Egosystème sur RTS par Florence Farion - Interview Géraldyne Prévot Gigant

Entretien (en français) avec la psychologue et auteure Géraldyne Prévot-Gigant autour de son livre La force de la rencontre (Éditions Odile Jacob). La conversation définit la rencontre au sens large (amoureuse, amicale, artistique, animale, professionnelle), insiste sur son potentiel transformateur et sur l'idée de co-création (équilibre action/réceptivité). Sont abordés: les mécanismes (alchimie, chimie biologique, intuition, symbolique/junguienne), l'importance de la connaissance de soi pour accueillir de bonnes rencontres, les cycles relationnels, les répétitions traumatiques et la nécessité d'un travail thérapeutique, ainsi que l'impact du COVID (essor du virtuel, réévaluation des applis de rencontre) et les interrogations sur l'avenir (relations homme-machine).
Écosystème Florence Farion.
Coup de foudre ou pas, attendu, espéré ou pas, simple ou pas, réel ou virtuel ou pas. La rencontre amoureuse est en tout cas un peu la promesse d'un autre demain. C'est l'opportunité de changer de vie, peut-être, de bousculer ses habitudes, en tout cas, de voir le monde avec d'autres lunettes. Beaucoup l'attendent cette rencontre, l'espèrent, la préparent, mais savent quand même bien au fond d'eux-mêmes que de toute manière ils ne maîtrisent pas tout. C'est le hasard, ce sont les coïncidences, peut-être on met les mots qu'on veut, mais il faut en tout cas se donner les moyens de la rencontre. Notre invitée du jour a écrit sur ce moment très particulier et je la rencontre pour la deuxième fois. Bonjour et bienvenue dans cet égo-système du jour. Bonjour Géraldine Prévost-Gigant.
Bonjour, merci de m'inviter.
C'est notre deuxième rencontre, la première fois c'était pour un ouvrage que vous aviez publié, un essai sur l'espoir.
Absolument.
Et dans la rencontre il y a de l'espoir.
Aussi.
Les deux sujets sont associés finalement.
L'espoir peut être partout et nous en avons grand besoin à certains moments de notre existence.
Et là vous revenez un peu à vos premières amours puisqu'en 2015 vous aviez publié ce « Préparer à la rencontre » et que votre actualité c'est la force de la rencontre. Géraldine Prévost-Gigant, vous êtes publiée aux éditions Odile Jacob. Voilà, j'ai tout dit. Maintenant je parlais de ces rencontres qui changent les vies ou pas. Mais en tout cas elles ont effectivement ce potentiel de nous bousculer. Cette force elle est là.
Elle est là, la force de la rencontre, absolument. Si on sait l'accueillir, et je pense que la plupart du temps, même si on ne sait pas l'accueillir, on est bousculé par certaines rencontres et c'est de ça dont j'ai voulu parler, de ces rencontres qui nous bousculent, nous réveillent, nous révèlent à nous-mêmes. Il y a des rencontres qui peuvent être inconfortables et des rencontres absolument merveilleuses qui nous transportent dans la grâce, la créativité et l'inspiration. Et quelle que soit la rencontre en fait, j'avais envie de parler de ça, de ce que ça crée chez nous et surtout si on est conscient du processus de la rencontre, si on est conscient à quel point notre interaction avec l'autre peut nous en apprendre plus sur nous-mêmes. C'est surtout de ça dont j'avais envie de parler. C'est de la richesse de la rencontre. Et si on affine notre regard, à quel point on peut y voir encore plus de richesse et on peut aussi apporter à l'autre. C'est-à-dire que c'est la richesse que l'on y voit, c'est la richesse que la relation nous apporte. Mais c'est aussi ce que nous pouvons apporter, c'est dans les deux sens et c'est en ça que je trouve que c'est magique, merveilleux et tellement savoureux.
Et que c'est un peu celle de la vie quand même, la rencontre, le lien à l'autre, c'est nos animes, les humains. Et qu'on ne sait jamais évidemment ce que ça va devenir, c'est-à-dire ce sera une belle rencontre, une rencontre qui traversera votre vie ou est-ce que ce sera juste un moment fugace. Mais parfois même dans la fugacité de cinq minutes d'une discussion dans des transports publics par exemple, Il y a une graine qui est plantée et qui va germer et à jamais transformer votre vie.
C'est vrai qu'on peut être transformé bien plus par une brève rencontre que par une rencontre sur des années. Tout dépend en fait je pense de l'alchimie des deux êtres qui se rencontrent. Je pense qu'il y a vraiment ça. Il y a quelque chose qui va se passer entre deux êtres qui ne se passera pas avec quelqu'un d'autre. Il y a aussi le bon moment. Le moment où on a cette réceptivité, le moment où on a cette ouverture, où l'information transmise va pouvoir faire résonance. Et puis, comme je le disais, l'alchimie. L'alchimie des deux êtres, le bon moment. Et puis il y a aussi ces êtres dans ces brèves rencontres qui ont l'intuition. qui sont inspirés et qui vont nous dire la phrase, le mot dont on avait besoin pour soit avoir une réponse, soit avoir un déclic, soit prendre une décision. Et eux-mêmes ne le savent même pas. Ils ont été comme guidés, inspirés. Pour moi, c'est vraiment les miracles de la vie. Je trouve ça fabuleux quand ça arrive. C'est rare, mais quand ça arrive, c'est tellement porteur, enrichissant et inspirant. Ça élève en fait.
Mais quand vous parlez d'alchimie, j'ai envie de rebondir sur la chimie, l'alchimie de la rencontre. Il y a aussi une histoire de chimie dans ces fulgurances et dans ces moments de rencontre ?
