Peut-on rire de tout ? Avec Philippe Caverivière

Mohamed Boclet talks with comedian Philippe Caverivière about the limits of humor in France, how comedy has shifted since the 1990s, and whether jokes can offend without crossing a line. Caverivière has written for RTL and France 2, co-wrote the film Les Infidèles, and believes comedians carry moral responsibility for their work.
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Tu trouves une bonne nouvelle toi dans l'actu?
Non, parce que je crois que l'actu est faite pour qu'on donne pas de bonnes nouvelles, sinon les journaux n'existeraient pas.
Moi j'ai eu la chance de grandir en HLM à une période où tout allait bien, il y avait pas de communautarisme. On est les premiers au monde en matière d'imposition, pas de problème.
Est-ce que tu penses qu'il y a une mauvaise distribution de cet argent? Et est-ce qu'à un moment tu t'es dit je suis allé trop loin?
Une vanne? Je suis allé trop loin?
Paix sur vous, aujourd'hui je reçois Philippe Cavrebière, il est humoriste et chroniqueur sur RTL et France 2. On parle parlera dans cette émission du monde des médias, des limites de l'humour en France, et il va nous raconter les hauts et les bas de sa vie d'humoriste. Paix sur vous, bienvenue dans le podcast The Booklet Talk. Et aujourd'hui, j'ai l'honneur d'accueillir Philippe Cavrivia qui est avec moi, et on va partir sur un échange d'une heure juste extraordinaire. Je vais le présenter avec ses mots parce que j'ai demandé comment tu te présentes, il m'a dit je suis alchimiste Ma mission, c'est changer le caca de l'actu en rire. Du moins, il essaye. Salut, comment tu vas?
Salut Mohamed, salut à tous. Ravi, je vais bien, on est très bien ici.
On est bien, on est bien.
Comme je me suis levé tôt, je peux m'endormir à tout moment, mais tu me réveilleras.
Ouais, tu peux partir sur une heure de sieste devant les auditeurs. Alors, je t'ai présenté avec ta phrase, j'aimerais bien que tu me dises pourquoi tu as choisi cette phrase pour te définir.
Parce que si tu regardes l'actu ce n'est que des mauvaises nouvelles en ce moment. Tu regardes l'actu, c'est Gaza, c'est l'Ukraine, c'est la menace terroriste, c'est l'aide à mourir. Il n'y a pas une, c'est la dette. Tu trouves une bonne nouvelle toi dans l'actu?
Non, parce que je crois que l'actu est faite pour qu'on donne pas de bonnes nouvelles. Sinon, les journaux n'existeraient pas. En vrai, j'ai l'impression que les journaux ont—
Mais ça, tu le sais pourquoi? C'est parce que les gens qui ont essayé de faire des journaux, des bonnes nouvelles, ça ne marche pas. Parce que notre cerveau reptilien, il nous— on est dressé à faire attention au danger, à avoir une vigilance au danger. Donc on est addict, comme on est addict au Nutella, on est addict aux mauvaises nouvelles parce qu'on a l'impression de se protéger. Donc c'est le cerveau reptilien qui nous amène vers ça.
C'est vrai qu'il y a certaines chaînes, leur vie, c'est ça, ils sont en boucle sur le négatif. Et moi, je regarde jamais les infos, je dis, je regarde jamais les infos. Et les seules fois où je regarde des infos, c'est tellement oxygène, je me dis «Oh, je suis pas bien.
Pourquoi j'ai regardé les infos?» Bien sûr. Après, moi, je suis obligé pour mon exercice et pour comprendre le monde et parce que ça me passionne aussi l'info.
Yes. Et comment tu en es arrivé là? Comment?
Parce que là, d'échec en échec.
Alors dis-nous tout. J'aimerais bien avoir échoué et arriver où tu en es aujourd'hui.
Non, j'ai fait des métiers normaux, mais j'étais au Club Méditerranée, j'étais G.O. du Club Méditerranée un peu partout. Après des études de commerce, BTS commerce international, pas passionnante, mais je me voyais pas faire de l'import-export avec Stuttgart et je sentais que ça n'allait pas me combler. Et après le club, on est déformé par le club, on est dans l'addiction à la scène, au sport, au rire, aux dons. C'est rendre des gens heureux, le Club Med. Bien sûr, je voulais garder ça. Et j'ai fait des métiers normaux comme j'ai fait une agence immobilière, même un restaurant, je crois, ou un restaurant. J'ai coulé une agence de ma famille, j'ai coulé un restaurant de ma famille.
C'est parce que ça fonctionnait pas, c'est pas toi qui l'a coulé.
Tu veux pas travailler tout seul, faire un truc tout seul et arrêter de couler la famille. Et non, j'étais pas nul, mais j'étais pas heureux. Donc j'ai divisé mon salaire par 4-5 entre l'immobilier et la reprise des blagues. D'accord. Mais finalement, j'étais heureux.
Mais comment tu rentres dans les blagues? C'est-à-dire qu'effectivement, tu es au Club Med, tu fais plein de choses, mais comment tu arrives à avoir tes—
Je rencontre Nicolas Canteloup, c'est mon chef des sports sur ma première saison. D'accord. Et on a un bon contact et il me dit: comment il fait Coluche, machin et tout? Comment on écrit un spectacle? J'en sais rien, moi je suis sport terrestre, qu'est-ce que tu me demandes? Et J'ai entendu que Coluche, il achetait les journaux. D'accord. Et donc on a commencé à acheter les journaux le matin et écrire des bêtises pour son spectacle qu'il faisait à l'intérieur du Club Med.
D'accord. Sur l'actualité. Donc à l'époque, c'était en quelle année là? 2000?
2005? Non, je suis beaucoup plus vieux que ça. Je pense qu'on est en 93. Ah oui, d'accord. C'est loin.
Donc c'est déjà en 93, tu commençais déjà à faire des blagues sur l'actu.
J'avais 20 balais et quelques. Et ouais, et après j'ai continué au club. Lui il a arrêté pour faire les spectacles, les cabarets, etc. Moi j'ai continué au club et puis après on s'est retrouvé parce que je m'emmerdais dans la vie normale. Donc je lui ai écrit, je l'ai vu chez Patrick Sébastien. D'accord. C'est dire si j'avais une vie calme le samedi soir, je regardais Patrick Sébastien.
Et tu t'es dit ah, il a percé, il y a quelque chose là-bas.
Mais les textes sont pas fous. Non, non, donc voilà.
Et après, tu as commencé à devenir son auteur?
Ouais, sur Rire et chansons. Et puis après, on a fait Europe 1 avec Jean-Pierre Elkabbach, feu Jean-Pierre Elkabbach, à qui on doit beaucoup. Et après, Michel Drucker, il nous a vus, il nous a entendus. Il a invité Nico qui a fait une chronique avec Jean-François Lamour, le ministre des Sports à l'époque. Et il a fait une très bonne chronique. Et Drucker nous a dit: est-ce que vous voulez revenir toutes les semaines?
Et c'est comme ça que tu as été un binôme depuis, vous vous suivez? Ouais.
Il y avait des autres auteurs. Il y a Stéphane Joly, qui est un metteur en scène de Nicolas, avec qui j'ai co-écrit un film, Les Infidèles, avec Jean Dujardin, Gilles Lellouche, Nicolas Bedos. Film de grande qualité.
Tu as co-écrit un livre? C'est-à-dire que tu es aussi écrivain?
Ouais, scénariste, auteur de cinéma. Mais c'est une arnaque. Ça fait classe sur les terrasses à Saint-Germain de dire que j'ai fait du cinéma. Mais j'ai fait qu'un film, quoi. Ils ne m'ont pas rappelé après.
Mais il était bien le film.
Le film était très bien. Il a fait 2,3 millions d'entrées. Mais il était très libre.
D'accord.
Il était en amont de MeToo. Et finalement, alors MeToo, c'est magnifique ce mouvement de libération de la femme. Il est indispensable et il doit grandir encore. Mais je pense qu'on a plus ou on a moins cette liberté de faire des personnages négatifs, sombres. Moi, ce qui me fait rire, c'est la comédie italienne où les gens sont pas gentils. Va dans la rue, les gens sont pas toujours gentils.
Parce que j'ai l'impression que l'humour a vraiment changé. Toi, tu l'as connu en 93, entre 93 et aujourd'hui.
