#432 Géraldyne Prévot-Gigant : Les femmes et l'amour

Transcription d’un épisode du podcast Métamorphose (saison 5) animé par Anne Guéquiére : un entretien avec Géraldine Prévost‑Gigant, psychopraticienne et autrice, autour des thèmes « femmes et amour » à l’ère du dating (applications, ghosting, zapping, love‑bombing). L’échange aborde la critique du patriarcat et du consumérisme amoureux, la dépendance affective, l’hypersensibilité, la sologamie, et l’idée des « nouveaux romantiques » comme modèle masculin alternatif.
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Métamorphose, le podcast qui éveille la conscience. Tous les lundis et jeudis, dès 7h. Ah, c'était donc vous ! Et elle comprit que c'était enfin arrivé, que l'amour était là sous les traits de cet inconnu qui la contemplait dans un regard brûlant de désir. Combien de fois on y a cru ? Combien de Fitzwilliam Darcy ? Combien de Edward Cullen ? Combien de Christian Grey ? Combien de Jack Dawson ? Nous a-t-on présenté comme les inexorables révélateurs de l'amour, princes héritiers venus sortir à jamais, cette jeune femme timide que nous sommes pour nous permettre de devenir femmes ? Sauf qu'en vérité, les expériences amoureuses sont de plus en plus déceptives. Le marché de l'amour en ligne déboussole, on ne sait plus vraiment où tourner de la tête pour essayer de rencontrer une relation sérieuse. Et bien pour en parler, mon invité est spécialisé dans l'examen approfondi des relations amoureuses, des relations toxiques, de la dépendance affective et de l'hypersensibilité spirituelle. Elle est l'autrice de 16 ouvrages, dont plusieurs best-sellers, et psychopraticienne. Elle vient de sortir chez le Duc un ouvrage intitulé « Les femmes et l'amour ». Comment bien vivre l'amour à l'heure du dating, du ghosting et du zapping ? J'ai le grand plaisir d'accueillir Géraldine Prévost-Gigant. Bonjour !
Bonjour !
Alors c'est pas la première fois que nous avons la chance de vous recevoir ici sur Métamorphose, Géraldine Prévost-Ligand. En effet vous étiez venue pour nous parler des hypersensibles spirituels.
Absolument.
Alors justement le lien avec cette notion-là de tombée amoureuse aujourd'hui, le lien avec les femmes et l'amour.
Le lien entre l'hypersensibilité, les femmes et l'amour, je pourrais dire de but en blanc que c'est le fil rouge des livres que j'écris et ce qui me motive dans mon accompagnement c'est de permettre aux êtres, en l'occurrence les femmes puisque c'est ma spécialité, de pouvoir s'en sortir dans une société qui est violente, avec des valeurs qui vont à l'encontre de certains êtres sensibles, de certains êtres idéalistes. J'ai à cœur de permettre à mes lecteurs et lectrices de se dire qu'ils ne sont ni fous, ni trop sensibles, ni trop idéalistes, et qu'aspirer à une société qui est une société qui repose sur l'altérité, le respect, avec des valeurs des belles valeurs humanistes, c'est encore possible. Et peut-être que de tenir à ces aspects importants et à ces valeurs, c'est une façon d'être dans une révolution profonde, secrète et pourtant bien là. parce que c'est tous ensemble la société. Ce n'est pas la société et nous séparément. Et donc si nous avons plus de conscience et que nous assumons davantage nos sensibilités, nos amours et ce que l'on n'aime pas dans la société, si on l'assume davantage, si on incarne certaines valeurs, certains comportements, eh bien nous allons pouvoir co-créer ensemble une société nouvelle.
Alors justement c'est bien là le fil rouge de toute votre œuvre et vous avez écrit ce livre sur les femmes et l'amour dans cette idée-là. C'est pas uniquement finalement pour pouvoir mettre en exergue un certain type de mal-être vis-à-vis de l'amour.
En effet, je dénonce dans ce livre la société patriarcale mais aussi le consumérisme de l'amour et donc finalement une tendance dans notre société à rendre l'humain plus objet que sujet. et donc à une déshumanisation. Et oui, en effet, c'est ce qui me porte, c'est ce qui donne du sens à ce que je fais, à ce que j'écris. Parfois, le sujet peut sembler spécifique, par exemple la dépendance affective ou les relations toxiques, et c'est tout. Mais en fait, en fond d'écran, je pose ma pierre à ma petite façon et je me dis que ça fait écho dans le cœur de mes lecteurs, de mes lectrices ou des personnes que j'accompagne. Je vois que ça leur fait du bien de sentir qu'ils ne sont pas seuls. à souffrir d'une violence sociétale, qu'ils ont besoin de sentir que d'autres êtres ont le même point de vue, les mêmes souffrances, et tendent vers quelque chose d'autre.