Bien sûr, pour la rencontre amoureuse, on va parler des phéromones. Par exemple, pour le coup de foudre, 12 airs cérébrales sont activés lors du coup de foudre en quelques fractions de secondes. Donc là, c'est carrément un miracle. Tellurique ! Voilà, et c'est très vivant en fait. pour les amitiés, pour les rencontres de cet ordre-là artistique, relationnel, amical. Il va se jouer en effet une chimie mais qui sera de l'ordre des points de contact qui seront en fait ce qui est important pour nous.
Plus intellectuel.
Voilà, une vision commune du monde.
Le corps n'est pas engagé donc du coup c'est effectivement l'intellect qui se connecte à l'autre.
Et des valeurs aussi, une vision commune du monde, des aspirations communes, oui ça va se situer plutôt à ce niveau-là.
Alors votre livre, La force de la rencontre, parle évidemment de la rencontre amoureuse parce que c'est tout de suite ce à quoi on pense quand on pense rencontre, on pense rencontre amoureuse. Mais vous le disiez, les rencontres amicales. Vous parlez aussi des rencontres avec l'art. Avec l'art qui va animer une vie quand un artiste rencontre tout d'un coup son domaine. Que ce soit la danse, que ce soit la peinture. Comment aussi deux associés peuvent se rencontrer pour monter une affaire, un business, on appelle ça comme on veut. Aussi la rencontre avec un animal. C'est-à-dire qu'il n'y a pas que la rencontre de l'humain. Il y a aussi la rencontre avec un univers qui va aussi pouvoir potentiellement changer notre vie.
Oui, il y a énormément de personnes qui ont eu une rencontre animale importante. Ça vient résonner très certainement avec notre histoire de l'aube de l'humanité où notre relation à l'animal était différente. Et en fait c'est l'agent de transformation dont il est question, que ce soit sous forme humaine, sous forme de mentor ou sous la forme animale, disons qu'il va y avoir un être, quel qu'il soit, qui va être porteur d'une information et cette information va rentrer en résonance avec ce qui était peut-être inconscient chez nous et du coup ça va devenir conscient. Et c'est en ça que la rencontre, que ce soit avec un animal, un être, un art, un pays, va être une source d'informations sur ce qui était déjà en nous sans que nous le sachions.
Comme un révélateur.
Et le fait qu'on soit touché par cette rencontre nous en dit beaucoup sur ce qu'on ignorait de nous, d'une certaine forme de sensibilité ou d'attirance Il y a de l'ordre de la symbolique là-dedans. Notre inconscient, son langage, c'est un langage symbolique. On rêve avec plein de symboles. Il y a les rêves nocturnes où on fait le ménage de notre vie quotidienne, bien sûr. Et puis, il y a une autre catégorie de rêve où il va y avoir une force symbolique et c'est le langage de notre inconscient. Donc quand on fait des rencontres par exemple avec les animaux, ça vient directement toucher le langage de l'inconscient et ce que Carl Gustav Jung disait, mentionnait quand il parlait des archétypes qui sont dans l'inconscient collectif. Dans notre collectif, nous avons tout un tas d'informations et suivant notre sensibilité, on va vibrer ou pas à certains symboles, certaines représentations, certains messages.
J'ai rencontré récemment à Morge au livre sur les quais Bartabas qui raconte dans son dernier livre justement les rencontres successives avec les chevaux qui ont traversé sa vie et c'est justement ce premier cheval qui a changé tout le cours de son existence puisqu'après il a monté évidemment Zingaro et puis tout ce qu'on sait. Donc c'est vraiment important et ce que je disais un petit peu dans l'introduction c'est-à-dire qu'on ne se rend pas compte des répercussions que vont avoir les rencontres au moment où on les vit mais on a une part quand même d'action, c'est-à-dire qu'on ne doit pas qu'au hasard ou coïncidence ces actions. Et c'est ce que vous dites bien dans votre livre, c'est que les rencontres se préparent. Est-ce qu'on sous-estime justement notre part d'action, Géraldine Prévost-Gigant ?
Absolument, on sous-estime notre part de ce que j'appelle la co-création. En fait, c'est une création ensemble avec la vie ou la destinée. On peut y mettre le mot qui nous convient le mieux. Moi, j'aime bien parler de co-création avec la vie. J'ai observé chez moi et chez les personnes de mon entourage ou les personnes que j'accompagne sur le chemin, J'ai remarqué qu'en fait il y a un juste équilibre entre se mettre en action et recevoir. Une réceptivité et une mise en action en même temps. C'est très paradoxal mais en même temps c'est une juste posture. En effet il y a une part d'action, il y a notre part dans les rencontres. On se met en mouvement dans la vie, qui est elle-même un mouvement de vie. Et si on s'est préparé à la rencontre, on sait que notre état d'esprit, notre ouverture, notre disponibilité vont faciliter ou non certaines rencontres, vont faire qu'on va les reconnaître ou pas. Et en fonction aussi de ce que l'on désire, ça va nous faciliter la connexion avec certaines personnes ou pas. Et encore une fois c'est vraiment juste équilibre. Je connais tellement de personnes qui veulent à tout prix rencontrer et qui se mettent une pression terrible et qui sont partout à la fois et finalement ils sont au dehors d'eux-mêmes. Il y a vraiment une rencontre avec soi-même d'abord. Je me rencontre, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qui suis-je ? Au-delà de qui je pense être ? Et ensuite, une fois qu'une certaine paix avec moi-même s'est instaurée, ou une réconciliation. On va déjà parler de réconciliation, c'est déjà pas mal. Quand on a fait le ménage, qu'on se connaît un petit peu plus, on peut partir en quête de la rencontre. Mais c'est une quête juste, avec cet équilibre.
