Comment et pourquoi les injonctions de la société vous empêchent d'être heureuses

Transcript of a live interview (video) between Guillaume and psychopractitioner Géraldine Prévost-Gigant about her forthcoming book Les femmes et l'amour, how societal injunctions and modern dating (dating apps, ghosting, love‑bombing, zapping) harm women’s freedom and wellbeing. The conversation (Sept 2023) covers origins of gendered expectations from childhood media, MeToo’s impact, toxic relationship dynamics (13 “fruits” of toxicity), burn-out of the dating process, affective dependence vs. contra-dependence, and practical/collective steps toward an ethical, more equal culture of love. Practical details about the book launch, events and workshops are also discussed.
Questions this video answers
Les femmes et l'amour, comment bien vivre l'amour à l'heure du dating, du ghosting et du zapping.
Leduc Éditions (Le Duc / éditions Le Duc).
Tuesday, 19 September 2023.
La Mouette Rieuse (in Le Marais, 4th arrondissement, Paris).
Bonsoir tout le monde, nous sommes désolés pour ce petit retard. Ce sont les aléas du direct comme on dit tout simplement. Bonsoir Géraldine.
Bonsoir Guillaume.
Très heureux de vous retrouver sur la chaîne YouTube de Géraldine Prévost-Gigant. Je vais vous parler de ce livre évidemment que je vous présente et qui sort mardi prochain. Les femmes et l'amour, comment bien vivre l'amour à l'heure du dating, du ghosting et du zapping. Ça sort mardi prochain, donc dans tout juste une semaine. C'est aux éditions Le Duc et c'est le nouveau livre de Géraldine. Merci à vous en tous les cas de nous avoir rejoints ce soir sur la chaîne YouTube de Géraldine Prévost-Gigant. On est ensemble pendant une heure, une heure et quart pour parler ce soir de ce livre qui sort la semaine prochaine, Les femmes et l'amour, comment bien vivre l'amour à l'heure du dating, du ghosting et du zapping. Ça sort chez Leduc Éditions, c'est mardi prochain. Géraldine, j'ai une question toute simple à te poser. À J-7 de la sortie de ce livre, on est dans quel état d'esprit ?
Oh là là, je suis sur les starting blocks. Ça a démarré déjà très fort avec des premières interviews que j'ai pu donner sur le sujet. J'ai à la fois le trac, à la fois je suis impatiente. Et en fait, je dirais que je suis dans une énergie, j'ai un peu le mort au dent. l'envie de lâcher les chevaux parce que j'ai déjà vu des réactions sur les réseaux suite à une première interview que j'ai donnée sur le sujet. des réactions qui m'ont à la fois surprise et en même temps non parce que j'ai enquêté sur le sujet. Et ces réactions dithyrambiques d'un côté et très critiques de l'autre concernant notamment, je ne vais pas vous le cacher, ce que l'on appelle les masculinistes, ça m'a donné encore plus envie de porter le livre pour toutes les femmes. Je suis impatiente parce que c'est aussi une étape supplémentaire dans mon travail d'accompagnement des femmes. J'aime ce livre, j'ai envie de revendiquer un certain nombre de choses. Et c'est un livre sur la liberté. Donc en fait, je suis dans une énergie d'impatience. Chaque jour, il se passe des choses par rapport à ce livre. Et j'ai super, super envie d'avoir des retours de mes lecteurs et de mes lectrices. C'est vraiment un moment privilégié, toujours, toujours. Mais pour ce livre, principalement pour ce livre, parce qu'il fait écho aussi à toutes les paroles que me confient les femmes, aussi bien en individuel qu'en groupe de parole. Je suis vraiment dans une énergie très vivante, c'est une effervescence, la peur et l'excitation mélangées, c'est très fort.
C'est plutôt positif donc. Ça sort dans tout juste une semaine, ce livre. On va en parler ensemble évidemment tout au long de cette soirée, de ce live. Si vous avez des questions à nous poser, surtout à Géraldine, si vous voulez interagir, si vous avez peut-être des réflexions ou quelque chose qui vous parle, n'hésitez pas à nous laisser des petits messages évidemment et puis on va rebondir sur tout ça tout au long de cette soirée. Alors, c'est vrai que c'est un livre absolument passionnant. C'est un homme qui vous parle, qui l'a lu. C'est un livre absolument passionnant, qui est très riche parce que j'ai appris beaucoup de choses aussi en le lisant. C'est aussi et avant tout un constat qui est assez édifiant, il faut le dire, sur la rencontre amoureuse en ligne, sur les idées reçues, sur les clichés, les injonctions faites aux femmes. Géraldine, tu disais à l'instant, le point de départ de l'écriture de ce livre finalement, c'est aussi ce que toi tu as entendu en cabinet et ce que tu as observé depuis de nombreuses années, c'est bien ça ?
Absolument, c'est ce qui m'a donné envie d'écrire ce livre, c'est-à-dire que je reçois des femmes depuis, principalement depuis que j'ai créé les groupes de paroles pour les femmes au début de ce millénaire. Et j'ai recueilli la parole de nombreuses, nombreuses, nombreuses femmes sur plusieurs décennies, sur une vingtaine d'années. Et au fur et à mesure des années, j'ai commencé à entendre une sorte de musique de mélodies amères qui revenaient de plus en plus, mêlées de peurs, de craintes, de pressions, et j'ai commencé à attendre l'oreille avec encore plus d'attention que d'habitude, et j'ai remarqué qu'il y avait en fait une voix, je dirais, qui n'était plus individuelle mais de groupe. C'est comme si toutes les femmes, ou en tout cas une majorité de femmes qui venaient me consulter, parlaient d'une même voix, comme un chœur. Et je me suis aperçue qu'en fait il y avait des refrains dans cette mélodie qui revenait sans cesse. et je me suis aperçue que la pression sociale était ce qui revenait majoritairement avec des phrases qu'on adressait à mes patientes qui ne se connaissent pas et qui me témoignaient les mêmes phrases et les mêmes choses. Et un jour, je me suis dit, mais un jour, il faut que j'écrive là-dessus. C'est important que je puisse transmettre à plus large, à plus de femmes que celles qui me consultent en individuel et en groupe. J'avais envie d'offrir la possibilité à d'autres femmes de pouvoir ouvrir les yeux, s'interroger et se libérer de ce que j'appelle une forme de prison psychique, c'est-à-dire qu'en fait, les femmes aujourd'hui sont libres de beaucoup de choses. on est libre, et en même temps, il y a des injonctions sur les cases qu'on doit cocher, et de ces injonctions, il y a un certain nombre de femmes qui ne se sentent pas libres, et qui n'arrivent pas à trouver leur place, leur voix, à assumer des choix qui ne seraient pas conformes à la norme. Et c'est à ces femmes-là que j'ai voulu m'adresser. J'ai eu envie de témoigner du constat que je faisais. Bien sûr, il y a eu deux tournants pour moi dans ma vie de psychopraticienne et de femme. Il y a eu deux tournants qui, à mon avis, m'ont amenée à accoucher de ce livre, parce qu'à chaque fois c'est un accouchement, et surtout celui-ci. C'est « Me Too ». et le livre « Le consentement » de Vanessa Springola, ça a été pour moi vraiment deux moments charnières et ça a été aussi dans ma pratique de tournant, c'est-à-dire qu'il y a eu un avant et un après dans la parole des femmes, dans ce qu'elles ont osé témoigner, dans la façon dont elles ont osé témoigner dans l'intimité du cabinet, Et dans ma vie de femme aussi, ça a été deux moments collectifs qui individuellement, pour ma part, ont été très marquants. Ça m'a à la fois bouleversée et en même temps j'y ai vu un espoir, une porte qui s'ouvrait pour nous les femmes de quelque chose qui était en train de se passer et qui allait avoir des répercussions. sur les années qui allaient suivre, et c'est encore le cas. Je pense que ce livre est aussi une des étapes dans ma vie de femme et de praticienne accompagnant des femmes. Je souhaite que ce livre permette à beaucoup de femmes de pouvoir assumer leurs différences, qu'elles osent regarder qui elles sont et qu'elles osent assumer, et qu'elles osent être libres de pouvoir choisir ce qu'elles ont envie de choisir pour leur sexualité, pour leur vie amoureuse, pour leur vie tout court, et que surtout ce soit un chemin de vie qui soit coloré d'une liberté et qu'elles ne se sentent plus prisonnières du regard des autres et de ce que l'on pense, que l'on attend des femmes aujourd'hui dans notre société.
