Peur de prendre la parole en public : Comment la surmonter ? [ Podcast #44 ]

Cyril, founder of Élève Ta Voix, traces his journey from a chaotic childhood and school dropout to becoming a public speaker and trainer. He breaks down why we fear speaking, then offers concrete fixes: breathing exercises, progressive exposure, theater, slam poetry, and a two-day workshop called "conte de vie" that rewrites your personal story.
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Les enfants parlent beaucoup. Et puis, à un moment donné, on rencontre le mur de la critique. On a des moments pas faciles à vivre, quelques humiliations. Ça peut être en classe, ça peut être avec les parents et on apprend à se taire. Là où la parole est en expansion, tout d'un coup, elle s'arrête et hop, je me taire. Et toute ma vie, je fuis un peu ces moments de prise de parole en public. Tant bien que mal, je passe des oraux, je passe des entretiens, mais c'est une souffrance. Mais cette fluidité, on l'avait, on l'a perdue. Et le but, c'est de se désinhiber pour retrouver une parole plus libre.
Je m'appelle Mohamed Boucler, je suis vice-champion du monde de lecture rapide et auteur du best-seller Connaissance illimitée. Dans le podcast Connaissance Illimitée, je reçois des invités au parcours extraordinaire pour nous montrer que la réussite est à portée de tous. Peace sur vous, bienvenue dans ce nouvel épisode du podcast Connaissance Illimitée et j'ai l'honneur d'accueillir Cyril de Élève Ta Voix. Et alors, j'appelle souvent Cyril de Élève Ta Voix parce qu'il vous dira tout à l'heure qu'est-ce que Élève Ta Voix. Et c'est un spécialiste de prise de parole en public et aujourd'hui il va nous parler de de cette peur que beaucoup d'hommes et de femmes ont: prendre la parole en public. Je me rappelle que quand j'étais jeune, c'était une catastrophe pour moi et aujourd'hui, je m'en sors un peu mieux. Et j'ai l'honneur d'avoir Cyril pour nous en parler. J'ai même eu la chance de faire une formation à ses côtés, à leurs côtés parce qu'ils sont plusieurs d'ailleurs Cyril. Il y a 10 personnes, ils sont plusieurs, donc on va parler de tout ça. Bonjour Cyril, comment tu vas?
Ça va très bien, je suis très content d'être là, merci de m'avoir invité.
Merci à toi d'être avec nous. Est-ce que tu peux te présenter avec tes mots et après on rentrera dans le vif du sujet?
Rapidement, j'ai eu un parcours scolaire assez chaotique et pour survivre, on va dire, parce que j'étais un enfant assez triste, j'ai commencé à écrire en classe. Au début, écrire des histoires, puis après écrire des textes. Puis un jour, j'ai découvert le slam. J'ai fait du slam. Puis j'ai fait des ateliers slam avec différents publics. Et puis je me suis formé en art-thérapie pour avoir plus d'outils. À côté de l'école, tout ça, puisque j'ai arrêté à 16 ans. Et puis je me suis pris de passion pour tout ce qui touche à l'expression orale et à l'expression de soi. Donc je me suis formé, j'ai fait plein de stages dans plein, plein, plein de disciplines différentes. Et aujourd'hui, je suis formateur de prise de parole en public, formé en art-thérapie et en pratique narrative. On va dire que depuis 2007, je fais des ateliers autour de la communication écrite et orale.
Voilà. Et alors, Diègue, dans la présentation, tu as arrêté l'école à 16 ans. Qu'est-ce qui t'a... Comment ça se fait qu'à 16 ans tu as dit j'arrête l'école?
C'était une suite logique après un parcours chaotique, j'ai envie de dire. Moi, comme c'était un peu le bazar chez moi, il y avait beaucoup, beaucoup de stress, de cris. J'avais ma concentration et mes capacités à me concentrer qui étaient altérées. Je partais tout le temps. Donc quand tu es en classe et tu pars pendant 20 minutes, que t'es super agité, que t'as plein de problématiques. Moi, je me rappelle, j'allais voir l'orthophoniste, la psychomotricienne, la psychologue, problème d'orientation, problème de motricité. C'était très, très compliqué pour moi et j'ai mis fin au massacre quand j'ai pu, c'est-à-dire à 16 ans.
Et t'es parti faire quoi? T'es parti travailler direct? T'as fait quoi? T'as traîné au quartier? Parce qu'à 16 ans, quand t'arrêtes l'école, comment tu vis?
J'ai eu une petite période où j'étais manutentionnaire. Et puis je me suis orienté vers le BAFA.
D'accord.
Parce que c'est ce qu'on dit aux jeunes, tu sais pas quoi faire, passe le BAFA. Mais finalement, j'ai fait carrière dans l'animation, j'ai fait 20 ans dans l'animation. Et c'est ce qui m'a énormément aidé, sauvé et donné même des compétences que j'ignorais. En tout cas, ça m'a permis de développer des ressources et d'accéder à un potentiel en moi dont j'ignorais l'existence.
Donc ouais, donc t'es parti sur l'animation, lien avec les gens. Et après, tu étais un super, je crois que tu étais un super bon animateur.
J'ai fait plein de projets après, en tout cas, je me suis éclaté. Vraiment, j'ai fait des projets théâtre. C'est là où j'ai commencé à faire des projets d'écriture, projets slam, même projet d'art oratoire. J'ai amené, quand je travaillais à la ville de Romainville, plus de 150 enfants et jeunes au ministère de la Culture pour faire un concours dans le cadre d'un grand, grand projet. J'ai fait énormément de projets autour de l'expression orale et écrite avec les jeunes. Et d'ailleurs, C'est même ça qui m'a forgé en tant qu'orateur. Parce que quand tu passes 10 heures par jour le mercredi à prendre la parole devant 50 enfants, devant 30 enfants qui peuvent avoir 6 ans et 8 ans, à expliquer des consignes, des jeux, ben je peux t'assurer qu'au bout d'un moment, tu es moins gêné, tu es moins inhibé. Puis se déguiser, chanter, lire des histoires, ça m'a désinhibé, ça m'a permis d'être plus à l'aise à l'oral.
Alors j'aime bien ce mot, ça m'a désinhibé. Pourquoi il est important de passer par là lorsqu'on veut prendre la parole en public?
Parce que je pense que tu as des enfants.
Oui, j'en ai 2.