Et non seulement se connaître soi-même, mais aussi réfléchir, essayer de pointer quelle vie pourrait nous correspondre. Qu'est-ce qu'on veut ?
C'est absolument cette thématique qui a commencé, j'ai animé un groupe de thérapie en ligne, vu la situation actuelle, et je leur ai dit, n'oubliez pas de me dire quelle est votre attente. Parce qu'il est important pour moi de savoir si cette attente, elle est juste pour vous, parce que combien de fois on peut avoir des désirs, qui, lorsqu'on les réalise, on s'aperçoit qu'ils ne sont pas juste pour notre être profond, que ça répond à des croyances, que ça répond à une norme, que ça répond à ce qu'on nous a dit, qu'il fallait faire ou aller. Et en effet, concernant la vie, c'est la même chose. Il y a un moment donné, on y gagne énormément à se dire « attends ». Je suis sur mon chemin de vie, je cocrée avec l'existence, donc je peux choisir d'orienter mon navire. J'aime bien utiliser des expressions maritimes pour cette thématique là principalement. Je peux orienter mon navire vers une destination qui me correspond davantage. Et pour ça, on revient aussi à la connaissance de soi. Mieux je me connais, plus en paix je suis avec moi-même, plus je vais pouvoir Choisir une destination, un chemin de vie qui sera en adéquation avec qui je suis profondément. Et pour moi c'est ça l'harmonie. Qu'est-ce qu'on observe à ce moment-là ? C'est que c'est fluide. Ça devient facile. Bien sûr parce qu'on est aligné avec quelque chose de juste. Et les choses se mettent en place d'une façon naturelle et non plus le « je veux, j'obtiens » et plutôt l'être et le désir et l'inspiration ou l'aspiration à. et ne pas se leurrer.
Ça tout le monde le sait, on le répète juste comme ça au passage, que l'autre ne remplira pas tout. On nous manque. On le dit juste comme ça en passant. Oui, c'est toujours bon de le rappeler. Il y a beaucoup de choses à dire sur cette force de la rencontre. Votre livre est paru aux éditions Odile Jacob. Vous restez avec nous jusqu'à 14h. Géraldine Prévost-Gigant est notre invitée. Jusqu'à 14h, nous parlons aujourd'hui de la rencontre, de celle qui va nous chambouler, de celle qui va nous amener ailleurs, nous permettre de voir la vie autrement. Ne va pas combler tous les manques, on est bien d'accord, on l'a bien redit. Je ne peux pas m'empêcher de vous poser la question de la rencontre en ce moment avec nos masques, avec tout ce qu'on sait, avec notre distanciation. Est-ce que dans votre pratique ça questionne beaucoup ? C'est comment autour de ces distanciations, de ces masques et de cette affaire de rencontre ?
Eh bien, justement, il semblerait qu'ils aient décidé de ne pas se laisser faire par la situation et ça booste l'envie de la rencontre. Il y a des personnes qui, par exemple, ont du mal à rencontrer parce qu'elles sont timides. Elles ont eu jusqu'alors des difficultés à mettre en place des mises en pratique de la rencontre, aller sur les réseaux, aller à des réunions de célibataires. Aujourd'hui, ce sont des personnes que je vois multiplier les rencarts parce qu'elles me disent, j'ai pris conscience à quel point la relation était importante et j'ai aussi pris conscience à quel point je suis responsable de ce qui se passe dans ma vie. Et si je ne bouge pas, rien ne va se passer. Et donc, ce sont des personnes qui passent à l'action. En fait, je vois beaucoup plus de gens qui sont dans un processus vivant Peut-être est-ce réactionnel, suite au confinement, à la situation ?
Oui, suite au fait qu'on nous dit justement de nous éloigner, tout d'un coup réaction, maintenant on se rapproche.
Exactement.
D'accord.
Il y a une réaction, une sorte d'élan de vie et de survie, et les gens veulent se rencontrer encore plus. Et d'ailleurs, pendant le confinement, on a observé une montée exponentielle des connexions sur les applications de rencontre et les sites internet. Les gens isolés en ont profité pour se rencontrer en ligne. Et une fois que le confinement a été terminé, ils se sont rencontrés en vrai, ont pris des verres et plus s'y affinitaient. Et je pense que c'est psychologiquement, c'est comme ça que je me l'explique, c'est un élan du vivant, une réaction, une sorte de mode de survie. Et pour quelques personnes auxquelles je pense, là en vous parlant, je pense que c'est vraiment, il y a eu vraiment des prises de conscience où les gens se sont dit bon bah là, la vie est là. La vie est là. Quoi qu'il arrive.
Mais ça a sans doute donné quand même une autre temporalité. Ce qu'on dit aussi beaucoup de ces rencontres via les sites, les plateformes, on met tout ce qu'on veut, c'est les applications, on dit que c'est très rapide en règle générale. Là, tout d'un coup, il y a eu le temps de la découverte.