Pourtant, on pourrait penser que depuis quelques années, depuis ce que tu décrivais à l'instant, depuis Me Too, depuis que la parole se libère, on aurait tendance à penser que les choses vont un peu mieux. Pas assez à ton goût, justement ?
C'est ce que beaucoup de gens pensent, qu'en effet ça va mieux parce que la parole se libère, parce qu'on parle du consentement, parce qu'on parle du harcèlement de rue, parce qu'on parle de la place des femmes, parce qu'il y a eu le film Barbie et encore. On peut parler du film. Moi, j'ai un avis un petit peu mitigé, mais bon, c'est déjà bien qu'il existe. Donc oui, on avance. Indéniablement, on avance. Collectivement, on avance. Mais il y a encore beaucoup, beaucoup de travail. Je le vois aux réactions que j'ai pu lire sur les réseaux sociaux suite à la première interview que j'ai donnée sur le sujet du livre. Et je le vois aussi à ce que me disent les femmes de leur souffrance. Par exemple, ne pas se sentir totalement réalisées dans leur vie si elles n'ont pas un compagnon, si elles ne sont pas mariées, si elles ne font pas au moins un enfant. La pression de l'horloge biologique qui fait qu'avant 40 ans, on doit avoir trouvé la bonne personne dont on est amoureuse, qui nous aime et avec qui on a envie de vivre à deux. Et en plus de ça, de faire un enfant. Bref, il faut cocher toutes les cases avant 40 ans. Il y a encore du chemin à faire sur l'après 50 ans, c'est-à-dire le thème de la ménopause est particulièrement tabou. Maintenant, ça commence vaguement à pointer le bout de son nez sur des comptes Instagram tenus par certaines femmes qui sont rejointes par un certain nombre de personnes, mais ça reste encore très anecdotique. Le vieillissement de la femme aussi est un réel sujet. La place de la femme vieillissante n'a pas la même place que l'homme vieillissant. L'homme vieillissant, c'est George Clooney, et puis les autres, elles se comptent sur les doigts d'une main. Certaines actrices subissent de l'invisibilité, passer 45-50 ans suivant. Si elles ont un peu de chance d'avoir l'air plus jeunes, ça se prolonge un peu, mais les contrats des rôles se rarifient. Avec un peu de chance, ça réapparaîtra quand elles auront 65-70 ans. Ce sont des détails, mais dans la vie d'une femme, c'est loin d'être un détail. Et puis, j'en reviens à cette forme de non-émancipation psychique, où beaucoup de femmes attendent la rencontre pour sentir qu'elles se sont réalisées, pour sentir qu'elles ont de la valeur. Certaines sont conscientes d'être soumises à ces injonctions et à ces vieux programmes. En même temps, elles ne peuvent s'empêcher d'être dans une forme d'impatience, d'angoisse, d'incertitude. Bref, être une femme célibataire aujourd'hui.
Par.
Vu de la même façon qu'être un homme aujourd'hui célibataire.
Je vais rebondir sur ce que tu disais, et c'est ce que tu expliques très bien dans ce livre. Pour comprendre tout ça et pour illustrer le propos, il faut remonter dans le temps et on prend conscience que tout commence dès l'enfance avec les dessins animés. les contes d'opéra notamment, des personnages un peu clichés, un peu réducteurs, la femme n'existe pas sans le prince charmant qui est son sauveur, etc. Est-ce que ces histoires n'ont pas orienté et conditionné notre vie et notre société ?
On s'est identifié à des stéréotypes, à des héroïnes. Le problème des contes d'opéros qui ont été adaptés par Disney, Pixar et autres n'ont pas été modernisés. C'est-à-dire que c'est en train de bouger justement aujourd'hui parce que ça bouge de ce côté-là mais jusqu'à encore c'est... Jusqu'au Covid, je dirais, on avait encore des adaptations très fidèles aux contes de Perrault, aux contes tels qui nous ont été racontés dans l'enfance. Le problème, c'est qu'ils correspondent à des rôles prédéfinis dans la société. Ils correspondent à une place qu'avaient à l'époque les femmes, les jeunes femmes, les mers, les hommes dans la société, et ils n'ont pas été réadaptés à notre modernité, à notre évolution. Heureusement, avec MeToo et le réveil de la conscience de la place des femmes et des hommes dans notre société, les industries qui créent les dessins animés sont en train de comprendre que s'ils veulent continuer à avoir des spectateurs, ils ont tout intérêt à s'adapter à l'éveil des consciences et à se moderniser. Et ça, c'est une très bonne chose. Mais tant qu'on n'a pas pris conscience à quoi on a été biberonné, on peut mal comprendre certaines informations qu'on a pu engranger dès le plus jeune âge. Et ensuite, il y a le relais à l'adolescence avec les films romantiques ou les livres romantiques où les hommes et les femmes ont des rôles prédéfinis. Et moi, en tout cas, ma génération, si je vais aussi en dehors des comptes de l'enfance, eu pléthore de films où les héros étaient des hommes. Aujourd'hui, on est en train de voir des créations, des scénarios où les femmes sont l'héroïne. Et moi, tout de suite, je vois la différence, en fait. Récemment, j'ai regardé quelque chose et je me disais « waouh, il y a une inversion », c'est-à-dire que ça y est, les femmes sont des héroïnes. Alors, Bien entendu, j'aspire à une altérité, c'est-à-dire qu'il y ait de la place aussi bien pour les hommes que les femmes, que suivant la narration, suivant l'objectif de la narration de la fiction, ce sera un homme ou une femme qui sera l'héroïne et le héros. C'est ce vers quoi je tends et le message que je veux faire passer. Mais en effet, les contes qu'on nous a racontés et les fictions romantiques ont influencé grandement les identifications et ce à quoi on pense que nous avons droit en termes de posture, d'ascendant, d'interaction. En tant que femme, c'est toujours intéressant d'aller regarder de ce côté-là pour pouvoir réaménager certaines identifications et être plus libre dans nos choix.
