De vétérinaire à champion du monde : La renaissance de Stéphane Houdet [ Podcast #55 ]

In this French‑language interview hosted by Mohamed Boclet, former veterinarian Stéphane Houdet recounts his transformation from a medical professional to a world‑class wheelchair tennis champion. The conversation traces his early passion for sports, the 2008 motorcycle accident that led to an above‑knee amputation, and the intensive rehabilitation process that introduced him to prosthetic technology and adaptive training. Houdet describes his rapid ascent in wheelchair tennis, culminating in Grand Slam victories and attaining the world No. 1 ranking. He discusses his work with the French military, applying sports‑science methods to veteran rehabilitation, and the creation of an innovation hub in Saint‑Denis that supports disability‑focused entrepreneurship and autonomy. In the final segment, Houdet shares a visionary idea: making wheelchair tennis a universal sport open to anyone who wishes to sit in a chair, aiming to position it as an Olympic discipline rather than a solely Paralympic one. He offers a heartfelt message to his younger self—encouraging resilience and optimism—and frames his accident as a fortunate turning point that enabled a dream life. The podcast concludes with a call to listeners to engage with Houdet’s initiatives and embrace the belief that human potential is limitless.
Chapters
J'ai battu le numéro 1 mondial et en battant le numéro 1 mondial, j'ai pris sa place.
Et combien d'années entre le moment où tu te mets à faire du tennis et numéro 1 et ce titre de Grand Chelem?
Ce titre du Grand Chelem, c'est 7 ans plus tard, en 2012. En quelques mois, j'étais 37e mondial et en un an et demi, j'étais 3e.
Je m'appelle Mohamed Boclet, je suis vice-champion du monde de lecture rapide et auteur du best-seller Connaissance illimitée. Dans le podcast Connaissance illimitée, je reçois des invités au parcours extraordinaire pour nous montrer que la réussite est à portée de tous. Peace sur vous, bienvenue dans le nouvel épisode du podcast Connaissances Illimitées. Aujourd'hui, je suis avec Stéphane Houdet, qui est champion olympique, champion du monde, qui a gagné plus de 24 tournois du Grand Chelem et qui est bien sûr joueur de tennis professionnel. Et aujourd'hui, on va parler de son parcours, de comment il en est arrivé là, et aussi il a une petite particularité parce qu'il est champion olympique et plutôt paralympique, et on va parler de tout ça. Bonjour Stéphane.
Bonjour Mohamed.
Merci d'avoir accepté l'invitation, comment tu vas?
Bah écoute, ça va très bien. J'ai passé ces derniers jours au soleil et je viens d'arriver à Paris.
Ça a dû piquer. Le changement de température, ça a dû être dur.
Ouais, presque 30 degrés, mais j'ai l'habitude.
Effectivement. Je pense que le sport te fait beaucoup voyager.
Oui, tout à fait. On n'a pas encore trouvé de solution pour participer aux grandes épreuves en un même lieu, donc malheureusement on est toujours à gauche à droite.
Effectivement. Alors moi je t'ai présenté avec mes mots, est-ce que j'aimerais bien que tu te présentes toi, qui tu es aujourd'hui?
Je pense que tu as fait la bonne présentation. Il se trouve qu'effectivement il y a un distinguo entre les Jeux olympiques et les Jeux paralympiques. Tout petit, même si j'étais joueur de tennis et que j'ai certainement rêvé de gagner Roland-Garros comme Yannick Noah, que j'avais vu remporter en 1983 le titre un jour de fête des mères. J'avais pas imaginé qu'un jour je puisse faire la même chose mais dans un fauteuil roulant. Et évidemment, j'ai jamais rêvé de titre olympique, de titre, pardon, j'ai jamais rêvé de titre paralympique. Mais il se trouve qu'à la suite d'un accident de moto Je suis vétérinaire de profession et à la suite d'un accident de moto, je me suis retrouvé à continuer la pratique sportive et mes premières amours qui étaient la balle jaune et le tennis, mais avec un nouvel outil de déplacement, un fauteuil roulant. Je suis amputé fémoral et il se trouve que le tennis paralympique a choisi, quelles que soient nos différences, de faire que tout le monde pouvait s'asseoir dans un fauteuil et jouer. Et donc voilà, c'est ma pratique, je m'éclate avec ça. Et effectivement, je fais le tour du monde depuis de nombreuses années maintenant puisque j'ai commencé en fauteuil en 2005 et que je prépare les Jeux à la maison l'année prochaine en 2024.
Parce que là aujourd'hui, tu as quel âge?
Donc là, je suis pas le plus jeune de la bande, je suis né en 70.
D'accord. Je te laisse faire le calcul parce que j'ai eu mon anniversaire il y a pas longtemps et ça commence à Non, parce que c'est fou, parce que dans le tennis ou dans les sports, dans le tennis de manière générale, un joueur à 35, 36, 37, il commence à penser à la retraite. Dans le sport paralympique, on, voilà, je vois que tu dures, on peut durer beaucoup plus longtemps.
Alors c'est un excellent parallèle puisqu'en ce moment notre numéro 1 Novak Djokovic est en train de montrer qu'à 36, il continue à dominer son sport. La particularité pour moi, enfin pour notre sport en général, mais pour moi, je vais être précis, c'est que comme on joue assis ou à genoux dans mon cas, parce que j'ai un fauteuil spécial, mais on en parlera tout à l'heure, la dépense énergétique d'une part est moindre et on n'est jamais dans le rouge sur le plan cardiaque, simplement parce qu'on est porté par la machine. Et même si on a des efforts qui sont longs, à la fois dans les déplacements et dans les coups, en fait le cœur monte très peu. Donc j'ai pas de problème de ce côté-là. Je vais avoir éventuellement une saturation musculaire, mais j'ai pas ce paramètre qu'ont les joueurs de tennis et les athlètes en général, où en fait ce qui consomme le plus d'énergie, ce sont les quadriceps. C'est souvent au niveau des membres inférieurs que les athlètes fatiguent. Et donc la particularité de mon sport fait que j'ai pas ce ce bémol. Autre point en ce qui me concerne, c'est qu'une fois que j'ai fini ma pratique assis, j'enfile ma prothèse et je me promène debout. Et en me promenant debout, finalement, je repose mes membres supérieurs qui sont ceux que j'utilise tout le temps en poussant le fauteuil et en faisant mes coups. Donc j'ai un double avantage. Et c'est vrai que là, je mène une expérience, je sais pas combien de temps je vais durer, mais sur le plan physique, je dure. Et même très étonnamment, Je suis parfois le moins fatigué des tournois ou des paires de doubles quand on joue à 2 contre 2.
