Dyslexie, Diversité, Travail : Le parcours de Jean-Claude Le Grand, directeur RH chez l'Oréal

Dans cet épisode du podcast The Boketo, Mohamed Boclet interviewe Jean‑Claude Le Grand, directeur général des relations humaines du groupe L'Oréal. Le Grand raconte son parcours atypique, né dans un lycée classé ZEP, dyslexique et timide, il a surmonté ces obstacles grâce à un travail acharné, à la lecture et à la capacité d’adaptation. Il décrit comment il a intégré L'Oréal il y a 30 ans, a gravi les échelons jusqu’à devenir DRH groupe depuis 8 ans, et a contribué à la création du département Diversité & Inclusion, prônant une politique proactive sans quotas. Il explique la philosophie L'Oréal d’« éducation permanente », le budget de 120 M€ dédié à la formation, et l’importance du « learn‑to‑learn ». Il aborde les enjeux de la mobilité internationale pour les RH, son rôle de community manager sur LinkedIn (80 000 followers), et sa vision de l’impact de l’IA sur le travail. Le Grand partage également des conseils aux jeunes, aux parents d’enfants dyslexiques et à ceux qui souhaitent une carrière RH, en insistant sur la persévérance, la répétition et le mantra « Cours, ne t’arrête pas, ne te retourne pas ». L’interview se conclut sur des réflexions personnelles, des anecdotes (ex. les deux chiens) et une invitation à l’audience à partager le podcast.
Chapters
Est-ce que ça a été une force pour ta carrière?
Non, c'est plutôt une faiblesse à plein de reprises.
Est-ce que quand t'es rentré, t'avais l'ambition de finir numéro 1?
Je me dis: est-ce qu'un jour je serai capable?
Il y a plein de boîtes qui, ACV =, vont privilégier la personne qui est issue de...
Bah c'est une erreur, permets-moi de te le dire.
Paix sur vous! Aujourd'hui, je reçois Jean-Claude Legrand, directeur général des relations humaines à L'Oréal. Il nous racontera son parcours inspirant d'un lycée défavorisé à l'un des plus hauts postes du CAC 40. Et il nous partagera ses réflexions et conseils pleins de sagesse sur la réussite et l'accomplissement de soi.
Bonne écoute.
Peace sur vous, bienvenue dans un nouvel épisode de The Boketo. Et aujourd'hui, j'ai l'honneur d'avoir Jean-Claude Legrand. Alors, c'est particulier parce que moi j'ai grandi pas très loin d'ici où on est actuellement, et je passais tous les jours devant les locaux de L'Oréal. Et à Saint-Ouen, parce que j'ai grandi à Saint-Ouen, on voulait tous travailler chez L'Oréal. Quelle bonne nouvelle! Oui, c'est vrai.
C'est-à-dire qu'on a bien bossé. Oui, bien, bien, bien bossé. Mais surtout, ce qui est important, c'est que tu dises que tu pouvais rentrer dans l'immeuble, tu vois. Oui. Pas uniquement passer devant en disant: «J'inviterais pour eux.» Il faut savoir si nous, on était capable d'être suffisamment accueillant.
Oui, vous étiez accueillant et j'ai encore plein de, là c'est plus des enfants d'amis ou autres qui ont leur stage et qui font encore leur stage chez Bernard parce que c'était un stage de troisième. Exactement.
Stage de seconde 500, apprentissage 1000, tu vois, c'est pas mal. Ça fait du monde.
Bonjour Jean-Claude, merci de nous accueillir ici.
Sont toi le bienvenu. En paix comme tu dis.
Ouais, paix sur vous effectivement. Alors tu es le DRH groupe de L'Oréal, ça fait combien d'années que tu es DRH groupe?
Alors combien d'années que je suis DRH groupe? Ça fait 8 ans.
8 ans. Wow! Tu sais qu'on a, vous savez qu'on a, j'allais vous tutoyer mais tu peux me tutoyer. Alors tu sais qu'on a un point en commun, c'est que je suis également «Je suis dyslexique» et je sais que tu parles souvent de ce sujet et tu démocratises et on a même un article où je suis cité et tu es cité également dans le même article sur la dyslexie.
C'est bien. On a ça en commun, mais on a autre chose en commun parce que là, tu m'as donné ton livre. On a aussi redoublé des petites classes, tu vois, j'y repensais parce que quand tu as ces problèmes-là, du coup, tu redoubles.
Exactement, j'ai redoublé le CP.
Et moi, j'ai redoublé le C, on dirait aujourd'hui à l'époque Ma génération, on disait la 11e, donc je pense que j'ai redoublé 10e, 11e. Peut-être c'est CE1 ou CE2 d'aujourd'hui. Comme toi.
Effectivement. Et comment tu as vécu la dyslexie quand tu étais jeune?
C'était difficile, si tu veux. Je faisais beaucoup de fautes. J'ai fréquenté beaucoup d'orthophonistes. Voilà, donc c'était comme s'il fallait me soigner. D'une maladie justement, parce que c'était pas du tout comme ça que c'était identifié à l'époque. Il fallait me donner, me mettre dans un cadre.
Et est-ce que tu as trouvé des alternatives au niveau des études? Pourquoi je pose la question? C'est que moi j'ai beaucoup de parents qui me suivent et souvent ils me disent j'ai peur, mon fils est TDAH et dyslexique et j'ai peur pour lui, j'ai peur qu'il réussisse pas dans la vie, qu'il puisse pas faire d'études et autres. Comment toi tu as T'as fait?
J'ai relu mes copies, je me suis débrouillé. Voilà, je me suis encore aujourd'hui, tu sais, c'est drôle, j'y pense tous les jours parce que quand j'écris, je montre mon téléphone, mais sur l'ordinateur, je relis. Ça m'arrive de changer des tournures de phrases pour éviter des fautes. Hier, je relisais quelques lignes et c'était truffé de fautes. En plus, ce qui est embêtant dans les fautes, c'est il y a celles que je vois. Que j'arrive à corriger, puis il y a celles que je ne vois pas. Donc le pire pour moi, c'est quand les gens me disent «mais dis-moi, ton truc est bourré de fautes». Je dis «oui, mais pourtant je l'ai relu». Donc là, bon, voilà. Donc non, mais comme tout dans l'homme, tu t'adaptes. Ça m'a rendu beaucoup plus fort à l'oral que je ne suis bien sûr à l'écrit, parce que mes fautes d'orthographe ou de dyslexie ne sont pas visibles à l'oral. Voilà, je parle. Plus que je n'écris.
Donc tu as préféré contourner.
Contourner. M'adapter. OK. Voilà.
Et est-ce que ça a été une force pour ta carrière?
Non, c'est plutôt une faiblesse à plein de reprises. Imagine, moi, je suis d'une génération où tu envoyais une lettre de motivation écrite, manuscrite. Quand tu fais comme moi beaucoup de fautes d'orthographe, tu as une écriture qui essaye de, comme un médecin, tu écris vite parce que tu dis tiens, ils vont pas voir si j'ai oublié un P.
Maintenant, tout est sur ordinateur.
Oui, alors c'est pour ça que je suis à la fois bien sûr très impressionné comme nous tous par l'aventure et le développement de la technologie aujourd'hui accélérée par l'intelligence artificielle. Cependant, il y a encore des progrès à faire parce que quand je vois le nombre de fautes qu'un correcteur laisse derrière moi, je me dis on n'est pas encore au bout de nos peines.
Et j'aimerais bien que tu reprennes ton parcours. Comment une personne qui nous écoute se dit moi un jour, j'aimerais bien être DRH et peut-être d'une grande société comme L'Oréal. Et oui, j'ai des difficultés. Par où tu es passé? Quelles ont été les étapes qui t'ont permis d'arriver où tu en es aujourd'hui?