Donc c'est vraiment cette notion-là d'une société, j'allais presque dire un peu utopique, un peu idéale, que vous écrivez. Et aujourd'hui en fait, on sent que cet art de l'amour au féminin, que vous essayez de remettre à jour, est assez violent vis-à-vis notamment des applications de rencontres comme Tinder. Par exemple, vous qualifiez ces applications, vous l'avez dit, de patriarcales, sexistes, inégalitaires. Alors dans un monde où en fait le célibat a encore du mal à pouvoir être complètement assumé au niveau sociétal, comment on fait ? Et pourquoi est-ce que ces applications selon vous sont encore très réifiantes ?
Elle confirme un message de la société qui est qu'une femme célibataire a moins de valeur. Et c'est d'ailleurs ce qui va les pousser à vouloir rencontrer quelqu'un pour se sentir incluse dans la société et non pas sur le bas-côté. Donc en fait, la société véhicule un message, et ce depuis quand même un certain temps, qui est qu'une femme célibataire a soit un problème, il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. Et les sites de rencontres viennent dans leurs messages publicitaires, dans leurs présentations, confirmer ceci. Et c'est tout leur intérêt parce qu'ils ont besoin d'avoir des inscrits sur leur plateforme, du mouvement sur leur plateforme et surtout qu'on y reste le plus longtemps possible parce que c'est ce qui va rapporter des sous. Donc en fait, le message des plateformes de rencontres, c'est venez trouver l'amour chez nous. sauf qu'en coulisses, c'est structuré de façon spécifique pour que finalement, ce soit un peu plus compliqué que ça. Ça, c'est une chose. Et en plus de ça, ce que j'ai découvert au cours de mes recherches, c'est qu'il y a une inégalité de traitement, soit envers les hommes, soit envers les femmes. comme par exemple les plateformes qui permettent aux femmes de venir gratuitement, comme en discothèque durant mon adolescence. Donc là déjà ça me faisait tiquer, pourquoi les filles elles payent pas ? Parce qu'on a besoin qu'il y ait des filles pour faire venir des mecs. Donc là, la fille est un appât en fait. Là c'est un peu la même chose sur les plateformes. Certaines plateformes, les femmes ne payent pas. et les algorithmes sont structurés de telle sorte que les hommes vont avoir des difficultés à avoir des propositions de profils féminins, tandis que les femmes, quand elles arrivent, c'est un raz-de-marée de profils qui leur sont proposés. Pour les hommes, ça va être plus compliqué, il y a moins de profils, ça ne matche pas, jusqu'à ce qu'ils prennent un abonnement. Donc ils payent, comme en discothèque, ils vont payer un verre. Et donc en fait, il y a une inégalité de traitement. Mais là, qui est en la défaveur des hommes. Ce n'est pas seulement en notre défaveur, nous les femmes. Mais on voit bien qu'il y a en fait une forme de manipulation et c'est hyper genré. Et donc c'est ça que j'avais envie de dénoncer. Il y a une autre plateforme qui donnait des points malus et des points bonus en coulisses, en fonction des conversations qui avaient été espionnées. C'est-à-dire que la plateforme avait accès aux conversations dans les chats et boostait des profils ou pas. Et le critère de sélection, c'était un homme qui avait fait de longues études et qui avait une position sociale valorisante, avait des bonus. En revanche, les femmes n'en avaient pas. Si elles avaient un bagage d'études et culturel, elles avaient des malus. Et elles avaient des bonus quand elles étaient jolies, agréables, voilà, et surtout pas intelligentes. Donc les mecs intelligents avaient des bonus et les filles intelligentes des malus. Donc ça dit tout.
Incroyable. Oui alors en fait vous utilisez un mot, j'ai utilisé plusieurs mots dans ce livre, qui sont des mots assez rares comme aneuptophobie, qui est la peur du célibat. Alors comment est-ce qu'on peut se libérer de cette injonction psychologique ? qui hante la femme de 25 à 50 ans dans le fait de devoir être en couple. Je mentionnais en introduction cette notion de l'être masculin qui va venir sauver ou révéler de la fille à la femme. Comment est-ce qu'on peut se sortir de ça ?
