Tout est énergie : pourquoi votre fatigue n'est pas un manque
31 Aug 2026 · 34 min
Dans cet épisode de podcast, le Dr Guénolé Addor expose le « principe de résistance énergétique » proposé par Picard et Murugan (Cell Metabolism, nov. 2025). Il décrit le corps humain comme un circuit où l’énergie circule sous forme d’électrons, et où la résistance au flux détermine la capacité à transformer le potentiel énergétique en travail utile. L’équation centrale montre que la résistance augmente linéairement avec le potentiel (substrats, hormones de stress) et diminue de façon quadratique avec la capacité de flux (masse mitochondriale, vascularisation, oxygénation). Le Dr Addor montre que la fatigue chronique avec des bilans biologiques normaux n’est pas due à un manque de carburant mais à un « surcoût » énergétique : les cellules dépensent plus d’ATP pour le même travail (hyper‑métabolisme). Il appuie ce concept avec des données expérimentales (fibroblastes, études sur patients mitochondriaux) et épidémiologiques (GDF15 comme biomarqueur, UK‑Biobank). Il détaille les leviers d’intervention, en distinguant ceux qui agissent au carré (capacité de flux : endurance zone 2, entraînement de force, correction d’hypoxie nocturne, NAD⁺, corps cétoniques) de ceux qui agissent linéairement (réduction du potentiel : sommeil, fenêtre alimentaire, méditation, réduction du stress). Il propose un protocole de 4 semaines, du sommeil et de la marche post‑repas aux séances d’endurance, de force et d’intervalles, en insistant sur la hiérarchisation des actions. Le Dr Addor décrit les mesures indirectes de la résistance (VO₂max, variabilité cardiaque, GDF15, respirométrie extracellulaire, etc.) et souligne que le cadre reste une heuristique, non une loi validée. Enfin, il fournit une bibliographie détaillée, des ressources vidéo et des MOOC pour les cliniciens et le grand public, tout en rappelant les limites méthodologiques et l’importance d’une communication transparente avec les patients.
Chapters
L'essentiel en 30 secondes vous n'êtes pas un sac d'organes, vous êtes un circuit. Un cadre publié en novembre 2025 dans Cell Metabolism pose une équation simple la résistance énergétique monte quand la pression augmente et elle s'effondre quand la capacité de flux augmente. La conséquence est mathématique et elle bouscule la hiérarchie habituelle des conseils longévité la capacité de flux intervient au carré, la pression seulement de façon linéaire. Doubler sa capacité mitochondriale divise donc la résistance par 4, quand réduire de moitié sa charge ne la divise que par 2. Et une fatigue installée avec un bilan normal n'est presque jamais un manque de carburant, c'est un surcoût.
En salle d'opération, on ne surveille jamais un être humain, on surveille des flux un débit d'oxygène qui entre, un gaz carbonique qui sort, tracé en vert sur le capnographe courbe après courbe, une pression qui pousse, un rythme qui suit. L'anesthésiste passe sa journée à titrer des entrées et à lire des sorties. Et quand quelque chose se dérègle, ce n'est presque jamais l'organe qui parle en premier, c'est le flux. J'ai fait ça pendant des années sans en tirer la conclusion qui s'imposait. Puis j'ai commencé à recevoir en consultation de longévité des gens qui n'étaient pas malades. Des femmes de 45 ans épuisées avec un bilan biologique parfait. Des hommes de 60 ans qui s'entraînaient comme des athlètes et vieillissaient plus vite que leurs voisins sédentaires. Des patients dont les analyses ne montraient rien rien parce qu'on ne cherchait pas la bonne chose. Et j'ai fini par voir ce que je regardais depuis le début. Il n'y a pas d'organes, il n'y a pas de maladie, il y a de l'énergie qui circule et il y a ce qui s'oppose à sa circulation. Il y a 3 semaines, je vous ai montré la facture. Une cellule maintenue sous signal de stress dépense davantage pour faire le même travail, et GDF15 est le messager qui l'annonce. Aujourd'hui, je veux vous montrer d'où vient cette facture et surtout pourquoi chercher à la payer moins n'est pas la meilleure stratégie. Commençons par la phrase que je défends désormais sans nuance et qui a le défaut d'avoir été confisquée par le marketing vous n'êtes pas un sac d'organes, vous êtes un circuit, tout est énergie. Je ne parle pas de la version parfumée à la bougie qu'on vous vend dans les salons de bien-être. Je parle d'électrons, littéralement. Votre repas de ce midi n'est rien d'autre qu'un stock d'électrons piégés dans des liaisons carbone. Votre respiration n'existe que pour aller chercher l'oxygène qui est l'accepteur final de ces électrons. Entre les deux, dans chacune de vos cellules, ces électrons descendent une cascade, marche après marche, et cette descente