Tu sais, si je regarde mon parcours, la principale étape, c'est quand même surtout de— c'est la seule chose qu'on puisse faire les uns les autres, c'est de travailler fort. Et moi, j'ai beaucoup travaillé et je continue. Ça ne veut pas uniquement dire de nombreuses heures de présence ici dans mon bureau, c'est aussi ça bien sûr, mais c'est, pour parler comme des gens plus jeunes, les gens du toit, c'est charbonner, c'est y aller vraiment, c'est pas papillonner, c'est pas faire semblant, c'est bosser. Donc moi, j'ai beaucoup travaillé, toujours, tout le temps. Et en plus, tu vois, moi, je viens du sud de la France. Donc moi, je ne suis pas né à Aix-en-Provence, mais j'y ai passé de nombreuses années. Et donc j'étais dans un lycée à Aix-en-Provence. Alors, ce qui est amusant, comme beaucoup de choses dans la vie, tu sais, c'est quand tu les approfondis ou quand tu essaies de mettre en perspective. Donc le lycée où moi j'ai fait mes études à Aix-en-Provence, il est aujourd'hui dans une ZEP. Mais permets-moi de te dire que dans les années 80, on ne savait pas ce qu'était une ZEP. Moi, je m'en rendais bien compte puisque les gens que je côtoyais ou que je fréquentais, je voyais bien que c'était des gens qui étaient un peu de tout horizon, mais on était plutôt avec des gens des classes moyennes. Ça ne m'avait pas échappé. Mais personne ne te disait: «T'es en ZEP.» Bon, alors à partir du moment où tu dis: «Tiens, on va dire que ton lycée Auguste Blanqui à Saint-Ouen, il est en ZEP.» Est-ce que ça va t'aider plus ou pas? Je sais pas. Donc tu vois, est-ce que c'est bien de nommer les choses? Enfin, je peux pas me prononcer, c'est trop compliqué. Par contre, ce qui est sûr, c'est que moi je viens de là. Donc permets-moi de te dire que pour venir de là et arriver là, il n'y a qu'une seule chose qu'il faut faire, c'est travailler. En plus, c'est assez amusant parce que tu vois, j'ai passé mes entretiens pour rentrer à L'Oréal il y a 30 ans dans le bureau qui était en face de là où il est aujourd'hui. Donc il n'y a pas une journée où je ne pense pas à ce qui s'est passé il y a 30 ans, en 1995. Donc pas que je cultive la nostalgie, mais c'est extrêmement important de savoir d'où on vient pour savoir où on va. Et donc voilà, je me rappelle de ces entretiens et de me dire comment je vais, est-ce que je vais être capable? Donc bien sûr, tu as plein de doutes et si tu n'as pas de doute, c'est un problème. Est-ce que je vais m'accrocher assez? Comment je vais faire? Donc voilà, et moi je pense que la seule réponse, c'est travailler. C'est-à-dire que travailler, tu vois, c'est tu lis un livre de plus, tu ne fais pas que du TikTok. À scroller des vidéos à la con que les mecs te poussent parce que t'es dans l'algorithme et qu'ils pensent que t'aimes, je sais pas quoi, la pêche à la ligne et les mecs t'envoient de la pêche à la ligne à longueur de journée. Tu dis bah si, j'aime bien la pêche, mais je peux aussi, je sais pas quoi, faire du jardinage. Bien sûr. Tu vois? Ou du foot en salle ou même du foot dans la rue ou parler avec quelqu'un. Donc moi, je fais, ma méthode est simple. Donc toi, tu as la méthode Boclet, la mienne, elle est, tu travailles beaucoup. OK. Puis une fois que t'as beaucoup travaillé, tu retravailles beaucoup et puis ensuite tu continues surtout à t'ouvrir aux autres. Et c'est par les rencontres, c'est en allant au contact, en t'ouvrant. Toi, quand j'étais petit, j'étais à la fois, quand j'étais plus jeune, j'étais à la fois dyslexique, dysorthographié et terriblement timide.
Et comment tu as travaillé sur la timidité?
Parce que tu vois, par exemple, j'ai jamais fumé une cigarette de ma vie parce que j'ai pensé, en voyant plein de gens autour de moi à 12-13 ans dans ce lycée ou dans ces collèges de ZEP fumer dans le bahut, parce qu'à l'époque, les mecs fumaient des marques disparues comme Marlboro. Alors, ils reviendront sur moi, Je me suis dit «tiens, c'est pour se faire remarquer et j'ai pas du tout envie de me faire remarquer comme ça». Donc j'ai jamais fumé. Mais c'est un choix. Tu peux très bien ne pas fumer. Tu vois, c'est pas une difficulté. Si quelqu'un vient m'amener une preuve en me disant «tiens écoute, t'es vraiment stupide si tu fumes, tu vas pouvoir faire ça, ça, ça, ça de plus», je te dis tout de suite je fais 4 paquets par jour. La timidité c'est pareil. Un jour je me dis c'est complètement con. Tu vois, j'ai des souvenirs enfants de pas vouloir me rendre à des anniversaires, des choses comme ça. Alors ce qui est drôle, c'est que j'ai accompagné une de mes filles qui est aujourd'hui une adolescente parfaitement difficile. Donc il n'y a aucun problème, elle fait tout à fait son job. Mais j'ai eu des discussions avec elle en disant, mais elle s'appelle Rose, je lui dis mais Rose, quand je me souviens de toi il y a 10 ans, tu voulais pas franchir la... J'ai dû rester dans des anniversaires avec elle, j'ai dû éviter des anniversaires. Et en fait, j'avais beaucoup de commisération, beaucoup de peine pour elle parce que ça me rappelait ma propre enfance. Donc je me dis tiens, merde, si j'aurais fait ça. Alors je rassure tout le monde, 3 de mes 4 enfants sont complètement dyslexiques et dysorthographiés. Donc je les aide le mieux possible. Mais bon, pas uniquement en fréquentant des orthophonistes toute la journée. C'est une solution aussi, mais—
Il y a plein de solutions alternatives et des choses qu'il faut faire pour.
Mais la solution, tu sais, comme tout dans la vie, Mohamed, et plus je vieillis, plus c'est une certitude pour moi, on est à la fois le problème et la solution. Donc ça doit venir de nous. Est-ce qu'un jour je décide d'être moins timide en me disant mais en fait, en m'isolant des autres, en restant dans les bulles, ça m'amenait pas grand-chose?
Oui, bien sûr.
Voilà.
Et quand tu es rentré—
Parce que sans les autres, on peut rien faire. Je précise tout de suite. Ici, tu peux faire qu'avec les autres.
Effectivement. Et aujourd'hui, puisque tu parlais de— J'avais d'autres questions sur ta carrière, mais je vais rester sur l'aspect dyslexie. Tu dis que tu as 3 enfants dans ce cas-là et il y a plein de parents qui ont peur.
Oui, mais c'est pour ça que je suis prêt à répondre à des questions parce que moi, je n'ai pas peur parce que je suis la démonstration vivante qu'en faisant une faute d'orthographe par WhatsApp, mail, SMS, me confondre les mots, avoir toujours à 60 ans, je rassure tout le monde, des difficultés sur des M, des P, des B, j'ai pu mener le parcours que j'ai mené aujourd'hui.
Et tu fais abstraction du regard des autres?
Rien n'est impossible.
Donc toi, tu as appris aussi à faire abstraction du regard des autres par rapport à ça?
