Sortir de l'auto-maltraitance émotionnelle avec la psy Géraldyne Prévot-Gigant #131

French-language interview (Graines de Métamorphose) where host Xavier Pitois speaks with psychopractitioner Géraldyne Prévot-Gigant about "l'automaltraitance émotionnelle" (emotional self-harm). They define the concept (self-criticism, perfectionism, self-sabotage, choosing harmful relationships/jobs), discuss roots (childhood attachment, mini-traumas, social pressures, loyalties), and describe consequences for relationships and well-being. Practical steps and exercises are offered (notably the left/right notebook to record self-critical vs. self-kind phrases, and a yes/no boundary list). The guest references ~30 years of clinical experience and a recent book L'automaltraitance émotionnelle (Éditions Errol). The episode also mentions podcast reach (>90 million listens) and a sponsor contest (deadline 25 août at midnight).
Questions this video answers
L'automaltraitance émotionnelle — éditions Errol.
Presque 30 ans d'expérience (nearly 30 years).
>90 million listens (plus de 90 millions d'écoutes).
25 août à minuit.
L'autoculpabilité, ça, chez les hypersensibles notamment, c'est vraiment... Je dis souvent, c'est notre fond de commerce en tant qu'hypersensible, parce que je connais bien ce système, j'ai longtemps été dans la culpabilité, et ce qui est problématique avec l'autoculpabilisation, c'est qu'on va aussi être plus sensibles, fragiles, exposés dans les relations toxiques, c'est ce qui peut être utilisé pour nous manipuler par exemple. Donc l'auto-culpabilité, comment on va sans arrêt penser que c'est de notre faute, sans vouloir, ça c'est vraiment un moyen de se faire du mal, vraiment.
Bonjour tout le monde, c'est Xavier Pitois. Un immense merci pour vos plus de 90 millions d'écoutes du podcast Graines de Métamorphose et Métamorphose. C'est grâce à vous que nous pouvons inspirer tant de personnes et continuer de transmettre des conseils concrets au quotidien avec les meilleurs experts. Pour ne rien manquer, abonnez-vous sur votre plateforme d'écoute préférée. Vos commentaires et partages sont tellement précieux pour encourager cette belle aventure. Allez, c'est parti pour un nouvel épisode de Graines de Métamorphose.
Grenes de Métamorphose, le podcast qui fait germer la conscience.
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Nous sommes nombreuses et nombreux à nous parler durement, à nous juger sans pitié, souvent sans même en avoir conscience. Pourquoi est-ce souvent plus facile de prendre soin des autres que de soi ? Pourquoi, malgré nos bonnes intentions, sommes-nous parfois nos pires critiques, nos propres bourreaux mais silencieux ? Mon invitée est psychopraticienne, auteure et conférencière. Dans son nouveau livre « L'automaltraitance émotionnelle » publié aux éditions Erroll, elle explore un mal plus répandu qu'on ne le pense, celui de la violence que l'on s'inflige à soi-même, dans nos pensées, dans nos comportements et même dans nos relations. Avec des exemples concrets, des pistes de réflexion et des exercices pratiques, elle nous propose un chemin de réconciliation intérieure. Bonjour Géraldine Prévost-Gigant.
Bonjour.
Bienvenue dans Grain de métamorphose.
Merci pour cette invitation.
Avec plaisir. Comment me sens-tu ?
Bien.
Avec cette sortie, ce nouveau bouquin ?
Excité. Ravie.
J'imagine. C'est aussi sortir peut-être plus de ton métier de psychopraticienne ? qui est malgré tout l'inspiration quand même de ton bouquin, puisque ça fait plus de 20 ans que tu accompagnes, je pense, des personnes en questionnement.
Presque 30.
Presque 30. Allez, on va dire entre 20 et 30. Entre 20 et 30. Et du coup, au fil de tes échanges avec ces personnes, qu'est-ce qui t'a donné envie ? Qu'est-ce que tu as noté qui t'a dit, allez, je vais faire un livre sur l'automaltraitance émotionnelle ? C'est assez spécifique.
C'est au cours de mes recherches pour un précédent livre sur les relations toxiques que je suis tombée sur le terme américain, ou des recherches américaines, le terme exact est « emotional self-harm », qui veut dire en fait « autodestruction émotionnelle ». Donc j'ai creusé la chose parce que j'ai trouvé ça très intéressant, parce que je trouvais que ce que j'étais en train de découvrir raisonnait beaucoup avec ce que j'entendais tous les jours en consultation. Donc j'ai plongé dans le sujet, ça m'a énormément passionnée, intéressée, et ensuite je l'ai adouci avec auto-maltraitance émotionnelle.
Oui, c'est violent, autodestruction.
Oui, mais c'est ça. En fait, l'idée, c'est de dire qu'il n'y a pas seulement des mutilations, des automutilations, par exemple, l'escarification, mais qu'il peut aussi y avoir la même démarche au niveau psychique et émotionnel. On peut s'automutiler d'une façon psychique. En fait, c'est partie de cette idée. Et puis, comme je le disais, tous les jours j'entendais des personnes qui se faisaient du mal en fait, avec des mauvais choix, des dialogues internes, un regard dépréciatif sur soi, des comportements qui mènent à se faire du mal. Comme je le disais, des mauvais choix de personnes, de jobs, de lieux. Voilà, et j'ai pris conscience en fait que bon nombre d'entre nous, moi y compris, avons besoin qu'on leur explique ce que c'est que l'automaltraitance émotionnelle. J'ai été dans cette posture et de me faire du mal, de faire des mauvais choix, et c'est le travail sur moi qui m'a amenée à découvrir ce que c'était que l'amour de soi. En fait, c'est ça la clé. C'est en fait le rapport que l'on a à soi-même, le regard que l'on va porter sur soi, et de réaliser qu'on est en guerre contre soi, et qu'en fait, on ne demande qu'à se réconcilier avec soi-même, mais il faut en prendre conscience, c'est tout le challenge.
