Le monde de l'humour en 2024 avec Mr Nouar

Dans cet épisode de The Boklet Talk, Mohamed Boclet interviewe le comédien et créateur Mr Nouar (Mohamed Noir). La discussion explore le parcours de Mr Nouar depuis son enfance dans le quartier populaire de Saint‑Jacques, ses luttes contre les stéréotypes et le racisme (notamment autour de ses cheveux crépus), et son cheminement dans le stand‑up et la création de contenus viraux. Il parle de la nécessité de travailler dur, d’innover et de rester authentique pour percer dans un secteur saturé, tout en soulignant l’importance de la représentation pour les jeunes issus de milieux modestes. L’interview aborde aussi l’évolution de son humour, les limites de certaines blagues passées, et la façon dont les réseaux sociaux ont transformé la diffusion du spectacle. Mr Nouar partage des anecdotes sur son quartier, ses relations avec des artistes locaux comme le rappeur Némir, et décrit l’influence de cet environnement sur sa créativité. La seconde partie se transforme en un jeu de questions‑réponses rapides où il révèle ses goûts, défauts, talents cachés et sources d’inspiration, avant de conclure avec un conseil à son « Mohamed » de 10 ans et des annonces sur son prochain spectacle à l’Olympia et son livre. Le ton reste convivial, introspectif et parfois humoristique, avec un sentiment d’optimisme et de fierté.
Chapters
Moi je t'ai connu au moment où tu faisais le Jamel Comedy Club, ça fait 15 ans que t'es là quand même.
Je me dis pas que ça va marcher parce que c'est pas mon style de vidéo à la base. Aujourd'hui y'a beaucoup de prod' ils te donnent un spectacle, ils te disent quoi? Vas-y fais ton buzz sur internet, quand t'as tes followers, bah nous après on te produit. Mais si j'ai mes followers je peux remplir ma salle, pourquoi j'ai plus besoin de vous? J'ai fait une chronique sur Engagé sur le sport, le racisme et on m'a dit non non tu parles pas de racisme dans le sport. J'dis mais y'a du racisme et tout et la marque m'a fait sauter du projet. Surtout je me dis que j'ai envie de proposer quelque chose que les gens aiment, qu'ils ne voient pas forcément.
Paix sur vous, dans cet épisode je reçois Mohamed Noir, humour, humoriste et star internationale des réseaux avec plus de 1,8 million d'abonnés sur Instagram. On va parler de son histoire, de son parcours en tant qu'humoriste et de ce qu'est devenu le monde de l'humour en 2024. Bon épisode! Peace sur vous, bienvenue dans ce nouvel épisode de The Bokley Talk. Aujourd'hui, j'ai l'honneur d'avoir Mohamed Noir avec nous qui va nous parler de son parcours, son parcours juste inspirant. On va aborder énormément de sujets et si vous ne le connaissez pas, je vous invite vraiment à aller voir son Instagram. Il a plus de 1,8 million d'abonnés, il est connu mondialement. Bonjour Mohamed, comment tu vas?
Bonjour, ça va très bien, merci pour l'invitation.
Avec grand plaisir, ça fait plaisir que tu aies accepté cette invitation et qu'on puisse enfin échanger et partager ta passion aux gens qui me suivent. Donc pour faire de manière courte, qui tu es? Tu es humoriste, T'es réalisateur, t'es comédien, t'es aussi mythomane.
Exactement.
Alors ça, c'est ce que tu m'as écrit dans ta fiche et je te laisse avec tes mots développer surtout l'aspect mythomane. Ça veut dire quoi ça?
Tu sais, je pense que tous les artistes, on est un petit peu mythomane. On a besoin de s'inventer des histoires dans nos têtes pour pouvoir les écrire sur scène ou peut-être des films, des séries. Donc on a besoin d'inventer, de créer de fausses histoires. Donc on est tous au fond un peu mythomane. Le bon côté du mytho, quoi.
Le bon côté du mytho. Et tu as toujours voulu être mythomane ou depuis que tu étais enfant? On va reprendre. Tu as toujours voulu être acteur et humoriste? Parce que sinon, de quoi il parle?
Écoute, moi j'ai toujours, ça a commencé très jeune, je pense à l'âge de 12-13 ans. J'ai eu une prof de français exceptionnelle dans notre collège. On était une classe un peu agitée et elle savait pas comment nous apprendre le français. Elle avait commencé par nous donner des cours de théâtre comme elle donnait des des cours de théâtre à tous les élèves. Et puis ça a commencé à prendre, elle a commencé à sentir une énergie artistique avec nous. Et elle a commencé à avoir un budget, elle a créé une classe de Commedia dell'Arte, elle a fait venir des profs d'Italie. Et toute notre classe s'est mobilisée, on apprenait après à faire des masques, des costumes. On avait pendant 3 ans un cursus de Commedia dell'Arte, on avait monté une troupe. Et j'ai commencé à aimer le théâtre.
T'étais encore au collège là?
J'étais encore au collège, ouais, ouais, c'était, on faisait plus de théâtre que de maths, d'histoire, c'était devenu vraiment intense. Et je me souviens quand, juste avant d'aller au lycée, la prof nous avait dit il faut que vous, vraiment, il faut vraiment choisir votre avenir. Il faut trouver un métier que vous aimez vraiment. C'est important, même si vous ne gagnez pas beaucoup d'argent, parce qu'il y a des gens qui gagnent bien leur vie mais qui sont malheureux. Choisissez quelque chose que vous aimez. Il faut être heureux dans la vie. Et moi, je me suis dit putain, qu'est-ce que j'aime? J'aime 2 choses dans la vie et j'aime le sport, le foot, le basket, mais je pense que c'est trop tard pour devenir professionnel. Et j'aime le théâtre, le cinéma.. Et j'avais déjà cette ambition de dire «Ah, tu peux percer même quand t'as 40 ans, 45 ans, il y a pas de limite d'âge, tu vois, contrairement au sport.» Et je me suis dit «Ouais, c'est ça.» Et je pense que même si je deviens artiste, même si je gagne pas bien ma vie, c'est, tu sais, quand t'es artiste, tu dis pas «Je vais travailler », tu dis «Je vais jouer, on reste des enfants.» Et je remercie cette prod de m'avoir boosté dans cette énergie et d'avoir eu ce discours, parce qu'après, c'est grâce à ça que je me suis dit «OK, je vais être artiste.» Et donc au lycée, t'as quoi?
T'as fait quand même ton lycée à Perpignan parce que tu as grandi à Perpignan, ou tu es parti directement à ce moment-là à Paris pour faire commencer à rentrer dans dans ce monde-là?
Non, non, j'ai tout fait: primaire, collège, lycée à Perpignan. Et j'ai quitté Perpignan au moment d'aller à l'université.
D'accord. Et donc tu as fait le saut? Tu es parti de Perpignan pour aller à l'école de comédien à Paris?
Non, mais j'ai commencé par faire une licence d'arts du spectacle, théâtre, cinéma à Montpellier.
D'accord.
Et je l'ai continuée ensuite à Paris, à Saint-Denis. À l'époque, j'étais pas encore très très chaud. Je prenais déjà la ligne 13 de métro, c'est hardcore. T'arrivais là-bas, C'était hardcore, mais bon, c'était formateur. Il y avait des profs très sympas. À côté, je suivais des stages d'acting. Mon but, c'était évidemment de faire une école privée de théâtre, mais je n'avais pas les moyens parce qu'à côté, déjà, je travaillais. À côté, j'avais un petit job, ça m'aidait à payer le loyer. Mes parents n'avaient pas les moyens de me payer le loyer et nourrir. Je me disais là, et à côté, payer une école privée, je n'avais pas les moyens. Donc je suivais des stages, je me formais à la fac. Et puis à côté, pour m'amuser, j'allais faire du stand-up dans les cafés-théâtres. Aujourd'hui, on appelle ça Comedy Club. Il y a 15-16 ans, c'était café-théâtre. C'était des gens, ils venaient, ils faisaient des sketchs. Et le stand-up, c'était plus rare. Et puis je me suis dit: «Si t'as pas l'argent, il existe différentes manières de se former.» En allant directement sur scène, en côtoyant des comédiens, tu apprends, tu regardes. Et c'est comme ça que je suis resté dans le milieu du stand-up.
Je veux revenir sur cette phrase: «Quand t'as pas les moyens, il y a différents moyens d'apprendre.» Cet état d'esprit-là, tu l'avais à ce moment-là? C'est-à-dire, tu t'es dit: «OK, j'ai pas l'argent, j'ai une vision, j'ai un rêve, j'ai quitté ma ville natale pour devenir comédien, je vais trouver par tous les moyens une solution» ou quelqu'un t'avait dit: «Vas-y!» Quelqu'un t'a montré le chemin ou tu l'avais en toi?
Non, je l'ai cherché, je l'ai trouvé moi-même. On m'a pas expliqué. Aujourd'hui, je pense que c'est un peu plus facile parce que t'as des podcasts, tu regardes des spectacles sur Netflix, tu peux envoyer même des messages directement à des metteurs en scène sur Instagram, ils te répondent. On avait pas tout ça, donc tu dois réfléchir par toi-même et décider. Et je me suis dit, tu sais, quand t'es artiste et comédien, tu te formes toute ta vie. Tu fais pas une école de théâtre de 3 ans, c'est terminé, t'es le meilleur. Tu te formes. Je continue à me former, je vais continuer à me former et tu progresses petit à petit. Et donc je me suis dit, je préfère progresser toute ma vie que plutôt lâcher je sais pas combien d'argent pour une formation de 2 ans et après rien faire. Et donc je me suis dit, je vais apprendre, je vais apprendre, je vais côtoyer des comédiens, je vais suivre des stages, je vais apprendre directement sur scène.. Et de toute façon, t'as pas le choix, t'as pas l'oseille pour payer cette école privée. Et c'est comme ça que je me suis dit: «Je sais pas si c'est le bon chemin, de toute façon, j'ai pas le choix.
J'y vais, quoi.» Et à cette époque, tes parents, ils l'ont pris comment quand tu leur as dit: «Je vais à Paris pour devenir humoriste.» Comment ton père l'a pris?
Non, je l'ai pas dit comme ça. Ah d'accord. Non, non, non, non, non, non, non, j'ai pas dit. Mon père, je pense que mes parents, surtout mon père, il pensait que je faisais des études de médecine.
D'accord, tu as dit je vais à Paris, tu as dit déjà au lieu de dire Saint-Denis, tu as dit Paris 13?
Non mais en fait j'ai dit Paris, tu vois, tu dis pas, ils connaissent même pas Saint-Denis, etc. Tu sais, mes parents, ils ont la mentalité, tu es old school, ils sont venus ici, ils ont galéré, ils voulaient, l'idéal pour eux c'était de trouver un boulot CDI en costume près d'un chauffage et la sécurité. Et donc le milieu artistique, c'était pas forcément un milieu où il y avait une sécurité, et on le sait très bien quand tu es intermittent du spectacle, et donc ça fait pas peur, quel que soit le milieu social. Tu annonces que tu vas être comédien, artiste, et c'est très compliqué. Et je savais très bien, je voulais pas les décevoir. Et donc je me suis dit, je leur dirai quand ça commencera un petit peu à payer. Et donc je leur disais pas. Voilà, là, le côté mythomane ressortait.