Oui. Je m'en contrecogne. Si tu n'es pas capable de faire abstraction du regard des autres, il faut faire des choses non pas par égoïsme, mais pour soi. Si tu commences à te dire je suis bloqué par le regard des autres, mais tu sors pas de chez toi. Si tu veux, le regard des autres, en ce moment, regarde, j'ai une blague qui m'amuse beaucoup. Il se trouve que j'ai deux chiens. OK. Et bien sûr, c'est pas complètement par hasard, rien n'est complètement par hasard, mais ces deux chiens sont très différents. Et quand je les promène ensemble, donc j'ai un petit chien qui est un spitz nain poméranien. Et j'ai un gros chien qui est une femelle labradoodle. Quand je suis avec les deux, les gens ils viennent me voir: «Oh, qu'est-ce qu'il est mignon!» Je dis: «Non, elle.» Mais comme elle est grande, les gens pensent: «Oh, qu'est-ce qu'elle est mignonne!» Non, il. Donc le monsieur mâle est un petit chien, la femelle est une grande chienne. Et donc il y a un énorme écart de taille. Donc je dis souvent que mes deux chiens en promenade, c'est un magnifique détecteur de regard des autres et de la discrimination d'apparence. Pourquoi grand et fort veut dire un homme? Un homme-chien, le chien. Et pourquoi petit et tout poilu et mignon veut dire une jeune chienne? Alors en plus, elle est jeune alors qu'ils pensent qu'elle est vieille. Et lui, il est vieux alors qu'ils pensent qu'il est jeune. Et enfin, comme ça tu connaîtras le dossier par cœur, il se trouve, Je dis ça pour tous les propriétaires de Spitz, il faut faire très attention. Ils ont une maladie, ils perdent leurs poils. Mais ils n'en ont rien à foutre. Ça ne les gêne pas. Ça gêne le regard des autres. Parce qu'en plus, et comme ça tu sauras tout, ils les perdent jamais devant. Ni sur la tête, ni sur— Ils les perdent sur leur dos et sur leur bras. Donc les gens, ils le voient de face, ah, qu'il est mignon. Ils disent bon, il, qu'il est mignon. Puis quand ils voient, parce qu'en plus c'est par phase. Et je rassure aussi les propriétaires, ils les perdent, ils les reperdent, ils reviennent. Tu les laisses vivre leur vie, tu vois. Et donc du coup, des gens disent «Ah oui, vous inquiétez pas, il ne s'en rend pas compte, il ne se regarde pas dans une glace, il ne se coiffe pas le matin, ça ne lui pose pas de problème, tout va bien.» Voilà, mais discrimination d'apparence, tu vois, tout de suite on regarde. Donc si tu es bloqué par le regard des autres, que ce soit par tes deux chiens dans la rue ou que ce soit toi-même, Là, arrête tout, tu vas pas aller bien loin. Donc il faut en faire abstraction. Il faut le comprendre, il faut le gérer. Il faut savoir ce que les gens vont penser de toi à l'apparence. Tu le sais bien puisque toi, à l'apparence, tu vas tout de suite être jugé en disant «Tiens, il est comme ça, machin». Voilà.
Exactement.
Comme ton nom.
Effectivement, comme mon nom. Ça, je l'ai vécu en...
Mais toutes les minutes!
Toutes les minutes et à chaque fois...
Tu vois bien que tu arrives, bonjour, Mohamed Boclet, les mecs te disent «Attends, t'as acheté un nom sur Internet? Qu'est-ce que t'as fait?
Ton père, il s'est barré?» Maintenant, c'est est-ce que c'est un couple mixte? Est-ce que ton père est français et ta mère est marocaine? C'est 100 ou sinon c'est «Pocah, c'est 100 français». Et la petite phrase, j'ai déjà eu.
Alors, il n'y a pas un cadre, non?
Voilà, quelque chose comme ça. Et en parlant de la discrimination, tu as créé, si je ne me trompe pas, la division, la diversité, la division diversité.
C'est pas une division, c'est un département qui travaille sur ces questions-là.
Et pourquoi c'était aussi important pour toi d'intégrer dans une boîte comme L'Oréal et même L'Oréal Paris?
Tu sais, en fait, il y a 25 ans, Environ. C'est une série de rencontres. C'est la rencontre d'un homme qui est disparu depuis bien longtemps, qui s'appelle Richard Descoings, qui dirigeait Sciences Po Paris à l'époque. Là, on est vers 1999-2000. On est plusieurs directeurs de ressources humaines de L'Oréal. À l'époque, je n'étais pas en charge de tout. J'étais en charge d'une entreprise, de ce qu'on appelle dans le jargon une division. Une division. Pour être très précis avec toi, qui était une petite division, la plus petite, qui s'appelait à l'époque Cosmétiques Actifs, qui s'appelle aujourd'hui LDB, donc la division dermatologique, qui à l'époque, il y a 25 ans, faisait 800 millions d'euros de chiffre d'affaires et qui aujourd'hui fait 7 milliards. Donc tu vois qu'il a fait un bout de chemin pas mal en 25 ans, comme d'ailleurs le groupe. Et dans cette division, j'avais été sollicité comme 2 autres DRH pour faire des entretiens de ce que Richard Descoings voulait tester dans les zones d'éducation prioritaire pour faire ce qui s'est appelé, ce qui s'appelle toujours les filières CEP. D'accord. Qui, je rassure tout le monde, n'est pas une discrimination terrible, qui est de passer des examens mais de nature différente permettant à des gens qui n'avaient pas les codes de pouvoir intégrer Sciences Po Paris. On est 25 ans plus tard. Donc en intégrant ça, en participant à ces jurys, je m'interroge, je retourne dans des... Donc je te l'ai dit, moi je viens d'un lycée qui était en ZEP, mais ça me sautait pas aux yeux, tu vois, je vivais avec. Là je me dis quand même, il y a des trucs qui sont un peu coincés. Ensuite, et tiens c'est jurant, je sais pas si elle écoutera, c'est qu'une jeune femme qui s'appelait... Elle est plus vieille que moi, mais Sonia Aboudi, avec qui à l'époque elle travaillait pour SOS Racisme. Et elle vient me montrer quand même chiffres à l'appui qu'il y a une forme de discrimination dans les CV. Et l'opération à l'époque s'appelle «Ça va être possible». Donc je suis déragé. Je regarde cette opération, je me dis quand même il y a des trucs qui déconnent fort. Et tu vois, c'est pas des choses qui m'avaient sauté au visage. Donc c'est une série de rencontres, une série d'opérations et qui m'amènent à l'idée des rencontres aussi avec Eziz Sabeag et Laurence Ménuric qui viennent de rédiger à l'époque un rapport qui s'appelle «Les Oubliés de l'égalité des chances». Tous ces éléments, toutes ces rencontres m'amènent à me dire il faut que je change des choses, que je change ma pratique. Et à ce moment-là, je convaincs les dirigeants de l'époque de créer un département qui travaille sur la diversité, appelle-le maintenant comme tu veux, inclusion, équité, égalité, mais en tout cas qui travaille sur l'idée de se dire de donner sa chance à des gens qui n'auraient pas imaginé qui pourrait venir chez toi. Tu sais, c'est l'exemple que j'utilise, c'est pour ça que je te parlais de Saint-Ouen. Dans les émeutes de 2005, nous on est très présents et on est très attachés. Effectivement, ici à Clichy, on est de l'autre côté du périph'. On pourrait avoir la moitié de La Défense, l'avenue Montaigne du premier au dernier numéro, mais on est attachés, c'est les valeurs du groupe. Ça s'appelle ici «Tu es rentré dans le centre, jeune chouette». Et donc en fait, ce qui est très important pour nous, à Aulnay, notre usine et notre centre de recherche n'ont jamais été malmenés, brûlés, ce qui n'est pas le cas d'autres entreprises parce que les gens savent qu'ils y sont bienvenus. Qu'on prend leurs enfants en apprentissage, en stage de troisième, eux-mêmes y travaillent. C'est pas un truc complètement artificiel. On a essayé de s'inclure, et c'est vrai à Aulnay-sous-Bois, mais c'est vrai aussi dans le Nord.
J'ai commencé directement par ça avec Saint-Ouen. Quand j'ai parlé de Saint-Ouen, c'est la première chose qui nous venait à l'esprit, c'était on était en troisième, c'est faire le stage et il y avait les portes ouvertes, on pouvait venir visiter et poser nos CV et on a tous des amis qui ont fait soit leur stage ou qui travaillent encore aujourd'hui à la mairie.