Autour de cet amour de soi, il y a l'estime de soi, la confiance en soi, on va un peu aborder ces notions. Effectivement, tu le précises là, on connaît l'auto-maltraitance visible, physique, souvent, mais là ce qui est intéressant c'est que c'est plus insidieux c'est malheureusement plus subtil. Alors comment concrètement on peut... Qu'est-ce que recouvre l'automaltraitance émotionnelle ? Est-ce qu'il y a des exemples de gestes ou de pensées du quotidien qui permettent un peu de la définir ?
La façon la plus simple de comprendre et de comprendre où on en est avec soi-même par rapport à l'auto-maltraitance émotionnelle, c'est par exemple le nombre de fois où on va mal se parler, où on va être dans un auto-jugement. La critique, l'auto-jugement, l'hyperexigence, la quête de perfection, et par exemple si on regarde le dialogue que l'on a avec soi-même tous les jours, ah mais quel idiot, quelle idiote, pourquoi j'ai fait ça, j'aurais pu faire ça mieux, et pourquoi j'ai dit ça comme ça, et j'aurais dû, j'aurais pu être mieux, etc. Ça c'est déjà un signe, c'est pas grave mais ça dit quelque chose de là où nous en sommes avec nous-mêmes. Et ensuite, il va y avoir des auto-maltraitances émotionnelles qui vont être plus insidieuses, plus destructrices, comme des autocritiques permanentes, des auto-jugements permanents, et puis des comportements où on va choisir des personnes toxiques, des personnes maltraitantes, Quand on aura le choix entre deux jobs, inconsciemment, on va choisir celui où ça va être le plus difficile, le plus compliqué, le plus challengeant, voire le plus souffrant, où ça va nous faire souffrir énormément. Donc il y a vraiment le système cognitif, c'est-à-dire comment je pense de moi avec moi, et comment j'agis à l'extérieur, quels sont les choix que je vais faire. Et c'est un cercle vicieux dans lequel on va s'enfermer parce qu'en fait, plus on fait de mauvais choix, plus on se déçoit soi-même, plus ça alimente la mésestime de soi, et cette mésestime de soi va nous faire continuer ce système du mauvais choix, comme si inconsciemment il fallait se prouver à nous-mêmes qu'on ne vaut pas grand-chose.
Et ce qui n'est pas évident, j'ai l'impression, c'est qu'elle s'infiltre vraiment dans des micro-décisions. Il y a effectivement parfois des grandes décisions. Choisir un travail, ça a un gros impact, mais j'ai l'impression que parfois c'est plus dans des automatismes un peu du quotidien, jusqu'à devenir un peu ce mode de fonctionnement un peu normal, ça devient un peu normalisé, c'est ça qui est un petit peu insidieux. Et qu'est-ce qui rend son repérage si difficile ?
Parce que c'est complètement invisible. Autant l'escarification, se faire du mal au niveau du corps, c'est visible. Enfin, on le cache, mais si on va consulter un médecin, qu'on retire son t-shirt, il va le voir. Tandis que ces auto-maltraitances, ces auto-destructions que l'on peut avoir avec soi-même, qui sont psychiques et émotionnelles, c'est invisible, personne ne peut se douter. On arbore un sourire, comme en général, pour cacher un non-amour de soi, une dépréciation de soi, on va être dans un perfectionnisme, donc l'image qu'on va donner à voir est parfaite. Mais derrière, la perception qu'on a de nous, c'est un autre être. C'est comme s'il y avait une ombre derrière que l'on cache. L'image que l'on a de soi, c'est vraiment comme une sorte de monstre en fait. J'exagère l'image, mais c'est un peu ça pour décrire en fait le gap, le fossé qu'il y a entre ce qu'on donne à voir et qui on pense être. Donc l'automaltraitance émotionnelle, c'est son aspect invisible qui rend le diagnostic compliqué, c'est-à-dire qu'en fait, je dirais presque, mis à part les praticiens quand les patients sont en consultation, mais en fait, soi-même en tant que patient, c'est à nous finalement que revient le premier pas de la prise de conscience et c'est ce qui a motivé aussi l'écriture de ce livre, c'est pour ça que j'ai voulu partager cette... cette approche en dehors de l'intimité de mon espace de consultation. C'est vraiment ce qui a motivé l'écriture de ce livre.
Ce qui jalonne ton ouvrage, c'est aussi le partage, comme souvent, de profils d'expérience. Et là, on sent qu'il y a plusieurs personnes que tu interviews. On a le prénom, l'âge et la situation que cette personne traverse. Et parfois, c'est assez marquant parce qu'il y a même des personnes qui, finalement, quittent cette relation de travail avec toi parce qu'ils ne sont pas capables de le réaliser. Et d'ailleurs, à qui tu souhaites effectivement, bien sûr, la bonne rencontre ou la bonne rupture ou la bonne connexion. Mais c'est quelque chose qui est assez impressionnant, c'est les gens ne se rendent pas forcément compte, même quand ils sont dans un travail un peu thérapeutique, en tout cas de réflexion.