est convertie en travail, en battements cardiaques, en contractions musculaires, en pensées, en réparation d'ADN, en désirs. Un circuit, ça ne se juge pas à la quantité de courant qu'on y injecte, ça se juge à ce qui s'oppose au passage de ce courant. S'il ne faut retenir qu'un mot de cette édition, c'est résistance. Martin Piccard à Columbia et Nirosha Murugan à Wilfrid Laurier. Ont publié en novembre 2025, dans Cell Metabolism, un cadre qu'ils appellent le principe de résistance énergétique. Je l'ai lu 3 fois. La 3e, j'ai posé le papier et je suis allé marcher. Parce qu'il reformulait proprement ce que je bricolais depuis des années sans arriver à le nommer. Une résistance nulle, c'est la mort. Un courant qui traverse un circuit sans jamais rencontrer d'opposition ne produit aucun travail. Il ne fait que passer. La vie a besoin de résistance, exactement comme un barrage a besoin de turbine pour transformer une chute d'eau en électricité. Sans obstacle, l'eau tombe et il ne se passe rien. Mais quand la résistance devient trop élevée, le courant force et l'énergie ne se transforme plus en travail utile. Elle se dissipe en chaleur, en radicaux libres, en dégâts moléculaires, en inflammation, en information perdue. Le contraste réalisé, cette liste chaleur, radicaux libres, dégâts moléculaires, inflammation, information perdue. Vous venez de de lire, dans l'ordre, le catalogue de ce qu'on appelle le vieillissement et la maladie chronique. Ce ne sont pas 5 problèmes distincts. C'est une seule facture, présentée dans 5 monnaies différentes. Reste à savoir ce qui fait monter cette résistance, et surtout sur quoi vous pouvez agir. Là, l'équation donne une réponse que je ne m'attendais pas à trouver aussi tranchée. 2 leviers, et un seul agit au carré. La formule tient en une ligne, et vous n'aurez pas besoin d'y revenir. La résistance énergétique augmente quand le potentiel énergétique monte, Et elles s'effondrent quand la capacité de flux augmente. Le potentiel, c'est tout ce qui pousse dans le système le sucre et les lipides qui circulent, le cortisol, la noradrénaline, la demande de travail. Le flux, c'est la capacité réelle de vos cellules à faire descendre les électrons jusqu'à l'oxygène le nombre et la qualité de vos mitochondries, votre vascularisation, votre oxygénation, vos cofacteurs. Trop de pression sur un tuyau trop étroit, voilà la maladie. Ce n'est pas plus compliqué que ça. Et c'est infiniment plus opérationnel que la liste des 12 marqueurs du vieillissement qu'on récite dans les congrès. Il n'y a donc que 2 façons de faire baisser la résistance baisser la pression, ou élargir le tuyau. Et voilà le détail qui change tout, celui que j'ai mis du temps à mesurer.
Dans la formule, la capacité de flux intervient au carré. Le potentiel, lui, intervient de façon linéaire. Le levier, ce que vous faites concrètement, son poids dans l'équation retiré de la pression sommeil régulier, fenêtre alimentaire, méditation, Silence, dernier repas plus tôt. Linéaire, élargir le tuyau endurance, force, altitude. Correction d'une hypoxie nocturne. NAD+, corps cétonique, au carré. Le chiffre doublé. Votre capacité mitochondriale divise la résistance par 4. Réduire de moitié la charge que vous vous imposez ne la divise que par 2. C'est la raison mathématique, et non idéologique, pour laquelle je place l'entraînement en endurance avant tout le reste dans mes protocoles. Avant d'en venir à ce qu'on en fait le matin, il faut régler un malentendu sur la fatigue. Parce que la plupart des gens, moi compris pendant longtemps, se trompent de sens. La cellule en difficulté ne ralentit pas. Elles s'emballons croient qu'une cellule malade économise. Elle fait exactement l'inverse. Prenez des fibroblastes humains dont on entrave la production d'énergie mitochondriale, ils ne consomment pas moins, ils consomment presque le double. Et quand le défaut est génétique, leur durée de vie en culture tombe à environ 150 jours, contre 250 ou 300 jours. Pour les témoins. Ce n'est pas une curiosité de laboratoire. Dans une méta-analyse de 17 cohortes portant sur 690 patients atteints de maladies mitochondriales et 225 témoins, la consommation d'oxygène au repos est en moyenne 30% plus élevée. 30% de plus. Pour rester allongé, sans rien faire. Ils brûlent davantage pour vivre moins. Ce phénomène porte un nom: l'hypermétabolisme, et je pense qu'il explique une bonne partie de ce que je vois chez des gens qui ne sont pas du tout des patients mitochondriaux. Une fatigue chronique n'est presque jamais un manque de carburant. C'est le prix payé par un organisme obligé de dépenser plus pour produire le même résultat, parce que la résistance a monté quelque part dans le circuit.