En prenant conscience de tous les messages qui nous sont adressés depuis que nous sommes petites, c'est-à-dire les contes de fées ne sont pas adaptés à notre modernité. Si on regarde les contes de Perrault, on nous les raconte dans le texte, c'est-à-dire ce n'est pas transposé à une époque. et ils ont largement besoin d'être modernisés parce que l'héroïne est toujours une, j'allais dire une pauvre fille, en tout cas une fille esselée.
Une fille qui attend.
Innocente et qui attend.
C'est ça.
Qui a plein de problèmes et qui attend d'être sauvée par le prince qui arrive en général sur son cheval blanc et qui va la sauver. Et donc on a là les fondations des rôles qui vont être donnés aux filles et aux garçons, aux hommes et aux femmes. Puis ensuite, il y a les jouets qu'on nous autorise, nous, les filles, à avoir ou pas. On doit jouer à la poupée, mais pas à la guerre ou aux voitures. Enfin, avoir des petites voitures. Donc, il y a des jeux qui sont autorisés aux filles et aux garçons. Donc, c'est à nouveau des messages. Et puis ensuite, il va y avoir les fictions littéraires, séries, films, certains films, pas tous, mais avec quand même une idée très romantique d'une femme qui attend que l'amour arrive dans sa vie pour que soudain sa vie soit colorée. Au début, c'est en noir et blanc et puis il arrive et tout est transformé. Et ce que j'entends, ça pourrait paraître simpliste ça, mais en fait, ce que j'entends dans ce qui m'est confié en cabinet, en consultation, ce sont des femmes qui souffrent d'être célibataires parce que le célibat pour les femmes n'est pas mis en valeur dans notre société et aussi parce qu'elles cherchent à correspondre à ce qu'on leur a dit. du bonheur, c'est-à-dire l'amour c'est le bonheur, être dans l'attente de la rencontre amoureuse, c'est le parcours ou en tout cas les étapes par lesquelles on doit passer. Un homme qui arrive dans notre vie va colorer notre vie. Mais ça veut dire qu'en fait, nous, par nous-mêmes, on ne peut pas colorer notre vie ? Non, en tout cas ce ne sont pas les messages que nous avons reçus. Et d'en prendre conscience peut nous permettre de sortir de cette phobie du célibat. Et le travail sur, bien entendu, la prise de conscience de notre valeur en tant qu'être, pas seulement en tant que femme. Il y a deux choses. Il y a la société et notre place dans la société. Et les messages qui nous sont véhiculés et que dont on doit prendre conscience pour pouvoir retrouver une forme d'autonomie de penser et d'agir. Et il y a un travail aussi sur l'estime de soi, prendre conscience de notre valeur, de notre unicité, que nous sommes uniques et que notre destin est unique et que l'on peut choisir un chemin en fonction de nos besoins et non pas en fonction de modèles, de normes et de ce qu'on nous dit de faire.
Il y a une citation que j'aime beaucoup, peut-être que la connaissez vous, peut-être que vous la connaissez. « You are the one you have been waiting for », qui est un livre de Richard Schwartz, qu'on pourrait traduire « Vous êtes la personne que vous avez toujours attendue ». Est-ce que justement cette idée-là de se dire mais je suis complète, je me suis fie à moi-même et l'amour que je vais porter à quelqu'un d'autre ne viendra pas d'un amour besoin de complétion, mais vraiment un amour de don. Est-ce que ce genre de démarche pourrait être plus sain, plus saine, pour pouvoir essayer justement d'appréhender des sites ou alors d'appréhender des soirées célibataires ?