Tu étais étudiant?
J'étais étudiant.
Ça va, les études? Oui, oui, pas mal.
Très large, voilà, très large. Ça restait large. Et puis après, petit à petit, ils commençaient à voir, hop, ils me voient, ils entendent parler de voisins. Ah, j'ai vu ton fils sur scène. Ah, il a fait une petite émission de «Et donc au début, ils se disaient: «Ah ouais, d'accord, OK, tu fais ça, mais c'est une passion à côté de tes études.» Et après, quand j'ai commencé à vivre et devenir intermittent du spectacle, c'est là où j'ai dit: «OK, en fait, je vis de ça.» Et là, ils l'ont pris comment? En fait, tu sais, moi, j'ai toujours eu peur parce que même quand j'avais 13 ans, 12 ans, je faisais des études de théâtre, tu vois. Je faisais du théâtre et je le disais pas, même à des potes du quartier, etc. Je disais «Je dis ouais, je vais au foot, je joue au basket.» Je disais «Je vais au basket, je prenais mon ballon, mais en fait, j'allais faire du théâtre.» Tu me fais penser à moi, mais vas-y, on en parle après.
J'ai vécu ça pendant 2 ans.
Ah ouais?
Oui, parce qu'au quartier, tu leur dis «Je fais du théâtre », ils vont «Mais t'es sérieux de faire Molière?» Ils te disent «Arrête de faire Molière.» Alors que rien du tout, c'est faux, mais c'est le raccourci. En plus, comme il le dit, moi, je l'ai vécu très tard. Je l'ai vécu à 25 ans parce que moi, difficulté à prendre la parole en public, je ne suis pas du tout à l'aise. Et pendant toute ma vie, je me suis dit «Le théâtre, je suis sûr que ça va m'aider.» Et donc je suis parti m'inscrire à un conservatoire municipal dans ma ville. Et 2 années de suite, je me dis je m'inscris, je m'inscris, j'y vais pas. Et à un moment, à 25 ans, je me suis dit il va falloir y aller. Et donc je me suis inscrit, j'ai fait 2 ans de théâtre une fois par semaine. C'était un petit conservatoire, mais au moins ça m'a fait énormément de bien. Et quand je voyais mes amis dans le quartier que je traversais: «Ah, tu vas où?» «Non, je vais là-bas.» Tu sais, tu dis que tu vas à un endroit, mais tu dis pas ce que tu vas faire exactement.
Exactement, c'est ça. Parce que Aujourd'hui, quand tu fais du stand-up, c'est stylé, c'est sur Netflix, c'est là, c'est tendance, c'est comme le rap, c'est stylé. Mais le théâtre, quand tu fais du théâtre un peu plus classique, il y a cette image parce que c'est assez vieux, le théâtre. Il suffit d'aller dans— Moi, je vais voir des pièces de théâtre, tu regardes dans la salle, la moyenne d'âge, il n'y a pas beaucoup de jeunes. Quand il y a des jeunes, c'est les parents qui les ont forcés. Et donc, quand tu dis ça, c'est le cinéma, c'est plus facile à être accepté de dire «Je fais du cinéma». Et puis voilà, tu le caches et tu sais pas comment ils vont le recevoir. Après, finalement, Ils l'ont bien pris, ma famille. Et puis comme je te disais, quand tu dis que tu fais du stand-up, c'est plus facile à être accepté que théâtre en général.
Et puis non, c'est passé. Moi, je t'ai connu au moment où tu faisais le Diamant Comedy Club. Je pense que c'est un des moments de ta carrière où tu as été, c'est à ce moment-là que tu es passé d'inconnu à connu ou il y a eu un autre moment plus significatif?
Avant le Diamant Comedy Club, je jouais déjà un peu partout. Je faisais plein de scènes à Paris, plein de cafés-théâtres. Je jouais déjà mon spectacle au Point Virgule. Je pense que le, je sais plus, Diamant Comedy Club, c'était quoi? 10, 12 ans quand je fais l'émission sur Canal+. Évidemment, c'est ce truc qui m'a donné de la médiatisation. À l'époque, il y avait un vrai impact Diamant Comedy Club à la télé. Et je disais 5 minutes sur Canal bien médiatisées, ça valait 5 ans de café-théâtre. Bien sûr.
Ça te remplit tes scènes après.
Après, ça te remplit tes salles. Et donc c'est là où quand ça commence à remplir tes salles, donc je vivais déjà un petit peu du métier avant ça. Mais là, tu commences à être un peu plus confortable. Et donc oui, ça m'a aidé. J'ai commencé à avoir un petit public qui me suit. Et donc voilà, enchaîner les spectacles.
Tu l'as fait combien d'années? Une année ou plusieurs années?
Je crois que j'ai fait 2 saisons à la télé. 2 saisons. Mais il faut savoir que quand tu fais 2 saisons, les gens ont vu 2 saisons. Mais avant les 2 saisons, ça faisait déjà 2 ans ou 3 ans que j'étais déjà au Comedy Club où on rodait, on tournait en France, à l'étranger. J'étais dans la troupe.
Ah, parce que le Jamel Comedy Club, vous tournez, il y a une troupe?
Ouais, il y avait une troupe. Il y a toujours une troupe. Elle tourne en France, à l'étranger. Ah, je savais pas qu'elle tournait. Il y a un théâtre où tu joues toutes les semaines. Je jouais 3-4 fois là-bas et donc c'était intense. Et puis on préparait les émissions, il y avait des auditions. Moi, j'étais personne, donc j'arrivais, je passais les auditions toutes les semaines pour pouvoir faire l'émission en fin d'année. Et donc j'étais même pas sûr de pouvoir être dans l'émission télé à la fin de l'année, en fait.
Donc il y a vraiment un tri, ils prennent les meilleurs pour l'émission.
Oui, oui, je sais pas si c'est toujours comme ça, mais avant c'était ça. C'est qu'il y avait un truc qui s'appelait, je sais plus, Deb Jam et c'était les mardis. Et il y avait 5-6 comédiens qui passaient tous les mardis. Et moi, je le faisais quasiment 2-3 fois par mois. Et après, on gardait les meilleurs, les meilleurs, les meilleurs. Il y avait peut-être 50 comédiens qui passaient dans l'année et puis on en gardait peut-être 12 pour l'émission télé.
Le monde de l'humour, j'ai l'impression que c'est un monde très sélectif, comme le foot et comme plein de métiers. Il y a beaucoup d'appelés, très peu d'élus. Comment toi, tu le vis? Comment tu l'as vécu à tes débuts et comment tu le vis aujourd'hui? Parce que ça fait 15 ans que t'es là, ça fait 15 ans que t'es dans le game, entre guillemets, comme on dit. Comment tu vis ça et comment tu fais pour travailler ta longévité?
Déjà, il y a 15-16 ans, c'était différent. Il n'y avait pas forcément les réseaux sociaux comme maintenant. Si tu voulais vivre, il fallait enchaîner les scènes. Si t'avais la chance peut-être de faire une émission télé, il fallait vraiment faire partie de la sélection. Aujourd'hui, le stand-up, c'est différent. Tout le monde peut se faire connaître avec les réseaux sociaux. Tout le monde, c'est plus facile, disons, de se faire connaître alors qu'avant c'était plus compliqué. Après, moi j'ai essayé de m'adapter parce que je faisais du stand-up, des spectacles, et puis j'étais en autoproduction. J'autoproduisais mon spectacle «Au point-virgule».
D'accord, tu l'as fait tout seul?
Ouais, j'étais autoproducteur. Et donc je mettais mon argent en jeu quoi. Et donc au bout d'un moment, je me suis dit t'as plus d'oseille, tu te dis J'avais pas une grosse prod qui arrive et qui met un paquet sur toi. Et puis je me suis dit au bout d'un moment, comment faire de la publicité sans forcément dépenser énormément d'argent? Et donc là, je me suis dit, il va falloir que tu te lances sur le web, quoi. Et il faut que tu fasses des vidéos. Dans le stand-up, on a de la chance, c'est qu'on a ce truc de l'écriture, de la punchline. Et j'avais plein d'idées en tête. Je me suis dit, OK, je vais commencer à écrire des petits scénarios, des petits courts-métrages, des petits trucs drôles. Je vais trouver des gens, c'est obligé, des gens qui vont m'aider à les filmer. Donc j'ai commencé à trouver des personnes qui m'aident à filmer, monter. On a commencé à diffuser une ou deux vidéos sur internet, ça a commencé à bien prendre. Après, voilà, je trouvais plus de réal, donc je me suis dit je vais me former moi-même. J'ai appris à réaliser, j'ai appris à monter, à étalonner, et donc j'ai commencé à tout faire moi-même.
Et c'est encore toi qui fais les montages de tes vidéos?
Ouais, c'est toujours moi. Après, des fois quand je sens que j'ai pas le temps, je suis en tournée ou je fais autre chose, je délègue. Mais j'ai toujours ce regard sur la vidéo. Tu vois, ça va monter, mais je vais dire non, tu modifies ça, tu changes ça. Mais quand j'ai du temps, j'aime bien monter, j'aime bien. En fait, j'aime bien toucher un petit peu à tout.
Parce que là, aujourd'hui, ce qui te différencie sur les réseaux, c'est toutes ces vidéos où tu prends des passages, plein de petits passages que tu montes avec un message. Et après, toi, il n'y a plus de parole, c'est uniquement des réactions. Comment tu as fait ce switch? Parce qu'au début, tu n'as pas commencé comme ça. Comment tu es arrivé à cette idée-là? Parce que c'est ça qui t'a fait exploser un peu sur les réseaux, sur Instagram.
Pour ceux qui me suivent depuis longtemps, ou même ceux qui me suivent pas, avant ça, on peut les retrouver les vidéos sur YouTube, c'était des vidéos qui se rapprochaient plus du court-métrage, c'était de la fiction, il y avait un scénario, des comédiens, et ça marchait plutôt bien. Je faisais pas mal de vues, beaucoup de gens me suivaient, ça marchait très bien et j'adorais faire ça parce que moi je suis vraiment, je viens du théâtre, j'adore le cinéma, j'aime jouer. Et ça marchait bien, très bien. Et puis on était dans du format court-métrage. Et à un moment donné, il y a eu un switch avec Instagram qui commence à faire des vidéos réelles, TikTok qui arrive et les gens ne regardaient plus des vidéos de 5-6 minutes sur YouTube. Ouais, mais sur les réseaux, ils voulaient quelque chose de plus court, plus simple, moins forcément produit. Et j'ai senti que mes vidéos, elles plaisaient, mais elles faisaient moins de vues qu'avant. Il y avait moins d'impact. Et donc ça demandait, parce que moi je produisais mes vidéos.
