«Espérer est un art» Rencontre avec Géraldyne Prévot -Gigant

Psychotherapist Géraldyne Prévot-Gigant discusses her book Les Pouvoirs de l'Espoir, distinguishing hope as active choice from passive resignation. She explores how hope connects to courage and action, drawing on clinical work with collective trauma after 13-Novembre and personal grief, while emphasizing meditation and presence as foundations for genuine hope.
Les Rencontres d'Ancom, interviews, débats avec nos.
Invités autour de thèmes littéraires, artistiques, sociétaux et autres. En direct du Game Moulin Bistrot. Géraldine Prévost-Gigant, je vais vous présenter quand même un petit peu. Je pense que tout le monde vous connaît ici, mais pour les gens qui verront le film, je pense que c'est important de vous présenter. Alors, vous êtes spécialiste de la question amoureuse, psychopathicienne et, je l'ai dit, spécialiste de la question amoureuse et de la dépendance affective, créatrice de paroles pour les femmes, autrice de très nombreux ouvrages, dont quatre livres qui sont des exercices à faire chez soi. 50 exercices pour développer son charisme, 50 exercices pour apprendre à méditer, pour sortir du célibat. Et le livre qui nous intéresse aujourd'hui, c'est Les Pouvoirs de l'Histoire. Les Pouvoirs de l'Espoir. J'ajouterais que vous êtes très active sur les réseaux sociaux. que vous avez un blog sur lequel on peut vous adresser des messages, et si on se balade sur le net, à votre nom, on tombe sur de très nombreuses interviews que j'ai écoutées, des interviews qui sont empreintes d'empathie et remplies de conseils et de pistes d'introspection. Vous ne dites pas comme Kierkegaard que tous les hommes sont foncièrement désespérés, Comme Camus que l'espoir est difficile, bien au contraire, vous convoquez vos lecteurs sur les chemins de l'espoir afin de leur en délivrer les pouvoirs. Après avoir refermé votre livre, il m'est apparu très nettement qu'avoir de l'espoir, c'était d'avoir du courage. Alors, je vous demande quelle relation entre l'espoir et le courage ?
En effet, l'espoir demande du courage parce qu'il est nécessaire pour pouvoir avoir du courage sur la durée, parce qu'on peut avoir de l'espoir sur la durée, comme quoi c'est intrinsèquement lié. Avoir de l'espoir un jour, ok, on espère quelque chose, mais avoir de l'espoir sur la durée, c'est ça qui est le plus difficile. Et dans des situations, dans des périodes de vie douloureuses, C'est là où on va aller chercher aux deux dents de soie. une énergie particulière, qui est en effet le courage, avec aussi une façon de voir l'existence. Moi, je dis que l'espoir est un art de vivre, où on va s'appuyer sur différentes ressources intérieures. Mais il est vrai qu'avoir de l'espoir, c'est avoir du courage, ne serait-ce que cette énergie qui porte pour atteindre ce vers quoi on veut aller pour atteindre son objectif.
Si je vous comprends bien, avoir de l'espoir, il ne faut pas que l'espoir soit un refuge. Parce que, quand on vous lit, si l'espoir était un refuge, cet espoir serait inefficace. Il faut qu'il soit le moteur de l'action pour permettre d'échapper à la résignation. Est-ce que le mot résignation est un gros mot pour vous ?
Absolument absolument et c'est certainement une motivation inconsciente qui m'a amené à pratiquer ce métier de l'accompagnement thérapeutique psychothérapeutique certainement que ça a à voir avec ma propre histoire Je suis dans un processus et un mouvement de vie et les personnes que j'accompagne, je leur permets de se révéler à elles-mêmes et de surfer sur cette vague de vie. Pour moi, l'espoir, c'est vraiment un processus de vie, c'est une dynamique vivante, et des études ont été faites là-dessus, c'est ce qui peut permettre de rester en vie. Donc la résignation, nous fait rentrer dans un état et aussi va générer des hormones de dépression, de stagnation, d'immobilisme. L'espoir c'est vraiment quelque chose qui est en mouvement où en effet on ne quitte pas l'instant présent et ça vraiment c'est un point de vue et un argument qui est en fait le fil rouge du livre puisque les détracteurs de l'espoir disent que lorsque l'on espère, on quitte l'instant présent, on refuse ce qui se passe et en fait on fuit l'instant présent pour aller dans ce futur espéré. En fait moi je dis non, ça c'est une mauvaise façon d'espérer. L'art d'espérer c'est d'apprendre à accepter l'instant présent tout en portant son regard sur ce futur qui va arriver. Donc il y a vraiment une posture de sagesse et c'est pour ça que je dis que c'est vraiment un art que d'espérer.
