L'équité dans l'éducation : comment les notes peuvent créer des inégalités [ Podcast #36 ]

Naïm Bouchma, who went from school exclusion to a master's degree and culinary diploma, argues that grades are subjective and reinforce inequality. He tells parents to drop the pressure, offer unconditional love, and measure success by happiness and intrinsic motivation, not test scores.
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C'est quoi l'état d'esprit que tu as à la fin de cet examen où tu dis j'ai travaillé un an à fond dans une bibliothèque, j'ai fait toutes les fiches et tout, et je finis avec 5,5 et j'ai pas mon année? C'est quoi ton état d'esprit?
Je me suis dit bon mec, tu es peut-être pas fait pour ça, c'est pas grave. Et après je me suis dit Naim, tu as deux solutions: soit tu te morfonds, soit tu essayes de comprendre les raisons de ton échec. Et c'est ce que j'ai fait, en fait.
Je m'appelle Mohamed Boukhré, je suis vice-champion du monde de lecture rapide et auteur du best-seller Connaissance illimitée. Dans le podcast Connaissance illimitée, je reçois des invités au parcours extraordinaire pour nous montrer que la réussite est à portée de tous. Paix sur vous, bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Connaissance illimitée et j'ai l'honneur d'accueillir Naïm Bouchma. C'est l'homme le plus incroyable que j'ai eu le droit d'accueillir dans ce podcast avant Je sais pas, je sais pas, comme sur de 0 à 10, je le mettrai à 12 ou à 20. Vous le connaissez peut-être parce qu'on est dans la vie de tous les jours, on est amis et on travaille pas mal ensemble. Et aujourd'hui, j'ai l'honneur de l'avoir dans le podcast pour parler d'éducation, du système scolaire, de comment aider nos enfants à réussir à l'école et autres. Donc bonjour Naïm, comment tu vas?
Cette présentation, Mohamed, déjà, c'est moi qui suis honoré d'être avec toi aujourd'hui. Merci beaucoup pour l'invitation, ça me fait très, très plaisir et je suis très content d'être avec toi, Mohamed.
Super. Naïm, est-ce que tu peux te présenter?
Bien sûr. Donc moi, c'est bonjour tout le monde, moi c'est Naïm Bouchma, je suis enseignant agrégé d'économie-gestion et je suis également formateur en pédagogie. Je suis le fondateur d'un site qui s'appelle mamethodo.fr qui aide les enseignants à gagner en pédagogie ou alors les personnes qui souhaitent devenir enseignant à réussir leur concours. Je suis également formateur chez Connaissance Limitée pour les grands groupes notamment. J'interviens dans les grandes entreprises. Je suis également directeur de l'Académie Mention Très Bien et j'ai fondé un accompagnement qui s'appelle Mon Enfant, ce génie, qui vise à développer le potentiel des enfants à la maison via un environnement propice pour ça, quoi.
Ad hoc. Yes, top. Et aujourd'hui, j'ai l'honneur de t'avoir pour parler avec ta casquette d'enseignant parce que tu es prof en lycée depuis plusieurs années. Et aujourd'hui, tu accompagnes énormément d'enfants. Mais avant d'être enseignant et de te voir comme ça cartonner dans les réseaux, donner des conseils en pédagogie, d'après ce que j'ai compris, tu étais un super élève brillant avec des super notes. Tout était facile pour toi. Est-ce que tu peux nous revenir un peu sur ta scolarité avant qu'on rentre dans le vif du sujet?
Ah bien sûr, j'adore comment c'est amené. En fait, Disons que moi, l'école, ça a été compliqué dès la maternelle. Ma mère a dû attendre un an pour me mettre à l'école. J'étais propre, j'étais continent, mais quand elle m'a emmené à l'école le premier jour, à la maternelle, j'ai fait une telle crise qu'elle m'a gardé un an de plus avec elle. Donc ça annonçait la couleur pour la suite, tu vois. Et j'ai pleuré jusqu'en CM1 tous les matins. Ça agaçait mon père qui me déposait à l'école. Tous les matins, j'ai pleuré pour pas aller à l'école. Pourtant, en primaire, ça se passait très bien, j'avais de très bonnes notes. Et à partir de la 4e, ça a été descente aux enfers. Personnellement, en fait, c'est-à-dire que j'aimais pas l'école. J'ai traversé ce qu'on pourrait qualifier de dépression, tu vois, en tant qu'adolescent. Et tu sais bien que c'est difficile dans certains quartiers, dans certaines cultures, de parler ces choses-là en réalité. Donc moi, je voulais pas non plus inquiéter mes parents qui faisaient tout pour moi, mais je me sentais très, très mal à l'école. J'ai subi mon orientation, j'ai été en lycée technique où je devais faire du câblage et de l'électrotechnique. J'étais pas fait pour ça, mais ils m'avaient imposé d'aller là-bas. Donc je me retrouvais à faire des— c'était bien, mais j'étais nul quoi, tu vois. Donc c'était un pote qui me faisait tout. Et du coup, tant mieux, je me suis fait exclure de ce lycée. Donc très bonne chose. Je te l'ai jamais dit ça.
Ah ouais, tu me l'as jamais dit. Je savais pas que tu avais été exclu. Pour quelle raison?
Je vais être très transparent avec toi. Il y avait un gars qui m'embêtait durant l'année. Et tu sais, moi je suis quelqu'un de sage quoi, tu vois. Donc je lui disais arrête, arrête, arrête. Et franchement, je vais pas dire que c'était du harcèlement, mais presque quoi, tu vois. Et un jour je lui ai dit: «Arrête, tu vas pas assumer.» Et tu me connais, moi, mec, je suis pas quelqu'un de violent, quoi, tu vois. Et en fait, je l'ai frappé et la salle était remplie de sang, en fait. Pardon, je suis pas quelqu'un de violent, vraiment. Mais en fait, c'était toute cette accumulation qui a explosé d'un coup. Mais c'était pas faute de l'avoir prévenu. Et ils m'ont fait passer pour un gars violent à l'époque parce que je regardais des mangas. Alors qu'en fait, simplement, la réalité, c'est que je m'étais fait embêter pendant un an et qu'un jour, à force de prévenir— et tu sais, quand tu te défends pas, on a l'impression que c'est synonyme de faiblesse, alors que moi, je voulais pas en arriver là. Et du coup, ils m'ont exclu, et tant mieux. Donc j'ai arrêté électrotechnique et du coup, j'ai pu repartir dans un lycée général et technologique et j'ai eu mon bac avec 3,2 de moyenne.
Parce que en cours, mais pas au bac.
Non, pas en cours. Le deuxième trimestre, j'ai eu 3,2. Je m'en souviendrai toute ma vie. J'ai été au rattrapage bien évidemment, mais en fait j'aimais pas l'école, donc je n'y allais pas. Et ma mère avait très bien compris ça, donc elle me permettait de pas aller en cours, mais elle me faisait confiance. Et du coup, c'est cette confiance-là que je pouvais pas trahir. Et c'est pour ça qu'un jour je lui ai dit: «Maman, tu vas m'acheter des bouquins et je vais passer mon bac. Et t'inquiète pas, je vais le ramener.» Et c'est ce qui s'est passé, quoi.
D'accord, tu as eu le bac et après tu t'es orienté plus dans une carrière de danseur, c'est ça?
Ouais, exactement. C'est-à-dire qu'à côté de ça, en fait, si tu veux, j'avais une carrière de danseur. J'aime bien, enfin, je dis ça avec beaucoup de gratitude, tu vois, parce que quand tu dis carrière, c'est un grand mot, carrière. Mais en fait, j'ai été invité dans une quinzaine de pays pour dispenser des stages et juger ce qu'on appelle des battles. Et c'était mon métier, en fait. Donc tu sais, après le bac, j'ai été pris nulle part. Donc forcément, avec un dossier pareil, il y a aucun BTS qui me prend. Et moi, je ne connaissais que les BTS, je savais pas les orientations, tout ça. J'étais mal orienté. En même temps, j'étais pas en cours pour être orienté, quoi, tu vois. La seule conseillère d'orientation que j'ai vue, elle m'a proposé d'aller aller en CAP bergerie. Je te promets que c'est vrai, Mohamed.
Donc c'est quoi, c'est un—
bah c'était pour— mais je te jure, j'ai fait des recherches, ça n'existe plus. Et je n'ai pas inventé ce truc-là, c'était pour devenir berger. Je le dis que j'aimais bien la nature et tout. Elle m'a dit il y a le CAP bergerie dans telle région, ça vous apprendra, voilà, à gérer des troupeaux, etc. Mais je te jure que c'est vrai, quoi. Ah ouais, c'est folklorique quand même.
Et C'est ce que j'avais compris, mais je me suis dit il faut quand même que je valide avec Naïm, d'accord? À Lille et elle veut t'envoyer à la campagne de Lille pour devenir berger.