Ceux qui nous écoutent, je pense en ont. Les enfants parlent beaucoup. Ma fille, elle a 7 ans, elle parle tout le temps.
Elle parle, elle parle, elle parle, elle parle.
Je sais pas ce qu'elle me dit des fois, mais elle parle. Et puis à un moment donné, on rencontre le mur de la critique. Quand on est critiqué, on a des moments pas faciles à vivre, quelques humiliations. Ça peut être en classe, ça peut être avec les parents. Et on apprend à se taire. Là où la parole est en expansion, bah tout d'un coup elle s'arrête et hop, je me taire. Et toute ma vie je fuis un peu ces moments de prise de parole en public. Tant bien que mal, je passe des oraux, je passe des entretiens, mais c'est une souffrance. Et à un moment, dans le monde professionnel ou dans mes projets personnels, on me demande de prendre la parole en réunion, présenter des PowerPoint, ou j'ai envie de faire des choses sur les réseaux sociaux, il faut bien que je fasse des vidéos. Et là, blocage total. Mais cette fluidité, on l'avait, on l'a perdue, et le but c'est de se désinhiber pour retrouver une parole plus libre.
D'accord, c'est enlever cette peur. En vrai, on a eu ce blocage quand on était enfant, et après on garde ce blocage et on grandit avec. Et c'est réussir à enlever ce blocage, c'est ça?
Ça veut dire que le cerveau, lui, il a un objectif prioritaire, c'est notre survie, notre pérennité. Donc ton bonheur, à la limite, il s'en fout. Le premier objectif, c'est de survivre. Donc toute situation présente qui ressemble au passé, protection, tu vas plus jamais revivre ça. Tu as vécu ça une fois, tu le vivras plus deux fois, quitte à fuir, à lutter, à faire le mort. C'est pour ça qu'il y a des espèces de blackouts parfois quand on parle, parce que le cerveau veut nous protéger finalement. L'intention est bonne, la stratégie pas terrible. Et le but c'est de retrouver du plaisir et de décorréler ces scènes-là avec l'humiliation, le rejet et tout ce qu'on a pu vivre notamment à l'enfance.
Et comment une personne, parce que exemple, moi quand j'étais enfant, on va pas appeler ça des traumatismes, mais presque des moments où je parlais, mais les jeunes autour de moi se moquaient, les copains à l'école. On a eu ces moments-là. Maintenant on parle beaucoup d'harcèlement, à l'époque on en parlait pas. Je vais pas dire que j'étais harcelé, mais tu as des moments, et surtout quand tu grandis en quartier, se chambrer c'est assez simple, tout le monde se chambre. Donc T'as plus trop envie de parler et tu grandis avec. Comment moi, en tant qu'adulte, je fais pour passer au-delà de ça, au-delà de cette vision que j'ai de moi enfant et qui avait des difficultés?
J'aimerais juste revenir sur un truc que tu as dit. Pour moi, je pense, c'est une hypothèse, mais c'est des traumatismes que tu as vécus. Sauf qu'avec du recul, on a tendance à tout relativiser. C'est comme l'enfant qui s'est fait frapper, il dit oui mais bon, je faisais du bruit, j'étais un enfant difficile. Tu dis ça avec du recul, mais quand tu l'as vécu étant jeune, c'était douloureux. Et regarde, tu en parles encore aujourd'hui, on en porte encore la trace de tout ça. Donc c'est peut-être pas grand-chose pour nous aujourd'hui, on se dit bon bah c'est rien, on va chambrer, mais on a quand même souffert quand on l'a vécu à l'époque. Il y a plusieurs choses, il y en a qui font des thérapies et autres, il y a tout ce qui est coaching, il y a tout ce qui est formation. Moi je pense que de manière générale, muscler sa confiance, c'est hyper important. Tout ce qu'on fait repose sur la confiance. Mohamed, si je t'enlève ta confiance aujourd'hui, qu'est-ce que tu fais? Moi, si on me retire ma confiance, qu'est-ce que je fais? Toi, avec le temps, tu as musclé ta confiance et surtout tu t'es exposé à de nouveau à cette peur et ton cerveau a enregistré une autre information. Tu vois, tu peux parler en public et finalement tu arrives bien. Donc il y a une référence dans le passé qui s'est créée, mais il y a des nouvelles références qui sont créées. Ah bah aujourd'hui j'ai parlé sur telle chaîne de télé, j'ai parlé avec telle personne, j'ai parlé devant 10 personnes. Et à force de refaire l'exercice, il y a une nouvelle information qui se crée. Une nouvelle référence sur laquelle tu peux t'appuyer. Mais je pense que de manière générale, muscler sa confiance est hyper important.
Mais comment tu muscles ta confiance de prise de parole? C'est-à-dire, est-ce que c'est cette partie-là qu'il faut muscler, ou de la manière générale, toute sa, toute la confiance en soi?
Alors j'ai envie de dire, quelqu'un qui va faire du théâtre par exemple va être plus confiant, même parfois du sport. Quelqu'un qui va faire du théâtre, du slam, tout ce qui est lié à l'oralité, forcément il va gagner en confiance. Des formations aussi, tu vas muscler ta confiance. Et puis aussi, l'image que tu as de toi-même peut changer en fonction de ce que tu rencontres comme succès dans la vie. À un moment, tu es fragile et puis tu deviens plus fort aussi parce que tu rencontres certains succès, encore faut-il les conscientiser.
Moi, je sais que le théâtre, ça m'a énormément aidé. J'en ai fait 2 ans et c'est ça qui a été mes premiers pas dans la personne que je suis devenu. Conservatoire municipal, je les ai harcelés pour y aller. Ils voulaient pas me prendre. Ils m'ont pris quand je dis ils voulaient pas me prendre. Je vais pas faire la version longue, mais la meuf de l'accueil me dit: «Y a pas de place.» Alors qu'il y avait de la place. Je lui dis: «Bah je vais monter quand même voir la prof.» Je vais voir la prof, elle me dit: «Ah bah si, y a de la place.» Donc j'y vais, je fais la première année. Et après, c'est la deuxième année que j'ai vraiment kiffé parce que là, j'avais un rôle plus important. Et j'ai vraiment pris du plaisir à jouer le rôle de qui j'étais, d'une autre personne que moi. Et ça a la puissance parce que tu as le texte et après tu joues un rôle. Donc c'est plus Mohamed qui est sur scène mais quelqu'un d'autre. Donc tu n'as plus ce regard des gens parce qu'ils vont se moquer de la personne qui est sur scène mais pas de Mohamed entre guillemets. Et c'est ça qui était fort et ça m'a beaucoup aidé, ouais.
