgarif d'être avec nous. Comment tu vas?
Merci Théo. Bah écoute, ça va. Merci à toi, merci de me recevoir. Les gens ne le savent pas, mais on a galéré sur Zoom comme des bâtards avant de démarrer cette réunion. Tu leur donnes pas les vraies infos, toi tu leur dis bonjour genre ça va, ça va, il s'est rien passé, tout va bien. Écoutez-moi bien, ce monsieur ne connaît rien en termes techniques, on a galéré très fort.
C'est vrai que ça fait 20 minutes, on avait rendez-vous à 13h, il est 13h25, on commence à peine.
Exactement.
Moi j'appelle ça connaissances illimitées, là c'était connaissances limitées. On était limité, on n'arrivait même pas à lancer une réunion Zoom. Une galère, mais bon on a réussi et on a montré que malgré les petites galères on peut le faire et merci d'avoir patienté. En persévérant, merci d'avoir patienté. Je sais que beaucoup de personnes auraient craqué, auraient dit vas-y on refait ça plus tard. Merci d'avoir accepté.
Un plaisir d'être là.
Est-ce que tu peux te présenter pour ceux qui ne te connaissent pas et après on va rentrer dans le vif du sujet?
Pour ceux qui ne me connaissent pas, écoutez, je m'appelle Edgar Yves, voilà, c'est mon nom d'artiste. C'est mon deuxième prénom en vrai, mon nom de famille c'est Monnou. Je m'appelle Monnou Baba Djidé, c'est mon prénom traditionnel parce que tous les enfants chez moi ont un prénom traditionnel. Monnou Baba Djidé Edgar Yves Junior Loïc, voilà, je fais partie des rares personnes qui ont deux lignes sur la page d'identité pour les prénoms. Et voilà, j'ai 35 ans, bientôt 36 le 11 juin. Je suis Gémeaux, je pèse, bon je vais pas dire mon poids pour des raisons un peu techniques. Si on sait jamais qui nous regarde, faut rester un peu vigilant quoi. Mais voilà, je suis noir, la bonne humeur.
Wow! Et t'es humoriste, mais une de tes particularités, tu fais partie des humoristes qui, on va pas dire engagés, mais qui ont un message à faire passer à chaque fois qu'ils montent sur scène.
Moi, c'est ma vision de l'humour. J'ai évidemment démarré comme tout le monde avec des sketchs un peu plus légers, un peu plus triviaux. D'ailleurs, ça marchait pas, c'est tout. J'ai commencé en faisant des sketchs où je parlais de la supposée grand pénis des Noirs, comme quoi avec on s'accrochait aux branches. Et puis des sketchs sur le zouk, voilà, des sketchs sur le communautarisme. J'ai bien compris que pour parler aux gens et connecter avec eux, c'est de créer une réaction chimique, c'est-à-dire une connexion entre la parole de l'artiste et le cœur de ceux qui écoutent. Il faut parler aux gens de leur réalité. Et donc pour ce faire, l'humoriste, pour être accompli, doit prendre une dimension un peu sociopolitique qui est de parler aux gens de ce qu'ils vivent vraiment, des vrais problèmes qu'ils ont, d'apaiser leur souffrance par le rire, de passer des messages, d'éduquer et de sensibiliser. Dans le monde dans lequel on vit plus que jamais, cet humour qui se veut dénonciateur est important et je pense que si la presse c'est le 4e pouvoir, l'humour devrait être le 5e. C'est comme ça que moi je le vois. Après, il y a quelqu'un qui te dira: «Moi je fais des sketchs sur les bigorneaux et ça me va très bien.» Et il aura son public et tant mieux pour eux. Mais moi, vu le caractère de l'urgence dans le monde dans lequel on est, ça va être très dur pour un humoriste, moi, de me faire rire en me parlant de son premier rapport sexuel. Ça me touchera pas. Et en plus mec, il y a quand même un truc de toi par rapport à toi là que je trouve un peu très égotique. Après on s'en branle de toi en vrai, tu vois. C'est sur scène, tu prends un micro, sois utile quoi, tu vois. Sois utile, sinon pose le micro.
Je suis d'accord. Et ta particularité, c'est qu'aujourd'hui tu es connu et tu fais rire des milliers de personnes, mais ton parcours est assez particulier parce que j'ai pu écouter et entendre à différents moments que déjà tu fais partie des personnes qui ont vécu à la rue, mais réellement, c'est pas juste du storytelling, c'est pas juste je raconte une histoire. Et est-ce que tu peux nous aborder un peu ce sujet et comment tu as fait pour finir, comment tu as fait pour tenir pendant un moment?
Alors avant toute chose, je tiens à préciser à ceux qui nous écoutent que je suis actuellement atteint par le pollen, c'est-à-dire que dans une période de l'année, voilà, le pollen construit un loft directement dans mes fesses. Et voilà, c'est une habitation de 2 mois, le devoir, et paye pas le loyer, fils de pute, je te le dis, il paye pas le loyer et tout. Donc merci, il va m'arriver de me moucher, mais voilà, c'est pas forcément l'émotion, je suis désolé Mohamed, c'est pas l'émotion, c'est juste peut-être qu'après il y aura l'émotion, mais pour l'instant on n'y est pas encore, on n'y est pas encore. Bon, alors pour te formuler une réponse succincte, mon père Même s'il est avocat de formation, on y reviendra sans doute. Il est avocat de formation comme Sarkozy, l'avocat de formation, mais c'est un homme politique éminent chez moi, mon pays d'origine, le Bénin, mon pays natal. Je suis franco-béninois, j'ai les papiers, voilà, pas besoin de baiser avec une vieille blanche pour rester, je tiens à le préciser.
Je t'ai pas dit je suis à la rue, faut que je trouve une blanche pour rester en France.
Tu les connais nos frères noirs là, 30 ans marié avec une vieille de 80 piges, je l'aime, tu mens Firmin. On sait que non, non, mon père il a fait tous les postes sauf président de la République chez moi, c'est véridique. Je suis arrivé en France, il a été Premier ministre, ah non, sauf Premier ministre et président de la République, mais il a été ministre de l'Intérieur, ministre de l'Économie, ministre de la Justice, plusieurs fois député, maire, président des rapports Afrique-Caraïbes-Pacifique, il a organisé le sommet de la francophonie avec Jacques Chirac, il a un putain de CV. Il a un putain de CV. De toute façon, c'est pas compliqué, vous tapez Edgar Yves dans Google, vous allez voir mon père qui apparaît pas loin. Là, on a un stade, tu dis à Google qui est Edgar Yves, mon nœud te répond Edgar Yves Monnoye, le père d'Edgar Yves. Donc ça lui fait une belle jambe. Et quand j'ai démarré ce métier, mon père me niquait dans Google, c'est lui qui apparaissait en premier. Je l'ai relégué en 3e page, poto. C'est ça la vie, bien. Ça veut dire qu'il tape son blaze, il tombe sur moi d'abord.
Les gens viennent te voir pour faire de la politique et tu leur dis: «Non, non, moi je fais pas de politique.» Comme quoi la vie est dure.
Lui il a fait une ministre et tout, moi 2 bons sketchs. Allez, classe, terminé, tout le monde descend. Non, en vrai, il s'appelle Edgar Yves Monnou, donc il m'appelait Edgar Yves Monnou Junior, donc t'imagines bien que le gars avait des plans pour moi. Il était un peu à cette époque dans les trucs des Bush là, il allait créer une dynastie, une connerie comme ça. Moi je suis arrivé avec mes velléités de stand-up et donc là, je te cache pas que ça a été le premier bide. La sanction a été immédiate. J'étais à l'époque à la fac de droit à Poitiers en colocation avec mon frère. Nous étudions le droit puisque nous devions reprendre l'affaire familiale. Moi, il se trouve que j'ai manqué à l'appel. Donc il a dit à mon frère: «Tu déménages, prends un nouvel appartement.» Et lui, il est dehors. Je pense que l'expérience de la rue était une façon d'essayer de me brimer, de me briser, de me casser. C'est-à-dire, le plan devait être: «Il va galérer 3 jours.» «Il va revenir.» «Il va revenir jouer avec mon zizi, il fera tout ce que je veux.» Tu vois ce que je veux dire? Eh bien, je crois que ce jour-là, lui comme moi, on a découvert que, avant toute chose, je ne pense pas que c'est genre être un thug ou quoi, je pense qu'on a découvert que mes colères à moi étaient entières et sincères. Parce que quand tu te retrouves dehors, mon frère, qu'il y a les premières larmes de froid qui te lacèrent la peau, et que tu réalises que c'est à cause de ton père que tu es dehors, parce qu'il t'a quand même foutu à la rue du jour au lendemain, je ne dis pas que les parents doivent assumer leur enfant toute leur vie, mais un dégagisme aussi brutal, Ça a été, mec, d'une violence. J'étais fils d'ambassadeur avec 2000 € par mois, rien foutre, aucune épargne. Je me suis retrouvé avec 5 € sur mon compte du jour au lendemain, carte Keblo et tout. Et tu dis attends, je suis là à cause de lui, même si c'est une leçon et c'est un stage que tu veux me faire faire, c'est trop violent pour que je revienne demander pardon. Donc moi j'ai vrillé gros, et je me suis dit en fait je reste là. J'avais 22 ans.