Exactement, exactement. Et j'ai fait des recherches sur ce CAP parce que je l'ai pas inventé cette anecdote, tu vois, je l'ai pas retrouvé. Enfin bref, ça se trouve ça sortait de sa tête aussi, je sais pas, tu vois. Mais en tout cas, en tout cas, j'étais pris nulle part, tu vois, après avec un dossier pareil. Et pour l'anecdote, ce qu'il y a de marrant, c'est que j'ai enseigné dans tous les lycées qui m'ont refusé, tu vois. C'est des années plus tard, donc Belle revanche. Mais du coup, je fais une licence de chinois parce que je suis pris que là-bas et parce qu'il y a des gars de mon entourage qui vont là-bas. Et je me dis, bah, comme je vais parler en cours, ils vont me donner les cours, quoi, tu vois. Et en fait, j'étais plus assidu finalement. Et à côté de ça, j'avais une carrière de danseur, donc j'ai dû mettre mes études de côté parce que ça commençait à marcher très très bien pour moi et je passais mon temps à voyager, en fait. Et du coup, je pouvais pas assumer les deux.
Et tu as repris les études à 25? À quel âge?
Ouais, 24 ou 25 ans, je crois.
Après, tu as fini une licence, tu as fait un master?
C'est ça. En fait, je m'étais arrêté en 2e année de chinois, donc j'ai repris en 2e année, j'ai obtenu ma 3e année et après, j'ai été en master.
Donc tu parles chinois aujourd'hui?
Ni hao! Non, en fait, franchement, j'étais bon dans les matières type philosophie, littérature et même—
Pardon? Un peu moins chinois.
Ouais, faut aller là-bas, faut aller là-bas en fait. Et tu vois, j'avais l'occasion d'aller là-bas, mais je me suis marié en même temps, donc j'ai décidé de pas y aller. Erreur monumentale. Je parle, les personnes qui m'écoutent, si vous avez l'opportunité d'aller étudier à l'étranger, même si vous devez vous marier, allez-y, allez-y, fois 1000. Bon, je regrette pas, mais voilà quoi, erreur.
Donc tu pars, donc tu fais la licence, tu obtiens ta licence de chinois à 25 ans après avoir fait beaucoup de danse et avoir fait ta petite carrière de danseur. Et là Tu te dis bah je continue, je fais un master.
C'est ça, en fait c'était master ici, c'était la continuité. En fait c'est un master LEA entre guillemets, tu vois. C'était Russie, c'était relations internationales et coopération interculturelle. Donc je me retrouve avec des Coréens, des Chinois, des Japonais, des Russes, enfin vraiment une classe tu vois super hétérogène. J'apprends plein de choses, tu vois, je m'ouvre à plein de cultures. Enfin c'est vraiment super enrichissant. Et du coup bah je deviens major de promo. De ce master-là. Incroyable. Donc je kiffe.
Et c'est là, c'est là qu'il a l'envie de devenir enseignant. Tu es arrivé, tu es venu.
En fait, j'ai arrêté la danse parce que je voulais fonder une famille, tu vois. Je voulais, faut comprendre une chose, Mohamed, et je le dis avec beaucoup de gratitude et d'humilité, je rentrais chez moi pour changer ma valise et repartir, tu vois. Enfin, c'est ma mère me voyant en coup de vent, enfin tu sais, c'est vivre de sa passion, c'est incroyable en fait, vraiment. C'est, mais après, le problème, c'est que quand tu arrives dans un aspect financier, tout ça, ça peut un petit peu vicier ta passion. Et surtout, moi moi, mon outil de travail, c'est mon corps. Et j'avais, j'avais aussi des appréhensions par rapport à ça. Je me dis, bah, demain tu peux plus danser, tu fais quoi, tu vois? Et en même temps, je voulais arrêter cette course frénétique et je voulais fonder une famille. Et donc j'ai mis de côté ma carrière et je savais pas quoi faire, vraiment, je ne savais pas quoi faire.
Et c'est comme ça que, à la fin, quand tu es revenu, tu as repris des études, que tu as eu ton master, tu t'es dit maintenant j'ai envie d'enseigner. C'est comment l'envie d'enseigner? Pourquoi je parle de ça? Parce qu'après on va parler beaucoup d'enseignement, parce pour comprendre tout ton parcours, comment l'envie d'enseigner t'est arrivée?
Alors déjà, je me suis, tu vois, avec le recul, Mohamed, il y a un truc de fou, c'est que dès le CP, je proposais aux camarades de venir à la maison pour les aider aux devoirs. Donc en fait, l'aide, la pédagogie, tu vois, l'aide aux devoirs, c'est un truc que j'ai quasiment toujours fait. Quand j'avais 16-17 ans, je faisais du périscolaire. Et en fait, moi, ce que j'aimais vraiment dans la danse, c'est donner des cours. Je m'éclatais, mais tellement, quand je donnais des cours, c'était un truc de fou. Et en fait, ça a été mes premières bases en pédagogie. Moi, j'ai pas fait de licence de sciences de l'éduc, Et je trouve que c'est une chance, tu vois, parce que j'ai pas une approche qui est, alors je critique pas, mais qui est stéréotypée. Mon approche, elle s'appuie uniquement sur le terrain. Et en fait, ce qui se passe, c'est que j'ai un ami qui était danseur qui s'appelle Sagi et qui me dit, bah moi je suis devenu prof en lycée professionnel, franchement je m'éclate, tu voudrais pas essayer ça? Parce qu'à l'époque, j'ai eu mon Master 1, mais je savais pas du tout quoi faire, quoi, tu vois. Je travaillais dans un petit snack, tu vois, je faisais du snacking, enfin voilà, j'essayais de gagner un peu ma vie parce que j'avais déjà un enfant. Je sais qu'avec ce Master-là, je pouvais pas prétendre à grand-chose en réalité, tu vois. Et donc j'essaye de passer ce concours-là et je travaille un an pendant, comme un ouf, tu sais. Je fais des fiches Bristol, tu vois, des trucs à l'ancienne là.
On nous a toujours appris à réviser, à répéter, répéter, à la bibliothèque, faire des fiches et tout.
C'est exactement ça, tu as tout compris, tu vois. Tu as tout, tu as résumé mon année de révision en une phrase, tu vois.
OK. Et là tu obtiens, parce que tu as quand même fini agrégé d'économie avec la meilleure note, parce que c'est un parcours quand même incroyable.
Ouais, mais avant ça, il y a cet échec. C'est-à-dire que je prépare un an mon concours de ce qu'on appelle le CAPLP pour enseignant lycée professionnel, et je bosse comme un fou, mais vraiment. Et il m'arrive un truc, c'est que la veille de l'écrit, je me rends compte que j'ai tout mélangé. La fiche 15, elle est avec la fiche 12, qui est avec la fiche d'éco, qui est avec la fiche de management. Enfin bref, et j'ai 5,5 sur 20 en fait, et j'ai pas le concours.
Et donc là, toi C'est quoi l'état d'esprit que tu as à la fin de cet examen où tu dis j'ai travaillé un an à fond dans une bibliothèque, j'ai fait toutes les fiches et tout, et je finis avec 5,5 et j'ai pas mon année? C'est quoi ton état d'esprit?
Déjà mon état d'esprit c'est qu'à l'époque j'ai pas d'argent, c'est-à-dire que je travaille dans un petit snack, ça suffit à peine à subvenir à nos besoins, j'ai déjà un enfant, je me demande même s'il y avait pas déjà le deuxième qui était en route, on avait pour projet de faire une équipe de foot quoi, tu vois, donc forcément. Et déjà je un petit peu d'appréhension. Je me dis waouh, je me dis ah ouais, financièrement tu comptais sur ça, tu vas faire comment, tu vois. Et après je me suis dit bon mec, tu es peut-être pas fait pour ça, c'est pas grave. Et une semaine après, tu vois, donc en fait je pense qu'il a fallu digérer, il a fallu accepter. Et après je me suis dit Naim, tu as deux solutions: soit tu te morfonds, soit tu essayes de comprendre les raisons de ton échec. Et c'est ce que j'ai fait en fait. Et Truc de fou, je commence à me poser des questions sur ce qui m'a fait défaut, à savoir la mémorisation. Premier pied dans les neurosciences.
C'est à ce moment-là que tu te dis: ouais, là j'ai l'impression de pas avoir les bonnes méthodes.
C'est exactement ça. Je me dis: bon, franchement, est-ce qu'en fait ce qui t'a fait défaut, c'est quoi? C'est la mémorisation. Donc tu ne sais pas mémoriser. Est-ce qu'on t'a enseigné la mémorisation?
Non.
Donc tu peux pas t'en vouloir finalement. Donc en fait, l'échec, c'est pas ton travail. Tu as donné le meilleur de toi-même, donc tu peux pas t'en vouloir. Tu as fait vraiment ce que tu as ce que tu as pu simplement. Il te manque de la méthode et il te manque des techniques d'apprentissage.
Et donc là, comment tu fais? Parce que là, cette année-là, donc tu fais quoi? Tu dis j'arrête, je vais me former, trouver les méthodes et les mettre. Comment tu veux? Tu fonctionnes?