C'est vrai qu'il y a ces croyances limitantes, tu le disais, qu'on voit finalement aujourd'hui au cinéma, dans les comédies romantiques, ça peut même être pendant l'adolescence dans les romans à l'eau de rose, comme on dit. Il y a les chansons, il y a la pub. Est-ce qu'aujourd'hui finalement, et c'est ce que tu invites les lecteurs, les lectrices de ce livre, tu les invites finalement à ce qu'il y ait une véritable prise de conscience autour de l'amour, c'est quelque chose qui est indispensable ?
C'est pour moi essentiel que nous prenions conscience des croyances que nous avons au sujet de l'amour. C'est vraiment quelque chose que j'ai observé sur de nombreuses années, et j'ai entendu des croyances qui sont les mêmes, encore une fois, chez des femmes d'âges différents, de milieux socioculturels différents. Et c'est davantage chez les femmes que chez les hommes. Il y a un certain nombre de croyances sur l'amour et sur la place des femmes vis-à-vis des hommes. Par exemple, j'entends quasi quotidiennement la croyance qu'il faut rivaliser avec les femmes pour pouvoir trouver un homme et qu'avec le temps, la disponibilité des hommes se raréfie, c'est-à-dire que plus on avance en âge et moins il y a de mecs sur le marché, si je puis dire, si je puis reprendre en fait le côté très chosification et mercantile du sujet, parce que nous sommes influencés par les sites de rencontres, qui vient trouver dans le sujet de la rencontre une possibilité de faire de l'argent. Et donc ça vient nous influencer aussi finalement. Et donc il y a un certain nombre de croyances au sujet de l'amour, de la place des femmes et des hommes. Et ceci, ces croyances, viennent fausser notre rapport à nous-mêmes, notre rapport à la rencontre et notre rapport aux autres dans la rencontre amoureuse. L'amour peut tout. Par exemple, dans des relations particulièrement toxiques, où la violence s'est invitée dans la relation, violence psychologique ou violence physique, j'ai des femmes qui m'ont dit « mais on s'aime, je l'aime, et donc mon amour peut transformer ce qu'il se passe », alors que c'est faux. Ce qu'il se passe est de l'ordre d'une forme de pathologie. Il y a un couple dans lequel il y a un partenaire qui vient détruire l'autre, psychologiquement ou physiquement, et donc l'amour ne va pas guérir ça. Parce que c'est un amour qui est certainement pathologique au sens que l'on s'est choisi par rapport à nos failles, nos fragilités, nos reproductions de schémas, nos identifications à nos parents par exemple. Il y a plein de raisons psychologiques qui vont faire qu'on va être en couple avec cette personne. et qu'on va se retrouver dans une relation toxique. Et l'amour ne guérira pas la toxicité. La toxicité ne se dilue pas dans l'amour. Et ces croyances-là, elles font rester des des femmes dans des relations où, par exemple, elles subissent la violence des hommes. Et l'amour peut tout, c'est vraiment quelque chose d'assez destructeur, et c'est cet amour romantique qui vient nous enfermer dans des relations, qui vient faire qu'on va se raconter des histoires et se retrouver emprisonné dans des relations qui nous détruisent.
Et puis il y a aussi ces injonctions faites aux femmes Faites aux femmes, même parfois aux hommes d'ailleurs, où tu dois être en couple, tu dois être mariée, tu dois avoir des enfants, tu dois ci, tu dois ça. Ces commandements viennent aussi finalement culpabiliser les femmes. On est d'accord avec ça ? Comment on se débarrasse de ces commandements que nous dicte la société au quotidien ?
J'ai commencé à tiquer lorsque des femmes me racontaient que leurs proches, leurs collaboratrices ou collaborateurs au travail leur disaient par exemple « tu es toujours toute seule, pourtant tu es jolie ». « Si je suis jolie, je ne suis forcément pas toute seule, mais j'ai le droit de choisir aussi. » Dans cette phrase « tu es toujours toute seule, mais pourtant tu es jolie », il y a plein de choses qui sont résumées. C'est-à-dire qu'on demande aux femmes d'être jolies, pour être en couple. Et si elles sont seules, c'est qu'elles ont un problème. Elles sont soit pas jolies, soit elles ont un problème de marque de fabrique ou quelque chose comme ça. Beaucoup m'ont raconté, par exemple, qu'elles ont un début de relation et leur entourage, proche ou moins proche, leur dit « ben alors, vous préparez le petit, vous prévoyez d'en faire un, parce que l'heure tourne. Si vous voulez en faire plusieurs, il va falloir s'y mettre. Ça, ce sont vraiment des témoignages qui sont revenus dans mon cabinet de consultation d'une façon récurrente. Des dizaines et des dizaines et des dizaines de femmes m'ont témoigné de cette pression, à tel point qu'à un moment donné, elles ne savent plus réellement ce qu'elles veulent. si elles veulent des enfants ou pas, elles n'ont pas le temps, en fait, de se poser la question. Et suivant l'éducation qu'elles auront reçue, ça va complexifier aussi la situation. Et beaucoup, beaucoup de femmes célibataires s'empressent d'être en couple parce que c'est très compliqué d'être célibataire aujourd'hui dans notre société. Par exemple, une amie m'a raconté qu'elle avait eu la moins jolie chambre de l'hôtel parce que c'était une chambre single. C'est un exemple très récent, c'est pour ça que je le cite, mais combien de situations ne sont pas très confortables pour tous les célibataires, hommes ou femmes d'ailleurs dans ce cas-là, quand on est single. pour ne pas dire célibataire. Donc, on voit bien que la place du couple est une place centrale dans notre société et ça, ça remonte à toute notre histoire, les religions, la structure de la société au cours des siècles, sauf qu'aujourd'hui, on est en 2023 et que nous évoluons et les choses changent, et à nous de trouver quelque chose de plus équitable pour les hommes et pour les femmes, pour ceux qui sont en couple comme pour ceux qui sont célibataires, et que tout le monde puisse vivre ses périodes de vie de la plus belle des façons en se sentant libre et non pas mis de côté.
Comme tu disais, il y a peut-être aussi des choses à changer Dès l'enfance, dès l'éducation, quelque chose à laquelle j'ai pensé, un petit garçon doit jouer à une voiture, avec des petites voitures, une petite fille doit jouer avec des poupées. Là aussi, finalement, on est conditionné, peut-être pas dès la naissance, mais en tous les cas, dès l'enfance, tu dois être comme si, tu dois rentrer dans des cases.