Ça demande de l'argent, du temps.
Ça demande de l'argent, du temps et le retour derrière, tu fais pas de vues, tu perds de l'argent. Et je me suis dit OK, il faut que je me renouvelle. Comme à l'époque je faisais du stand-up, j'ai commencé à faire des vidéos. Il faut constamment se renouveler et s'adapter. Et donc je me suis dit OK, ben tu vas revenir à quelque chose de plus simple. Et en plus le COVID, ça m'avait un petit peu tué parce que moi je jouais beaucoup, je prenais des lieux, des comédiens, une équipe. Équipe et je pouvais plus faire ça. Et donc je me suis dit qu'est-ce que je fais? Il va falloir trouver un truc plus simple. Avec ton téléphone, tu es tout seul et tu fais un truc plus simple quoi. Et donc pendant plusieurs mois, je cherchais, je faisais plein de vidéos tout seul et tout.
Tu as toute une phase de tâtonnement où tu fais des réels, tu fais des trucs, tu testes des blagues, tu testes plein de choses, mais tu sais pas encore ce qui va fonctionner.
Tu sais pas, il y a des trucs qui marchent, des trucs moins bien. Voilà, pendant, je teste. Et je me souviens à ce moment-là J'avais signé mon spectacle avec une boîte de prod, une grosse boîte de prod.
C'était One Man Show de 2017?
C'était juste avant le... En fait, ce qui se passe, pour être plus précis, moi je joue mon spectacle en auto-production, il se passe hyper bien. Je remplis, je suis complet toutes les semaines pendant un an. OK. Je me dis je veux passer le stade supérieur. Je signe avec une boîte de prod qui me promet on va passer l'Européen, etc. Moi, j'avais besoin d'investir. Je signe avec une boîte de prod et pendant un an ils me font croire qu'ils vont faire passer au-dessus, qu'ils vont investir et je me rends compte qu'en fait c'est pas du tout, c'est juste qu'ils me laissaient jouer comme j'étais complet et récupérer l'argent. Et donc je comprends au bout d'un an que ça avance pas comme je le voulais et donc j'arrête avec cette boîte de prod. Donc ok, ils prennent ton argent que tu aurais pu avoir déjà tout seul alors que... Exactement, pendant un an je perds de l'argent. J'arrête, je signe avec une deuxième boîte de prod encore plus grosse vraiment parce que je me dis là peut-être qu'ils avaient pas beaucoup d'argent, là je me dis eux ils n'ont pas le choix, ils ont coté en bourse, bourse, ils ont de l'oseille, ils peuvent pas me dire j'ai pas d'oseille pour investir. Et donc je signe et ce qui se passe, c'est que moi j'étais à un moment de buzz où je faisais des vidéos fiction, ça se passait bien, il y a un remplissage et tout. Et là il y a le COVID qui arrive, je signe avec la boîte de prod, il y a le COVID, tout le monde à la maison, je sais pas ça dure combien, un an, il y a un COVID, ça s'arrête, ça reprend, un an, tu vois. J'écris un nouveau spectacle, je reviens avec cette nouvelle boîte de prod, on arrive en rodage, On joue 3-4 fois par semaine et tout, mais c'est difficile parce qu'on reprend, on demande aux gens de prendre le, il y avait le, tu sais, il y avait un QR code, je sais plus, il y avait un truc, un pass sanitaire.
Les gens, ils voulaient pas trop sortir à l'époque.
Déjà, ils voulaient pas sortir parce qu'il fallait un truc, il fallait le vaccin.
Il fallait le vaccin et il fallait le pass sanitaire.
Le pass sanitaire, masque.
Pour rentrer dans les musées, dans les scènes, il faut avoir le masque, le pass sanitaire et tout ça.
Et tous les théâtres avaient perdu genre, j'ai plus de 30-40 de leur résa à cause de ça. Mais moi, ça se passe plutôt bien. «Ça se passe plutôt bien. On fait pas les chiffres qu'on voulait, mais ça se passe bien.» Je fais les meilleurs chiffres du théâtre où je jouais, les meilleurs chiffres. Et donc on se passe, on est là. Et donc moi, voilà, je demande, au bout de quelques mois, j'ai une mauvaise expérience dans le passé, tout de suite je dis: «Qu'est-ce que je demande? Un plan, une vision pour le futur?» Parce que j'ai pas envie de me faire avoir pendant un an. Et là, je sens que ça commence à être flou, ça commence à bégayer. Et là, je me retrouve dans le même scénario qu'avant, alors que je leur avais, à la nouvelle prod, je leur avais expliqué ce qui s'était passé dans le passé. Ils m'avaient promis que non, on allait investir et tout, qu'ils allaient aider à produire mes vidéos. Alors que quand je commence à demander un billet, ça commence à dire: «Oui, mais demande à untel qui demande.» Là, je dis: «Waouh, c'est pas possible !» Ils m'ont fait croire, ils m'ont dit qu'ils allaient m'aider, et là, ça commence à dire: «Je sais pas.» Et là, je me dis: «OK, en fait, le seul moment dans ma vie, dans le spectacle, où ça a bien avancé, c'est quand j'étais seul en autoproduction. Je parle du spectacle parce que quand il s'agit de séries cinéma, je bosse avec des prods. Il faut une prod, c'est sûr, tu peux pas, ça demande beaucoup d'argent. Mais dans le spectacle, en fait, aujourd'hui, il y a beaucoup de prods, ils te donnent dans le spectacle, ils te disent quoi? Vas-y, fais ton buzz sur Internet. Quand t'as tes followers, nous, après, on te produit. Mais si j'ai mes followers, je peux remplir ma salle. Pourquoi j'ai plus besoin de vous?
Oui, bien sûr.
Donc c'est devenu cette règle, elle n'existait pas, moi, il y a 10-15 ans, jouer. Ils venaient te chercher dans un petit café-théâtre.
Free tweet.
Ils investissaient, ils lâchaient 500 000 € sur toi et derrière ils récupéraient, ils prenaient un risque. Et là maintenant, c'est fais ton buzz sur Internet et après on va voir.
Et moi je prends les fruits.
Ah, ton buzz il marche moins bien? Ah OK, on ne va pas réinvestir pour t'aider. On te tait, on prend un autre artiste. Et donc moi, ce moment arrive où je fais moins de vidéos parce que c'est après le COVID, c'est pendant le COVID. Donc évidemment, tu fais moins de vidéos, tu gagnes moins d'abonnés. Ta salle, elle se remplit, mais moins qu'avant. Il y a toujours ce moment de transition, c'est normal.
Tu rentres soit dans le cercle vertueux d'un côté, et là après, c'est l'autre cercle. C'est ça. C'est le serpent qui se mord la queue. C'est moins de vues, donc moins d'abonnés, moins d'abonnés, moins de personnes qui viennent. Et après, c'est plus compliqué.
Exactement. Et moi, je leur dis, je sais comment ça va se passer. Il faut que les gens reviennent au théâtre. Moi, je vais reprendre les vidéos. Puis on n'a même pas fait de com. Il n'y a pas eu de presse, je ne suis pas passé à la télé. Donc tout ça, il manque tout ça. Déjà, les chiffres, ils sont magnifiques.» Et ça va remplir encore plus. Sans presse, sans rien, sans com. En plus, il y a le COVID. «Non, non, non, non, non. Je sens que ça bloque.» Et je lui ai dit: «OK, ben écoute, je repars seul. Là, je vais pas attendre un an ou 2 ans.» J'ai dit: «Ou quelques mois, on arrête.» Et là, au bout d'un moment, je lui ai dit: «OK, qu'est-ce qui va se passer là? Je mets mon spectacle un petit peu de côté. Je vais me remettre dans les vidéos. Je vais me remettre dans les vidéos. Et quand ça va reprendre comme avant, les vidéos, là, je reprendrai mon spectacle.» Et donc là, il s'est passé pendant un an, je vais tester, je vais expérimenter un nouveau style de vidéo, mais qui va être complètement différent de ce que je faisais avant. Et donc ça peut surprendre mes followers qui me suivent depuis longtemps et qui n'avaient pas vu ça parce qu'ils étaient habitués à un travail de vidéo assez clean, léché.
Avec du texte, avec un scénario, un chef opérateur, une image étalonnée, un court-métrage.
Mais il faut s'adapter parce que sinon tu survis pas.
Et c'est à ce moment-là que t'es passé sur l'exemple les sketchs de Métro Parisien?
Au début non, parce qu'au début j'expérimente. D'accord. Et puis un jour, c'est venu par hasard. Vraiment un jour je prends le métro et moi souvent je prenais, je voyais des situations dans la vie, je prenais des photos quand je voyais des trucs bizarres à Paris, plein de photos, des vidéos. Et je me disais «Ah ouais, avec tout ce que j'ai, même sur Internet, il y avait des gens qui tournaient. Si je prends ce que j'ai, j'ai récupéré aussi quelques trucs sur Internet.. Et je me dis ouais, je me mets à la place du Parisien qui regarde, qui est dans le métro et qui voit des trucs bizarres, tu vois. Et je, et donc je suis dans le métro, je filme ma tête, je suis avec mon téléphone, je monte un truc, je rentre chez moi, je prends vite fait 1 heure, je monte un truc. J'avais l'habitude de monter déjà sur Premiere des trucs, donc monter un petit, une petite vidéo comme ça, c'était facile. Je teste, je regarde, je fais ok, ben ça, ça, je me dis pas que ça va marcher parce que c'est pas mon style de vidéo à la base, mais je me dis ouais, «Ça dure 20 secondes, c'est peut-être une story, ça va plaire à mes potes parisiens. Les autres ne vont pas comprendre, mais c'est pour moi, mes potes parisiens.» Et puis je la balance et là je vois, je sais plus, elle fait 10-20 millions de vues. Et j'ai fait waouh. Et là je commence à avoir des vidéos, elles tournent et je vois, et ça va au-delà de la France parce que je vois plein d'étrangers, mais de partout dans le monde qui la repartagent, qui m'envoient des messages, qui commentent.
À l'époque, tu avais combien d'abonnés sur Insta?
J'avais peut-être 150 000 abonnés.
D'accord, on est en 2020, il y a un an, un an et demi.