Tout à fait. Alors là, ce qu'on peut saluer, c'est ton aptitude. Tu avais une difficulté, tu as frappé à la porte, tu es monté, tu as fait du théâtre pendant 2 ans. Et j'ai envie de dire ça aux gens, c'est-à-dire Si vous avez une difficulté, c'est OK, on a une difficulté, mais après on peut trouver un moyen de dépasser cette difficulté. Et à un moment, il faudra faire un effort. Et pour ça, il faudra sortir un peu de la zone de confort parce que c'est pas forcément désagréable de faire ce genre de choses quand on est en difficulté.
Tu sais, le pire, c'est quoi? C'est que moi, ça faisait longtemps que j'avais ce problème de prise de parole avant de me dire qu'il fallait que je travaille sur la lecture et tout le reste. Pour moi, c'est vraiment ce problème de prise de parole, un de mes premiers freins. Et j'ai dit, il faut que je fasse du théâtre. Et j'étais allé m'inscrire, on m'a dit, il n'y a plus de place. Donc j'ai dit, ok, je reviens tranquille, je fais ma vie. Toute l'année, je garde ça en moi et je me dis, ah, j'aurais dû le faire, j'aurais dû le faire. L'année d'après, j'y retourne, direct on me dit encore, il n'y a pas de place. Je dis, c'est pas possible. Et c'est là que je me suis dit, non, il faut que je revienne le jeudi d'après. Je suis revenu, encore un autre jeudi. Elle me dit, non, vous inquiétez pas, vous êtes en liste d'attente. Je dis, mais «Ok, mais je veux quand même voir la prof.» Et tu vois, c'est ce truc-là qui m'a permis, j'en parle pour montrer à toutes les personnes qui vont nous écouter que essayer, persister, taper à la porte, retaper à la porte, demander à la personne jusqu'à trouver une solution. Et aujourd'hui, une petite parenthèse, aujourd'hui, toi tu m'as dit donc tu as arrêté l'école à 16 ans, tu t'es mis à faire de l'animation, mais comment tu es rentré dans cet amour de la prise de parole? Comment c'est? Parce qu'aujourd'hui, je sais que tu es un, on va dire un bolimique, mais tu t'es tellement formé à plein de pans de la prise de parole, et même jusqu'à faire de la thérapie par rapport à ça. Comment toi, c'est quoi ce cheminement qui t'a ramené jusqu'à là?
Je crois que, comme j'aimais beaucoup les histoires quand j'étais petit, j'en écrivais aussi, j'aimais bien prendre la parole et raconter des histoires ou lire des poèmes. Tu sais, quand il y avait la poésie en classe, c'était la seule matière où j'avais une bonne note. Et j'ai un souvenir au centre de loisirs aussi où j'avais récité Le Renard et le Corbeau. J'avais très bien fait et j'avais gagné plein de bonbons. C'était une espèce de jeu où il fallait faire des choses, plein, plein, plein d'exercices comme ça.
Les bonbons, c'est incroyable.
Ouais, c'est exactement ça, incroyable. Et j'en garde encore le souvenir dans un coin de ma tête. Et puis c'est surtout avec le slam. J'ai toujours aimé les discours, les gens qui arrivaient à changer des états d'esprit avec les mots. D'accord. Comme les coachs à la mi-temps d'un match, on est mené 4-0, ils vont dans les vestiaires, le coach passe une soufflante de 10 minutes et ça change les hommes sur le terrain. J'ai toujours été fasciné par cette capacité de la parole à impacter les gens. Et puis quand j'ai été après sur scène slam, j'ai vu que j'avais une forme de pouvoir, parce que quand je lisais des textes, ça créait de l'émotion dans le public. Et à force d'en faire, de cultiver ça, J'ai vu que j'avais un pouvoir de l'impact, je prenais du plaisir. Et là, ça y est, c'était parti. Donc ça, c'est à partir, on va dire, de 19 ans. Mais aussi, en tant qu'animateur, j'ai réussi à placer ma voix pour me faire entendre. Comme je te l'ai dit, quand tu racontes des histoires, quand tu chantes des chansons, quand tu dois expliquer des règles, forcément, il faut mettre de la voix, mettre du coffre. Donc j'ai appris par ce métier-là et par ma pratique de slammeur.
D'accord. Et comment, parce que le slam pour moi j'ai l'impression que c'est tellement dur. Après tout est dur et tout est facile quand on travaille, je dis ça exprès. Parce que c'est quoi l'entraînement? Comment tu arrives à rentrer dans le slam et te mettre et intégrer ça dans tes routines? Et c'est quoi le processus?
Alors juste une petite parenthèse, on a une idée fausse sur le slam parce qu'on prend Grand Corps Malade comme référence. Donc on pense que c'est du chanter parlé, c'est du rapper parlé. En fait ce que fait Grand Corps Malade, c'est du spoken word. Le slam, c'est extrêmement simple, mais les gens ont du mal à le comprendre, mais c'est extrêmement simple. C'est slam de poésie, donc c'est tournoi de poésie. Et slam, c'est aussi claquer, jeter les mots en anglais. Donc c'est simple, ça se passe dans les bars, tu t'inscris, tu as juste quelques contraintes. Tu as le droit à 3 minutes max de temps de parole, pas de costume, pas d'accessoires et pas de musique, c'est tout. Maintenant, ce que tu dis, tu le dis comme tu veux. Tu peux chanter, tu peux compter, tu peux crier, Tu peux parler, tu peux faire des blagues. Et par contre, une fois que tu as fini, c'est des gens choisis au hasard qui te mettent des notes pour savoir qui repasse une deuxième fois. En gros, c'est des poésies démocratisées où on a tous les mêmes règles et c'est un moment où on s'amuse entre nous. Donc c'est un cadre d'expression, mais il n'y a pas de style. Moi, quand j'ai commencé à aller sur les scènes slam, j'avais 21 ans, je voyais une majorité de personnes de 40 ans, 50 ans. Je me disais: mais ils sont où les jeunes rappeurs avec les casquettes? Mais c'est pas du tout ça en fait. C'est pas du tout ça. Donc toi tu vas sur scène slam, excuse-moi, tu vas sur scène slam, tu dis bonjour, je m'appelle Mohamed, c'est Connaissances Limitées, nanana, je vous présente ce que je fais, tu t'arrêtes, tu es slameur.