Et même d'appréhender la vie en général. La société nous porte ou nous incite ou nous programme à chercher toujours à l'extérieur ce que nous pensons manquer à l'intérieur. Et en effet, en amour, il y a beaucoup de cela. C'est ce qu'on retrouve dans la dépendance affective, c'est-à-dire que si je ne me connais pas moi-même, je vais chercher chez l'autre ce que je pense manquer en moi. Il va m'apporter ce que je crois qu'il me manque. en réalisant que nous sommes un être unique et que nous sommes dans une certaine complétude, on évite d'entrer dans des systèmes de dépendance et de rapport de pouvoir aussi. C'est-à-dire, dépendre de l'autre, c'est lui donner du pouvoir sur nous. Même s'il est bienveillant, c'est-à-dire qu'on va se mettre en position d'être en attente que l'autre nous comble, Et du coup, on est dans une posture fragile. Tandis que si on prend conscience que nous sommes bien plus que ce que nous pensons, et si nous allons explorer qui nous sommes et si nous découvrons des facettes de nous-mêmes, nous allons ensuite ne plus être dans cette attente d'être comblés par l'autre, mais plutôt d'une complémentarité, d'une co-création. Et en fait, ça amène à une forme d'altérité. Et cette altérité, elle doit commencer à l'intérieur de soi, d'ailleurs, parce que nous avons aussi en nous des voies autoritaires, par exemple l'auto-jugement, l'auto-critique, etc. Donc il y a des voies en nous qui font autorité sur nous et nous devons travailler là-dessus. On rejoint l'estime de soi. Si je... fait davantage taire le critique ou la critique en moi, que je la régule, je laisse place à d'autres voies et à un traitement plus doux et donc un rapport dominant-dominé à l'intérieur de moi qui va disparaître. Et là, je vais créer l'altérité en moi. Et si je suis dans cette altérité en moi, et bien ça va naturellement raisonner ou s'incarner dans mes rencontres avec l'autre. C'est-à-dire que je ne vais plus accepter d'être dominée, qu'on soit autoritaire avec moi par exemple. Je vais être à la recherche de relations qui seraient dans l'altérité. Donc là on trouve la complémentarité.
Alors je vais vous poser une question très difficile. Finalement, si on a une forme de complétude en soi, à quoi ça sert d'être en couple ?
Tout simplement. Parce que cette complétude n'est pas statique. On a tendance à oublier qu'en fait nous sommes en éternel mouvement, en éternelle évolution, en éternel apprentissage. C'est ce qui fait d'ailleurs, je trouve, la richesse de la vie et c'est ce qui est passionnant dans notre parcours de vie. c'est que nous sommes, la vie c'est le mouvement et en nous il y a un mouvement constant et notre conscience est en mouvement constamment. Entrer en résonance avec l'autre, en co-création avec l'autre, c'est s'enrichir au contact de l'autre, cet autre qui va aussi s'enrichir. Et donc là, nous ne sommes pas un espace vide que l'autre va remplir, ce qui est souvent le cas dans la dépendance affective, la sensation d'être vide d'amour et d'avoir besoin de l'amour de l'autre pour se sentir bien. Si nous sommes dans cette complétude, c'est une complétude qui va se démultiplier au fur et à mesure de nos contacts avec autrui, parce qu'on va en apprendre davantage sur nous. On va s'enrichir dans la rencontre de l'autre au sens où on va découvrir nos zones d'ombre, nos zones de lumière, nos atouts, nos fragilités, nos peurs, des dimensions complètement inconnues de nous-mêmes. Il y a toujours et encore à découvrir, nous sommes tellement plus vastes que ce que nous pensons.
Alors, les jeunes femmes qui viennent vous voir, les hommes aussi, je suppose que le premier désir d'être en couple c'est avant tout fonder une famille, déjà. Avoir une idée de rapport à l'enfance, peut-être même, en termes de désir, avant même de ne plus vouloir être seule. C'est quand même une certaine idée de construction, en tout cas dans le schéma mental qu'on nous transmet. on a cette idée de se mettre en couple, pas seulement pour avoir une idée de rapport à l'amour, mais aussi parce qu'il faut pouvoir avoir un certain statut familial pour permettre justement de faire sa part, j'allais dire, au niveau de la société.
Le souci, c'est qu'on véhicule un modèle unique, très stéréotypé, et qui ne permet pas à certaines personnes de s'autoriser d'autres chemins. Et je pense que la société bénéficierait de ces êtres qui s'autorisent d'autres chemins. Il y en a qui s'autorisent d'autres chemins, mais parfois dans une certaine difficulté.
Envers... Justement, la majorité des personnes qui viennent vous consulter pour ces questions de relation à l'amour, est-ce qu'elles recherchent avant tout l'amour pour pouvoir construire ?
Bien sûr.
Construire, on est d'accord, quelque chose qui est de l'ordre de la famille.
Bien sûr, tout à fait. Et pour elles, c'est le sens de leur existence. Mais dans mes échanges avec elles, je m'aperçois en fait que c'est ce qu'on leur a transmis. Et mon travail, ça va être de les amener à réfléchir un peu plus loin. et à s'interroger, est-ce que ce désir vient de ce qu'on m'a transmis ou vient réellement de moi ? C'est une question qui est compliquée en fait, c'est difficile de trouver, de sentir en soi, en tout cas immédiatement, on ne sent pas d'où ça vient. On peut émettre des suppositions mais... l'exploration de soi dans le travail que je propose permet de clarifier qui suis-je, qu'est-ce que j'ai vraiment envie de vivre, est-ce que je m'autorise à faire différemment de ce qu'on m'a transmis, est-ce que je m'autorise à ne pas être fidèle à mes parents par exemple, en tout cas au modèle qu'ils m'ont proposé.