Je l'ai écrit dans ce que je pensais de votre livre. Si je vous ai bien comprise, l'espoir consiste à mettre en œuvre des aptitudes, à avoir des aptitudes qui facilitent notre vie.
Absolument.
Voilà, exactement. Vous dites vous-même que vous êtes entrée en résistance après les attentats du 13 novembre et que l'espoir à ce moment était indispensable à notre résilience. et qu'espérer c'est plus qu'un besoin, c'est un devoir.
Absolument.
Alors, comment avez-vous fait à ce moment-là ? Parce que ce moment de vie, il y a eu l'espoir collectif Je veux bien. Il y a eu toute une vague de sympathie. C'était extraordinaire d'ailleurs ce moment de vie que nous avons vécu à Paris. En revanche, je ne pense pas que cette vague est allée atteindre les parents de gens qui avaient perdu des enfants au Bataclan. Donc cette vague d'espoir Elle peut soulever des montagnes, mais elle peut rester d'être morte aussi. Alors, qu'est-ce qu'on fait dans ces cas-là ?
Moi, l'idée de ce livre a émergé le lendemain des attentats, quand j'ai reçu un groupe de parole dans mon cabinet. Et pendant une heure, le sujet n'est pas apparu. C'est-à-dire que les personnes parlaient de tout autre chose. Donc il y avait vraiment un mécanisme de fuite. On était vraiment là dans ce qu'on appelle le déni. Et à un moment donné, quelqu'un a commencé à, sur la pointe des pieds, à commencer à... vraiment à demi-mot à évoquer ce qui s'était passé.
En s'excusant presque.
Presque. Ensuite, la parole s'est libérée et je me suis aperçue qu'il y avait cet abattement, ce choc dû au choc et cette perte d'espoir. Et c'est là que je me suis dit, en France, on n'est pas très à l'aise avec la notion d'espoir. Et c'est là que j'ai décidé d'écrire ce livre. Mais il y a des moments où il ne faut pas espérer trop tôt. Il y a la période de deuil, il y a d'abord le choc, si on parle donc des attentats ou d'événements comme ça. Il y a le choc, il y a la nécessité de traverser en fait certaines étapes. Et l'espoir vient ensuite. C'est ce que j'ai ensuite observé, réfléchi. Après ma première réaction, j'ai commencé à m'interroger et j'ai observé aussi l'évolution individuelle et collective, comme vous en parlez. Et je pense qu'en effet, il y a un processus. Le choc, la sidération, le deuil, puis ensuite le coup de pied au fond de la piscine qui permet de reprendre de l'élan et d'agir. Et quand l'espoir arrive au bon moment, ou en tout cas quand on commence à réespérer, C'est qu'il y a quelque chose qui commence à se remettre en mouvement au-dedans de soi et là on peut passer à l'action. Donc chaque chose en son temps. Parce que sinon on va être dans il faut à tout prix espérer et c'est pas tout à fait mon propos. Je dis qu'en fait il y a un temps pour tout. Et que l'espoir, au bon moment, dans son processus de vie, peut nous aider et être porteur, c'est-à-dire être une vague sur laquelle on peut surfer. C'est une énergie qui peut nous aider. on est acteur de ce processus interne, c'est-à-dire qu'on va vraiment participer d'une manière consciente à ce processus interne. Il est nécessaire d'être dans un processus de conscience, bien entendu, et d'observer les stades par lesquels on passe. et de voir où on en est par rapport à l'espoir, de constater aussi comment on ressent cet instant présent. Est-ce qu'on le rejette ou pas ? Et si on le rejette, comment on peut donner du sens ? Parce que qu'est-ce qui fait qu'on rejette quelque chose de difficile ? C'est que ça n'a pas de sens à ce moment-là. D'ailleurs, on le dit, ça n'a pas de sens et c'est ce qui nous fait souffrir. et les personnes arrivent à sortir de cette souffrance quand elle commence à mettre du sens et ensuite peut venir l'espoir parce que c'est vraiment un processus qui s'appuie sur des éléments internes et des ressources dont l'optimisme. Alors il va y avoir des personnes qui auront des capacités à espérer plus que d'autres parce que ce sont des personnes qui sont plus optimistes que d'autres ou bien des personnes qui ont une philosophie de vie ou un regard sur la vie qui va les aider. Ils auront une propension à l'espoir et d'autres un peu moins. Mais ça, ça se travaille en fait en prenant conscience de la posture que l'on peut avoir dans notre existence, des croyances que l'on peut avoir par rapport à la vie en général, des croyances que l'on peut avoir sur notre propre vie. et ce vers quoi on tend et si tout cela a du sens et si c'est vraiment aussi connecté à notre véritable être.