Quand un patient me dit qu'il est épuisé alors que tout est normal, je ne cherche plus ce qui manque. Je cherche ce qui résiste. Le signal d'alerte d'une fatigue installée avec un bilan biologique normal n'est pas une fatigue sans cause. C'est souvent une fatigue dont la cause ne figure sur aucune ligne du bilan. Avant de conclure à un manque, cherchez ce qui coûte un sommeil haché, des apnées non dépistées, une anémie ignorée, une charge mentale qui ne redescend jamais.
Si le problème est la résistance, alors la liste des choses à faire change d'ordre, et l'ordre compte davantage que la liste. Élargir le tuyau, le levier qui agit au carré l'endurance douce, d'abord.
3 à 4 sorties de 45 minutes par semaine à une intensité où vous pouvez encore parler en faisant des phrases entières, soit 135 à 80 minutes hebdomadaires. C'est le stimulus le plus direct de la biogenèse mitochondriale. Vous ne fabriquez pas de l'énergie, vous fabriquez des voies de passage supplémentaires pour les électrons. Ensuite, l'intensité par petites doses. Un bloc d'intervalles par semaine suffit à faire monter le VO2 max, qui reste le meilleur prédicteur unique de mortalité toutes causes dont nous disposons. Si vous manquez de temps, 3 montées d'escalier à fond dans la journée, 1 minute chacune, sans tenue de sport et sans douche derrière, font le travail. La mitochondrie ne sait pas lire votre agenda. Ajoutez 2 séances de force par semaine. Le muscle est votre plus grand réservoir mitochondrial et votre principal tampon à glucose. Chaque kilo de muscle perdu après 50 ans, c'est du diamètre de tuyau en moins. Le réflexe la marche après les repas, 10 à 15 minutes. Celle-là est particulièrement rentable parce qu'elle joue sur les 2 termes en même temps. Elle occupe le muscle, donc elle sollicite le flux, et elle retire du sucre de la circulation, donc elle baisse la pression. Elle ne coûte ni matériel ni traîneau dédié. Vient ensuite l'oxygénation, qu'on oublie systématiquement. Si vous ronflez, si vous vous réveillez fatigué, si votre conjoint vous observe faire des pauses respiratoires, faites dépister une apnée du sommeil. C'est une hypoxie intermittente nocturne, donc un effondrement direct de la capacité de flux, 6 à 8 heures par nuit. Même logique pour une ferritine basse ou une anémie ignorée. Et pour la vasodilatation, pensez au monoxyde d'azote betterave, roquette, épinard. Et par pitié, arrêtez les bains de bouche antiseptique quotidien, qui tue les bactéries buccales chargées de réduire les nitrates alimentaires. Il y a un dernier paramètre du tuyau dont on ne parle presque jamais, et il ne se lit sur aucun bilan lipidique les graisses. Ce n'est pas une question de quantité, c'est une question de géométrie. Votre chaîne respiratoire ne flotte pas dans l'eau, elle est enchâssée dans une membrane, et cette membrane est fabriquée avec les acides gras que vous mangez. Trop de chaînes saturées longues, et la membrane se rigidifie. La cellule accumule des céramides saturées, qui gênent la respiration, et l'inflammation reste allumée. Ce n'est pas une image de brochure. Dans des macrophages privés de signal anti-inflammatoire, il a suffi d'ajouter de l'oléate au milieu de culture pour faire chuter les céramides saturées et éteindre la réponse inflammatoire. Nature, 2024. Des acides gras mono-insaturés, l'acide oléique de l'huile d'olive, de l'avocat, des amandes, et la souplesse revient. Le chiffre 92, 383 adultes suivis 28 ans, les plus gros consommateurs d'huile d'olive avaient une mortalité toutes causes 19% plus basse. Remplacer seulement 10 grammes par jour de beurre, de margarine, de mayonnaise ou de matières grasses laitières par de l'huile d'olive s'accompagnait de 8 à 34% de risques en moins selon la cause. Substituer, pas empiler. Je dois immédiatement poser la limite, sinon je ne vaux pas mieux que ceux que je critique. La revue Cochrane de 2020, 15 essais randomisés et plus de 56 000 participants, montre bien que réduire les graisses saturées baisse les événements cardiovasculaires de 17%. Mais le bénéfice est documenté quand on remplace par des polyinsaturés ou des glucides, et les auteurs écrivent noir sur blanc que l'effet du remplacement par des monoinsaturés reste incertain. Autrement dit, je fais un pari appuyé sur un mécanisme solide et une épidémiologie cohérente, pas sur un essai randomisé qui aurait tranché. En pratique, l'huile d'olive vierge extra comme graisse par défaut, et gardez des noix et des graines parce que la cardiolipine, le lipide signature des crêtes mitochondriales, se construit avec de l'acide linoléique. Résumer le sujet à un slogan mono-insaturés contre saturés serait une simplification de trop. Passons à l'autre levier, celui qui agit de façon linéaire mais dont l'effet est immédiat. Le sommeil en premier, et surtout sa régularité. 