Tu n'es pas dans un château fort, tu vois, c'est-à-dire que nous, on ne dit pas, moi je ne viens pas ici en banlieue dans une garnison en disant oula. En même temps, la banlieue a changé, cliché en 30 ans, ça n'a plus rien à voir.
Et toujours sur la notion de diversité.
On est quasiment à Beaubourg-Londres là, tu vois.
Vas-y. Ouais.
Ça, toi, commence. Ah bah, c'est un toit.
Ça, toi, commence depuis...
Donc il faut garder l'aspect aussi populaire, il faut un mélange. De toute façon, le plus important dans la vie, c'est un mélange, c'est un équilibre entre les deux.
Exactement.
T'es pas tout l'un ou tout l'autre.
Je suis entièrement d'accord. Et concernant toujours cette notion de diversité et d'égalité, donc vous avez intégré ça dans une entité, je sais que vous êtes très ouvert. Est-ce que vous avez une politique avec des quotas sur la diversité?
Non, pas du tout, au contraire. Si tu veux, ce qui est important, c'est d'avoir une politique, j'allais dire proactive, active, qui permet de te dire Dans cette entreprise, je vais pas être bloqué si je suis une femme. Je vais pas être bloqué si je suis un homme. Je vais pas être bloqué si je suis noir. Je vais pas être bloqué si je suis gay. Donc en l'occurrence gay, j'aime pas parce que c'est un mot anglais. Homosexuel, tu vois? Donc c'est ça. Maintenant, est-ce qu'on a réussi à débloquer toutes les formes de discrimination? C'est amusant parce que je sais plus qui est venu me casser les pieds encore la dernière fois pour me parler de wokisme. Nous, on est jamais rentrés dans ces bêtises. C'est toujours la même chose. C'est l'idée de ce monde aujourd'hui d'extrémisation où les gens, il faut te catégoriser, mais pas du tout. Donc est-ce que tu peux faire un parcours? Est-ce que tu peux être recruté, formé, promu, développé, envoyé étranger? Voilà, donc c'est ça la question.
Mais aujourd'hui, il y a plein de boîtes, vous le faites très bien ici sur NEM, il y a plein de boîtes qui ACV égal vont privilégier ou mettre de côté la personne qui est issue de—
C'est une erreur. Permets-moi de te le dire. C'est un mauvais choix. Pourquoi? Parce qu'ils perdent d'énormes chances. Regarde, nous parlions de Saint-Ouen tout à l'heure. Et tu me demandais qu'est-ce qui fait que quand tu viens de cet univers-là, tu as envie de faire mieux? Tu as beaucoup de dyak. Tu vois, moi, j'observais le monde, même jeune, et je voyais qu'il y avait des différences et je me disais: «Comment je vais faire pour faire le mieux possible ?» Pas pour tuer les riches, pas pour foutre, je sais pas, cette taxe Zuckman. Enfin, tu vois, les débats actuels sont dramatiques. C'est formidable qu'il y ait des gens qui soient riches. La question, c'est: qu'est-ce qui te rende? Tu vois, moi, je te donne un exemple. Est-ce que aujourd'hui, je suis riche? Je sais pas si c'est ça, mais par exemple, quand je paye mes impôts une fois par an, J'ai jamais dans ma vie imaginé que je paierais un jour ce montant d'impôts. Je paie beaucoup d'impôts. Voilà, bon, c'est comme ça, je vis en France, je paie beaucoup d'impôts. Moi, je ne fais pas d'optimisation fiscale, je ne fais pas de je ne sais pas quoi. Tout ça, ça m'échappe. C'est pas ma culture.
Quand on est salarié, c'est plus compliqué de faire de l'optimisation fiscale. Mais je suis d'accord que—
Je suis salarié, je suis prélevé à la source, je travaille pour L'Oréal depuis 30 ans maintenant. Et voilà, et je paie beaucoup d'impôts. Donc quand je me rends compte des impôts que je paie, c'est sûr que quand je me promène dans la rue, je me dis les gars, il y a quand même un truc qui cloche. Tu vois?
Je suis entièrement d'accord.
Tu t'imagines que quand je vends une action de L'Oréal que L'Oréal m'a donnée, je paye 68 d'impôts. Si là, les gars, il y a un truc qui cloche. 68 d'impôts?
Bien sûr.
Je ne savais pas ça. Oui, bien sûr.
Bon, mais les garder que...
Tu payes 68 d'impôts et si tu en as besoin, tu gardes 32 pour toi. C'est aujourd'hui en France, tu vois?
Waouh!
Ce n'est pas mal.
Ce n'est pas mal, l'État prend pas mal sur la tête.
Ça me paraît compliqué de prendre plus, mais visiblement, il y a des grands génies qui cherchent, donc on les encourage. Bravo les gars! Continue à chercher, c'est bien. Bien.
Pour revenir sur ta carrière, tu es rentré en tant que RH chez...
Comme jeune RH, j'avais 31 ans, c'était il y a 30 ans, je vais bientôt avoir 31 ans. Je suis né le 1er janvier.
Et tu as toujours voulu être RH?
En 3 mois, boom, je me prends. J'ai pas toujours voulu parce que je savais pas ce que c'était. C'est aussi des rencontres, c'est la lecture d'un livre pour te dire les choses. Tu vois, à l'été de 1900 en 1987. Il y a près de 40 ans maintenant. J'ai lu un bouquin qui était un bouquin qui traitait d'un sujet qui était hyper méconnu à l'époque. Parce qu'à l'époque, je rappelle à tout le monde, t'as pas 3 écrans. Si tu veux savoir des choses, tu vas dans une bibliothèque, tu lis, tu te renseignes, tu dis à quelqu'un: «Tiens, j'ai lu un truc, j'ai entendu parler de ça.» C'est pas... C'est pour ça que c'est fantastique ce monde aussi aujourd'hui, avec ses limites comme d'habitude, mais tu as une ouverture, tu vois. De ça, je peux aller tout de suite aux États-Unis interviewer quelqu'un, creuser. C'était inimaginable. Et voilà, donc j'ai un bouquin sur la chasse à têtes, ça m'intéresse, je m'inscris à Dauphine, je fais des études, je fais des stages et je m'intéresse à ce métier qui était fort méconnu à l'époque, qui était de faire des ressources humaines.
Et donc tu rentres et t'avais, quand tu es rentré chez L'Oréal, J'avais déjà 7 ans d'expérience préalable.
Je suis rentré pour ce qu'on appelle et qui existe toujours chez nous un directeur du personnel. Tu prends une responsabilité d'une usine, d'une entreprise.
En tant qu'HR là-bas? Oui. Et est-ce que tu avais la vision de dire dans 20 ans, dans 30 ans, je serai le numéro 1, le DRH du groupe. Est-ce que quand tu es rentré, tu avais l'ambition de finir numéro 1 ou tu voulais juste faire ta carrière?
Si je me rappelle de très nombreuses années, je te dis, je me suis assis, j'étais en face à face avec ce le patron des relations humaines de L'Oréal. Je me dis, est-ce qu'un jour, plus que de me dire est-ce que je veux m'asseoir là, je me dis est-ce qu'un jour je serai capable? Voilà. Est-ce qu'un jour je serai capable de faire ce chemin qui fait que c'est toi qui prends la responsabilité à la fin?
Mais c'est vrai parce que toi, la question était plutôt ça.
Et je me disais, est-ce que je serai capable? Comment faire? Qu'est-ce que ça veut dire? Comment s'y prendre? C'est ces questions-là, tu vois. C'était pas poussez-vous, j'arrive. C'est pas ma façon de faire.
Et donc dans la carrière que tu as prise, les décisions que tu prends. Le chemin. Le chemin que tu as pris.
C'était une philosophie de se dire je vais aller là.
Parce que des fois, il y a une personne qui arrive et dit moi, je sais que dans 30 ans, je vais être là et je vais faire mon plan de carrière.