Et donc pendant un an, comment tu as tenu le coup pendant un an? 1 an en extérieur?
Mec, les premiers jours ont été fous. D'abord, les premiers jours, je les passe sous le choc, mec. Je sais pas du tout ce qui m'arrive. Je suis un mélange de profonde tristesse et beaucoup de peur aussi parce que je connais pas ce nouvel environnement, je comprends pas ce qui m'arrive, je suis un peu choqué. La première nuit, je la passe sur un banc dans un parc de Poitiers. Il commence déjà à faire froid, on est en plein hiver. Je comprends pas ce qui m'arrive, quoi. Bon, j'ai ma valise, mon petit sac Louis Vuitton que, pour l'histoire, on aura vite fait de me voler 3 jours plus tard en me cassant la gueule. Mais bon, je te passe les détails. C'est pas les détails qui sont intéressants, mais ça a été très très dur. J'ai volé dans les magasins pour bouffer, pour me nourrir, parce que là, encore une fois, la conception et la vision sociale que les gens ils ont de toi quand tu as un sac Louis Vuitton est complètement dingue. J'avais un sac Louis Vuitton, donc moi je pouvais pas être un voleur, tu comprends? Donc du coup, je pouvais manger des sandwichs dans les magasins, jeter l'emballage dans la poubelle, prendre les bouteilles d'eau, boire un bon coup de rafraîchissement et puis hop! Et vraiment, ça a été mon plan pendant assez longtemps. Pendant assez longtemps, ça a été mon plan. Après, j'avais créé une petite structure dans laquelle je dormais et tout. C'est difficile, seul dans la rue, c'est dur parce que quand t'as un bon spot, il faut le défendre. Il faut te battre pour garder l'endroit agréable que tu as trouvé, que tu as construit. Il faut te battre pour éviter de te faire voler. Enfin, il faut se battre à poil tout le temps dans la rue. Bien évidemment, on ne gagne pas tous les jours. Et bien évidemment, mais là, c'est pas les bagarres d'école.
Ouais, c'est pas, il y a pas quelqu'un pour venir te séparer, il y a pas quelqu'un pour venir te soigner non plus.
Les blessures, c'est Jésus prend le volant, je te le dis. Donc écoute, je fais ça du mieux que je peux. Et puis il y a un moment, il y a un ami On découvre ce que l'être humain fait de pire dans ces circonstances-là, mais ce qu'ils font de mieux aussi. Il y a un mec que je respecte énormément qui s'appelle Valentin Léaumant, que j'aime beaucoup citer en interview et avec qui on est les meilleurs amis du monde aujourd'hui, qui passe dans le parc de Poitiers un jour par hasard, alors qu'on a été pendant à peu près 3 ans en fac ensemble, tu vois. 2 ans, 2 ans. On a fait la deuxième année qu'on a eue ensemble, la licence qu'on a eue ensemble, et après on s'est perdus de vue. Lui d'ailleurs, qui s'est pas non plus spécialisé en master public ou privé. Lui aussi il a arrêté avant le master's comme moi. Et il se balade dans le parc de Poitiers avec sa meuf et puis il tombe sur moi qui avais la barbe, les cheveux, quasiment perdu l'usage de la parole parce que complètement traumatisé par la vie. «Qu'est-ce que tu fais là ?» Pas de réponse de ma part, mais il me reconnaît, il comprend pas, machin et tout. Il part, il revient avec un pick-up avec son grand frère, des amis à lui. Les gars me sortent de là, ils me logent dans son appartement. Sans rien me demander, rien me dire parce que je ne parle pas, je ne réponds pas à ce moment-là, je ne parle pas aux gens. Il ne me demande rien, il me met dans l'appartement et chaque jour pendant 6 mois, tous les jours il m'apporte à manger et du linge propre. Wow! Tous les jours. Et donc moi je me refais au fur et à mesure, d'abord évidemment réflexe, j'arrive dans l'appartement, je prends la couette, je la mets par terre et je dors par terre. C'est le réflexe, je ne dors pas dans le lit, tu vois. Même encore aujourd'hui mec, j'ai un grand appartement, Je dors dans le canapé, frérot. J'ai un putain de lit, j'ai un putain de lit, j'ai un lit de ouf, king size, je gagne bien ma vie et tout, mais je dors dans le canapé. Cet espace de 15 m² là, ça me rassure, frérot. Ça me rassure d'être dans cet espace où il n'y a pas de place de dormir, ça me rassure. J'ai gardé de vrais réflexes. J'ai pris énormément de poids ces dernières années parce qu'évidemment j'ai retrouvé le plaisir de manger. Bon, après, à la base, on était 15, mon frère, donc on est quand même équipe mafie. Bah oui, donc dès que les émotions elles sont revenues, je me suis dit bon dans le doute, au lieu de manger 2 poulets, peut-être que je vais manger 4.
4, on va prendre des réserves, on sait jamais.
On prend des réserves, tu vois. Donc ça aussi, tu vois, j'ai gardé un rapport à la nourriture qui est complètement fou. Bref, ce mec-là il vient, il me met dans son appartement, pendant 6 mois il m'aide à me réinsérer. Après, bah je rase ma barbe, je prends mes premières douches, je redeviens un gars normal, j'enlève les séquelles que j'ai sur la peau, la peau retrouve un peu de vivant. Je retrouve du teint et puis je fais un truc...
Tu recommences à mettre des crèmes qui font briller la peau.
Des crèmes qui font briller la peau, tu vois. On a enlevé les puces, les trucs, les machins qu'on chope dehors là. On a nettoyé tout ça, le corps et tout. Ça m'a mis du temps, mon frère, ça met du temps. T'as les puces, t'as les... Comment on appelle ça là? Les trucs là, les morpions là, c'est ça? C'est des trucs. T'enlèves tout ça quoi, tu vois. Tu te mets la crème, l'huile.
C'est incroyable ce qu'il a fait quand même comme action de te... Ouais.
C'est du jamais vu, c'est du jamais vu, mec. Et du jamais vu. Et honnêtement, Dieu il est grand parce que moi je suis croyant. Au moment où il vient, mec, je commence à—
c'était compliqué.
Surtout quand tu es le plus grand. Et je suis un vrai guerrier, mec, je suis un putain de guerrier. Si j'en suis là, c'est parce que je suis un vrai guerrier. Il y a des moments où je suis là, je dis: là, Seigneur, j'ai donné tout ce que j'ai pu dans la— et je crois que vraiment je commence à me dire: j'ai tout donné et tout. Et le mec, lui, là, et lui là pareil, quoi. Ça, je dis: j'ai aussi une bonne étoile, gros, j'ai aussi une bonne étoile. Et de là Je vais me faire un CV, trouver, on est à Poitiers, trouver un boulot chez Califone à l'époque, je me souviens, comme chargé de clientèle. Je déteste le boulot, cet appel, les gens chez eux pour leur vendre des box, machin et tout, c'est vraiment à chier. C'est un volume de 80 appels par jour, les trois quarts des gens ils te raccrochent à la gueule. Donc en termes d'estime de soi, je te cache pas que c'est compliqué.
J'ai fait ça, j'ai fait ça.
Voilà Anthony, vous avez vendu 10 box aujourd'hui, donc du coup on vous offre une serviette Bouygues Telecom, tu dis: super, je suis très content d'avoir vendu du coup 10 box. Mais j'ai fait ça parce que j'avais pas le choix et je l'ai fait en attendant d'eux. Et j'ai mis de la thune de côté, j'ai fini par avoir une bonne réserve, peut-être 10K, j'avais réussi à mettre 10K de côté et je suis parti en laissant à peu près la moitié sur la table du mec. J'étais tombé amoureux d'une femme en soirée qui vivait à Nantes et qui m'a dit: viens emménager avec moi là-bas. Comme j'avais aucune attache À Poitiers, j'ai dit bon bref, la ville est pas dingue non plus, autant se relancer et laisser aussi l'histoire de la rue derrière moi, tu vois. Il a envie de me dire vas-y, on tourne la page, on passe à autre chose.
Faut pas passer dans les mêmes parquets.
Le gars me renverra pour l'histoire, je laisse de l'argent que Valentin Léaumont me renverra. Il me dira mais t'es malade, je t'ai rien demandé et tout. Et la première fois que ce mec-là me verra à la télé ou qu'il verra mon sketch cartonné plus tard sur la corruption, il pleurera quoi, tu vois. Il se dira mais là j'ai fait un truc absolument incroyable.
C'est toujours ton pote aujourd'hui?
On se parle tous les jours pendant qu'on faisait les réglages de la réunion. Quand tu m'appelais, j'étais pas là au téléphone, là c'est avec lui que je parlais. C'est un gars, on se parle quasiment tous les 2 jours. C'est un garçon brillant, intelligent, qui me donne plein de réflexions sur la vie. Et puis c'est un ange quoi pour moi, donc pour moi c'est pas un être humain, lui c'est un ange.
C'est incroyable, on le remercie même si on le connaît pas, on le remercie parce que c'est un truc de fou qu'il a fait. Et il montre à toutes les personnes qui écoutent le podcast que des fois il y a des actions comme ça, surtout surtout quand t'attends rien d'eux, de la personne, qui peuvent permettre des transformations et sortir des gens de la rue.