Ah oui, ça fait il y a pas très longtemps. Ouais, un an, ouais, un an, ça a basculé en un an quoi tout ça. Et donc je fais ça, je vois que je gagne pas mal d'abonnés, je vois que les gens aiment, je dis OK, je dis bon, là il y a un concept. Et moi j'ai l'expérience du passé parce que j'avais fait des vidéos à l'époque, des vidéos qui ont bien marché. Et j'ai arrêté la vidéo alors que je pouvais étirer le concept. Et je me suis dit je veux pas faire la même erreur, je vais étirer ce concept. Il y a un concept avec ce mec qui est entre parenthèses normal et qui voit des situations bizarres. Et je fais une deuxième partie dans le métro, elle marche encore mieux que la première partie. Une troisième, ça marche encore mieux. Et après je fais plusieurs parties dans le métro, après je dis ah il y a pas que le métro, je vais faire l'avion, je vais faire les salles de sport. «Ah, j'en ai vu une sur l'avion avec les pieds en l'air, c'est incroyable!» Et en fait, je me dis, et à chaque fois je me disais, bon, ça, au début je me disais, bon, une, deux vidéos, ça va s'arrêter. Et en fait, après, ça s'est mobilisé dans le monde, tu vois. J'ai des gens, ils filmaient aux États-Unis, ils filmaient au Brésil, en Espagne. «Ah, j'ai vu ça, tiens, je t'envoie, j'ai vu ça.» Et les gens, ça a créé une connexion.
Tu crées une base de données maintenant de vidéos qui t'est envoyée régulièrement.
Ah ouais, mais je te jure. Et les gens, ils ils se disent et donc partout en France, dans le monde et les gens disent «ouais, j'ai vu ça, c'est pour toi». C'est devenu le truc, c'est illimité, tu vois.
Exactement.
Ouais, c'est ça et ça s'arrête pas. Et donc moi j'ai continué et après, au début après je me suis dit «waouh» parce que moi à la base je faisais des vidéos en français et là je commence à avoir des Américains et mes followers changent et des commentaires en anglais et je me dis «ouais, mais quand je vais reprendre mes vidéos en français, ils vont partir ces followers». Et donc c'est comme ça que j'ai continué dans ce style de vidéo un peu visuel, parce que j'avais des gens du monde entier qui m'envoyaient des messages: «J'adore tes vidéos, continue.» Et je me suis dit, il y a un truc à faire.
Et il y a eu un impact sur tes salles parce que tu as joué en octobre, novembre, décembre, genre Nice et autres?
Ouais, non mais j'ai fait quelques dates, ça, ouais, ouais, franchement ça a bien rempli. Après, après, c'était, j'ai fait très peu de dates quoi, parce que j'étais sur d'autres projets, mais Évidemment, le buzz apporte le buzz. Et donc ça m'a aidé. Après, évidemment, moi, surtout, ce qui m'a impressionné, c'est d'être en France et avoir un public, des Américains, des Brésiliens. Moi, j'ai ressenti cet impact quand je suis allé l'été dernier, je suis passé en Grèce, je suis allé en Espagne.
Et là, tu vois, tu as des Grecs, des Italiens, des Espagnols qui t'arrêtent: «Ah, Monsieur Noir, j'adore tes vidéos!» Ah oui, carrément, tu te fais reconnaître à l'étranger.
«Ah ouais, ouais, de ouf!» Et moi, ça m'a surpris parce qu'en France, ça m'arrivait parce que j'avais fait des émissions télé. Mais à l'étranger, j'étais surpris parce qu'en fait, tu t'en rends pas compte, t'es là à Paris et tout. Et puis qu'ils se souviennent de moi, qu'ils se souviennent de mon nom, de mes vidéos. Je marche à Barcelone, il y a un couple qui arrive: «On est du Texas et tout, on adore tes vidéos.» Et j'ai dit: «Ah ouais, c'est fou!» Et ça m'arrive souvent parce que je bouge souvent à l'étranger et tout. Et en plus, c'est là où tu vois que c'est pas seulement des followers.
Tu vas bientôt faire une tournée aux États-Unis, là. Faut nous faire une tournée à New York et tout. Peut-être, je sais pas.
Ou peut-être même le fait de faire un projet audiovisuel à dimension, c'est diffusé à l'international. Mais tu sais, même moi j'avais fait des apparitions dans des petits films et eux qui sont sur Netflix, tu vois. Et après ils me disaient «Ah putain, je t'ai reconnu dans ce film!» Alors qu'à l'époque ça passait inaperçu. Et après ce concept, et ça a été fou parce qu'il a été, je crois que c'était l'un des concepts les plus, on va dire, repris, copiés dans le monde quoi.
Ah parce que j'ai vu des personnes qui font la même chose que toi et je me suis dit c'est incroyable comment ils font. «Il a été précurseur et les gens sont partis recommencer, refaire ce que tu faisais.» Ouais, parce qu'on n'a pas de droit d'auteur sur Internet.
Bien sûr, on n'est pas à la télé. Donc les gens, ils reprenaient même mes vidéos, ils enlevaient juste ma tête, ils mettaient leur tête. Aux États-Unis, j'en ai vu des mecs aux États-Unis, ils avaient 200 000 abonnés, aujourd'hui ils ont des 7-8 millions d'abonnés grâce à mon concept. J'ai vu des gens en Russie, en Inde, ils sont devenus connus grâce à ce concept. Parce qu'en fait, et puis ce qui est ouf, c'est qu'il y a des gens maintenant, ils te disent «Ah oui, mais qui a copié l'autre ?» Alors qu'il suffit de remonter. Tu peux pas remonter, tu remontes à la première personne qui a publié. En fait, c'est comment dire, il y a un truc simple sur Internet, tout a déjà été fait. En fait, tu reprends un truc qui a existé et tu crées quelque chose de différent.
Avec leur style, avec leur visage, avec le montage, avec des—
En fait, ce qui existait sur Internet déjà, c'était tu prends une situation de la vie, un truc qui se passe bizarre dans le supermarché, et toi tu mets ta réaction. Ça, ça existait déjà sur Internet, il y en a plein qui le faisaient.
Toi, t'as monté tout ça avec une histoire.
Moi, j'ai créé une histoire et j'ai créé un mec qui voit plein de situations, une compilation où dans le métro, il voit un truc, deuxième, troisième, et une compilation. Ça, la compilation n'existait pas.
Tu t'es pas vu, mais moi j'ai vu ton visage dans la vidéo.
J'étais dedans là. Et en fait, cette compilation, ça, ça n'existait pas. Et quand je l'ai créée, après, ouais, ça a été repris partout dans le monde.
Ouais, c'est fou le concept de se dire je tâtonne, je tâtonne, je tâtonne jusqu'à trouver la bonne idée. Et une fois que tu as la bonne idée, tu as mis l'accélérateur sur la bonne idée. Et en mettant l'accélérateur sur la bonne idée, ça t'a permis de percer sur cette thématique des réseaux sociaux. Ça nous permet d'arriver sur la deuxième partie. Mais avant, j'ai demandé d'apporter un objet. Est-ce que tu peux nous dire quel est l'objet que tu as apporté et pourquoi tu l'as apporté?
Alors, l'objet, il est assez simple. C'est un objet que que beaucoup de personnes possèdent, c'est un téléphone.
Yes, on a le même téléphone.
Ouais, la même couleur. Ah ouais? Avec la même couleur. J'espère que c'est pas le même fond d'écran, là tu vas me faire flipper. Ouais, j'ai apporté un téléphone parce que téléphone c'est un objet indispensable et c'est un objet qui, faut le dire, qui peut être néfaste pour tout, pour la santé, ça peut couper du monde, ça peut t'empêcher de dormir, ça peut te causer pas mal de problèmes. C'est un objet qu'il faut savoir gérer et on l'utilise de plus en plus aujourd'hui. On passe des heures, voire je crois qu'en moyenne en France, les jeunes passent entre 5-6 heures minimum sur le téléphone. Et donc c'est, il faut savoir le contrôler, surtout avec le temps, il y a de plus en plus d'applications, donc tu passes de plus en plus de temps, tu travailles dessus, tu restes dessus, ça peut être dangereux, mais à la fois aussi si tu sais l'utiliser, ça peut te servir. D'accord. Moi, grâce à ce téléphone, c'est grâce à un téléphone comme ça, je me suis fait connaître un peu partout. Yes. Tu vends des billets de spectacle, tu crées des choses, tu crées des connexions.
On s'est connu comme ça via les réseaux.
Tu crées des connexions, tu peux créer un film grâce à un téléphone, tu peux le monter. Donc c'est un objet qui peut être très utile et qui peut t'aider dans ta vie, mais vraiment, faut savoir l'utiliser.
On abordera la notion des réseaux sociaux après, mais j'avais un sujet que j'aurais bien aimé, vu que toi tu es humoriste, et il y a pas quelques jours On a appris le fait que Guillaume Meurice, humoriste sur France Inter, qui a été limogé, viré, parce qu'il a fait des blagues un peu limite, on va dire ça comme ça. Je veux pas forcément revenir sur cette personne-là, mais vous, en tant qu'humoriste, parce que l'humoriste, c'est un peu le bouffon du roi, il venait, il faisait des blagues pour envoyer, il envoyait beaucoup de messages au roi et autres. Et de nos jours aussi, les humoristes sont là pour envoyer des messages. Il y a beaucoup d'humoristes engagés. Comment toi tu vois ça en tant qu'humoriste? Le fait que, est-ce que dans les 10 ans d'humoriste, tu as vu une évolution où il y a des choses que tu peux moins dire qu'avant? Et quand une personne comme Guillaume Meurice se fait virer, est-ce que tu te dis là ça fait foi pour les prochaines fois et donc maintenant on a peur de parler parce que nous aussi on peut se faire virer à tout moment?
Non, c'est sûr que c'est compliqué d'être humoriste. C'est pas évident parce que tu dois évidemment, tu dois être contrôlé quand tu écris quelque chose. Moi, j'avais fait à l'époque des chroniques à la radio. On me disait des fois: «Non, ça, tu peux pas le dire.» Tu faisais France Inter, je crois? J'ai fait France Inter pendant un moment. Ce passage, attention. Ça m'est arrivé une fois de faire, on m'avait demandé de faire, c'était pour une marque connue, je dirai pas le nom, une chronique. Et j'ai fait une chronique engagée sur le sport, le racisme. Et on m'a dit non, non. «Je parle pas de racisme dans le sport.» Je dis: «Mais il y a du racisme et tout.» Et la marque m'a fait sauter du projet. Et donc ça m'est arrivé plein de fois. Et moi, en tant qu'humoriste sur scène, des fois tu fais une blague, c'est une blague, et tu as des débats après le spectacle. Il y a des gens, ils t'attendent après le spectacle, ils veulent discuter. Des fois, ils t'embrouillent après le spectacle par rapport à cette blague. T'as déjà eu ça? Ouais, ouais, ouais, ça m'est déjà arrivé.
T'as la blague en tête ou t'es trop confidentiel? On peut en parler?