Absolument, c'est une dimension extrêmement importante. Moi, j'ai eu la chance d'être élevée par des parents qui avaient déjà cette conscience. Les poiriers ne font pas de pommes. Et donc, j'ai aussi bien joué à la Barbie qu'aux petites voitures. Et d'ailleurs, mes copines s'empressaient de venir à la maison pour jouer avec les jeux de garçons parce qu'elles trouvaient ça fun aussi. on transmet à nos enfants soit ce qu'on nous a appris, soit l'opposé si on en a souffert. Je shébaptise, mais c'est un petit peu l'idée. Ce qui est important, c'est de prendre conscience de l'évolution de la société, encore une fois, et aussi de s'interroger sur pourquoi est-ce que, sous prétexte qu'un garçon est du genre garçon, il n'aura pas le droit de jouer aux poupées s'il a envie de jouer aux poupées. Pour tout un tas de raisons, de peur, de stéréotypes, d'angoisse, de l'homosexualité. C'est-à-dire, il y a eu beaucoup de parents qui ont pensé que s'ils laissaient leurs garçons jouer avec des poupées, ils allaient avoir un fils homosexuel gay. Et alors, déjà, c'est quoi le problème ? Pourquoi est-ce que c'est un problème ? Déjà, première question. Et en fait, non, pas du tout. Une petite fille peut jouer avec des voitures, un garçon peut jouer avec des poupées et ça ne va pas orienter sa sexualité et ça ne va pas orienter ses identifications, donc ça c'est extrêmement important. On va juste lui envoyer des messages qui auront bien entendu une influence ensuite par rapport à ce qui est autorisé pour les garçons et ce qui est autorisé pour les filles et ce qui ne l'est pas. On rejoint aussi le garçon à l'école qui peut exprimer sa violence, se battre avec les autres garçons parce que c'est ça la virilité. Par contre, les filles, elles n'ont pas le droit à ça, elles doivent être sages, souriantes, conciliantes, etc. Ça paraît caricatural, mais si on regarde de près, c'est comme ça que pour des générations, ça s'est passé. Et ce qui est important dans ce fait, c'est que ça vient ensuite nous influencer dans la posture qu'on va avoir et la place qu'on va avoir dans la société, ou en tout cas qu'on va s'autoriser à avoir dans la société, et ça va aussi avoir une influence dans nos relations avec les autres. Si nous sommes avec des choix hétérosexuels, puisque c'est cette orientation que j'ai prise parce que je ne pouvais pas traiter tout. Donc, j'ai décidé de m'adresser aux hétérosexuels parce qu'aussi, nous sommes dans une société hétéronormée, avec des rôles qui sont bien définis pour les garçons, pour les filles, pour les hommes, pour les femmes. Le souci, c'est qu'ensuite, il n'y a pas d'égalité une fois qu'on est adulte, et c'est ça qui est important. Il n'y a pas d'égalité à plein de points de vue, et aussi dans la rencontre et notamment la rencontre en ligne.
On va en parler justement de la rencontre en ligne puisque tu y consacres une grande partie de cet ouvrage. Le livre sort mardi prochain aux éditions Le Duc, les femmes et l'amour, comment bien vivre l'amour à l'heure du dating, du ghosting et du zapping. J'en profite pour vous rappeler et vous dire que le 19 septembre, pardon, c'est mardi prochain là aussi, c'est le jour du lancement du livre. Géraldine, tu seras à la Mouette Rieuse pour un groupe de parole pour les femmes et avec en plus un temps de dédicace du livre. Les personnes qui sont intéressées peuvent t'envoyer un mail pour s'inscrire. On mettra évidemment tous les liens. Il y a ton site internet geraldineprevogigant.com. Elles peuvent venir soit au groupe de parole et à la dédicace, soit simplement à la dédicace, on est bien d'accord. On le disait dans ce livre, tu pointes du doigt l'évolution du numérique, les applications de rencontre, les fameuses applications de rencontre qui offrent de multiples possibilités. On aurait même tendance à se dire aujourd'hui, on est célibataire, on va sur une application de rencontre, c'est génial, on va tout de suite trouver notre bonheur, à part que ça ne fonctionne pas comme ça. Ces applications de rencontre ont parfois des effets toxiques, c'est très subtil de pouvoir les détecter, de pouvoir les déceler, et c'est ce que tu expliques dans ce livre, tu nous apprends justement à comment repérer certains comportements, c'est ce que tu appelles les 13 fruits de la relation toxique.
En effet, j'ai répertorié treize fruits toxiques qui se manifestent dans nos communications, que ce soit sur les sites de rencontre, mais aussi avec l'usage de nos smartphones dans les débuts de relations. J'en ai sélectionné treize, il y en a bien plus, mais il fallait bien que je fasse un tri au milieu de tout ça. J'ai volontairement gardé les mots anglais, parce qu'ils viennent tous d'observations qui ont été faites par des psys aux États-Unis, et puis j'ai développé en fait, dont le ghosting, qui est un sujet que j'étudie depuis plusieurs années, parce que mes patientes et mes patients se trouvent régulièrement dans ce type de situation. notre modernité va mettre en lumière ou en tout cas va permettre à certains profils psychologiques de pouvoir exister davantage. C'est-à-dire que nous sommes dans une relation qui favorise une certaine forme de narcissisme, l'image, et une relation à l'objet plus qu'à l'être. Et notre modernité, je ne suis pas contre la modernité, la preuve, elle nous permet d'être tous ensemble ici, ça permet de la créativité, de la liberté, de transmettre un max d'infos, d'avoir accès à de l'information, d'avoir accès à de la culture, je ne suis absolument pas contre la modernité. Ce que je dénonce, C'est le comportement, les comportements que cela favorise, et je me suis cantonnée bien entendu à la relation amoureuse et à la rencontre, parce que j'ai recueilli un grand nombre de témoignages de personnes se retrouvant en difficulté Parce qu'en fait, nos nouvelles technologies et nos outils de communication permettent très souvent de prendre le pouvoir si on a un profil psychologique, une tendance à cela. Et j'ai rencontré un certain nombre de femmes, soit hypersensibles, soit sensibles à la rencontre avec un souci d'altérité et de respect de l'autre, se retrouver dans des situations de mise en attente, de ghosting ou de love bombing, le love bombing étant bombardé de messages d'amour ou de séduction. La personne que l'on vient de rencontrer est bombardée soit de fleurs, soit de SMS, soit de tout un tas de signaux pour forcer et prendre la place, comme les commerciaux qui vont parler beaucoup et nous empêcher de réfléchir, pour être sûr qu'on signe et qu'on achète la cuisine machin bidule et ne pas nous laisser le temps de réfléchir. et le log bombing est quelque chose qui est très facile à faire avec nos outils de communication. Et puis, on peut aussi disparaître une fois qu'on a séduit la personne, disparaître du jour au lendemain, rayer de la carte la personne qu'on a voulu séduire pendant plusieurs semaines, la bloquer de nos réseaux sociaux, etc. Ce sont des exemples en vrac pour bien vous permettre de porter attention sur le fait que notre modernité va accentuer une certaine violence relationnelle. qui, pour une grande majorité de personnes, est invisible. C'est-à-dire que pour une grande majorité de personnes, c'est normal. Il y a des personnes qui ne se rendent pas compte, en fait, de la violence que ça peut être pour certains individus. Le ghosting en fait partie et j'ai des patientes qui viennent se confier sur ce sujet-là. Et ce que je tiens à souligner, c'est que sur les sites de rencontres, le traitement des femmes et des hommes n'est pas le même. Tantôt, ce sont nous les femmes qui sommes discriminées ou utilisées, tantôt ce sont les hommes qui vont être utilisés. Et à un moment donné, je raconte dans le livre que Nous, nous arrivons sur un site de rencontre, déjà, bien souvent, on ne paye pas pour être là et nous servons d'appât. Et ce que j'ai découvert, c'est que quand un homme arrive sur certains sites de rencontre, il va avoir peu de femmes qui vont lui être présentées. Il ne va pas arriver à avoir des crushs. Et en fait, certains sites sont structurés de cette façon-là, pour être sûr que le mec achète un abonnement, et à ce moment-là, il a accès à un certain nombre de profils féminins. Donc, qu'est-ce que ça veut dire ? Déjà que ce n'est pas juste. Ce n'est pas juste parce qu'on fait payer le mec pour qu'il puisse voir des filles. Et on retrouve quelque chose qui est finalement récurrent dans notre société, c'est-à-dire que la femme est utilisée à but mercantile. Et l'amour aussi. Et c'est très important, je trouve, d'en avoir conscience et d'effectuer ce que j'appelle une forme de révolution de l'amour. Tant que nous acceptons de jouer à ces jeux-là, nous y perdons déjà un peu de plumes et peut-être certainement beaucoup de notre âme. Mais en plus de ça, c'est particulièrement injuste pour les hommes et pour les femmes. Et donc, utilisons la modernité pour des choses plus nobles et Allons à la rencontre dans la vraie vie des autres.