Absolument, pour les praticiens, je pense que mes consoeurs et confrères me rejoignent là-dessus, on n'en parle pas toujours mais... Ça nous brise le cœur aussi de voir partir quelqu'un qui était bien parti, si je puis dire, dans l'espace thérapeutique et de quitter cet espace de bienveillance. Parfois, l'espace de bienveillance, de douceur, de bientraitance peut être effrayant pour quelqu'un. C'est ce qui va aussi faire que quelqu'un va quitter cet espace. Et puis, quand on a cette relation à soi-même, cette auto-maltraitance émotionnelle, être dans cet espace de bien-traitance, à un moment donné on va toucher des choses qui sont un peu effrayantes, et puis parfois se rejouent dans l'espace thérapeutique les comportements des patients, ils se rejouent des choses. Et donc quitter l'espace thérapeutique, c'est aussi rejouer son propre drame, Et on peut voir, oui, en tant que praticien, voir quelqu'un qui... s'auto-maltraitent en abandonnant cet espace de bien-traitance, ça fait mal au cœur. Mais ça peut être une crise, ça peut être une expérience. Mais en tout cas, c'est l'illustration. Bien souvent, ce n'est pas toujours le cas, mais j'ai pu être témoin de cela et c'est vrai que ça a été vraiment source d'interrogations, de réflexions. Voilà, parce que moi, j'essaye toujours d'essayer de d'aller plus loin dans mes réflexions, de ne pas m'arrêter à ce que j'ai appris, à ce qu'on dit dans les livres, dans les cours, d'aller plus loin encore, de découvrir d'autres aspects parce que je trouve que c'est ça qui est passionnant dans tout ce qui touche aux sciences humaines, à la psychologie. c'est de savoir s'adapter aussi aux changements de société. C'est-à-dire qu'en fait la société vient impacter l'espace de thérapie et la façon dont je conçois mon approche aujourd'hui n'est pas du tout la même que quand j'ai démarré par exemple, parce que la société a changé. Les souffrances ne sont plus les mêmes. Et c'est ça qui me passionne, c'est d'aller plus loin, découvrir des choses et quand j'ai pu être témoin de ces personnes qui se faisaient du mal en supprimant cet espace de bien-traitance, ça m'a vraiment interrogée et j'ai voulu aller plus loin.
Et puis il y a mine de rien 30 ans d'expérience, donc une prise de recul aussi sur peut-être ton expérience. Et je me dis qu'il y a peut-être des grands mouvements, je pense à MeToo là évidemment bêtement, mais où sur la libération du coup de la parole qui viennent peut-être servir de tremplin, peut-être aussi j'imagine à des patients et des patientes dans cet espace. un peu thérapeutique et au-delà de ça, je trouve que parfois, dans les sujets que tu évoques sur l'automaltraitance émotionnelle, ça peut avoir bonne presse, socialement. Être perfectionniste, par exemple, ça peut être valoriser comment on fait, comment on arrive à faire la différence entre ce qui peut paraître comme des qualités, mais qui en fait, peuvent être finalement un petit peu comme ça, des pièges.
Absolument, absolument. Merci pour cette question parce que je pense que ça, c'est vraiment quelque chose de fondamental. C'est-à-dire qu'en fait, dans notre société, il y a vraiment des injonctions à la perfection, à la force, à des aspects comme ça. Il y a peu de place pour la vulnérabilité, la fragilité. On a tous des blessures émotionnelles, plus ou moins. des toutes petites pour certains, mais on a tous en fait des parts de vulnérabilité. personne. Et on n'a pas besoin d'avoir vécu des traumas pour avoir cette part de vulnérabilité, parce que c'est notre humanité. En tant qu'être humain, on a forcément ces aspects de vulnérabilité. Et donc, en effet, commencer à regarder du côté de comment on se traite, où on en est avec l'amour de soi, où on en est avec l'autobientraitance ou l'automaltraitance, ça parle aussi de Non, je dirais même que ça peut mener vers une posture de sagesse presque, qui serait l'acceptation de soi. Et l'acceptation de soi, c'est l'acceptation de soi sous ses différents aspects, la vulnérabilité, la force, rien faire, créer plein de trucs... On est vraiment dans ces... dans ses contrastes et prendre conscience de sa vulnérabilité, de comment on se traite, du regard qu'on porte sur soi. C'est se donner la possibilité de moins se mettre la pression, de comprendre qu'en fait beaucoup de choses sont là et ne demandent qu'à éclore, comme des fleurissements. alors qu'on essaye d'être parfait et de tendre vers une image précise. En fait, suffit, il suffit. C'est une façon de dire. De s'asseoir. Je veux dire par là que c'est aussi simple que s'asseoir, poser les armes, Arrêter de vouloir correspondre à un certain nombre de choses attendues par notre famille, nos parents, nos amis, la société. Ouvrir les bras, s'accueillir soi et se dire Et si tout ce que je suis, ça suffisait. Que déjà, c'est beaucoup au sens d'une richesse. C'est suffisant. Et d'aller regarder ça et de permettre que nos atouts et aussi nos vulnérabilités et aussi nos défauts puissent être acceptés par nous. Parce que nos défauts peuvent aussi servir à différentes choses. Je ne sais pas, quelqu'un qui va penser que la timidité est un défaut, par exemple, ça peut être aussi un atout parce que les timides observent, sentent, ont une super intuition, une empathie. Ils ont souvent beaucoup de choses à dire quand ils osent le dire. Voilà, donc on voit bien que ce que l'on estime être un défaut, une imperfection, peut en fait, si on l'accueille et on l'accepte et on fait la paix avec ça, peut devenir un atout.
Oui, voir la cultive, effectivement, cette timidité peut devenir de l'empathie. C'est très utile dans beaucoup de métiers, notamment d'écoute, d'être attentif, attentive. Je pense que c'est effectivement une force. Et en te lisant, je me posais une question. Beaucoup de ces petits ou grands traumas, ce qu'on évoquait un petit peu, là, ce que tu évoquais un petit peu au début, résident, en tout cas, l'origine se situerait plutôt dans l'enfance ou l'adolescence. Est-ce que ça peut se mettre aussi en place plus tard, en tant qu'adulte ?
Bien sûr, les traumas ne sont pas seulement ce qui nous est arrivé dans l'enfance et l'adolescence. C'est vrai que lorsque les traumas arrivent dans l'enfance et l'adolescence, notre moi n'est pas encore suffisamment structuré pour pouvoir faire face. mais on a nos mécanismes de protection et on va se construire là-dessus. Mais on peut aussi vivre des mini-traumas. Il n'y a pas seulement les gros traumas, il y a aussi des mini-traumas qui sont des mini-chocs. Par exemple quand on dit je suis trop choquée par ce truc, je suis sidérée. En fait, dans notre langage, ça a disjoncté un tout petit endroit tellement petit que ça n'a pas de conséquences visibles, mais ça laisse une trace, par exemple. Et ce sont souvent les successions de mini-traumas, par exemple, des séparations qu'on a mal vécues, des mots pas très bienveillants de notre boss, ou bien un projet créatif qui échoue. Si on accumule ces petites choses-là, et si on a un terrain déjà à pas trop s'aimer, et bien ça va creuser le truc, ça va creuser le sillon, et ça va alimenter un non-amour de soi, une dépréciation de soi qui était peut-être déjà un tout petit peu là, pour des raisons qui remontent au passé, mais pas forcément des traumas. Ça peut être une comparaison avec le frère, la sœur, pas très méchante, mais qui a laissé une toute petite trace. Et puis c'est ces accumulations de petits trucs qui peuvent, à un moment donné, faire jaillir une forme d'auto-jugement, d'auto-critique, de rapport à soi qui n'est pas pacifié du tout.