Et alors ce qui est intéressant c'est que dans les sites de rencontres ou les applications dont vous parlez, mentionné sur son profil recherche partenaire pour famille, là c'est direct malus, non ? On va préférer vous en citer quelques-uns de ses descriptifs. Aime le sexe mais faut pas se conduire comme une pute. Être disponible mais pas trop sinon ça fait la fille aux abois. Pour les mères, sois belle comme si t'avais pas eu d'enfant. pour les femmes ambitieuses, travaille comme si tu n'avais pas de mari et d'enfant. Donc ça, c'est compliqué. Parce que sinon, si on essaye de pouvoir imaginer d'aller sur ces sites de rencontres pour rencontrer le ou la bonne partenaire et de pouvoir commencer à construire quelque chose de sérieux, il faut pouvoir jouer presque l'inverse. En tout cas du point de vue féminin.
Le problème des plateformes de rencontres, c'est qu'on n'est pas tous là pour la même chose. Et on va, en fonction de nos désirs, de nos aspirations, de nos rêves, remplir en effet la fiche de présentation d'une certaine façon. Et d'une certaine façon, c'est quoi ? C'est en fonction de ce que la société attend de nous. Donc on va se conformer. Et ce que la société attend de nous est bien plus exigeante envers les femmes qu'envers les hommes. Et ce sont ces fameuses injonctions contradictoires où on est toujours tiraillé dans un sens et dans un autre et on n'est jamais finalement parfaite. Et donc il y a un message constant envers les femmes qui est d'être parfaite. Et si on ne prend pas le temps de s'en apercevoir en tant que femme qui s'inscrit sur les sites de rencontres, on va essayer de se conformer. physiquement, psychologiquement, comportementalement, et de ne pas s'autoriser à être soi-même. Et d'ailleurs, c'est ce que les femmes confient en cabinet. Elles me disent, pas plus tard qu'hier, j'ai une patiente qui me dit, mais alors il ne faut pas que je sois spontanée. parce qu'elle me décrivait une situation, elle est avec un partenaire qu'elle vient de rencontrer et il y a des engueulades très fréquentes, ils sont visiblement psychologiquement pas très compatibles, en tout cas ça tourne vers le toxique, et il lui reproche de lui dire telle et telle chose, et elle me dit il ne faut pas que je sois spontanée. Et ne pas être spontanée, c'est un leitmotiv, c'est quelque chose que les femmes me confient, quelle que soit leur situation, qu'elles soient dans le célibat, dans le souhait de rencontrer, ou qu'elles soient dans une relation naissante.
Elles sont dans une forme de rôle, c'est ça qu'elles jouent.
Et à rentrer dans des cases spécifiques et à se suradapter à ce qu'elle pense que l'autre attend. Donc il y a la suradaptation en se disant je vais essayer d'être conforme à ce que mon partenaire ou en tout cas ma target attend et je vais aussi essayer d'être conforme à ce que la société me demande, je vais être conforme aussi aux réflexions de mes collègues au bureau, des réflexions de ma famille, en fonction de mon âge... Voilà, les fameuses phrases que les patientes me rapportent ou les copines... « Ah bon, t'es toute seule, mais pourtant à ton âge... Et puis t'es jolie ! » Comme si c'était la condition sine qua non... Mais alors, t'as toujours pas d'enfant, faudrait peut-être y mettre parce que tu sais, l'heure tourne... Voilà, la fameuse horloge biologique... Et ce qui fait qu'ensuite les femmes qui viennent me consulter sont dans une réelle souffrance, une peur de ne pas rencontrer parce qu'une peur de ne pas cocher toutes les cases. Et si elles ne cochent pas toutes les cases, elles ne vont pas réussir leur vie. Ce qui veut dire que réussir sa vie, c'est être en couple et avoir une famille et faire des enfants. Alors que non, ça peut être plein d'autres choses. Ça peut être ça, ça peut être aussi, aussi ! s'épanouir dans son activité professionnelle ou dans une activité artistique, ou profiter de la vie, quel que soit le format dans lequel nous sommes, c'est-à-dire célibataire, en relation, en relation libre, en relation fidèle, avec des enfants, pas d'enfants. Vraiment, mon message, c'est ça. soyons libres vraiment. C'est-à-dire qu'aujourd'hui dans la société, on peut gagner notre vie, avoir une carrière, on vote, on a le droit de vote. Mais psychologiquement, en fait, il y a beaucoup de limitations et d'obligations.