Alors, il y a une phrase, j'ai grandi avec cette phrase que mon père disait toujours dans des moments très douloureux et nous avons connu des moments très douloureux. Mon père disait toujours, pour me rassurer, « Allons, allons, le pire n'est jamais sûr. » Est-ce que pour vous, le pire n'est jamais sûr ? Est-ce que ça a un parfum d'espoir ? Ou au contraire c'est très pessimiste ?
Ça dépend le regard que l'on va porter sur la vie. Il y a des personnes qui pensent que, par exemple, le pire n'est pas encore arrivé et d'autres qui pensent que le meilleur reste toujours à venir. Donc ça dépend vraiment de la posture que l'on va avoir par rapport à l'existence. Et il est vrai que les phrases que nous avons entendues venant de nos grands-parents, de nos parents et notre histoire...
Moi j'ai grandi avec cette phrase.
Voilà, ça va avoir un impact jusqu'à ce que on en est conscients, c'est qu'on se dit... D'où ça vient et qu'est-ce que j'en fais et quel sens ça peut avoir et est-ce que ça peut... ces croyances transgénérationnelles, est-ce qu'elles peuvent m'aider à avancer ou est-ce qu'au contraire elles viennent fausser ma vision de l'existence, ma vision des autres, ma vision de l'univers et donc entraver mon processus de vie.
Alors, c'est le verbe latin sperare qui a donné en français le verbe espérer et une même dérivation lexicale a donné un nom féminin, espérance, et un nom masculin, espoir. C'est pas innocent, sûrement pas. Bon, alors, Pour vous, quelle fixation faites-vous entre l'espérance et l'espoir ? J'ai ma petite idée, mais je vous laisse répondre.
Alors j'ai fait de nombreuses recherches là-dessus et il y a différentes... significations qui ressortent. En tout cas, moi, la trace que ça a laissé en moi, c'est que l'espérance est un tout petit peu plus passive et l'espoir est quelque chose de plus actif. On peut être dans cette espérance qui est quelque chose de plus en mode réceptivité. Et l'espoir, et c'est ce que j'invite d'ailleurs à pratiquer dans mon livre, est une action, c'est-à-dire je vais pas forcément poser des actes, mais en tout cas je vais être acteur, je suis actrice de ma vie, parce que je vais choisir d'aller ici ou là, je vais choisir d'aimer telle personne et pas telle autre, de m'en rapprocher de ceci ou de cela, et ça va... donner une direction à mon existence. Donc je suis actrice de l'orientation que je vais donner à ma vie et je suis aussi actrice de comment, ce que je fais de la vie, ce que je fais de ce qu'on me fait. sans citer Sartre, mais voilà. Et donc, finalement, pas à chaque instant, mais presque, nous sommes acteurs et actrices de notre existence et nous sommes en capacité de choisir d'espérer ou de choisir de ne pas avoir d'espoir.
Avoir de l'espoir en fait c'est agir parce que vous faites l'écho d'une croyance répandue selon laquelle certains d'entre nous auraient la baraka et d'autres la poisse, répondant à une vision quand même victimisante du monde. En fait, les chanceux n'ont pas tant la chance que le courage d'accepter la malchance et de rebondir après l'épreuve. Ils acceptent et ils agissent, donc on en revient toujours au même point, cela va avec le courage, avoir de l'espoir, c'est agir. On est bien d'accord ? Absolument. Que deviennent les gens qui ont le courage d'espérer, qui ont lutté pendant des années, animés par un désir de guérison ? Je ne parle pas d'une guérison de soi, parce qu'on sait très bien que si on a de l'espoir, la guérison peut-être qu'elle ne viendra pas, mais en général ça aide beaucoup le patient. Mais quand la guérison n'arrive pas et que Nous devons être acteurs d'un autre mode de pensée qui est le mode de pensée de la personne que nous aimons, qui est malade, qui s'enfonce dans la maladie. et qu'on est incapable de mettre en œuvre la moindre action, que cette personne est incapable de mettre en œuvre la moindre action de pensée positive, que cette personne est totalement rétive à nos propres messages d'espoir, qu'est-ce qu'on fait à ce moment-là ? C'est ça le problème. Parce que pour soi, oui, mais quand c'est pour les autres, c'est là que c'est très difficile.