Elle m'a marqué, c'est cette patiente qui est photographe, très soutenue. Elle rencontre un succès assez jeune à moins de 30 ans. Elle est plutôt soutenue par sa mère, plutôt valorisée. Et un père, au contraire, qui ne participe qu'à sa première exposition et qui ensuite est en retrait et qui l'accompagne juste sur des petites réflexions comme « pas mal, c'est bien ». Et ça, on rend compte que finalement, ça la marque toute sa vie. Alors ça, c'est quoi un peu le profil de cette patiente ? Et d'un point de vue un peu relationnel, comment on peut un petit peu rendre ça plus universel ?
Dans son histoire, ce que je n'ai pas dit de mémoire, je ne me souviens pas l'avoir dit, mais ce père est parti alors qu'elle avait 7 ans. Les parents se sont séparés et donc je pense que c'est l'origine de la fragilité. Le comportement que peut avoir un parent comme ça va alimenter quelque chose qui est à la source. Et il peut y avoir des micro-événements qui viennent, comme je le disais, creuser ce sillon. Et puis le regard du parent sur soi, c'est très important jusqu'à ce qu'on apprenne à s'en détacher. Et ça peut être un long chemin, ça dépend de la maturité, ça dépend de la sensibilité. Vraiment, le jour où on est détaché du regard du parent, d'un des parents, en l'occurrence là c'est le père, mais ça peut être la mère. Quand on prend du recul par rapport à ça, là on devient vraiment libre. Mais cette recherche de la reconnaissance et le fait qu'elle ne vienne pas de ce parent, peut entraîner ou alimenter un non-amour de soi inconscient. Parce que c'est ça le problème, c'est qu'on peut dire... D'ailleurs, je pose régulièrement la question pour voir à mes patients, pour voir où ils en sont. Pas systématiquement, mais quand ils m'arrivent de poser la question, je leur dis... Que diriez-vous ? Est-ce que vous vous aimez ? Comment ça va, en fait, avec vous-même ?
Votre propre relation.
L'air de rien. Voilà, votre propre relation. Mais je ne vais pas employer cette phrase histoire de faire un truc occasionnel comme ça. Au fait, vous en êtes où avec vous-même ? Et la façon dont la personne va me répondre va m'indiquer où elle en est consciemment et inconsciemment. Et très souvent, les gens... C'est très rare finalement que les personnes me disent je me déteste, je m'aime pas. C'est souvent... Oh, ça va. Ouais, je m'aime bien. C'est une réponse consciente, mais inconsciemment les comportements indiquent. les comportements indiquent qu'inconsciemment, il n'y a pas une paix entre soi et soi. Et donc l'absence de reconnaissance d'un parent, surtout si on l'attend spécifiquement, et s'il ne vient pas sur plusieurs années, ça peut venir alimenter le fait qu'on n'arrive pas à s'aimer parce que cette personne ne nous aime pas.
C'est un peu le plus complexe. Alors, tu distingues plusieurs profils d'automaltraitance émotionnelle. Est-ce que tu serais d'accord un petit peu pour nous les présenter et nous les définir, ou ceux en tout cas qui te semblent le plus important, ou que tu vois le plus régulièrement et qui pourraient parler à nos auditeurs et auditrices ?
L'autosabotage, ça c'est quelque chose qu'on connaît tous un petit peu. L'autosabotage n'est pas forcément l'automaltraitance émotionnelle. On l'associe très souvent. Moi je vois l'autosabotage comme on est sur un super élan, un bon projet, une belle rencontre, un truc sympa, et à un moment donné on fait le truc qu'il faut pas. On va dire par exemple à un ami ce qu'il faut pas, une petite phrase un petit peu passif-agressif, un peu acide, genre c'était une blague mais en fait... C'est le truc qu'il ne fallait pas lui dire. Comme par hasard, c'est ce qu'on va lui dire. Un élan aussi, par exemple, d'un projet créatif, artistique. Et on va soudain avoir l'envie, l'idée du truc qu'il ne faut pas, qui va mettre tout le projet par terre. On va remettre ce projet artistique entre les mains de quelqu'un. Et c'est exactement un producteur, par exemple, ou une productrice qui n'est pas fiable sérieuse, etc. Alors, on va penser que c'est inconscient, mais notre inconscient sent et sait. Et donc, quand on est dans l'automaltraitance émotionnelle, systématiquement, on va aller vers ce qu'il ne faut pas et aller vers la personne qu'il ne faut pas. Donc ça, c'est vraiment l'ordre de l'autosabotage. Le bel élan et paf, le truc qui casse le... L'événement qui va casser l'élan. l'autocritique, l'autojugement, l'autoculpabilité. Ça, chez les hypersensibles notamment, c'est vraiment... Je dis souvent, c'est notre fonds de commerce en tant qu'hypersensible, parce que je connais bien ce système. J'ai longtemps été dans la culpabilité. Et ce qui est problématique avec l'autoculpabilisation, c'est qu'on va aussi être plus sensibles, fragiles, exposés dans les relations toxiques. C'est ce qui peut être utilisé pour nous manipuler, par exemple. Donc l'autoculpabilité, comment on va sans arrêt penser que c'est de notre faute, sans vouloir. Ça, c'est vraiment un moyen de se faire du mal. Vraiment. Très souvent, ce que j'observe chez les personnes que j'accompagne, c'est cette propension à ne pas prendre soin d'eux. à ne pas se chérir, à avoir envie de faire certaines choses et puis ne pas les faire. Des massages régulièrement dans un spa, aller à la piscine, marcher en forêt. Voilà, des trucs simples, des trucs accessibles, simples, qui ne nécessitent pas beaucoup de sous ou des grands trucs et qui ne le font pas. Et plein de petites choses comme ça en fait qui témoignent de la non-relation avec soi-même, voire on s'abandonne quoi en fait, on se traite pas bien. Voilà. Et donc ça c'est ce que je vois assez régulièrement.