J'ai connu l'humour, un humour très libre. Oui. J'ai connu un humour de Desproges, de Coluche. Oui. Puis après, de Dupontel. Il est tout aussi libre, mais après, il y a les réseaux sociaux qui font que quand on fait une sortie de piste, on s'en prend plein la gueule des communautés. Et donc faut passer outre ça.
Tu as déjà fait une sortie de piste qui te vient à l'esprit là et tu dis là je suis allé loin et là tu t'es pris un...
J'ai pris des sauts de caca pour... Non, parfois pour des vannes qui continuent à m'amuser.
Mais est-ce que tu as un exemple là?
Ouais, alors j'avais fait une vanne. Je vais rarement sur Facebook, mais C'était pendant le Covid et je vois Bébert Defourbans chanter «Mets tes baskets». Vous apprécierez la qualité du texte et j'ai de l'admiration pour l'auteur de cette belle chanson, ce standard de la chanson française. Non mais c'est joyeux, c'est sympa. Chanter «Mets tes baskets» et Bébert est sur la tombe de Johnny à Saint-Barth. D'accord. Et il poste sur Facebook et il est accroupi à côté de la tombe de Johnny et il dit «Ouais, salut le Taulier. Bon, t'aimerais pas ce qui se passe là avec le COVID, ces enfoirés, ils sont en train de tout nous annuler, nos concerts. Il n'y a plus rien, machin. On peut plus être artiste, machin.» Et c'est l'émission de Laurent Ruquier. Je diffuse ça, retour plateau et je dis: «Attention, Bébert, si les concerts s'arrêtent, c'est pas le COVID, c'est tes chansons.» Et je pense que c'est marrant. Moi, quand je me prends une vanne et qu'elle est marrante, Et peut-être que lui, à ce moment-là, il avait du mal à remplir sa salle. Je dis bien joué quand la vanne, elle est marrante. Tanguy Passure, il avait fait un portrait de moi, c'était cruel et marrant. C'est drôle, c'était drôle. Je sais plus ce qu'il m'avait comparé à Bryce De Nice, je sais pas. Mais c'était vachement drôle et bien écrit. Et c'était sur C'est l'hebdo. Et c'était quand je prends la vanne, je dis chapeau, je tire ma révérence et c'est bien joué. Et lui, pas trop. Et j'ai eu tous les copains de Bébert. Comme quoi, il a encore 3-4 fans qui m'ont insulté sur les trucs. Et après, ça part en— Il faut savoir que ses copains, c'est Florian Philippot, c'est droite extrême. Donc ça part très vite sur de l'homophobie ou machin. Je ne fais pas partie de l'équipe, mais je déteste me justifier, à dire comme si c'était un défaut. «Tu es gros pédé, machin, espèce de pédale, machin.» Alors là, j'ai un truc en moi qui me dit quand on me dit «t'es raciste », ça me blesse. Mais quand on me dit «t'es gay », je dis «oh bah c'est plutôt un compliment, ça veut dire que je suis douché et élégant, donc j'ai pas à me justifier d'une non-homosexualité.» Et c'était drôle. Et c'était très violent. Et puis derrière, j'ai refait une chronique Parce qu'il y avait beaucoup de fautes d'orthographe quand même dans les messages qui prouvent la bêtise de l'émetteur.
Oui, bien sûr. Donc tu as fait une chronique en en mettant une couche, en remettant une couche un petit peu sur les fautes d'orthographe des gens qui m'insultaient.
D'accord. Et quelque temps après, comme j'avais eu des messages homophobes, j'étais avec, je travaillais avec Laurent Ruquier, à qui je dois énormément. Qui m'a pris sur On est en direct. Et je suis avec Yves Calvi, avec qui je m'entends très bien, de la radio. Et ma femme est quelques mètres plus loin. Et on se retrouve avec Yves Calvi devant un magasin de maillots de bain comme ça. Et je sens dans mon dos, il y a une dame qui nous reconnaît et qui fait: tu vois?
À se marrer.
Donc pour elle, j'étais identifié. Mais ça m'a amusé, ça m'a fait rire.
Wow, wow, wow.
C'était rigolo.
Bien rigolo. Ce qui est fou là dans ce que tu me racontes, c'est que dans ton parcours, ça fait très longtemps que tu es dans ce monde-là. Parce que nous, du moins moi, je te connais depuis 3-4 ans, 3 ans depuis RTL, on va dire les chroniques. Mais tu es dans ce monde-là, comme tu as dit, depuis 93 où tu as commencé.
Alors oui, je fais 93-98 et je démarre la radio en 2001 sur Rire et Chansons et en 2005 sur Europe 1.
D'accord. Et 2005. Et après, est-ce que c'est pour toi la traversée du désert où tu es toujours dans l'ombre? Tu fais tes auteurs?
Je suis bien dans l'ombre. Je suis très bien dans l'ombre et je veux pas être devant moi. Et je fais Les Infidèles, je fais Les Enfoirés pendant 10 ans avec Goldman, avec Dany Boon, avec mes copains auteurs, Laurent Vassilian, avec plein de monde. Et je suis très bien derrière.
D'accord. Et moi, je connais l'anecdote, mais toi, d'un coup, à un moment, on te détecte et on dit vas-y, on te donne ta chance ou c'est toi qui l'as saisi, comment tu passes de «je suis bien derrière, j'aime ce que je fais, je suis auteur, je livre mes textes et je suis tranquille» à maintenant c'est moi qui va au front, entre guillemets.
Je crois, sans être zinzin mystique, en l'énergie de donner des choses à l'univers et que je pense que l'univers te renvoie ça. Je pense quand tu connectes avec plein de gens, quand tu Quand tu crées des choses, quand tu— le mouvement amène le mouvement et le travail forcené amène forcément des choses positives. Et je crois aussi que quand on fait une bonne action sans intention de recevoir derrière, ce que les Juifs appellent la mitzvah, on reçoit beaucoup. Moi, ça m'est arrivé, j'ai aidé un gamin avec mon frère qui était malade. On a fait passer son dossier, il avait un cancer très compliqué, il s'appelait Léo. Et malheureusement, on a fait tout ce qu'on a pu, les parents se sont battus comme des lions, il est parti en 2017. Et ce gamin était inspirant parce qu'il a traversé la maladie avec une grande dignité, une grande force, un grand courage. Derrière, sa maman me demande d'être parrain de l'association. Je lui dis Delphine, oui, mais c'est une super mauvaise idée, personne me connaît. Et quelques mois plus tard, avec mon pote Greg Laget, on est à un apéro et on dit tiens, faudrait faire un spectacle un peu à la Club Med. D'accord, c'est un ancien du club et on va réunir 250 personnes et on va faire un spectacle et comme ça, ça va ramener de l'argent, ça va faire 20 € fois 250. Voilà, on va être à 4000, 5000 €. Et puis finalement on dit on reboit un coup, on dit peut-être une salle de 500 serrée, c'est mieux. On reboit un coup avec la piavoire et après on s'est arrêté à 1000. On a loué une salle de 1000.
Et vous l'avez remplie?
Et petit moment de panique. Mes copains, ils m'ont dit: «Mais personne te connaît, tu vas pas remplir en fait.» Et je me suis dit: «Je vais être le premier gars qui fait perdre de l'argent à une association.» Et j'ai appelé les copains, j'ai appelé Michel Drucker, Nicolas Canteloup, Florent Peyre, Nico Saliaglas, Marc-Olivier Fogiel.
T'étais pas connu, mais t'avais un réseau incroyable à l'époque.
Alessandra Sublet qui m'ont fait des relais. De la pub sur Europe 1, sur TF1, sur RTL. Et au dernier moment, Thomas Soto, il me dit: tu veux que je vienne? Je lui dis: c'est du chant et de la danse, tu vas servir à quoi, Thomas? Mais je lui dis: si tu veux venir. Il me dit: je vais expliquer le cancer pédiatrique, pourquoi il faut donner, pourquoi c'est compliqué, la recherche, etc. Je lui dis: OK, viens. Et j'ai fait des vannes pendant le spectacle. Et à la fin du spectacle, Thomas, il m'a dit: viens avec moi sur RTL. Et parce qu'il trouvait que j'avais été pas trop mauvais au micro et que sur un thème qui est compliqué, qui est le plus complexe du monde, le plus injuste du monde, le cancer pédiatrique, j'avais pas été trop nul. Et donc j'ai fait ce spectacle avec mon pote Greg Lagier, un ancien du club, et on n'a pas été nuls. Les filles de l'association ont ont été formidables. Puis il y a Drucker qui est venu faire un sketch, Nicolas Flanpert. Et le spectacle était très émouvant. Et derrière, je veux pas y aller, mais je me dis, putain, Thomas Sotto, il prend son billet d'avion, il paye son billet d'avion, il descend à Saint-Raphaël de Paris. Et quand un ami te rend service, tu dois lui rendre. Donc je dis oui. Puis je dis, je vais sur RTL, je suis une fois par semaine. Je dis, je m'en fous, je vais lâcher les chiens. Et au bout de 3 chroniques, ils vont me virer. Je m'étais déjà fait virer de la télé parce que c'était trop trash. Donc j'ai dit: «Allez, c'est pas mon métier, je suis auteur, moi.» Et en fait, le lâcher-prise a été plutôt bien reçu.
