La FIN de l'école publique en 2024

Dans cette vidéo, Mohamed Boclet réagit à une vidéo virale diffusée sur Instagram et TikTok montrant des élèves du lycée Blaise Cendrars à Seine‑Saint‑Denis (93) décrivant des conditions d’apprentissage extrêmement dégradées. Il alterne entre les témoignages de l’élève/enseignante (SPEAKER B) et ses propres commentaires, en s’appuyant sur son vécu personnel dans le 93 et sur des lectures récentes (notamment Le ghetto scolaire, pour en finir avec le séparatisme). Le propos s’articule autour de plusieurs constats : un taux élevé d’absentéisme des professeurs et un manque de remplaçants, notamment pendant les congés maternité ; des infrastructures vétustes (absence de plafond, fenêtres cassées, absence de mobilier, mauvaise ventilation, humidité, manque d’équipements sanitaires et de sécurité) qui nuisent à la santé et à la concentration des élèves ; des classes surchargées (35 + élèves) qui augmentent le bruit et le temps perdu à chercher du matériel. Boclet introduit ensuite le concept d’IPS (Indice de Position Sociale) pour montrer la corrélation entre le statut socio‑économique des familles, la répartition publique/privée des établissements et les inégalités de résultats au baccalauréat. Il cite des études sur les effets de pair, soulignant que la ségrégation scolaire amplifie les écarts de réussite. Le créateur critique la vision de l’État qui traite l’éducation comme un coût plutôt que comme un investissement, et interroge les politiques publiques face à ces dysfonctionnements. Il conclut en appelant à la prise de conscience, en remerciant les professeurs engagés et en sollicitant les commentaires des spectateurs sur leurs propres expériences.
Chapters
Est-ce que c'est la fin de l'école publique? C'est une vraie question que je me pose. Il y a une vidéo qui tourne là sur Instagram sur des étudiants dans le 93 qui parlent des conditions dans leur établissement, dans leur lycée. Je l'ai regardée, elle a fait plus de 2,3 millions de vues sur TikTok et bon, ça va augmenter. Et quand j'ai vu cette vidéo, ça m'a rappelé plein d'ouvrages que j'ai lus. Je suis en train de lire ce livre actuellement: «Le ghetto scolaire, pour en finir avec le séparatisme». J'ai lu plein d'ouvrages sur ces thématiques-là et je me pose vraiment cette question: est-ce que c'est la fin de l'école publique? On va regarder cette vidéo, je vais la commenter et ensuite vous donner mon point de vue sur ce qui est en train de se passer au niveau de l'école en France et comment on doit s'inquiéter par rapport à ce sujet.
Je suis née là-bas à Blasendard dans le 93. Évidemment que ça fait un an que l'ascenseur ne marche plus. Ça va? Je suis prof de français dans le 93. Évidemment que quand j'ai été enceinte, mes élèves n'ont pas eu cours de français pendant 6 mois à l'oral du bac.
Est-ce que vous pensez que c'est normal qu'une personne qui est absente parce qu'elle est en congé maternité. Donc c'est prévu, c'est pas un truc qui tombe du jour au lendemain. C'est pas comme si la personne, elle tombe enceinte, tac, elle est en arrêt. Elle le sait, elle prévient l'institution, elle prévient qu'elle va être absente. Et pourtant, déjà, on lui donne une classe qui passe le bac. On pourrait juste adapter les agendas et faire en sorte que cette personne qui va être en— cette maman qui va être en arrêt, on lui donne pas de classe qui va passer le bac. Parce qu'on sait qu'on va pas pouvoir la remplacer et la moindre des choses c'est de pouvoir la remplacer. Il y a plusieurs endroits et principalement dans le 93 où les taux d'absentéisme des professeurs est plus important. Quand je dis taux d'absentéisme des professeurs, c'est pas que c'est volontaire, c'est que, ou plutôt le taux de profs non remplacés. Il y a des endroits, il y a des ghettos sociaux, des endroits, principalement dans le 93, où quand un prof est remplacé, tu es quasiment sûr de ne pas avoir de remplaçant. Moi, je l'ai vécu, j'ai grandi dans le 93, j'ai fait toute ma scolarité dans le 93 jusqu'à mon bac+2. J'ai tout fait à Saint-Ouen et ensuite à Évry-le-Tanneuse et après, je suis parti à Paris. À Paris, c'était une école d'ingénieur, c'est différent, on a des vacataires, mais les profs, de manière générale, s'il est absent, il doit être remplacé. Et j'ai l'impression qu'on fait exprès de plus les remplacer. C'est un peu le serpent qui se mange la queue. On dit que dans le 93, le taux de réussite est le plus bas au bac.
OK.