Oui, c'est un peu un appel au soin. Finalement, ce bouquin, c'est comme prendre soin de soi. Alors ces rôles, on peut les endosser tour à tour, mais parfois même en cumuler plusieurs sans en avoir conscience. Pourquoi ces rôles se révèlent toujours toxiques, même quand ils donnent l'illusion au départ de nous protéger ?
Parce qu'en fait, on aime bien se raconter des histoires.
D'accord, c'est-à-dire ?
On aime bien se raconter des histoires, c'est-à-dire qu'on aime bien transformer la réalité pour masquer des choses qu'on ne veut pas voir ou des comportements qu'on met en place ou la relation que l'on a avec soi-même. Et donc on va mettre en place, par exemple, le perfectionnisme C'est jamais assez bien, c'est jamais assez parfait. On peut se raconter l'histoire que nous sommes des esthètes, des jusqu'au-boutistes, des passionnés, et qu'on fait les choses à 100%, à 1000%, alors qu'en fait, on se fait du mal avec ça. Voilà, c'est un exemple de comment on peut se raconter des histoires. C'est-à-dire qu'on va mettre en place, par exemple, l'auto-culpabilité. On peut se raconter l'histoire que c'est parce qu'on a un sens aigu de ce qui est juste, de la justice, de ce qui est juste pour soi, pour l'autre. Et en fait, on commence à décortiquer, décortiquer, ce qui est souvent le cas chez les hauts potentiels et les hypersensibles. où là, le cogitomètre commence à tourner, à devenir fou, parce qu'on refait les scènes en long, en large, version 1, version 2, version 3, de ce qui aurait pu se passer.
Tous les scénarios sont exprès.
Tous les scénarios où on aurait dû, où on aurait pu être parfait. Et on s'en veut encore plus de ne pas l'avoir été, etc. Mais on se raconte l'histoire que c'est parce qu'on veut être juste. C'est parce qu'on veut être une bonne âme. Pour les personnes qui sont dans des démarches spirituelles, ils veulent être parfaits, spirituellement parlant. Et en fait, on s'aperçoit que c'est un biais, finalement, pour se faire du mal.
C'est marrant. Tu as aussi comme la spiritualité qui est censée être un moyen de s'apaiser, un moyen, du coup, de se bien traiter. Mais pour autant, ça peut devenir encore une fois, finalement, un peu plus pervers, parfois.
C'est-à-dire qu'on va utiliser des choses qui semblent être positives, qui sont positives. Mais on va les utiliser pour les retourner contre soi. On va se raconter des histoires autour de ça et on va s'enfermer dans des exigences. des attentes. Je parle à un moment donné du petit dictateur en soi, c'est-à-dire ce gendarme intérieur, cette voie d'autorité, ce regard au-dessus de soi qui est notre propre regard, hyper exigeant. Et on peut utiliser ce qui est initialement une ressource, la spiritualité, le sport par exemple, pousser à son extrême, on peut se faire du mal physiquement, voilà. En fait on va utiliser des activités, des concepts, tout peut servir finalement à se retourner contre soi, à se faire du mal.
Oui, donc il faut faire attention un petit peu à tout ça. Et par rapport à ça, on se rend compte que l'automaltraitance émotionnelle peut avoir plusieurs racines. Je pense notamment à l'éducation, la pression sociale, les blessures de vie, mais aussi, je pense, les loyautés inconscientes envers sa famille. On en reparlera, je pense. Comment arriver à bien identifier l'origine de ce qui nous pousse le plus souvent à mal nous traiter ?
Le titre d'un de mes chapitres c'est « Se faire du mal parce qu'on nous a fait du mal ». Je trouvais essentiel de le mettre vraiment en gros en tête de page parce que finalement ça peut être un moyen de comprendre d'où ça vient. C'est-à-dire que le mal qu'on nous a fait crée des grands ou des mini traumatismes, s'imprime en soi et peut changer notre rapport à nous-mêmes. Puisqu'on m'a fait du mal, je vais continuer à me faire du mal par fidélité à celui qui m'a fait du mal ou celle qui m'a fait du mal, si c'est mes figures d'attachement, mes parents, mes grands-parents. Donc vraiment, je crois que là, c'est le meilleur moyen. La question, c'est qui m'a fait du mal ? Quand est-ce que j'ai eu mal ? Physiquement ? Émotionnellement ? Psychiquement ? Cette question, elle est flippante. Si on n'a pas fait un travail sur soi, c'est assez flippant. Je ne la propose pas d'entrée de jeu, mais j'imagine que les personnes qui nous écoutent sont peut-être familiarisées avec cette question. Et si ça fait peur, voilà, à ce moment-là, il vaut mieux remettre cette question dans l'espace thérapeutique avec quelqu'un qui va nous accompagner. Parce que là, on ouvre la porte ou la boîte de Pandore, mais n'oublions pas que cette porte, elle demande aussi à être ouverte pour pouvoir guérir nos blessures. Donc là où on n'a pas été bien traité, ça peut être aussi des négligences. Ce n'est pas forcément des violences qu'on aura subies. Très souvent, il peut y avoir des négligences, être moins bien traité qu'un frère ou qu'une sœur, ou si on est enfant unique, ne pas avoir suffisamment de marques d'affection, de signes d'affection, signes d'amour, mais juste quelque chose de matériel, par exemple. Donc, forcément, tout ça, ça va créer un terrain de rapport à soi-même, de fragilité, et c'est ce qui va faire qu'on va reproduire avec soi. Si mon père ou ma mère, mes figures d'attachement, n'ont pas su bien me traiter, comment je vais apprendre, moi, à bien me traiter ? je vais reproduire ce qu'on m'a appris, je vais reproduire comment on m'a traité. Donc ça, c'est vraiment un point, c'est vraiment une autoroute directe pour aller voir.