«Oh, wow, qu'est-ce que c'est?» C'est pas un humour qu'on a l'habitude d'avoir.
C'est tout sauf lisse. Ça crée l'incompréhension. Ça crée des moments formidables d'empathie quand ça se passe bien. Ce matin, j'étais avec Vahina Djokhande. Qui fait un livre à cœur ouvert sur l'inceste, sur son père qui a abusé d'elle. Et la veille, à chaque coup, je me dis: «Oh là là, comment je vais faire pour parler de ce sujet de façon légère ?» Et je vous invite à réécouter, et elle est solaire, elle est apaisée, elle est en résilience, elle a traversé cette tempête, elle est droit et bien dans ses bottes et dans sa vie. Et elle sourit à un truc qui l'a blessé au plus profond. Et on rit de l'horreur de ce qu'elle a vécu. Et ça, ce moment, il est génial.
Oui, parce que ça revient à ce qu'on peut rire de tout.
Et pour ça dépend de l'émetteur. Elle m'a dit après: on sent de la bienveillance chez vous, on sent de la de gentillesse, de la douceur, du cynisme. Pas de cynisme, c'est tellement facile de faire des vannes sur ce sujet. Bien sûr. Et à chaque fois, moi, je me pose, je m'interroge sur les sujets. Il arrive que ce soit pas compris. J'ai une petite à l'association qui a une leucémie et qui est trisomique capucine. Et je l'ai rencontrée, maintenant j'aborde le sujet différemment. De la différence. Donc j'essaye de le faire avec plus de délicatesse, mais d'en parler quand même. Donc je me suis fait, l'autre jour sur la journée de la trisomie, j'ai fait des vannes. J'ai une merde, il y a une mère qui m'a insulté et une autre maman qui m'a dit merci de parler. Donc tu dis, je ne peux pas faire l'unanimité. Non, c'est impossible.
Je peux pas faire l'unanimité, mais tu fais du bien à certaines personnes et à d'autres. En vrai, il y en a qui vont accepter le message et d'autres qui vont être dans Exactement. Qui ont pas fait le deuil, soit le deuil, ou qui ont pas accepté et qui sont pas dans cette légèreté parce que ça fait encore très mal. Je sais qu'aujourd'hui on se moque de mon diabète, j'ai aucun souci.
Ah, t'as du diabète?
J'ai du diabète depuis que j'ai 12 ans. Ah ouais? Ouais, de type 1, depuis que j'ai—
Tu prends de l'insuline et tout?
Ouais, 3 fois, 4 fois par jour. Ouais, la Lantus.
4 fois par jour?
Bah là, Lantus, en vrai je fais 2 piqûres le soir, Lantus est rapide le soir, plus à chaque fois que je mange, donc matin, midi et soir. Donc en vrai je fais 4 piqûres en tout. Quand j'avais 13 ans, Quand je l'ai eu, parce que je l'ai eu à 13 ans, j'ai été hospitalisé pendant plusieurs semaines. Quand je l'ai eu, eh ben je me cachais, j'avais honte, j'avais l'impression, tu sais, piqûre égale drogué. Pour moi, c'était je suis un drogué. Et donc dès que je devais mettre de l'insuline, je me cachais. Aujourd'hui, je vais au resto, si je dois manger, je sors ma piqûre, je me pique tranquillement au niveau du ventre parce que c'est mon insuline pour manger. J'assume, tu peux me faire des blagues dessus, j'assume. Mais c'est parce que j'ai mûri. Et à l'époque, j'étais pas mature par rapport à cette maladie. Et ce qu'on vit en fonction du temps, c'est par rapport à ce que tu es en train de dire. Je pense qu'il y a des personnes, en fonction de ce qu'ils vivent, ils ont accepté, ils sont passés au-dessus, ils ont fait le deuil, ou d'autres qui sont pas encore là. Et donc nous, on peut pas faire l'unanimité.
Bien sûr, bien sûr.
Je vais revenir sur ton asso parce que ça me permet de rebondir. J'adore la phrase, ton asso, tu es parrain de l'asso, Léo, ne jamais rien lâcher. J'adore cette phrase. Est-ce que tu as raison? Comment toi ça Précisément sur—
alors c'est marrant, quand j'ai fait une fois, je suis au Resto du Cœur et il y a Didier Deschamps et Lizarazu et ils me signent le t-shirt pour que je puisse le revendre derrière. Et il y a Deschamps qui lui dit: «Ça te rappelle un truc ça ?» Et Vincente lui dit: «Ouais.» Et ça leur rappelait les coulisses de France 98. Ils se disaient ça: «On lâche rien.» Léo était un petit sportif. Il avait 15 ans, il était un très bon handballeur de l'équipe de Saint-Raph. Et je pense qu'il a traversé l'épreuve comme on essaie de gagner un match, de renverser un match. Et il avait une dignité. On avait le même kiné, etc. J'ai connu après les détails et Ludo, notre kiné commun, disait: Il partait vomir sans rien dire. Il disait: «Je vais faire pipi.» Tu vois, pour cacher. Comme tu parles de cacher la maladie ou la faiblesse. Ou cacher une faiblesse parce qu'on a peur du regard des autres. Ou peut-être on cache une faiblesse parfois par élégance pour protéger les autres. Pour dire: «Tout va bien.» Bien sûr.
Par pudeur.
Et ça, ce truc de rien lâcher, ça change. C'est juste un mantra qui change des vies.
Et comment on peut aider l'association?
Petite parenthèse comme ça, on fait, on peut aller sur le site de l'association, on peut aller sur l'Instagram de l'association, on peut aller sur le Facebook de l'association Léo Association, Léo Saint Raphaël, ne jamais rien lâcher. On peut acheter des t-shirts, des peluches, des casquettes, plein de goodies à acheter. On peut faire un don directement. Et grâce au relais, à la petite notoriété que j'ai pu lui donner, on va bien, on aide la recherche, on donne beaucoup d'argent à la recherche. Recherche, on aide les gamins, on fait, on achète parfois du superficiel parce que quand on est dans le dur de la maladie, du superficiel c'est génial. Des jouets, un goûter, une surprise, un saut en parachute, tout ce qui peut éloigner de la maladie.
Je veux revenir sur ce passage où tu me disais tout à l'heure, parce qu'on a carrément quasiment le même, c'est incroyable, par rapport à la totality On t'a proposé de venir faire de l'associatif entre guillemets, t'as animé un événement et aujourd'hui ça t'a permis, ça t'a ouvert des portes pour être où tu en es. Moi j'ai vécu la même chose à mon niveau. Oui, moi c'était la première fois, moi j'étais pas voué à faire de la formation, moi j'étais salarié, je faisais ma vie et j'ai aidé une école à Montpellier qui était en construction et les présidents de l'association me disent: «Mohamed, on aimerait lever des fonds et on a une idée, on veut animer une formation de lecture rapide. Toi, tu es formé, fais-la et tous les fonds sont reversés à l'association. Toi, tu viens, on met les personnes devant toi, ils payent et toi tu formes. Et moi, j'avais jamais formé de ma vie.
Ah ouais?
Et donc j'ai fait quoi? J'aurais dit non mais c'est pas possible, je suis pas formateur, je peux pas faire ça. On dit si, si, vas-y Mohamed, vas-y. J'ai accepté, j'avais 2 mois pour préparer la formation, je l'ai préparée, je suis parti l'animer, il y avait 20 personnes. À la fin de la journée, j'ai dit mais c'est incroyable. Je viens de passer une journée à former des gens pendant une journée.
Grand trac le jour J?