Il y a eu une dimension romantique et il y a toujours comme un besoin soudain de prendre son temps. Alors que tout à l'heure je parlais de cet élan de vie qui pourrait supposer une rapidité, pas du tout. Profitons de la vie, vivons, mais en même temps pas n'importe comment. On a vu émerger en effet un élan romantique et une intelligence de la rencontre en ligne. Peut-être que les gens ont commencé à prendre le temps pour s'interroger sur la qualité de leur rencontre, sur ce qu'ils ne voulaient plus, ce côté un peu expéditif, un peu rapide. Et les gens ont commencé à mettre en place un autre mode de communication, de mise en relation, de découverte, en s'appropriant le temps. Et cette dimension romantique, je trouve ça très beau parce qu'on enoblit la rencontre, enfin la rencontre en ligne, on a un regard parfois un petit peu, comment dirais-je, froid, dépréciatif. Et je trouve que ça enoblit la rencontre en ligne. Et ce que j'observe en fait, c'est que Les êtres sont en train de s'approprier ce système de rencontre, ce mode de rencontre, cette modernité, et ce n'est plus utilisé comme un mode de consommation, mais comme un mode de rencontre. Parce que c'est souvent la critique qui avait été faite, c'est je feuillette le catalogue d'hommes ou de femmes, je choisis comme un catalogue de consommation. Il semblerait que les gens commencent à prendre conscience et puis sentent au fond d'eux que ça ne leur correspond pas et qu'ils ont envie de quelque chose de plus humain, de plus chaleureux, de plus vrai. Et c'est ainsi que je trouve que j'ai l'impression qu'en fait, ils s'approprient l'outil et ils l'ennoblissent, ils l'humanisent. Et pour moi, c'est vraiment porteur d'espoir parce que je me dis que si ça continue dans cette direction, c'est super parce qu'il y a plein de gens qui vont être un peu plus heureux de ce mode de rencontre.
Il y a eu un vrai glissement, de même que vous faites vos consultations maintenant en virtuel.
Absolument et j'avais compris qu'il se passe quelque chose comme quand on est proche et en fait les personnes ont vite dit oh mais c'est super mais c'est merveilleux que vous ayez mis ça en place parce qu'on reste en lien, on se voit et on a autant d'émotions qu'en cabinet en présentiel puisque c'est le mot maintenant qu'on utilise. Et en fait, moi, c'est ce que je remarque, c'est que ma qualité d'accompagnement est la même et c'est même davantage. Il y a quelque chose qui se passe alors qu'on pourrait penser que le virtuel est froid. Eh bien, pas du tout. Ça dépend comment on l'utilise. C'est comme tout. Il peut se passer quelque chose tout autant qu'une vraie rencontre.
C'est marrant parce que je vous entends dire vraie rencontre, sous-entendu il a y aussi des fausses rencontres. Et finalement le virtuel ça peut ne pas être une fausse rencontre.
C'est une vraie rencontre et c'est ce qu'on est en train de découvrir en ce moment avec cette modernité. Et c'est là en effet qu'on s'aperçoit que ce sont aussi des vraies relations. C'est-à-dire qu'une vraie relation elle n'a pas besoin d'être physique. J'étais en train de chercher le mot matériel ou charnel. Moi je réfléchis beaucoup à cette notion d'espace, pas de temps parce qu'on est dans la même temporalité, mais on avait l'idée qu'on est loin, donc on pensait être loin de cœur, loin de pensée, et en fait pas du tout. Il y a une abolition de l'espace, c'est-à-dire que la notion d'espace et la notion de séparation et remise en cause en fait avec les connexions modernes. Et je trouve ça très intéressant parce que ça va peut-être aussi nous permettre de réfléchir sur c'est quoi une vraie connexion avec quelqu'un ? Est-ce que c'est vraiment une connexion en effet charnelle ? Est-ce qu'il est nécessaire de se rencontrer dans le même espace ? A quel niveau ça se situe une vraie connexion de cœur ? Moi je dis au niveau du cœur du coup. Une connexion de pensée, comme je le disais tout à l'heure sur des points de vue communs, des valeurs communes, une vision du monde commun. Puis il y a des émotions qu'on a dans nos échanges.
On peut avoir le cœur qui bat ne serait-ce qu'au téléphone. Évidemment les papillons dans le ventre, on peut les savoir même si on n'est qu'au téléphone.
Et puis pour mes accompagnements, j'ai des personnes qui sont émues comme elles le seraient entre quatre murs vivants. Et quand je fais des animations de groupe en ligne, le groupe est ému de la même façon que lorsque nous sommes en présentiel. Donc il y a vraiment quelque chose qui se passe au-delà de l'espace. Et je trouve ça magnifique parce que moi qui suis convaincue que les inconscients communiquent, Et bien là, je me dis, c'est forcément ça qu'il se passe. Il y a quelque chose en termes de connexion. On ne sait pas tout de la conscience humaine. Et je pense qu'on est témoin de quelque chose de nouveau. En tout cas, ce n'est pas nouveau, mais nous, nous l'observons d'un œil nouveau.
Et ça nous donne de l'espoir, pour le coup, là, voilà. Pensez-vous que ça va amener, justement, ce changement de paradigme et de vision par rapport au virtuel, ceux qui se sont rencontrés en ligne à pouvoir le dire ? Parce que jusqu'à maintenant, ça grattait un peu. On s'est rencontrés en ligne, ça ne se disait pas tellement. Là, peut-être que ça va changer, ça aussi.
Je le constate déjà. Les personnes assument beaucoup plus la rencontre en ligne parce qu'elles ont des anecdotes qui font la différence. Je parle à un moment donné dans mon livre de la légende de notre histoire qui fait partie des fondements importants de la stabilité.
Le fameux storytelling, voilà. Comment on s'est rencontré, ça imprime beaucoup de choses.