C'est pour ça aussi, mec, que je suis devenu un humoriste qui tente de beaucoup inspirer, de beaucoup donner de force aux gens, parce que j'ai le sentiment que je reviens d'hyper loin. C'est pas qu'un sentiment, ça a aussi des faits. Je reviens d'hyper loin et je me dis c'est le minimum que je puisse faire, tu vois. C'est le minimum que c'est d'essayer. Puis tu regardes mes sketchs, La Corruption, là on me parle beaucoup de mon interview sur Blast là qui cartonne, où j'ai donné mon point de vue aussi sur la vie, mon interview avec Kevin Razyi. On voit que je suis tourné vers les autres et j'essaie de solutionner les problèmes de mon prochain parce que moi on l'a fait pour moi en fait. C'est ça la vraie raison et donc c'est le minimum que je puisse faire.
Et pendant cette année, on prendra la première chose, mais là toi tu avais ton rêve parce que tout ça c'est parti d'un rêve. C'est-à-dire que tu avais une vision, un rêve de devenir humoriste. Certaines personnes avaient des plans pour toi, reprendre l'affaire familiale, faire de la politique. Toi tu avais un rêve, c'est de faire humoriste. T'as 24 ans, t'as un rêve. Ton rêve t'oblige à aller dans la rue et pendant un an, comment tu vivais avec cela? C'est-à-dire que effectivement c'était dur, tu as raconté et c'est super poignant ce que tu viens de dire. Mais dans ta tête, ton rêve, est-ce que tu as continué à le garder? Est-ce que tu avais toujours cette flamme? Est-ce que c'est ce rêve de devenir humoriste qui t'a fait tenir?
La flamme ne s'est jamais éteinte. D'abord, la flamme ne s'est jamais éteinte et elle a été d'autant plus ravivée par la colère et la haine. Quand tu es dehors dans une citrouille pour des raisons qui te paraissent injustes, parce que ton père veut te mettre à l'amende et te mettre des leçons, t'es en colère. On est des Noirs, on est un peuple fier. La fierté, mon frère, les Africains, les Algériens, les rebeus, les renois, c'est dans nos gènes, mon frère. Tu comprends? On nous a trop chié dessus, on a un peuple fier. Moi, je suis un Noir fier et donc Rien que pour te prouver que tu as tort, je vais sortir de cet enfer. Et c'est ce que j'ai fait. Et parce que moi j'avais, oui, j'étais toi mec, je vais te montrer que tu as tort. Tu vois, je suis vraiment un gars comme ça. Et ça me sert dans la vie que j'ai aujourd'hui, dans les combats que je mène, Bolloré, Hanouna, tout ce que tu veux. C'est mec, toi là, tu sais pas d'où je viens gros, tu vois. Tu vas pas me faire danser parce que tu me menaces de pas me programmer sur telle émission. Ça va aller, tu vois, je viens de beaucoup plus loin que ça. Et le froid Le froid, la colère tient chaud dans le froid. Et je n'ai jamais perdu de vue ce que je voulais faire. Qu'on soit clair, il y a des moments où t'es dans le down, on va pas se mentir. C'est pas hop là, mais j'ai flanché, mais ça ne m'a jamais complètement brisé. Un peu par moment, mais jamais complètement. J'ai jamais complètement décroché, quoi. Sur la fin, je commençais vraiment à quitter l'humanité. Tu vois, je trouve que c'est un endroit, la rue, mec, qui est plus comme les autres.
Tu es en mode survie, tu es là pour—
Tu es au plus bas, tu ne vaux rien, tu ne signifies rien, les gens te passent devant, tu n'existes pas, tu es un putain de fantôme. Les gens, c'est ça aussi, ils passent devant toi, ils te disent jamais rien, tu es un putain de fantôme et tu finis par y croire que tu es un putain de fantôme. Parce qu'on passe devant toi, on s'arrête jamais, on te calcule pas. Et tu finis par croire que t'es un putain de fantôme. Waouh!
Et c'est vrai que là, tu viens de me mettre une claque là.
Imagine, t'es assis, on passe devant toi tout le temps comme ça et on s'arrête jamais. Au début, tu trouves ça chelou, mais mon gars, au bout de 4 mois, tu finis par croire que toi t'es un poteau. Pour toi, tu finis par croire que tu as le même impact qu'un lampadaire. Et en gros, comme image de toi, tu finis par te dire moi je suis un lampadaire, moi. Et une fois que tu as vécu, c'est vrai, souvent les mecs dans la rue, quand tu vas dans la rue, regarde souvent les mecs que tu croises, est-ce qu'ils ont la moindre réaction quand les gens ils passent devant eux? Non, non, ceux qui sont là depuis longtemps, mais qui n'ont plus la moindre réaction, mais parce que c'est ça, c'est intégré. Moi c'était comme ça, moi. Moi j'étais un poto, un putain de lampadaire, tu vois. On s'arrêtera pas pour m'aider, pour me demander comment je vais, pour me donner à manger. Non, on me calculera pas, on passe devant moi comme ça, on fait l'essuie-glace, voilà.
Et donc aujourd'hui quand tu vois des personnes comme ça toi dans la rue, ça te... Comment tu fonctionnes aujourd'hui? Qu'est-ce que pour toi... Alors plutôt, attends, je vais reformuler ma question. Qu'est-ce que tu aurais aimé si moi demain Qu'est-ce que tu aurais aimé qu'on fasse quand tu étais dans cette situation? Et qu'est-ce que nous aujourd'hui on pourrait faire pour ce type de personnes?
Moi j'ai jamais fait la manche dans la rue. Jamais. J'ai toujours eu cette fierté, je te dis, une fierté africaine qui vient de très loin. J'ai jamais tendu la main comme ça. J'ai toujours trouvé des systèmes d'aide, mais j'ai jamais tendu la main. Moi j'aurais aimé qu'on me demande si ça allait, qu'on me fasse une blague, tu vois, pour me relancer des fois dans la journée, un contact humain. Je crois que le manque de contact humain, le manque de contact social, c'est ce qui te détruit le plus. Moi, j'aurais aimé pouvoir rire un peu vite fait avec 2-3 gens. Des fois, observer des gens un peu marrants, ça me faisait sourire. Il y a toujours un groupe de jeunes qui vient, qui s'installe et tu vois Blaireau qui fait le con. C'est pour ça aussi que l'humour, c'est magnifique. Tu vois un con qui fait le con avec un pote et tu vois des amitiés sincères. J'ai vu des choses belles aussi. Ça te fait un peu sourire, mais ouais, j'aurais peut-être aimé qu'on me parle, qu'on me demande un peu comment j'allais. Ça m'aurait fait du bien. Et pas qu'on me donne de l'argent. Moi ce que je fais souvent c'est que j'achète de la bouffe et je leur donne. Et maintenant comme je suis un excessif en termes de nourriture, quand j'en ai trop, dans le quartier je descends avec mon plateau, il y a côte de bœuf, agneau, machin, et je donne aux gars. Moi les gars de chez moi maintenant ils sont tous en bas là, ils savent que je suis le spot. Donc quand je suis là ils sont là: «Alors chef, comment ça va ?» Comment ça va? Je dis: «Ça va, ça va les gars, ça va, ça va et tout.» Ouais, ils veulent le menu. Oui, c'est ça. Alors parce que c'est des mecs, c'est des vrais plats. Moi des fois c'est côte de bœuf, côte d'agneau et tout. Donc les gars ils sont là, putain lui... Faut quand même qu'on se positionne pas trop loin de son appartement, si tu vois ce que je veux dire.
Et une fois que tu travaillais pour Bouygues et que tu as commencé à faire un peu d'argent, comment les étapes pour te relancer dans l'humour qui était ta mission? Parce qu'au début tu as une phase de réhabilitation, une phase où il faut aller travailler, gagner de l'argent. T'as suivi cette fille à Nantes, d'après ce que j'ai compris, ça s'est pas super bien passé aussi là-bas.
Très mal passé parce qu'il y a une grande différence entre se voir, et ça aussi en termes d'amour, on fait un crochet pour le couple vite fait, il y a une grande différence entre se voir que le week-end, et donc là il y a que la passion mon frère, on fait l'amour dans toutes les pièces de la maison, je t'aime, moi aussi, tu vois, ok, tu vois, voilà, et puis après la vraie vie 24 heures sur 24. Où là tu découvres des aspects de la personnalité que tu ne connaissais pas. On était chez elle en l'occurrence. Donc évidemment, ça s'est très vite mal passé. Et très vite je me suis retrouvé à la street, mon meurtre, elle m'a mis dehors. Mais bon là c'était très différent parce que j'avais déjà trouvé un boulot. Je sortais de clientèle chez Bouygues Télécom pour le coup à Nantes. Californ, c'était Californ SFR les box à Poitiers. Bouygues Télécom à Nantes, c'était les secteurs à l'époque qui recrutait le plus, il y avait un énorme turnover. Je pense que c'est encore vrai aujourd'hui, c'est un boulot très prenant, très fatiguant, donc il y a un énorme turnover. Si tu es un minimum à l'aise à l'oral et obéissant, ils t'embauchent.