C'est assez étonnant. Effectivement, comme toi tu as ce parallèle où tu es avec une prothèse, où tu peux marcher, tu vis normalement entre guillemets, et après c'est uniquement quand tu fais du sport que tu vas être en chaise roulante pour pouvoir faire...
Exactement. Le parallèle que je fais, c'est comme si je montais sur un cheval pour jouer au tennis, ou si je montais dans une voiture pour faire une course. J'ai un outil de déplacement qui est sur roulettes, mais le reste du temps je marche.
Je voulais revenir sur le avant ta carrière professionnelle parce qu'aujourd'hui donc tu faisais du sport, tu aimais faire du tennis, tu avais ta double carrière étudiant, après tu as été vétérinaire, tu as eu un accident et d'après ce que j'ai compris c'est tu avais donc un problème au genou et c'est toi qui a décidé de te faire amputer ou peut-être, ou voilà, je voulais savoir et Est-ce que c'est exactement ça? Et comment on prend une décision comme ça?
Ouais, alors c'est vrai que ça, c'est très surprenant quand on le raconte comme ça, mais en fait le parcours est assez logique. Et on a de plus en plus de cas qui ressemblent au mien, à savoir que donc j'ai eu un accident de moto et à la suite de l'accident de moto, je n'avais plus de genou. Les chirurgiens ont récupéré, ou les médecins, les urgentistes, ont récupéré ma jambe sur la chaussée. Et donc j'étais avec une fracture, c'était complètement à 90 degrés, je n'avais plus de genou, mais restait un bout de peau. Donc ils ont réussi à remettre tant bien que mal, ils ont utilisé un dispositif un peu comme des mécanos, on appelle ça des fixateurs externes, et ils ont reconstitué un semblant de membre inférieur. Donc j'avais toujours ma jambe jambe gauche, mais sans genou, sans pouvoir relever le pied, et avec beaucoup de difficultés pour marcher. Ce qui fait qu'à la fin, ils ont même mis un clou dans toute la jambe qui partait du haut du fémur jusqu'à la cheville, et ce clou traversait le plateau tibial. Donc j'étais avec ce qu'on appelle une jambe raide. OK. Et donc je me suis reconstruit comme ça. Mais avec mon parcours aussi de vétérinaire, je me disais quand même, c'est étonnant, je pense que je laisserais pas un chien dans cet état-là. Et donc je passais mon temps à chercher des solutions. Est-ce qu'il était possible de mettre une prothèse interne? Est-ce qu'il était possible de faire une greffe de membre inférieur? Est-ce qu'il était possible de trouver un système de ligaments? Donc je cherchais des solutions jusqu'à ce qu'un chirurgien me dise: le mieux pour vous, c'est une prothèse, c'est un membre externe simplement, donc une amputation. Mais sachez que tous les amputés au-dessus du fémur, à 50 ans, ils sont dans un fauteuil roulant. Et donc là, moi, j'avais une trentaine d'années, et ça m'a fait reculer. Et ça m'a fait reculer d'autant plus que je jouais à l'époque au golf. Et donc la discipline, on appelle ça le handigolf, le jeu comme ça, et je voyais de nombreux amputés au-dessus du genou, et il y en a aucun qui me faisait rêver. Je trouvais qu'il marchait pas très bien, que ça avait vraiment pas l'air confortable ni pratique, et en plus pour jouer au golf c'était l'enfer. Donc c'était mon sport de l'époque, jusqu'à ce que finalement, tout à fait par hasard, sur un parcours pendant un championnat d'Europe à côté de Strasbourg, sur le golf de Lavent de Sceaux, j'ai croisé un joueur qui marchait, un amputé fémoral qui marchait super bien. Il était en short, en bermuda, je voyais très bien sa prothèse et il marchait super bien. Donc je suis allé le voir et je lui dis mais qu'est-ce que tu as fait? Pourquoi cette rééducation? Pourquoi toi tu marches mieux que les autres? Raconte-moi ton histoire. Et en fait son histoire, c'est que ce gars-là venait d'avoir la prothèse qui était sur le marché, mais pour laquelle je pensais qu'elle était uniquement du domaine de la recherche et qu'elle était pas commercialisée. Il venait d'avoir cette nouvelle prothèse électronique et alors que pendant 3 ans il avait vécu avec une jambe raide douloureuse, il m'avait dit: j'ai pris la décision de me faire amputer et c'est la meilleure décision que j'ai pu prendre dans ma vie. Donc là, j'étais un peu sous le choc en me disant: mais c'est ce qu'il me faut. Si je fais une approche fonctionnelle de tout ce que toi tu peux faire, de ce que moi je fais, je pense que ton système est mieux que le mien. Et donc j'ai rappelé Non, pas le chirurgien parisien qui m'a proposé l'amputation et le fauteuil à 50 ans, mais le chirurgien qui s'était toujours occupé de moi. Et je lui racontais l'histoire, les films Elga, je l'ai filmé en train de marcher, en train de jouer au golf. Et il m'a dit: tu as raison, on va faire ça aussi. Et je lui dis: mais Didier, ça fait 8 ans que tu me dis non, pourquoi tu me dis oui aujourd'hui? Parce que ça s'est passé 8 ans plus tard. Il me dit: bah c'est simple, on sait que ton cas, sur le plan médical, on pourra rien faire de mieux. On sait aussi toutes les difficultés qu'il y a aujourd'hui avec cet encloage dans toute la jambe. Je pense même qu'un jour tu devras subir une amputation, et peut-être même une amputation traumatique si jamais le cas se passe et on aura beaucoup de problèmes. En revanche, j'ai aussi vu, parce que c'était en 2004, les Jeux paralympiques, tous les progrès qu'on a pu faire sur les prothèses. Je pense que toi tu as fait un cheminement aussi ces 8 dernières années. Et donc comme toi, je pense que c'est le mieux. D'accord. Alors je lui dis bah ok, c'est parti. On a eu cet échange au mois de septembre et le 28 décembre 2004, comme un cadeau de Noël, eh bien il m'a opéré. Donc on peut dire que j'ai surtout fait le choix de la date, c'est-à-dire que je savais qu'un jour je serais amputé, mais plutôt que d'être amputé à 50 ou 60 ans, contraint de faire de force entre guillemets parce que le médecin te dit c'est obligatoire «Tu dois le faire maintenant» et ne pas le vouloir.
Là, tu l'as fait en le voulant et avec un objectif.
Ce qui m'a permis aussi d'échanger avant avec un prothésiste, de parler des différentes prothèses, de faire aussi que le chirurgien échange avec le prothésiste pour savoir exactement ce qu'il allait pouvoir faire comme type d'amputation, ce qui était le mieux. Et donc il y a eu un collège de compétences, on a fait ça ensemble. Et voilà, je l'ai reçu comme un cadeau de Noël le 28 décembre 2004.