7 à 9 heures, avec des horaires stables, y compris le week-end. Le sommeil profond est la seule période de la journée où le potentiel énergétique s'effondre pendant que la capacité de flux reste intacte. C'est littéralement la définition d'une baisse de résistance, offerte gratuitement toutes les nuits. La fenêtre alimentaire ensuite. Je ne suis pas dogmatique sur le 16/8, commencez par ramener votre fenêtre à 12 heures et arrêtez de manger 3 heures avant le coucher. Digérer pendant qu'on dort, c'est maintenir de la pression dans le système au moment précis où on essaie de la relâcher. L'assiette méditerranéenne à charge glycémique basse avec des fibres à chaque repas, des polyphénols et des protéines suffisantes pour tenir le muscle. Pas pour les antioxydants en gélules qui émoussent l'adaptation à l'entraînement, mais pour la charge qu'on impose Quant à l'alcool, disons les choses, c'est une charge directe sur le système, une compétition pour le NAD et une destruction du sommeil profond. Je ne vous demande pas d'arrêter, je vous demande de savoir ce que vous payez. La charge mentale enfin, et ce n'est pas le parent pauvre de la liste. En laboratoire, sur des cellules humaines, un signal de stress maintenu en continu suffit à faire grimper la facture énergétique de 62%, sans le moindre agresseur extérieur. Lumière du jour dans les 2 heures après le réveil, respiration lente, un vrai temps sans écran et des relations relations humaines. Ce sont des interventions bioénergétiques, pas du développement personnel. Vous avez peut-être repéré la contradiction apparente l'entraînement fait exploser le potentiel énergétique sur le moment, donc il augmente la résistance à court terme. C'est exactement le but. Une montée aiguë de pression est le signal qui commande l'élargissement chronique du tuyau. C'est l'hormèse, et c'est toute la différence entre un stress bref auquel on s'adapte et un stress permanent qui facture sans jamais rien construire. Il faut maintenant ranger tout ça dans un ordre tenable. Parce que personne ne change 8 choses le même lundi. Votre protocole 4 semaines, une seule chose à la fois. Voici la liste qu'on me demande toujours, rangée selon les 2 termes de l'équation et pas selon la mode du moment. Vous verrez que rien là-dedans ne coûte cher et c'est d'ailleurs ce qui me plaît. Semaine 1 vous installez la régularité du sommeil et la marche après les repas. Pourquoi commencer par là Ce sont les 2 seules interventions de la liste qui ne demandent ni matériel ni créneau supplémentaire dans la journée. 2 on passe aux 3 sorties d'endurance.
C'est le levier au carré, donc celui qui rapporte le plus, mais il demande de la place dans l'agenda. Autant l'installer quand le sommeil tient déjà. Semaine 3 la fenêtre descend à 12 heures, l'huile d'olive vierge extra remplace les graisses de cuisson, et vous posez un regard honnête sur l'alcool. Ces 3 gestes se jouent tous dans la cuisine et ils se prennent mieux en un seul bloc qu'éparpillés. Semaine 4 vous ajoutez les 2 séances de force et un bloc d'intervalles. C'est le plus exigeant et cela tient d'autant mieux que les 3 semaines précédentes ont déjà remonté votre récupération. Après un mois, vous avez touché les 2 termes de l'équation sans avoir rien acheté. Comment savoir que ça marche puisqu'on ne mesure pas la résistance Par des indices convergents sur 8 à 12 semaines. Votre fréquence cardiaque au réveil qui est baisse, votre variabilité cardiaque qui remonte, le même effort qui vous essouffle moins, le creux de 16 heures qui s'atténue, les réveils nocturnes qui s'espacent. Aucun de ces signaux ne vaut isolément. Ensemble, ils racontent un circuit qui résiste moins. La bonne nouvelle vous ne choisissez pas votre génome et les fondamentaux restent les mêmes à tout âge.
Vous choisissez la résistance de votre circuit tous les jours, par ce que vous mangez, par l'heure à laquelle vous vous couchez, par ce que vous acceptez de porter comme charge mentale, et par le nombre de fois où vous mettez votre cœur en tension cette semaine.
Une seule limite, mais elle est réelle et je dois vous la dire la résistance énergétique ne se mesure pas directement. Personne ne peut aujourd'hui vous rendre un chiffre validé et vous annoncer votre niveau de résistance. Les auteurs eux-mêmes présentent leur cadre comme une heuristique, pas comme une loi physique établie.