Alors justement, j'ai traversé moi-même une épreuve à la fin de la rédaction de ce livre. Et cette épreuve est arrivée au moment où j'ai eu à lire les épreuves du livre, comme par hasard c'est le même mot. Et j'ai relu donc mon livre, les épreuves c'est ce qu'on nous donne pour repérer s'il y a des coquilles, c'est vraiment la phase finale avant l'impression. Et j'étais dans une période de vie où ma mère était condamnée à mourir, et où ça ne faisait aucun doute puisqu'elle avait une tumeur cérébrale. Et à l'âge qu'elle avait, il n'y avait aucun espoir. Et la relecture de ce livre, c'est comme si je m'étais parlé à travers le temps à moi-même. Ça a été vraiment une expérience absolument extraordinaire. Ça a été un peu un livre qui a traversé le temps. J'ai une fascination pour la notion de temps en plus. J'ai eu vraiment l'impression que ce livre était prémonitoire et que je me l'étais écrit. Oui, pour porter de l'aide à cette gérardine du futur, d'un futur pas très lointain, puisque c'était, je sais pas, 6 mois plus tard, à peu près, 6-10 mois plus tard, entre l'écriture et la lecture des épreuves. Donc j'ai pu épuiser l'énergie dont j'avais besoin pour pouvoir traverser cette épreuve. J'étais vraiment dans l'acceptation de cette épreuve.
Et il y avait ma mère à.
Accompagner dans cette fin d'existence où il n'y avait plus d'espoir de vie possible. Et j'ai traversé différentes étapes et différentes phases, bien entendu. Il y a eu un moment donné où le traitement a fait qu'elle allait mieux, donc tout le monde avait de l'espoir, moi, elle, les médecins, alors que...
C'était le musette de la fin.
Statistiquement, voilà. C'était qu'une prolongation qui n'a pas duré très longtemps. Et... En fait, L'espoir n'était pas dans notre échange à toutes les deux à ce moment-là. Moi, mon travail, mon don pour elle, ça a été de lui rappeler sa philosophie de vie, ses valeurs et ce qu'elle m'avait transmis concernant la vie, la fin de vie et la mort. Et en fait, il y a eu une sorte d'alchimisation de cette énergie de tristesse, de peine, de peur. Et donc, c'était chaque jour. Comment faire de chaque jour ? Qu'il soit le moins difficile possible.
C'était une phase d'acceptation en fait.
Mais tout à fait. Et pour moi, et pour elle.
Il fallait penser à sa douleur comme une source de motivation, de force. En fait c'est en rapport quand même avec l'espoir, mais différemment.
Et l'espoir aussi de comment j'allais faire après ? et j'ai anticipé. Le travail que j'ai fait sur moi m'a beaucoup aidée, bien entendu, et l'écriture de ce livre, à posteriori, m'a aidée aussi à pouvoir traverser et vivre la suite, l'après.
C'est rendre une espèce de dignité à un moment de détresse, en fait. C'est pas vraiment de l'espoir, mais c'est survivre, en fait.
Moi j'appelle ça alchimiser. C'est-à-dire c'est transformer ces émotions si douloureuses que la vie forcément nous présente parce qu'on est tous amenés à vivre cette situation-là.
Moi j'avais écrit que redonner un espace à l'espoir, c'est rendre à chaque vie sa puissance pour se reconstruire. C'est ça. Donc je vous ai bien compris.
Oui.