Et comment après tu te relèves de ça? C'est-à-dire que quand tu es amputé, tu dois apprendre à marcher avec cette prothèse, il y a toute une...
Alors première chose, déjà à la suite de l'opération, au réveil, avant même de me relever, je me suis rendu compte que j'avais dormi en chien de fusil. Sur le côté, qui était ma position préférée tout gamin, que je ne pouvais plus adopter tout simplement parce qu'avec le dispositif et la jambe raide, mon pied, je pouvais pas me remettre, me mettre sur le côté. En plus, j'avais ce qu'on appelle un ostéome qui était assez douloureux, donc je pouvais pas faire ça. Et donc là, c'est un réel bonheur de me réveiller comme ça. Ensuite, je me suis, je me suis mis debout. J'avais pas encore de prothèse, mais je mimais des gestes de golf et j'imaginais la liberté dans le bassin, et en plus la douleur qui venait d'être supprimée donc c'était mon réveil et le début de ma relève. Ça s'est passé quand même en deux temps puisqu'il faut attendre qu'il y ait une cicatrisation avant de pouvoir essayer une prothèse. Et j'ai eu de la chance parce que dans mon centre de rééducation, les orthoprothésistes m'ont fait un plâtre pour essayer de mettre une prothèse. Et le premier jour où ils m'ont mis une prothèse, je pense que c'était peut-être un mois après, quelque chose comme ça, après la fin du process, pendant le process de cicatrisation, peut-être un petit peu plus tôt, j'ai eu une énorme surprise puisque je me suis retrouvé entre des barres parallèles à essayer de marcher avec la prothèse. En fait, j'ai pas réussi, j'ai pas réussi du tout. Et là, je me suis dit: «Oh là là là là, mince, je peux pas revenir en arrière, qu'est-ce que j'ai fait?» C'est une nuit ou une fin de journée à regarder des vidéos où les prothésistes me disaient: «Non mais t'inquiète pas, en fait, la prothèse qu'on a essayée aujourd'hui, c'est pas celle que tu auras, celle que tu auras, on va la recevoir demain. Et c'est vrai qu'on a des problèmes à fléchir le genou avec celle-ci, mais demain ce sera bien mieux.» Donc voilà, ils m'ont motivé comme ça. Le lendemain, j'ai reçu la nouvelle prothèse et dès les premiers pas, c'était magique. Et c'était ma reconstruction parce qu'en fait, après mon accident, comme tout était bloqué, j'avais pas vraiment de réadaptation possible, d'accord, puisque je pouvais pas relever mon pied, je pouvais pas fléchir mon genou. Donc j'avais pas vraiment de rééducation sur ce plan-là. En revanche, apprendre à marcher avec une prothèse, C'est une vraie rééducation et pour moi c'était un vrai cadeau parce que à nouveau je passais le pas.
Pour toi, d'un coup tu passes, donc tu as eu ton accident et d'un coup tu as un handicap entre guillemets. Comment on apprend à vivre avec un handicap? Parce que tu as eu cette phase où tu avais du mal à marcher avec ta jambe raide et après on peut dire que même au moment où tu as eu ta prothèse, tu avais toujours le même handicap parce que, ou même beaucoup, on va dire aujourd'hui, cette perception de l'handicap, je veux dire, c'est plus ce mot-là par rapport au regard des autres. Parce que je sais que moi, il y a beaucoup de personnes qui nous écoutent et qui ont cette peur du regard des autres.
C'est tout à fait naturel, et je pense que ça procède du parcours de résilience ou de reconstruction. Et c'est vrai qu'au début, avec ma jambe raide, j'avais l'impression que les gens me regardaient bizarrement, mais une partie de ma reconstruction qui a été sportive. Quand j'ai commencé à jouer au golf, en fait, j'allais me cacher, je me mettais dans un coin et j'essayais de taper des balles sans que les gens me voient, jusqu'à ce que la secrétaire du club, qui voyait que je tapais plutôt bien dans la balle, me propose de faire une compétition et que je puisse jouer. Alors, à l'époque, comme je pouvais pas marcher de longue distance, ça m'avait permis de jouer avec une voiturette. Je fais le parcours avec cette aide et j'avais gagné l'épreuve qui m'avait qualifié pour une autre. Et au fur et à mesure, les gens ont commencé à me parler de mes résultats. De mes scores, du fait que je jouais bien au golf. Et là je me suis dit, tiens, c'est marrant, le regard des gens sur moi a changé, puisque je pensais qu'ils me regardaient comme une personne différente, et d'un seul coup ils me regardaient à nouveau comme un sportif, et un sportif qui réussit. Et il m'a fallu encore, je pense, une quinzaine de jours pour me dire, mais non, je suis idiot, c'est pas le regard des gens sur moi-même qui a changé, c'est mon propre regard sur moi-même qui est différent. Et donc je suis aujourd'hui susceptible de renvoyer une image d'un sportif plutôt qu'une image d'une personne différente. Donc je pense que le parcours, il est autour de ça, c'est de comprendre que quand on envoie un sourire, on reçoit un sourire. Quand on envoie une colère, on reçoit de la colère, de la frustration. Et j'adore faire ce jeu sur les routes, et plus particulièrement dans Paris où les gens sont assez énervés au volant. Et en fait, dès que tu freines, que tu donnes de la distance, que tu souris aux gens, les gens te sourient et tout se passe beaucoup mieux. Donc je pense que l'appréhension est naturelle, mais que la communication, elle agit en effet miroir, et qu'une fois qu'on a compris ça, eh bien, on renvoie ce qu'on a envie d'envoyer.
Et aujourd'hui, quand tu as fait cette amputation, tu avais un objectif, c'était pouvoir remarcher, pouvoir refaire du sport, donc le golf. Et après, tu as fait bascule vers le tennis qui était ton sport de base. Comment tu as fait cette bascule et surtout tu joues plus du tout de la même manière, entre jouer en étant debout et c'est un nouveau sport que tu as, bon le haut est toujours la même chose, mais tu as dû réapprendre à jouer au tennis et aujourd'hui tu as un niveau juste extraordinaire, tu es professionnel et tu as gagné énormément de titres. Mais comment on fait ce passage-là et par où tu es passé, les étapes que tu as dû faire pour se dire je vais devenir à 30 ans, tu avais après 30 ans je crois à l'époque, 34 même, ouais, 34, et je vais devenir joueur professionnel et je vais tout gagner dans ma carrière.