La rencontre en ligne, il peut se passer plein de choses très cinématographiques, je dirais, très romantiques. Et les histoires que les personnes peuvent raconter sont tellement belles que du coup, il n'y a plus de honte à dire qu'on s'est rencontré en ligne. Et comme on le disait tout à l'heure, le regard sur les applications de rencontre est en train de changer puisque leur utilisation est en train de changer. Et donc quelque chose est en train de se transformer, on déprécie moins ce mode de rencontre et c'est en train de devenir un mode de rencontre comme un autre qui a tout à fait sa place et sa valeur. Parce que ce qui est important au fond, c'est qui rencontre qui plutôt que comment. C'est ça qu'on a oublié.
Géraldine Prévost-Gigant, notre invitée jusqu'à 14h. Nous parlons de la force de la rencontre laissée paru aux éditions Odile Jacob. Comment nous rencontrons-nous ? On en a parlé, que ce soit de manière réelle ou virtuelle. En tout cas, l'intérêt de la rencontre, c'est qu'elle est lieu. Où nous mêlera-t-elle ? Ça, c'est la vraie question. Mais qu'est-ce qui se passe maintenant, Géraldine Prévost-Gigant, dans une rencontre ? Il y a plusieurs stades de la rencontre. Qu'est-ce qu'on va dire ? Quatre niveaux de rencontre ?
C'est à peu près ça ? En fait, j'ai regardé la relation sous forme de cycles et de cercles. Et donc, la durée peut être différente. On peut passer toute une vie ensemble ou quelques années, quelques mois, quelques heures. C'est cyclique. Et donc, il y a le pré-contact, le contact et ensuite la phase qui précède la clôture de la relation. Mais parfois il y a des relations qui ne passent pas par cette fin ou alors à la fin de notre vie. Donc en fait nous vivons des cycles dans le cycle de la vie avec ces phases de rencontre où il y a le pré-contact qui est en fait avant de se parler, qui est juste au moment du premier contact visuel. Et puis il y a le contact où on se serre la main, où on se dit bonjour, on se parle. Et puis ensuite, il y a toute la découverte de la personne. Et puis, il y a pour certaines relations, une autre phase où on commence à ne plus avoir les mêmes points communs, les mêmes orientations et où là, on se prépare à une fin. qui ensuite se matérialise par des changements d'orientation de vie, des départs, des séparations si on est sur un mode de vie amoureuse. Voilà, c'est la fin et donc on boucle. La fin d'une relation ouvre toujours la porte à quelque chose d'autre, comme tout cycle. Tout cycle qui se termine, c'est parce qu'il permet d'accueillir un nouveau cycle. La fin n'est jamais une fin, c'est le début toujours de quelque chose d'autre.
Un clou chasse l'autre, comme on dit en langage populaire ! Mais ce qui est important aussi de dire, c'est que le premier ressenti vis-à-vis de quelqu'un n'est pas forcément révélateur de la couleur que va avoir la relation. C'est-à-dire que vous pouvez être formidablement dérangé, avoir une espèce d'agacement face à quelqu'un que vous rencontrez pour la première fois, et tout d'un coup ça peut basculer. C'est-à-dire que tout est possible.
Et il y a les rencontres où c'est épidermique, où là on sait que c'est niet. C'est non, c'est pas possible cette personne, il y a quelque chose dans l'air, il y a une électricité dans l'air.
Qui... Et à quoi bon on persisterait ?
Exactement. C'est hyper important de s'écouter et le nombre de fois où on ne s'est pas écouté et où on s'est dit mais pourquoi je ne me suis pas écoutée, je savais qu'avec cette personne ça n'allait pas coller.
Vous croyez en l'intuition justement ?
Ah oui, bien sûr !
On a des radars.
Oui, nos inconsciences. Notre inconscient communique avec l'inconscient de l'autre et puis de toute façon, on sait que le cerveau capte des centaines, des milliers d'informations sans qu'on n'en soit conscient. On n'en a qu'une infime partie. Ce dont on parlait tout à l'heure, les gens qui nous dérangent, moi je dis que ce sont des agents de changement, c'est-à-dire qu'ils viennent nous titiller. C'est le poil à gratter de notre connaissance de nous-mêmes. Ce n'est pas forcément des gens qui nous sont antipathiques. Juste, ils nous dérangent parce qu'ils ne rentrent pas dans nos cases. Ils ne sont pas comme on s'y attendait. Et ça peut nous amener à nous ouvrir à autre chose. Et ça peut donner des relations très fortes ensuite, justement quand ça démarre comme ça.
Il y a plein de paramètres finalement qui nous amènent ou nous éloignent de l'autre.
Absolument. Notre éducation, notre culture, ce qu'on nous a transmis, ce qui circule de génération en génération jusqu'à nous, c'est-à-dire des croyances qui peuvent être aidantes ou des croyances très limitantes, c'est-à-dire limitantes qui limitent notre vision et qui limitent aussi nos actes ou nos choix. Croyances aidantes qui nous permettent de faire des choix qui sont bons pour nous en termes d'évolution. Et on peut en effet trouver que quelqu'un nous dérange parce que ça sort de nos filtres et de nos croyances, de notre vision du monde. Et ce qui est intéressant, quand je parlais tout à l'heure de la connaissance de soi, c'est d'aller regarder de ce côté-là. Quels sont mes a priori ? Quels sont mes jugements ? Quelles sont mes idées sur le monde qui finalement me limitent ? et me font éventuellement juger quelqu'un. C'est ça ces personnes qui nous dérangent les poils à gratter, je les appelle comme ça, j'aime bien. Et c'est toujours bon d'aller regarder de ce côté-là pour assouplir notre vision et repousser ses limites, élargir notre vision et assouplir aussi nos rigidités.