Mais est-ce qu'il est le plus bas parce que les élèves sont moins intelligents? Ou c'est parce que le système fait que ces élèves-là ont moins de chance qu'ailleurs? Et donc, a fortiori, ils n'ont pas le bac. Parce qu'on a mis toutes les conditions pour qu'ils n'aient pas le bac. On va continuer sur la vidéo et je vous donnerai encore mon point de vue.
Je suis élève à Blaise Cendrars, bien évidemment que je suis pas chez les cafards. On est à Blaise Cendrars, évidemment qu'on n'a pas de plafond dans nos toilettes et qu'on fait pipi dans le noir. Je suis élève à Blaise Cendrars dans le 93, évidemment que j'ai des fenêtres toutes cassées. Je suis une élève à Blaise Cendrars dans le 93, évidemment qu'on n'a pas de table, pas de plateau. Excusez-moi, est-ce que vous avez des chaises?
On en parle des conditions de travail? Est-ce que vous pensez que c'est normal que des étudiants ou des lycéens doivent perdre 10 minutes tous les jours à aller chercher des chaises et des tables dans d'autres classes pour faire cours? Est-ce que vous pensez que c'est normal qu'en hiver, les personnes soient dans des conditions où ils doivent faire cours avec leur doudoune et l'été ne pas pouvoir ouvrir les fenêtres tellement il fait chaud et à ramener des ventilos de la maison. On parle d'attention, on parle de concentration, on parle d'enfants ou de personnes qui ont de moins en plus de mal à être concentrées. Et on les met dans des conditions et on fait tout pour qu'ils ne soient pas concentrés. Je me rappelle que quand j'étais au lycée, j'avais cours dans des algécos parce qu'il y avait des travaux dans mon lycée. Mais dans des cours dans des algécos, t'as froid aux pieds, t'as froid aux mains, t'arrives pas à écrire. Comment tu fais pour te concentrer? Sans parler du nombre de personnes dans la classe parce que forcément dans le 93 ou dans certains endroits comme ça, tu as plus de chances d'être 35 dans une classe que d'être 20. Donc tu as plus de chances d'avoir du bruit, d'avoir des personnes qui bavardent en dehors du fait que c'est volontaire ou pas volontaire. C'est normal quand il y a 35 personnes, plus de chances que les gens bavardent. Donc l'enseignant, il perd du temps pour donner son cours parce qu'il doit trouver des outils des chaises, des tables et autres pour donner cours. Ensuite, quand ils commencent, il y a plus d'élèves. Ils sont dans des mauvaises conditions parce qu'ils ont froid ou ils ont trop chaud ou ils n'ont pas de chaise ou ils ont mal au dos. Et ensuite, on leur dit: «Non mais vous, dans le 93, vous n'avez pas un beau taux de réussite au bac.» C'est normal, les conditions sont faites pour ça, pour qu'ils ne réussissent pas. Et ce n'est pas comme si ça fait 1 an, 2 ans, 10 ans que ça existe. Ça fait très très longtemps que contentant de parler de ça. Donc moi, je me rappelle quand j'étais au lycée dans le 93, je vivais déjà ça. C'était il y a presque 16-17 ans, même plus. Je me suis rajeuni un peu, on va dire que ça fait 18 ans, et j'avais, je vivais la même chose. Prends la vidéo.
Si je choisis un nouveau bureau, il ne sera probablement pas remplacé. Je lève à Bles-Andras dans le 93. Évidemment que notre foyer a été ouvert une semaine en 2020 et qu'il est fermé depuis 4 ans. Je lève à Bles-Andras dans le 93. Évidemment que quand je fais cours, j'ai pas de plafond sur moi.
Je lève à Bles-Andras. Donc évidemment, tout ce qui reste de l'extincteur, c'est ça. Vous savez que là, on parle de sécurité. Pas d'extincteur, pas de plafond. L'humidité. Je disais il y a quelque temps, les enfants ont plus de chance d'avoir de l'asthme ou des maladies respiratoires dans ce type d'établissement que dans un établissement privé ou autre. Les enfants de maternelle qui sont dans des endroits où il y a énormément d'humidité ou qui sont collés, exemple les maternelles qui sont juste à côté de l'autoroute A1, font que forcément les enfants qui étudient là-bas ou les enfants qui sont en classe là-bas ont plus de chance d'avoir de l'asthme. Mais qu'est-ce que fait le pouvoir public sur ça? C'est une question que je pose, je sais pas.
Évidemment qu'on n'a pas de serviettes, pas de savon, ni de papier. On a un blessant en masse. Évidemment qu'on a un seau pour les fuites parce qu'on n'a plus de plafond.