En fait, j'ai pas d'alternative, clairement. C'est-à-dire que je sais que j'aime bien la pédagogie. Je sais que la danse, ça y est, c'est passé. J'aurais pu reprendre. D'ailleurs, encore aujourd'hui, on me propose des choses et tout, tu vois. Donc je pourrais potentiellement reprendre, mais je me dis Non, tu peux pas rester sur un échec, c'est pas ta conviction. Et puis au fond de moi, je pense que je peux faire un bon prof, tu vois, j'ai cette conviction-là. J'ai vu comment ça se passait dans une salle de danse, des fois je donnais des cours, tu sais, dans une langue étrangère à 150 élèves sur un podium avec un micro, enfin tu vois. Donc quand tu as développé ces techniques pédagogiques-là, se retrouver dans une salle à 30 ou 40, ça va, tu vois. Et je me dis non, allez Naïm, tu te poses les questions de ton échec, apprends à apprendre. C'est ça ton problème, c'est que tu ne sais pas apprendre. Et je manquais de vocabulaire aussi, tu vois. Et donc je me suis mis à lire.
D'accord, donc tu te mets à lire, tu te formes. Et là, c'est quoi le résultat? Tu échoues encore ou comment ça se passe?
En fait, il y a 2 concours, tu vois. C'est incroyable la suite, tu connais la suite, mais la suite elle est incroyable.
Moi je la connais, mais bien sûr, je veux que les gens la découvrent. Le but, c'est qu'on la découvre ensemble.
Non, non, je sais bien, mais en fait, c'est ton sourire qui est trop mignon. Je vois un sourire de fierté, moi. En fait, on se connaît. En fait, si vous voulez, c'est ouf parce que la première année, Il y a 2 concours, tu vois. Tu as le CAPLP pour enseignant lycée pro et tu as le CAPET pour enseignant lycée technologique. Le CAPET, je l'ai pas, je l'ai même pas tenté. Pour moi, c'était, tu vois, c'était trop, quoi, tu vois. L'année d'après, j'ai 19,33 au CAPLP et je réussis CAPET en lycée pro, en lycée pour enseignant lycée technologique. À l'oral, je vais pas au PLP, je vais au CAPET parce que je l'obtiens en fait avant de, avant les oraux du PLP, tu vois. Et en fait Je le dis avec le recul, cet échec, c'est ce qui m'est arrivé de plus beau. Pourquoi? Parce que 1, ça m'a fait accepter un échec, et en réalité, ça m'a fait relativiser l'échec aussi. Et pourtant, j'insiste, j'avais vraiment besoin d'argent à l'époque. J'avais rien, j'avais pas de travail, quoi. Ça, c'est la première chose. Deuxième chose, ça m'a permis de découvrir les neurosciences, de développer une connaissance de moi plus profonde, et donc une estime de moi, et donc une confiance en moi. Et la troisième chose, c'est que j'aurais pas été épanoui en lycée professionnel. Mais par contre, en lycée technologique, je m'éclate comme un fou, quoi. Et donc j'obtiens le CAPET et j'ai 19,33 au PLP, c'est-à-dire le concours que j'ai raté aux écrits. J'ai eu 19,33 à l'un des deux écrits, à savoir la meilleure note de France.
Et après, toi tu dis c'est bon, j'ai le concours, je peux être prof, et tu t'arrêtes là?
En fait, ce qui se passe, c'est que je suis méga stressé. T'imagines, moi, mettre un concours en juillet, enfin en juin, fin juin tu as les résultats, on dit en septembre tu vas te retrouver face à 30 élèves qui ne sont pas contents d'être là. En plus, tu es en lycée technologique, tu vas en STMG. Les STMG, c'est des gros bordéleurs, ils ont tous subi leur orientation et ils vont te faire la misère. Et quand j'annonce ça à la rentrée, tu as une pré-rentrée avec les stagiaires et tout, on est, tu sais, on est un petit peu partout dans l'académie. Quand j'annonce mon lycée d'affectation, c'est à peine si on me dit: «Oh là là, tu as un truc pour te raccrocher à la vie, ça va aller, mets ton gilet pare-balles et prends ta matraque télescopique.» Et ça se passe comment tes premiers jours de prof? Alors mes premiers jours, c'est, je sais pas pourquoi j'adopte une attitude militaire, je sais pas, c'est peut-être une manière de me protéger. Il y a un élève le premier jour, je me souviendrai toute ma vie, vient me voir à la fin parce que j'insiste, avant vous vous rangez, ici c'est bonjour monsieur, bonjour ça suffit pas, demi-tour, bonjour monsieur. Je sais pas ce qui m'a pris en fait, tu vois, vraiment, tu sais que je suis pas comme ça en plus, tu vois.
C'est tellement, on m'avait, on m'avait préparé, tu t'es dit ouais, je vais faire l'armée.
C'est exactement ça, tu vois, c'est à peine si on avait pas chanté la Marseillaise, quoi, tu vois. Donc on arrive, tout ça, à la fin il y a un élève qui vient voir, il me dit monsieur, j'ai hâte «Je veux devenir gendarme et je trouve que cette rigueur du bonjour monsieur, du on se lève avant, on s'assoit pas avant l'autorisation, etc. Et puis vous nous avez constamment valorisés.» C'est-à-dire qu'à la fois, j'étais très direct dans mes directives et dans mes demandes, mais en même temps, je les ai ultra valorisés dès le début et je leur ai raconté mon histoire. En fait, c'est-à-dire que je leur ai dit: «Mais moi, je sais que vous voyez un prof, pour vous, les profs, c'est un gars au bord d'une cheminée qui fait que lire des bouquins avec une pipe. Mais moi je suis un élève comme vous, j'ai subi mon orientation. Je vous pose une question: qui est content d'être là? Personne lève la main. Je dis mais moi aussi j'ai mieux à faire, faut pas croire, mais on va passer une année ensemble et ça va bien se passer, vous inquiétez pas. Et du coup, je passe une année de stage incroyable, j'ai 40 sur 40 en pédagogie. Je me souviendrai toute ma vie, le proviseur et l'inspecteur me disent: on vous met 40 parce qu'on peut pas vous mettre au-dessus, en fait. Et c'est une phrase qui m'a marqué. Et là, je me dis, vu le retour, vu les larmes à la fin de l'année, vu les cadeaux, vu les moyennes que j'ai, vu aussi ce que j'apporte. Il y a une collègue qui est à la retraite qui me dit: mais toi, tu es un ovni en fait. Enfin voilà. Et je me dis: bah c'est bon, tu as trouvé ta voie, tu es fait pour ça, mec.
Et pourquoi, qu'est-ce que tu as mis en place pour avoir 40 sur 40 en pédagogie? C'est quoi les— Franchement, toi tu fais ça, mais tu es un cas particulier par rapport à ce que l'enseignement— parce que ce que tu as enseigné, c'est pas le truc que l'Éducation nationale t'a enseigné, c'est pas les trucs que tu as reçus pendant tes cours. Que toi-même tu as choisi de mettre en place. Et est-ce que tu peux nous en parler un peu?
Ouais, alors le truc, c'est que déjà je me suis posé une question qui est toute simple: pourquoi on n'aime pas l'école? Pourquoi moi j'aimais pas l'école? Pourquoi j'aimais pas l'école? Parce que 1, les profs ne me considéraient pas. 2, ils avaient des stéréotypes sur moi. 3, j'avais zéro liberté. Dès qu'il faut, dès qu'on veut faire quelque chose, il faut une autorisation pour ça, tu vois.. Et du coup, je me suis dit: comment je fais pour faire en sorte que les élèves se sentent bien dans mon cours? Et moi, mon objectif, il est simple: si tu te sens meilleur, si tu penses que tu as plus confiance en toi, si tu considères que tu es une meilleure personne à la sortie qu'à l'entrée de mon cours, c'est-à-dire que si j'opère une transformation pendant mon cours, j'ai gagné. Et en fait, j'ai pas été d'accord avec certains inspecteurs parce que pour moi, mon but, c'est d'abord la confiance en soi Et ensuite, la transmission de savoir. C'est-à-dire que j'aurais beau transmettre les savoirs de la meilleure des manières ou autre, si les gamins ne se sentent pas bien, à quoi bon en fait? Et donc j'ai tout fait pour bâtir ce que j'appelle un climat propice à deux choses: la confiance en soi, mais également avec l'enseignant, et la communication. C'est-à-dire que mes élèves, je leur donne toujours la parole, je les écoute tout le temps, et en début de cours Je leur pose des questions le premier trimestre, c'est-à-dire ils m'ont rempli une fiche. Et tu sais, là, les fiches, tu vois, les fiches en début d'année, moi je m'en fous de savoir ce que fait le père ou la mère, ça m'intéresse pas. Par contre, ce qu'ils aiment, ça m'intéresse. Et ce que j'ai fait, c'est que le premier trimestre, 5 minutes au début de chaque cours, je prenais la liste et je leur posais des questions. Bah, un tel, vous m'avez parlé d'équitation, est-ce que vous pouvez m'expliquer c'est quoi vos projets, etc., etc. Un tel, vous faites du fitness, ben vous avez une idée de métier par rapport à ça? Et du coup, ça les a ultra valorisés. Et il faut comprendre une chose, c'est que les élèves, notamment lycée, sont dans l'affectif. Ce sont des personnes qui vivent certaines choses et franchement ce côté-là affectif il faut absolument pas le nier en fait. Et je pense que tout part de là et tout est une question de communication quoi, tu vois.