Grand trac, je suis parti. Ah oui? Bien sûr. Moi, j'avais jamais, j'étais incapable de parler devant 2 personnes en public, devant 2 personnes. La soutenance d'école d'ingé, je suis parti vomir avant.
Et tu vas faire l'Olympia, je crois.
Là, je fais l'Olympia en septembre. Ça, c'est un autre sujet, j'y crois même pas quand j'en parle. Et donc je fais ma formation, j'adore. Ça nous a permis, c'était 49 € par personne, il y avait 20 personnes, donc ça nous a fait Presque 1000 €, c'est pas grand-chose. Il me dit: est-ce que tu peux en faire une deuxième? J'ai fait une deuxième, j'en fais une troisième et je prends goût. Et c'est là que je me dis: ah, j'aime bien ce que je fais. Je crée une asso, je commence à partager et de fil en aiguille, j'en arrive là. Bon, c'est pas le sujet, mais effectivement, tu donnes à l'univers, tu donnes au monde, tu donnes à Dieu, chacun, chacun comme on l'appelle, et après tu reçois des cadeaux. Tu dis: je m'attendais pas à ça.
C'est assez fou.
Et comment tu, juste pour finir sur cette partie-là avant d'aller sur l'autre partie, comment tu passes de je fais une chronique à aujourd'hui tu as 2 chroniques, tu as une émission, tu as 2 émissions télé sur France Télévisions. Comment tu fais étape par étape? C'est quoi? Tu laisses les choses venir ou?
Alors je suis très velléitaire, j'ai laissé les choses venir parce que j'avais pas d'ambition particulière. Après je suis un artisan, je suis un ouvrier. Et chaque jour, je me dis, il y a des gens qui écoutent, ne le prends pas à la légère. Tu ne te prends pas au sérieux, mais c'est sérieux. C'est un métier sérieux parce que pour les gens, c'est un rendez-vous. Donc je me dis pas, bah, on s'en fout, quoi. Je compare souvent mon métier avec celui de Copain, grand cuisinier, sans dire que je suis un grand cuisinier, mais avec mes auteurs, on se donne énormément de mal pour dire les gens qui l'ont écouté ce matin en ont rien à foutre que l'émission ait été bien ce matin. C'est demain maintenant qu'ils attendent. Et ceux d'après-demain, ils s'en foutent que ça a été bien les deux jours. Quand j'en parle avec mon copain Yannick Allénaud, je lui dis: toutes proportions gardées, on fait un peu le même métier. On doit essayer d'être très bon ou bon ou toucher à l'excellence tout le temps.
T'as jamais le stress de dire pour demain c'est chaud, je suis pas prêt ou très big stress hier soir pour l'inceste. D'accord.
Très peur parce que je me dis là c'est une vraie blessure profonde, forte où il y a des images qui peuvent lui revenir et tout. Donc il faut trouver le juste ton pour aborder le sujet, la glauquerie du sujet, être irrévérencieux un peu, mais Ne pas éviter le sujet. Moi, notre philosophie avec mes auteurs, avec Clément Charton, Jonas Évin, Arsène, c'est de traiter tous les sujets, même s'ils sont très compliqués.
Tu t'es déjà réveillé un matin en te disant j'ai rien préparé, je vais— ou tu es tout le temps prêt?
Je crois juste au travail, je crois pas au génie de l'impro. D'accord. Je crois retravailler, retravailler encore. J'ai fait un gala contre le cancer il n'y a pas longtemps, il y a 2 semaines, où j'ai fait juste quelques minutes. J'ai fait 6 minutes, mais je me suis dit, là c'était à l'Olympia justement, il y avait 2000 personnes. Je me suis dit, c'était particulier, c'est un gala contre le cancer. Donc dans la salle, c'est le gala de Laurie Choleva, Nos voix pour l'espoir. Il y a des gens qui ont un cancer qui est un des plus compliqués, qui est le cancer du pancréas. Des gens qu'on ne retrouve pas. L'année d'après, quelquefois, souvent les stats, elles sont compliquées. Il y a des chercheurs, il y a des médecins, il y a des familles de gens qui sont partis. Et je me suis dit, est-ce que moi, j'ai perdu une sœur et une mère d'un cancer, donc je me sens la légitimité d'en parler. Mais je me suis dit, est-ce que les gens, ils savent? Est-ce qu'ils te la donnent, cette légitimité? Et je suis rentré, j'avais le trac comme toi.
D'accord.
Et les gens, ils m'ont applaudi, j'ai été bien accueilli. Et juste derrière, je leur ai dit: je sais, je sens dans le regard des 4 personnes qui m'ont reconnu qu'ils se disent exactement: il va quand même pas faire des vannes sur le cancer, ce con. Et je fais: si. Et ils se sont marrés et on a fait des vannes sur le cancer. Et j'ai croisé une belle phrase de Romain Gary grâce à ma copine Noémie Silberg, qui a fait un très beau livre, qui a perdu son Marie Ducancer. Son livre s'appelle Vivre après Marc et elle cite Romain Gary qui dit: l'humour est une déclaration de dignité, l'affirmation de la supériorité de l'homme sur ce qui lui arrive. C'est ça l'humour, l'affirmation de la supériorité de l'homme sur ce qui lui arrive.
Incroyable. Très belle phrase.
C'est Romain Gary. C'est autre chose que les textes de Cabré-Villers.
Non, tes textes sont très, très, très, très poussés également. On arrive à la fin de cette partie. J'aurais envie de te poser encore plein de questions, mais je t'ai demandé d'apporter un objet. Ouais. Dis-moi quel est l'objet que tu as apporté et pourquoi tu l'as apporté?
J'ai apporté des komboloi. Ça, c'est de Grèce. Je comprenais pas cet objet parce que c'est nul. C'est ni un collier ni un bracelet. Moi, j'aime les colliers et les bracelets, mais j'adore les pierres. Et à Mykonos, entre autres, Où je vais, d'où les rumeurs d'homosexualité persistantes sur ma personne. Il y a les gars, les vieux pêcheurs s'amusent avec ces trucs-là dans la rue et c'est un objet qui m'accompagne parce que j'aime bien. Je crois au pouvoir des pierres et j'aime bien l'objet. J'aime bien le bruit des pierres.
T'aimes bien le toucher.
Et j'aime bien le toucher. Ouais, donc j'ai ça très souvent sur les radios, sur les télés, dans la poche.
D'accord. Ça me fait penser surtout la version que tu as posée sur la table à ce qu'on a nous des fois dans les mosquées. Alors je dis la version arabe, c'est «Tasbih», je sais pas comment. Avec 33.
C'est 99 noms de Dieu.
Voilà, exactement. Et ils l'utilisent pour soit faire des rappels, des invocations.
C'est ça, dans plusieurs religions.
Effectivement. Et ça me permet de rebondir sur la partie numéro 2 où Il y a un sujet, toi qui commandes beaucoup l'actualité, t'as beaucoup de politiques qui viennent. T'as eu Gabriel Attal il y a pas très longtemps. Ouais, j'ai adoré la chronique.
Il était détendu.
Ouais, il était détendu et j'ai adoré parce que tu l'as fait, tu l'as présenté comme tu l'as connu, il portait des couches et aujourd'hui il est Premier ministre.
Parce qu'il reste très jeune. Alors c'est un angle qui est facile, mais c'est de dire, c'est vrai qu'on a une espèce de tendresse de grand frère en disant On l'a connu tout gamin avec ses barbudos, avec ses sparadraps sur les genoux. Et de dire: OK, t'es Premier ministre, je respecte la fonction, etc. Mais on t'a connu porte-parole, secrétaire d'État, Premier ministre. On t'a vu évoluer. Donc on n'est pas écrasé par la fonction, le poids de cette fonction qu'il a. Quand tu rencontres un Premier ministre pour la première fois, j'ai eu ça avec Castex, avec Avec BORN, c'est impressionnant. Quand tu as quelqu'un qui t'a connu comme si ton pote ou toi, c'était tes potes d'enfance, c'est le Mohamed qu'ils ont connu, ils voient pas le mec qui fait l'Olympia.