Non, non, non. Alors je conseille à tout le monde, les aborder avant de les avoir faits, ça ne veut rien dire. Il ne faut pas être non plus comme un bouchon sur l'eau qui flotte. Il faut être décidé, mais il faut aussi, moi par exemple, quand j'étais plus jeune, j'ai très souvent fait des jobs 2 ans, 3 ans et puis à un moment donné, ils m'ont fait rester plus longtemps. En fait, sans qu'il le sache à l'époque, c'est pas des sujets que tu abordais, mais j'ai divorcé. Ça m'a arrangé de rester à ce moment un peu plus longtemps en France, mais c'est un gros problème dans mon parcours. J'ai jamais été à l'étranger. Donc c'est quand même quelque chose qui était une faiblesse dont j'ai ensuite réussi à faire une force, mais c'est une faiblesse.
Parce que pour être DRH groupe, ça aurait été mieux de partir sans ACB et sortir de la France.
Bien sûr. Pas pour l'éviter, mais pour compléter ton parcours, bien sûr. C'est un manque dans mon parcours. Évident. Et aujourd'hui, en tant que DRH, cependant, je finis par là, cependant, on ne me l'a jamais proposé. Donc c'est, tu vois, c'est un argument aussi. C'est pour ça que je le propose aujourd'hui. Moi, quand j'ai démarré, des DRH ne faisaient pas de carrière internationale. OK. L'Oréal, on a nombreux RH qui ont été formés à l'étranger, qui ont pu aller dans des pays parce qu'à l'époque, on faisait pas de carrière internationale parce que l'idée, c'est de dire il fallait que tu aies une connaissance du droit du travail local. Avant de pouvoir t'exporter. Donc tu te doutes bien que personne ne peut connaître le droit du travail allemand, italien, belge, brésilien. C'est impossible. Donc à ce moment-là, je te bloque. Et nous on a commencé, et moi j'ai accéléré cette idée de pouvoir faire des carrières internationales pour des jeunes âges. J'ai un nom précis, je me rappelle très bien du premier que j'ai envoyé à l'étranger. Pas quelque chose qui s'est fait dans un grand consensus. Même si après l'histoire est toujours écrite, les mecs vont dire si si on était toujours d'accord, ils étaient totalement contre.
D'accord. Et ça lui a fait, la personne qui est partie à l'étranger, ça a boosté sa carrière après?
Bien sûr, elle est d'abord partie en Hollande. Premier mouvement qu'on a fait, c'est d'envoyer un jeune Français en Hollande.
Et en parlant des jeunes, moi, c'est l'impression que j'ai, comment un groupe comme L'Oréal fait pour intégrer les jeunes et surtout la vision du travail? Je pense que les jeunes aujourd'hui n'ont pas du tout la même.
Non, Mohamed, tu racontes des histoires. Ils n'ont pas lu la méthode Bocklet. Mais non, les jeunes, Regarde, tu m'as dit que tu avais 37 ans.
Oui, je vais avoir 37 ans dans un mois, mais oui, j'ai 37 ans.
Donc je suis désolé, tu n'es presque plus jeune. Par contre, tu es au tout début d'un truc intéressant parce que là, j'ai une théorie très étayée. Donc jeune, c'est un état qui n'est pas permanent. Ça passe. Oui, sûr. Bon voilà, ce n'est pas non plus une maladie, mais ça passe. Bon, donc si tu veux, si tu t'accroches à l'idée, donc c'est la vie, c'est des étapes, mais Ça veut rien dire. C'est une énorme confusion dans vos esprits, les amis. C'est sûr que c'est pas la même chose d'être jeune et d'avoir un iPhone, que j'avais pas moi. Donc aujourd'hui, je sais pas quoi, un alpha, il démarre avec un iPhone. Que d'avoir un mec qui n'avait que des livres. Donc ce qui différencie, c'est le contexte dans lequel tu es. C'est pas la même chose si t'es jeune, je sais pas quoi, à côté de Napoléon à Waterloo, ou si t'es jeune en sautant sur, en débarquant dans une plage de Normandie. Mais t'as 20 ans et on a tous eu 20 ans. Donc à 20 ans, tu veux changer le monde. Maintenant, la question, c'est quel monde tu as face à toi? Et c'est ce contexte. Mais on a tous été jeune, on veut tous la même chose. Tu dis: tes parents me racontent des conneries, je veux faire ma propre expérience. Ça veut dire être jeune. Et les mecs, on tire des gros dindons, ils veulent plus ou moins travailler. Dis-moi, tu crois que les mecs en 1914, ils voulaient en sabot partir à la guerre de 1914? Absolument pas. Ils n'avaient pas la formation, l'éducation qui leur permettait de prendre du recul. Donc maintenant, on est de plus en plus élaborés, développés. Il faut s'adapter à ça. Mais si tu expliques bien ce qu'est le travail, si ton travail a du sens, si tu es respecté, les gens ils vont travailler. Maintenant, si tu leur dis c'est de la merde, ça m'intéresse pas, je te parle mal, ils vont dire je vais pas travailler. Voilà. Donc tout ça c'est vraiment du pipeau, permets-moi de te le dire. C'est pour vendre du conseil à je ne sais qui. Mais non, non, non, il faut tenir un cap. Et le cap c'est le respect des gens. Et quoi qu'il arrive, si tu les respectes, et pour les respecter, il faut les prendre pour des adultes et pas penser que les gens sont stupides ou neuneus, quelle que soit leur provenance. Si tu te mets d'égal à égal, tu peux faire des grandes choses. Si tu penses que tu les domines, qui pense ça? Et donc tout de suite, tu les trouves arrogants et tu n'as pas envie.
Est-ce que tu n'as pas l'impression quand même que les nouvelles générations, même moi je m'intègre dedans, sont moins carriéristes?
Mais non! Moi, je le dis souvent, les gars, je suis né en 65, je te l'ai dit tout à l'heure, en 1975, Tu as eu le premier choc pétrolier. Moi, j'avais des profs quand, t'imagines, j'ai 10 piges. Il y a des profs qui nous disent vous aurez pas de job, c'est la crise. C'est la première grande crise qui frappe le monde occidental en 75. Le choc pétrolier était même, comme on vous apprend plus rien à l'école, c'est pas la peine. En histoire, les mecs te disent je m'en fous de l'histoire, je vais poser la question à ChatGPT qui va me répondre. Tu pourrais lui poser la question, qu'est-ce que le mec va te répondre? En sachant que je précise, il y a personne qui répond à la place. C'est des données qu'il va chercher et il n'en sait rien. Les gens pensent que le mec réfléchit à ta place. Donc c'est parfait, foutez-le-vous en cerveau à côté, ça va vous aider. Mais mon conseil pour les gens qui nous écoutent, allez plutôt négocier une puce Nvidia aux États-Unis, foutez-vous une puce Nvidia, ça va être mieux que de penser que l'autre vous remplace. Upgradez-vous, réfléchissez plus, lisez tes méthodes, lisez plus vite, lisez plus de bouquins, ça va plutôt vous sauver que déléguer à quelqu'un qui On ne sait rien. Et nous, comme on est fragile, comme tout. Donc par contre, bonne nouvelle pour toi, 37 ans. Après 35 000 rendez-vous dans ma vie, je te dis tout de suite, tu as une période avant 35 ans, tu ne sais rien. Et après 55, 60, c'est un peu tard. Entre les deux, tu as intérêt à te remuer le cul. Donc avant, tu ne sais vraiment rien. Donc toi, tu es au début, mon cher Mohamed, de commencer à savoir un peu des choses et d'accélérer. Donc mon conseil, là, tu pédales fort.
Là, il faut la foule charbonnée.