D'accord, donc tu as basé toute ta pédagogie sur la communication, l'échange et la confiance.
C'est ça, c'est ça, sur l'échange, la communication, la compréhension. Et aussi des fois dire bah voilà, tu vois, même moi je me livre à eux. Par exemple, tu vois, j'écris des mails et tout, tu vois, aux enseignants. Et là je parlais d'un truc, c'est un jour j'ai donné un cours qui a pas été. Et bah j'en ai parlé, j'ai dit bah à la fin du cours ça s'est ressenti et on en a parlé aux élèves. Et genre moi je leur demande des feedbacks, genre à la fin du cours je dis est-ce que ça vous a plu, qu'est-ce qu'on aurait pu mieux faire, etc. Et je sais que beaucoup en fait de profs pensent que si on adopte cette attitude c'est la porte ouverte à tout. En fait faut comprendre une chose, c'est que l'autorité ça s'impose pas. L'autorité c'est ce qu'on appelle un contrat didactique au sens de Girousseau. Un contrat didactique, qu'est-ce que c'est? C'est de permettre à l'élève d'expliciter ce qu'il attend du prof et que le prof explicite véritablement ce qu'il attend des élèves. Parce que souvent, en fait, on vient, on veut imposer des règles aux élèves, mais en fait, on laisse pas la place au dialogue finalement. Et imposer des choses, ça ne fonctionne pas. Et donc moi, ce que j'ai permis, c'est que j'ai permis à mes élèves de dire: bah voilà, vous attendez quoi de moi finalement? Et c'est ça qui a fait la diff, je pense.
Et tu as fait combien de temps que tu es enseignant?
Depuis 2016 maintenant, donc ça fait 7 ans. Waouh, ça passe vite!
Est-ce que tu as eu des cas d'élèves qui sont arrivés en début d'année, qui avaient pas forcément des bons résultats ou autre, qui grâce à cette pédagogie ont eu des transformations incroyables? Tu dis mais c'est fou ce qui est en train de se passer.
Franchement, une majorité. Et je le dis avec beaucoup de gratitude et beaucoup de fierté. En fait, faut comprendre une chose, c'est que les élèves vivent ce que j'ai vécu quand j'ai raté mon concours. C'est-à-dire que bien évidemment, Mohamed, dès la première année, les techniques d'apprentissage que tu démocratises, de lecture rapide, etc., etc., mais je pouvais pas garder ça pour moi, ça c'était impensable en fait. Et ce que j'ai fait, c'est que moi il y a un truc incroyable, c'est qu'il y a des élèves qui sont à la fac qui m'envoient encore par exemple des mind maps et tout ça, quoi, tu vois, qui me disait regardez, on a appris ça à l'époque et moi je continue.
Et je vous remercie dans ce que tu mets en place parce que effectivement Toi, tu as basé tout ça sur la confiance, la communication et autres, mais ce que tu ne disais pas et que tu viens d'aborder, c'est que pendant tes cours, tu enseignes les méthodes d'apprentissage. Donc, tu utilises le Pomodoro. Je me rappelle d'une discussion qu'on a eue ensemble où je te disais, mais cette année, fais des Pomodoros à chaque début de cours. Il me disait, non mais je ne sais pas. J'ai dit, si, si, il faut que cette année soit une année test. Utilise le Pomodoro et toutes les méthodes qu'on connaît ensemble.. Et tu m'as dit vas-y, OK, je le mets en place.
Et résultat incroyable, c'est-à-dire que déjà c'est trop marrant parce qu'une fois, je me souviendrai toute ma vie, il y a un prof qui rentre pendant de la Brain Gym, tu sais.
Ah oui, il dit mais qu'est-ce qu'il fait?
En fait, vous imaginez, donc j'explique pour tout le monde, il y a, je crois que c'était en CPE ou un proviseur adjoint, je sais plus, qui entre dans ma classe, qui toque et qui entre. Et il y a les élèves qui sont comme ça en train de faire, tu sais, des exercices de gym.
De mobilisation du corps où on va soit lever la main, les pieds, bouger, sauter, faire plein de trucs pour à la fois oxygéner notre cerveau, faire circuler le sang, synchroniser les deux hémisphères. Donc c'est être en mouvement, sachant que dans une classe on est censé être assis derrière la chaise et pas bouger pendant une heure. C'est un peu l'armée. Et là, Naim, en plein milieu de cours, il est en train de danser avec ses élèves, entre guillemets.
C'est exactement ça. Et en plus, j'ai de la chance, moi j'ai une salle où je suis au rez-de-chaussée parce que cette année j'ai exclusivement des étudiants BTS.. Et du coup, on est à la cour, on est à côté de la cour. Donc pareil, on va se balader tous les 25 minutes, on va se balader, on va marcher un petit peu, on va prendre l'air, on revient. Et ça, c'est un gain en productivité qui est énorme, c'est un gain en productivité qui est énorme.
Donc ça se passe comment alors quand l'enseignant arrive ou le proviseur, je veux dire, adjoint?
Bah en fait, il comprend pas, il regarde comme ça. Mais moi, j'assume complètement. Et allez, on continue tout ça. Et maintenant, je pense que tout le monde est, enfin, tout le monde, je pense que les gens qui s'intéressent à ce que je à ce que je fais comprennent. Mais surtout, en fait, il faut se poser une question. Les principaux concernés sont les élèves. C'est-à-dire que moi, depuis que j'enseigne, et moi, je vois les fiches de synthèse, là, tu vois, les synthèses, tu vois, recto verso sur Word et tout. Moi, il n'y a pas ça dans mes cours. En fait, depuis toujours, je fais des mind maps, depuis toujours je fais ces choses-là. Et en fait, la vraie question, c'est bah, c'est quoi les résultats sur les élèves? Et les élèves sont épanouis en fait. Donc Encore une fois, je pense que moi, ce que j'ai eu, je pouvais pas le garder pour moi. Et pour répondre à ta question, les résultats, mais c'est incroyable en fait. Et aussi, aussi, au-delà de ça, c'est que dans la matière, mais aussi dans les autres matières, et surtout dans la perception que les élèves ont de la réussite. C'est-à-dire que moi, en STMG, Mohamed, j'ai des gens, ils veulent pas être là. J'ai des élèves, ils veulent pas être là. Ils ont subi leur orientation. La STMG, c'est décrié par tout le monde, tout le monde dit que c'est une filière poubelle, etc., etc. Moi, je milite justement pour, tu vois, changer cette image-là parce que c'est une super filière en réalité. Et du coup, moi Moi j'ai un premier trimestre, c'est confiance en soi, c'est développement personnel, tu vois.
Parce qu'à l'époque tu faisais les lycées, mais maintenant tu fais des BTS, c'est-à-dire que là les gens ils ont déjà eu le bac et ils arrivent, ils ont choisi, bon, avec Parcoursup entre guillemets, et ils arrivent. Donc là tu as que des BTS, c'est ça?
Là cette année, ça fait un an, un an, ouais, là j'entame ma deuxième année où j'ai que des étudiants. En fait je voulais des STMG, mais pour des raisons d'emploi du temps, de service, tout ça, j'ai pas pu en avoir. Enfin bref, mais de ce fait-là Ouais, mais par contre pareil, parce que moi j'ai une majorité par exemple de baccalauréat professionnel maintenant. Les baccalauréats professionnels, on sait très bien, la plupart leur orientation a été subie. Ils considèrent que le bac, bah voilà, ça a été facile, on leur a donné, c'était une formalité. Et du coup en fait pour eux l'école c'est, bah on est là, on sait pas trop quoi, pourquoi, ça n'a pas trop de sens et c'est compliqué, tu vois. Et du coup faut déconstruire plein de choses en fait.
C'est quoi quand tu dis il faut déconstruire, c'est quoi qu'il faut déconstruire?
Bah déjà, faut, t'imagines, on fait pas de synthèse, on fait des mind maps. Ça fait 17 ans on leur donne des synthèses, 18 ans, ou enfin, ou presque, tu vois. Ça fait 12 ans on leur donne des synthèses et moi je viens, je dis les gars, c'est terminé, vous allez faire, vous allez dessiner maintenant, vous allez dessiner, mettre des couleurs, vous allez ramener des feutres alors que vous êtes étudiant. Donc déjà ça, il faut déconstruire. Au début, tu vois, on reste dubitatif. Pareil pour la lecture. Moi ce que je fais, c'est que j'essaie de les sensibiliser à la lecture. Chaque cours, 5 minutes, je lis un bouquin. Et peu importe, ça peut être un roman, ça peut être un livre de dev perso, peu importe, tu vois. Ce que j'ai, je Et du coup, il y a quelques étudiants avec lesquels j'échange, et pour eux, la lecture, c'est pour les autres, etc. Donc il y a plein de choses à déconstruire. Votre cerveau est capable, en fait, tu vois. C'est pas l'apprentissage, c'est, comment dirais-je, c'est ouvert à tout le monde. Faut juste les techniques, en fait. Et ça, quand tu as été baigné dans «t'es pas capable, tu subis ton orientation », bah c'est difficile, quoi, à déconstruire.