Ouais, c'est vrai. Bon, après, pour moi, il y a rien qui a changé. Comme tu as dit, on est toujours pareil. Et par rapport à ça, il y a un sujet qui m'intéresse beaucoup, c'est l'éducation. Et tu vois ce qui se passe actuellement dans le 93? Il y a plein d'enseignants dans les lycées qui font grève. Je sais pas si t'as vu le TikTok passé sur des enfants dans un lycée dans le 93 qui disent: «Je suis dans le 93 et c'est normal que j'ai pas de plafond aux toilettes. Je suis dans un lycée dans le 93, c'est normal que j'ai pas de table, j'ai pas de chaise, on n'a pas de prof. Quand les profs sont absents, ils sont pas remplacés.» Pour toi, c'est quoi ton point de vue par rapport à ça, par rapport à ce qui se passe au niveau de l'éducation et surtout ce qui se passe dans le 93 et dans différents endroits de France?
Moi, j'ai eu la chance de grandir en HLM à une période où tout allait bien. Il n'y avait pas de communautarisme. 30 ans après, je me disais: «Putain, mais mon meilleur pote Abdoulaye Niang, il était musulman ou pas? Les Bénabilès, c'était des musulmans?» Les autres, je ne savais pas. Il y avait des Portugais. Moi, je suis d'origine italienne. Des Tunisiens, des Portugais, des Sénégalais. Et il n'y avait pas de communautarisme, il n'y avait pas l'effet de meute des réseaux. Donc c'était une période géniale et on peut être en HLM et très heureux. On a l'amour des parents.
Moi, j'ai grandi en HLM jusqu'à mes 30 ans.
C'est génial.
Même plus, jusqu'à 32 ans, 30 ans.
Tout un, on a envie d'en sortir, soyons clairs, on ne va pas être hypocrite. On a faim parce qu'on sait que c'est plus Comme avant les HLM, la vie elle est moins douce. Peut-être qu'il y avait moins de drogue à l'époque. Je me droguais pas à 6 ans, mais ni à 8.
Mais voilà, il y en avait pas comme aujourd'hui. Aujourd'hui, moi, on vend devant tout le monde, c'est-à-dire qu'il y a plus de respect. Moi, j'ai toujours connu le respect entre les anciens. Les gens se vendaient, mais ils se cachaient, ils se montraient pas, ils avaient peur des parents, des parents des amis.
Ce qui est fou, c'est qu'on L'éducation, on sait que tout est là, toute la solution est là, on le sait. Mais les politiques, ils sont déjà sur la présidentielle de 2027. Personne ne gère à 30 ans. Si tu dis OK, les générations sont sacrifiées, mais si tu dis les générations qui arrivent, on les lâche pas, on leur donne tout, on leur donne le choix, la littérature, les maths, la physique. Qu'est-ce qui va se passer dans 25 ans? On aura 20 ans, on aura les chercheurs les plus doués du monde. On aura les meilleurs chefs d'entreprise. Steve Jobs, c'est un enfant adopté syrien qui est adopté dans une famille américaine et qui devient un génie parce qu'il a accès à l'éducation. Là, c'est amusant. Je rebondis sur ce que tu m'as dit sur les gamins qui n'ont pas de table ou pas de toit ou machin. J'ai un problème chez moi depuis une semaine. Je te l'ai dit en off, je vis à l'hôtel. Parce que je suis resté une semaine avec pas d'eau chaude et pas de chauffage. Et puis je me suis dit «Je vais pas faire le connard.» Donc j'y vais avec beaucoup de précaution. Un jour, 2 jours, 3 jours, 4 jours. Et ma femme tombe malade, les chiens éternuent. Et au-delà de ce petit problème, moi j'ai la possibilité de dire «Je prends un hôtel.» Mais je me dis les gens qui connaissent cette précarité, ils sont pas là, ils ont pas le choix.
Et ils la connaissent depuis toujours. Pour eux, c'est normal même.
Donc tu dis moi, j'ai échappé à ce cycle-là. J'avais des parents très modestes, mais qui m'ont gavé d'amour. Mais cette précarité-là, quand elle te revient dans la gueule ou que tiens, tu peux oublier ta carte à la maison et ton porte-monnaie à la maison et tu dis merde, je suis dans la rue et je peux rien faire. Je peux pas acheter un café, je peux pas acheter un journal. Et à chaque fois, je repense aux gens qui connaissent cette précarité. Et je me dis putain, tu touches du doigt ce qu'eux vivent au quotidien. Donc ouais, ce serait bien avec un État qui connaît un déficit abyssal. Tu dis je suis très heureux de payer des impôts, mais j'aimerais pas entendre qu'il y a une petite vieille qui est morte dans le couloir des urgences. Je suis très heureux de payer les impôts, mais j'aimerais ne pas entendre que les gamins dans le 9-3 Ils n'ont pas les mêmes chances que les autres. Si on est les premiers au monde en matière d'imposition, pas de problème.
Est-ce que tu penses qu'il y a une mauvaise distribution de cet argent?
Je pense que c'est d'une grande complexité et je pense qu'on a laissé depuis 50 ans filer cette dette. Après, eux te disent bah oui, mais le Covid, bah oui, mais l'Ukraine, etc. C'est depuis 74, depuis Raymond Barthes, le budget n'est pas à l'équilibre. Il y a d'autres pays qui font un peu mieux que nous, j'ai l'impression.
Qui font même beaucoup mieux que nous, j'ai aussi l'impression. Mais moi, le sujet, c'est ce qui me dérange, c'est qu'on a l'impression que l'éducation, c'est devenu un coût et plus un investissement. C'est-à-dire que pour moi, l'éducation, c'est un investissement. Tu investis sur les générations futures, tu investis. Si un étudiant est dans des bonnes conditions pour étudier, c'est une personne qui va finir, qui va faire des études, qui va rentrer dans le marché du travail plus facilement, qui va qui va s'insérer. Quand on parle de séparatisme, on parle de communautarisme, on parle de plein de choses, mais j'ai l'impression qu'on crée ces ghettos qui poussent. Moi, des fois, je prends du recul et je me dis: j'avais 0,00001 d'en arriver où j'en suis aujourd'hui. Si je vois par où je suis parti, et je sais même pas avec le recul comment j'ai fait pour m'en sortir. Quand je vois mes amis et autres, et je me dis: mais c'est normal que Quand les personnes avec qui tu grandis, que t'as à l'école, vous êtes toujours dans le même environnement, vous vous auto-alimentez, vous êtes alimenté, t'arrives au lycée, t'es dans des mauvaises conditions et après tu pars en vrille.
Je crois que j'ai croisé les bons profs qui m'ont donné le goût, etc. Et que ma mère qui était ouvrière, qui a pas été à l'école longtemps, avait le goût des livres et que ça m'a sauvé. Mais pour les familles monoparentales, quand la maman elle a autre chose à faire qu'elle enchaîne 2 boulots pour gagner 1 700 €, elle n'a peut-être pas l'occasion de donner des cours du soir à son fils ou à sa fille. Mais tout est là, c'est le rôle de l'État d'essayer de remettre tout le monde à peu près sur un pied d'égalité et de leur tendre la main parce que ça va changer notre société dans 20 ans.
Non, même juste dernière chose par rapport à ça. Philippe, ministre de l'Éducation, il dit quoi?
Ah, oh là, ministre de l'Éducation, c'est Nicole Belloubet qui est ministre de l'Éducation. Bah, tu as vu, ils s'engueulent beaucoup là entre Gabriel Attal et Nicole Belloubet sur les classes de niveau. Tu dis même à l'intérieur d'un même gouvernement, il y a des tensions sur les solutions. Il y a tellement de choses à faire. Le bac donné à tout le monde, je suis pas certain que ce soit une très bonne chose, mais ça voulait dire quelque chose. Maintenant, ils sont à 96 de réussite, super, mais ça veut plus rien dire. Ils prennent les profs à 5 de moyenne, je crois, parce qu'ils ont tellement plus de profs et qu'on leur donne pas les moyens. Ils sont pas soutenus. Il y a un proviseur qui vient de se barrer parce qu'il était menacé de mort à la suite de d'un problème de voile dans un lycée, un collège. Sujet extrêmement complexe. Je parlais à un ami qui me disait: «Tiens, j'ai une copine qui est africaine, immigrée, voilée, musulmane pratiquante. Elle travaille auprès de Thomas Pesquet et ce sera peut-être une des futures spationautes.» Elle vient du 9-3. Elle a échappé à tous les déterminismes.
Incroyable. Quand tu m'as dit ça, je me suis dit: «Allez, elle est perdue, c'est sûr.» Quand tu m'as dit: «Africaine, immigrée, voilée, musulmane, pratiquante...» C'est magnifique.