Non, mais non, c'est un ancien spectacle où je parlais de l'actualité. Mais tu vois, tu vas parler de l'actualité où tu vas toucher peut-être une communauté et puis à la fin, tu débats avec eux, tu essaies de faire comprendre que c'est de l'humour. Et puis la majorité, il faut savoir que la majorité comprennent et vont rigoler à cette blague. Mais il suffit qu'une personne n'aime pas et là, ça reste un problème. Et évidemment, c'est un métier à risque. D'accord, c'est pas évident. Et on nous dit à chaque fois liberté de parole, d'expression, mais on va pas se mentir, c'est du mytho. C'est, on n'a pas forcément la liberté, on doit contrôler. Et je pense que après, quand on dit on peut pas tout dire aujourd'hui, moi je dis pas comme ça. C'est, disons qu'aujourd'hui il faut, quand tu écris, il faut relire 2 fois ce que tu dis parce que tu peux vexer beaucoup de personnes. Après, moi je dis souvent, il y a des personnes qui utilisent ça, on peut pas tout dire, parce que c'est vrai qu'à l'époque il y avait des dingueries. Il y a des personnes qui disaient, il est sur le ton de l'humour soi-disant, il disait des dingueries racistes, homophobes. Et tant mieux si ça n'existe pas. Mais c'est sûr qu'il faut faire la différence entre un politicien, un politicien et une personne qui n'est une personne, genre tu es un expert dans l'humour, tu vois ce que je veux dire? Tu es un professionnel dans l'humour, donc tu maîtrises le domaine, donc tu peux te permettre d'aller loin. Et donc il faut laisser, c'est notre métier, il faut nous laisser dire ce qu'on veut on est des humoristes, on n'est pas des politiciens, on n'est pas là pour vendre quelque chose. Oui, notre spectacle, mais on n'est pas là pour avoir des voix, pour être réélu.
C'est pas d'avoir un siège à l'Assemblée nationale, c'est pas le but. Le but, c'est de faire rire et d'envoyer des messages aussi.
Voilà, c'est ça. On oublie qu'on est là pour faire rire. Évidemment, parfois il y a des messages. Mais il y a des messages partout, même des fois une publicité pour vendre un Sopalin, il peut y avoir un message. Mais évidemment on fait passer un message, mais c'est notre métier, c'est très compliqué. Et puis c'est compliqué parce que parfois c'est toléré, parfois non. On sait pas quelle blague, parfois tu tentes une blague, tu dis ah ouais c'est osé et elle passe et on te dit rien. Et parfois tu fais une blague, tu te tu la montres à tout le monde, tu la fais lire à tes potes humoristes, ils disent ça va, ouais elle est cool, et là tu te fais tailler.
L'exemple de Guillaume Meurice, la première blague qu'il avait faite était passée, elle a même été reprise le lendemain, donc c'était passé comme une lettre à la poste. Et c'est après les personnes qui ont repris cette blague, qui l'ont instrumentalisée, qui en ont fait toute une histoire, qui a fait qu'après il a dû être mis à pied. C'est ça aussi, c'est les collectifs qui existent aujourd'hui qui peuvent te pousser à—
Mais c'est ça, en fait souvent ça arrive ça, je l'ai vu dans d'autres situations, c'est que sortie du contexte, une blague, ça n'a plus le même impact. Là, on est dans une émission de radio, il y a du public, tout le monde rigole. Tu fais une blague sur scène, tout le monde rigole. Tu prends la même blague, il y a une personne qui est là, dans le public, il l'écrit sur Twitter, sans le contexte, sans l'énergie de la blague, sans l'ambiance.
Sans les blagues qui étaient avant, les blagues qui arrivent après.
Exactement. Tout de suite, la blague peut paraître pour une blague misogyne, raciste. Il n'y a pas le contexte, en fait. Il y a pas la phrase derrière qui désamorce la punchline. Et donc c'est déjà arrivé. Et donc là aujourd'hui avec les réseaux sociaux et tout de suite, ah ça monte, ça monte, il y a un buzz, voilà. Et on t'attaque sans forcément expliquer pourquoi, le pourquoi du comment. Et voilà, il peut avoir un effet boule de neige contre toi après.
Tu as déjà vécu ça toi?
Non, ça va. Non, j'ai pas vécu ce bad buzz. Non, j'ai pas vécu ça, mais j'ai J'ai reçu des messages, des commentaires parce que j'ai fait pas mal de vidéos engagées. Les gens qui remontent dans mon YouTube, ils verront que j'ai fait des vidéos engagées et t'as pas mal de personnes qui étaient vénères. Tu vois, ils ne voyaient pas, ils voient pas le message derrière, ils voient tout de suite, ils prennent le truc premier degré, ils voient pas l'humour, ils voient pas et le message pour eux ne passe pas et tout de suite ils t'attaquent. Mais après, c'est marrant parce que moi, j'ai l'habitude des commentaires, des attaques sur les réseaux. Il y a toujours des personnes qui te défendent aussi. Et donc je laisse le débat, tu vois.
Il y a toujours ceux qui sont pour et ceux qui sont contre.
Exactement.
Il y en a qui disent qu'il n'y a jamais de mauvaise polémique. Une polémique, ça peut toujours te servir, au sens, en tant qu'humoriste et autres, ça te fait connaître de ceux qui vont pas t'aimer et de ceux qui vont t'aimer aussi.
Après, moi, tu vois, j'accepte pas quand c'est des messages, il y a des commentaires racistes. Ou des insultes ou quoi, tu vois. S'il y a une personne qui n'aime pas, il n'y a pas de souci, tu vois. S'il me laisse une critique constructive, il n'y a pas de souci, tu vois. Après, voilà, il y a un débat dans les commentaires, c'est le jeu, quoi, des réseaux.
Et est-ce que tu penses qu'aujourd'hui les humoristes vont faire beaucoup plus attention, encore plus qu'avant, parce qu'à tout moment ils peuvent se faire virer? Même si avant on te disait déjà fais attention. Parce que là, il y a comme une mise à pied, après une démission, il a carrément ont été virés?
Après, ça dépend. Ça dépend des humoristes. Après, tu vois, comme je te disais, des fois tu penses que cette blague, elle est cool, elle est light. Et en fait, à cause d'une blague comme ça, tu te fais virer. Tu sais jamais quelle blague, tu vois. Donc non, non, je pense que les humoristes vont continuer. Et puis au final, c'est plus comme avant. Aujourd'hui, on t'invite pas à la radio, bah tu veux continuer tes sketchs, tes chroniques sur les réseaux, bah tu le fais.
Je crois que c'est Malik Mentala, là il est arrivé pour son nouveau spectacle, il fait tout en auto. Je sais pas s'il autoproduit comme moi il joue, il fait, mais sa promo il l'a fait sur YouTube. Il y a plein d'humoristes qui aujourd'hui font leur promo uniquement grâce à YouTube et ils ont plus besoin de ces plateaux, de ces émissions, parce que les réseaux, quand tu as, comme tu as dit, une communauté engagée, tu peux t'autoproduire.
Oui, évidemment, c'est toujours utile de faire de la télé.
On va pas dire, parce que là on est en train de parler, ah ouais, moi il m'a dit ça, moi j'ai jamais fait, j'ai fait 2 plateaux. «J'ai besoin des plateaux télé.» Je ne dis pas ça.
Non, évidemment, non. Toute promo est différente. Mais évidemment, si un artiste ne veut pas faire de promo télé ou radio ou on ne l'invite pas. Moi, par exemple, on m'invite très peu à la télé. Je crois que— C'est quoi la dernière télé que j'ai faite? Ça doit remonter à il y a 10 ans. J'ai beaucoup de chance.
Quand j'ai fait la sortie de mon livre il y a un an, en février. Et moi, ça m'a fait passer d'inconnu à connu, ou je sais pas si on va dire inconnu, je suis toujours inconnu au bataillon, mais passer de j'ai une petite communauté engagée sur les réseaux à on me reconnaît dans la rue beaucoup plus facilement. Parce que d'un coup, avec la sortie de mon livre, j'ai fait la matinale d'RTL, j'ai fait Quotidien, j'ai fait C'est à vous, j'ai fait Europe 1, j'ai fait plein plein de plateaux et plein de radios qui font que effectivement, le commun des gens qui regardent la télé, les personnes qui sont pas forcément ma cible initiale qui me connaissaient pas, m'ont découvert comme ça. Après, ils sont retombés sur moi sur les réseaux. Et ça, c'est vraiment une grosse force parce qu'il y a un vrai poids. Et aujourd'hui, quand tu as un message important à porter comme moi le mien, l'apprentissage pour tous, démocratiser la réussite, eh bien avoir ces canaux de diffusion, c'est super important, c'est fondamental. Parce que sinon, tu peux pas toucher et partager vraiment le message que tu as envie de partager.
Bien sûr, bien sûr. Oui, c'est très important la télé. Après, je pense qu'il y a beaucoup d'artistes, et tu le vois, il y a des YouTubeurs et tout, Ça reste des big stars en France et tu le vois jamais à la télé. Et ils étaient déjà connus sans faire de télé. Ils sont allés à la télé, justement, c'est la télé qui avait besoin d'eux. C'est pas eux qui avaient besoin de télé. Et donc aujourd'hui, je pense qu'il y a des artistes, peut-être. Déjà, moi, il y a 15, 16 ans, quand je jouais dans les cafés-théâtres, je dis café-théâtre parce qu'aujourd'hui, c'est plus stylé, c'est comedy club. Je voyais des artistes qui étaient déjà là depuis 10 ans. Après, ils ont arrêté. On les a plus revus, mais ils ont arrêté parce qu'ils galéraient. Il n'y avait pas de télé. Ils étaient très doués et il y avait pas le web à la télé. Et il y avait pas le web à l'époque, je veux dire, à l'époque il y avait pas le web. Et aujourd'hui, si jamais ta carrière elle avance pas, t'es pas invité dans les émissions télé, tu peux te dire ok, je crée mon Instagram, mon YouTube, et toutes les idées que j'ai en tête, je les poste.
Et puis voilà, ça, comme tu as dit tout à l'heure, tu fais le buzz. Et une fois que tu auras fait le buzz, là tu vas avoir des producteurs qui vont venir te voir pour dire ah, j'ai vu que tu as percé, c'est comme ça que je t'ai connu, maintenant C'est un business, faut pas oublier que c'est un business, tu vois.
Tu fais le buzz, t'as une communauté, t'as 2-3 millions d'abonnés, tu as un concept qui marche, évidemment ça peut intéresser un producteur qui se dit ok, on peut faire un truc ensemble pour faire un livre, un film, une émission de télé. Et puis c'est toi, t'arrives avec ton talent, tes followers, eux ils arrivent avec leur qualité de producteur, et puis vous formez une équipe et vous créez un super projet. Et ça peut, oui évidemment, ça peut créer une connexion.
Ce qui va se passer avec cette émission quand elle va buzzer et que là j'aurai des grandes chaînes qui vont venir me voir pour dire: Mohamed, on veut ton concept, ton émission, on veut booker Toc sur notre chaîne.
Et voilà, tu vois, vas-y, vends-toi, vends-toi.
Non, je le dis, pourquoi je le dis maintenant? Comme ça, mon monteur, je lui demande là en direct de prendre ce passage, de l'archiver dans un coin de son disque dur, et nous le ressortira dans 10 ans quand peut-être j'aurai percé, tu vois. C'est des trucs comme ça, des fois tu sais pas, tu commences et tu dis, tu sais pas ce que l'année Thérésa. C'est vrai. On arrive sur, je t'ai demandé aussi d'apporter un livre.