Bien sûr.
Parce qu'ils veulent des mecs qui râlent pas, qui font ce qu'on leur demande, quoi, tu vois.
Et qui travaillent, ouais.
Moi, j'étais le bon profil en l'occurrence. Donc elle, je me retrouve encore dehors de chez elle. À ce moment-là, je suis déjà en soirée avec des gens, j'ai renoué le contact, je suis un bon parleur. Je savais que ça puait un peu la merde. J'avais déjà commencé à parler avec un gars en soirée de me retrouver chez lui en coloc. Donc en vrai, je pars de chez elle, mais en vrai j'atterris en coloc chez un gars, un branleur comme moi. Je lui paye un loyer, l'appart est grand. Il a sa chambre, j'ai ma chambre. Tout se passe bien, on s'entend vachement bien. On s'est connus en soirée par une pote commune de la fac. Tout va bien quoi. Et là, je fais bouilliter les camps pendant un an et demi. À l'époque, je m'arrange pour avoir ensuite une résiliation amiable, une rupture amiable qui me permet d'avoir le chômage. À l'époque, c'était pendant l'équivalent du temps où tu avais travaillé. Donc j'avais droit à, je crois, 1 an et demi de chômage. Et là, elle me dit: «Regarde, c'est pas compliqué. À la fin de tes 1 an et demi de chômage, ton projet doit être sur les rails et tu dois en vivre.» À la fin d'1 an et demi de chômage, j'étais intermittent du spectacle, j'avais monté mon Comedy Club à Nantes et je me faisais peut-être 200 ou 300 ou 400 € black par semaine avec mon Comedy Club puisqu'à l'époque on mettait le chapeau. La thune dans le chapeau. Je partageais entre moi et les comédiens en tant qu'organisateur, je prenais plus et puis je partageais après avec les autres. Et j'ai lancé mon projet comme ça. Je me suis d'abord inscrit dans une compagnie de café-théâtre durant les premiers mois de chômage avec ma thune épargnée. Je me suis inscrit pour améliorer mon jeu de comédien. D'accord. Dans une compagnie de café-théâtre. Tu payes 500 €, frère, on t'apprend à faire le chat dans l'espace. J'ai dit: ouais, donc là c'est quand même un peu cher pour faire: «Miaou, voilà, c'est bien, continue, là je sens que tu as le bon ton, Firmin.» Voilà, nickel, super, continue comme ça Philomène. Vous êtes en forme aujourd'hui ma loulou. Bon là j'ai dit, eux ils sont en train de garer une moto dans mes fesses.
Girl style, t'es parti boire ailleurs.
Ouais, j'ai dit je vais extraire mes fesses de l'opération et aller donner mon cul ailleurs. Donc la petite pute de luxe a repris son aventure, je suis allé voir un gars dans un bar à Nantes là. J'ai dit: «Frère, viens on fait du stand-up au Montand Comedy Club.» Le mec me dit: «Ouais, super idée, machin et tout.» Bon au début ça s'appelle le West Side Comedy Club à Nantes. Il existe encore? C'est encore ouvert. La nouvelle génération est là-bas. C'est une des plus grosses scènes ouvertes de l'Ouest. On a démarré là-bas en jouant tous les mercredis soirs devant 15 personnes ivres mortes. Nous on était aussi un peu nuls, donc les gars étaient là: «C'est nul!» On rentrait chez nous en pleurant. On s'est tous accrochés. Il y a eu 15, puis 20, puis 30, puis 40, puis 50, puis 100, puis 200 personnes tous les mercredis soirs. À la fin, les gars étaient debout dans le patio et tout, ils voulaient voir à travers la fenêtre du bar ce qui se passait. Nous, on ouvrait en faisant des gros raps à l'américaine et tout machin. Après, on envoyait vraiment une pure soirée à l'américaine, on envoyait du stand-up, du perra, il y avait des zicos, des machins. C'est une sorte de Jimmy Fallon Show local et tout. On a fini à la Cité des congrès de Nantes 2 fois, salle de 800 places. Et tous les gars de cette génération-là, à Nantes, sont tous devenus pros. Parmi eux qui sont devenus des stars, il y a Elodie Poux qui est devenue beaucoup plus connue. Elodie Poux, elle remplit beaucoup d'élites partout en France maintenant. Il y a Mohar qui remplit des salles de 1000 places partout en France. Alexis Lerochniot sur France Inter, plein d'humoristes comme Nilson José, Yanos, Kenny Martineau, Omar Meftah, ils sont tous pros. Kevin Robin, Nicolas, Fabié, beaucoup d'artistes qui fonctionnent. On a créé la plus grosse scène ouverte de l'Ouest partie de loin. De rien du tout.
Et ça t'appartient toujours?
Non, moi je suis parti en laissant le bébé. Je me suis dit à un moment donné, ça y est frère, j'ai ma scène ouverte, je suis un des 4 meilleurs humoristes de la ville officiellement, je joue mon spectacle à la Compagnie du Café-Théâtre tous les jeudis, vendredis, samedis et le mercredi à ma scène ouverte, je joue 4 jours par semaine, j'ai un appartement, je mange à ma faim, j'ai une petite, mais j'ai le sentiment que j'ai pas fait tout ce que j'ai vécu juste pour ça. À ce moment-là, pour moi, c'est pas assez pour égaliser la souffrance que moi j'ai. Je me dis non, il faut baiser l'arène du ballon, frère. On n'est pas là pour visiter, tu comprends. On veut soulever la Ligue des Champions depuis le début, nous. On veut pas être champion de Ligue 1, tu comprends ou pas? On veut pas PSG là, tu vois. On veut faire mieux que ça. Donc je dis vas-y. Et en plus, à l'époque, j'étais amoureux. Reste 4 ans quand même, je reste 4 ans à Nantes, 4 ans de ça. 4 ans de bassine ouverte, les meufs stars de la ville, nanana. Et après je me pose avec une petite dont je suis amoureux et qui m'empêche un peu par amour de partir. Elle me demande rien, mais moi je me censure tout seul. Je sais que je dois bouger, mais comme je suis amoureux, je bouge pas. Bon, Dieu est grand une fois de plus, elle donne son cul un soir à un barman, je sais pas pourquoi. Et donc moi je me dis, ben voilà, c'est l'occasion de bouger. Comme je compte pas rester avec elle et que j'ai une peine de cœur, une fois de plus je change de ville, ça va me relancer un peu dans le game. Dans le game. Voilà, j'étais très blessé par cette rupture et tout, mais du coup je repars. Et là je vais à Paris. Et Paris c'est très dur parce que quand je vais à Paris en fait, c'est le retour de la galère.
T'es inconnu au bataillon.
C'est-à-dire que là c'est le retour de la galère. T'arrives à Paris, t'as pas d'oseille frère. Y'a pas d'oseille. Tu te doutes bien que moi j'ai pas épargné un euro à cette époque. Je te rappelle d'où je viens frérot. Chaque euro que j'ai eu, je l'ai mis dans quelque chose de plaisant. Tu vois ce que je veux dire? L'argent m'a brûlé les doigts. Tu as capté ou pas? À un niveau, tu n'as même pas idée. Et j'assume ça, tu vois ce que je veux dire? Donc moi j'arrive à Paris frérot, j'ai 200 € pour voir venir. Donc moi j'arrive avec ça.
Tu acceptes de partir à Paris avec 200 €? Certains auraient dit: non mais j'ai que 200 €, je me refais. Et j'y vais. Toi tu as dit j'y vais.
200 balles. Je sais déjà à cette époque-là, ma mère a commencé à reprendre contact avec moi, machin. Ma mère, la daronne, tu connais.
Ton frère qui était à Poitiers avec toi pendant cette année, vous avez jamais eu de contact? C'était—
oui, je lui en voulais beaucoup parce que tu vois, mon père s'appelle Edgar Yves Monnou. Il m'appelait Edgar Yves Monnou Junior alors que moi je suis le deuxième de la famille. Quand tu connais la tradition africaine où c'est le fils aîné qui est l'héritier, qui est dépositaire de la tradition familiale, c'était une humiliation pour lui de ne pas s'appeler lui Edgar Yves comme mon père. Donc ça, pour lui en tout cas, il l'a vu comme ça. Donc ça a créé une compétition dès le départ entre moi et mon frère en tant que fils héritier, genre tu vois. Lui, il a couru toute sa vie après une reconnaissance de mon père que moi j'ai rejetée toute mon existence. C'est vraiment les deux chemins opposés: celui qui fait tout pour plaire et celui qui s'en bat les couilles.
Aujourd'hui il est avocat?
Aujourd'hui il est avocat fiscaliste, il bosse dans le cabinet de mon père et moi je suis un humoriste à succès. Voilà. Et je pense qu'il en revient, je pense qu'il en revient parce que là il bosse dans le cabinet d'un mec qui lui rappelle tous les jours que c'est lui la star et qu'il est chez lui. Donc je sais pas si c'est pour ça qu'il a signé, mais en tout cas c'est parfaitement intéressant comme chemin de vie en tout cas. Est-ce que ça donne quoi d'obéir aux règles? Ça donne quoi de pas forcément obéir aux règles? C'est deux chemins un peu différents de ce point de vue-là. En tout cas, je me relance sur Paris, j'arrive dans une chambre de bonne.