C'est hyper intéressant, effectivement, les 13 fruits de la relation toxique, parce que tu les expliques vraiment, c'est très détaillé dans ce livre. Il y a le ghosting qui, parmi ceux qu'on connaît, on peut en parler le plus souvent. Il y a aussi le zapping qu'on retrouve d'ailleurs, pas que dans les relations amoureuses, mais aussi dans les relations amicales. on est amis et puis on n'est plus amis, on te zappe du jour au lendemain. Il y a un terme sur lequel je voulais revenir avec toi Géraldine, tu parles à propos du ghosting, tu dis que le ghosting amène un nouveau type de deuil aujourd'hui avec la perte amoureuse ambiguë, c'est ce que tu utilises pour illustrer cette souffrance. Est-ce que tu peux nous expliquer en quelques mots de quoi il s'agit ?
Quand on perd quelqu'un d'un décès ou qu'une relation amoureuse se finit, on franchit les mêmes étapes de deuil. Mais si quelqu'un disparaît sans laisser d'adresse ni d'explication, ça va être un deuil ambigu, comme lorsque l'on perd quelqu'un dans un accident d'avion et qu'on ne retrouve pas le corps. C'est-à-dire que nous avons besoin de pouvoir passer par les étapes qui nous aident à clore le chapitre, aussi douloureux soit cette clôture. Et donc, cette perte ambiguë, c'est qu'on sait que cette relation n'ira pas plus loin. On finit par comprendre qu'on ne reverra pas la personne. et que, ce qui est encore plus douloureux, nous ne saurons pas pourquoi la personne a déguerpi. Et là, le deuil de la relation va être encore plus compliqué. suivant aussi ce qui aura été partagé, échangé, si c'est une relation toute fraîche où on a échangé quelques phrases ou juste un verre, bon ben voilà, il nous faudra quelques jours et on passera à autre chose et ce sera pas cruel, ça fera juste une éraflure de plus à notre égo, mais bon, voilà. Mais il y a des ghostings où la relation a démarré, où il y a eu une intimité émotionnelle, une intimité physique, où il y a eu des espoirs, où l'un des deux était embarqué dans l'histoire et tout d'un coup, clac, ça s'arrête, ça s'achève et on ne sait pas pourquoi. Et là, il y a toute une phase, en fait, et j'accompagne pas mal de personnes qui peuvent rester bloquées sur « je n'ai pas d'explication, je n'ai pas d'explication, je n'ai pas d'explication, je n'ai pas d'explication ». Et alors, j'émets plein d'hypothèses sur les explications possibles, et je peux être avec ça et figer dans cette étape encore très longtemps.
Oui, parce qu'évidemment on veut savoir et on cherche à savoir, c'est normal. Tu dis dans ce livre, tout ça mène parfois à ce que tu appelles le burn-out de la rencontre. Alors je voulais revenir aussi avec toi sur cette notion qui m'a interpellé, ce burn-out affectif, il se manifeste de quelle manière et on en sort comment surtout ?
Le burn-out de la rencontre, c'est une sorte de craquage quand on s'est épuisé sur les sites de rencontre et aussi quand on a rencontré des personnes mais que ça n'a rien donné et qu'on a eu une succession de déceptions, une succession de ghostings, une succession de Malhonnêteté, j'entends par là, par exemple, des personnes qui tchattent avec cinq personnes en même temps, et quand on s'en aperçoit, c'est pas très confortable, donc c'est un détail, mais cumulé à plein d'autres détails. Avec le temps, déception sur déception, ça va entraîner un burn-out de la rencontre, et qui va se traduire par une grosse déprime, un dégoût de la rencontre, une non-motivation, une fatigue, un ras-le-bol, une perte d'espoir, voire un rejet de la rencontre, quelle qu'elle soit, même dans la « vraie vie », comme on peut dire. Il faut du temps pour en sortir, déjà prendre conscience de quoi il s'agit, que ce qu'on est en train de vivre est un burn-out de la rencontre parce qu'on a été usé par cette quête, et puis de s'interroger sur nos désirs de la rencontre. Si ce désir est pour fuir absolument le statut de célibat qui n'est pas valorisant dans notre société, là ça se travaille pour s'libérer de ça par exemple. Si notre motivation à rencontrer absolument, c'est la peur de ne pas cocher toutes les cases avant 40 ans, ça, ça se travaille. Il faut se libérer de ça. En tant que femme, on mérite mieux que ces pressions-là. Voilà, le burn-out de la rencontre, il permet de se poser des vraies questions.