Ah oui, et donc ce que je comprends, il y a pas vraiment de gêne, c'est pas du rap, on n'est pas effectivement comme Grand Corps Malade où on est un peu rappé et tout.
Il y en a qui ont ce débit-là, mais comme il n'y a pas de contrainte stylistique, À partir du moment où tu viens sur scène, tu récites un texte comme tu as envie de le dire, de la manière dont tu as envie de le dire. Tu peux le chanter, tu peux faire du reggae, tu es slameur à ce moment-là.
D'accord. Et est-ce qu'on te donne une thématique avant de monter sur scène ou tu viens avec, tu peux avoir préparé 5 textes, 10 textes et tu viens et tu choisis celui que tu veux?
Ouais, tu choisis celui que tu veux, tu dois pas dépasser 3 minutes, pas d'accessoires, pas de musique. C'est le public qui choisit qui repasse une deuxième fois, tu es tiré au sort. C'est des soirées qu'un cadre d'expression, c'est tout.
D'accord, je vais devenir slammeur alors. Je vais me mettre à faire du slam. Ok, je comprends. Et aujourd'hui, les gens, parce qu'aujourd'hui tu es devenu formateur, vous êtes plusieurs parce que vous avez créé Élève Ta Voix avec Sofiane qui n'est pas là aujourd'hui. D'où vient Élève Ta Voix? Pourquoi vous vous êtes dit, toi en tant que personne qui adorait la prise de parole, comment cette envie t'est arrivée de dire bah maintenant faut que j'enseigne? Et faut que je partage ça au plus grand nombre.
Déjà, j'étais formateur pour un groupe qui m'avait formé en art-thérapie avant, qui s'appelle Artincel. Eux-mêmes avaient commencé à me dire, fais des trucs autour de la communication. À l'époque, j'ai dit, ah non, pas tout de suite, je suis pas prêt. Ils m'ont dit, si, si, si, t'es prêt, t'es prêt, fais. Donc ils m'ont mis sur leur catalogue, j'ai dit, oulala. Donc je me suis préparé, communication et oralité, j'ai fait ça quelques années. Et puis je connaissais Sofiane, je savais qu'il voulait faire un truc autour de l'entrepreneuriat, il me parlait de plein de choses. Et un jour, il m'a vu faire une impro, parce que je fais des impros moi, avec des mots que le public me donne. Il m'a vu faire une impro, il m'a dit: «Ah, on va faire prise de parole en public.» Moi, avant, je faisais communication et oralité. Et moi, je le prenais pour quelqu'un d'un peu illuminé et qui avait plein d'idées, mais je savais pas que ça allait se concrétiser. Donc il crée une chaîne Instagram, moi je vois même pas. Et un jour, il me dit: «Écoute, dans un mois, enfin dans 3 semaines là, ça y est, une formation, on a une salle, on a des inscrits.» Comment?
Tu m'avais pas prévenu avant?
Si, il m'avait dit, mais pour moi c'était, je connaissais, c'était, moi je pensais qu'il fallait des assurances, je savais pas, je connaissais pas le process pour avoir une salle, je pensais que c'était hyper cher, hyper dur, avoir du monde, je connaissais pas les réseaux pendant longtemps, j'ai arrêté les réseaux moi, d'accord. Je me suis dit ouais mais c'est gentil mais il y a plein de trucs à faire avant, entreprise, machin, c'est cher les assurances. Et puis un jour il me dit ça y est c'est bon, c'est là. Et là je me suis dit ok. Et du coup une fois que j'ai fait ça Moi, j'ai un côté un peu moine, c'est-à-dire quand je m'intéresse à un sujet, je suis obsessionnel. Je me suis dit, ben maintenant, je vais me former à fond, à fond. J'avais déjà un gros, gros bagage, mais vraiment, arrore-toi, arrore-toi, arrore-toi. Je vais en bouffer matin, midi, soir, matin, midi, soir, matin, midi, soir. Et c'est ce que je fais depuis 3-4 ans là.
D'accord, parce que je sais que tu es formé à plein de thématiques de la prise de parole.
Oui, oui, oui. Ben moi, ce que j'aime, c'est intégrer plein d'outils qui vont aider les gens à être plus à l'aise. Et tu te rends compte que bon, il y a les techniques classiques de voix et autres. On avait fait dans ta formation, tu sais, à un moment on avait rigolé. Je conseille à tout le monde, simplement avant de prendre la parole, si tu es chez toi et que tu as une conférence à faire, prends-toi 10-15 minutes pour rigoler, force-toi. Tu vas voir dans quel état tu vas être avant de monter sur scène. Même au niveau hormonal, tu vas voir ce que ça va te faire, comment tu vas être détendu. Donc tout ça, ça m'a interpellé, ces techniques pour se détendre, pour travailler le mental, les émotions, l'écriture de discours, l'argumentation. Et avoir plein plein d'outils pour que la personne soit à l'aise et pas rester figé sur quelques techniques classiques.
Mais c'est quoi la différence entre la prise de parole et l'art oratoire? Parce que j'ai l'impression qu'il y a plein de mots qui veulent dire la même chose, mais pas forcément la même chose. Les gens qui nous écoutent, quand on dit oui, je suis formateur en communication, en prise de parole, en prise de parole en public, en art oratoire. Est-ce que tout ça, c'est la même chose ou non?
Ouais, ça se ressemble. Déjà, moi, j'aime pas forcément le mot art oratoire. Je trouve que ça fait trop pompeux, c'est art oratoire. Art, tu mets le mot art oratoire, ça fait, c'est beaucoup de choses, enfin c'est pour pas dire l'art de la lecture.
Bientôt je ferai une formation qui s'appellera l'art de la lecture.
Ouais, l'art oratoire, mais en fait l'art oratoire à la base c'est né, enfin c'est né en tout cas parce que ça a toujours existé en réalité, mais tu sais à l'époque de l'Antiquité grecque, quand tu étais accusé, tu te défendais seul, il y avait pas d'avocat pendant un long moment. Et le public était en face de toi. Ils étaient là et c'est eux qui te jugeaient. Ils pouvaient te condamner à mort, quoi. Donc toi, tu as intérêt à porter ta voix, tu as intérêt à avoir des stratégies. Et du coup, tu as des gens qui ont commencé à écrire pour avoir différentes stratégies pour convaincre, émouvoir le public. À la base, c'est ça l'art oratoire, c'est émouvoir par la parole. Prise de parole en public, c'est un dérivé après.