Et ta maman revient vers toi? Ta maman à ce moment-là revient vers toi?
Elle revient vers moi, elle commence à demander des nouvelles, machin. Et moi à ce moment-là dans la vie, ma famille je leur en ai voulu pendant des années parce que pour moi ils ont regardé faire, ils ont rien fait pour me protéger. Ils ont pas essayé de m'aider, ils ont pas essayé de me retrouver. Ils avaient peur de mon père, je sais très bien.
Les familles africaines, moi je suis marocain et effectivement les familles africaines, il y a beaucoup d'orgueil, il y a beaucoup je suis le leader, si je mets, en vrai c'était qui je suis le fils ou le papa et ouais c'est compliqué.
Donc c'est compliqué en fait tu vois, donc ils l'ont pas fait, les familles, ceux qui sont africains comprennent parfaitement ce que je suis en train de dire, c'était compliqué pour eux d'agir donc ils ont pas agi mais je pense qu'à un moment donné la culpabilité elle monte quoi et moi à ce moment-là je commence à progresser un peu en stand-up, je suis niveau Sketch sur le grand pénis des Noirs et le zouk, tu vois. En stand-up, je suis à ce niveau-là. J'ai déjà plus de charisme que tout le monde, plus de présence que tout le monde, mais ce que je dis n'est pas intéressant de ouf. Et ce que je dis là, c'est une subtilité qui est très importante.
Bien sûr.
J'ai déjà les qualités naturelles pour faire ça, mais ce que je dis n'est pas ouf. Donc ça fonctionne parce que je suis naturellement au-dessus de la moyenne, Mais en vrai, j'arrive à Paris et le premier constat que je fais, c'est: bon, les mecs disent être beaucoup plus intéressants que moi. Comme je ne suis pas idiot et que j'arrive à analyser mon environnement, encore un conseil, quand vous arrivez quelque part, voyez comment ça marche. Moi, je me tais, j'observe et je vois que le niveau est beaucoup plus élevé en fait. En termes de qualités naturelles, je n'ai rien à craindre. Je suis fils d'homme politique, l'oral, je suis né là-dedans. Je te baise quand tu veux, gros, tu vois.
Les Béninois, vous êtes forts dans ça. Moi, j'ai des amis— À l'oral, ouais.
Mais le texte, Là, je vois que là, ça pêche, j'ai rien à dire et je galère un peu en stand-up et je galère dans ma chambre de bonne et je programme mon spectacle parce qu'à l'époque, j'ai une opportunité. En fait, comme j'étais une des stars de la ville de Nantes, toutes les stars qui venaient jouer leur show à Nantes me prenaient en première partie. C'est ainsi que je me retrouve à faire à l'époque à Nantes la première partie de Jeff Panaclocq au Zénith de Nantes, qui est disponible sur YouTube, au Zénith de Nantes. Jeff Père Lacoquette garde Zénith de Nantes où tu vois je suis tout petit, tout frêle, tout impressionné machin et tout. Je fume le Zénith ce soir-là, je cartonne la salle de ouf avec des sketchs qui ressemblent en rien à ce que je fais aujourd'hui, c'est intéressant à voir.
Je n'ai pas regardé celle-là.
Il y a un sketch mec où je fais un sketch sur la communication, j'appelle ça «Le poids des mots important», «Le poids des mots est capital». Je finis par faire un slam, le slam de Carl, mon ami Carl, Carl'heure. Vraiment un truc... Qui n'a rien à voir avec ce que je fais maintenant, beaucoup plus... En fait, je cherchais à faire le gars bien sur scène, tu vois. Le gars lettré, le gars machin qui ne dit pas de conneries.
Le gars conforme parce que tu rentres dans un nouveau monde et tu te dis: il faut qu'ils m'intègrent.
Voilà. Donc je voulais faire le gars bien. Et c'est au moment dans la vie où je n'en aurais plus rien à foutre que ça va percer, frérot. Tu vois ce que je veux dire? C'est ça qu'il faut dire aussi aux gens. Quand je vais arrêter d'essayer de plaire, c'est là que ça va marcher, frérot. OK?
Est-ce que tu peux revenir sur cette phrase? Pourquoi c'est important d'arrêter d'essayer de plaire? Petite pause pour te dire que si ce podcast te plaît, like et abonne-toi pour recevoir encore plus de contenu.
Parce que je pense que quand on essaie de plaire, on n'est pas soi-même, mon frère. Je vais t'expliquer un truc: l'escroquerie qu'il y a autour du fait d'essayer de plaire. Les gens essaient de plaire dans plein de domaines différents. Les gens vont essayer de plaire à un ou une partenaire pour essayer de la conserver. Mais là, encore une fois, c'est une erreur parce que le vrai amour Le vrai sentiment de plénitude, tu vas le trouver dans le fait que la personne qui est en face t'aime avec tes qualités et tes putains de défauts. Si tu dois être quelqu'un d'autre pour que la personne-là elle reste, toi tu vas vivre une vie où tu vas dépenser une double énergie frérot. Parce qu'il y a un masque là, il y a un masque là que tu vas porter toi de minuit à minuit, hein.
Ouais, ça.
Sans pause, hein.
Ouais.
T'imagines? Viens, on se dit la vérité. Je te file un exemple. Moi, il y a un moment, je faisais un peu d'apnée du sommeil, le poids, machin et tout. En vrai, j'ai maigri, ça va mieux, et je continue à maigrir. Là, j'ai un projet de film, faut que je perde du poids. Mais en vrai, j'avais une apnée du sommeil. Et au début, quand je voulais venir chez moi, je la mitonnais, je leur en parlais jamais. Et on faisait nos affaires, on niquait et tout. Et au moment de dormir, bon, faut que je te dise quelque chose, machin et tout. Et puis j'ai compris à un moment donné que ça, je mettais un poids inutile. Salut, je fais de l'apnée du sommeil. Ça, je commence même à laisser la machine sur la table d'entrée de mon salon. Bonjour, ah ça c'est ma machine pour le masque la nuit. Ça te dérange? Non? Allez, on passe à l'apéritif. Voilà, et en fait ça va parce que des fois on se met dans la tête des gens et on n'a pas assez de respect pour nous-mêmes pour penser qu'ils vont nous accepter tels qu'on est. On pense qu'on a besoin d'être quelqu'un d'autre pour être validé. Et ça, c'est la plus grosse erreur que les gens commettent Tous les jours dans les relations avec les gens, mais dans le travail aussi du coup. Moi je ne me disais pas qu'en disant des gros mots, en assumant mon africanité, tu vois, en étant un noir mais aussi un blanc, en étant les deux, on n'allait pas me valider. J'ai voulu faire le noir bien intégré qui parle bien français, qui a gommé tout l'accent, tu vois, qui est là. Écoutez, je ne vous cache pas qu'à cet instant précis je suis quelque peu échaudé. Écoute-moi bien, mes ancêtres m'auraient vu, ils m'auraient pissé dans les cheveux mon frère. Ils auraient dit: Rappeur, c'est lui, c'est pas cette merde. Tu vois ce que je veux dire? Et voilà, l'être humain il est comme ça, il est complexe.
C'est incroyable, mais par rapport au travail, aujourd'hui 95% des gens font des métiers qu'ils aiment pas, ils font des métiers alimentaires. J'ai travaillé pendant 8 ans.
La plupart des gens font un boulot qu'ils n'aiment pas dans la vie. T'imagines frère?
J'ai fait moi-même.
Le boulot, le boulot c'est l'endroit où tu passes 80% de ton temps de vie. Je le dis par rapport à la théorie, au concept de boulot alimentaire. Le boulot, frérot, c'est l'endroit où tu passes 80% de ton temps de vie. Donc toi, tu es en train de me dire que tu es au boulot plus qu'avec ta meuf, plus qu'avec tes potes, et plus qu'en vacances. C'est l'endroit où tu passes toute ta vie quasiment. Et donc il y a des gens qui sont en train de nous dire qu'eux, ils font toute leur vie un boulot qu'ils n'aiment pas plus que ça. C'est faux, c'est pas un choix, c'est Ceux qui te disent: «Ouais, j'aime bien mon taf.» Non, il y en a, ils n'aiment pas leur taf, mais comme le premier mécanisme humain de défense, c'est le déni. L'être humain, le cerveau, c'est une machine formidable. L'être humain, quand il vit une situation trop traumatisante pour lui, il finit par s'y intégrer. Comme dans la rue, quand je finis par croire que je suis un lampadaire, la meuf qui est caissière à Intermarché finira par te dire qu'elle adore son boulot. Mais c'est faux, elle n'aime pas son travail, mon frère. Ça l'oblige à dire à l'apéro: «Oui, mais vous voyez, «Oh là, quand même, bon CE», mon frère, quand tu es rendu à parler de ton CE à l'apéritif, c'est que le boulot il est pas dingue, Jean-Frédéric. «Ouais, ouais, mais on a des réductions pour la Disneyland», tu vois ce que je veux dire? Et là, avec son truc bip bip, vous avez la carte du magasin. Écoute, je suis pas en train de te dire que ceux qui font caissier c'est des merdes, attention.