Alors, quand l'intolérable est atteint, parce que l'intolérable est atteint il y a des moments, Vous avez perdu votre maman. Moi, j'ai perdu mes parents. On a tous eu des deuils. Il y a deuil et deuil. Que dites-vous à une maman qui perd un enfant ? Ce qui est mon cas. Là, il n'y a pas de place à l'espoir. Il n'y en a pas. On continue à vivre. J'ai continué à vivre, la preuve, je suis là, je parle avec vous, je connais beaucoup de mamans dans mon cas. Mais voilà, j'aimerais savoir ce que vous dites à des parents qui ont perdu un enfant. Comment vous pouvez les aider ? Je comprends très bien votre démarche, ce n'est pas une critique du tout. Je ne suis pas en train de vous dire oui, alors moi j'ai perdu un fils. Non, ce que je veux dire c'est que comment vous faites pour aider ces personnes-là, pour leur faire garder les pieds sur terre. Moi je les ai gardés, mais il y en a qui ne les gardent pas, qui n'y arrivent pas. Moi j'y suis arrivée parce que j'avais une fille. Mais vous, comment vous faites ?
Alors bien entendu, quand des êtres arrivent avec une telle souffrance, une telle blessure, je ne vais pas parler d'espoir, ce serait même indécent. Et toute ma pratique est d'accueillir l'autre là où il en est. avec ce qu'il est, et avec son histoire, et avec sa souffrance. Cette posture d'accueil que je vais avoir va aider cet autre à s'accueillir lui-même, et aider cet autre aussi à pouvoir exprimer, trouver les mots, et dans cet espace de confiance, La personne que je vais accompagner va traverser les différentes phases de la souffrance, du deuil, de cette blessure qu'on aura toujours avec ces souffrances-là. Mais je vais respecter son rythme et veiller à ce que la personne ne s'enferme pas dans une des phases du processus.
Et surtout, ne pas lui dire, il faut faire votre deuil. Parce qu'alors, c'est une phrase que je ne supporte pas, il faut faire son deuil. Ben non, on fait le deuil d'une personne âgée, mais pas d'un enfant, on fait ne jamais son deuil. Bon voilà, d'accord.
Et il faut déjà, n'est pas dans mon vocabulaire, Et parce que de toute façon, ce n'est pas une question de volonté, c'est une question de processus intérieur. Et donc, quelle que soit la souffrance, je me cale par rapport à là où en est la personne. Et je ne vais pas, moi, estimer que là, maintenant, il faut que... Je vais être à l'écoute de cette personne pour pouvoir l'emmener tout doucement en respectant son rythme, pouvoir l'emmener vers un mieux-être, le mieux-être qu'elle désire, pas que je désire parce que je pense que c'est ça qu'il faut. Ça c'est très important, c'est en tout cas le point central de ma philosophie d'accompagnement. C'est vraiment de me caler à la personnalité, à sa culture, à son histoire, à tout ce qu'elle est, et l'accompagner, mais vraiment c'est parfois au millimètre près de respecter son rythme. et de veiller à ce que, comme je le disais, à ce qu'il n'y ait pas cet enlisement dans une des phases. Parce que c'est là que les choses s'enquistent et que vraiment la personne peut rentrer dans un processus de souffrance infinie. Et donc juste une phrase, au bon moment, va ouvrir quelque chose en la personne. Elle reçoit cette phrase et elle en fait ce qu'elle en fait. C'est sa liberté. Et c'est tout un travail dans l'accompagnement que d'être dans l'acceptation du rythme de l'autre, de ne pas décider que son bonheur ça va être d'aller dans telle et telle direction, de ne pas avoir peur de sa souffrance et de l'accueillir. Et c'est là où, en tant qu'accompagnant, il est nécessaire d'avoir trouvé sa propre philosophie de vie, sa propre... d'oser regarder la souffrance de l'autre et d'avoir cette compassion. Compassion, c'est souffrir avec pour pouvoir ensemble suivre ce mouvement évolutif parce que la vie, elle continue.
Et oui, la vie continue.
Et la vie en nous continue, une espèce de puissance de vie qui est assez...
Voilà.
Mais moi, qui chaque jour me fascine, et qui est assez mystérieuse.
Alors, à propos de ce que vous entendez de mon mystérieux, il y a un écrivain que j'aime beaucoup qui est Pavès. Et Pavès a écrit « Les choses qu'on craint le plus finissent toujours par arriver ». Qu'est-ce que vous lui répondez ?
Sacré pavèze.
C'est pas vraiment rigolo.
Non, il n'y a pas toujours. C'est un souvenir que j'en ai, oui.
C'est.