Un thérapeute ou une thérapeuse.
Oui, c'est important de pouvoir être accompagné par quelqu'un pour guérir de ça. Parce que ce qui est très, très important, c'est de ne pas oublier que Quelle que soit notre histoire, on peut vraiment être en paix avec notre passé, avec nous-mêmes et aussi avec certaines figures du passé.
Oui, on peut prendre possession de tout ça. Ça peut être transformé pour être plus lumineux. Encore une fois, que ces fragilités deviennent une force et mériter... Comment dire ? Ce que je veux dire, c'est qu'être capable de se sentir... En capacité d'être aimé et mériter qu'on se fasse bien traiter aussi par soi-même et par les autres. Souvent, il y a dans ces figures d'attachement avec lesquelles on peut rompre. Souvent, on va s'approcher aussi, on va s'entourer de personnes peut-être parfois nocives, mais finalement on peut se détacher de ça, réussir à transformer ça.
Absolument, parce qu'en fait, ce qui va nous arriver va s'imprimer en soi, créer des petits ou des gros traumas et créer des croyances au sujet de nous, de nous avec les autres et de nous avec la vie. Et ce sont ces croyances limitantes, cette version du film, en fait, pas très fun, qui va s'imprimer en soi. Et comme on est soumis à ce besoin de cohérence, C'est ça en fait, c'est le besoin de cohérence qui va faire qu'on va faire des choix qui vont venir confirmer des croyances limitantes, qui vont venir confirmer des croyances qui sont absolument pas aidantes pour nous. Et parfois même en sachant quelle est notre croyance limitante, ça ne change pas. J'ai des personnes qui me disent mais je sais, je connais cette croyance, mais ça ne change pas. Parce que ces personnes n'ont pas compris en fait qu'elles sont dans cette recherche de cohérence pour rester fidèles à quelqu'un ou quelque chose. Ça peut être le passé, ça peut être rester fidèle à un parent même s'il est maltraitant. C'est paradoxal. On est fait comme ça, c'est parce qu'en fait... surtout si ce sont des figures d'attachement, même si elles sont maltraitantes, il y a une forme de fidélité à ces figures-là. Et en en prenant conscience, on se libère. On se libère de la loyauté, on se libère de la croyance, on se libère de tous ces liens toxiques qui nous enfermaient dans une version du film qui était vraiment dramatique. Et on peut changer de lunettes et découvrir un autre film. Pas ce qui aurait pu se passer, mais comme si on était un autre personnage, qu'on regarde la scène de l'extérieur et qu'on comprend ce qui s'est joué. Et du coup, la croyance, c'est-à-dire l'histoire qu'on s'est racontée, ce qu'on a cru, on découvre qu'en fait, ce n'était pas vrai.
Alors comment on fait ? Parce que ça peut faire peur parfois de se dire mais je ne veux pas être en rupture avec ma famille. Comment se dire qu'on peut rester fidèle au sens qu'on peut rester dans l'amour avec des membres de sa famille ou des proches, mais en même temps créer une rupture pour se libérer un petit peu peut-être de ses crosses limitantes ou de ses travers ? Comment trouver ce juste milieu, cet équilibre ?
C'est vrai que c'est vraiment pas facile. Il y a la prise de conscience, il y a oser contacter sa propre colère, par exemple, par rapport à des événements qui ont pu être vraiment marquants. Il ne faut pas avoir peur de la colère que l'on ressent. On peut éprouver le besoin pendant un temps de faire un break, de voir moins un parent, sa famille, mais ce n'est pas pour toujours.
En le communiquant, je me permets de se couper, mais en le communiquant à la personne ou pas forcément ?
Pas forcément, pas forcément. Ça dépend vraiment là du contexte, de la famille, de là où nous en sommes, de ce qui s'est passé. Ça dépend de tout ça, de toute notre histoire. Mais ce qui est important, c'est de ne pas s'obliger à continuer à avoir une famille ou des parents lorsqu'il y a toutes ces blessures et que tout ça c'est pas réglé. On peut s'autoriser à prendre du recul pendant quelque temps, ça peut être quelques mois, le temps de faire ce travail intérieur. Et il y a toujours un moment, cette prise du recul, cet apaisement en soi. Parce que finalement, le problème, ou je dirais plutôt le point de tension, il est en soi, avec la représentation des choses, comme je disais, les croyances que l'on va avoir autour d'un certain nombre d'événements et de ce qui nous est arrivé, et puis le temps nécessaire de comprendre aussi Quelle est l'histoire de nos parents ? D'où ils viennent ? Ils sont les enfants de qui ? Qu'est-ce qu'ils transmettent et transportent avec eux ?
Qu'ils n'ont pas choisi forcément non plus de vivre et d'endosser comme rôle ou comme charge mentale.
Voilà, quelle répétition ! Qu'est-ce qu'ils ont vu en nous, petits et plus grands ? Qu'est-ce qu'ils ont projeté sur nous qui peut expliquer tellement de choses ? Ça veut pas dire excuser tout, ça veut pas dire... Ça veut dire juste comprendre. Et ce recul, on en a besoin pour comprendre. Et ensuite, on pourra renouer des relations qui seront apaisées et plus sages. Mais avant tout, parce qu'on se sera réconciliés d'abord avec nous-mêmes. Parce que finalement, c'est ça la base. Et le point d'arrivée, le point de départ, c'est ça. C'est cette réconciliation avec soi. Et après, toutes nos relations autour, ensemble, sont différentes.