Bon, alors la chance que j'avais, c'était d'être vétérinaire, vétérinaire en exercice, que ce soit une profession libérale et que je puisse me dire je vais la mettre entre parenthèses pour essayer de devenir un joueur de tennis professionnel, et puis si ça marche pas, je redeviens vétérinaire. Donc j'avais pas trop de sujets du côté de l'emploi où j'étais un peu préservé. En revanche, quand j'ai été amputé, je ne connaissais pas le tennis en fauteuil et mon sport, c'était vraiment le golf. Et c'est en jouant au golf, avec une chance incroyable puisque j'ai rencontré le célèbre joueur de foot Johan Cruyff, avec qui j'ai partagé d'abord une partie de golf en Espagne. Et ça faisait 2 ans que j'étais le numéro 1 en Europe de ce circuit et que je rêvais de la création d'un circuit mondial.» Et lui m'a dit: «Mais attends, c'est une super idée, on va travailler ensemble et on va faire ce circuit mondial.» Et il m'a présenté le directeur de sa fondation, on a commencé à bosser sur le sujet. Et très tôt, ils m'ont dit aussi: «Écoute, on est très impliqué dans un autre sport qui est super au point en termes d'organisation. C'est pas la peine qu'on réinvente tout pour le circuit mondial de golf. Va voir ce sport et on va le copier, faire la même chose.» Et en fait, ce sport que eux soutenaient, c'était le tennis en fauteuil roulant. Et donc je suis allé voir ce sport. Et là, j'ai rêvé, j'ai rêvé d'organisation, j'ai rêvé quand j'ai vu le niveau de jeu. Parce que je pense que dès le premier jour, j'ai vu un gars qui était 17e mondial et je me suis dit: si lui il est 17 aujourd'hui, demain je suis 16. Et je pensais avec beaucoup d'arrogance probablement, mais que mon niveau de tennis était différent de celui de ce gars-là. Et j'avais aucune notion du déplacement en fauteuil, mais je me disais: si lui il est 17, je m'assieds et très rapidement je vais pouvoir passer devant. Alors il a fallu que je m'assieds dans un fauteuil. La transition, elle a été rapide parce qu'à la suite de l'amputation, je pouvais pas jouer au golf au début et je me baladais en fauteuil roulant dans le centre de rééducation. Donc j'ai vite pris une raquette, je tapais avec une balle contre un mur, et puis en sortant du centre, je suis allé dans le club de tennis où j'avais vu cette épreuve. Et puis très vite, j'ai eu envie de m'engager vraiment. Je voyais bien que dès les premiers jours, en fait, je battais les gars du club. Et eux-mêmes qui connaissaient un peu le circuit me disaient mais il faut absolument que tu t'y investisses à fond, on n'a jamais vu ça. Et donc je me suis inscrit à un premier tournoi, j'ai gagné ce premier tournoi et puis très vite je suis arrivé en équipe de France et c'était le début de l'aventure tennistique où j'avais plein de repères et je me disais dans cette histoire de numéro 17, moi je suis 16 demain, en fait j'avais été numéro 1 en Europe au golf J'avais dans un coin de la tête que je venais pas au tennis pour être numéro 2, donc j'ai cherché la place de numéro 1 mondial et j'ai construit mes objectifs autour de ça.
Et tu l'as eu à la fin? Et il t'a fallu combien de temps?
À la suite de ma première victoire finalement en grand chelem, donc c'était Roland-Garros en 2012, j'ai battu le numéro 1 mondial. En battant le numéro 1 mondial, je lui ai pris sa place et à la fin de l'année j'ai obtenu le titre de numéro 1 mondial.
Il t'a fallu combien de temps pour passer de, et combien d'années entre le moment où tu te mets à faire du tennis et le moment où tu es numéro 1 et ce titre de Grand Chelem?
Alors, assis dans un fauteuil, je me suis assis pour la première fois en 2005. Ce titre du Grand Chelem, c'est 7 ans plus tard en 2012. Et ce titre et cette place de numéro 1, parce qu'en quelques mois j'étais 37e mondial et en un an et demi j'étais 3e.
Donc je suis allé très vite, mais les dernières marches qui ont pris beaucoup plus de temps.
Oui, et ça rejoint la question que tu me posais tout à l'heure, c'est qu'en fait moi j'ai appris à me déplacer dans le fauteuil, mais j'avais 17 ans de tennis derrière moi. Donc finalement ce sont des sports qui sont très similaires parce que les coups sont les mêmes, l'appréhension de la compétition est la même, l'appréhension du terrain est très proche, même s'il y a une grosse différence de déplacement. Et la principale différence, c'est que comme il faut toujours être— voilà, je vais essayer d'expliquer. Quand tu joues au tennis debout, le chemin le plus rapide, c'est le chemin le plus court. Tu cours tout de suite vers le point. Au tennis en fauteuil roulant, le chemin le plus rapide, c'est celui pour lequel tu as gardé la plus grande vitesse en permanence. Et donc, c'est pas le chemin le plus court, mais ça se rapproche de la Formule 1, du ski, des sports à trajectoire où en gardant ta vitesse tu vas parfois faire une courbe un peu plus importante, mais ça va te permettre d'aller plus vite vers la balle. Et donc cette obligation ou cette façon de se déplacer, ça fait que de temps en temps on est dos au filet, on fait des cercles, et donc on perd le contact visuel avec la balle. C'est la principale différence. Après, en termes de règlement, il y a une seule différence, puisqu'on joue sur les mêmes cours, les mêmes raquettes, les mêmes balles. Et une seule différence, c'est qu'on peut avoir un deuxième rebond. Ce deuxième rebond, il a été mis en place au tout début du tennis fauteuil pour permettre finalement la pratique. Aujourd'hui, on est en Grand Chelem entouré de statisticiens, on a tout ce qu'il faut. On sait que 83% du temps, on joue la balle au premier bond et qu'on pourrait presque supprimer le deuxième rebond dans plein de matchs où où les joueurs prennent même parfois aussi la balle de volley.
Et surtout, ce qui est inspirant dans ce que tu nous racontes, pour les personnes qui nous écoutent, c'est cette résilience et cette envie, cette vision, et de se dire je vois ce sport et j'ai vu le numéro 7 et j'ai vu le numéro 17, moi je vais être numéro 16 et surtout je vais être numéro 1 et je vais tout faire pour. Parce qu'il y a plein de personnes qui passent par ces phases de c'est impossible, j'y arriverai pas, c'est pas fait pour moi, et qui restent dans le déni de leur maladie ou de leur handicap ou qui se plaignent. Et toi aujourd'hui, tu l'as utilisé comme une force.