Quelque chose que j'entends parfois dans le cabinet de psychothérapie. Et je n'hésite pas dans ces cas-là à ce qu'on regarde ensemble ce que la personne redoute. Ça fait partie d'une croyance. C'est une croyance qui peut s'avérer juste, qui peut s'avérer fausse. Ce en quoi on croit a quand même tendance à nous orienter. Je pense qu'il faut regarder ses peurs. Il faut regarder ses peurs et parfois les démanteler. C'est parfois des poupées construites de nos ancêtres, provenant de nos ancêtres, des peurs de nos parents, du collectif. C'est un assemblage, en fait, bien souvent, ces peurs. Et de les démanteler permet d'avoir moins peur, de comprendre d'où ça vient. Et je pense que c'est vraiment une gymnastique et un entraînement de posture que l'on va avoir par rapport à la vie. Voilà une... une phrase qui, je trouve, résume ce qu'une personne peut penser de l'existence. Et ça va accroître certaines croyances et parfois même orienter certains choix qui vont complexifier son existence. Donc les croyances que l'on veut avoir envers l'existence peuvent faciliter notre vie.
Donc vous avez l'espoir de sortir cette personne qui va penser ça, vous avez vous l'espoir de la sortir de cette croyance ?
Ah bah je vais ouvrir des petites portes, des petites fenêtres qui vont laisser rentrer de la lumière, après elle prend, elle prend pas. C'est sa liberté, c'est son libre arbitre. Mais si elle vient me voir c'est que... Il y a une petite porte quand même qui est déjà un peu entrouverte.
Voilà. Alors si on résume les piliers de l'espoir, il y a le courage, le désir, la confiance et surtout la patience. Je pense. Qu'est-ce que vous me dites là-dessus ? La patience, c'est quand même extrêmement important.
C'est extrêmement important parce que ça nous oblige à arrêter de vouloir contrôler les choses. Bien souvent, on a des souhaits, des rêves, des espoirs, et on va essayer de contrôler les choses pour absolument arriver à cet objectif. La patience, c'est de se dire, OK, il y a ce que moi, je peux faire en termes de posture intérieure, de ce que je vais aller chercher au fond de moi, de la vision que je vais avoir de l'existence, de la philosophie que je vais avoir de l'existence. Et puis, il y a aussi la vie. et donc la patience pour moi c'est cet équilibre qui est un équilibre entre ce que je peux faire et l'acceptation que je ne peux pas contrôler et donc d'être dans cette confiance que les choses vont se dérouler d'une manière ou d'une autre mais de toute façon il va se passer quelque chose et après qu'est-ce que moi je vais en faire et est-ce que ça va faciliter le chemin, et est-ce que ça va, ou au contraire, est-ce que je vais me compliquer l'existence ?
Donc l'attente, c'est ce qui détermine l'espoir, et peut-être que le mot qui convient le mieux, c'est expectative, vous le dites d'ailleurs.
Oui, j'en parle, tout à fait. J'utilise plutôt ce mot, expectative, qui est une sorte de... Je trouve que dans l'expectative, il y a une sorte de légère tension, mais qui n'est pas une crispation. On guette.
C'est fondé sur des promesses et des probabilités. Alors, voilà.
Exactement.
Alors, je voudrais que vous me disiez, parce que ça, ça m'intéresse, enfin, ça intéresse tout le monde, mais la relation entre espoir et méditation, moi, je n'ai pas compris. Alors, je voudrais que vous m'expliquiez.
La méditation permet, de toute façon la méditation c'est être dans l'instant présent. A partir du moment où on pense au passé, à partir du moment où on pense au futur, on n'est pas dans l'instant présent. Or la méditation c'est le calme mental. Si je pense au passé, si je pense au futur, si je pense ce que je pense, je suis dans une agitation mentale. Et la méditation permet d'atteindre un calme mental. Et ce calme mental nous amène forcément à cet instant présent. Et c'est ce qui va nous aider à être dans l'acceptation de cet instant. J'observe ce qui est mon corps, assis là, ma respiration, les bruits alentours, et j'accueille. Et je suis dans l'instant présent. À partir du moment où mon mental reprend son agitation, je sors de cet instant présent. Et comme je le disais tout à l'heure, l'art d'espérer c'est être dans l'acceptation de ce qui est en train de se passer et non pas la fuite du présent. Donc la méditation c'est l'art d'être présent Espérer ne peut être possible, en tout cas dans l'art sage d'espérer, ne peut être possible qu'en partant de cette acceptation du présent. Et ensuite on regarde vers l'avenir, mais on ne fuit pas l'instant présent pour des chimères.