Ça veut dire qu'on y arrive. Ça veut dire que cette fille a rencontré les bons profs. Elle a peut-être rencontré le racisme, l'exclusion. Elle pratique sa religion. Alors le voile est souvent un problème dans le sein de l'école public. Moi, c'est vrai que quand je vais à Londres, j'ai l'impression qu'elles me dérangent pas, ces meufs avec leur voile. Elles sont souriantes, elles sont bien dans leur société et on arrête d'être effrayé par un voile parce qu'il y a des meufs voilées avec qui tu peux déconner, qui rigolent.
Et ça change rien à la personne.
Effectivement, les gens peuvent être effrayés par un truc qui n'est pas effrayant. Et quand il est choisi entre la fille et sa relation à Dieu, Y a zéro problème, mais elle doit être bien. Et souvent je me dis merde quand je croise une femme voilée, qu'elle baisse le regard, tu sais, parce que tu sens déjà qu'elle a peur de rencontrer un mauvais regard. Alors que si tu lui souris, elle va te sourire.
Donc faut pas me mettre sur ce sujet.
De la même façon, je suis très content quand dans le Marais, il y a un mec qui se balade avec sa kippa, qui croise une une fille voilée et que tout se passe bien.
Moi, j'ai grandi dans une cité dans le 93. Mes sœurs, leurs meilleures copines, c'était des, ses parents étaient juifs tunisiens. On s'invitait, ils venaient chez nous, on allait chez eux. Pratiquants, le vendredi, le vendredi, ils faisaient shabbat et on s'entendait super bien. Il y a pas de problème avec ça. Je pense que dans les cités, il y a plein d'endroits où ça cohabite très bien. Après, pour moi, il y a une stigmatisation, il y a des médias qui mettent des choses en avant pour pousser à la haine alors que pousser vers l'amour, pour moi, c'est beaucoup mieux.
Il y a un taf énorme.
Il y a un gros travail à faire. Après, ça pourrait faire l'objet d'un podcast entier sur ce sujet parce que je vais dire ça, après je vais clore le sujet. Quant à une fille, en vrai, pour moi, les femmes musulmanes, c'est des super-héros qui portent le voile parce qu'elles sont entre le marteau et l'enclume. Elles sont entre les extrémistes qui leur disent: «Faut que tu restes à la maison, faut pas faire de sport, faut pas faire ci.» Et celles qui veulent faire du sport et s'émanciper. Quand elles s'émancipent, elles font du sport, elles sortent, elles bougent. C'est l'État qui leur dit: «Non, faut plus le faire.» Elles, elles sont au milieu, elles se disent: «Attends, moi j'ai envie de faire du sport, j'ai envie de bouger, j'ai envie de sortir de ma routine, j'ai pas envie d'être... L'État m'interdit.» Et de l'autre côté, il y a une minorité de personnes qui peut penser comme ça, qui va également les bloquer. Et elles, elles sont au milieu, elles sont perdues. Alors qu'il y a plein d'endroits où elles font du sport et elles se sentent très bien. Et c'est une cause d'insertion.
Je lisais très récemment dans la presse que les filles maghrébines avaient des meilleurs résultats à l'école. Bien sûr. Déjà, les filles ont de meilleurs résultats et les filles maghrébines savent que ça va être difficile et elles mettent plus d'énergie. Mais elles ont envie de rendre la famille fière et c'est pourquoi elles ont des meilleurs résultats.
Exactement. C'est pour ça qu'on va passer à l'étape d'après. Tu as apporté un livre. Et j'aimerais bien que tu me dises, parce que tu as parlé d'éducation, ça va nous permettre de rebondir ça.
Il y a un livre que j'adore et j'ai pas pu l'apporter parce qu'il est dans le sud. Il se balade avec moi. C'est Son odeur sous la pluie. Cédric Sapin Dufour, qui est un livre extraordinaire, qui est un best-seller sur sa relation avec son chien Hubak. Et comme je suis un lâche, bien sûr, moi je suis un fou de mes animaux, de mes chats, je m'arrête parce que bien sûr c'est l'histoire d'amour d'un chien qu'il a perdu et qui est mort. Donc je m'arrête, je suis en train de ralentir au moment où tu tombes malade. D'accord, je suis d'une grande lâcheté.
Tu as pas envie de vivre le moment où il va mourir?
Exactement. Mais Lisez-le, achetez-le, c'est sublime. J'ai amené 2 livres. Alors celui-là, c'est une arnaque.
Il vaut pas le lire.
Non, je le lis, je le lis. C'est mon livre de chevet et il faut que je le lise et le relise pour comprendre des trucs sur comment mieux travailler, ne pas procrastiner. Et j'ai adoré ce livre aussi de Fran Lebowitz. Sur Netflix, il y a un super docu sur elle. C'est une New-Yorkaise, une autrice. Pensez avant de parler, lisez avant de penser. Et c'est génial, juste ce mantra-là. Elle, c'est la grande copine de Scorsese. Voilà, et donc Scorsese dit: elle est inépuisable, sa personnalité, son érudition, son esprit brillant et avant tout, bien sûr, son humour. Elle est drôlissime. Regardez le docu sur Netflix, lisez ce livre.
Samy Memovitch, je connaissais pas le documentaire.
Pensez avant de parler, lisez avant de penser. Tout est là dans la lecture. C'est en lisant qu'on acquiert les mots, le bagage de mots et les mots véhiculent les idées. Donc si les causes de la violence sont là, c'est que les jeunes n'ont plus les mots.
Effectivement.
Je parle comme un vieux, ça y est. Un vieux mot, du vocabulaire de la violence.
J'ai l'impression de parler comme un vieux de temps en temps parce que quand je vais discuter avec des personnes avec qui j'ai grandi, quand je retourne voir mes parents et autres, on voit que les personnes manquent de langage, manquent de mots, ils ont du mal à exprimer leurs idées et donc ils se sentent limités. Et donc comme ils se sentent limités, le seul moyen de se défendre, comme un enfant qui a du mal à s'exprimer parce que tu lui dis quelque chose, il veut te faire comprendre quelque chose mais il n'y arrive pas, il va faire quoi? Il va pleurer, il va faire une crise. Ben là, ils font des crises différentes. Il y en a qui leur crise, ça va être la drogue, ça va être ci ou autre, parce qu'ils ont du mal à mettre des mots sur leurs mots. M-O-T-S sur des mots M-A-U-X. Exactement. On arrive sur une partie intéressante. J'ai demandé aux auditeurs de te poser des questions. Donc c'est pas moi, c'est pas moi qui ai choisi ces questions, et je vais te lire les questions et ça va nous permettre d'aborder cette dernière partie. Alors, il y a quelqu'un qui demande à quand ton one man show?
J'étais avec un producteur là juste avant de venir. Donc là, dans les prochaines semaines, mois.
Donc tu vas lancer, tu vas commencer une petite tournée?
Je commence à choisir, là je suis en train de choisir un producteur et il faut que j'écrive cet été. Et je te dis, le petit truc que j'ai fait au gala contre le cancer. Tu vas voir ça quand tu es à l'Olympia, c'est une salle magnifique, ça réagit. Moi qui fais des chroniques devant 5 personnes le matin, ou 4, ou des fois 3, ou sur Quelle Époque il y a une centaine de personnes, là quand tu as vraiment des gens qui sont venus, pas pour toi, pour l'occasion, mais quand tu as 2000 personnes qui réagissent à une vanne, C'est pas pareil. C'est une grosse sensation.
Non, me dis pas ça, j'ai la pression. Parce que tu me dis «je cherche un producteur », tu sais que moi je fais ça tout seul. J'ai pas de producteur.
Tu t'autoproduis?
Je sais même pas comment je pourrais trouver un producteur. Moi, j'ai tout fait tout seul.
Tu as réservé tout seul l'Olympia?
Oui, j'ai tout fait tout seul. Je prépare tout seul, j'écris tout seul, je m'entraîne tout seul, je fais tout tout seul. Après, je m'entraîne, j'écris le booklet tour. Je fais l'Olympia et que je me suis dit comment faire pour m'entraîner avant d'arriver sur scène devant 2000 personnes. Donc j'ai créé le Bocletour. Bocletour, c'est que je vais dans des villes, j'invite les gens de ma communauté gratuitement à venir assister à ma préparation. Je loue une salle d'hôtel que je paye 1500, 2000 €. Il y a 150 chaises. Je leur dis voilà, je suis à telle date, venez. Ils viennent.
T'es plein déjà?