En fait, c'est exactement le parcours de tous les gens à qui il se passe un truc. C'est d'abord de mesurer l'impossible, tout ce qu'on ne peut plus faire. On est tous en train de se dire: je pourrais plus faire ceci, je pourrais plus faire cela. Et puis petit à petit, pour des raisons biologiques par exemple pour moi, puisque après 15 jours de coma provoqué, à mon réveil Quand je voulais me nourrir, je prenais ma cuillère, je passais à côté de ma bouche. Donc moi, il était pas question de taper dans une balle, le cerveau avait tout débranché. Je suis comme un enfant, j'avais cette maladresse-là, ma proprioception était mauvaise et je passais littéralement à côté de ma bouche. Sauf que j'avais 25 ans, que j'étais pas un petit enfant, donc j'avais cette conscience et ma mesure de l'impossible était grande et j'ai défini des petits objectifs petit à petit. Mon premier objectif était de mettre la cuillère dans la bouche, deuxième objectif était de pouvoir me lever de mon lit, d'aller dans une salle de bain seul et pas être soigné par, lavé par les infirmières. Même si quand tu as 25 ans, au début ça te fait marrer, mais pas toujours, tu as quand même des inquiétudes autour de ça. Tu as des inquiétudes aussi autour du triptyque, comme je dis souvent: estime de soi, amour de soi, confiance en soi. Toi, parce que ton corps est modifié, ton corps tu, a priori, tu l'appréhendes différemment. Au début tu l'aimes pas, donc tu imagines pas que quelqu'un puisse l'aimer. Dans un parcours quand même qui est assez négatif au début, et avec ces petits objectifs, bah tu te reconstruis. Et je fais pas abstraction, comme tu le disais, de certaines personnes qui ont du mal à remonter la pente et puis qui ont des parcours qui sont dépressif, addictif, voire suicidaire. Mais l'instinct de survie, c'est aussi celui qui te guide pour te raccrocher à des objectifs du quotidien, petit à petit. Et comme moi, j'avais une image, je me suis construit autour de 3 éléments. En fait, il y avait une grande base très solide qui était ma construction personnelle, comment j'allais retrouver amour de soi, estime de soi, confiance en soi. Juste au-dessus, j'avais une base qui correspondait à ma profession, le plan professionnel. Je savais que j'étais vétérinaire, mais je me disais aucun vétérinaire va vouloir travailler avec moi. Je travaillais avec les gros animaux, j'avais été formé sur les petits animaux, donc peut-être que j'ai un intérêt à basculer vers une structure que j'allais créer. Donc j'ai créé ma propre clinique vétérinaire et puis à travailler plutôt avec les petits animaux que les gros animaux. Et puis en haut de cette pyramide, avec une arche qui était beaucoup plus petite, mais j'avais l'image du sportif que j'étais quand j'étais plus jeune, et plutôt du sportif qui gagnait. Donc pour parfaire cette reconstruction, petit à petit, j'y ai ajouté des objectifs sportifs. Et au début, ne pouvant rien faire d'ailleurs, je jouais pas au golf, je m'asseyais autour d'une table et je jouais au bridge, un jeu de cartes.
Ça a vraiment été ta thérapie. C'est-à-dire que j'ai l'impression que l'élément qui t'a permis d'avancer, que ce soit après l'accident et ensuite le choix de l'amputation et autres, ça a toujours été le sport, et tu as toujours fait du sport à haut niveau parce que même au golf, tu as eu un très bon niveau, tu étais champion européen d'après ce que j'ai compris. Donc ça, c'est vraiment cette notion-là. Et aujourd'hui, est-ce que tu estimes que toute personne, pas toute personne, mais qu'une personne qui est dans le même cas de figure que toi, quel que soit son handicap, est-ce que le sport est une chose qu'une personne doit faire pour l'aider à avancer? Petite pause pour te dire que si ce podcast te plaît, like et abonne-toi pour recevoir voir encore plus de contenu.
Alors, ce que j'imagine aujourd'hui, c'est que la reconstruction se fait en association avec l'image que l'on a de soi et qu'on a construite quand on était plus jeune. Moi, c'était sportif, mais je pense que quelqu'un qui a une âme d'entrepreneur, sa reconstruction, il la fera peut-être mieux en continuant ou en créant une entreprise. Celui qui est artiste, celui qui est peintre, qui est sculpteur, qui est musicien, il est possible que sa reconstruction, il la fasse autour de ces objectifs-là. Et chacun à sa construction. Je travaillais pendant 9 ans au ministère des Armées, qui à l'époque était le ministère de la Défense, à la reconstruction par le sport des blessés. On avait choisi le sport parce que les militaires sont aussi des athlètes. Mais assez rapidement, comme le ministère gère aussi énormément de civils, j'ai conseillé mon général et puis mon colonel qui travaillait sur le sujet pour qu'on intègre dans la reconstruction aussi d'autres approches, et donc la peinture, la sculpture, la littérature, l'entrepreneuriat, pour qu'on retrouve, à mon avis, l'image qu'on a de soi pendant notre enfance et qui nous permet de continuer à avancer.
Cette transition des 9 ans à l'armée, c'était à quelle période?
Au moment où tu étais au ministère, en 2009?
Ah, donc c'est après l'amputation.
Oui, après mon premier Jeux. J'étais aux Jeux pour la première fois en 2008 à Pékin. Et quand je suis rentré, j'étais sollicité pour intégrer le ministère des Armées. Au début, dans ce qu'on appelle l'armée de champions, c'est-à-dire que l'armée embauche des sportifs pour représenter le drapeau et la France dans le monde entier par leur sport. Et ensuite, j'étais conseiller sport et handicap au Centre national des sports de la Défense. Ça, c'est un poste qui avait été créé pour moi par le ministre des armées de l'époque qui s'appelle Jean-Yves Le Drian.
D'accord. Et aujourd'hui, parce que j'avais pas cette notion-là, une personne qui a été à l'armée, qui a un handicap, quelles ont été les conclusions de ces 8 ans sur le fait d'accompagner un militaire par la thérapie, par le sport? Est-ce que vous avez trouvé que ça a été bénéfique? Qu'est-ce que ça leur a apporté?