Et ce livre justement vous permettra d'avancer librement dans votre vie parce que tu expliques beaucoup de choses, tu donnes aussi des clés pour pouvoir se débarrasser et sortir de ces relations, de ces fruits toxiques. Il y a un petit teaser qui a été réalisé dernièrement, on va le regarder tout de suite, ça dure une petite minute et puis on se retrouve juste après. Sous-titres Quelle classe, il est magnifique ce teaser ! Les femmes et l'amour, comment bien vivre l'amour ? Alors du dating, du ghosting et du zapping, c'est le nouveau livre de Géraldine Prévost-Gigant. Il sort mardi prochain, donc le 19 septembre, aux éditions Le Duc. Les précommandes sont déjà ouvertes, vous pouvez le réserver en réalisés para la communauté d'Amara.org ligne sur Amazon, à la Fnac ou même chez votre libraire, évidemment. Pour revenir, Géraldine, à ce dont on parlait il y a quelques instants à propos des applications de rencontres, On aurait tendance à penser, comme je le disais, que ces applications étaient à la base censées nous faciliter la rencontre amoureuse. On a vu qu'il n'en était rien. C'était mieux avant, comme on dit. Est-ce que finalement ce n'était pas plus simple avant l'arrivée du digital ?
Je ne suis pas certaine que c'était plus simple. Je pense qu'il y avait certains comportements qui existaient déjà, bien entendu, qui étaient peut-être moins visibles, et notre modernité les rend beaucoup plus visibles. Et puis je pense aussi qu'il y a certains comportements de certains profils psychologiques, de certaines personnes, certains comportements qui sont décomplexés, en fait. Certaines personnes avouent avoir ghosté au moins une fois dans leur vie, avec beaucoup de culpabilité et de gêne, mais il y a une grande majorité qui trouve qu'après tout, si on n'a pas envie de donner suite, on n'est pas obligé de donner des explications. Et puis, ciao, au revoir. Et donc, il y a des personnes qui sont décomplexées par rapport à certains comportements, mais tout simplement parce que la société nous habitue aussi à ne plus porter attention à un certain nombre de choses. C'est pour ça que j'aime parler d'éthique relationnelle au sens large, pas seulement sur le plan amoureux, pas seulement dans les relations hommes-femmes, hétérosexuelles, mais dans les relations en général. amoureuse, amicale, professionnelle, etc. Moi-même, parfois, je me suis surprise à ne pas répondre à certains messages parce que je n'avais pas le temps, parce que c'était plus facile, c'était plus pratique. Et puis, je suis revenue sur mes pas en me disant « Attends, attends ». Voilà. C'est important aussi d'informer l'autre, de respecter cet autre même si on ne fera jamais rien d'autre que ce verre qu'on a pris ensemble. On peut juste lui dire, ça prend Une minute si on est long à écrire le message, 30 secondes si on est rapide. Merci pour ce verre, merci pour cette rencontre. C'était sympa, mais pour plein de raisons, je ne donnerai pas de suite. On met un petit mot sympa et tout simplement. Avant, non, ce n'était pas forcément plus facile. Je pense que la modernité facilite les contacts, mais pas forcément les rencontres. et que ça entretient une certaine forme de superficialité. Mais ce n'est pas seulement au niveau de la rencontre amoureuse. Je pourrais là aussi élargir à d'autres champs relationnels. Et c'est à nous, en fait, de porter attention à ce que nous faisons. C'est à nous de faire de nos outils quelque chose de différent. Nous ne sommes pas dépendants de nos outils de modernité. C'est les humains qui ont créé ces outils de modernité. À nous, d'apprendre à être en relation d'une façon éthique avec nos congénères au travers de cet outil. Mais ça, on ne nous a pas donné le mode d'emploi, donc du coup, on est comme des enfants dans notre illusion de toute puissance, parce que c'est un objet de pouvoir, donc on casse des trucs, parce qu'on ne se rend pas compte, on a besoin d'être éduqués. Tout le monde, moi, toi, nous sommes des bébés à qui on a remis des outils de pouvoir et on doit grandir. Il y avait d'autres difficultés. Aujourd'hui, je dénonce ces difficultés-là. Je suis pour la modernité et pour une conscience qui va avec.
Tu évoques la dépendance affective dans ce livre. Il y a une grande partie d'ailleurs qui est dédiée à la dépendance affective. Il y a aussi un aspect dont on parle beaucoup moins et que tu abordes aussi, c'est la contre-dépendance affective. Est-ce que tu peux nous expliquer de quoi il s'agit ?
C'est un sujet qui a son importance, parce qu'il y a les personnes qui ont très très peur de ne pas pouvoir être en couple, et puis il y a les personnes qui ont très très peur d'être en couple, que l'on pourrait penser être indépendante, mais dont en fait, c'est peur d'être en couple, c'est surtout la peur de ce que ça pourrait donner si on s'engage. Et donc, ce sont des dépendants affectifs qui se cachent. Ils se cachent derrière l'évitement, en fait, de l'engagement, l'évitement de la relation, et se racontent même à eux-mêmes l'histoire de vouloir absolument être libre. Il y a un indice, moi, qui m'aide, c'est quand la personne me dit « Être en couple, être en relation, c'est perdre ma liberté ». Il y a une croyance en fait. Qu'est-ce que ça dit cette phrase ? Ça dit tout de la représentation inconsciente que la personne a d'une relation amoureuse, intime, proche. D'où vient cette vision du modèle parental, de ce qu'elle a vu ? Ça vient de quelque part. Nos croyances sont toujours bâties sur nos expériences, sur ce qu'on a vu, sur ce qu'on a interprété, sur ce qu'on a compris ou mal compris. Et puis ces croyances, elles deviennent des trucs gravés dans le marbre, auxquels on reste fidèle, et ça va nous enfermer aussi dans des systèmes qui vont nous rendre malheureux. Et la contre-dépendance affective, c'est ça, ce sont des dépendants affectifs qui s'ignorent ou qui se cachent. Souvent ils s'ignorent, être dépendants affectifs. ils veulent rencontrer mais n'y arrivent pas, ou bien ils mettent un terme à leur relation, ou bien ils esquivent et ils ghostent. Et nous sommes dans une société aussi consumériste de l'amour. L'amour est devenu un sujet mercantile, et l'amour est devenu non pas un sujet mais un objet, finalement, à avoir. et les contre-dépendants affectifs vont avoir une relation à l'amour qui sera comme si l'amour était quelque chose qui est à avoir, mais en même temps ça fait peur. parce que c'est associé à une forme d'emprisonnement. Il y a des personnes qui viennent à moi qui pensent qu'elles sont dépendantes affectives parce qu'elles sont dans des relations où elles vont être mises en attente, où le partenaire au début de la relation, fait du love-bombing et puis disparaît, et puis revient, et puis insécurise sa partenaire parce que lui ça le rassure. Donc il est fort probable qu'il soit contre-dépendant affectif, il a besoin d'insécuriser sa partenaire parce que comme ça il a l'impression qu'il tient les rênes, et il va utiliser les techniques il va utiliser nos modes de communication, et il va insécuriser sa partenaire qui viendra me consulter pensant qu'elle est dépendante affective parce qu'elle est rivée sur son téléphone, parce qu'elle regarde sur WhatsApp à quelle heure il s'est connecté, s'il y a les deux encoches sur le message, et s'il n'y a pas les deux encoches, et si elle voit qu'il s'est connecté mais qu'il n'a pas répondu à son message parce qu'il la met en attente, parce que c'est rassurant d'insécuriser l'autre, Ces exemples-là m'ont fait comprendre qu'en fait, oui, il peut y avoir un terrain de dépendance affective ou autre, de blessure d'abandon ou de rejet chez l'individu, mais il va être démultiplié par ce genre de situation. Et moi, je soulève la question parce que j'ai vu des personnes qui n'étaient pas dépendantes affectives et qui se mettaient à avoir des comportements d'addiction, exactement comme je viens de le décrire. Et donc ça c'est intéressant parce que c'est important que les personnes comprennent qu'elles ne sont peut-être pas forcément dépendantes, affectives, au sens strict du terme, mais que notre modernité développe une forme d'addiction parce qu'elles sont avec cette pression sociale à devoir absolument être en couple et que ça marche.