Nous avons des marqueurs indirects, dont un plutôt bon, et beaucoup de travail devant nous. Ce n'est pas une raison pour attendre, c'est une raison pour être précis. Ce que je crois et que je ne peux pas encore prouver, je pense que la médecine de la longévité passera d'une logique de supplémentation à une logique d'impédance. On ne cherchera plus ce qui manque, on cherchera ce qui freine. Je n'ai pas la preuve. J'ai un cadre, des chiffres convergents et des années de consultation qui pointent dans la même direction. C'est suffisant pour changer ma pratique. Ce n'est pas suffisant pour écrire une recommandation. Et la distinction entre les deux est exactement ce qui sépare un médecin d'un vendeur. Je termine par ma boussole. Ce que je veux, ce n'est pas mourir vieux, c'est monter une pente au printemps à 90 ans avec des peaux de phoque sous les skis et redescendre sans que ce soit un exploit.
Ça ne demande pas un miracle, ça demande un circuit propre entretenu pendant 50 ans dans lequel les électrons circulent sans forcer.
L'énergie ne vous appartient pas, elle vous traverse.
Votre seul travail, c'est de ne pas lui mettre d'obstacles. La suite est réservée à ceux qui veulent ouvrir le capot. Pour les confrères, ce qui suit est destiné aux médecins, aux chercheurs et aux lecteurs qui veulent la mécanique complète chiffres, taille d'échantillon, limites méthodologiques et une position clinique tenable. La formalisation Picard M. Murugan N.J. Cell Metabolism 37:11, 4 novembre 2025.
Les auteurs proposent une extension de la loi de Joule au vivant.
En électricité, la puissance dissipée sous forme de chaleur vaut P R I. Transposée au métabolisme, la relation devient E R E P I.
F, soit EP et R.
F et R est la résistance énergétique, propriété émergente du système qui s'oppose au flux d'électrons et qui, précisément par cette opposition, permet la conversion du potentiel en travail utile. EP est le potentiel énergétique, grandeur scalaire agrégeant l'accumulation de substrats, glycémie, lipidémie, et la demande physiologique instantanée. F est le flux, c'est-à-dire le taux de transfert d'électrons des substrats alimentaire vers l'oxygène, dont le plafond est fixé par la masse mitochondriale, la capacité de phosphorylation oxydative, la vascularisation, la disponibilité en NAD+ et l'oxygénation tissulaire. 3 postulats fondent le cadre. Premièrement, la vie exige une résistance non nulle. À résistance nulle, aucune transformation n'est possible. Deuxièmement, les organismes font varier activement leur résistance pour orienter le flux et traiter de l'information. Troisièmement, les modifications adaptatives de ER produisent des changements durables aux échelles cellulaire, physiologique et comportementale. La conséquence quantitative la plus utile en clinique tient dans les exposants une variation de F agit au carré, une variation de Ep agit linéairement. Toute stratégie qui augmente la capacité oxidative domine donc mathématiquement toute stratégie qui se contente de réduire la charge. Ce n'est pas une opinion de médecin du sport, c'est une propriété de l'équation. À noter également l'asymétrie temporelle Le potentiel énergétique varie d'un facteur 10 à 20 en quelques minutes à l'échelle de l'organisme, et de plus de 100 dans une cellule musculaire entre le repos et la contraction maximale, alors que la capacité de flux est relativement figée à l'échelle des heures et des jours.
À court terme, la résistance est donc essentiellement pilotée par le numérateur.
Ce qui monte la résistance, ce qui la baisse, font monter ER par élévation de EP. L'hyperglycémie, l'hyperlipidémie, la prolifération cellulaire, dont le cancer, les hormones de stress, noradrénaline et cortisol. Font monter ER par effondrement de F l'hypoxie, les mutations de l'ADN mitochondrial, les toxiques environnementaux, une mauvaise vascularisation. Font baisser ER par réduction de EP la restriction calorique, le jeûne, le sommeil, la méditation. Font baisser ER par augmentation de F la biogenèse mitochondriale, l'angiogenèse, la supplémentation en NAD+, les corps cétoniques. Excès de ER produit directement, selon les auteurs stress réductif par élévation du rapport NADH/NAD+, stress oxydatif, production de chaleur, dommages moléculaires, perte d'information et inflammation, via IL-6, VEGF et GDF15. GDF15, le marqueur le moins mauvais dont nous disposons. GDF15, membre de la superfamille TGF-β, est présenté comme le meilleur marqueur circulant actuellement disponible de la résistance énergétique. Ses concentrations s'élèvent lorsque ER augmente dans les cellules chez l'animal et chez l'humain porteur d'anomalies de l'ADN mitochondrial. Dans la UK Biobank, sur plus de 52 000 individus, il ressort comme la première protéine circulante associée au diabète et aux pathologies cardiovasculaires et psychiatriques, en prévalence comme en incidence. J'ai consacré une édition entière à ce marqueur, à ses usages et à ses pièges. Mécanistiquement, GDF15 signale détresse énergétique au tronc cérébral et déclenche une conservation d'énergie par anorexie et fatigue.