Ouais.
Que bien sûr tu as apporté. Évidemment. Évidemment. Que tu as apporté. Est-ce que tu peux nous dire le titre de ce livre pour ceux qui regarderont, qui écoutent l'émission dans les différentes chaînes de podcast et nous dire pourquoi tu avais choisi ce livre?
Alors le livre, c'est Sapiens. D'accord. J'ai choisi ce livre parce que je trouve que c'est un livre très intéressant pour nous comprendre aujourd'hui. Ça retrace le parcours vraiment des sapiens il y a 70 000 ans en arrière et jusqu'à aujourd'hui, de la révolution cognitive, révolution agricole jusqu'à aujourd'hui, la révolution numérique. Et je pense que c'est très intéressant aujourd'hui quand on est dans un monde où on se divise pour une couleur de peau, c'est cliché, une religion. Et en fait, quand tu as juste à remonter à nos ancêtres On est tous, on a tous commencé comme ça. Et pourquoi nous, notre espèce, a réussi à arriver jusqu'ici et pas les autres espèces? Parce qu'on communiquait ensemble avec des histoires. C'est comme ça qu'on a créé tout ça et on a réussi à créer quelque chose d'incroyable jusqu'à aujourd'hui. Et je trouve que ce livre retrace très bien le parcours de qui on est. Et parfois il faut comprendre notre passé pour mieux comprendre aujourd'hui notre présent et mieux nous comprendre tous ensemble. Et on le sait au fond au fond d'où on vient, mais on connaît pas les détails. Et parfois c'est important de se remémorer tout ça. Et je trouve que c'est très important de comprendre l'histoire des sapiens, notre histoire quoi.
Effectivement. Donc je vous invite vraiment à vous procurer ce livre. Je pense qu'ils peuvent le retrouver partout. Ouais, je pense. De le lire et une fois que vous l'aurez lu, je vous invite à mettre un commentaire sous la vidéo et nous dire qu'est-ce que vous avez retenu de ce livre.
C'est de la merde ce qu'il nous apprend.
Non, non, non. On arrive sur la dernière partie. J'ai demandé aux auditeurs de te poser plein de questions, s'ils avaient des questions. Il y en a plein qui sont— on a fait un tri, il y a quelques questions qui arrivent. Et la première question, tu y as répondu un peu tout à l'heure, c'était par rapport à ta première vidéo sur le métro. C'est comment tu t'y étais pris, comment l'idée t'est arrivée. Et en vrai, on a déjà abordé le sujet, donc je vous invite à revenir dessus. Mais il y a une question, c'est quel est le moment le plus décisif de ta carrière pour toi? Ça a été quel moment où tu t'es dit waouh, là c'est vraiment important?
Enfants? Je pense que j'ai une carrière, je continue d'avoir une carrière qui n'est pas comme beaucoup d'artistes où bam, tu as un moment de buzz et ta vie change. Moi j'ai des amis comme ça où c'était en mode ils sont là limite au chômage et d'un coup ils deviennent très célèbres, mais vraiment ça va très vite, ça va très vite. Moi c'est pas comme ça, moi c'est aller petit à petit. Tu vois, tu le sais, je faisais des cafés-théâtre, la troupe Point Virgule, il y a 15 ans. Après, il y a eu un moment donné avec Jamel Comedy Club, il y a une bascule où j'ai commencé à avoir mon public. Après, il s'est rien passé. J'ai fait France Inter. France Inter, j'ai fait pendant 2 mois, c'était il y a 10, 11 ans. Évidemment, c'était Isabelle Giordano, l'animatrice, elle se fait virer. Donc moi, je saute avec l'équipe. Donc ça dure même pas 2 mois, mes chroniques sur France Inter. Ah ouais. Donc j'ai pas de chance à ce moment-là. Donc je me retrouve sans prod, donc je me mets à faire des vidéos. Les vidéos marchent, je fais un peu de ciné, mais il y a un moment où ça marche, ça recommence à monter, mais ça s'arrête. Et puis je reprends le spectacle, je trouve cette idée de buzz et là bam, ça explose pour moi. Et pour moi, il y a toujours ce truc où—
Ça descend, ça remonte.
Ça remonte, ouais, mais disons, ça redescend pas énormément, ça monte petit à petit. Et donc j'ai ce parcours où j'évolue petit à petit et ça va doucement. Et en même temps, ça me forme et j'apprends.
Et comment tu arrives à tenir sur le long terme? Parce qu'aujourd'hui, c'est une course de fond, c'est un marathon. Et est-ce que là, tu es pas des fois, tu sais, on dit dans le marathon, au 30e kilomètre, tu as le mur, tu en peux plus, tu veux abandonner. Après, est-ce que toi tu vis, tu as vécu ça? Et comment tu le vis et tu fais pour tenir? Parce que ça fait 15 ans que tu es là quand même.
Beaucoup qui tiennent 15 ans. Parce que je te le dis, Moi, il y a des gens qui m'ont découvert avec les vidéos de métro il y a 2 mois, il y a 1 an, ils pensent que je suis nouveau. Et en fait, quand tu travailles, tu te renouvelles, tu es toujours nouveau pour une personne. Et peut-être dans 5 ans, je serai nouveau dans la tête d'une nouvelle personne. Et pour moi, je suis un, tu vois, il faut savoir se renouveler pour découvrir un nouveau public, tu vois. Moi, un Espagnol ou un Brésilien qui découvre mes vidéos, je suis un nouveau pour lui. Et donc moi, j'ai compris quand j'ai commencé que c'était une course de fond. Et que je l'ai vu avec beaucoup d'artistes, j'observais beaucoup autour de moi. Si tu penses que tu vas réussir, tu te fixes un objectif dans 2 ans, je suis connu ou non, ben voilà, tu tombes dans la dépression et puis tu es malheureux, tu es triste. J'ai compris que c'était une carrière, tu vois, tu comprends le moment intermittent du spectacle, du travail.
Et une carrière aussi, c'est une carrière, c'est plusieurs années, c'est pas j'ai une carrière de 6 mois, non, c'est pas une vraie carrière.
Et puis même quand il se passe rien, il se passe rien pour le public qui te voit pas, mais Pour moi, moi j'aime bien ces moments où il se passe rien parce que c'est les moments où tu te remets en question, où tu prépares des projets pour arriver plus fort, où tu vas écrire un spectacle, tu vas écrire un film, tu vas chercher un nouveau concept. Et pour moi, des fois j'ai besoin de ce moment où il se passe rien pour me remettre en question et travailler et proposer autre chose.
Et aujourd'hui, là, tu es en train de préparer un nouveau spectacle?
Là, j'ai déjà mon spectacle, j'ai un spectacle que je suis en train de jouer, mais il est récent, que j'ai pas beaucoup joué, que je joue de temps en temps.
T'as une date bientôt ou?
Non, non, non, j'ai pas de date, mais j'aimerais le reprendre dans pas longtemps. D'accord. Et puis je suis en écriture, j'essaie d'écrire des idées, des concepts de films, de séries. Et donc j'ai toujours fait ça, écrire, et j'écris, j'écris. Et puis après, on verra si ça se fait ou pas.
Ok, top. Deuxième question qui dit: comment tu, en vrai c'est un lien un peu avec ce qu'on vient de dire, mais comment tu gères la pression et le stress dans dans ton domaine d'activité, sur le stress, sur le— je sais qu'il y a beaucoup de personnes qui ont du mal à prendre la parole en public. Toi qui es amené régulièrement à monter sur scène, comment tu gères cette partie-là?
Ben moi, avant de monter sur scène, j'ai toujours le trac.
D'accord.
Je peux jouer devant 5 personnes ou 2000 ou 3000, j'ai toujours le trac. Et parfois c'est plus difficile quand tu joues devant 5 personnes, parce que quand tu joues devant beaucoup de monde, il y a un noir total.
D'accord.
Alors quand tu joues dans un café-théâtre, 5 personnes, tu les vois, tu vois, et tu sais que le rire est communicatif. Et l'envie.
Quand il y a un bide, c'est plus compliqué.
C'est ça, exactement. Donc il y a toujours le trac. Le trac aussi, ça te permet de dépasser, mais une fois que tu es sur scène, il disparaît. Évidemment, il disparaît. Et puis parfois, c'est ça aussi, c'est parce que tu vois, quand tu es humoriste, c'est ça aussi qui te donne ce trac, ce stress, c'est le public qui est différent chaque fois. Tu peux faire un sketch, le jouer 100 fois, il fonctionne. Et puis une fois, tu le joues alors qu'il est rodé. Et puis un jour, t'arrives à l'aise et il marche pas. Et tu sais pas pourquoi.
T'as déjà vécu ça?
Ouais, je l'ai vécu plein de fois ça. Tu sais pas, peut-être que t'arrives avec la mauvaise énergie. Peut-être que le public ne correspond pas. T'arrives, tu joues devant un public et—
Moins réceptif.
Ouais, moins réceptif. Et ça arrive. C'est pour ça qu'à chaque fois, t'as le trac. Tu te dis— «Ça va passer ou pas?» Et voilà, après il y a des exercices évidemment pour gérer ce stress, le trac, et puis avec le temps, l'expérience, tu le gères mieux. Mais oui, oui, il y a toujours ce petit stress, ce petit trac.
Et en parlant de ça, est-ce que tu as un conseil, toi qui as fait 2 fois l'Olympia, qui es parti 2 fois à l'Olympia pour jouer, conseil à Mohamed Boclet pour l'Olympia, ce serait quoi?
Je pense que déjà, il faut savourer parce que Tu vas rester sur scène combien de temps? 1h30?
Ouais, 2h.
2h, ça passe très vite parce que tu mets beaucoup de temps pour le préparer et pour 1h30 de scène et après c'est fait. Je pense savoure, prépare-le avec tous les gens que tu aimes et puis te mets pas la pression en te disant c'est l'Olympia. Moi quand je suis arrivé, je me suis monté sur scène en me disant c'est une scène comme toutes les autres. Donc pour pas stresser, en me disant voilà, c'est une scène, il y a un public, et que ça soit ici ou dans le restaurant à côté de chez moi, c'est pareil, c'est une scène, ça reste une scène. Évidemment, c'est pour éviter le stress, et après voilà, et après tu te diras ok, j'ai fait l'Olympia, mais pour éviter ce stress, voilà, dis-toi tu vas, tu te mets à l'aise, et puis savoure chaque instant. Tu as réussi, je pense que c'est si tu as décidé de faire l'Olympia parce qu'il y d'autres salles à Paris. C'est que tu avais ce rêve en tête. Voilà, c'est ça, tu l'avais. Tout le monde n'a pas ce rêve forcément. Et donc c'est une salle mythique. Et donc tu l'as fait, que ça soit rempli ou pas, au moins voilà, tu as atteint un objectif que tu avais. Et donc voilà, savoure, profite un maximum.