D'accord, c'est un dérivé. Et donc pour toi, tout est similaire.
Ouais, c'est juste des mots différents. Éloquent, ça, oratoire, ça dépend ce qu'on y met, ça dépend du formateur. Mais l'idée, c'est d'être plus à l'aise à l'oral, d'être plus convaincant, de captiver plus l'audience. C'est ça qu'il y a derrière ces mots-là.
D'accord. Et ça, c'est clair pour moi. Et aujourd'hui, une personne qui— on a parlé de la confiance, on va dire, moi j'ai des problèmes de prise de parole, je travaille sur la confiance. OK, mais c'est quoi les les éléments de base sur lesquels je vais devoir travailler pour être plus à l'aise et pouvoir partager mon discours à un maximum de gens. Petite pause pour te dire que si ce podcast te plaît, like et abonne-toi pour recevoir encore plus de contenu.
Il y a des choses très simples à faire. On parlait de scène slam par exemple. Moi, quand je faisais 2 scènes slam par semaine, c'est ça qui m'a permis de progresser. C'est de s'exposer, c'est la mise en situation. Qui permet au fur et à mesure d'acquérir plus de confiance, déjà premièrement. Après, il y a tout ce qui est technique autour de la voix, l'articulation, l'élocution, la posture, tout ce que tu connais, le regard. Et puis comprendre un peu comment on fonctionne psychologiquement pour pas se laisser envahir par toutes les instances dictatoriales qui nous observent et qui exercent une pression sur nous.
D'accord. Donc il y a la— je vois que tu as abordé plusieurs sujets, mais si on avait qu'un, ce serait quoi? Parce que là, pour les personnes qui nous écoutent, Ils disent attends, là il y a l'addiction, il y a plein de choses, la pression. Sur quoi je me concentre?
Sur quoi je me concentre? S'il n'y en avait qu'un à choisir, moi je dirais, je dirais tout ce qui va être la relaxation, le calme dans un premier temps. Parce que tous ces gens qui nous écoutent parlent très bien quand ils sont en sécurité affective, avec papa, maman, avec les enfants, il n'y a pas de problème. J'ai des problèmes pour parler en public? Non, ça dépend quel public. Ah oui, chez toi tu as pas de problème, tu es en public. Ah non, donc, et si on arrive à être calme, à être relâché, même toi je pense que quand tu parles et tu es relâché, eux, dès qu'on stresse, dès qu'on se rigidifie, il y a plus rien qui passe. Donc déjà travailler ça, le calme, la confiance, enfin le calme, pardon, la respiration, pour être plus relaxé dans un premier temps, j'ai envie de dire. Après, la technique aussi, après la dimension psychologique, mais déjà le calme, avoir des techniques pour être plus zen, plus cool.
La cohérence cardiaque qu'on enseigne nous dans la formation.
Ouais, bien sûr, ça aide, ça aide énormément, la cohérence cardiaque, la respiration, revenir dans le ventre, tous les exercices qui vont, tout ce qu'on a vu en formation aussi lié à l'émotion, enfin parler à son émotion, ça peut être aussi ça pour calmer. En gros, avoir une relation saine avec la peur. Souvent la peur est tellement, tellement obèse à l'intérieur de nous qu'elle nous interdit de tout faire. Et le but c'est de réduire son intensité. Pour être libre, pour avoir plus de liberté face au public.
D'accord, je comprends mieux. Et aujourd'hui, toi, parce que je te connais un peu et tu as l'aspect prise de parole, mais tu es aussi conte de vie, et ça, ça m'intrigue beaucoup. Et comment, c'est quoi cette histoire-là? C'est quoi? Raconte-nous tout là, c'est quoi ton charabia là?
Ok, merci. Alors déjà, c'est une élaboration entre 3 disciplines. Moi, j'adore les mots, je suis assez technique.
C'est une bonne introduction, comment je l'ai pris. Ouais, grave.
Grave, grave, trop bien. Comme je suis formé en pratique narrative, je me forme actuellement art-thérapie et conte, thérapie narrative, c'est une thérapie où on va travailler sur l'histoire des gens pour construire une contre-histoire. Parce que souvent l'histoire est déterminée par ce que les autres ont dit de nous, l'extérieur, ou par les problèmes. Tu racontes, tu demandes à quelqu'un raconte-moi ton histoire, il va dire que les galères qu'il a vécues, ou il va avoir un avis hyper dur sur lui et sur sa vie. Et le but, c'est de construire une contre-histoire en cherchant les merveillosités du passé pour redéfinir l'identité narrative afin d'avoir une vie qui nous convient mieux. Alors moi, met toi, si tu passes ton temps à dire moi j'ai échoué dans la vie, j'étais nul, tu pourrais pas être là devant moi. Et à un moment, il faut bâtir une histoire qu'on se raconte qui est utile pour nos projets. Ça part de ça. Là, j'ai vraiment simplifié pour que ça soit assez clair. L'art-thérapie, au lieu de parler avec un thérapeute, face to face entre toi et le thérapeute, tu vas avoir de l'art, de la peinture, de la danse, et l'art va engager ton corps et va donc engager plus d'émotions. Et après, à partir de ce que tu as fait durant ce moment artistique, tu parles avec le thérapeute. D'accord, simplement. Et le conte, bah tout le monde connaît le conte, les histoires, je pense que j'ai pas besoin de préciser. Et donc le conte de vie est une élaboration à partir de ces 3 disciplines.
D'accord.