Cliniquement, cela signifie que la fatigue et la perte d'appétit ne sont pas des symptômes accessoires. Ce sont les sorties d'un système de régulation qui a détecté une résistance excessive.
Pour aller au-delà du dosage isolé, le cadre propose un panel respirométrie extracellulaire, capacité respiratoire de réserve, potentiel de membrane, production de ROS mitochondriaux, mesures systémiques de dépenses énergétiques et marqueurs de flux. Aucun de ces éléments ne mesure ER directement et le panel s'interprète en dynamique, jamais en valeur isolée.
L'hypermétabolisme, la donnée la plus solide du dossier Sterm G et al., Communication Biology 2023.6-22, travaux issus du laboratoire de Picard sur fibroblastes humains SERPIN mutés, demande totale en ATP augmentée de 91%, p 0,001. G et YARV 2,4, flux glycolytique multiplié par 3 à 4, ATP d'origine oxydative réduit de 44%, bascule du rapport OXPAOS glycolyse de 64/36 vers 23/77 et durée de vie réplicative maximale d'environ 150 jours contre 250 pour les témoins. Sous oligomycine, production totale d'ATP doublée, +108%, P 5,9/10, G 2,4, 2. Dépense énergétique par volume cellulaire, +131%, p 0,001. Effet installé en 5 jours et stable sur toute la durée de vie.
Chez l'humain, méta-analyse de 17 cohortes, 690 patients atteints de maladies mitochondriales contre 225 témoins. VO de repos supérieure de 30% en moyenne, p 0,001. G2,4.
Fréquence cardiaque de repos, +10,7%, p 0,001. VO à l'effort léger, +51%.
Catécholamines, Pulse 154% au repos et à l'effort, p 0,05.
IMC inférieur de 9,8%, p 0,05.
Données préliminaires de chambre métabolique issues de la cohorte MIS-B, 20 participants. Surcoût d'environ 180 kcal par jour chez les patients mitochondriaux, avec un écart qui se réduit fortement en conditions de vie courante, ce qui suggère une composante liée au contexte et non purement structurelle. Lecture personnelle.
Le déficit énergétique n'est pas le mécanisme principal du phénotype.
Le surcoût l'est. Notons depuis 20 ans un manque supposé alors que nous avons devant nous un gaspillage mesurable. Boba Alves N. et al., Psychoneuroendocrinology, 2023.
Fibroblastes humains sous dexaméthasone chronique. Consommation totale d'ATP +61,9%, p 0,001.
Dépense énergétique par division cellulaire +107,9%, p 0,001.
Taux de doublement précoce réduit de 21,5%. P001, limite de high flick réduite de 19,8%, P00105, horloge PC PhenoAge accélérée de 36,4%, P00101, et PC Anome de 33,1%, P00105. Le point décisif de ce travail est ailleurs la corrélation temporelle entre dépense énergétique basale et mortalité cellulaire reste forte sur toute la durée de vie, avec un RS de 0,64 chez les témoins et de 0,91 sous dexaméthasone . Les auteurs estiment que 75 à 84% de la variance de mortalité s'explique par la dépense énergétique basale. C'est la dépense totale et non la voie métabolique empruntée qui prédit le vieillissement accéléré et la mort prématurée. Le coût, pas la source. La composition des membranes, une résistance structurale York AG et al., Nature 2024, page 127-128-635. Le signal IL-10 entretient l'expression de la stéaroyl-CoA désaturase 2, donc la production d'acide gras monoinsaturés. Quand ce signal manque, la désaturation s'effondre et la cellule accumule des céramides saturées à très longue chaîne, au premier rang desquelles le C24.0, qui entretiennent le programme inflammatoire par le facteur de transcription REL et non par l'inflammasome comme on l'aurait supposé. Le point décisif est expérimental l'apport exogène d'oléate 18:1 fait baisser ces céramides, augmente leurs équivalents insaturés et éteint la réponse inflammatoire in vitro comme in vivo. Diaz-Vegas A et al., eLife 2023-12-7340, apportent la démonstration complémentaire côté muscle des céramides mitochondriaux augmentées d'environ 40% déplètent le coenzyme Q9, déstabilisent les complexes I3 et IV et induisent une insulinorésistance sans toucher à la signalisation proximale de l'insuline, la phosphorylation d'acteurs restant inchangée. Lecture en termes de résistance énergétique nous ne parlons pas ici de la quantité de substrat, donc pas du numérateur, mais de la géométrie du support dans lequel la chaîne respiratoire est enchâssée, donc du dénominateur. C'est une résistance structurale qui ne se voit sur aucun bilan lipidique standard. Un patient peut avoir un LDL parfait et une membrane mitochondriale rigide. Ce que je ne sais pas, et qu'il faut dire, aucun essai randomisé n'a pris la respiration mitochondriale comme critère principal sous régime enrichi en monoinsaturés. Insaturés. La désaturase SCD1 est surexprimée dans la stéatose hépatique, ce qui interdit d'en faire une cible univoquement bénéfique. Et une partie de l'effet protecteur de l'oléate en culture passe par la mise en réserve du palmitate dans les gouttelettes lipidiques, donc par une séquestration et pas seulement par un changement de fluidité. Deux signaux l'un visible à l'œil nu, l'autre encore à la frontière. Rosenberg, A.M. et al., eLife 2021, 1067437. Cartographie quantitative du grisonnement du cheveu humain et de sa réversion. 