Les fameux commandements de la société dont on parlait tout à l'heure. Ce livre s'adresse aux femmes, mais pas que, il s'adresse aussi aux hommes, à ceux que tu appelles les nouveaux romantiques, qui sont-ils ?
Les nouveaux romantiques, ce sont ces hommes qui ne sont pas dans une identification stéréotypée à l'homme viril, à ce masculinisme caricatural. Ce sont des hommes qui, généralement, se retrouvent dans la catégorie des hypersensibles. sont des hommes qui sont soucieux de l'autre, sont des empathiques, des hyper-empathiques, ce sont des hommes qui sont dans l'altérité, ce sont des hommes qui se révoltent ou sont outrés de voir certaines maltraitances faites aux femmes ou certaines inégalités. Ce sont des hommes qui sont respectueux, ce sont des hommes qui forcément savent ce que c'est que le consentement avant même qu'on en parle. Ce sont des hommes qui ont une conscience et un respect d'autrui, et dans leurs relations avec les femmes, quelles que soient leurs relations, amicales, professionnelles ou amoureuses, il va y avoir une façon d'être qui va être assez dans l'altérité, l'égalité, où chacun aura sa place. Les nouveaux romantiques, c'est le nom que je leur ai donné. parce qu'ils sont romantiques, mais ils ne sont pas de ce romantisme dont on parlait tout à l'heure avec les romans à l'eau de rose et les contes. Ils arrivent en fin de parcours de mon livre, sur la dernière partie, parce qu'après avoir dénoncé beaucoup de choses au gré de mon étude, de mon enquête et tout ce que j'ai pu étudier auprès de ma patientelle, j'avais envie d'orienter ensuite le livre sur à la fois les solutions qui s'offrent à nous, hommes et femmes, mais j'avais aussi envie de donner une place, et j'ai envie de donner davantage de place. C'est pour ça qu'en boutade je dis j'ai envie d'écrire un livre sur eux, j'ai très envie d'écrire un livre sur ce que moi j'appelle les nouveaux romantiques, parce qu'ils méritent d'avoir toute leur place, parce que ça rejoint aussi ma thématique des hypersensibles spirituels, parce que les femmes ont aussi besoin d'imprégner en elles d'autres modèles. Parce que très souvent, ce que j'ai entendu chez les femmes, c'est qu'il y a le bad boy. J'en parle à un moment donné dans le livre. Le bad boy, le mec inaccessible. Alors là, on est à fond sur lui. C'est un challenge que décrocher la timbale, ça va nous donner de la valeur, ça nous narcissise. Puis en fait, on ne décroche jamais la timbale parce que le mec est inaccessible. au mieux il passe, au pire il nous laisse exsangue et ayant perdu des plumes. Donc ça c'est une représentation qui revient beaucoup dans le discours des femmes qui me consultent. Et il y a l'autre visage qui est le copain sympa, mais il ne suscite pas trop de désir, on n'est pas au taquet sur lui, mais il est tellement gentil. Mais en fait, il est gentil, donc ce n'est pas excitant. Ça, j'en parle aussi, des racines de soucis dans le fonctionnement qui sont récurrents chez les femmes. Et donc, quand je parle des nouveaux romantiques et pourquoi j'ai envie d'écrire encore là-dessus, c'est parce que j'ai envie d'offrir aux femmes cette vision que s'invite dans leur psychisme cette autre représentation du masculin. Il en existe plein, j'en suis entourée, mes copains, mes collaborateurs, j'en rencontre plein en fait. Et quand je dis ça à mes patientes, elles me disent « ouais, mais ils sont où ? Moi je les vois pas ». Je pense qu'on les voit pas tant qu'on n'a pas l'option dans notre tête que c'est possible. Et puis quand on commence à se dire « ah oui, mais il y a un autre profil d'homme qui Cette catégorie par exemple, il peut y en avoir encore d'autres, mais j'ai choisi ce profil-là, des nouveaux romantiques, on commence à les voir. Et là, il y a quelque chose de assez porteur d'espoir parce que ce sont des hommes très touchants, ce sont des hommes inspirants, ce sont des hommes auprès de qui on peut être pour co-créer, quelle que soit la co-création. Et j'étais heureuse d'écrire ces quelques pages sur eux parce que je pense qu'ils sont ils sont ce que notre société pourra devenir si on laisse de la place à l'égalité, l'altérité et le respect.
Justement, j'allais te demander, est-ce que révolutionner l'amour aujourd'hui, c'est encore possible ? Est-ce possible ou est-ce que c'est trop tard ?
Il n'est pas trop tard. C'est pour ça que j'ai écrit ce livre. C'est justement pour… Si on prend tous et toutes conscience de la situation, on peut avoir des petites actions au quotidien pour rétablir les choses. On peut être des petits révolutionnaires de l'amour dans notre quotidien. Et c'est important déjà de remarquer les fois où on ne nous donne pas à nous la place qu'il nous revient. Et ça vient aussi des femmes. J'ai une anecdote toute fraîche. J'étais en vacances, on partageait une table, j'étais avec mon mari et des personnes avec qui on faisait connaissance. Et à cette table, il y avait trois autres femmes. d'âge différent. On a demandé d'abord en premier à mon mari quelle profession il a. Lui, poli, il a demandé à la personne qui lui posait la question quelle est sa profession. Et les autres femmes se sont interrogées entre elles, et pas moi. J'étais celle qui était ou qui semblait être la plus jeune. Donc, il y a à la fois le genre, à la fois l'âge et les habitudes. Et nous, les femmes, nous ne nous rendons pas compte, en fait. Nous avons des automatismes de ce genre. Ce n'est pas de leur faute, ce n'est pas de notre faute. C'est parce qu'on n'a pas intégré un certain nombre de choses. Ce sont des petits détails, mais ce sont des réflexes que nous avons. Et si nous en avons conscience, nous pouvons rétablir la donne d'une façon toute simple, par exemple, en s'adressant à celle qui semble la plus jeune et qui est du sexe féminin, et en lui demandant sa profession. Ça ne changera pas la face du monde, mais pour ceux qui connaissent mon travail, vous savez que je suis fervente, convaincue des gouttes d'eau, et donc une goutte d'eau plus une goutte d'eau plus une goutte d'eau, eh bien, ça montre l'exemple, ça interpelle les autres. Voilà, soyons le changement que nous voulons voir Et si nous pouvons être des petits révolutionnaires qui faisons changer le monde, mais ça passe d'abord par une conscience et un changement de comportement, et d'incarner ceci. Et c'est pour ça que je suis convaincue qu'il y a de l'espoir. À partir du moment où on peut transmettre les messages, qu'il y a des personnes pour les recevoir, qu'il y a une ouverture et une conscience, on peut tous ensemble permettre que quelque chose se transforme. C'est compliqué en ce moment, on peut se sentir démuni face à tout un tas de choses qui se passent sous nos yeux, mais voilà, chacun fait sa part et ça rejoint le message que je veux faire passer au travers d'un certain nombre de livres finalement.