Alors justement, vous parlez de sologamie. C'est peut-être une solution aussi, peut-être surtout avant de rentrer dans une relation quelconque. Qu'est-ce que c'est la sologamie ?
C'Est vivre son célibat comme une opportunité d'évolution et une opportunité de connaissance de soi. C'est quelque chose, c'est une proposition que je fais déjà, dont j'ai parlé dans d'autres livres et qui fait partie aussi de mon accompagnement auprès des femmes qui souffrent du célibat, c'est de leur permettre de vivre cette phase comme une opportunité pour se rencontrer, s'aimer davantage, faire le point sur ses désirs, ses envies, faire le point sur sa biographie amoureuse, sur ses schémas de répétition, et profiter de ce temps de connexion à soi, pour.
Se marier avec soi-même.
Oui, et se rencontrer vraiment, parce qu'on est toujours à l'extérieur, un autre qui va nous donner ce qu'on n'a pas, nous rassurer, nous valoriser, etc. Et quand on est seul, on peut être démuni, du coup, puisqu'on attend de l'extérieur. Et ce célibat peut être un célibat choisi, un célibat conscient où on se rencontre et on commence à porter un regard sur soi-même davantage bienveillant, profiter de cet espace pour découvrir qui nous sommes, faire des choses qu'on n'a jamais faites, profiter de notre liberté. Et là, on peut se connecter à la puissance en nous, cette puissance d'autonomie. Parce que finalement, être dans l'attente de la rencontre, c'est une dépendance. Il y a un manque d'autonomie à cet endroit-là.
Donc il faudrait peut-être travailler un rayonnement intérieur pour pouvoir attirer justement l'autre dans cette relation amoureuse que l'on veut. Alors apprenez-nous les termes digitaux de l'amour en ligne. Qu'est-ce que c'est que le love bombing, le ghosting, le zapping ? Apprenez-nous ces termes très tendance pour ceux qui ne les connaissent pas.
Le love bombing, c'est bombarder de messages de séduction et d'amour en rafale en fait, c'est envoyer des fleurs, c'est faire des déclarations par tous les biais possibles et avec nos outils technologiques, c'est une rafale de pop-up qui arrive avec des émoticônes, des messages.
Est-ce que c'est des choses qui sont faites à plusieurs personnes en même temps ?
Ça peut, absolument. On n'est pas assuré d'être la seule. Et certaines personnes me disent, mais le love bombing, c'est super en fait. Oui, parce qu'on a plein de... C'est hyper valorisant. Oui, mais certains individus qui vont utiliser le love bombing, ça peut être, par exemple, deux profils qui sont opposés, mais en même temps avec le même comportement. Ça peut être une personne dépendante affective qui nous saute dessus parce qu'elle est dans une soif de la rencontre d'une personne, quelle que soit finalement la personne. Et elle va nous mettre le grappin dessus, donc elle fait du love-bombing parce qu'elle a peur que, déjà, nous lui échappions. Et il y a un autre profil qui va être plutôt de l'ordre du manipulateur qui est en chasse et est en mode séduction et c'est son kiff d'être en mode séduction et donc il faut qu'il gagne. Et donc il va bombarder, il va nous empêcher de réfléchir comme certains commerciaux qui parlent beaucoup pour nous vendre un produit. Voilà, exactement. Et donc, il va nous empêcher de penser pour finalement prendre le pouvoir. Les deux personnalités prennent le pouvoir d'une certaine façon. Et nos technologies nous permettent davantage ce type de choses puisque c'est instantané.
Bien sûr, ça décuple tout à fait la capacité à pouvoir contacter la personne.