Et tu appelles ça, si je ne me trompe pas, le dialogue intérieur dans ton ouvrage. À quoi faut-il être attentif concrètement ? Est-ce que tu as un exercice qui permet de renouer ou en tout cas de déclencher ce dialogue intérieur ? Quelle serait peut-être une première étape comme ça à utiliser pour ça ?
Il y a un exercice que j'aime beaucoup et que les personnes que j'accompagne aiment beaucoup aussi parce que c'est très simple, très concret. Chaque fois que l'on repère la façon dont on s'est parlé ou la façon dont on s'est jugé ou regardé, de le noter, on prend un cahier avec la page de gauche, la page de droite. La page de gauche, on note tout ce qu'on s'est dit de soi, ce dialogue intérieur. T'es trop con, t'es trop conne, pourquoi t'as fait ci, t'aurais dû faire ça, etc. De le noter. La façon dont on s'est regardé aussi, de le noter, de tout noter chaque jour. Et à chaque fois qu'on repère donc une phrase ou un regard sur soi maltraitant, sur la page de droite, de noter la phrase bien-traitante. Même si elle ne vient pas automatiquement tout de suite, C'est une sorte de training. Comme on fait du sport, on va entraîner un muscle qui n'a pas travaillé jusque là, de la même façon, on va créer de nouveaux réseaux neuronaux et une nouvelle façon de se parler. Et à un moment donné, on va voir ce que ça nous fait déjà de l'écrire. Déjà, il faut la trouver, premier. Première étape, l'identifier, trouver la phrase bienveillante, la noter, sentir ce que ça nous fait et apprendre ensuite à automatiquement, dès qu'on repère un dialogue interne qui est tendu, houleux, voire critique, trouver son opposé et se le dire, voire même se le dire à haute voix et ou le noter.
Oui, c'est déjà de l'ancrer, c'est bien de le dire à haute voix, ça le verbalise, donc je pense qu'il y a aussi une mémoire quand même derrière ce qui se fait.
Et puis se l'entendre dire, c'est différent aussi.
Après, il y a une autre étape, c'est réapprendre à se respecter. Ça, tu en parles. Est-ce qu'il y a là aussi une technique simple et concrète, un peu hors simple, c'est toujours facile de dire ça, mais est-ce qu'il y a en tout cas un exercice concret que tu aimes proposer, toi, aux gens que tu reçois sur vraiment cette partie-là ? Il y a déclencher le dialogue intérieur et ensuite, comment on réapprend un peu à se respecter ? Comment on peut se donner un peu d'amour ?
Il y a un autre exercice que j'aime beaucoup. Tout ça, je l'ai appliqué aussi à moi. Première expérience. Premier cobaye, c'est moi. À quoi je dis oui, à quoi je dis non ? Ça a l'air tout simple. Mais en fait, là aussi, page de gauche, page de droite, à quoi je dis oui, à quoi je dis non ? À gauche ou à droite, on s'en fout. Il faut que ce soit différencié. Ce qui est intéressant, c'est à quoi je dis non, c'est pas toujours très clair. Qu'est-ce que je ne veux plus subir ? Qu'est-ce que je ne veux plus qu'on me fasse ? Qu'est-ce que je ne veux plus me faire subir et me faire à moi-même ? Quelles sont toutes les fois où j'ai rien dit et où on a abusé de ma gentillesse, de mon innocence, de ma situation, de ma générosité, où je me suis en fait laissée abuser ? parce qu'en fait nous sommes responsables de ce qu'on laisse faire. Et donc si on décide à quoi on dit oui et à quoi on dit non, ça délimite les contours, ça crée une sorte de frontière. non pas qui isole, mais qui restaure, en fait, notre espace, notre espace vital, notre espace relationnel, et qui restaure aussi notre relation à nous-mêmes. Et ça, c'est tout simple, juste faire la liste. Qu'est-ce que j'accepte ? Qu'est-ce que je refuse ? Et là se trouve le point de repère pour savoir à quel endroit, en fait, s'installe le respect, le respect de moi, Et inversement, on va aussi améliorer notre relation avec les autres parce qu'on va avoir conscience aussi de quelles sont les postures de respect aussi vis-à-vis des autres.
Et du coup, quand on s'engage, on s'engage à 100% avec envie, avec désir. Et j'imagine qu'on est bien plus présents et présents à ce qu'on vit, non ?
Et c'est super agréable pour les autres aussi parce qu'ils sentent qu'on est vraiment là. Et on est là avec soi, finalement. Et on est encore mieux dans la relation.
On subit pas.
Ouais, on subit pas. C'est comme si finalement, ça me vient en échangeant, c'est finalement l'automaltraitance émotionnelle, c'est une façon de s'abandonner et de ne pas vraiment être avec soi. Puisqu'on est en guerre contre soi, finalement, on s'évite aussi un peu parce qu'on a plein d'idées sur soi. Mais quand on fait la paix avec soi, finalement on commence à être vraiment là avec soi et donc on est vraiment là avec l'autre et donc on est aussi vraiment là avec la vie. Et c'est là qu'il y a les petits miracles de l'existence qui peuvent se produire.
En étant vraiment sincère avec soi-même et les autres, il y a un peu la magie aussi, cette magie un peu qui peut se passer. C'est intéressant aussi parce que j'ai l'impression que qui dit auto-maltraitance émotionnelle ? On parle d'autos, mais on parle des autres. En fait, c'est un impact qu'on se rend compte sur les autres et ça peut avoir aussi un impact sur une relation amoureuse ou amicale. Alors, qu'est-ce qui se passe ? Quelles peuvent être un peu les conséquences de cette auto-maltraitance sur la relation amicale ou amoureuse ? Ça peut être de l'éloignement, ça peut être de la rupture. Comment ça peut s'exprimer ?