Alors, l'image qui reste, on va dire l'image médiatique qui reste de tout ça, c'est la naissance des Invictus Games, créés par le Prince Harry, mais qui correspondaient à nos modèles. Où on savait que les militaires avaient un besoin de se retrouver ensemble avec leur régiment, ils avaient un besoin de s'activer. Parfois, de nombreux troubles étaient plus psychologiques que physiques. Et donc, c'était pas les militaires eux-mêmes qui nous alertaient, mais c'était les entourages, les femmes qui nous disaient: «Mon mari, je pense qu'il a changé, il y a quelque chose qui va pas, j'arrive pas à l'identifier, il y a pas de blessure physique, mais ils ont vu des images. Enfin, on est tous concernés aujourd'hui par les images qu'on voit de plus en plus autour de la guerre, mais il y a de réels traumatismes associés à la vision de ces images, et surtout quand c'est en réel, parce que nous on a souvent un média entre les deux. Mais quand on l'a vécu, j'ai eu des récits, des témoignages de soldats, et on peut comprendre ce qui se passe. Donc on a une grosse partie autour du traumatisme psychologique, qui d'ailleurs dans l'armée française est plus important en nombre que la blessure physique. Et comme ceux-ci étaient plutôt autour du sport, on a fait la reconstruction avec des activités sportives qu'on proposait, ou des activités physiques. D'accord. Et certains ont fait le choix de rester dans l'activité physique. Et puis d'autres ont participé à des jeux et en ayant un esprit de compétition, soit essayé, soit participé aussi aux Jeux paralympiques. Ça, c'est le modèle sportif. Mais encore une fois, le modèle peut être différent pour d'autres et aider autour de l'entrepreneuriat ou, comme je disais, de l'art. C'est aussi quelque chose qui permet aux gens de se reconstruire.
Et aujourd'hui tu as une casquette d'entrepreneur, aujourd'hui c'est ton activité, c'est uniquement le tennis, ou est-ce que tu as aussi ta casquette d'entrepreneur?
Tu l'as en tant que vétérinaire avant, mais donc j'ai arrêté d'exercer en tant que vétérinaire et puis en découvrant finalement ces univers et ces univers dans le monde entier parce qu'il y avait un mimétisme aussi ou de la recherche entre les différentes armées des différentes nations et Et même si on peut déplorer la guerre aujourd'hui, il y a une réelle motivation internationale autour de la reconstruction. Ce qui fait qu'aujourd'hui, je suis engagé avec une fondation qui a décidé de créer un bâtiment, un immense bâtiment de 13 000 m² à Saint-Denis, juste à côté du futur village olympique et paralympique. Et ce bâtiment est dédié à l'innovation Fondation au service du handicap et de la perte d'autonomie. Donc ça, c'est ma nouvelle casquette, mon nouvel engagement auprès de cette fondation. Mais le but pour nous est de créer un écosystème où les gens qui ont trouvé des solutions, qui étaient confrontés à des problématiques, qui ont créé des solutions, puissent en créer de nouvelles, vivre ensemble, identifier le besoin, avoir des groupes d'utilisateurs qui vont valider ou invalider la recherche, et puis qu'en même temps on puisse répondre à des besoins du marché Quand je dis ça, en fait, ce qui a été important pour moi dans toutes ces expériences, c'est d'imaginer que le handicap, la différence, avait jusqu'à présent été abordé énormément sous l'angle de la compassion. Et même les Jeux paralympiques ont cet angle de la compassion. Et moi, je me suis dit, je voudrais être un acteur de nos sociétés, du monde citoyen. Et je pense que si on pouvait y intégrer ou modifier cette approche par une approche économique, en disant voilà, moi je suis aussi un citoyen de ce monde qui veut voyager, qui veut faire du sport, qui veut monter son entreprise, qui veut faire de l'art, eh bien si vous me voyez non plus comme une personne handicapée, mais comme un client, je pense que vous allez répondre à certains de mes besoins. Et l'approche économique pourrait être une nouvelle façon de traiter la différence. Et donc j'y crois fortement. C'est aussi un peu quelque chose d'historique. On a attaqué des marchés comme ça en disant tiens, je vais créer quelque chose. Et puis finalement, comme ça me sert à moi aussi, eh bien on devient de plus en plus innovant et tout le monde en bénéficie.
OK. Est-ce qu'aujourd'hui—
Je vais donner un exemple pour bien comprendre. J'ai rencontré des gens qui développaient des enceintes et des casques audio pour l'univers du jeu vidéo et du cinéma. D'accord. Et donc, pendant leurs travaux de recherche, ils se sont rendus compte qu'en découpant le son Donc ils ont créé les enceintes et un casque audio que j'ai testé. Tu as vraiment l'impression de vivre avec la personne à côté de toi. Tu peux entendre un chuchotement comme tu peux entendre un hélicoptère. Tu as l'impression d'être vraiment dans cet univers. Et dans leurs travaux de recherche, en découpant le son, les différentes fréquences, ils ont réussi à les implanter directement dans le cerveau, à reconstruire la fréquence qui crée le son et faire en sorte que des sourds puissent avoir un rendu sonore, puissent entendre. Et donc la bonne idée pour eux a été de se dire: on fait des enceintes, on fait des casques, on pourrait très bien faire des prothèses auditives. Aujourd'hui, la prothèse auditive, elle amplifie le son et c'est tout ce qu'elle fait. Mais eux, ils changent complètement de paradigme et disent: on va mettre le son directement dans le cerveau de la personne et la personne va entendre. Donc c'est une révolution, une entreprise qui travaillait pour un public monde du jeu et monde du cinéma, et puis rajoute une part de marché en créant des prothèses auditives. Donc ça, c'est un peu le système de fonctionnement que j'aimerais, enfin, qu'on essaie de développer au HandiLab. C'est comment un entrepreneur peut capter, a priori, on n'a pas tous les chiffres, mais il y a un mouvement qui a été créé au moment des Jeux paralympiques qui s'appelle nous les 15%, oui, de 50/50. Et donc se dire qu'à chaque fois que tu t'intéresses à une population, tu peux rajouter 15% de parts de marché si tu fais des choses qui sont dédiées à des gens qui ont des différences.
C'est très, très pertinent. Et je pense que tous les entrepreneurs doivent mettre ça et intégrer ça dans leur logique, parce qu'effectivement, de parts de marché d'un seul coup.
Et à l'inverse, tu as des gens qui travaillaient pour des produits dédiés. Donc je prends l'exemple du téléphone et donc des gens qui travaillaient sur une application qui permet à des sourds d'avoir en direct la transcription de nos échanges parlés, d'accord, écrits en direct. Mais ces gens-là, en développant l'application, ils se sont aussi rendus compte que ils étaient capables de reconnaître les voix. Et donc ils ont développé une nouvelle application, ils posent le téléphone sur la table, sur une table où il y a une réunion, et le téléphone enregistre, reconnaît les voix des interlocuteurs et te sort un compte-rendu de la réunion qu'ensuite, avec l'intelligence artificielle, tu peux résumer. Et donc tu peux même probablement rejoindre des champions du monde de lecture ultra rapide puisque d'un seul coup Tu as une appli qui te sort le résumé de la taille que tu souhaites.
C'est très pertinent, très pertinent. Et je voulais revenir sur ton parcours sportif. Quelle a été ta sensation quand tu as gagné ton premier Grand Chelem Roland-Garros, quand tu as gagné Roland-Garros et que tu savais que tu allais devenir numéro 1 également?