Pour les Bocletours? Ouais. Ouais, Bocletour, ouais, c'est parce que c'est gratuit.
Donc les gens viennent.
Mais pour l'Olympia, non.
C'est déjà bien que ce soit plein.
«Oui, mais c'est parce que c'est des salles, des petites salles où il y a 150 personnes.» Tu rôdes ta prestation. Voilà, je rôde ma prestation de l'Olympia et l'Olympia, c'est 2000 personnes. Et là, j'ai la pression parce qu'on est loin, loin, loin des comptes parce que forcément, c'est dans longtemps, c'est dans 5 mois. Mais moi, la plus grosse pression, c'est de me dire: est-ce que je vais réussir à remplir? Mais bon, ça, c'est un autre sujet.
C'est plus facile après à jouer devant 2000 personnes parce que ça fait plus de bruit, ça réagit plus que 30 personnes.
Oui, c'est ça qui me fait le plus peur. Je me dis, imagine, j'arrive au mois de décembre et on a que 300 inscrits ou 400 inscrits. Je vais, je vais, c'est mon angoisse un peu du moment, mais bon, on travaille dessus, ça va le faire. Il nous reste 5 mois, on va être bon. Donc One Man Show, donc c'est en cours, production, et tu cherches ton producteur. Donc aussi, il y a des producteurs.
Bon, je pense que je choisisse lequel.
D'accord, ok. Comment on trouve un producteur? C'est lui qui te trouve ou c'est toi qui le trouves?
J'ai un producteur historique, puis j'ai 2 gros producteurs qui sont venus me voir. D'accord. Un, ils étaient très gentils. Deux, ils ont des gros CV. Donc je me suis dit tiens, si des producteurs de ce niveau s'intéressent à moi, peut-être que ça va marcher le spectacle.
Et pourquoi tu t'autoproduis pas?
Je sais pas, j'ai peur, je sais pas faire. C'est inconnu, l'inconnu, trop de questions nouvelles.
Ouais, tu préfères te dire je vais faire, il s'occupe de tout, on me donne mon chèque à la fin. Et on donne mon chèque à la fin plutôt que—
Ouais, je serai en coprod pour jouer quand même, j'aime bien le casino.
Donc d'accord. J'ai une question: pourquoi cette infidélité à Fila? Alors c'est pas—
À qui?
À Fila.
À Fila?
Ouais, je sais pas.
Ah, je la connais pas.
Non, Fila peut-être la marque.
Ah, cette fidélité à Fila, la marque?
Ouais.
Ah, Fila, ouais, c'est vrai, j'ai eu une période où—
Alors là c'est infidélité, je pense que—
Ah, peut-être j'ai mis du taquinerie. J'ai mis peut-être mon côté kéké marseillais, j'ai mis du Takini, j'ai mis du Fila, j'ai mis du Lacoste.
Tu as eu peur pendant quelques secondes?
Je me suis dit Afida, Afida Turner, c'est ça? Je cherchais. Non, non, ah ouais, je suis infidèle sur les marques.
Je sais pas pourquoi la personne a posé ça. Qui te demande, alors ça tu le connais je pense, qu'est-ce que tu penses de, alors c'est Kevin peut-être, Portely. Des réseaux sociaux de RTL. Qu'est-ce que tu penses de lui? C'est Kervin.
Cet enfoiré, il a envoyé sa question pour savoir. Il est très bon, il travaille très bien. Et alors il me saoule quand on est en déloc à me faire des vidéos. Tu sais qu'on est à Sochaux, Reims, on part à Marseille bientôt pour faire des vidéos sur les— Moi, je suis pas très— Tu as combien de followers sur Insta?
J'en ai 100 000, 104 000.
C'est bien déjà.
Ouais. Ça va, toi t'en as plus, t'en as 170?
166, ouais, un truc comme ça.
Ouais, j'en ai 104 000, c'est déjà bien.
Mais c'est des bons, vaut mieux avoir des bons.
Ah bah t'en as des très bons. Après, OK, il y a une personne qui demande: quelle personnalité a le plus mal réagi à une de tes chroniques?
Oh, il y en a plein. Il y a Christiane Taubira, ex-ministre de la Justice, qui s'est fait chier J'ai cru que j'avais le musée Grévin en face de moi. Je me suis dit merde, ça emmerde vraiment. J'ai Jean Descartes, biographe de la reine d'Angleterre, parce que je l'appelais Mamie Stabilo et elle venait de mourir. Et là, elle est morte à 98 ans, cette brave dame. Elle a vécu sa vie en château, son palais, en carrosse. Pour moi, c'est pas très grave. Moi qui suis des cancers pédiatriques, quelqu'un qui vit jusqu'à 98 ans comme elle a vécu, je pense qu'elle vit. Je vais pas me rouler par terre de tristesse, mais lui ne l'a pas compris. Et j'ai Nicolas Dupont-Aignan, il s'est carrément barré. Ah oui, juste avant. C'est-à-dire qu'on leur demande, on dit souvent, il dit est-ce qu'elle est dans l'œil de Philippe?
Vous êtes resté avec nous?
Non, non. Et il s'est barré. Il a dit «J'ai un train pour Strasbourg.» Et en fait, il disait n'importe quoi parce que les auditeurs m'ont envoyé les horaires de train pour Strasbourg. Ça n'allait pas du tout, c'était 2 heures après.
Il voulait juste partir, il voulait pas se barrer. Il savait qu'il allait se faire attaquer.
Il était pas à 4 minutes près, mais il voulait se barrer.
D'accord. Et est-ce qu'à un moment tu t'es dit «je suis allé trop loin» avec un de ces...
Une vanne? «Je suis allé trop loin»? Non.
Tu l'as dit tout à l'heure par rapport à... Mais sur RTL, avec tes chroniqueurs, avec tes...
Non, non, non, non, non, pas assez loin. Ouais, peut-être, mais trop loin.
Non, parce que vous avez un système de validation, c'est-à-dire tu fais relire par des personnes externes pour dire là tu as le droit, t'as pas le droit.
Pas des personnes externes. Selon les jours, j'ai un ou deux auteurs, on s'envoie les textes et on dit tiens, qu'est-ce qui te fait marrer? Parce que je me mets au même niveau que mes auteurs et on s'auto-valide entre nous. D'accord.
C'est bien ça.
Bah ouais, pour avoir un regard extérieur. Quand t'es fatigué, tu peux écrire une facilité et tout.
Il y a quelqu'un qui te demande, tu me dis si tu veux répondre ou pas: combien tu gagnes pour une chronique sur RTL? Ah, les gens, forcément, l'argent à l'arrivée.
Je peux pas répondre parce que je dirais le salaire de mes auteurs qui est inclus dedans. C'est forcément trop d'argent pour Faire un métier passion, c'est bien parce que c'est des métiers courts, c'est des carrières courtes. Bien sûr. Et puis la vanne de trop et au revoir.
Ça marche maintenant, mais demain, tu es pas sûr d'être là.
Ouais. Et moi, je perds pas la valeur de l'argent. Donc quand je dors 4 heures par nuit, je me dis c'est normal parce que tu gagnes bien ta vie. Et je vais te faire une confidence, je peux pas répondre parce que c'est un peu dick et que ça me donnerait le salaire de mes auteurs aussi qui est inclus dedans. Et je suis le mec qui paye le mieux les auteurs parce que j'aime les auteurs et que je sais que sans eux, on peut rien. Je suis tellement zinzin et respectueux des sous qu'en début de saison, j'avais retiré ce que je gagne par jour au distributeur. Pour la voir devant et me dire: est-ce que tu mérites ça? Tu vois, je l'avais devant mon ordinateur et je me dis: si t'as pas transpiré assez pour ça, tu dois retravailler, tu mérites pas ça. Donc j'aime, parce que je viens d'un milieu très modeste, avoir une espèce de culpabilité. Et quand j'enchaîne les trucs, là on est ensemble, donc ça me décale l'écriture et je vais dormir court, mais je passe un très bon moment. Je me dis si tu dors 2 heures par nuit et ça m'est arrivé quand on est en délocalisation, qu'on a été à Reims visiter les hôpitaux. Je suis rentré dans ma chambre, il était 20 h. On a passé 3 h en oncologie avec les gamins et les parents, etc. Et il y a rien au-dessus que d'apporter un petit peu de bonheur à ce moment-là. Tu démarres ton travail, il est 20 h, mais tu as 2 chroniques, tu as quelle époque et les 2 chroniques d'RTL. Donc tu te couches, il est 2 h et tu te relèves, il est 4 h. Donc tu as dormi 2 h. Et je me dis so what? Tu gagnes très bien ta vie, donc bouge-toi le cul. Et donc voilà, c'est ma philosophie.