Et envahir son espace, d'une certaine façon. A l'opposé, le ghosting, c'est une personne avec qui nous sommes en relation, mais c'est valable aussi en amitié, avec qui nous sommes en relation, ou en début de relation, ou en relation installée, et qui va disparaître du jour au lendemain. Donc ça sent les outils technologiques, on connaît ça, il est il. on ne dit jamais elle, il est parti s'acheter des cigarettes, il n'est jamais revenu. Donc l'homme qui nous abandonne, nous, pauvres femmes, bref, voilà. Donc ça, c'était avant. Et maintenant, avec notre technologie, ça va être en effet une personne qui disparaît, mais qui en plus nous bloque de tous les réseaux sociaux. Donc en plus de se sentir abandonné, on va se sentir rejeté. et sans aucune explication. C'est-à-dire que la personne sort de notre vie ou nous sort de la sienne, c'est plutôt ça, sans nous dire les raisons, sans nous dire pourquoi. Et donc quand on va aller sur les réseaux sociaux, on n'aura plus accès au compte de la personne. Au mieux, on n'est plus amis. Au pire, on n'a carrément plus accès du tout ni à la photo, ni à la page, etc. Donc on est persona non grata partout, sur les espaces de réseau ou de messagerie instantanée.
Il y a aussi le cas où la femme attend trop rapidement ou en tout cas attend trop de l'homme et elle pense que c'est du ghosting si la personne ne répond pas entre 3 et 5 minutes.
Absolument, il y a aussi les personnes insécures qui deviennent dépendantes du moindre signe. Ça peut être parce qu'elles ont été fragilisées par beaucoup de déceptions et ou par une histoire aussi personnelle de l'enfance où il y a eu une blessure d'abandon, une blessure de rejet. Et en tout cas, nos outils technologiques vont soit nous mettre en état de dépendance affective alors que nous n'avons pas ce terrain psychologique, soit va alimenter un terrain psychologique. Suivant nos fragilités, suivant là où nous en sommes, nos outils technologiques vont être une sorte de catalyseur et mettre en évidence, accentuer nos terrains, suivant nos profils psychologiques.
Quelle est la durée moyenne pour une bonne réponse sur un site de rencontre ? Il faut répondre à combien de minutes ? On a fait déjà des études là-dessus ? Par exemple, pour se dire bonne nuit, on imagine que les personnes se rencontrent pour la première fois, ça se passe bien. Allez, on va dire qu'il y a un échange de tchat de 10 ou 15 échanges. A combien de temps on va commencer à se demander si la personne commence à faire du ghosting ?
À partir de quand elle a réellement disparu ? Plusieurs jours.
On peut attendre encore plusieurs jours avant d'estimer.
Et ça dépend aussi du rythme des échanges et de la teneur des échanges, c'est-à-dire qu'est-ce qui se jouait dans la relation. Même au tout tout début, on sent si la personne est attentive ou plutôt fuyante, s'il y a des échanges qui sont plus rapidement personnels que superficiels. et avec éventuellement aussi une perspective de prendre un premier verre ou de se revoir suivant là où nous en sommes dans la relation.
Alors justement ça c'est en lien avec le zapping. Qu'est-ce que c'est que le zapping ?
On passe d'une personne à une autre pour y revenir. Et en fait, c'est chosifier l'autre, c'est utiliser l'autre comme un objet. Mais ça, j'allais dire, ce n'est pas de notre faute, mais en même temps, c'est de notre responsabilité d'en prendre conscience. C'est que nos outils technologiques s'ils ne sont pas conscientisés, nous amènent à de toute façon être dans la relation à l'objet parce que cette instantanéité va faire qu'on va passer très vite d'une conversation à une autre, d'un échange à un autre, d'une personne à une autre. notre modernité entretient la difficulté à vivre la frustration et entretient aussi le toujours plus, toujours mieux. Et donc c'est la raison pour laquelle on va aussi zapper d'une personne à une autre parce qu'il peut y avoir encore mieux. Et ça, sur les sites de rencontres et les plateformes de rencontres, mais aussi dans la vie de tous les jours, maintenant je l'entends, les personnes me disent « Ah mais peut-être qu'il y a mieux ». comme un objet en fait.
Exactement. On peut dire donc que si un homme revient au bout de deux mois sans avoir donné de nouvelles et relance une personne en disant comment ça va, on peut imaginer qu'il y a quand même eu du zapping entre temps. C'est pas qu'il était dans un endroit où ça ne captait pas.
Clairement. Et on peut aussi travailler sur son estime de soi, son assise, son assertivité, sa puissance de femme, en se disant, en termes de respect, est-ce que ça j'accepte ? J'ai peur de ne pas rencontrer l'amour, certes, mais ce qui est important, c'est le respect que j'attends de la part de quelqu'un d'autre. Donc, si quelqu'un revient après deux mois de silence, Moi, en tout cas, quand j'étais célibataire, c'était hors de question. C'était classé. Quoi faire classé ? Au revoir.