C'est des ateliers. Alors, il y a des ateliers en présentiel, il y a pas que ça, mais c'est surtout ça, on va dire, où l'objectif pendant 2 jours est de travailler sur son histoire, à redéfinir son histoire, à y chercher les merveilleusités, à comprendre aussi le sens de ce qui nous est arrivé. Souvent, ce sont les problèmes qui ont déterminé notre quête. Exemple: une personne qui souffre de bégaiement, elle va être humiliée, moquée, Ça, c'est un problème, c'est un événement déclencheur. Elle va chercher à régler ce problème parce que ça la fait souffrir. Donc elle va faire des cours, elle va voir des orthophonistes, elle va s'intéresser à la parole, elle va travailler, travailler, travailler, et un jour, elle va dépasser ce problème, peut-être. Et c'est comme ça que tu trouves ton rôle dans la vie, puisqu'en dépassant ce problème, souvent, elle aura envie d'aider les autres à dépasser leurs problèmes. Elle va se reconnaître dans la souffrance de ceux qui bégayent, et elle va se dire, maintenant, je vais créer des cours, je vais les aider, eux, à dépasser leurs problèmes parce que moi, ça y est, je ne l'ai plus. Et en revoyant sa vie, en remettant du sens dans le passé, on comprend qu'on est le héros d'une histoire qui est extraordinaire, mais qu'on minimise trop. Aujourd'hui, toi, Mohamed, j'en suis sûr que si tu fais la lecture rapide, si tu donnes tous ces outils, c'est pas pour rien. C'est peut-être que, et d'ailleurs, je connais un peu ton histoire, quand tu étais jeune, tu as essuyé certaines critiques, tu as reçu certains mots qui t'ont peut-être fait du mal. Et aujourd'hui, tu redonnes des outils aux gens pour être plus libres, plus intelligents. Et tu veux montrer aux gens qu'ils ont, qu'ils sont intelligents, qu'on a tous des formes différentes d'intelligence. Je pense qu'il y a un lien entre tout ça. Mais quand tu fais ce lien, quand tu comprends que ton problème est relié à tes qualités, tu vois ta vie différemment. Donc c'est 2 jours d'introspection avec la méditation, avec des exercices autour de photos, d'objets, d'écriture. Et à la fin des 2 jours, on récite son compte de vie. Et en général, il y a aussi des résultats très, très positifs. Il y a beaucoup d'émotions. Beaucoup de prise de conscience.
Est-ce que, bien sûr sans noter le nom, est-ce que tu as déjà eu une transformation incroyable? Je suis sûr que tu en as eu dans ces 2 jours-là. Et est-ce que tu pourrais nous partager l'expérience d'une personne qui a vécu ça et quel a été son compte de vie? Qu'est-ce qu'elle a trouvé à la fin de ces 2 jours?
Alors, le retour que j'ai, les retours que j'ai, c'est des gens qui me disent: ah mais je savais pas que j'étais bon là-dedans, on me l'a fait remarquer. Et donc ils se sont interrogés sur leur avenir professionnel et ils ont entamé des recherches. Est-ce que ça aboutit? Je sais pas. Il y a 2 jours, il y a une dame qui a fait un atelier avec moi à Bruxelles qui m'a dit qu'elle allait entamer quelque chose qui lui tenait à cœur. Et elle m'a dit: c'est le compte de vie qui m'a donné envie de faire ça. Une autre qui m'a dit: je me suis rendu compte qu'on s'est beaucoup moqué de moi et que finalement je croyais que c'était pas grave. Bah aujourd'hui j'ai dit stop. Et ça, c'est pas du tout dans l'objectif initial. Je veux plus qu'on se moque de moi. Je me suis rendu compte que j'ai beaucoup souffert de ça. Je ne savais pas, j'avais pas conscientisé cette souffrance. Il y a d'autres personnes qui se sentent mieux avec leur passé. C'était un peu en conflit. Pourquoi il m'est arrivé ça? Non, finalement je suis nul. Et ils se rendent compte qu'ils ont développé des talents, qu'ils ont changé un peu l'image, l'identité narrative qu'ils se sont fabriquée au cours de leur histoire. Il y a une graine qui a été semée à ce moment-là.
Parce que c'est vrai qu'on travaille beaucoup sur l'émotionnel. Je sais que quand on avait fait le dernier atelier où j'étais venu sur la partie prise de parole, on était une dizaine, et sur les 10, je crois que tu as 7 personnes qui avaient pleuré. 7 sur 10. Et en off, on en avait discuté et je t'avais dit mais c'est incroyable de voir autant de personnes qui pleurent alors qu'on est venu se former à la lecture, et à la prise de parole. Comment tu expliques ça? Comment le fait de prendre la parole, le fait d'être dans ce cheminement? Alors je dis pas ça, ne venez pas parce que vous allez pleurer, ou si vous avez envie de pleurer, allez-y, c'est pas ça que je suis en train de dire. Mais dans ton, dans la formation, tu as un déroulé qui fait qu'à un moment on touche dans l'émotionnel et que beaucoup de personnes en arrivent aux larmes.
Parce que parler, s'exprimer, c'est aussi exister. Parler, c'est s'exposer. Et on a tellement été empêché, on s'est tellement interdit, on nous a brimé, on a été humilié, rejeté. Tais-toi, tu es nul, tu es moche, cache-toi, ne dis rien. Ces mots-là ont tellement rythmé notre vie qu'à un moment, quand tu dis à la personne, là aujourd'hui, tu peux, tu as le droit, tu peux exprimer ton autorité, tu as le droit d'être imparfait, tu as le droit d'être vulnérable, tu peux enlever ton masque. Tu peux exprimer ce qu'on t'a interdit d'exprimer, tu peux être foufou aujourd'hui, tu peux être autoritaire. Tout d'un coup, ils se retrouvent avec des parties d'eux qu'ils avaient laissées un peu à la cave. Il se passe quelque chose, une liberté qu'ils retrouvent. Et forcément, toutes ces critiques emmagasinées résonnent encore quelque part dans la tête. Donc on relâche quelque chose aussi, tu sais. On passe notre vie à se cacher, on met des masques tous sur nous, mais des masques, on se protège. Et quand on s'autorise à pouvoir faire des erreurs, à pouvoir exprimer des parties de soi après des années d'enfermement, il y a une émotion, une émotion de tristesse, un relâchement, une joie, quelque chose qui est difficilement explicable même.
Et pourquoi autant de personnes, après je sais pas si tu as réponse ou pas, et pourquoi autant de personnes ont mettre ces masques? Pourquoi autant de personnes vivent avec ce masque du matin au soir et n'acceptent pas de vivre réellement leur vie?