Avant, tu sais pas grand-chose, donc faut tromper, tâtonner, recommencer, écrire un premier bouquin, tromper, savoir où tu vas un peu, vivre. Tu fais des expériences, tu mènes tes expériences, mais normalement à 35 ans, t'es prêt là. 35 ans, faut que la fusée elle décolle. Et après, une génération c'est 20 ans, donc t'as 20 ans, 25 ans pour y aller à fond, pour courir, pas te retourner, arrêter de te poser 1000 questions, arrêter de te gratter le pied avec l'oreille. Tu penseras à ce que je viens de te dire, c'est pas facile. Voilà, donc si tu veux, les gens, ils procrastinent, ils ont plein— C'est important d'avoir des doutes, mais alors, je précise, il y a une seule vie, il n'y a pas de replay, tu reviens pas en arrière, tu vas faire des erreurs, il vaut mieux avoir des remords de pas avoir toujours bien fait que des regrets de ne pas avoir fait, et tu fonces. Tu fonces. Donc, jeunes, moins jeunes. Parce que les gens après ils se réveillent. C'est trop tard. Moi aussi. Merde, si j'avais su. Oui mais d'accord, mais putain, pourquoi tu l'as pas fait? J'aurais voulu faire ça. J'aurais voulu être un artiste, c'est une très belle chanson. Tu me parlais du grand-père de... J'aurais voulu être un artiste. Bon, t'aurais voulu être plein de choses. C'est too late. Moi là, je me dis les gars, qu'est-ce que je peux encore être utile? Comment je peux encore faire des choses?
Ah, je suis d'accord, ouais. Et c'est ce que tu essaies d'impulser en...
Tous les jours! Tous les jours, en disant: «Les gars, qu'est-ce qu'on fait? Allez-y! Arrêtez de me parler de je sais pas ce qu'a dit Donald Trump. Donald Trump, j'en ai rien à foutre! Qu'est-ce que tu fais, toi? Comment tu peux dans ta vie faire des choses? Te lever ce matin, essayer de faire un truc bien, bien parler avec lui, paf, pas lui dire...» Tu vois? Comment tu essaies de faire des choses? Tous les jours! Une maille après l'autre, tu tisses des liens, tu t'améliores, tu progresses. Qu'est-ce que tu as fait de mieux aujourd'hui, mon cher Mohamed? Qu'est-ce que tu dis? Tiens, paf, est-ce que j'ai amélioré un truc? Est-ce que j'ai aidé quelqu'un de plus? Est-ce que j'ai tendu une main plutôt que de dire non, c'est pas possible?
Et est-ce que ça, c'est quelque chose que tu inculques à tes différents?
Le plus possible. Sur la partie, est-ce que ça rentre? Non, pas tout le temps. Bon, voilà.
Et comment on fait pour que ça rentre?
Alors, tu sais, c'est répétition. Ouais. Qui fixe la notion, donc tu répètes. Repeat again, parce qu'on apprend. On n'est là aussi pas plus cons que la machine. La machine, c'est par de la répétition. Nous, c'est pareil, c'est la répétition. C'est comme si tu penses que tu vas savoir jouer au tennis, donc tu fais un geste, tu répètes ton geste jusqu'à ce qu'il soit bien exécuté. Et nous, on n'aime pas ça parce que c'est chiant, parce que tu dis: «Mais pourquoi il me fait faire 10 fois le même revers ?» Tu veux savoir faire un revers ou tu ne veux pas savoir faire un revers? Aujourd'hui, un des problèmes du monde aujourd'hui, grâce À cette technique, on pense que c'est immédiat. Tu n'as pas besoin de faire 100 revers. Tu dis j'ai vu sur TikTok, paf, je fais un revers. Oui, mais il n'est pas bon, mon gars. Recommence, apprends. L'apprentissage, c'est toutes les minutes.
Je suis d'accord.
Tu apprends des choses.
Je suis en phase avec toi et on en disait en aparté, Ilham Alom, que j'ai rencontré il y a 5 ans, elle m'avait contacté sur LinkedIn parce qu'elle m'avait dit On est dans une démarche du «apprendre à apprendre». Donc il y avait toute une politique sur le «apprendre à apprendre» et moi, je me lançais sur l'enseignement du «apprendre à apprendre».
Bon, ça s'est bien passé. Tu en as fait un business. Tu viens de me dire que tu travailles bien avec nous.
Ouais, pas mal de temps.
Après, pourvu que ça dure, disait Laetitia Bonaparte.
Donc déjà merci Idam. Mais pourquoi je parle de ça? Je parle de la notion d'employabilité. C'est que le «apprendre à apprendre» aide à l'employabilité parce que ça permet de changer. Comment un groupe comme, parce qu'il y a quand même 90 000 personnes dans le groupe si je me trompe pas.
Ouais, 95 000.
95 000, OK.
C'est pas grave.
J'y suis presque, j'y étais presque.
Ça fluctue, c'est en fonction des acquisitions, tu peux pas suivre en temps réel.
95 000, comment un groupe comme le vôtre travaille sur ça? Sur quand on prend un salarié, on l'aide à grandir, à monter, changer de métier?
Normalement, un salarié de L'Oréal, il comprend très vite que ce qu'on va essayer de faire, c'est d'investir sur lui et d'essayer de lui permettre d'être la meilleure version de lui-même. Donc il va être en permanence sollicité pour apprendre, se former. D'accord. Voilà, donc on a des gros investissements en formation. En tout cas, l'investissement en formation de L'Oréal dans le monde, c'est 120 millions d'euros. Donc voilà, c'est beaucoup plus que la plupart des grandes écoles d'ingénieurs ou de management qui vont être investies tous les ans pour upgrader, upskiller, transformer les gens. Donc il y en a qui vont saisir cette chance, d'autres un peu moins. C'est un choix. Je ne peux pas le faire à leur place.
C'est toi qui a impulsé ça ou c'est—
Non, non, ça existait. Nous, on s'est lancé très tôt dans ce qu'on appelle D'ailleurs, dans notre jargon, on appelle pas ça la formation, on appelle ça d'éducation permanente. Tu vois, ça recoupe ce que tu viens de dire. Non, dès les années 70, mes prédécesseurs, les équipes de Charles Delaury, ont créé une grosse activité d'éducation permanente et on est très attaché à ce mot d'éducation permanente. On est obligé d'appeler ça, je sais pas pourquoi, learning, tu vois, training. Non, éducation permanente. Alors on est en France là, voilà, donc éducation permanente, tu vois bien que c'est une éducation permanente, c'est tout au long de la vie. Et nous, on ne renonce pas. Je me forme moi-même, tu vois, je me suis formé sourire parce que j'ai repassé. En plus, j'ai même eu à me former. Tu me parlais d'une vieille refonte, je m'amuse à me former en passant des exams. Donc là, j'ai été formé à une méthode qui s'appelle la méthode ATCAR. OK, dans ce début d'année où je suis retourné avec mes équipes me former plusieurs jours, passer un examen, avoir un certificat et comprendre comment une méthode qu'est cette méthode te permet de faire du changement. Et tu vois, c'est pour ça que c'est terrible parce qu'en me formant à cette méthode, je me suis rendu compte que moi-même qui prône le changement ou qui essaie de le mettre en œuvre, j'ai fait des erreurs parce que j'étais pas notamment sur toute la partie en préparation avant. Dans cette formation, il y a une image typique qui est exactement ce qui se passe dans les boîtes. C'est-à-dire que les mecs te disent tiens regarde, je t'amène un nouveau stylo, il est magnifique, mais je t'ai jamais appris à d'abord est-ce que tu en avais besoin? Et ensuite, je sais jamais après t'en servir, mais par contre, il est super nouveau stylo, il est génial. Donc en l'occurrence, là, c'est un bateau, tu reçois un bateau et personne s'est dit on va quand même vendre des— essayer d'expliquer aux gens ce que c'est, tu vois. Donc il y a tout un travail de préparation pour voir comment suivre et mettre en place ton changement et pas uniquement par dire je suis le chef, j'ai décidé, c'est comme ça et on change. Ah, ça marche pas comme ça.