Mais en même temps, dans votre livre, vous citez des exemples, alors j'ai pris celui-là parmi d'autres, d'une certaine Michèle Martin, qui un jour a croisé la route de Marc Dutroux. Elle aurait peut-être dû écouter, je ne sais pas si sa petite voix lui a parlé et ce qu'elle lui a dit, mais on ne peut pas non plus nier le fait qu'il y a des rencontres qui sont terrifiantes. Et on y va quand même !
Et bien parce que oui, tout à fait. Et qu'est-ce qui fait qu'on y est réceptive ? Ou en tout cas que ces personnes y sont réceptives ? C'est que ça correspond à un écho d'avec leur propre histoire. Il y a forcément un historique. Leur enfance, une violence éventuellement psychologique ou physique dans l'enfance, des perversions venant des parents. Enfin voilà, il y a un traumatisme. Ces personnes-là, elles rencontrent des personnes sombres. Et elles y vont parce qu'on va vers ce qu'on connaît, tant qu'on n'a pas fait un travail sur soi. Si on a eu un passé sombre, douloureux, avec des failles, avec des manques, avec des traumatismes, et du coup qui ont constitué notre vision du monde, les personnes dangereuses, nous n'allons pas les voir dangereuses. Et il y a une sorte de répétition de la destruction finalement.
Parce que vous parlez aussi du fameux love remake, c'est-à-dire de reproduire toujours les mêmes schémas. On est là-dedans, on va toujours vers le même genre de profil, même si c'est douloureux, même si ça se termine mal, même si on connaît déjà tout ça. On n'a pas tiré les leçons des histoires et on va toujours chercher la même chose puisque c'est plus confortable psychologiquement.
Malheureusement oui, on peut le dire comme ça parce qu'en effet c'est douloureux parce qu'on souffre de cette répétition de rencontres qui nous font souffrir. L'habitude est confortable. Et puis c'est comme une programmation. Et puis il y a aussi une détestation de soi-même chez certaines personnes qui ont subi des violences, qui ont subi des... où il y a des troubles du lien, où l'amour n'a pas été donné, où la protection n'a pas été donnée, où les soins n'ont pas été donnés. Bref, la maltraitance. Ça crée une blessure en soi chez ces êtres-là. Ces êtres vont se détester eux-mêmes parce qu'ils vont penser que c'est de leur faute. Un enfant pense que c'est de sa faute s'il est maltraité. Ils ne font pas la différence quand ils sont petits. Ils ne font pas la différence entre une punition et vraiment une violence injuste. Et donc il y a une détestation de soi-même. Et donc si je ne m'aime pas, je vais aller vers des personnes qui ne me font pas du bien. Jusqu'au jour où j'entame un travail sur moi et où je commence à me réconcilier avec moi-même, à faire la paix avec mon passé, à mettre du sens aussi, à faire des liens entre tout ce qui m'arrive aujourd'hui, tout ce dont je me sens victime. Ce sont des choix que j'ai fait malgré moi et si j'en prends conscience, je peux faire de meilleurs choix. Et c'est aussi parce qu'il y a des personnes qui n'osent pas ou qui ont peur de faire un travail sur elles-mêmes avec un professionnel parce qu'elles ont peur d'aller revivre le passé. Alors ça dépend en fait de l'orientation de travail, ça dépend de l'école de formation de la personne qui va les accompagner.
Il faut trouver la bonne thérapie, il faut trouver la bonne voie.
Qui nous correspond. Moi je trouve que c'est important de connaître notre biographie, de faire les liens, de comprendre ce qu'on répète, de comprendre ce que l'on cherche. Parfois on cherche un bon parent qu'on n'a jamais eu et en fait on le trouve jamais et on répète toujours les mauvaises rencontres par exemple. Donc ça, c'est connaître notre biographie, les causes. Mais ce qui est très important aussi, c'est de découvrir les ressources que l'on a au-dedans de nous. Qui nous sommes véritablement ? Que nous ne sommes pas cette personne que nous détestons ? Que nous sommes bien plus beaux ? une personne bien plus belle, bien plus grande. Et il y a un travail d'activation des ressources intérieures, de prise de conscience de notre beauté, de nos qualités, et aussi des actes différents qu'on va pouvoir poser aujourd'hui. Et quand je pose un tout petit acte différent aujourd'hui en conscience, parce que j'ai fait ce travail et que je suis en train de faire ce travail, Mais ça va me renvoyer une image bien plus positive parce que je vais me dire ça y est je suis en train de poser un axe.
J'ai réussi à faire ça.
Voilà, positif, qui va dans le bon sens, qui va dans le sens de la bien-traitance vis-à-vis de moi-même et qui va dans le sens de rencontrer des bonnes personnes, être sur un bon chemin. Je dis bon dans le sens qu'il soit bénéfique pour soi.
Si on veut accueillir de belles rencontres, il faut aussi faire de la place. Il faut faire du ménage et ça fait partie de la phase de préparation. Comment nous rencontrerons-nous dans le futur ? Et si on se posait la question, en tout cas certains se la posent, Géraldine Prévost-Gigant. On parlait des réseaux, il est souvent dit aussi que par ses applications, on choisit son mème. On va difficilement vers la différence et qu'on choisit de plus en plus de gens qui nous ressemblent, des idées qui nous ressemblent. On prend de moins en moins le risque d'être bousculé. Ça va changer quelque chose, Géraldine Prévost-Gigant ?