C'est là où j'aimerais beaucoup vous entendre. Quelques conseils femmes, quelques conseils hommes. Pour essayer d'avoir justement ce que vous nous présentiez au tout début, un monde avec un peu plus de respect, est-ce que vous nous conseillez par exemple de mentir à la première rencontre ? Est-ce que les femmes doivent faire semblant d'être idiotes ? Est-ce que les hommes doivent faire semblant d'être riches ? Alors là je compte, je tombe dans les caricatures totales. Ou alors est-ce qu'on doit y aller tout de suite franco en disant voilà je suis bac plus 5 et puis en phase de transition, je me cherche. Comment est-ce qu'on doit faire ?
Je prône l'authenticité, bien entendu, parce qu'en plus j'entends mes patientes de la jeune génération qui me racontent ce que leur copine leur conseille. Et il y a beaucoup de calculs de faux self, c'est-à-dire de mettre un masque et de prétendre d'être, par exemple, une dure à cuire alors qu'on est une grande sensible. Et pour les hommes aussi d'ailleurs, c'est ce qui m'est confié aussi bien en consultation que mes amis. Donc l'authenticité être soi-même et puis on gagne du temps parce que soit ça colle, soit ça colle pas. Tandis que si on est dans la suradaptation, si on donne à voir ce que l'on pense devoir donner à voir, on fausse la relation. On est sur quelque chose qui est un faux semblant et une relation qui va se construire, si elle se construit, sur des bases qui sont déjà faussées.
Donc l'authenticité à la première rencontre. Et puis vous parlez aussi de cette révolution romantique pour l'homme. Est-ce que vous pouvez nous en parler ?
C'est partie de mon exploration de l'amour, du romantisme, où la femme et l'homme ont des rôles très prédéfinis, donc avec la femme qui attend le grand amour qui finit par arriver. Et la révolution romantique, c'est proposer une altérité, c'est-à-dire que nous ne soyons pas, nous, les femmes, dans une attente de l'arrivée de quelqu'un. Mais dans l'idée que nous faisons notre vie et nous rencontrons quelqu'un qui fait aussi sa vie et nos chemins se croisent et quelque chose se passe parce que la rencontre devait se faire. Et ça m'a menée à parler des nouveaux romantiques qui sont ces hommes qui ne sont pas dans une masculinité viriliste, toxique, qui ne s'identifient pas à des des représentations de ce que doit être un mec, mais qui sont des hommes, qui sont des hommes, mais qui sont aussi, avec des émotions, une recherche d'altérité, qui sont des hommes sensibles et forts à la fois. Et c'est cela que j'ai eu envie d'appeler les nouveaux romantiques, c'est-à-dire c'est un romantisme, mais moderne, où l'un et l'autre, nous allons être au même endroit, où il n'y a pas un rapport de pouvoir ni un rapport de dépendance. Et ce profil des hommes nouveau romantique, j'ai déjà des lectrices qui me disent merci, ça m'a permis de comprendre qu'il n'y avait pas juste le bad boy, le salaud dont je suis toujours dépendante d'un côté où le gentil inodore un color qui n'éveille aucune excitation, aucun désir. Et en effet, ce nouveau romantique, ce profil d'homme, il a commencé à émerger dans mes recherches parce que j'entendais les femmes parler de ces deux extrêmes, le salaud ou le gentil. et j'avais envie de les amener vers d'autres profils. Et c'est au fur et à mesure de l'écriture du livre et au gré aussi des films que je regarde parce que je suis une grande cinéphile et que ça m'inspire aussi pour mes écrits, pas seulement mes patientes ou mes amis ou la vie. La vie réelle, la fiction m'inspire beaucoup aussi. Et c'est au détour de certains films, il y a eu des synchronicités intéressantes où j'ai vu émerger ce profil d'homme. Et je me suis dit, mais voilà, j'ai envie d'écrire un chapitre sur ces nouveaux romantiques, ces hommes modernes. qui sont des hommes qui aiment, qui ont des sentiments, qui sont dans l'altérité et qui souffrent eux aussi sur les applis de rencontre et ils souffrent aussi des stéréotypes de la société.
Géraldine Prévost-Gigant, merci de nous avoir permis de nous pencher sur cet art de l'amour au féminin, sur ces nouveaux moyens de communication aussi amoureux. Je rappelle le titre de votre livre, Les femmes et l'amour, comment bien vivre l'amour à l'heure du dating, du ghosting et du zapping, paru aux éditions Le Duc. A bientôt.
A bientôt sur Métamorphose.
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