Effectivement. Et on va passer sur un autre sujet, sur la partie influence en tant que Tu es très influent sur les réseaux.
Ouais, je sais pas, tu sais, les réseaux, j'ai fait moi-même, j'ai pas de community manager et là encore, c'est le fruit du hasard. On est en plein COVID, j'ai 3500 personnes qui m'ont demandé de me connecter sur LinkedIn. J'ai mis en place LinkedIn ici à L'Oréal avec une équipe 13 ans en amont, il y a 15 ans au démarrage de LinkedIn, avant même que ça n'appartienne à Microsoft. Mais autant j'étais capable comme souvent d'expliquer aux gens pourquoi c'était très bien, mais je le pratiquais pas moi-même. Donc là, je me dis tiens, on va être un peu cohérent, tu sais, j'essaye, c'est pas facile. Et donc je travaille à distance, paf, je regarde 3500 demandes en attente et je commence à les valider. Et depuis maintenant 6 ans, je m'occupe de LinkedIn moi-même. Je suis en direction de 80 000 followers en organique pur, je n'achète rien, je fais les trucs moi-même.
Et tu postes régulièrement?
Écoute, là, j'ai posté tout à l'heure, j'ai une idée d'un post. En fait, tu sais, les posts, ils me viennent par des rencontres. Je poste beaucoup en français, donc ils m'expliquent qu'il faudrait que je poste plus en anglais. Mais moi, ma langue, c'est le français, même si je parle un globish moyen. Mais non, ma langue, c'est le français.
Je vais revenir après sur la France, mais ce qui est fou, quand je t'entends parler, j'ai l'impression que Tu réunis toutes les choses qui, si on met sur un CV dyslexique, timide, pas parti à l'étranger, on dit lui dans son CV, il a tout le CV pour jamais aller très loin ou très haut. Et alors que—
Après, tu vois mon CV, puis après il faut venir me voir.
Mais ça, je pense que tu as eu de la chance chez L'Oréal parce que peut-être que tu as fait les actions pour, mais dans plein d'autres groupes, on aurait jamais laissé la chance à cette personne-là.
Eh bien, c'est pour ça que je suis toujours ici et que je remercie tous les jours L'Oréal parce que je suis assez d'accord avec toi. Je pense que c'est la culture de cette entreprise, les dirigeants de l'époque qui m'ont permis de devenir ce que je suis. Alors c'est pour ça que je travaille beaucoup aussi parce que je passe beaucoup de temps à essayer de rendre en disant cette fantastique opportunité mérite que je me défonce pour cette boîte, tu vois, et que j'essaie de faire le mieux possible en prenant des décisions dans un contexte dramatique, de guerre, de peur des gens. Voilà, tu vois. En fait, c'est amusant ce que tu dis parce que, donc je te disais, ça fait 8 ans maintenant. Et il y a exactement 7 ans, en octobre 2019, j'ai un souvenir hyper précis. C'est un matin, je me prépare et tout ça, et je me dis bon, ça fait déjà un an et demi que je fais ce job-là. J'étais plus jeune, tu imagines. Bon, est-ce que j'ai pas... Parce que la beauté aussi de la jeunesse, quelle que soit la jeunesse, c'est d'être un peu arrogant. Donc je me dis, est-ce que j'ai pas... Qu'est-ce que je vais faire de plus? Est-ce que j'ai pas déjà... En plus, moi, j'ai l'habitude d'aller assez vite. Est-ce que j'ai pas un peu fait le tour du truc? Comment je vais faire? Qu'est-ce que je vais faire? Putain, j'aurais mieux fait de me taire. Je me suis pris le COVID depuis. Zizi, je suis bien où je suis? Depuis le COVID, c'est pas ça. Non, c'est pas une question de bien, c'est une question de ça, non, les ennuis depuis 6 ans maintenant, c'est une folie ce qui se passe depuis 6 ans. Les guerres, l'inflation, cette crise du COVID qui a été extrêmement difficile. Je remercie encore mes équipes et tout ça. T'imagines la pression qu'il y a eu sur nous. Comment on fait quand tout s'arrête? Comment on fait pour tout faire reprendre? Comment on recrée du lien? Comment on recrée une boîte? Un jour, les gens analyseront, mais cette crise du COVID, ça a été un choc d'une d'une violence. Et on a tous mis ça dans notre passé. Alors c'est amusant parce que là, de nouveau, des gens sont malades, des gens me disent: «Tiens, j'ai le Covid.» Je dis: «OK, t'as la grippe.» Mais à cette période, comment vous avez fait?
Parce que moi, la seule chose que—
Je suis resté dans mon bureau.
T'as travaillé?
Ouais, j'ai beaucoup travaillé, encore plus que d'habitude, bien sûr. Et puis j'ai voulu montrer aux gens que tout était possible. Je suis essentiellement resté. Ouais, j'étais un peu chez moi parce que j'étais obligé, mais peu. Mais tu vois, j'ai fait plein d'actions drôles. Aujourd'hui, les gens me disent: «Le jardin est génial.» J'avais gueulé. Pour les gens qui se rappellent, en février-mars 2020, il pleut pas, c'est très sec et donc on fait arroser le jardin. Enfin bon, je fais plein de petits gestes. Non, j'étais très souvent ici. D'accord.
Et comment tu vois l'impact des réseaux? Pour parler des réseaux, donc tu te mets sur les réseaux, déjà tu te mets pour quelles raisons?
Pour passer des messages, pour accompagner, pour aider. Et puis c'est moi qui fais le community management, donc je réponds à beaucoup de gens par— Ça te prend beaucoup de temps? Oui, bien sûr. Beaucoup de temps, beaucoup, beaucoup de temps. Mais je mets un point d'honneur, regarde, on va le faire en live là. Je mets un point d'honneur à— J'aurais dû lui envoyer.
Il m'a déjà accepté, je suis déjà—
Tu vois, non mais c'est pas ça. Tu vois, regarde là par exemple, quand tu vas voir ça, là le fait que c'est tous les gens à qui je dois répondre.
Mais tu vois, j'ai pratiquement tous les jours des messages de gens qui vous écrivent.
Ouais, ouais, ouais. Mais tu vois, regarde là, je suis en retard à partir de lundi. Donc tu vois, tu as des dizaines de messages.
Et tu prends le temps de répondre à tout le monde?
Ouais. C'est moi qui réponds à tout le monde. C'est moi derrière. Personne d'autre que moi. Parce que les gens le savent. Alors après, ils m'écrivent. Donc c'est— Tu vois, c'est chicken and eggs, donc voilà.
Et ça t'a permis aussi de trouver des opportunités, de recruter des gens comme ça ou—
Bien, j'ai fait plein de rencontres, j'ai, j'ai, et puis surtout j'essaye d'aider, tu vois, si je peux donner des conseils utiles, si je peux faire des connexions utiles, si je peux faire se rencontrer des gens de façon utile, j'hésite jamais à faire ça. OK.
Et comment tu vois l'impact de l'IA? Parce qu'on parlait tout à l'heure de ChatGPT et autres dans ton métier et dans le métier, dans les boîtes.