C'est vrai qu'il y a globalement un souhait d'être dans le confort et c'est ce qui fait qu'on va aller vers des personnes qui seront comme nous en tout point. Cet autre moi peut être une idée romantique magnifique.
Mais qu'est-ce qu'on perd ?
Mais bien sûr, et qu'est-ce qu'on gagne à rencontrer quelqu'un de différent. Ce qui est important là aussi, encore une fois, c'est le juste équilibre. C'est-à-dire rencontrer une personne qui va être différente. L'important, c'est que cette différence ne soit pas trop accentuée non plus et qu'on puisse se rejoindre sur des valeurs communes importantes. Et c'est ça, à mon sens, une relation riche, une rencontre pleine de richesses.
Ça bouscule d'un côté, ça rassure de l'autre, on partage quand même. C'est un cocktail subtil. Allez, vous m'en servez trois verres et puis ça ira très bien. Mais question justement par rapport à ce futur, parce que vous citez un certain Daniel Levy. qui est chercheur, qui dit qu'en 2050, et j'ai reçu à ce micro Serge Tisseron qui a écrit « Le jour où mon robot m'aimera » et ce Daniel Lévy dit « En 2050 on sera » ce que dit un peu Serge Tisseron d'ailleurs « on vivra des histoires d'amour avec des robots ».
C'est terrible et je pense que c'est important.
De notre point de vue aujourd'hui c'est assez terrible. Peut-être que ce sera bien finalement. Je ne sais pas, je vous cherche un peu mais on va vers ça quand même.
Ou pas, parce que moi j'ai la conviction que puisqu'on cocrée avec la vie, il y a plusieurs futurs possibles. C'est une voie possible, ce qu'on décrit là, faire couple avec un robot.
Mais dans le genre qui ne vous bouscule pas c'est parfait parce que vous allez pouvoir le programmer à votre image et c'est extraordinaire.
Et là on est dans la narcissisation plus plus plus, mais c'est vrai qu'on est aujourd'hui dans une société qui repose beaucoup sur l'image et la narcissisation. Et donc c'est dans cette direction que nous allons. Si nous en prenons conscience et si on se dit, ah mais je ne veux pas aller vers un monde futur comme celui-ci, à nous de tous ensemble et individuellement, de faire attention à ce que nous co-créons aussi. C'est-à-dire qu'une société, c'est un individu plus un individu plus un individu. Et si chacun change sa vision et ne veut pas de ce futur-là, je pense qu'on peut orienter notre futur dans une autre direction, quelque chose de plus humain. Et là, au train où vont les choses, on est en train de nous préparer à un futur où il va y avoir des relations non plus avec des êtres, mais avec des programmes. Pour moi, c'est l'anti-humain, c'est l'anti-cœur, c'est l'anti-relation, c'est l'anti-chaleur. Et c'est important d'être conscient de ça parce qu'aujourd'hui, on peut encore choisir.
Oui, puis parce qu'aujourd'hui, l'air de rien, et je rappelle, les émissions avec Serge Tisseron sont en ligne, mais c'est peut-être important de le dire si vous avez loupé ces émissions, c'est-à-dire que Serge Tisseron nous explique nos téléphones, les dialogues que nous avons avec les machines parlantes, puisqu'aujourd'hui il y a de plus en plus de machines parlantes. On est en train de nous préparer à ça et que l'air de rien, on est en train quand même de gentiment se laisser faire. Après, on verra bien, on a encore un pouvoir de résistance.
Absolument. Et par exemple, moi je n'utilise jamais les assistants vocaux. Il doit y avoir un truc chez moi comme ça. Pourtant je suis très technologie, j'adore, parce que comme je disais tout à l'heure, je vais pas revenir sur ce que je disais, sur ce que ça nous permet de vivre en termes de relations et de qualité relationnelle et de connexion. Mais en revanche, il y a des choses, je bug, voilà. Et l'assistant vocal, je ne l'utilise jamais. Parce que je sais, pour m'être renseignée sur tout ça, mais je pense que c'est aussi instinctif. Je ne veux pas d'une relation comme ça. Je ne veux pas d'une relation avec une machine. Je veux que la technologie me permette d'être en relation de qualité avec un autre être humain. Et si les machines arrivent... entre nous, s'il y a entre vous et moi une machine, notre relation est forcément biaisée et elle est même pervertie.
Mais en même temps on a des ordinateurs, on a des écrans de téléphone, donc forcément déjà maintenant dans nos relations il y a une machine entre nous, quand on n'est pas en présence.
Elle peut servir la relation, si on est conscient, et ça dépend en effet quelle voie on accepte de prendre, jusqu'où est-ce que la machine va nous servir et à quel moment elle va prendre le contrôle.
Et nous asservir. Parce qu'il y a un truc qu'on n'aime pas, c'est ce qu'il faut dire aussi, Géraldine Prévost-Gigant, pourquoi on aimerait ces robots, c'est parce que quand on rencontre un humain, on a forcément, en arrière-plan et le plus loin possible, mais parfois ils se rapprochent très très vite, la désillusion. C'est-à-dire que tout d'un coup, on s'est emballé pour le dire très clairement. Et puis tout d'un coup, ce n'est pas du tout ce qu'on croyait. Et qu'en plus, ça peut être extrêmement douloureux de s'être trompé sur une relation dans laquelle on s'est investi. Et c'est ça qu'on veut fuir aussi.