14 participants, 397 mèches analysées par profilage optique haute résolution le long de la tige, avec des réversions spontanées de cheveux blancs vers l'état pigmenté documentées. Le résultat qui intéresse notre sujet est protéomique. Environ 26,8% des protéines surexprimées dans les cheveux blancs sont des protéines mitochondriales connues, impliquées dans le métabolisme énergétique avec un enrichissement en protéines antioxydantes. Autrement dit, la dépigmentation n'accompagne pas un effondrement métabolique local, elle accompagne une signature de surcharge. Un cheveu qui blanchit est un relevé de compteur qui pousse hors du corps à environ 1 cm par mois. Casey H. Di Bernardino P., Bonzani M., Rouleau N., Murugan N.J. eScience 2018. 2025. Émissions ultra faibles de photons enregistrées chez 20 adultes sains en chambre noire avec photomultiplicateur en regard des régions occipitales et temporales et enregistrement électroencéphalographique simultané. Les émissions présentent une entropie et une complexité dynamique supérieures au bruit de fond, avec un profil fréquentiel caractéristique sous 1 Hz, mais les corrélations avec les rythmes cérébraux modeste et la variabilité interindividuelle est importante. Ma position ces émissions sont un sous-produit connu du métabolisme oxydatif, cohérent avec un système qui dissipe une partie de son énergie sous forme de photons quand la résistance monte. C'est une piste sérieuse de mesure non invasive. Ce n'est pas, en 2026, un outil clinique et toute personne qui vous vend aujourd'hui une mesure de biophotons a vu visée diagnostique vous vend une promesse en avance de 10 ans sur les données. Position à tenir vis-à-vis des patients devant une fatigue inexpliquée avec bilan normal, cessez de chercher la carence et posez la question du surcoût, avec 3 entrées qu'est-ce qui pousse en excès dans ce système Qu'est-ce qui limite le flux Et depuis quand Hiérarchisez ensuite les leviers par leur exposant, avec priorité absolue à tout ce qui augmente F, entre en endurance et en force, correction d'une hypoxie nocturne, traitement d'une anémie, arrêt des molécules mitotoxiques quand c'est possible.
Mesurer ce qui est mesurable VOmax, seuil ventilatoire, composition corporelle, glycémie continue, sommeil objectivé, marqueurs inflammatoires et GDF-15 quand le contexte le justifie, en gardant à l'esprit qu'il s'élève aussi dans la grossesse, l'insuffisance rénale, le tabagisme et sous metformine. Enfin, ne rien promettre que l'équation ne garantisse. Le cadre est une heuristique féconde, pas une loi validée, et le dire aux patients renforce la relation au lieu de l'affaiblir. Je vous laisse avec les sources vidéo de cette édition, à commencer par les deux interventions de Martin Picard, qui est l'auteur principal du cadre.
Pour aller plus loin, en vidéo Improve Energy and Longevity by Optimizing Mitochondrial Function. Mitochondria, Dr. Martin Picard, chaîne Andrew Huberman. La porte d'entrée la plus confortable. Format long, en anglais, avec une bonne partie consacrée à la façon dont les mitochondries traduisent le stress psychologique en signaux biologiques. Si vous ne regardez qu'une chose de cette liste, prenez celle-ci. Mitochondria, Energy and Healthspan, Martin Picard, chaîne Center for Comprehensive Healing. Le format conférence académique, plus dense et moins mise en scène. C'est ici qu'on voit le mieux la charpente conceptuelle qui a mené au principe de résistance énergétique. Energy and matter at the origin of life. Professeur Nick Lane, chaîne Cambridge CSOC. Pour comprendre pourquoi la question de l'énergie précède celle du gène, Lane défend depuis 20 ans que la vie est née d'un gradient de protons avant d'être une affaire d'information. C'est la fondation historique de tout ce que vous voyez. Venez de lire. NAD and NAD precursor, help or hype? Peter Attia et Matt Kaeberlein, chaîne Peter Attia MD. Le contrepoint sceptique, et il est nécessaire. Le NAD+ figure dans la colonne des choses qui augmentent la capacité de flux, et Kaeberlein rappelle sans ménagement l'écart entre ce que la biologie suggère et ce que les essais cliniques humains démontrent réellement. Écoutez-le avant d'acheter quoi que ce soit. Anti-aging expert, this reverses Gray hair, and this myth is costing you your health. Chen, The Diary of a CEO. Le titre est un pur produit de l'économie de l'attention, et je le trouve détestable. Le contenu, lui, est solide, et c'est probablement le format à envoyer à quelqu'un de votre entourage que le sujet n'intéresse pas encore.