Plus de plafond. Tu vas dans les toilettes, les portes se ferment pas. Les conditions des toilettes, tu peux même pas aller aux toilettes. C'est la moindre des choses. C'est des enfants, c'est des étudiants, ils sont au lycée. Ils veulent juste apprendre. Je dis dans ce livre la notion d'IPS. L'IPS, si vous connaissez pas, c'est l'indice de position sociale des élèves. En vrai, c'est un outil de mesure quantitative de la situation sociale des élèves face aux apprentissages dans les établissements scolaires français. Et donc on met une note. Ça m'intriguait, je me disais: est-ce que les écoles de banlieue, les écoles où il y a des difficultés, est-ce que l'IPS est important ou pas? Ça veut dire quoi? Ça veut dire que plus la note est importante, plus la classe sociale, plus la situation sociale des parents positive et bonne. Eh bien, je disais que les 10 collèges les plus socialement favorisés de Marseille sont privés. À Paris, c'est les 9. Les 9 meilleurs collèges de Paris ont un IPS très élevé, donc socialement favorisés. Et ce qui est fou, c'est que 75 des 200 collèges dont l'IPS sont parmi les plus élevés sont privés. Je vais finir la phrase. 75 des 200 collèges dont les IPS sont parmi les plus élevés sont privés. Sous contrat tandis que 98 des collèges dont l'IPS sont les plus bas sont publics. Ça veut dire que les 200 collèges où la situation sociale économique est la plus difficile pour les parents sont publics et trois quarts des collèges les mieux placés en France ont le meilleur IPS. Ça veut dire quoi? Que leurs parents ont une bonne situation. C'est tout simplement qu'on est en train de créer des ghettos Où plus t'as d'argent, plus t'as une bonne situation, tu vas mettre tes enfants dans des écoles privées. Et donc ils vont se mélanger uniquement entre personnes qui ont des moyens, où les parents ont de l'argent pour faire des cours particuliers, où les parents ont de l'argent pour les faire récupérer assez tôt à la fin des cours parce qu'eux ils sont au travail pour qu'on puisse à la maison ils puissent travailler, être derrière eux, où les parents ont fait assez d'études pour être derrière eux pour les aider. Et que quand tu es fils d'ouvrier, que tu as des difficultés et que tes parents peut-être sont illettrés ou autres, tu as beaucoup moins de chance de réussir. Moi, je le vis, mais c'est incroyable parce que je le vis actuellement. J'habite à Montpellier et mon fils qui est en primaire, mon fils est dans une école publique actuellement. Je me pose vraiment la question de me dire: est-ce que je vais le laisser dans une école publique? Je vois que les enseignants donnent tout, ils sont bien, ils sont derrière les enfants, Ils sont pleins de bonne volonté, mais juste à côté, à 900 mètres, il y a une école privée. Et qu'est-ce qui se passe? C'est que l'école où mon fils est manque de mixité. Oui, elle manque de mixité. Ça veut dire que dans tout le quartier, tous ceux qui sont autour d'ici, qui ont une situation peut-être plus développée, ont mis leur enfant dans l'école privée. Et donc cette école-là, il y a quasiment pas de mixité. Elle manque de mixité. À l'échelle, on est encore qu'en primaire. Je vous parle. On a eu la polémique sur l'ancienne première ministre de l'Éducation où elle avait mis ses enfants où? Dans une école privée à Salle des Salaces. Parce qu'il y a une reproduction de l'élite. Moi, quand j'étais jeune et que j'étais au collège, et même dans ma ville à Saint-Ouen, il y avait une vraie mixité. Et ça, c'était incroyable. Oui, j'avais des difficultés, mais dans mon— en primaire, collège, il y avait une mixité dans la classe. Il y avait des gens partout. Oui, c'est une mixité du 93 entre guillemets, mais il y avait quand même une mixité. Malheureusement, aujourd'hui, il n'y a plus de mixité ou il y a de moins en moins de mixité. Donc on pousse les gens à rester entre eux et forcément, si l'environnement dans lequel tu es a des difficultés, forcément, ça va être de plus en plus dur. Je disais, une autre étude sur l'impact des camarades dans les études. Les camarades influencent-ils la réussite et le parcours des élèves? Il y a carrément une étude qui a été faite, je vous invite vraiment à aller la regarder, elle est sur education.gouv.fr, vous pourrez la retrouver ici. En éducation, les effets de pair, les effets de pair résultent des différents types d'interactions entre les élèves au sein d'une même classe ou d'un même établissement. Toutefois, caractériser la nature et mesurer l'ampleur de ces interactions pose des problèmes méthodologiques substantiels. Cette critique vise à présenter les difficultés relatives à la