OK, merci pour le conseil. C'est vrai que ce soit rempli, souvent j'en parle avec mon équipe. Bon, on est à 900 personnes, il en reste la moitié à remplir, il nous reste 2 mois et demi, donc ça va le faire. Souvent les gens arrivent prennent leur passe, puis ça va à la fin, mais on remplit bien quand même.
Le but, c'est de, quand tu fais une salle, il y a beaucoup de gens qui font l'Olympia et d'autres salles mythiques et qui le font pour le nom et l'image et pour le kiff. Et donc le but, c'est de pas perdre de l'argent. Évidemment, je suis pas sûr que tu vas en gagner, mais le but, c'est de pas en perdre.
On va en perdre, mais pas tant, on va en perdre le moins possible.
Exactement, exactement.
On va en perdre le moins possible. Mais effectivement, à partir, il y a 900 personnes, je sais qu'on va monter, on va on va atteindre le but.
C'est ça, réservez, réservez.
C'est pas ce que je voulais dire, mais je voulais dire que quoi qu'il en soit, quoi qu'il se passe, je vais kiffer ce moment. Et ça qui est incroyable. Mais oui, réservez, réservez, c'est le moment de le faire. Il y a plein plein de surprises. C'est ça, plein de surprises et dont on n'a pas encore communiqué.
Beyoncé, voilà, c'est ça. Taylor Swift, j'ai pas voulu le dire, mais bon, si tu nous Exactement.
Tu disais, tu as voulu faire, donc tu as une carrière en danse, pas en danse, tu as une carrière qui progresse au fur et à mesure. Et tu as eu des moments de pause, tu as repris, tu progresses au fur et à mesure. C'est quoi l'impact que tu as envie d'avoir sur le, quand tu fais ça? C'est, je pense qu'il y a un truc d'impact, je pense que sur ton public. C'est quoi l'impact que tu as envie d'avoir sur ton public?
L'impact que j'ai envie d'avoir, je sais, c'est pas une question que je me pose, tu vois, c'est pour ça que je mets du temps à répondre. Évidemment, moi quand je fais ça, j'ai envie surtout, je me dis que j'ai envie de proposer quelque chose que les gens aiment, qui ne voient pas forcément, qui prennent du plaisir. Pas forcément, ça peut être de l'humour ou autre chose, ça peut être un autre projet, pas forcément de l'humour, mais je Je veux qu'ils se souviennent de moi comme une personne qui a tenté des choses, qui leur a proposé, qui leur a donné des moments, c'est cliché mais de bonheur, de kiff. Et qui a tenté des choses différentes, même que c'est sûr que parfois je fais des choses qu'ils ne vont pas aimer ou aimer, mais au moins j'ai expérimenté des choses. Et je pense que c'est important d'être artiste français d'origine maghrébine et et montrer que tu peux tenter des choses, partir de loin, venir de loin et quand même proposer quelque chose avec des projets artistiques différents, avec forcément une bonne image et puis essayer de faire évoluer la communauté. Et je sais que c'est pas évident, c'est pas évident. Moi, je te parle de ça maintenant, ça évolue un petit peu, mais je te parle de ça il y a 15 ans. On sait très bien que ce n'est pas évident dans le milieu artistique.
Pour toi, c'est une force ou ça a été un frein d'être d'origine maghrébine? Et qui a grandi en quartier à Perpignan. Est-ce que cette classe sociale d'où tu viens, est-ce que pour toi, ça a été un gros frein dans ta carrière?
Non, mais en fait, moi, je m'en sers. Quand j'ai commencé, je me disais: «Ça va être une galère. Tu es pauvre, tu viens d'un quartier populaire, tu es maghrébin.» Il y a la discrimination toujours aujourd'hui, on va pas se mentir. Quand t'es pas issu d'une famille aisée, t'as pas de contact, c'est compliqué dans ce monde, pas forcément dans mon métier, c'est très compliqué. Évidemment, je te dirais j'aurais aimé être dans une famille riche, avoir des contacts et tout, t'évites les moments compliqués de ta vie, évidemment. Mais avec le temps, je me dis que je me sers de toutes ces galères que j'ai vécues pour créer des histoires. Et moi, je me suis toujours dit, de là où je viens, là où j'ai vécu, tout ce que je fais maintenant, je peux pas descendre plus bas, quoi. Et je me dis, je kiffe maintenant tout ce que je fais, le moindre truc, je kiffe, je kiffe, parce que c'est déjà une victoire pour moi.
Mais c'est une victoire pour toi et même pour plein de gens qui te regardent et qui s'identifient à toi.
C'est sûr. Moi, j'ai jamais eu ce truc en me disant je suis un modèle ou j'ai envie d'être modèle, pas du tout. Du tout. Mais évidemment, s'il y a des personnes qui s'identifient, ils peuvent se dire: «Ouais, lui, ce que je fais, ce qu'il fait, ce mec, j'aime bien. Où est-ce qu'il est? Où est-ce qu'il va? Et puis son parcours.» Parce que c'est vrai que tu peux te poser des questions. J'ai grandi dans un quartier populaire, pauvre. Ma famille ne voulait pas que je fasse ça. Ça va être dur pour moi. Mais voilà, tu prends des exemples. Non, tu te bats, évidemment. Il va falloir que tu te battes beaucoup plus, mais c'est possible. C'est possible. Et il y a de la place pour tout le monde à partir du moment où tu bosses. Tu travailles dur et tu proposes quelque chose de différent, il y a de la place. Il faut pas se dire, parce que souvent moi c'est, il y a déjà quand je suis arrivé à Paris à 16 ans, dès que je voulais arriver à Paris, il y en avait plein à Perpignan qui me disaient non mais à Paris il y a plein de comédiens, il y a plein, ils ont pas réussi donc toi tu réussiras pas, mais il y en a plein, pourquoi toi, pourquoi toi, pourquoi tu vas y aller? Et aujourd'hui il y en a ils vont dire ouais mais des comédiens, des humoristes, il y en a plein sur les réseaux sociaux, pourquoi toi, pourquoi toi? Ben parce que moi je vais travailler dur, Je vais regarder ce qui se fait, je vais proposer quelque chose de différent, même si je propose la même chose en mieux, mais avec mon style. Tu sais, aujourd'hui tu donnes la même histoire à 10 personnes, la même histoire, et racontez-la, chacun va la raconter différemment. Et donc il y a de la place pour beaucoup de personnes à partir du moment où tu travailles dur et tu y crois. Et puis n'oublie pas, c'est, c'est, faut du temps en fait, faut du temps. Et on l'oublie ça avec les réseaux sociaux, faut aller vite, ce que tu disais tout à l'heure, c'est incroyable.
Tu dis ça fait 15 ans que je fais ça, pour certains j'existe depuis 6 mois, 1 an depuis mes nouvelles vidéos. Moi je te connais quand j'étais, j'avais 20 ans, j'avais 22, 23, donc à tes débuts.
Je voyais, tu avais pas cette coupe à l'époque, tu avais le petit dégradé rebeu à blanc qui remonte. Non mais ça on peut en parler ça aussi parce que c'est, c'est moi, moi tu sais quoi, j'ai découvert que j'avais des boucles À l'âge de 30 ans. Un jour, tu t'es pas coupé tes cheveux, tu t'es dit «Ah, j'ai des boucles.» Non, mais le truc, c'est que moi, je me coupais les cheveux très courts parce qu'en fait, quand tu as des boucles, dès que ça pousse un peu, c'est pas des boucles, ça commence à bouger, mais tu sais plus comment les contrôler. Et donc tu arrives, en plus, tu vis aujourd'hui, c'est plus facile à accepter, il y a des produits partout. Je te parle d'il y a 20 ans, il n'y a pas de produits pour gérer. Il n'y a pas de publicité, il n'y a que des publicités avec des blancs, cheveux lisses. Et donc le role model, que le beau gosse, c'est le blanc avec des cheveux lisses. Et même toi-même, dans le quartier, on te vanne: «Ah, t'as les cheveux haraash!» Tu vois ce que c'est? C'est les cheveux durs, crépus. Et donc c'est devenu une insulte, une vanne. Et donc tu te remets en question, donc tu coupes les cheveux très courts, tu fais comme tout le monde dans le quartier, tu te fais un lissage. Et après, tu t'aperçois que tout ça, ça vient de la colonisation, c'est du racisme. Et puis tu commences à te dire: «OK, je vais laisser pousser mes cheveux.» «Je m'en fiche.» Et c'est à 30 ans aussi, quand à un moment tu as dit «Je coupe plus mes cheveux.» Ouais, parce que tu sais, tu montes souvent sur scène, tu vas être propre, tu vas avoir tendance à aller tous les 2-3 semaines, tu vas chez le coiffeur. Et ça pousse pas énormément. Et puis à un moment donné, je jouais pas, je me suis dit «Vas-y, je vais laisser pousser mes cheveux.» Et puis là, je me suis rendu compte que ça commence à boucler et je me suis dit «Je vais les assumer.» Et d'ailleurs, quand j'ai eu cette transition sur les réseaux, il y a des gens qui pensaient que j'avais une perruque ou que j'avais fait une permanente. Et il y en a d'autres qui—
Et ce qui est fou, c'est qu'il y en a beaucoup qui ont commencé à m'attaquer.
C'est quoi ces cheveux de mouton de nana? Et des gens qui eux-mêmes ont ces racines, ces cheveux, parce qu'en fait inconsciemment on les a habitués en leur disant que les cheveux de blancs lisses dans les pubs, c'est ça qui est beau. On leur a mis ça dans leur tête et eux-mêmes ils t'attaquent alors que même ils ont ces cheveux et on les a, tu vois, ils se sont— et pour eux c'est pas des cheveux, c'est pas beau. Et j'avais vu cette phrase passer, «Harash is beautiful », et donc ce sera le nom du podcast. Donc voilà, assumer ses cheveux, c'est même pas une question d'assumer sa personne.
Il y a pas de souci, c'est effectivement assumer sa personne. Et exactement, tu as entièrement raison. Mais bonne anecdote. Dernière question avant la fin et rentrer dans l'exercice de questions-réponses de la fin: quelle est la blague que tu as faite, quelqu'un qui dit quelle est la blague ou le sketch qui t'a le plus marqué en vrai que tu as fait, tu dis waouh là je suis parti trop loin, qu'est-ce que j'ai fait là? C'est En vrai, c'est une double question. C'est celle qui t'a— est-ce que tu as déjà une blague où tu dis là, je suis allé trop loin? Et quelle est celle aussi qui t'a le plus marqué? Dans le bien ou dans le positivement?