Là, tu dis une phrase, je vais revenir sur ça: «t'es baigné dans t'es pas capable et tu subis ton orientation». C'est-à-dire que toi qui es enseignant T'as l'impression, le «t'es pas capable», il vient d'où? Il vient des enseignants, il vient du système, il vient des parents, il vient de... Et comment... Parce que moi j'ai ma réponse, mais comment... J'ai l'impression qu'il y a énormément d'ados qui subissent la même chose que moi j'ai subi quand j'étais jeune, le «je suis bête, je suis pas intelligent». Comment toi qui es dans l'Éducation nationale, tu vois ça? D'où ça vient? Petite pause pour te dire que si ce podcast te plaît, like et abonne-toi pour recevoir encore plus de contenu.
Franchement, c'est une question qui, merci de la poser parce que je trouve que c'est une question qu'on, c'est un enjeu énorme qu'on doit prendre à bras-le-corps et qu'on doit absolument, j'allais parler en anglais, qu'on doit address, qu'on doit traiter. Moi-même, toi-même Mohamed, et d'ailleurs tu en parles et c'est une très bonne chose que tu en parles parce qu'on en a besoin. Tu sais ce que c'est d'avoir des mauvais résultats, d'être considéré comme un mauvais élève?
J'ai vu, la dernière fois j'étais chez mes parents et je suis retombé sur mes bulletins de seconde, première, terminale. Et je suis retombé sur mes bulletins du deuxième trimestre de terminale. Oh là là, j'ai regardé ça. Heureusement que mon père il savait pas lire français, il savait pas lire le français. Et ma mère aussi, et qu'on recevait les bulletins, on les prenait et parce que là, si j'étais pas, si moi c'était mon fils, j'aurais regardé ça, je me serais dit, waouh, il est perdu, qu'est-ce qu'on va faire de lui, tu vois, c'était, il y avait des commentaires en anglais, c'était, c'est bon, Mohamed a baissé les bras, il s'est laissé emporter par le, tu sais, on peut plus le rattraper, Dans les matières littéraires, oh là là, mais bon, c'est un autre sujet. Mais bon, vas-y, parce que là, ce qui est fou, c'est quand je vois où j'en suis et ce qu'on fait avec les étudiants et comment on aide les étudiants ensemble et dans tous les programmes qu'on fait, je me dis mais en vrai, tu peux à un moment T pas avoir le niveau, un niveau incroyable, mais ça veut rien dire sur le futur. Bien sûr, si tu as les bonnes méthodes, et encore plus aujourd'hui. Mais bon, continue.
Non mais c'est ça, c'est-à-dire que rien de— on va pas se mentir, moi, rien ne te destinait à ça.
C'est sûr, c'est sûr que rien ne me destinait à ça. Et même moi, dans mes meilleurs rêves, je me destinais pas à ça. Même dans mes meilleurs rêves, je me— et il y a une semaine, j'ai fait Al Jazeera. Je te l'ai dit ça ou pas? Je crois que je voulais envoyer Al Jazeera en direct devant tout le monde arabe. Moi, Al Jazeera, je l'ai connu à l'époque du 11 septembre où le daron, il était tous les soirs collé Al Jazeera en train de regarder cette chaîne parce que c'est— et avec tout ce qui s'est passé, l'Irak et tout, et c'est la chaîne que tous les papas regardent en boucle pour connaître les infos du monde arabe et autres. Et là, moi, je passe en direct à 22h devant des millions de téléspectateurs du monde arabe. C'est ouf, c'est incroyable, c'est incroyable.
Non mais c'est incroyable, c'est incroyable. Et en fait, tu sais, c'est une question vraiment profonde. Je pense qu'il faudrait 14 podcasts pour traiter cette question-là. On va pas faire 14 podcasts, tu me connais, mais je vais essayer de synthétiser ça. Je pense que déjà, et franchement, pour ceux qui nous écoutent, je veux absolument pas flageller, je veux absolument pas faire culpabiliser. Mais on va parler déjà de, en fait, je pense qu'il faut voir le problème sous divers aspects. Le premier aspect, je suis désolé, mais c'est un petit peu les parents. Mais en fait, les parents, le gros problème qu'ils ont, c'est que, et j'en parle avec des parents, c'est-à-dire que là, ce que je dis, ça s'appuie uniquement sur mon analyse et sur mes échanges avec les parents. Les parents, lorsque je leur pose la question qu'est-ce que ça vous permettrait de de qu'est-ce que vous ressentiriez à développer le potentiel de votre enfant, c'est toujours la même réponse qui revient, c'est l'apaisement. En fait, l'apaisement. Et pourquoi ils sont apaisés? Parce qu'ils veulent que leurs enfants aient des bonnes notes. Pourquoi? Parce que s'il a des bonnes notes, ça suppose qu'il aura tout pour réussir sa vie puisqu'il pourra faire de longues études, prétendre à de longues études et donc prétendre à un bon travail. Donc déjà, la première pression qu'on a, c'est celle de la réussite scolaire vis-à-vis de la perception de nos parents et pour pouvoir les rassurer. Mais les parents, en réalité, ils font partie de ce système-là. Et ce système-là, c'est quoi? C'est l'évaluation. Précoce. Dès la classe de primaire, on nous bassine avec des évaluations, on nous bassine avec des notes, on nous bassine avec des bulletins, à tel point que les élèves se considèrent en fonction des notes qu'ils ont. C'est-à-dire que si j'ai une mauvaise note dans telle matière, je pense que je ne suis pas capable. Parce que notre travail, c'est une partie de nous finalement. Et ça peut être exacerbé par quoi? Par le parent qui reçoit le bulletin. Finalement, moi je le dis, je suis enseignant, j'ai 3 enfants. Ça va peut-être choquer des parents, ce que je vais dire. J'en ai que faire des notes, ça ne m'intéresse pas. Pourquoi? Parce que je sais que mes enfants déjà ne peuvent pas être bons en tout, et je sais également que je leur fais confiance et je vois le potentiel qu'ils ont finalement. Et je suis désolé, une note ça veut tout et rien dire. Une note c'est quoi? C'est l'évaluation à l'instant T en fonction de plein de facteurs. Ça ne reflète pas le potentiel, ça ne reflète pas l'effort non plus. Mais ce que je veux dire, c'est que pourquoi les élèves ne se sentent pas capables parce que déjà il y a le rapport à la notation, il y a le rapport à l'orientation, mais également je pense qu'il y a un manque aussi de la part des profs. Et je te donne un exemple en salle de prof que j'ai entendu: ah ouais, ils sont, ils sont bien pour des STMG quand même. Donc déjà, si tu pars avec ce stéréotype-là, bah forcément tu vas valider ton stéréotype au travers ton analyse et ça va plutôt confirmer ce que tu penses déjà. Donc Quand tu te retrouves dans une filière que tu voulais pas, avec des notes que tu voulais pas, forcément c'est très compliqué de penser que tu es capable de faire quelque chose.
Et on confond beaucoup le être et le avoir. C'est: je suis nul parce que j'ai— alors que tu as 14 de moyenne, ou tu as 12, ou tu as une note de 6. Et donc la note, c'est être, c'est juste qui je suis. Non, c'est que tu as pas la compétence, ou tu as pas encore le avoir. J'ai pas encore le— je suis pas là, la compétence en maths en maths ou en physique ou en telle matière, mais c'est pas ta personne qui est comme ça effectivement. Et on est plus évalué sur ce qu'on connaît pas que sur ce qu'on connaît. Tu peux avoir appris tout le cours, mais si ton contrôle, tiens le stress du bac, tu as appris tous les chapitres, tu dis je fais la passe sur un ou deux chapitres parce que, ou des exams parce qu'il y en a trop, et ben tant que par hasard ça tombe sur ce chapitre-là, et là tu dis je connaissais tout, et ben comme je suis évalué sur ce que je ne connais pas et non pas sur ce que je connais, boom, Tu as des mauvaises notes et comme tu penses que les notes représentent qui tu es, qui on est dans notre quotidien, et ben voilà, intérieurement on le vit mal. Et souvent, mais même dans la vie professionnelle ou dans tout ce qu'on fait dans notre quotidien, notre vocabulaire et notre manière de parler oriente qui on est. Parce que quand on a des échecs, la manière laquelle on parle de notre échec on a l'impression que c'est notre personne qui est comme ça. C'est «je suis nul». Et moi, je l'ai fait pendant des années. Non, c'est pas «je suis nul », j'ai pas réussi à faire ça. Et même moi, des fois, j'essaie de reprendre le discours que j'ai avec mes enfants. Des fois, mes enfants font des choses et la manière dont je leur parle, je dis «ah non, mais en vrai, c'est pas bon». Je leur fais penser un truc alors que je devrais pas leur dire «non, c'est pas, tu es méchant» ou «non, c'est l'acte que tu fais, c'est pas toi, c'est pas ta personne, c'est l'acte que tu es en train de faire ne correspond pas à qui tu es réellement». Parce que toi, en tant qu'enfant gentil ou enfant bienveillant ou haute milieu machin chouette, tu dois pas être de cette manière.