Alors sur l'instant, tu sais, tu es dans l'émotion de ou dans la concentration de ton attention sur ce que tu es en train de faire. Surtout que le scénario était incroyable puisque, pour ceux qui connaissent le tennis et la façon de compter, on était dans le jeu décisif au 3e set, 6 jeux partout, et mon adversaire menait 5-1.
D'accord.
Premier set, il menait 5-1. Donc il y a un moment où certainement je me suis dit bon bah j'ai bien joué mais ça va être compliqué. Mais j'avais lu lu le livre de Yannick Noah où il racontait que le matin de la finale qu'il a remportée en 1983, en fait son père l'a réveillé, il s'est réveillé en sursaut, et dans son rêve il avait perdu le match, il avait déjà perdu, donc il était surpris de devoir aller jouer quand son père l'a réveillé. Et donc c'était une bonne surprise. Et moi j'ai pensé à ça, je me suis dit je suis à 5-1, mais je peux peut-être avoir une bonne surprise. Et donc je suis remonté, 5-4, 6-4 pour l'autre, 2 balles de match, Et puis à nouveau, je suis dans l'instant et dans le plaisir de l'instant. Et finalement, je vais renverser la vapeur et je vais remporter le tournoi 8-6, enfin le jeu décisif et le tournoi 8-6, et donc devenir numéro 1. Je jette ma raquette, je suis très content. Et l'émotion suivante et mon grand plaisir, c'est de me retrouver après avec mon entourage et que mon entourage me raconte le match. Et comment chacun a vécu le match.
Et je pense que ce moment, je pense que j'ai l'impression que le tennis, bon, quand deux adversaires ont un niveau quasiment équivalent, la sauce qui dépasse, c'est le mental. Quand le niveau à un certain est équivalent, c'est ce qui se passe dans la tête qui fait que tout peut basculer.
À mon avis, c'est le cas dans tous les sports. Ouais, oui, dans tous les sports, c'est ce qui va se passer entre tes deux oreilles qui va conditionner la suite. Et comme tu disais, comme les niveaux sont les mêmes, les niveaux techniques, tactiques, dans tous les sports, ça se joue beaucoup entre les deux oreilles, juste à la fin. Comment tu te parles? C'est le langage que tu as avec toi-même.
Et est-ce qu'aujourd'hui tu as mis en place, vu que tu as conscienti ça, est-ce que tu as mis en place un process, une habitude attitude de langage lors de tes matchs pour garder cet état d'esprit positif?
Oui, alors c'est tout l'enjeu, c'est comment tu vas accepter ce qui est en train de se passer, te parler de façon positive, sans jugement, ni de fierté ou d'explosion de joie parce que tu viens de gagner des points, mais ni non plus de déception, pour qu'à chaque fois sois dans ce que tu as à faire. Et je dis que, je pense que si tu es à 100% dans ton coup, tu vas marquer des points. Si tu marques des points, tu vas marquer des jeux. Si tu marques des jeux, tu vas gagner des sets. Si tu gagnes des sets, tu vas gagner des matchs. Et si tu gagnes des matchs, tu peux te retrouver dans la position de gagner le tournoi. Mais à chaque fois, l'objectif n'est pas la médaille, n'est pas le résultat final, mais bien l'engagement à chaque instant, à chaque coup. Et le résultat n'est que la conséquence de ça. Donc toi, tu dois— le bon langage, c'est comment tu te parles autour de uniquement ce que tu as à faire sur le moment. Et c'est très difficile. C'est pour ça qu'on voit un Rafael Nadal qui se touche dans tous les sens, ce qu'on appelle une routine et pas un tic. C'est que ça lui permet de rester dans l'instant. Donc s'il est concentré sur— alors attends, j'ai une goutte de sueur à gauche, une goutte de sueur à droite, j'ai l'aile du nez mon épaule, mon short, mon caleçon. Donc il a tout mesuré, il a posé sa bouteille au bon endroit, il tient sa raquette de la même manière, et il est vraiment dans ce qu'il a à faire. Et pas dans, voilà, là je vais peut-être gagner Roland-Garros pour la deuxième fois, pour la douzième fois, pour la quatorzième fois, c'est incroyable. Après, je vais monter sur le podium et puis je vais devoir parler à ce public, je vais partir en conférence de presse, je vais gagner tant de millions, je vais avoir tel sponsor. Non, il est pas là-dedans. Et d'ailleurs, pourquoi ces gens, ces joueurs-là sont animés? Pourquoi moi je continue à jouer au tennis? Parce que je prends du plaisir, et mon plaisir il est dans l'amélioration, il est pas dans le titre, parce que le titre il est déjà passé. On peut revenir sur les souvenirs, sur les médailles, mais moi mon meilleur souvenir, à chaque fois je me dis c'est le prochain, c'est quand est-ce qu'il va y avoir à nouveau cette émotion. Et on est à la recherche de l'émotion, ce qui nous permet de perdurer finalement.
Aujourd'hui, c'est quoi ton classement mondial? Je suis 9e. Et donc il y a les Jeux de Paris. Oui. Donc là, ça doit être un grand objectif pour toi. Je pense que tu dois être à fond dans la préparation. Comment on se prépare à une compétition comme celle-ci et encore à la maison?
La grande chance des joueurs de tennis, c'est d'avoir un calendrier qui est hyper chargé. Donc nous, on joue aussi les 4 tournois du Grand Chelem. On est sur le circuit avec le soleil quasiment toute l'année. Je commence en Australie au mois de janvier. Et puis là, je viens de finir à Orléans au mois de novembre. Mais juste avant, j'étais au Japon. On joue aux États-Unis, on joue à Wimbledon, sur l'herbe de Wimbledon, à l'US Open. À l'US Open, à New York, j'ai battu le numéro 1 mondial. Donc finalement, chaque tournoi est une aide à la préparation des Jeux qui sont une cerise sur le gâteau une fois tous les 4 ans. Mais on est dans une dynamique de tournoi. Et moi, j'essaie de pas faire de différence. Hier, je parlais avec une jeune fille qui allait faire sa première Coupe du monde de de natation et qui me disait c'est différent parce que j'ai jamais participé à une Coupe du Monde avec l'équipe de France, donc c'est une grande première pour moi. Et moi j'ai essayé de l'aider en lui disant mais en fait tu vas te retrouver dans un bassin de 50 m comme d'habitude, tu vas mettre le maillot que tu connais comme d'habitude, tu vas être avec ton entraîneur comme d'habitude, tu vas mettre la palme que tu as comme d'habitude, donc c'est la même épreuve épreuve, c'est toujours la même épreuve, ce sera, c'est la même eau, tu vas t'habituer à la température. Mais si tu commences à faire trop de différence, tu vas être pris par l'enjeu, plus par le jeu, mais par l'enjeu. Et donc tu vas dépenser de l'énergie inutilement sur quelque chose qui ne concerne pas ce que tu as à faire sur le moment. Donc tu as le public, tu te dis, ah mais les Jeux à la maison, c'est extraordinaire. Oui, c'est extraordinaire, mais on fera la fête après les Vie ton tournoi comme les autres, fais ce que tu as à faire, et tu verras, ce sera encore plus magique en plus de célébrer les Jeux le dernier jour avec une médaille plutôt que rien du tout. Et puis de toute façon, s'il y a pas de médaille, c'est, ça peut pas être l'objectif. À nouveau, l'objectif c'est comment tu t'engages.