Bien sûr, bien sûr.
Par contre, on doit se dire que caissier C'est un boulot de merde.
Non mais je suis entièrement d'accord. Ce qui se passe aujourd'hui, parce que moi j'accompagne les personnes à atteindre leurs objectifs, et effectivement tu as des personnes qui sont, on va prendre l'exemple de Kessier, et qui aimeraient faire autre chose, mais qui ne le font pas juste par peur, juste de: je n'ai pas envie de faire quelque chose de nouveau, je n'ai pas envie d'essayer, je n'ai pas envie de reprendre mes études.
Peut-être demander pourquoi. Moi évidemment je l'ai vécu personnellement, mais j'ai même continué, j'écris mon film là-dessus, machin, j'ai commencé à théoriser beaucoup de choses. Moi je pense que ça commence dès l'école. Dès l'école, on apprend aux gens à jouer la sécurité. On leur apprend à ne pas trop entreprendre, à prendre des décisions qui leur permettent de se retrouver en zone safe. L'épargne, le crédit sur 25 ans, le partenaire, la maison, le chien, le Sénic et rhalass.
On nous apprend à écouter les ordres. Moi j'ai l'impression—
À obéir. En sortant de l'école, tu dois être un bon produit un bon consommateur, pas faire trop de vagues et fournir tes efforts et le jus, la sève de ta vie à la société pendant 60 ans sans penser à toi. C'est quoi la crise de la quarantaine, mon gars? La crise de la quarantaine, c'est un mec ou une meuf, il se réveille un matin, il fait le bilan sur la première moitié de sa vie et puis il fait: «Ah !» Frérot, tu vois ce que je veux dire? La crise de la quarantaine, c'est un gars ou une meuf qui s'est jamais plaint, jamais de sa vie il s'est plaint, et un matin il se réveille, il fait: non mais c'est incroyable parce que C'est incroyable ce que tu racontes parce que moi, je suis typiquement dans ça.
J'accompagne des personnes qui, à 35, 40, 45 ans, se rendent compte qu'en vrai, ils ont fait toute une partie de leur vie un métier qu'ils n'aimaient pas, ou ils ont fait des choses pas pour eux. Soit ils ont fait des choses pour leur conjoint. Ouais, ce qu'on leur a dit de faire. Et à un moment, ils se disent: maintenant, moi, j'aimerais faire pour moi, donc faire le métier que j'ai envie de faire, kiffer ma vie. Et effectivement, Moi, c'est un vrai combat parce que moi je vous dis—
Il se lève, il dit: «Allez Thérèse, je me casse, je ne te reconnais pas Philippe, tu ne me reconnais pas? Tu ne m'as jamais sucé. J'en ai marre, je m'en vais, je vais faire de l'élevage de crevettes en Bolivie, je pars avec Francine.» Et il plaque tout et il se casse, tu vois ce que je veux dire? C'est ça qu'ils font ici.
Alors juste, je précise un truc, je ne dis pas à toutes les personnes qui sont en train d'écouter que demain matin, tout le monde divorce, tout le monde démissionne, ce n'est pas ça qu'on est en train de dire.
Non. Parce que là sinon, j'ai vu le podcast, j'ai vu le podcast, je te quitte Sylvie. Oh, calme-toi Pierre-Caos, c'est pas ça qu'on a dit là.
C'est pas ça qu'on a dit. Ce qui est dommage, c'est surtout se rendre compte qu'une grande partie de notre vie, on fait des choses qu'on n'aime pas et qu'on pourrait faire les choses qu'on aime. Et je voulais revenir sur l'école.
On est sous influence, on est sous influence très importante depuis la naissance et c'est un matraquage tellement permanent, une idéologie tellement forte que la plupart des gens À 25 ans, c'est scellé, c'est verrouillé, ils n'entreprennent plus que dalle. Ils vont essayer de faire ce boulot le mieux qu'ils peuvent et ils vont surtout pas oser ambitionner. Mais aussi parce qu'on leur a dit toute leur vie qu'ils devaient pas ambitionner quoi que ce soit. On peut pas non plus en vouloir au mec qui est caissier de dire à un moment donné: «Franchement, moi je suis caissier, après je rentre chez moi et puis laissez-moi tranquille.» Mais c'est parce que lui, lui c'est pas une merde, lui. Lui, le feu qui fait de lui un être humain, On l'a éteint complètement. Ils ont mis de l'eau, du ciment, ils ont construit une montagne, ils ont mis des cadenas. Le feu là, pour le rallumer, c'est chaud.
Est-ce que t'as vu l'image des deux souris? En vrai, ils prennent un bol, une grosse bouteille, ils mettent plein de riz, ils mettent une souris dedans. Juste au-dessus, donc la bouteille, elle est remplie de riz. Et la souris, elle fait que manger son riz. Elle mange, elle mange, elle mange, elle mange le riz. Jusqu'au moment où il n'y a plus de riz, elle regarde, elle ne peut plus sortir. Parce qu'elle a fait que manger, plus elle mangeait, plus elle descendait dans la bouteille. Une fois au bout, elle est au bas de la bouteille, elle lève les mains, elle lève les pattes, je veux dire, et elle est impossible. Et donc, c'est un peu cette image où effectivement, on se consume de l'intérieur avec le temps et on ne s'en rend même plus compte. Pourquoi je dis ça? Parce que moi, j'étais salarié pendant 8 ans et il y a encore 6 ans, si on m'avait dit un jour tu arrêteras ton salariat, j'étais exactement dans ce que tu dis, je travaillais chez EDF, je payais pas l'électricité, j'avais un super CE. Et donc quand tu es en réunion de famille: ah, tu as de la chance! Tu as de la chance parce que tu payes pas l'électricité et parce que tu as un bon CE. Et parce que...
On en est là, on en est là. Ça, c'est de la chance, c'est de la chance ça.
C'est de la chance de pas payer l'électricité. Et effectivement, un jour, je me suis dit: non mais est-ce que je vais passer... Moi, j'ai comme toi, j'ai 35 ans. Je me suis dit à 30 ans, moi j'ai fait la crise de la trentaine, ils l'ont fait à 40, moi j'ai fait à 30 ans. À 30 ans, je me suis dit: est-ce que je vais passer toute ma vie à travailler dans ça.
J'ai fait la crise des 20 ans, moi.
Voilà, ça fait 20 ans, toi tu as tout tué. Et bon, les gens connaissent mon histoire et après j'y suis allé. Je vais revenir sur un élément que tu as abordé, c'est l'école.
Je voudrais rajouter sur le boulot, pour faire prendre conscience des choses aux gens. En fait, il faut comprendre tous les éléments qui empêchent les gens d'ambitionner quoi que ce soit et de se développer. On a mis beaucoup beaucoup de choses en place pour maintenir l'illusion. D'abord l'illusion installée, pour ceux qui connaissent Naruto, le genjutsu, l'illusion installée depuis l'école. Et tout est fait pour que l'illusion soit entretenue tout au long de ton parcours jusqu'à la retraite. La consommation qui te donne une illusion d'avoir progressé, ça veut dire que tu finis par avoir le nouvel iPhone, tu crois que tu es devenu quelqu'un toi, tu vois, alors que T'as toujours le même tocard qui va arriver lundi: «Vous avez la carte du magasin ?» «Mais comme t'as le nouvel iPhone, comme t'as le nouvel iPhone.» «Allez, bip bip bip bip, bon ben voilà, j'ai quand même un petit iPhone.» Et attention, je me suis dit à un moment donné avec un pote, c'est un nouveau sketch que j'écris et tout, nouveau sketch que j'écris, j'ai dit à un pote: «Mais comment ils ont réussi à convaincre l'être humain de faire un truc qu'il aime pas 5 ou 6 jours sur 7 ?» C'est quand même fou. Je veux dire, notamment en France, on a quand même coupé la tête d'un roi Les Apuyos, c'est un peuple qui a quand même un peu, tu vois, un peu de coronesse. Et ben, tu sais comment ils ont fait, mon ami? Ils ont inventé le week-end. Je t'explique, je t'explique comment ça se passe, frérot. Chaque vendredi, tu as toujours un pote qui finit la semaine en disant: putain, je suis pas nerveux, je suis pas nerveux, mais écoute-moi bien, ouh là là, s'il me parle encore comme ça une seule fois, je lui casse Et là après il se passe quoi? Un verre de rhum, deux verres de rhum, trois verres de rhum. Le week-end. Ah il est quand même un peu sympa le patron, il est pas méchant méchant. Et attention, la cuite prend différents aspects selon le niveau social. Ça veut dire que Clitorine et sa pote Fatoumata dans le 16e, elles vont boire un verre de rosé frais en terrasse et faire: «Donc t'as vu, Philippe, il est encore en train de bouffer de la viande, il va dire le boulgour c'est l'avenir, c'est n'importe quoi, hein, tu vois, ils vont se bourrer. Et Dédé Roberto du Loir-et-Cher, il va griller un cochon là à la broche. Bon les gars, la viande pour tout le monde, de l'eau de vie, et à la fin Clémentine, je vais te sauter. Voilà, chacun fait à son niveau selon sa catégorie sociale, mais je constate que le week-end c'est un rendez-vous que tout le monde se donne pour se bourrer la gueule comme si on avait besoin de se faire une sorte de reset et oublier la semaine qu'on a passée. Et quand tu arrives lundi, c'est reparti pour une autre semaine de merde. Et quand tu arrives lundi, tu attends vendredi parce que vous avez déjà programmé la cuite que vous allez prendre le vendredi. Du coup, si on ira peut-être en Vendée, après on ira à Toulouse, mais chaque week-end. Et puis au bout de 8 ans de cuite tout le week-end, bon ben, cirrhose du foie, cancer des poumons, c'est terrible. C'est terrible la vie des gens.