Je pense la plus grande peur qu'on a, c'est le rejet. C'est l'abandon, c'est qu'on nous dise tu fais plus partie du clan. Alors nous, pour s'adapter à une société, pour s'adapter à une culture, pour s'adapter à des parents, on a pris des masques parce qu'on sait que si on ne fait pas ça, on risque la réprobation des parents, voire ouais l'abandon quoi. Et donc ça nous fait peur. Donc pour pas arriver là, qu'est-ce qu'on fait? On prend des masques parce qu'il faut avoir— si tu as pas 8 sur 10 Quand tu avais des 3 sur 10 en classe, tu rentres chez toi, ta mère regarde le cahier, tu vois sa tête, tu es triste quoi. Parce que papa, maman, c'est eux qui me donnent de la valeur. Si papa, maman disent que je suis nul, je vais y croire. Donc quand je rentre avec des 3 sur 10, avec des 2 sur 10, non, je dois m'adapter, je dois être bien, papa et maman doivent m'aimer. Finalement, qu'est-ce qu'on veut tous au fond qu'on est? On veut être regardé, on veut être aimé et on veut aimer. C'est tout. Et on ferait tout pour ça. On meurt de ça. On ferait tout. Si demain on te dit plus personne te regarde Mohamed, plus personne t'existe plus, à part si tu enlèves tes lunettes et tu apprends le chinois, je te jure qu'à un moment tu vas dire ok, regardez-moi, parlez-moi, je vais apprendre le chinois.
Tu sais, j'ai fait un épisode avec Edgar Yves Mouloud, un comédien humoriste et qui a été à la rue pendant un an. Je ne sais pas si tu as pu l'écouter cet épisode. Il raconte son parcours où après Atari va en France, après la licence, il dit à son père qu'il veut faire humoriste. Son père veut pas, il lui coupe les vivres, coupe le compte en banque, il le met à la rue parce que c'est lui qui paye le loyer. Il le met à la rue et il fait un an dans la rue. Et donc j'invite toutes les personnes qui ont pas encore écouté cet épisode à l'écouter. Et à un moment, dans un passage, je lui dis mais c'était quoi le plus dur pour toi? Il m'a dit le plus dur pour moi c'était d'avoir l'impression que j'étais plus humain, d'être posé dans un parc et que j'avais moins de valeur qu'un poteau et que les gens passaient devant moi et me regardaient comme ils regardaient un poteau. Et vraiment, il a dit, il y a des journées où j'étais juste regardé, juste le fait d'avoir un sourire d'une personne, ça me redonnait du plaisir parce que j'ai l'impression d'être plus humain et d'avoir enlevé l'humanité de mon corps. Et quand il dit ça, aujourd'hui c'est un super grand humoriste, et tout. Quand il dit ça, je me dis waouh, je dis plus jamais je verrai une personne posée dans la rue de la même manière. Parce que cet aspect humanité, humain, et cette relation à l'autre qui est super importante. Et tu as commencé par ça, tu disais au tout début que tu aimes bien l'échange avec les gens. C'est vrai que nous on est des êtres d'échanges et d'interaction.
C'est hyper touchant. Mais regarde même nos enfants, qu'est-ce qu'ils disent? Regarde-moi. Non mais reste avec moi, juste tu me regardes. Des fois ma fille elle me dit je veux juste que moi je joue et toi tu me regardes. Et en fait je comprends ce qu'elle veut. On a besoin d'être reconnu, on a besoin d'être aimé. Donc tu te rends compte, prendre la parole, dire son opinion, si ça va à l'encontre des parents, ça— et même si on est en sécurité affective, si on est en sécurité matérielle, symboliquement c'est terrible. Pas être regardé, être seul, tu vois. T'exprimes ton opinion T'es de gauche et toute ta famille ou toute la société dans laquelle tu es est de droite. Oh, la solitude, c'est pesant. On a besoin de l'autre, on a besoin de rapports humains avec, surtout avec la famille. Donc on apprend à devenir un peu un mouton, à se conformer à ce qu'on attend de nous pour recevoir de l'amour. Mais comme l'être humain est complexe, il a un besoin d'autonomie aussi. Il a un besoin d'autonomie, un besoin de liberté. Alors forcément, il y a un moment, il y a un truc qui va le titiller. Mais ah, je suis comme lui, j'ai mon opinion, j'ai le droit de parler. Mais il sait pas jusqu'à où il peut aller parce qu'il y a des conséquences à ça.
D'accord, très très intéressant ce que tu nous dis depuis tout à l'heure. Et aujourd'hui, une personne, comment pour toi, c'est quoi le cheminement, le bon cheminement pour une personne qui veut s'émanciper au niveau de la prise de parole? Est-ce qu'on doit travailler d'abord sur l'introspection avec les comptes de vie? Après, on va sur l'aspect prise de parole, comment, parce que je sais que vous proposez les deux et je sais que, comment tu vois les choses toi?
La prise de parole, si vraiment c'est ton objectif prioritaire, autant aller directement sur la prise de parole, mais les deux vont t'aider forcément parce qu'avoir confiance en soi, ça passe aussi par la conscience, conscience qu'on a de la valeur, qu'on a des qualités. Souvent ce qu'on cherche à l'extérieur, on l'a à l'intérieur de nous. Les gens disent je veux de la confiance, mais tu as déjà été confiant dans ta vie. Regarde ce que tu as réalisé déjà. Le compte de vie va t'aider à ça, à prendre confiance, à prendre conscience, pardon, que tu as déjà eu ce que tu veux en réalité, que tu l'as déjà manifesté, que tu l'as déjà en toi, qu'il faut juste le réactiver.
D'accord, donc compte de vie à ce moment-là, et parce que tu as commencé prise de parole, après tu as dit compte de vie, c'est ça?
Les deux vont t'aider, mais prise de parole c'est plus spécialisé, plus spécifique là-dessus.
D'accord. Est-ce que tu as des ouvrages de référence que tu pourrais conseiller?
Alors là, en tête, non, j'ai ma bibliothèque qui est là-bas. J'ai envie de dire Briller à l'oral pour les nuls, il est vraiment pas mal, l'édition Pour les nuls.
Connaissance limitée de chez Robert Laffont aussi, non?
Comment? Ouais, exactement, oui. Connaissance limitée, Robert Laffont, Mohamed Bouclay, parce que ton parcours il est inspirant.
C'est une blague, c'est une blague.