Effectivement, tu m'as enlevé les mots de la bouche, c'est exactement ça. Moi, ne pas se définir, ne pas définir l'enfant en fonction de la faute, mais d'expliquer que, de mettre l'accent sur la faute en elle-même plutôt que de le corréler à la faute. Moi, je suis vraiment d'accord avec toi.
Et toi, aujourd'hui, quand tu accompagnes à l'école, parce que nous on a l'Académie, mention très bien, on travaille beaucoup sur la confiance, la tous ces aspects-là de technique de mémorisation, de productivité et de reformulation des biais cognitifs et autres. Mais toi qui es enseignant, qu'est-ce que tu constates, on va dire, chez les ados, chez les étudiants? Qu'est-ce qui manque? Qu'est-ce qui devrait être fait? Que nous on fait entre guillemets le soir, le week-end avec ce qu'on propose, mais qui aurait pu être fait pour que ces ados soit plus dans ce mode de pensée.
Ouais, moi je pense qu'il y a des matières qui devraient être fondamentales à l'école. Tu vois, dans certains systèmes, par exemple le système scandinave ou alors même le système japonais, il y a des soft skills qu'on enseigne dès le plus jeune âge, c'est-à-dire qu'ils sont pas dans une approche évaluative mais ils sont dans une approche formative finalement. Par exemple, Ce n'est pas normal pour moi, après c'est discutable, mais que dans le système français, il n'y ait pas des cours de confiance en soi. Et après, on peut me dire oui, ça fait très bullshit, dev perso. Non, la réalité, moi je suis sur le terrain, j'ai des élèves tout nouveaux, enfin j'ai de nouveaux élèves chaque année. Il y a un véritable manque de confiance en soi chez mes élèves et ça, c'est visible dans absolument toutes les promos que j'ai eues. Et ça continue même, ça perdure même à l'université parce que j'interviens à l'université aussi. Donc déjà, première chose, un manque cruel de confiance chez mes élèves. Également, ils n'ont pas le sentiment d'être des personnes bien, c'est-à-dire que, comme tu as dit, ils se, comment dirais-je, ils se considèrent en fonction des notes. L'évaluation qu'ils ont d'eux, c'est l'évaluation des notes, finalement, en tout cas au rapport à l'école. Perte de sens également, des fois ça n'a pas trop de sens. Manque d'organisation, alors ça c'est capital. Un gros manque d'organisation et également aucune méthode d'apprentissage. Et je vais te donner un exemple très concret. Mohamed, maintenant le bac c'est en mars, donc voilà, c'est comme ça.
J'ai rien compris, franchement, ça fait 2-3 ans, mais c'est une aberration.
Ouais, personne ne— franchement, moi j'ai pas vu un collègue qui était content de— et je trouve que ça stresse encore plus les élèves, encore plus les parents. Au niveau organisationnel, c'est une folie. Enfin bref.
Je parle avec, tu sais, nous on accompagne des prépas médecine et autres, et je parlais avec une personne qui a un organisme de formation comme ça, qui prépare des étudiants, et dit le gros problème de ça c'est que maintenant les élèves à partir de fin mars ils sont en vacances. Mentalement ils sont en vacances, et quand ils font médecine, c'est-à-dire qu'ils ont avril, mai, juin, juillet, août, et des fois septembre, parce que les années de médecine commencent souvent fin septembre, donc pendant 6 mois ils ont rien foutu. Et donc au bout de 6 mois, faut les remettre au travail, mais en mode tu passes de 0 à 15 heures de taf par jour et c'est la folie. Donc bon, ça c'est un autre sujet, mais oui, c'est pour moi, j'ai, bon, c'est un autre sujet.
Non mais justement, tu vois, et en fait pourquoi? Parce qu'à partir de septembre, on leur demande d'apprendre à préparer le grand oral, d'apprendre à pitcher. Enfin, c'est pas un pitch, mais en tout cas c'est même pas de l'éloquence, on va dire que c'est de l'art oratoire. Enfin bref. Mais je suis désolé, ça, ça prend pas en 2 mois en fait. Déjà, est-ce que les profs sont formés à ça? Moi, j'ai des collègues, au niveau prise de parole, c'est zéro en fait.
Tu as dit à partir de septembre? Non, à partir de mars tu parles.
À partir de mars, pardon, pour juin-juillet quoi.
Ouais.
Il faut préparer le grand oral. Donc déjà, les enseignants au niveau de la prise de parole, on n'est pas tous formés. Moi, à titre personnel, je me suis formé par exemple. Enfin voilà, c'est une vraie question. Et en fait, c'est bien en amont qu'on apprend ça. Aux États-Unis, dans les pays anglo-saxons, on apprend à pitcher dès 5-6 ans en fait, tu vois. Et du coup, je trouve que l'objectif est louable, mais le chemin pour atteindre cet objectif-là, il est ultra discutable en fait.
Il y a un exercice qui est fait chez les maternelles, et je me dis pourquoi on arrête après la maternelle, qui est incroyable. Mon fils le fait. Quand tu arrives le lundi matin, tu dis ce que tu as fait ce week-end. Et quand tu reviens de vacances, tu parles, tu vas et tu parles de tes vacances.. Et donc tu obliges tous les enfants à venir parler soit de ses vacances, soit de son week-end. Et des fois, ils ont, on leur donne un petit nounours. Monsieur là, lui, c'était Monsieur Caramel. Il n'a pas eu les années d'avant, mais il avait Monsieur Caramel. Et donc tu le ramènes le week-end à la maison et quand tu reviens le lundi, tu dois dire tout ce que tu as fait avec Monsieur Caramel. Donc ça pousse l'enfant à faire son petit exposé une fois de temps en temps. Et j'ai l'impression C'est peut-être mes souvenirs qui sont mauvais et que j'espère que c'est pas le cas, mais j'ai l'impression que dès que tu finis la maternelle où ça c'est fait, bah t'as plus ça. T'as plus ces moments où l'enfant, à part des exposés, mais des exposés notés. C'est ça le problème, c'est que plus tard, que ce soit en primaire, au collège, t'as des exposés, mais l'exposé est toujours associé à la note. Et comme il est fait une fois par an, t'as tellement de pression dessus, ça te pousse pas à prendre du plaisir. Alors que moi, je pense qu'il faudrait plus souvent dans l'année être amené à laisser l'enfant prendre la parole. Tu as des enfants, pendant un an ils parlent pas en cours, ils viennent, tu as pas entendu. Le gars, il est timide, tu as pas entendu un mot de sa bouche pendant un an.
Non mais je suis d'accord. Et c'est pour ça que, à titre personnel, ce que je fais, c'est que chaque cours— et on peut me dire ouais, déjà un cours c'est courir et tout, certes, mais après on a rien sans rien, quoi. Chaque cours, les 5 premières minutes on va discuter. Et en fait, le but au-delà de ça, c'est quoi? C'est déjà de créer un climat de confiance et leur donner la parole et les faire parler. En fait, c'est-à-dire que pour eux, moi je leur pose des questions, tu vois. Moi je connais rien au foot, mais j'ai des potes qui suivent. Ah, vous avez vu le match et tout? Donc je fais genre j'ai regardé, tu vois, alors que je connais rien vraiment. Un jour, ils m'ont invité à la radio du lycée, ils pensaient que je connaissais le foot parce que tous les lundis matins je parlais de foot avec eux, et je connais rien. Et ils me disent: Monsieur, vous pensez quoi de Benzema? Je dis: actuellement, Benzema, je pense que c'est le meilleur numéro 10 au monde. Et là, en fait, le masque tombe, tu vois. Bon, c'était à la fin d'année, ça va. Tu vois ce que je veux dire? Et là, le masque tombe. Mais en fait, tout ça pour dire que bien évidemment, il faut les faire parler. Et moi, je leur fais parler de tout. Vous avez mangé quoi à midi? Quand on se retrouve à midi, c'était quoi votre repas? Et du coup, on va parler d'alimentation, des rythmes circadiens, de l'impact de la glycémie sur l'état de forme, etc. Il faut parler de toutes ces choses-là. Mais le but, c'est pas tant de leur enseigner des choses, c'est eux de les faire parler en fait.
Et c'est cool parce que toi, dans l'Académie, moi, c'est très bien, c'est ce qu'on essaie de faire, de faire, du moins on essaie, on le fait avec tous les modules sur la prise de parole, sur le fait que l'enfant va apprendre à prendre la parole, et le fait qu'on ait des ateliers où on fait passer la parole. On aime bien, tiens, on fait passer la parole à plein de gens, et des fois tu vois le petit qui l'a pas, il a pas envie de parler mais comme tu le mets dans une ambiance positive et que tu es bienveillant, eh ben, et qu'il essaye, il se dit en vrai, ça c'est cool.