Donc il est encore possible aujourd'hui d'avoir une société qui soit plus égalitaire.
Est-ce qu'on le verra ? Je ne suis pas sûre, toi et moi.
Ça va demander beaucoup de temps.
Peut-être, oui. Quoique, là, ces dix dernières années, MeToo, le consentement, les jeunes générations sont au taquet sur l'égalité et dénoncent beaucoup, en fait, un certain nombre de choses. Oui, ça va assez vite en ce moment. Donc, j'ai espoir. On verra sûrement les choses. Elles changent déjà. Elles changent déjà. Il faut continuer. C'est important.
Les femmes et l'amour, c'est le nouveau livre de Géraldine Prévost-Gigant. Il sort la semaine prochaine aux éditions Le Duc. Je vous rappelle qu'il y aura donc cette séance de dédicace à la Mouette Rieux. C'est à Paris, Géraldine.
Dans le marais.
C'est ce que j'allais dire, dans le quatrième arrondissement de Paris. Cette séance de dédicace sera précédée d'un groupe de parole pour les femmes. Vous pouvez vous inscrire soit pour le groupe de parole et venir pour la dédicace en même temps, soit assister qu'à la dédicace. Il y a toutes les infos évidemment. qui sont sur ton site geraldineprevogigant.com. Il y a aussi un stage en présentiel de deux jours dont on n'a pas parlé, qui s'appelle « Réveillez la femme puissante en vous ». Alors, c'est deux jours juste à côté de Paris, à 30 minutes de Paris, dans un lieu top, et ces deux journées vont vous permettre surtout de travailler comme dans les groupes de Parole pour femmes. C'est bien ça, Géraldine ?
C'est aussi un travail de psychothérapie, et ce n'est pas uniquement basé sur la parole, mais aussi sur des prises de conscience, des interactions avec moi, moi qui fais travailler soit le groupe, soit une personne en one-to-one dans le groupe, il y a des mises en situation, il y a des exercices. L'objectif de ces deux jours, c'est de travailler ensemble sur nos blessures de femmes, sur ce qui nous limite, nous en tant que femmes, sur nos croyances, et comment guérir ce qui est blessé en soi pour pouvoir laisser s'éveiller la femme puissante et pouvoir rayonner pleinement de notre personnalité de façon à pouvoir assumer nos choix, quels que soient ces choix et quels que soient les messages que la société tente de nous adresser.
Pour participer à ce stage, les inscriptions se font directement là aussi sur ton site internet, il reste quelques places. Et puis, il y a aussi les groupes de paroles pour femmes, Géraldine, que tu as créées il y a de nombreuses années et qui sont toujours là aujourd'hui en 2023.
Je devais passer la main et puis il s'avère qu'il y a un contretemps. Comme vous le savez, je suis les signes que la vie m'envoie. J'ai eu en plus aujourd'hui une demande de participation. J'ouvre les inscriptions pour un nouveau groupe de parole qui aura lieu Le soir, je n'ai pas encore défini le soir, mais de 19h à 21h, probablement deux fois par mois, comme le jeu, la formule habituelle, online, donc quel que soit le lieu de résidence, les femmes peuvent participer. Probablement, ce sera un groupe qui va démarrer en janvier. Voilà, sur toute situation que traversent les femmes, bien entendu, les personnes qui viennent à moi sont souvent des personnes qui sont touchées par l'hypersensibilité, qui ont lu mes ouvrages sur le sujet et aussi sur la dépendance affective et la question amoureuse, donc tout ce qu'on vient d'échanger ce soir sera aussi abordé en plus de l'hypersensibilité. Si on est intéressé, on peut aller sur le site. Il y a un lien qui mène à un questionnaire de candidature. Et je reviens vers la personne une fois que j'ai reçu le petit questionnaire. Et une fois qu'un groupe sera constitué, il pourra démarrer peut-être plus tôt si j'ai déjà un groupe de 10-12 personnes. Ça pourra démarrer plus tôt en fonction de mon planning. Et sinon, ce sera en janvier.
Le rendez-vous est pris. Si vous avez des questions à poser à Géraldine par rapport à tout ce qui a été dit ce soir sur la sortie de ce livre ou même par exemple sur les ateliers dont on vient de vous parler, n'hésitez pas à nous laisser des petits commentaires, des petits messages en public. Géraldine, ça fait un plaisir de vous répondre avant de se quitter. En tous les cas, c'était un sujet absolument passionnant. Encore une fois, je crois que je l'ai déjà dit la dernière fois lorsqu'on m'avait présenté ton précédent livre, mais voilà, un livre utile et nécessaire. Les femmes et l'amour, ça sort la semaine prochaine aux éditions Le Duc. Géraldine, tu fais quoi le jour de la sortie de ton livre en général ?
Là, je serai à la moitrieuse pour dédicacer mon livre. Ça, ça m'enchante parce qu'en fait, les jours de sortie de livre, je suis comme un lion en cage. En fait, je suis en mode automatique. Si je consulte, je fais bien mon travail. Mais il y a une partie de moi qui est ailleurs. Moi, je suis ravie d'être à la Moitrieuse pour dédicacer mon livre. Je pense que c'est le meilleur endroit, le jour de la sortie de son livre. Je ne veux jamais aller dans les librairies à la FNAC pour voir si mon livre est bien présenté, exposé et tout. Ça me met dans un état de stress pas possible. Mes amis veulent toujours m'emmener. Je dis non, non, non, non, non. Je préfère être dans un trou de souris. Par contre, être dans une librairie comme la Moitrieuse ou une autre, quand c'est le cas, a dédicacé à rencontrer mes lecteurs, mes lectrices. Alors là, je suis la plus heureuse des autrices et la plus heureuse des femmes.
En tous les cas, on te souhaite le meilleur avec ce livre qui va rencontrer son public, j'ai aucun doute dessus. Ça a été un vrai plaisir en tous les cas de t'accompagner au cours de ce live. Merci pour ta confiance évidemment. Merci infiniment, merci à vous de nous avoir suivis. J'espère que vous avez passé une agréable soirée, un bon moment, que vous avez appris plein de choses. Ça a été un plaisir en tous les cas de partager cette soirée, ce moment avec vous. Merci Géraldine.
Merci Guillaume, un grand merci.
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