mesure des effets de pairs en éducation ainsi que les résultats des recherches qui leur ont été consacrées dans l'enseignement primaire et secondaire. Au sein d'un établissement, les élèves sont influencés par la composition socio-économique et le niveau scolaire de leurs pairs. Les élèves de milieux défavorisés ou en difficulté scolaire y sont en général plus sensibles. Regardez, ce n'est pas moi qui le dis, c'est écrit là en gras. Au sein d'un établissement, les élèves sont influencés par la composition sociale, économique et le niveau scolaire de leurs pairs. Les élèves de milieux défavorisés ou en difficulté scolaire y sont en général plus sensibles. En raison de tels effets, la ségrégation entre eux et au sein des établissements est susceptible d'aggraver les inégalités scolaires. Franchement, c'est incroyable. Bien sûr, toutes les études ne sont pas convergentes, je vous inviterai à lire, mais ce qui est écrit là, c'est incroyable. Et regardez par qui ça a été fait. Et donc moi, quand je lis une étude comme celle-ci, je me dis mais qu'est-ce que fait l'État? Je me pose vraiment la question, mais qu'est-ce que fait l'État? Qu'est-ce que fait l'État dans certaines villes? Comme Paris, je veux dire, en banlieue, à Marseille, à Lille. Est-ce que l'école n'est pas là pour rappeler les bases, pour aider les personnes à réussir? Est-ce que l'école n'est pas là pour mettre au même pied d'égalité chacun des enfants qui sont en France? Il y a l'égalité et l'équité. Est-ce que ces enfants-là n'auraient pas besoin de plus de soutien? C'est fou que dans la vidéo que je vous ai montrée tout à l'heure, je vous la remets. Ventiler mes 35 élèves dans la même salle. La prof, elle a dû ramener son propre ventilateur pour les enfants. Il n'y a pas d'infirmière. Il y a 8 surveillants pour presque 1200 personnes. 8 surveillants. C'est incroyable. Donc toutes les conditions sont faites pour qu'ils ne réussissent pas. Et comment vous voulez qu'après ils rentrent dans le marché du travail, qu'ils continuent leurs études? Moi je sais que quand j'ai passé le bac, ma seule préoccupation c'était d'avoir le bac. Je pensais même pas à Parcoursup et tout le reste. Je voulais juste avoir le bac. Bah, c'est normal, hein. Eux, quand ils vont à l'école comme ça, ils se disent même pas: je vais avoir le bac. Ils savent déjà qu'ils vont pas l'avoir, forcément. Donc comment on peut les pousser à un futur meilleur, à se dire: projetez-vous, allez de l'avant, trouvez des solutions. Moi, c'est ce que j'essaie de faire avec mes élèves, avec les personnes qu'on accompagne. Eh oui, ces personnes-là, ils ont déjà une prise de conscience. C'est des parents qui se disent: je vais investir sur mes enfants. C'est une prise de conscience déjà. Mais là, eux, ils ne peuvent pas avoir cette prise de conscience parce qu'ils sont dans les conditions pour que la prise de conscience ne se fasse pas. Un des problèmes, c'est qu'on estime qu'aujourd'hui, l'éducation, c'est un coût et pas un investissement. Pour l'État, je pense, peut-être que je me trompe et j'espère, l'éducation est un coût. Alors quand je dis quel que soit le bord politique, mais c'est un coût, ce n'est pas un investissement. Alors que l'éducation, c'est un investissement. Investir dans son cerveau, c'est la chose la plus importante. Investir dans la mémoire, c'est la chose la plus importante. Investir dans nos enfants, c'est la chose la plus importante. C'est un investissement. On investit sur le fait que ces personnes-là, plus tard, vont créer de la richesse, vont s'insérer plus facilement dans le monde du travail et les mettre dans des meilleures conditions. Là, on fait juste créer un rejet de la société, un rejet de tout ce qu'il y a autour d'eux parce que pendant toute leur scolarité, ils sont restés qu'entre eux et en plus de ça, ils ont été dans des conditions en disant on est traités comme des animaux, donc moi j'y crois pas, j'y crois pas, donc je vais rester dans mon coin, je vais rester dans mon ghetto. J'aimerais bien avoir ton point de vue en commentaire de cette vidéo. J'aimerais bien savoir ce que toi tu penses et est-ce que tu as vécu ça? Est-ce que je suis le seul à l'avoir vécu? Est-ce qu'ils sont seuls à l'avoir vécu? Ou est-ce que toi aussi tu l'as vécu à l'époque? Et je remercie, j'en profite pour remercier tous les profs qui se battent tous les jours, qui sans eux personnellement je serais pas là, qui se battent tous les jours pour donner le meilleur d'eux-mêmes pour aider les générations à venir et faire en sorte que chaque personne ait des chances de réussir. Allez, prenez soin de vous, vous êtes illimité.