Quand on lit votre ouvrage, j'ai lu la bibliographie qui est à la fin de votre ouvrage, qui comporte des figures de la pensée positive, ainsi que de nombreuses références de psychologie positive. On en déduit que vous avez délibérément écarté les grands penseurs de l'histoire. On sait qu'en philosophie, les philosophes disent que l'espoir est un trouble. Donc, voilà. Donc, vous vous adressez surtout à des lecteurs et des lectrices qui sont adeptes de la spiritualité contemporaine. Mais pourquoi quand même avoir mis en quarantaine tous les grands penseurs ?
La réponse est très simple et très pragmatique. Les Pouvoirs de l'espoir entrent dans le cadre d'une collection dirigée par Jeanne Siofachin, spécialiste de la psychologie positive, et qui, me connaissant et connaissant ma philosophie de vie et tout ce que je viens de vous raconter, s'est dit qu'elle allait demander à Géraldine s'il y avait un thème qu'elle aimerait évoquer dans la collection Les Pouvoirs de... Donc il y a les pouvoirs de la gratitude avant moi, les pouvoirs de je sais plus quoi et puis les pouvoirs de l'espoir. Donc c'est vraiment une collection qui est orientée psychologie positive, qui justement se veut orientée psychologie positive pour ne pas... voilà parce que ça a déjà été fait et de toute façon je suis psychopraticienne et pas philosophe. Mais c'est vrai que je me suis appuyée sur certains courants parce qu'il fallait quand même partir de cette base de la pensée philosophique en France concernant l'espoir. Donc j'en ai parlé un petit peu pour ensuite emmener le lecteur vers des clés de psychologie positive.
Non, c'est très intéressant parce qu'en plus de ça, les gens qui lisent votre livre, ils n'ont pas besoin d'avoir lu Aristote, Camus ou Kierkegaard pour comprendre. Donc c'était une question, vous comprenez pourquoi je vous l'ai posée.
Et c'est vraiment l'idée que ce soit en effet des ouvrages qui soient accessibles au plus grand nombre et non pas un agrégé de philosophie uniquement.
Voilà, évidemment. De toute façon, je pense qu'un agrégé de philosophie, il ne le dirait pas. C'est vrai, c'est vraiment, c'est de la vulgarisation intelligente.
Oui, tout à fait. Et c'est un support de réflexion et moi en tout cas, chaque livre que j'écris, mon souhait c'est de transmettre et que ça permette à chacun et à chacune d'être un support de réflexion ou un support dans sa thérapie si la personne est en thérapie, pas nécessairement, mais en tout cas un support dans la vie, ses ressources extérieures. Puis moi je suis une amoureuse des livres, je pense qu'on peut y trouver...
Peut-être une amoureuse des livres et une amoureuse des arbres.
Oui, c'est vrai ?
Oui. Vous savez ça ? Oui, parce que j'ai regardé votre film sur les cèdres du Liban. Et ça m'a fait penser à un très joli livre de prix Nobel de littérature française qui a écrit Voyage au Pays des Arbres, Le Clésiot. Vous n'avez pas lu ça ? Voyage au pays des arbres de l'occasion, où il dit il faut apprivoiser les arbres. J'adore. Et donc, ça m'a fait penser à ça et je vous invite vraiment à lire ce livre. C'est une nouvelle pour les enfants, déjà les enfants qui sont de 12 ans, vous voyez. Mais vraiment, c'est un très très joli livre. Et quand j'ai lu, quand j'ai vu votre film, Parler au cèdre du Liban, je me suis dit, Elle connaît bien le Clésio, mais non, dommage.
J'adore le Clésio, mais je n'ai pas lu celui-là, en effet.
Mais c'est une petite nouvelle pour les enfants. C'est très très beau.
Une ressource.
Voilà, moi j'ai fini, mais si vous avez d'autres choses à dire que je.
N'Ai pas soulevé, On a vraiment un grand merci Dominique parce que vraiment vous m'avez permis de m'exprimer sur des points essentiels et notamment sur des aspects que je n'ai pas abordés au cours des interviews diverses et variées que j'ai pu avoir dans les médias et donc vraiment ça je tiens vraiment à vous remercier pour ça. J'ai beaucoup apprécié.
Et on peut remercier elle-même.
Mesdames, nous vous remercions beaucoup. Nous allons passer à une séance de dédicaces et on vous applaudit.
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