Mais oui, on peut s'identifier à toi aussi. Et j'ai envie de dire que de toute façon, un livre n'a jamais fait progresser quelqu'un Dans ce domaine-là, moi j'ai jamais vu un mec qui me dit j'ai écouté des vidéos Instagram, j'ai écouté des vidéos YouTube, j'ai lu des livres, j'ai progressé en prise de parole. J'ai envie de dire il faut faire quoi. Et pour faire, faut se retrouver dans la situation. Et là il faut accepter d'y aller avec sa peur, donc se former, même faire du théâtre, faire des choses comme ça qui vont nous aider à faire face au public, à faire face au regard, à muscler la confiance.
Wow, là tu nous as partagé beaucoup beaucoup de choses. On arrive sur la fin, ça fait déjà 45 minutes, le temps passe Le temps passe super vite et on a donné beaucoup de valeur dans cet épisode. Est-ce que tu as des choses que tu aurais aimé dire en lien avec la prise de parole que tu n'as pas encore eu l'occasion de dire?
Ouais, j'ai envie de dire muscler votre confiance, formez-vous, mais surtout soyez gentil avec vous. Notre parole est imparfaite, elle est accidentée, elle est à l'image de nos histoires. Il y a des gens qui parlent très bien, Mais se comparer, c'est s'annuler. Dès que tu commences à te comparer à un tel, ouais, l'autre il prend la parole sur les réseaux, il parle très bien, moi je vais faire comme lui. Non, viens avec tes erreurs, viens avec tes imperfections, et c'est pas grave, on t'aimera comme ça. Je pense que le perfectionnisme a tué énormément de gens, vraiment. Enfin, tu es, pardon, mais a tué énormément de rêves parce qu'il empêche les gens d'entreprendre. Venez avec vos erreurs, venez avec votre manière d'être, et c'est OK. D'être comme ça, c'est OK.
C'est un peu comme au McDo, venez comme vous êtes.
Exactement, venez comme vous êtes, parce que si vous cherchez à venir en étant au top, vous viendrez jamais. Moi qui fais du sport de combat, tu sais, quand on fait du sport, on arrive, on est nul. J'arrive en jiu-jitsu brésilien dans un bon club, comme c'est mon cas récemment, je me suis fait éclater partout, des jeunes, des moins jeunes. Alors là, ton ego, il en prend un coup, mais il faut bien commencer quelque part, quoi. Je vais pas arriver à être ceinture noire. Donc tu arrives, tu es ceinture blanche, Et c'est lent, la progression est lente, mais il faut bien commencer quelque part. Donc allez-y, faites-vous plaisir, faites des erreurs, et puis ne vous interdisez pas de parler, quoi, tout simplement.
Et ça rejoint la notion de la bienveillance envers soi-même.
Ouais, exactement. On est trop dur avec nous, on veut trop, tellement être parfait qu'on fait rien finalement. Mais tu feras jamais rien dans ces cas-là. Fais, c'est pas grave, ne te prends pas la tête.
Et j'ai une question que je pose toujours à la fin de mes épisodes. Si là tu étais avec tes proches autour de toi et que tu devais leur laisser un héritage, parce que c'est la fin, et là on dit Cyril, tu as 5 minutes pour laisser un héritage à tes proches, et cet héritage c'est une parole, qu'est-ce que tu aimerais leur dire?
J'aimerais leur dire qu'ils ont de la valeur, peut-être leur rappeler une de leurs qualités, parce que je me dis qu'un mot, je sais qu'un mot, une phrase peut changer une vie. En donnant du bien avec les mots et en valorisant les gens, peut-être que ça leur permettra de faire quelque chose de bien après, parce qu'ils se rappelleront que quelqu'un leur a dit qu'ils avaient de la valeur, qu'ils étaient importants, qu'ils avaient telle et telle qualité.
OK, donc un mot, une qualité par personne. Ouais. Et si tu avais un enseignement à leur donner?
Un enseignement à leur donner, un enseignement à leur donner, et ben la vie est courte et essayez de débarrasser votre potentiel de tous les parasites qu'il y a autour. Parce que je pense qu'on a tous une ou des missions de vie, peu importe. On a un potentiel. Le problème, c'est que notre potentiel, il est parasité par plein, plein de choses. Il est encrassé parce qu'il y a le manque d'estime de soi, toutes les blessures, les salissures qu'on a reçues, qu'on a accumulées dans notre histoire. Enlevez tout ça, allez à la rencontre de vous-même pour enlever tout ça, pour que votre potentiel puisse rayonner. Je dis souvent aux gens, imaginez que là, j'ai une télécommande et que j'augmente votre confiance par 10, par 20. Qu'est-ce que vous feriez de plus dans votre vie? Je peux t'assurer qu'on ferait tous beaucoup plus de choses. Donc l'idée, c'est de débarrasser le potentiel des parasites.
C'est vrai que moi, il y a une phrase que je me dis souvent, c'est, et que je dis souvent à mes élèves aussi, si tout était possible, qu'est-ce que vous feriez? Si vous n'aviez pas de limite et que tout était possible, qu'est-ce que vous feriez? Et là, tu te rends compte que tu ferais des choses incroyables. Et la question, c'est pourquoi tu le fais pas maintenant? Parce que souvent, ce qu'on écrit, en vrai, c'est à notre portée. C'est rare qu'une personne dit: si tout était possible, j'irais sur Mars ou j'irai sur la Lune. À pas dire ça, faire le tour du monde, je vais apprendre l'anglais, je ferai de l'associatif, je donnerai de l'argent à tel, fais-le. Qu'est-ce que tu attends pour le faire? Et on peut tous le faire à notre niveau. Merci beaucoup Cyril pour tout ce partage, tout ce que tu nous as donné. Bien sûr, on mettra tous tes réseaux sous cette vidéo pour que les gens puissent te contacter, échanger avec toi s'ils ont besoin, aller voir un peu ce que vous proposez avec Sofiane chez Élève Ta Voix. Bien sûr, si autour de vous vous avez des personnes qui ont des problèmes de prise de parole, ou même, ou pas, ou vous, je compte sur vous pour liker, laisser un commentaire et partager. Surtout partager, ça coûte rien. Prenez l'épisode et partagez-le. On est ensemble, on avance ensemble. Nous, on le fait, mais on le fait grâce à vous et on le fait ensemble. Donc partagez l'épisode à un maximum de gens. Comme je le dis toujours, je suis, tu es, nous sommes tous illimités. Prenez soin de vous et à très vite.
Merci Mohamed, merci infiniment pour ton invitation.