MOOC côté cours La mitochondrie, production d'énergie. Chen, Inserm. Court, en français, sobre, sans promesse. La base de bioénergétique à revoir si les termes de la partie technique vous ont échappé.
Prenez soin de vous.
Docteur Guénolé Ador. Si vous voulez prolonger, voici 3 éditions une sur le marqueur qui signale la surcharge, une sur l'entraînement qui fabrique des mitochondries, et une sur les fondamentaux valables à tout âge. À lire aussi Le témoin, pas le coupable, ce que le stress fait à vos cellules. Zone 2, l'entraînement qui fabrique des mitochondries. 12 échecs, 8 leviers, ce que 25 ans de réanimation m'ont appris. Obtenez un cadeau pour partager la longévité. Vous pouvez obtenir des cadeaux gratuits en invitant vos amis et votre famille à s'inscrire à notre newsletter. Vous avez actuellement 0 parrainage. S'il vous en manque encore un pour débloquer votre première récompense. 1 recommandation mon kit de survie moderne de la longévité. 2 recommandations 25% de réduction sur les produits. 3 Mon livre, L'anatomie du vieillissement. Cliquez ici pour partager. Vous pouvez aussi copier et coller cette URL qui vous appartient pour l'envoyer à quelqu'un.
https news drador com subscribe ref placeholder.
Les références ci-dessous permettent de vérifier chaque chiffre cité dans cette édition. Source 1 Picard M. Murugan N G.
The energy resistance principle cell metabolism. The redemptive hypothesis eleven. The OI ten teno sixteen magic. Chem Ed, 2025-09-022. Sturm G., Karankayar, Manzela S., et al. Oxphos defects cause hypermetabolism and reduced lifespan in cells and in patients with mitochondrial diseases. Communications Biology, 2023-06-22. DOI: 10.1038s42032204303x3. Bobba Alves, N. et al. Cellular allostatic load is linked to increased energy expenditure and accelerated biological aging. Psychoneuroendocrinology, 2023. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/3742/ 23094. 4. Rosenberg, A.M., Rouser, S., Renjie, et al. Quantitative Mapping of Human Hair Graying and Reversal in Relation to Life Stress. eLife, 2021. 10. e67437. DOI: 10.7554. eLife, 674375. Picard, M., Shirihai, O.S. Mitochondrial Signal Transduction, Cell Metabolism, 2022. 34. 11. 1620-1653. https://www.cell.com/cell-metabolism/full-text/smith10-5-0-4131-22-00459-46. York, A.G., et al. Constrains sphingolipid metabolism to limit inflammation. Nature, 2024, 627, 628-635. DOI: 10.1038.S415860240709857. Diaz-Vegas A. et al. Mitochondrial electron transport chain ceramide and coenzyme Q are linked in a pathway that drives insulin resistance in skeletal muscle. eLife, 2023, 12.E87340. DOI: 10.7554.eLife. 873408. Guachferré M. et al. Consumption of olive oil and risk of total and coronary specific mortality among U.S. adults. Journal of the American College of Cardiology, 2022, 792, 101 to 112. DOI: 10.1016j. Jack, 2021, 10.04910. Hooper L., Martin N., Jimovov et al. Reduction in saturated fat intake for cardiovascular disease. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2020, CDR1737. https://doi.cochrane.org/evidence/cdr1737. Effect cutting down saturated fat we eat our risk heart 10. K.C.H., Liberadino I., Bonzani M., Rulo N., Murugan N.J. Exploring ultra-weak photon emissions as optical markers of brain activity.
iScience, 2025. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/40004586 Cette édition est un contenu d'information générale. Elle ne constitue pas un avis médical individuel. Parlez-en à votre praticien avant de modifier quoi que ce soit à votre traitement ou à votre mode de vie.
More from Dr.


Horloges épigénétiques : votre âge biologique ne veut pas dire ce que vous croyez


Comment éviter le jet lag : ce qui se dérègle vraiment dans votre corps et le protocole pour vous recaler vite


Combien de fibres par jour faut-il vraiment manger ? Ce que la recherche établit


Microbiome oral et longévité : pourquoi la santé de votre bouche influence votre espérance de vie