Il va être important, mais j'ai un, c'est pas une boule de cristal, tu vois, donc les génies qui ont— Aujourd'hui, la seule chose que je sais, c'est que je sais pas, tu vois. Je sais pas ce qui va se passer demain. Donc écoute, ça va faire gagner de la productivité. Je pense que, si tu veux, je pense qu'on est vraiment— On est des loups les uns pour les autres parce que la première chose qu'on se dit, c'est que ça va supprimer des jobs. Alors, paf, le Samy, il a plus de job parce que je sais pas pourquoi il y a un robot qui— Bon, calmez-vous. Je pense qu'on est très arrogants par notre téléphone. Est-ce que quand Gutenberg a inventé l'imprimerie, On s'est penché sur les moines copistes qui recopiaient à la main, comme tu l'as vu dans Le Nom de la Rose, si t'avais vu le film, vois-le. C'est un vieux film, mais c'est pas mal. Et donc du coup, est-ce que tous les moines copistes ont été au chômage? Est-ce qu'on parlait de chômage? Je pense que la nature de l'homme, c'est de se réinventer en permanence, c'est fantastique. Et qu'on est très prétentieux. Mon assurance, tu sais, ça me fait rire, on est au Moyen Âge, et nous on pense qu'on est À la fin du monde. On est tellement— On est au milieu, on va voir. Tu sais, la Terre a 4 milliards d'années, on est arrivés il y a 3 millions d'années, on est tous nés en Afrique, on était tous noirs, on est arrivés ici en Europe il y a 800 000 ans, et voilà. On a à peu près— Les Chinois, ils parlent de 5 000 ans, nous, on remonte tout ça à 2 000. Voilà, donc ça fait 2 000 ans qu'on jacte et qu'on raconte ce qui va se passer. Moi, je pense qu'on devrait être très humbles, Faire le mieux qu'on peut dans cette petite période où on reste sur cette planète. À l'échelle de l'homme, on va rester, je sais pas, une minute, peut-être 60 secondes. Et nous, on pense quoi? Et donc on écoute la conversation entre Monsieur X et Monsieur Y qui vont vivre jusqu'à 120 ans.
On arrive sur la fin, j'ai une question que je pose souvent.
Ah non, mais moi je vais te tuer, regarde. Tu me dis on arrive sur la fin. Je vais te faire un... Tu sais qu'ici, j'ai que des outils magiques. OK. Et donc là, j'ai un outil magique, regarde, je vais le montrer. Ça, c'est une boîte. Tout m'a été offert. Tu vois, c'est une boîte, c'est quelqu'un qui était super perso, pas elle qui a mis mon nom sur la boîte et tout. Je vais ouvrir cette boîte. C'est un cadeau aussi qui m'a été fait et là c'est moi qui vais te tuer, regarde. Qu'est-ce que c'est ça? Qu'est-ce que?
On dirait un poisson.
Ouais.
C'est un poisson, mais—
Alors, touche-le un peu plus, ça va te porter bonheur.
Ah bon?
Ah ouais. Bah oui, parce que c'est la plus vieille chose que tu aies eue entre tes mains depuis que tu es sur cette terre. C'est, regarde, je te montre, c'est ce qu'on appelle une palette à fard. Donc effectivement, c'est en forme de poisson et cet objet a plus de 2000 ans. Il vient de la vallée du Nil, était utilisé par des femmes qui effectivement, il servait aussi à découper, mais en fait c'était surtout pour des pigments, pour ce, c'était une palette à fard, donc tu te maquillais. Donc tu as des images de Cléopâtre, pas uniquement dans Astérix et Obélix avec son make-up. Voilà, donc c'est ça, tu vois, c'est une palette à fard égyptienne, c'est un cadeau, c'est Je pense à la personne qui me l'a offert et je l'ai utilisé pas mal dans du recrutement pour dire regardez les gars, L'Oréal c'est une boîte qui a 120 ans, mais nous on est héritier d'un des plus vieux métiers du monde qui est de la beauté. Et donc on essaye de rendre les gens le mieux possible dans la meilleure version d'eux-mêmes. Donc voilà, la beauté.
Hop, on a encore un point commun.
Retourne dans cette version-là.
L'Oréal, c'est la meilleure version d'eux-mêmes physiquement.
Ouais, mais même toi, c'est pour ça que je te dis, tu vois, l'éducation.
Nous, c'est le savoir, c'est la meilleure version de Donc, c'est une question que je pose souvent à la fin. Et merci pour cet apprentissage. J'ai appris quelque chose de nouveau. J'ai appris beaucoup de choses, pas que. Si tu avais le Jean-Claude à 18 ans devant toi, qu'est-ce que tu lui dirais?
Alors, d'abord, je lui dirais une phrase qui m'a beaucoup accompagné. C'est drôle parce que j'en parlais avec mes fils. J'ai 4 enfants. Qui ont une trentaine d'années et qui est une phrase qui m'a été donnée par ma mère, qui n'est plus là aujourd'hui. Et cette phrase, c'était une phrase qu'elle lisait beaucoup. Elle n'a pas fait de très grandes études, mais elle lisait beaucoup. Et c'est une phrase qui lui venait d'un proverbe chinois. Donc ce proverbe chinois, j'ai eu la chance qu'elle me le dise tôt et il m'a beaucoup accompagné depuis 40 ans. C'est un proverbe qui dit «l'expérience est un peigne «Qu'on te donne quand tu es chauve.» On va tous finir chauves, on pense pas. Mais par contre, peigne-toi pendant que tu as encore des cheveux. Et donc, fais le plus de choses. Et en fait, je veux dire qu'elle m'a rendu un grand service. Donc je dis régulièrement cette phrase à mes enfants. Je ne l'ai pas dit à des gens, j'en ai jamais parlé. Mais donc en fait, si tu veux, écoute l'expérience des autres. Ne pense pas que tu vas tout devoir refaire. Les autres sont— tu es le problème et la solution, mais dans les autres, tu peux trouver des choses formidables. Donc va à la rencontre. Et donc, c'est ce que j'ai essayé de faire. C'est pour ça que j'ai essayé de faire le mieux. Est-ce que j'aurais pu faire mieux? D'abord, c'est pas terminé, je peux encore faire plein de choses, j'espère, j'imagine, je touche du bois. Mais oui, c'est ça, va le plus loin possible. Déjà, par exemple, pour moi, dans ma génération, venir d'Aix-en-Provence à Paris, c'était un chemin énorme. Les gens n'avaient pas l'espoir. Moi, j'ai été élevé dans un monde où il y avait 4 pays en Europe et les États-Unis qui étaient un rêve. Le reste, jamais on n'a imaginé que le mur de Berlin tomberait, que tu pourrais aller comme tu le fais toi, aller te balader en Pologne, aller te balader en Europe centrale, que l'Amérique latine, tu pourrais faire plein de choses, que l'Asie s'ouvrirait. Moi, si tu veux, la Chine, j'en parlais hier avec quelqu'un, j'encourage à lire des livres du passé, qui est un livre d'un ancien ministre qui s'appelait Alain Perfitte, qui avait écrit «Quand la Chine s'éveillera», en 1970, tu vois. Personne n'imaginait que la Chine, les gens, ils faisaient du vélo. Tu vois, moi, j'ai des discussions extraordinaires avec des dirigeants de l'Oral qui ont été en Chine pour la première fois dans les années 80. Il rentrait en Chine parce que les mecs de L'Oréal exploraient le marché chinois. Les gens se lavaient les cheveux avec du savon, il n'y avait aucune infrastructure. Voilà, aujourd'hui la Chine, tu imagines le pays que c'est devenu. 500 millions de personnes plus sont sorties de la pauvreté. C'est un des pays les plus développés du monde. Ça paraissait inimaginable, ne serait-ce qu'il y a 30 ans. Voilà, donc Cours et ne t'arrête pas.
Donc je vais courir et je ne vais pas m'arrêter. Merci.
Et ne te retourne pas non plus droit devant. Je vais l'écrire en gros ça.
Cours, ne t'arrête pas et ne te retourne pas.
Exactement.
Merci beaucoup.
Merci à toi.
Pour tous ces partages.
Merci à toi. Bonne chance.
Merci beaucoup. Bon, je vous invite à partager l'épisode autour de vous. Je suis sûr que l'épisode va vous plaire et vous avez appris énormément de choses. Bien sûr, laissez-nous 5 étoiles sur Apple Podcast et sur toutes les plateformes et dites-nous en commentaire de la vidéo ce que vous avez retenu de cette vidéo. Et comme je dis toujours, je suis, tu es, nous sommes tous illimités.