Mais sur l'académie, non, ils sont très bien. Déjà, il y a un truc qui est fondamental, c'est que déjà notre, notre base de travail, ça a été les problématiques du terrain. Et du coup, forcément, ça peut que permettre des transformations. Et moi, je me souviendrai toute ma vie de cette transformation. On avait une étudiante qui était là et on avait une collégienne, et l'étudiante pose une question et c'est la collégienne qui lui répond et qui lui permet, qui la valorise. Et non, t'inquiète, ça va aller. Elle avait, je crois, je sais plus, elle avait peut-être 12-13 ans, tu vois, et elle était là, elle a motivé et tout. Et là je me suis dit, à partir du moment où on est en module, on est en échange, et que je m'extrais, et que c'est une élève de l'académie qui est en train d'enseigner à l'autre, moi ça y est, moi j'ai réussi là, c'est bon.
Est-ce que on arrive bientôt sur la fin du podcast? J'aime pas, on fait souvent des podcasts qui durent 45 minutes. Je crois qu'on est déjà à 45 minutes de parler, tu sais, moi, mais donc on peut parler 2 heures, mais pour que les personnes puissent rester, tu vois, avec la cohérence cardiaque, il faut qu'ils puissent rester concentrés. Donc quand c'est trop trop long, il passe à autre chose. Si aujourd'hui tu avais le ministre de l'Éducation, le nouveau ministre, parce qu'on a On change de ministre comme de chemise, surtout au niveau de l'Éducation nationale. Si tu avais un nouveau ministre devant toi et que tu voulais lui passer un message, quel message tu voudrais lui passer?
Je lui demanderais d'écouter les élèves, en fait, d'être à l'écoute, franchement. En fait, tu sais, on a l'impression que le système va aller mieux parce qu'il faut dire une chose, et c'est pas moi qui le dis, c'est le rapport PISA. Le système français, il est très bon pour les très bons en fait. C'est un système qui est bon pour les, voilà, pour qui est élitiste entre guillemets. Moi, je pense qu'il faut revenir à une base. Et la base, c'est quoi? Bah, c'est d'écouter les élèves. Ils ont besoin de quoi en fait, nos élèves? Comment on fait pour se sentir mieux à l'école? Parce que finalement, c'est ça le problème, c'est qu'on nous parle d'alourdir les emplois du temps, de faire en sorte qu'ils soient mieux à l'école. Mais déjà, la question à se poser, c'est: est-ce qu'ils se sentent bien à l'école? Et moi, je pense pas en fait. Il y a pas une année où j'ai pas un élève qui me parle de harcèlement. Il y a pas une année où— alors dans ma classe, il y en a pas et il y en aura jamais parce que je suis intransigeant avec ça. Et je, dès le premier jour, je sensibilise au harcèlement, tu vois, dès le premier jour. C'est-à-dire que ça— et surtout, j'essaye de créer une bonne ambiance. C'est-à-dire que quand quelqu'un se sent rejeté, pas se sent rejeté, mais qu'il est seul, je sensibilise les autres à huis clos pour l'inviter à manger, pour le faire participer aux sorties, etc., etc. Qui est vraiment personne qui se sent exclu, tu vois. Et moi je pense que la base de tout, c'est de les écouter. Et je pense qu'en France on a des rythmes qui sont beaucoup trop lourds. En fait, les gamins sont KO, ils sont KO. Après, on peut me dire oui, c'est le téléphone, certes, mais il faut composer avec en fait. Donc première chose, moi j'écouterai les gamins vraiment, je leur donnerai la parole. Et je pense que c'est ça qui va nous permettre d'avoir un meilleur système. C'est pas une énième, une énième réforme, une énième, une énième refonte des programmes. Ce qui va nous écouter, c'est, c'est de ce qui va nous permettre de réussir et j'ai espoir, et c'est ce que je fais dans mes classes et j'ai de très bons résultats, c'est de mettre le besoin de nos élèves au centre du processus en fait, et de faire en sorte qu'ils se sentent bien. Parce qu'on aura beau réformer, si l'élève ne se sent pas bien, ça ne fonctionnera pas en fait.
Et t'as pas l'impression qu'on nivelle le niveau par le bas, que tous les ans, que tous les programmes, que tout ce qui est fait est toujours vers le bas, vers le bas, et que plus on avance, plus plus les niveaux sont bas, tout simplement.
En fait, moi je pense qu'il y a 2 choses qu'il faut dire par rapport à ça. C'est que les élèves ont une perte dans certaines compétences, mais franchement, dans d'autres compétences, ils sont vachement bons. Par exemple, c'est vrai que moi, les élèves que j'ai, à l'écrit, c'est— mais déjà depuis 2016, à l'écrit, je vois une différence fondamentale, mais phénoménale, entre mes élèves de 2016 et mes élèves d'aujourd'hui. Par contre, le truc qui est sûr, c'est que dans les exercices digitaux que je leur donne, dans eux-mêmes les sketchs de vente, parce que moi par exemple je fais des sketchs de vente, ceci cela, ils sont beaucoup, ils sont meilleurs en fait, ils sont vachement meilleurs. Donc je pense que les élèves sont en train de développer d'autres compétences. Simplement, je pense que c'est à nous aussi d'adapter la mutation du marché du travail et de la société aux compétences qu'on demande de développer chez nos élèves. Et aussi une deuxième chose, c'est que je pense que le niveau des profs baisse aussi. C'est-à-dire que moi, je sais qu'il y a beaucoup de personnes qui flagellent, enfin voilà, qui martèlent les élèves en leur disant vous êtes nuls, avant c'était pas comme ça. Ouais, mais les profs non plus c'était pas comme ça avant.
Enfin, je suis désolé de dire un truc, mais c'est où je vais dire un truc, je me dis demain je perds tout, je deviens prof. Mais on a besoin, tu sais pourquoi je dis ça? Vacataire, tu as besoin de rien pour être vacataire. C'est-à-dire que d'un côté tu prends la tête aux profs en disant faut un bac+5 pour être prof, et de l'autre côté si tu as un tout petit peu d'expérience, que tu as travaillé un peu, comme il y a tellement d'endroits où ils sont en galère de profs, que tu arrives et tu dis ben moi j'ai un diplôme d'ingénieur. Ah ben tiens, tu peux faire prof de chimie. J'avais un pote, un ami, il a fait une école d'ingénieur Et alors on a fait bac S ensemble, il a fait prépa, après il a fait une école d'ingé en logistique. Il a travaillé 2 ans, il en avait marre et je discute avec lui, il me dit: «Ouais, tu fais quoi maintenant?» Il dit: «Je suis prof de maths dans un lycée.» Je dis: «Comment ça?» Il me dit: «Ouais, on m'a proposé une mission, j'étais en galère, j'ai vu qu'il y avait possibilité de faire quelques heures de maths, je suis arrivé, j'ai fait prof de maths.» Je dis: «Mais je me rappelle de toi En maths, c'était pas un truc de ouf, tu vois. Il me dit: ouais, je suis allé et en plus comme ils étaient en galère, ils m'ont donné encore plus d'heures. Donc maintenant, je fais les terminales, les premières et les secondes. Je dis: mais à quel moment tu as eu le cours de maths, la préparation? Non mais je sais pas, ils m'ont donné un matin et j'y suis allé, tu vois. Prof de maths. Et à un moment, il m'a même— j'ai un autre pote, rebelote, même chose en lycée. Il faisait prof de manière scientifique et ils lui ont dit on n'a pas de prof de physique, tu voudrais pas faire prof de physique? Non mais moi je suis pas, je suis pas prof de physique, tu vois. Ok, j'ai fait un bac scientifique, mais moi la physique, ah mais t'inquiète, c'est juste le, tu lis juste ce qu'il y a écrit dans le manuel.
Non mais ouais, non mais c'est, j'irai même plus loin, moi, tu vois, ma femme elle a fait, elle a fait un DUT ou une licence, je sais plus, en espagnol. On lui a proposé d'être prof de maths, un entretien, tu sais, sur du travail et tout. En fait, mais le problème, Mohamed, tu sais ce que c'est? C'est que déjà, les contractuels, je tiens à dire un truc, heureusement qu'ils sont là, parce qu'il y en a qui font un travail, mais vraiment. Moi, les enseignants, parmi les enseignants qui m'ont le plus ébahi, il y avait notamment des contractuels. À tes souhaits. Et incroyable, les auditeurs n'entendent pas, tu vois. Là, c'est les auditeurs, Mohamed a éternué. Mais on l'a pas entendu. Trop fort. En fait, ça, ça reflète un gros problème dans notre système. Premièrement, on a rendu beaucoup plus difficile les conditions d'accès avec un Master 2, un stage beaucoup plus compliqué apparemment, et maintenant c'est carrément un entretien d'embauche, ou presque, parce que je crois qu'à l'oral, la matière la plus coefficientée, c'est un entretien.
Donc bon, voilà, forcément.
Et le salaire, il est pas attractif. Les conditions de travail, elles sont discutables, et tu es pas valorisé pour ce que tu fais. Et des fois, les élèves peuvent te prendre la tête, même les parents certaines fois. Enfin voilà, moi pour l'instant, je m'en sors très bien, et tant mieux. Mais ce que je veux dire, c'est qu'on a rendu les comptes. En fait, c'est un, c'est pas attractif comme métier. Moi, il y a eu quelqu'un au lycée, il m'a dit ouais, j'aimerais bien être prof. J'ai dit franchement, essaie d'enseigner, mais différemment. Et ça m'attriste parce que j'adore mon métier, tu vois. Mais à un moment donné, il faut être objectif.