On veut fuir l'échec et ce que nous renvoie l'échec. Et l'échec nous renvoie t'es nul. Et si on ne s'aime pas, eh bien ça vient nourrir, ça vient creuser ce puits qui était déjà bien profond. C'est en ça que l'amour de soi est vraiment un pilier indispensable à notre équilibre parce que Si je m'aime, non pas au sens égotique du terme, si vraiment je suis dans le respect de moi et que je m'aime véritablement, profondément, si je suis face à ce type d'échec, je vais le vivre différemment. Déjà, je ne m'emballerais peut-être pas de la même façon parce que l'autre ne va pas. J'ai compris que l'autre n'allait pas combler tous mes manques et changer ma vie. Beaucoup de personnes attendent de rencontrer quelqu'un, la bonne personne, parce qu'elles me le disent. Ma vie ne sera plus la même. Ah bah si, ta vie elle va être pareille, sauf qu'il va y avoir un individu qui va être un peu poil à gratter aussi et ça va compliquer un peu plus les choses. Faire en sorte que notre vie soit pleine et entière. Et l'autre est la cerise sur le gâteau. La rencontre amoureuse, ce n'est pas le gâteau. Et puis nous, la cerise, c'est l'inverse. Notre vie doit être pleine et entière.
N'avoir besoin de personne, on peut aller jusque là. En tout cas se satisfaire de sa vie et en être heureux et épanoui dans son existence. Être une pomme entière, ma grand-mère disait. Être une pomme entière. Et pas chercher sa moitié de pommes.
Vous avez résumé le piège de la dépendance affective, cette fameuse croyance de chercher sa moitié. On est une pomme pleine. et on rencontre une autre pomme. Et du coup, la désillusion est moindre parce que ce qu'on va projeter sur l'autre, ça ne va pas être la même chose si on a une forme de plénitude. Donc, je ne dirais pas qu'on se suffit à soi-même, c'est qu'on ne tombera plus dans le piège de dépendre de l'autre parce que l'autre, on pense qu'il va tout nous apporter. Pas du tout. Une belle rencontre, c'est une rencontre où l'autre va ajouter à la beauté de notre vie qui qui était déjà assez chouette si on a pris le temps de réaménager les choses.
Mais j'aimerais qu'on parle aussi, avant de se quitter Géraldine Prévost-Gigant, de ce chiffre qui redit quand même, puisqu'on a commencé à parler du hasard, de notre côté proactif de la rencontre, qu'il ne faut pas attendre. Il faut quand même rappeler que, c'est une étude qui le dit, je ne sais pas comment ils ont travaillé, ils ont calculé, mais vous la relatez dans votre livre, 90% des événements sont déterminés par notre manière d'agir. Et que 10% seulement sont subis. Donc si on ne rencontre pas la bonne personne, on a quand même, si je vous entends, 90% de responsabilité. C'est un peu ça. J'ai peur.
Oui c'est un peu raide quand on se dit comme ça, mais c'est pas faux.
Non mais ça veut dire qu'on peut créer sa vie.
Mais bien sûr, et c'est ça la bonne nouvelle surtout, c'est qu'en fait, dans le sens responsabilité, c'est surtout j'ai le pouvoir au sens noble. J'ai la possibilité d'orienter les choses pour que les choses arrivent. Moi, je pense qu'il y a des rendez-vous que nous avons de toute façon. On est destiné à se rencontrer et il y a toute notre part de créativité à nous. Pour moi, il y a un juste équilibre entre le libre arbitre et le destin. Et dans notre libre arbitre, il y a toute cette responsabilité. Et en fonction de ce que je crois du monde, en fonction des idées que j'ai sur les personnes, en fonction de mon ouverture au nom d'esprit, en fonction de mon positivisme ou mon négativisme, en fonction du sens que je donne aux choses ou pas, en fonction du sens que je vais donner ou pas à la vie, les choses vont être plus difficiles, plus compliquées ou beaucoup plus fluides. Et les choses viennent à nous et nous venons aux événements. C'est-à-dire que c'est dans les deux sens. Et je suis convaincue que les choix que nous faisons, il y a un écho qui se passe à l'extérieur. C'est-à-dire si je fais un pas en direction de quelqu'un, si je fais un pas en direction d'une nouvelle vie, eh bien en face, il y aura un écho et d'autres choses alignées à cela vont venir à moi.
En tout cas, si vous voulez prendre connaissance de tout ça, on a peu évoqué les histoires, parce qu'il y en a évidemment dans ce livre des histoires de belles rencontres, de rencontres plus douloureuses, qui nous permettent de nous identifier, qui nous permettent de tirer la sub-scientifique moelle. Enfin voilà, c'est tout ça votre livre. Géraldine Prévost-Gigant, il s'intitule « La force de la rencontre », aux éditions Odile Jacob, et vous en tant que psy, En tant qu'accompagnante en fait, vous faites aussi sans cesse des rencontres et il y a des patients qui ont bouleversé, changé votre manière peut-être de pratiquer, de voir la vie justement. Des rencontres déterminantes.
Les rencontres déterminantes ont été des êtres qui ont su voir des trésors que j'avais en moi qu'à l'époque j'ignorais. Et en fait c'est en ça qu'ils ont été aussi, d'une certaine façon, des révélateurs. Et j'ai une profonde gratitude pour ces êtres-là. Je pense à quelqu'un que j'accompagne en ce moment et on est sur cette interaction d'une grande richesse où en fait Ce qu'elle a reconnu de la richesse de notre relation et de ce que je peux offrir est aussi un cadeau pour moi autant que mon accompagnement peut être un cadeau pour elle. Je trouve que ça fait partie des miracles de la vie et de la rencontre.
On terminera sur ces mots. Merci d'avoir accepté notre invitation.
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