J'aime pas raconter mes blagues comme ça, hors contexte, mais il y a des blagues que je faisais avant. En fait, moi, je regarde pas mes sketchs. Des fois, quand je retombe sur des sketchs à moi sur le web il y a 12 ans et tout, j'ai du mal à le voir parce que j'ai un peu changé de style. Et tout. Et il y a des blagues que je faisais et je me dis aujourd'hui, je sais pas si j'assumerais ce point de vue ou je changerais d'axe. Tu vois, il y a des choses, c'est pour ça que la société a changé, ou peut-être je la ferais mais différemment, avec un axe différent. Ça, c'est peut-être trop cru à l'époque. Ouais, c'est sûr qu'il y a des choses que, que j'ai, il y a des blagues où elles étaient marrantes, mais je sais pas si tel quel je pourrais les faire faire. Même des vidéos, tu vois, par exemple, j'avais fait une vidéo qui date il y a peut-être 7 ans ou quoi, sur le web, où je racontais le parcours des mots français. Je disais qu'il y avait en langue française, il y a plus de 500 mots d'origine arabe et j'en faisais des blagues. Je racontais le parcours de certains mots français. C'est une vidéo qui avait très bien marché sur le web. Et il y avait une partie de la communauté maghrébine qui était là. Ah oui, ils étaient fiers. Ouais, regardez, il y a des mots qui viennent de l'arabe et qui savaient pas. Pas, il y a beaucoup de gens qui ne savent pas. Et il y avait des personnes vraiment, tu vois, côté identitaire, qui ne l'acceptaient pas. Et j'avais pas mal de messages racistes. Et je pensais pas que— moi je faisais cette vidéo pour vraiment créer un lien entre les communautés, dire voilà, dans notre langage il y a plusieurs langues, des mots qui viennent de l'espagnol, de l'italien, de partout. Et regardez, il y a une forte communauté Arabes, il y a plein de mots. Dans la langue espagnole, il y en a 5000 de mots arabes qui sont dans la langue espagnole, il y en a 500 en France. Et je voulais créer ce lien et je pensais pas que ça allait vraiment créer ce débat, ce choc.
Incroyable. On arrive sur la fin et je t'ai demandé d'apporter une musique. Est-ce que tu peux me dire le nom et on va l'écouter et après tu nous diras pourquoi tu as choisi cette musique.
OK. Alors le nom, c'est l'artiste, c'est Némir. Et le nom de la musique, c'est Saint-Jacques.
OK, on écoute et après on en parle. Aïe aïe aïe aïe aïe. Dis-moi pourquoi cette musique?
Alors j'ai choisi cette musique parce que Némir, on a grandi ensemble, c'est un ami d'enfance dans mon quartier Saint-Jacques, justement c'est le nom du morceau. Et vraiment ça me rappelle des souvenirs. Et puis j'ai vu Némir, je l'ai vu galérer, travailler dur pour devenir rappeur. Et quand je vois que ça commence à percer et tout, lui il est là depuis très longtemps. Moi déjà quand j'étais enfant, je le regardais rapper et c'était le voir et parler du quartier, ce quartier qui est assez exceptionnel. C'est un quartier, c'est le plus grand quartier gitan sédentaire d'Europe, c'est l'un des plus pauvres d'Europe, et les gens le connaissent pas alors que c'est en France. C'est une communauté gitane catalane, c'est pas des manouches, parce que souvent les gens confondent les gitans, les manouches, les tziganes qui bougent en caravane. Eux ils sont sédentaires, ils vivent dans un quartier, ça ressemble un peu comme les favelas brésiliennes, italienne. Ils sont là depuis plus d'un siècle. D'accord. Et moi, je faisais partie des rares familles arabes entourées de 10 000 gitans. Et donc j'ai vécu des moments incroyables. Némir aussi vivait là-bas. Et les gens connaissent ce quartier aussi un petit peu parce qu'ils voient Nasdaq sur les réseaux sociaux qui est lui aussi du quartier et qui filme un petit peu. Et c'est un quartier que les gens ne connaissent pas. Il se passe tellement de choses. Incroyables, improbables, que ça m'a inspiré, ça m'inspire toujours. J'écris encore des choses parce que ça m'inspire. Et au début, je me souviens quand j'étais enfant, évidemment tu as peut-être honte d'habiter là-bas parce qu'il est pauvre, il y a rien, il y a rien à faire. Mais avec du recul, tu te dis que c'est un avantage, c'est un avantage. Et parce que aujourd'hui, ça m'a fait une force, ouais. Et c'est ça, ça m'inspire. Et quand on voit beaucoup d'artistes comme Némir ou Nasdas ou même moi, on se dit que derrière cette misère, ça nous pousse à la créativité.
C'est la deuxième trappe. C'est un peu comme à Trappes où il y a plein de personnes qui sont dans cette trappe. On a la même chose, quartier Saint-Jacques.
C'est ça, exactement.
Top, top, top. Bravo pour ce que vous avez accompli. J'ai un petit jeu. C'est le moment du petit jeu. C'est simple. Je te pose des questions courtes, tu réponds au tac au tac très rapidement. OK, et ça va prendre une minute et après on arrive sur la fin. Quel est ton film préféré?
OK, réponse courte, elle est difficile parce que j'en ai— je peux faire une version un peu plus longue. J'ai du mal à dire, par exemple, quand on me dit c'est quoi ton resto préféré, ton spectacle préféré, parce qu'en fait moi je mets pas tout dans la même catégorie, tu vois. Par exemple, il y a des films, il y a plusieurs films que j'aime dans la comédie, dans le drame, dans le— en fait il y a des films que je vais aimer parce que j'aime bien j'aime bien l'image ou j'aime bien une prestation. Mais j'ai pas envie d'en citer plein, je vais te dire film. En plus, en ce moment, je regarde pas beaucoup de films, mais je vais dire plutôt série. Si je dis dans les séries, Breaking Bad, dans le style, ouais, c'est vraiment mon style. OK.
Quel est ton plus gros défaut?
Tu sais, il y a des— j'aime bien les mythos. Quand tu leur dis c'est quoi ton défaut, ils font gentil, généreux, trop gentil, trop généreux. Ah tu vois, il te donne que des— Je suis trop curieux.
Bien sûr, perfectionniste.
Perfectionniste, tu vois, leurs défauts. Alors mon défaut, mon défaut, j'en ai plusieurs, mais j'essaie de dire le plus cool quoi, parce qu'on est en podcast. Non mais tu sais que c'est difficile de— c'est pour ça que je pense c'est difficile difficile de donner son propre défaut. C'est comme se dire, tu vois, c'est difficile, faut que d'autres personnes qui te connaissent disent tes défauts. Mais peut-être que je lâche pas l'affaire en fait, et ça peut être relou.
Ton entretien là, ton entretien, c'est un peu comme perfectionniste.
Non, mais je pense que si, peut-être le stress peut-être.
Ouais, j'ai un peu stressé. Quel est ton talent caché? T'as un talent caché?
Talent caché, je suis un basketteur de génie, j'aurais dû jouer en NBA, mais bon, personne le sait. C'est bien caché, bien caché.
Quelle est la personne qui t'inspire le plus?
Je dirais mes parents, parce que c'est important de se dire, quand tu dis que tes parents ont tout lâché, qui sont venus d'Algérie, ils sont venus, ils connaissaient personne. Et pour fonder une famille, nous aider à nous en sortir, tu vois, à côté. «C'est rien, essaye de te battre pour devenir artiste ici, alors que t'es quand même dans un confort.» C'est exactement ce que je dis à mon père.
Il me dit: «Ouais, non, mais tu vas pas arrêter ton salariat pour devenir formateur et tout.» Je dis: «Mais attends, t'as tout laissé au bled pour venir ici et tu nous dis à nous alors qu'on est en France.» Et on va finir avec la dernière question. Si tu pouvais avoir un super pouvoir, ce serait lequel?
Avoir, je pense, une intelligence qui dépasse l'IA, un truc. L'IA de maintenant, l'IA dans 10 ans, tu vois.
Un super pouvoir, un super cerveau.
Ouais, mais un super super cerveau. Ouais, ouais, vraiment.
Un peu comme Limitless.
Ouais, voilà, exactement. Je pense, c'est magnifique.
Bon, suivez-moi à la connaissance illimitée, vous aurez le même cerveau que dans Limitless, c'est le but.
C'est ça, exactement. Je l'ai vu, en fait, il se drogue. C'est comme ça. Exactement.
Merci Mohamed d'avoir consacré cette heure à nos côtés. Je suis sûr que les auditeurs vont adorer cet épisode de The Boklet Talk. Est-ce que tu as un dernier mot à partager ici? Ah oui, si tu avais le Mohamed de 10 ans devant toi aujourd'hui et que tu voulais lui donner un conseil, ce serait quoi?
Le Mohamed qui a 10 ans, enfant?
Ouais, enfant, tu le vois et tu lui donnes un conseil.
Je lui dirais de de croire en ses rêves, d'être peut-être un peu plus curieux, de pas écouter ce qu'on lui dit autour, tu vois. Voilà, s'il a envie de faire du théâtre, d'aller au conservatoire, vas-y. C'est vrai que peut-être que t'as pas les moyens, tu vis dans un quartier gitan, peut-être l'un des plus pauvres d'Europe, mais il y a toujours des moyens d'apprendre. Il y a des associations où tu peux y aller même sans les moyens. Tu peux aller à la bibliothèque, tu peux apprendre. Et kiffe ta vie. Kiffe ta vie. Je sais que c'est pas évident, c'est difficile ce que tu vis, mais dans le futur, tu vas aimer ta vie et tu seras fier de toi.
Merci. Super message. Et le message, je pense, pour tous les auditeurs et toutes les personnes qui vont écouter cette émission. Merci encore d'être venu. Venu, d'avoir pu partager cette heure avec nous. Bien sûr, si l'épisode vous a plu, et j'en suis sûr, partagez-le à vos proches, à vos amis, à votre famille. Faites connaître l'épisode à un maximum de personnes. Mettez-nous en commentaire de la vidéo ce que vous avez retenu, les 3 choses que vous avez retenues de cette vidéo. Et comme je l'ai dit toujours, je suis, tu es, nous sommes tous illimités.
L'Olympia, réservez vos places pour l'Olympia.
Exactement.
Et l'Olympia, après, je sais pas Ça va être diffusé après l'Olympia, je sais pas.
Non, ça sera pas diffusé. Non, non, non, il va être diffusé avant.
Merci beaucoup Mohamed et franchement bravo pour ton parcours.
Merci à toi.
Voilà, je t'ai découvert, j'ai acheté ton livre parce que vraiment quand j'apprécie une personne, j'essaie de soutenir la personne, donc acheter son livre, aller à l'Olympia et puis voilà, je vais venir.
Ouais, il sera là. Je l'ai invité, il est pas encore là, je comptais lui dire après qu'il était invité.
En fait, il y a une liste d'invités. Y'a Taylor Swift, Beyoncé, moi je suis tout en bas.
Il fait partie de la liste et comme ça vous pourrez le voir là-bas.
Merci, merci à toi. À très vite.