Et donc tu disais les contractuels, ils font bien, heureusement qu'ils sont là et qu'ils font leur boulot.
En fait, tu sais, je pense qu'il y a eu un contractuel bashing, c'est-à-dire qu'à un moment donné, l'année dernière, on manquait tellement de profs qu'on a fait des entretiens de 45 minutes et on a pris presque tout le monde. Sauf qu'on a mis dans le même panier tous les contractuels. Et moi, je milite contre ça. Pourquoi? Parce que les contractuels que j'ai autour de moi, ils font un travail qui est absolument remarquable. Ils ont une conscience que les titulaires n'ont pas. Pourquoi? Parce que les titulaires, pour certains, attention, c'est une infime minorité, mais ils ont la sécurité de l'emploi, que ça fonctionne ou pas avec les élèves, on s'en fiche. Et en réalité, dans le privé, il y en a beaucoup qui seraient déjà virés véritablement, tu vois. Et c'est leur statut, c'est ça. Et les contractuels, franchement, ils sont très demandeurs de, comment dirais-je, de formation, de conseils, etc., etc. Et ce que je retrouve pas en fait chez les titulaires. Donc moi, c'est vrai que les conditions de recrutement sont discutables. Devenir prof en 45 minutes, je trouve ça aberrant, vraiment. Et en même temps, les conditions de recrutement aujourd'hui, elles sont dingues. Moi, j'ai pas fait une licence de sciences de l'éducation et pourtant je pense avoir des bases solides et des outils concrets en pédagogie. Mais sincèrement, faut pas mettre tout le monde dans le même panier. Heureusement que les contractuels sont là. Et encore une fois, je pense que majoritairement, je parle pas que des contractuels, mais je parle majoritairement, les profs aussi ont perdu en pédagogie, ils ont perdu en conscience professionnelle pour certains. Et il faut se dire les choses, c'est-à-dire qu'on attaque les élèves, mais à un moment donné, faut aussi prendre nos responsabilités. On doit se former en pédagogie, on doit proposer de nouvelles choses. La classe autobus, là, tu sais, 30 élèves alignés comme ça, sortez votre livre, passe 14. Je suis désolé, on est en 2023, faut arrêter, quoi.
Je suis d'accord.
Bah ouais, tu peux pas, tu peux pas avoir une bonne ambiance de classe avec ça, Mohamed, tu vois. C'est, c'est pas possible.
C'est impossible. On arrive sur la fin de l'épisode. Est-ce qu'il y a quelque chose que tu as dit ou que tu as pas encore dit mais qui pour toi est super important, que tu aimerais donner aux auditeurs?
Moi, je vais dire deux choses. La première chose, c'est je vais surtout m'adresser aux parents. En fait, votre enfant ne sera jamais pire que moi. Donc je sais, les parents, que vous avez une énorme pression vis-à-vis des notes. Il existe des accompagnements. Alors attention, je vais prêcher pour ma paroisse, mais parce que c'est un accompagnement dont je suis vraiment fier et dont avec Mohamed, on fait un travail, et avec toute l'équipe qui est avec nous, on essaie vraiment de donner le meilleur de nous-mêmes pour la réussite de vos enfants. Bien sûr, il existe des accompagnements type l'Académie Mention Très Bien par exemple, et on a essayé de rendre ça vraiment très ludique, très accessible, on a gamifié le truc, enfin vraiment on a rendu, on a essayé de rendre ça le plus accessible possible. Mais chers parents, je tiens à vous dire une chose, c'est que des fois en fait on projette notre ambition et notre pression sur nos enfants. C'est-à-dire que peut-être que dans notre carrière professionnelle, on considère qu'on aurait pu faire les choses meilleures, et d'ailleurs tout est perfectible, alors on va exiger des choses de notre enfant. Ouais, si t'as pas 15 de moyenne, ça va pas. Ouais, tu as une mauvaise note en truc, tu es bon en maths mais tu es pas bon en français, fais attention. Et moi, je tiens à vous dire une chose: arrêtons de nous poser la question de savoir si notre enfant réussit à l'école, mais posons-nous la question: est-ce que notre enfant aime apprendre finalement?
Réellement?
Et est-ce qu'il est épanoui? Moi, je veux dire, le plus important en tant que papa, c'est que mon enfant soit heureux et qu'il soit content et qu'il soit fier de lui. Et je suis désolé, ça ne passe pas forcément par la réussite scolaire, en fait. C'est-à-dire que votre enfant peut avoir des hauts et des bas et ça va pas lui permettre de rebondir si vous lui permettez d'acquérir les bons outils, en fait. Donc c'est déjà la première chose, c'est arrêtons d'être dans cette pression constante. Et encore une fois, chers parents qui m'écoutent, et je tiens à vous dire que je sais que vous ne faites pas— vous faites partie d'un système et que vous voulez le meilleur pour votre enfant. Je suis pas en train de vous faire culpabiliser. Ça, c'est la première chose. Et deuxième chose que j'ai à vous dire: donner un amour inconditionnel à votre enfant. Vraiment, ça, ça va transcender tout, ça va le mettre en confiance. Discutez avec lui et ne vous inquiétez pas, on peut réussir sa vie, on peut réussir dans la vie. Et réussir sa vie, c'est être heureux, avoir un impact dans la vie des gens, être bienveillant avec son prochain, etc., etc. Réussir dans la vie, c'est professionnellement. Et je vous dis, moi, mon fils, il adore la cuisine. Demain, il vient me voir, il me dit: papa, je veux faire un CAP cuisine. Pourtant, je sais que le CAP, c'est un diplôme qui peut être déchanté. Et ben, je serai le plus heureux du monde. Ce n'est pas le diplôme qui fait le bonheur, ce n'est pas le diplôme qui fait le bien, ce n'est pas le diplôme qui fait le statut et ce n'est pas le salaire non plus. Donc je sais que vous voulez le meilleur pour votre enfant, mais chers parents, s'il vous plaît, s'il vous plaît, essayez de sortir de cette pression-là et ne pensez pas que tous les parents font mieux que vous. En fait, on a tendance à— le vrai problème, et je finirai avec ça, Mohamed, il y a une maman qui vient me voir, elle me dit: mon enfant, il est pas motivé en ce moment, il est en classe de 4e, sa moyenne elle a baissé, etc. Elle me parle pendant 10 minutes et je lui dis: bah écoutez, vous me parlez beaucoup de sa moyenne, il a combien? Elle me dit: il y a 12 de moyenne. En 4e, il y a 12 de moyenne. Elle me dit ouais. Je dis mais c'est très bien, moi j'avais pas ça. Par exemple, vous me demandez conseil alors que j'avais pas ça. Elle me dit ouais, mais le problème c'est que la classe elle a 12,5. Ah, le problème c'est pas votre enfant, le problème c'est la comparaison que vous faites avec votre enfant. Peut-être que dans une autre classe il aurait eu, je sais pas, une autre note. Peut-être qu'avec un autre prof il aurait eu une autre note. Une note ça veut rien dire en fait, c'est ultra discutable. Tu sais, quand on corrige le bac, on a une copie test et on corrige la même copie. Les notes ça va de 6 à 16. Pourtant c'est la même copie, parce qu'effectivement une note c'est discutable s'il y a une perception, etc. Donc voilà. Et j'ai envie de vous dire un truc: si vous êtes jusque-là, et ben en fait on va faire un petit jeu. Tu es d'accord Mohamed? Si vous êtes jusque-là, envoyez une voiture en message à Mohamed et à moi. Ça veut dire que vous avez écouté l'épisode jusqu'au bout. C'était un podcasteur qui faisait ça, j'avais trouvé l'idée super originale. Vous envoyez une voiture à Mohamed et une voiture à— vous m'envoyez une voiture en DM Instagram ça prouvera que vous avez écouté.
C'est Naïm Bouachma, et de toute façon on le mettra.
Comment tu as prononcé mon nom?
Excuse-moi, Bouachma. Et de toute façon on mettra son Insta sous la vidéo.
Ça peut être pas mal, non?
Partout.
Comment?
C'est une bonne idée, une voiture rouge, n'importe quelle voiture en photo et vous nous l'envoyez. Parfait. Merci Naïm d'avoir consacré quasiment une heure, on a fait une heure, une heure à mes côtés pour parler d'enseignement, de pédagogie, et également ton parcours qui est très inspirant. J'invite toutes les personnes qui nous ont écouté à bien sûr laisser 5 étoiles sous Apple Podcast, également sur YouTube, à partager cet épisode parce que c'est bientôt la rentrée, les enfants, les parents en ont besoin. Partagez le podcast à un maximum de gens autour de vous, mettez un commentaire, mettez même voiture en commentaire de cet épisode sur YouTube. YouTube et comme ça, ou autre chose. Et n'hésitez pas à nous donner de la force. Encore mille mercis Naïm, force à toi. Et comme je dis toujours, je suis, tu es, nous sommes tous des zizis.
Tu m'as honoré, merci Mohamed.