Et ce qui est incroyable, c'est qu'ils ont réussi à nous faire ça, vivre à la semaine, et après, une fois que pendant 10 mois t'en peux plus, que t'es en PLS et que tu vas être en vacances, on dit tiens, t'as droit à 4 semaines de vacances. Et donc t'as travaillé un an pour aller dépenser toutes tes économies pendant 4 semaines et revenir à zéro et dire—
Et voilà, et ils font quoi? Photo sur Instagram, je suis à Bali. Mais mon frère, t'es livreur Deliveroo, tu peux aller en Jamaïque Tu peux aller au Brésil, quand tu reviens c'est une 4 fromages, brother. Tu vois ce que je veux dire? Tu vois ce que je veux dire? Il est fou, il est fou, lui. Lui, il est sur la plage comme ça et tout.
Tu dis ouais, mais gros, non mais alors juste, je vais quand même préciser un truc, on n'a rien contre les livreurs Deliveroo et les caissiers. C'est ça qui est important, c'est la société. Moi, ce qu'on est en train de mettre en avant, c'est la société et comment on nous a fait croire que faire ça tous les matins, surtout en le faisant à contrecœur, en le faisant parce que tu n'as pas envie de le faire, parce que là c'est ça qui est dommage, parce qu'on a des choses et on a des capacités à l'intérieur de nous qui peuvent nous permettre.
On nous empêche de les développer. Nous, on n'est pas en train de dire encore une fois que le mec qui est caissier, le mec qui est livreur ou le mec qui est bourre, c'est une merde. On dit qu'a priori, c'est des boulots que moi j'ai fait comme quand on était en galère, J'ai fait maçon, j'ai fait McDo, j'ai travaillé dans le froid en usine avec les saumons là en période de fête où tu sors avec les doigts violet, tout ça je l'ai fait. Mais c'est un temps de passage, j'avais un plan, tu comprends? C'était un temps de passage. On fait croire aux gens qu'ils peuvent pas avoir d'ambition, on a réussi à éteindre leur lumière et cette lumière-là elle est dure à rallumer parce qu'on a éteint cette lumière. C'est pareil, si ta lumière on l'a éteinte pendant ton feu, on l'a éteint je sais pas moi, il s'est éteint la veille, mais le matin il y a encore un peu de cendres et tu peux souffler un peu dessus et rallumer le feu. Mais si le feu il est éteint depuis 8 mois, là il faut carrément aller couper du bois, refaire un vrai feu de compet', tu vois. Beaucoup de gens sont là, ils doivent refaire un vrai feu de compet' et ils doivent se rappeler qu'ils sont des êtres humains, ils sont des créatifs, des créateurs et des créatrices, et que c'est eux qui sont aux commandes et qu'il y a personne qui leur dit quoi faire de leur vie. C'est un cadeau que le bon Dieu pour les croyants, ou qui vous voulez pour les autres, la nature, le hasard, la providence vous a offert et vous devez en faire quelque chose de passionnant. La vie sert à ça. L'être humain, la nature de l'être humain, c'est de prendre des risques et d'évoluer. S'il n'y avait pas de risk-takers, de gens qui prenaient des risques, on n'en serait pas là, toi et moi, à se parler à des kilomètres de distance à travers un ordinateur. Thomas Edison, et puis Renouons avec l'échec. On nous fait croire que l'échec c'est une mauvaise chose. On pointe du doigt les losers. Mais c'est bien de rater, mon frère. Le mec qui rate, il est dans le process. Thomas Edison, il a essayé 1000 fois, 1000 expériences, il a raté. Et c'est à la 1001e qu'il a créé l'ampoule, la première ampoule. S'il s'était découragé à la 500e expérience, mon frère, on ne serait pas en train de se parler dans un ordinateur à des kilomètres de distance. Voilà, si y avait pas un mec qui avait décidé à un moment donné de tailler un bout de pierre un peu pointu pour aller péter la gueule aux mammouths, inventer le feu, on ne serait pas en train de se parler dans une caméra à des kilomètres de distance, OK? Il faut essayer de se développer. Un être humain qui se développe pas et considère ça normal, il renonce à ce qui fait de lui un être humain. Sa nature même, c'est de se développer. Ceux qui te disent: «Moi je vis et ça me suffit, eux il faut les aider», et être pédagogique, faut pas les insulter ou les prendre de haut, faut les accompagner. Mais c'est peut-être que l'être humain n'est pas fait pour dire moi je vis et ça me suffit.
Et aujourd'hui, parce que tu parlais, on va finir avec ce sujet-là, on pourrait parler, on pourrait faire 4 heures parce qu'avec toi on pourrait faire 4 heures. Bon, on est déjà presque à une heure et c'est super passionnant. Et sur l'échec, j'aimerais revenir sur cette notion d'échec pour toi aujourd'hui. Moi j'ai beaucoup de personnes qui écoutent ce podcast, beaucoup de parents et qui ont des enfants qui veulent entreprendre et ils ont peur pour eux, ou même eux, ils arrivent à une période où ils veulent entreprendre, mais ils ont peur de cet échec, ils ont peur d'essayer et ils veulent effectivement, par rapport à tout ce qu'on a dit, c'est exactement tout ce qu'on a dit dans le podcast, ils se complaisent, ils sont dans leur zone de sécurité et tout. Si toi, tu avais ces personnes devant tes yeux, ce serait quoi les mots que tu leur dirais pour qu'ils puissent se lancer et se dire «entreprends»?
Moi, je leur dirais 3 choses. La raison principale pour laquelle c'est important de faire ce qu'on veut et de vivre selon ses convictions et de tenter là où on veut. On nous a dit pendant des années à l'école, on nous a martelé que la réussite, le bonheur, c'était d'avoir des diplômes, de trouver un boulot correct, de mettre de la thune de côté. D'avoir un partenaire ou une partenaire aimante, de gérer le quotidien à peu près comme on peut, d'avoir un chien, un crédit, un Sédic, je suis 25 et puis, rhalass, la vie est réglée. Bon, tous ceux qui ont un minimum d'expérience savent que c'est pas vrai ça. L'école ne fixe pas l'intelligence, elle fixe la mémoire, c'est que du par cœur. Le mec qui a 18 n'a pas plus de valeur que le mec qui a 6, parce que si ça se trouve, le mec qui a 6, lui c'est un sculpteur de génie, et le mec qui a 18, il finira difficilement assistant-chercheur en BEP comptabilité avec son 22 en mathématiques, tu vois ce que je veux dire. Alors que le sculpteur, il aura peut-être construit un truc. Il faut être à l'écoute du talent de vos enfants. Moi, je l'ai vécu. Moi, je vais avoir des enfants. Je ne vais pas commettre l'erreur que mon père a commise avec moi. Il ne s'appellera pas Edgar Yves Junior Junior Junior, tu vois. Je le laisserai faire son expérience. J'écouterai ce dans quoi il est bon. Il n'y aurait pas de Kylian Mbappé si tout le monde devait être médecin. Si tous les parents ne laissaient pas leurs enfants s'exprimer, il y aurait pas de Kylian Mbappé, il y aurait pas de Neymar, il y aurait pas de Messi, il y aurait pas de Cristiano Ronaldo, il y aurait pas Michael Jordan, il y aurait pas beaucoup de choses, Roger Federer, voilà, il y aurait pas beaucoup de choses. On est bon dans plein de choses, dans le sport, dans les métiers manuels, il y a différentes formes d'intelligence. Donc ne projetez pas l'idée que vous avez en tête de la réussite de vos enfants, laissez-les vous surprendre en écrivant l'avenir. Première chose, première chose, laissez vos enfants vous surprendre en écrivant l'avenir, première chose. Deuxième chose, et ça c'est un rapport direct avec l'échec. Quoi qu'il arrive, messieurs-dames, je vous fais une confidence, que vous obéissez ou vous obéissez pas aux gens, quoi qu'il arrive, vous allez rater dans la vie. Quoi qu'il arrive, vous allez être une merde dans quelque chose. Même en faisant tout bien, quoi qu'il arrive, vous allez finir par avoir honte de vous-même tellement vous allez rater avec un niveau— vous allez dire: «Combien de fois on s'est foutu la hachouma, la honte de malade ?» Tu vois, comme elle voit, je me suis dit oh, bon, bon, bon, j'ai envie de me cacher et tout. Quoi qu'il arrive, la vie est difficile quoi qu'il arrive. Il va vous filer un secret, elle est ultra difficile même en obéissant. Donc faites un calcul mathématique très simple: comme dans tous les cas tu vas souffrir même si tu obéis, pourquoi, pourquoi ne pas souffrir en obéissant à toi-même? Du coup, comme dans tous les cas tu vas douiller, frérot, Tu comprends? Si j'obéis à Michel, je vais douiller. Bon ben, du coup je m'obéis à moi-même et je douille utile. Je douille pour m'obéir à moi-même.