Donc toi tu es dans le moment présent, vive le moment présent, profiter du moment présent, et chaque moment te rapproche t'approche un peu de ton objectif final.
Et de là, enfin, comme mon objectif c'est de progresser, et ça marche tout le temps. Quand je perds, je regarde le match pour voir comment je peux m'améliorer. Quand je rate un coup, juste dans la foulée, j'imagine quelle aurait été la possibilité d'améliorer ce coup pour que la fois d'après je fasse un coup différent.
Et est-ce que tu as un exemple de moment ou d'un match qui t'a marqué où cette pensée positive et ce fait d'être dans une dynamique positive interne a fait la différence?
Ah bah oui, il y en a plein, il y en a plein. J'ai un souvenir où je jouais à New York contre un jeune Argentin qui était numéro 1 mondial et qui avait gagné les 3 premiers tournois du Grand Chelem. Je joue contre lui en demi-finale. Et donc lui, il est très suivi, presque célébré par la presse quand on arrive à New York, parce qu'il a gagné donc l'Australian Open, il a gagné Roland-Garros, il a gagné Wimbledon. Et là, il va faire le Grand Chelem. Et il joue contre moi en demi-finale. Et juste avant, je me fâche avec mon épouse. Je sais pas ce qui nous arrive de temps en temps, on se prend le bec et on se fâche. On se met chacun d'un côté et on râle. Et ce Ce jour-là d'ailleurs, il y a Medvedev à qui il a dû arriver exactement la même chose, et il est aussi dans son coin. Donc on est tous les deux dans notre coin pour déjeuner, un peu seul, et j'ai dans ma tête quelque chose qui ressemble à du je-m'en-foutisme. De toute façon, ma femme là, elle me casse les pieds, ce match casse les pieds, je me fous de tout, et puis je vais taper dans la balle. Et avec cet état d'esprit je suis complètement détaché. Et en étant détaché, en fait, j'ai la surprise de voir que je joue bien, que je perds le premier set mais que ça s'est accroché, que je gagne le deuxième et je me retrouve à mener au troisième. Et là, pour la première fois, je me dis: ah mais je pourrais peut-être gagner. Et donc faut que je me détache de: je pourrais peut-être gagner. Et Et là, je reviens sur un plan parce que j'avais regardé un match précédent et ce joueur que j'avais déjà battu, j'avais utilisé une tactique au retour de service où à chaque fois j'avais joué le long de la ligne, ça avait bien fonctionné. Donc je suis resté sûr, il faut que je m'engage le long de la ligne et puis advienne que pourra. Et en fait, ça a marché, j'ai remporté le tournoi. Voilà, c'est ça. Donc c'est un bel exemple de détachement les raisons pour lesquelles tu te détaches sont pas toujours les bonnes, mais des fois les bonnes, ou celles que tu recherches. Mais en tout cas, c'est très important dans notre démarche, parce que celui qui est sur la suite n'est pas dans ce qu'il faut faire sur l'instant présent.
Et c'est dans l'instant présent. Très, très bonne réflexion. On arrive, ça fait quasiment plus de 50 minutes qu'on est ensemble, le temps passe très vite.
Et je viens d'avoir un appel de mon bureau parce que je suis On arrive sur la fin, on arrive sur la fin.
Est-ce qu'il y a un sujet que tu aurais aimé qu'on aborde, qu'on n'a pas encore abordé et que tu aurais voulu échanger?
On en fera une autre, mais je t'en parlerai une prochaine fois. Mais j'ai un gros sujet, moi, qui est celui des sports qu'on pourrait partager. Et mon grand exemple est évidemment celui que je connais, c'est le tennis en fauteuil roulant. Mais je me dis que ça pourrait être un sport universel et que quiconque aura envie de s'asseoir dans un fauteuil pourrait jouer avec nous. Plutôt que de passer par la différence en disant si et seulement si tu as un problème, tu as le droit de jouer dans un fauteuil, eh bien asseyez-vous, partageons ce sport et faisons en sorte que ça devienne, soyons candidats, le premier sport en fauteuil roulant candidat aux Jeux olympiques et plus aux Jeux paralympiques puisque joué par tout le monde.
Ce serait incroyable. On pourra remettre ce passage-là dans 5 ans ou dans 4 ans quand ce sera officiel et que ce sera bon. On en avait parlé. Dernière question que je pose toujours à mes invités: si tu avais le Stéphane ado devant toi ou le Stéphane juste après son accident, oui, qu'est-ce que tu aurais aimé, qu'est-ce que tu lui dirais aujourd'hui?
Avec tout ça, je lui dirais: t'inquiète pas, la suite sera encore plus belle.
Parfait. La suite sera encore plus belle, et c'est un bon état d'esprit. Et si on avait, c'était, il faut que c'est un état d'esprit à avoir à chaque fois qu'il y a une épreuve. Et est-ce que tu dirais que ton accident avec le fauteuil, est-ce que ça a été un cadeau pour toi?
Bien sûr, ça a été une chance. Mes enfants, un jour, m'ont demandé quel avait été le plus beau jour de ma vie et j'ai répondu ce jour-là, non pas pour l'accident lui-même, mais pour tout ce que ça va impliquer par la suite. Le fait, je pense que j'ai rêvé d'être joueur de tennis professionnel quand j'étais gamin. J'ai jamais imaginé jouer en fauteuil, mais aujourd'hui je le suis et j'ai une vie de rêve.
Juste incroyable. Merci Stéphane d'avoir pris le temps d'être avec nous. Je vous invite vraiment à à mettre en commentaire de la vidéo et bien sûr sur les différentes plateformes 5 étoiles et nous dire ce que vous avez appris de ce podcast et de cette émission aujourd'hui et qui était juste très poignante. Je mettrai les réseaux de Stéphane, son Instagram pour aller voir un peu ce qu'il propose et ce qu'il fait. C'est juste incroyable, je vous invite vraiment à le suivre. Encore merci Stéphane et comme je dis toujours, je suis, tu es, nous sommes tous illimité.
À bientôt, à bientôt, merci.