Ça, c'est un super état d'esprit, c'est que tu as la valeur de l'argent. Parce que souvent, on a l'impression que quand on est connu, on perd cette notion financière. Toi qui côtoies ce monde-là, est-ce que tu penses que les gens qui sont dans ce monde, ils ont perdu la notion de l'argent ou certaines?
Je redistribuerai. Moi, je croise les joueurs de foot, etc. Alors c'est du poujadisme, populisme de dire ils sont trop payés. Non, ils sont pas trop payés, ils rapportent énormément d'argent. Mais j'ai pas plus d'admiration que ça. C'est des mecs qui courent vite en short. Mais quand je croise un cancérologue de l'Institut Curie qui sauve des vies, je me dis putain, quel beau métier, quelle pression il a. J'adore le sport, je vais au stade, j'adore l'émotion du sport. Mais c'est pas plus que ça pour moi. Un mec qui a fait des études de la recherche pour sauver des vies, j'ai le plus grand respect du monde et j'aimerais qu'à l'hôpital il soit un peu mieux payé.
C'est vrai, c'est un autre sujet, on va pas parler de ça parce que c'est un autre sujet. On arrive sur la fin, il y avait d'autres questions, mais j'abrège sur cette partie-là pour arriver sur Un petit exercice que j'aime bien mettre en place à la fin, parce que ça fait quasiment une heure qu'on est ensemble.
Dis donc, ça passe vite!
Ça passe très très vite. Je vais te poser des questions et tu vas juste répondre au tac au tac assez rapidement, ça va être très rapide, et après on arrivera sur la musique que tu as choisie pour aujourd'hui. Première question, c'est: quel est ton humoriste préféré?
Mon humoriste préféré? Ouais. Américain, Louis C.K.
Quelle est la chanson qui te met toujours de bonne humeur?
Les jaloux saboteurs. Tu connais ça? Je suis allé à Kinshasa, j'ai trop souffert. C'est dans Black Micmac, c'est imparable.
OK.
Les jaloux saboteurs.
J'irai écouter.
C'est drôle.
La personne qui t'inspire le plus?
La personne qui m'inspire le plus? Tous les auteurs que je peux rencontrer, toutes les claques que je peux rencontrer d'auteurs, de Romain Gary à Houellebecq à Fouane Quinnoz. De Fran Lebowitz, les auteurs. Voilà, les auteurs m'inspirent.
Le métier que tu voulais faire étant petit?
Je voulais être gardien de parking. Je voulais, parce qu'être planqué en sous-sol. J'avais vu un gardien de parking un jour, je me suis dit putain, là je serais bien, je pourrais lire Rahan et Pif Gadget. Je voulais être peinard et parler à personne et lire des BD.
T'es loin de ça maintenant.
J'ai raté un peu.
T'as pris un virage quand même.
J'ai raté ma life. Un peu.
Quel est ton talent caché?
Talent caché? J'en ai pas beaucoup en fait. Je cuisine pas, je suis pas musicien, pas chanteur du tout, pas danseur du tout. Peut-être ça viendra, mais peut-être ça viendra. Je crois que c'est pas désespéré, c'est du travail.
Faut travailler. On a bien compris qu'avec toi, que le travail paye et il faut toujours travailler. Si tu pouvais voyager dans le temps, dans quelle époque irais-tu?
J'irais en 83 pour vivre la finale de Roland-Garros de Noah. Je me mettrais dans la finale, j'achèterais un billet pour la finale de Roland-Garros vu qu'on a plus jamais regagné Roland-Garros. J'aurais bien aimé voir ce match contre Matt Vilander.
Quelle est ta plus grande peur?
Ma plus grande peur, la maladie des gens que j'aime.
Et quelle est ta citation préférée?
Romain Gary, je vais le reciter: l'humour est une déclaration de dignité, l'affirmation de la supériorité de l'homme sur ce qui lui arrive. C'est magnifique, c'est magnifique.
Si tu pouvais avoir un super pouvoir, ce serait lequel?
Ah ouais, la guérison.
Ouais, pouvoir guérir tout le monde. Et je finirai par question piège, peut-être que ce soir tu vas dormir sur le canapé. Si tu devais vivre toute ta vie dans une île avec une seule personne, tu choisirais qui?
Je choisirais ma femme, je crois, c'est classique. Ou Natalie Portman. Si ma femme part faire du paddle, tu vois.
Je me suis dit, quand j'ai mis cette question, je me suis dit si on me pose la question, je suis obligé de dire ma femme moi aussi.
T'es obligé.
Mais faudrait que je pose cette question en disant excepté ta femme.
Si tu sors avec une femme qui vient d'Algérie, tu as intérêt à dire Dire ma femme, c'est vrai, c'est vrai. Sinon, elles n'ont aucun humour là-dessus, sinon tu es mal barré, très mal barré.
On arrive sur la fin et je t'avais demandé de choisir une chanson, je vais la mettre et tu me diras pourquoi. Et mettre une minute de la chanson et tu me diras pourquoi.
Des épines qui abîment, mais dis-toi souvent que la vie est plutôt jolie, jolie, jolie. J'adore Christophe Maé, c'est mon copain. Je vais le voir en spectacle, c'est le plus grand artiste français sur scène depuis que Johnny fait moins de spectacles. Il est incroyable. Ça, c'est une chanson sublime. Faut écouter en live. Parfois il y a un de ses 2 fils magnifiques qui le rejoint sur scène. Il la chante avec sa voix extraordinaire, cassée. C'est une chanson de transmission et d'espoir, de dire la vie est jolie, tu vas voir, malgré tout ce qu'on voit, tout ce qu'on vit, tout ce qu'on reçoit en infos négatives, il y a toujours un petit rayon de soleil, un petit un truc à saisir, une rencontre, un sourire, une page à lire, une chanson à écouter, un podcast à faire. Il y a toujours dans la journée quelque chose qui éclaire, qui élève, qui illumine. Donc j'aime bien cette chanson, j'aime beaucoup et j'aime beaucoup cet artiste.
Et je pense que tu as très bien conclu. Je voulais te poser une dernière question et je me suis dit non, je pense qu'on va finir sur ces belles paroles qui sont effectivement de partage, d'amour.
Ce n'est que ça. C'est pour ça que je te dis, on fait un métier d'alchimiste, on change le caca en blague parce que l'info, c'est souvent de la tristesse et l'humour, c'est passer au-dessus de ça et créer un lien. Et j'aime beaucoup, j'aime énormément avoir les handicapés qui m'écrivent en me disant «Vous parlez de nous, c'est super.» Les musulmans qui me disent «Ouais, tu fais des vannes, c'est super.» Les juifs qui me disent «On aime bien ton humour.» Et les cathos, les machins cathos peuvent m'engueuler un peu plus, mais j'aime bien avoir plein de communautés et plein d'âges différents pour rassembler. Et ça me touche de ne pas être excluant parce que le communautarisme est effrayant. Donc j'aime bien voir tous ces gens différents dans mon auditoire et de me dire je les touche au cœur. Je leur parle, je rassemble et peut-être ils seront avec toutes leurs différences dans ma salle de spectacle.
Ouais, tous rendez-vous, inchallah.
Si Dieu le veut.
Tout le monde sera à ton one man show à partir de peut-être septembre après l'été.
Mais tu feras l'Olympia avant moi et ça, c'est ma grande tristesse.
Tu seras là, tu seras là.
Je serai là, si tu m'invites, je serai là.
T'es invité. Avec plaisir. T'es invité à être là. On se reverra le 7 septembre à l'Olympia. Donc rendez-vous le 7 septembre.
Merci avec plaisir. Merci à toi Mohamed, l'œil de Philippe, d'avoir passé cette heure avec nous.
À vous de jouer. Et bien sûr, mettez-moi en commentaire de ce podcast et sur toutes les plateformes qu'est-ce que vous avez retenu. Partagez-le à vos proches, à vos amis. Si vous pensez qu'il y a des choses qui étaient intéressantes, pertinentes, partagez-le parce que le but c'est d'inspirer un maximum de personnes. Et comme je dis toujours, je suis, tu es, nous sommes tous illimités. À très vite.