Tu as choisi de douiller. Tu as choisi...
Voilà. Le vrai problème est qu'on ne prépare pas les gens à l'échec et à la souffrance que ça engendre. Parce que l'école t'apprend à jouer la sécurité. Donc quand tu arrives dans la vraie vie et que tu prends tes premières baffes, les gens réagissent par la fuite, le déni, l'abandon. Je parlais avec une femme que j'essayais de séduire hier. Bon, j'ai réussi à l'embrasser, donc c'est quand même une belle opération. Mais j'étais choqué, tu vois, la drague avec elle, comme moi je suis un mec passionné, tu l'as vu, la drague avec elle s'est transformée en un débat de 3 heures, tu vois. Mais c'est dans ce débat-là que je lui ai plu en fait, tu vois. J'arrivais pas à la séduire et en découvrant la couleur de mon âme, putain, j'aime bien ce gars-là et tout. Merci, pardon. Oui parce qu'on parlait de la vie et de l'accomplissement de soi et elle me disait: «Mais Edgar, il y en a ils peuvent pas.» Mais comment ça ils peuvent pas? Elle me dit par exemple: «Il y en a qui veulent être humoristes mais tout le monde n'y arrivera pas.» J'ai dit: «Mais attends, je ne comprends pas.» Donc comme c'est censé être difficile, comme c'est difficile, il ne faut pas essayer? Je vais être clair. C'est censé être difficile. Si votre vie n'est pas difficile, c'est que vous ne faites rien d'intéressant. Si dans la vie vous n'êtes pas challengé du soir au matin et que vous n'avez pas: «Putain, comment je vais calculer pour arriver là ?» Si vous ne transpirez pas la nuit en dormant, «Putain, là je suis vraiment sur une opération très technique.» Si vous n'avez pas ça et que vous vous levez, vous mangez, vous travaillez, vous dormez, les gars, c'est pas ouf, d'accord? Il y a des qualités. Moi, j'ai appris une chose dans la vie. Je remercie quand même mon père parce que s'il ne m'avait pas foutu à la rue, peut-être je ne ferais pas de l'humoristique dessus aujourd'hui. Il y a des qualités, messieurs-dames, qu'on ne développe que dans l'adversité. Il y a des compétences qu'on ne développe que quand c'est chaud. Ça veut dire par définition que quelqu'un qui n'a pas souffert n'est pas complet. Vous avez compris ce que je vous dis? Quelqu'un qui n'a pas souffert, il n'est pas abouti en tant qu'humain. Ça veut dire que ce qu'on vous enseigne de base à l'école, c'est faux. Ça veut dire qu'il faut souffrir dans la vie pour être complet. C'est pas la sécurité qui vous permettra de vous émanciper. Ce qui révèle la vraie force d'un être humain et sa nature profonde, c'est la souffrance. On ne découvre qui on est vraiment que dans l'adversité, quand c'est chaud, quand tu regardes à gauche, à droite, devant, derrière, il y a personne. C'est là que tu connais la couleur de ton âme, mon pote, tu comprends? Donc essayez, ratez, et n'ayez pas peur de rater parce que ça ne fait pas de vous des merdes. Rater, ça vous rapproche un peu plus de votre succès. Donc n'ayez pas peur d'entreprendre. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus disait: quand on veut vider l'océan à la petite cuillère, ce qui compte. Ce n'est pas de vider l'océan, c'est de tenir la cuillère. Ce qui compte, c'est de se battre. Si tu veux être artiste, si tu veux être humoriste, vas-y. Si tu n'y arrives pas, tu ne seras pas humoriste, tu seras auteur. Tu écriras des blagues pour des mecs qui vont les vendre, mais tu feras un truc dans un milieu où tu te sens utile, où tu es là, où tu crées et où tu évolues et où tu es heureux. Vous devez être heureux. Voilà, la vie, c'est un cadeau qui vous appartient et c'est à vous d'en faire un miracle.
Je crois qu'on va finir sur ces belles paroles parce que La vie, c'est à nous d'en faire un miracle et ça, c'est juste incroyable. J'aimerais encore te poser plein de questions, mais déjà, c'est déjà juste incroyable tout ce que tu nous as donné pendant ces 1 heure. Est-ce qu'en termes d'actualité, parce que je sais que tu passes bientôt à La Cigale, je crois que c'est le 1er juillet. C'est complet. Bon, et là, sold out, c'est fini.
La Cigale, 30 juin complet, 1er juillet complet, frérot. Quand même 1800 personnes en 2 jours. À Paris, d'où je suis parti, mec, quand on me l'a dit, ça m'a foutu quand même un coup. J'ai dit: «Putain!» Et ce n'est pas fini parce que je refuse de me dire, tu vois, dans ma tête que c'est fini et que je suis raide. Parce que je pense que si je pense comme ça...
Là, il faut que tu nous fasses l'Olympia ou un Zénith.
Il faut faire 10 ans d'humour maintenant, tu vois. Il faut faire kiffer pendant 10 ans les gens, aider, inspirer, sensibiliser et aider à améliorer le monde dans lequel je vis, c'est mon objectif. Moi je me suis mis aux légumes pour essayer de faire du bien aux gens le plus longtemps possible parce que je pense que c'est ma mission. Et c'est avec le temps, quand t'arrives à un niveau de connaissance de soi et de développement, tu finis par voir ce pourquoi t'es fait. Et ça c'est ce que je voulais dire aux gens, le but de la vie c'est pas d'avoir de la thune sur le compte épargne, tout ça machin et tout. Le but de la vie c'est de trouver sa place. Tant qu'on ne trouve pas sa place, il y a toujours une petite voix à l'intérieur qui vous dérange. Pouvaient aller en vacances au Brésil, boire le dernier rosé Dom Pérignon, 3 200 € la bouteille, faire 14 bouteilles en boîte de nuit. Quand tu reviens le soir avant de te coucher, la voix elle est là: «Toc toc toc, toc toc toc, qu'est-ce que tu fais? Toc toc toc, qu'est-ce que tu fais ?» Il y a des gens qui ont réussi à museler cette voix-là, à lui mettre une baïonnette, la foutre au placard. Chez moi, la voix intérieure, elle a buffé à volonté, alcool à profusion. Et j'écoute la voix intérieure parce qu'elle sait déjà ce que je veux et là où je veux être. Voilà, les gens doivent être fiers d'eux-mêmes et doivent écouter la voix intérieure, c'est vachement important.
C'est juste incroyable tout ce que tu nous as partagé. Merci, merci Edgar Yves pour ces belles paroles et ces mots juste encourageants et incroyables. Bien sûr, toutes les personnes qui sont arrivées là dans l'épisode, je vous invite à partager cet épisode à un maximum de gens parce que je suis sûr qu'en écoutant ce qu'Edgar Eve nous a partagé, ça peut inspirer des milliers de personnes et des gens qui sont peut-être dans le dur, et peut-être qui sont des personnes qui sont dans des moments difficiles ou autres qui vont écouter ça.
Pour leur dire à ces gens-là qui sont dans des moments difficiles, juste un truc qui moi m'a beaucoup aidé et dont on ne prend pas conscience parce que des fois on se décourage sur la route, il ne faut pas oublier que là où tu es un jour, là on est mercredi, là où tu es mercredi, c'est seulement là où tu es mercredi. Ça ne définit en aucun cas où tu seras jeudi. C'est important de se rappeler ça. Et que l'espoir, et que le concept d'une mauvaise passe, c'est qu'une mauvaise passe, ça passe, mon ami. OK? C'est à vous d'écrire l'histoire. Et si mercredi est galère, utilisez l'expérience de mercredi pour faire de jeudi un meilleur jour.
Merci Edgar Yves pour ces mots. Je vais vous dire à très vite. Merci du fond du cœur Edgar Yves pour ce poto.
Merci pour l'invitation. Allez sur ma page Instagram, YouTube, suivez-moi, donnez-moi de la force. À la rentrée, je suis au Théâtre des Maturins tous les vendredis et samedis, voilà, à partir du mois d'octobre dans Paris, une résidence que je reprends. Donc vous pouvez me voir, je mets beaucoup de sketchs sur mes réseaux, je partage beaucoup d'interviews, je tente moi aussi d'aider du mieux que je peux, de donner ma pierre à l'édifice. Et surtout, si vous retenez une chose, soyez fiers de vous-même et par pitié, ne vous abandonnez pas.
On mettra tous ses réseaux sous la vidéo et sous le podcast, les liens Instagram, Facebook. Et je te demanderai le lien, si tu as le lien pour la rentrée, pour que les gens puissent directement, leur faciliter la tâche, on mettra ça également en dessous. Et comme je le dis toujours, pour vous dire au revoir, comme je dis toujours: je suis, tu es, nous sommes tous illimités. À très vite.
Solide.