Ça s'exprime... Il y a en tout cas deux situations majeures qui me viennent à l'esprit. C'est soit choisir des personnes qui vont être nocives pour nous et où on va systématiquement souffrir dans la relation. soit estimé que nous ne sommes pas assez bien pour l'autre. Et donc, ça va s'incarner de différentes façons, un attachement insécure, on va être sans arrêt dans l'insécurité, la peur de ne pas être assez bien, la peur d'être jugé, puis abandonné ou trompé. Si c'est une relation aussi amicale, qu'on préfère quelqu'un d'autre à nous comme meilleur ami, par exemple, C'est-à-dire qu'on ne se sent jamais assez bien, jamais à la hauteur, et donc ça va nous faire vivre des relations où on sera en suradaptation permanente pour plaire, où on sera dans ce stress qu'on ne nous aime plus un jour, par exemple. Et choisir les mauvais partenaires, les deux peuvent se cohabiter, choisir les mauvais partenaires ou les mauvais amis, ceux qui vont nous faire du mal, c'est aussi un des aspects de l'automaltraitance émotionnelle. Puisqu'on ne s'aime pas suffisamment, puisqu'on est en guerre contre soi, on va choisir des personnes qui vont nous confirmer qu'on ne mérite pas le bonheur. qu'on ne mérite pas, quelque chose d'harmonieux, de paisible. Je ne veux pas dire d'ennuyeux, quand je dis paisible, ça peut être très fort, mais quelque chose qui fasse du bien, une relation épanouissante.
Oui, ça peut être intense, mais doux.
Exactement.
Ce n'est pas forcément douloureux.
Et bienveillant.
Oui, tout à fait. C'est une question que je pense que beaucoup de personnes se posent. Est-ce qu'on peut se laisser aimer ou aimer librement malgré le fait qu'on a du mal parfois à s'aimer. On se dit souvent, il y a un peu cette pression de qui peut t'aimer si tu ne t'aimes pas toi-même. Je pense qu'il faut un peu déconstruire ça. Comment on peut mieux vivre avec cette idée que parfois on ne s'aime pas forcément tous les jours, mais que pour autant, on est d'accord, on peut aimer librement et se laisser aimer ?
Ah oui, oui, oui. J'ai beaucoup de personnes en consultation qui me disent non, non, non, je ne peux pas rencontrer quelqu'un parce que je ne suis pas en paix avec moi-même, parce que je ne m'aime pas. On ne peut rencontrer vraiment la bonne personne que si on a vraiment fini le travail. Déjà, on n'a jamais fini de travailler sur soi. On peut décider d'arrêter de consulter, mais je veux dire, l'introspection, le questionnement, s'interroger sur soi, puisqu'on est en constante évolution, ça ne s'arrête pas. Mais en effet, ça, c'est une hyper exigence et en effet, une notion qu'il faut déconstruire parce qu'on peut rencontrer des personnes qui sont bonnes pour nous et que justement, ça participe à notre naissance, à restaurer notre moi, notre image. Voilà, parce que l'autre va être bienveillant, va porter un regard aimant, nous accepter beaucoup plus que nous, on ne s'accepte soi-même. Bien entendu, il faut quand même avoir fait un petit cheminement, c'est-à-dire que si on est vraiment dans la détestation de soi, on va s'aborder la relation et là, patatrac. Mais ce qui est important, il ne faut pas exiger de soi parce que c'est une autre façon de se faire du mal. d'avoir atteint le sommet des prises de conscience et d'avoir tout nettoyé notre inconscient. Déjà, c'est pas possible. Et en effet, l'autre peut aussi participer à la suite du travail sur soi. Elle peut apporter un baume apaisant, participer à la guérison de nos blessures, être aussi la confirmation qu'on a progressé dans notre cheminement intérieur, Je dis souvent qu'en fait, à partir du moment où on commence à avoir l'intention de s'aimer, on s'aime déjà beaucoup plus qu'on ne le pense. Et que très souvent, il y a des personnes qui rentrent dans notre vie qui sont comme l'incarnation de ce début de réconciliation avec nous-mêmes. Et leur présence va alimenter ce cercle vertueux Et quand on est dans ces périodes de vie, c'est important d'oser recevoir. Souvent, les gens ont peur aussi qu'il y ait un coup de manivelle. Ce n'est pas possible que ce soit cette personne entre dans ma vie. Mais si, tu le mérites.
Quelle sera la dette ? Quelle sera du coup la contrepartie ?
Voilà. Ça aussi, on peut se faire du mal avec ça. Mais ce qui nous arrive dans la vie, c'est pour nous, c'est important d'apprendre à recevoir, d'explorer les points de sécurité, d'avoir confiance en la vie. Et d'aller voir aussi les croyances qu'il peut y avoir qui nous font avoir peur que ça s'écroule.
Et continuent d'avoir des blessures, mais l'autre, que ce soit l'ami, le compagnon, l'accompagne, est là pour nous accompagner aussi dans ce chemin de guérison.
Eh oui, parce que l'autre a aussi ses blessures. L'important, c'est si on rencontre une personne qui a des blessures qui viennent alimenter nos souffrances. Là, c'est une problématique. Mais rencontrer une personne qui, elle aussi, a des blessures parce que c'est un être humain avec sa vulnérabilité, comme je le disais, et deux personnes qui ont des blessures qui se font du bien ensemble, c'est possible aussi. C'est important d'arrêter cette quête de perfection, d'être lisse, sans aspérité, ça n'est pas possible. Et puis être humain, c'est aussi d'avoir des aspérités, d'avoir des blessures, d'avoir des fêlures. C'est ce qui nous rend attachants, c'est ce qui fait aussi notre personnalité.
Oui, puis cette perméabilité aux émotions.
Absolument.
Qui nous transpercent et du coup nous construit un petit peu.
Oui.
Alors on arrive à la fin de cette interview Géraldine, j'ai une dernière question un peu plus personnelle mais pour permettre un peu à celles et ceux qui nous écoutent de comprendre un peu aussi toi dans ton propre parcours parce que souvent les expertes et les experts qu'on invite ici peuvent un peu impressionner nos auditeurs et nos auditrices et se dire quel travail, quel chemin, je n'y arriverai que dans 10, 20 ou 30 ans, alors que pas forcément. Est-ce que toi, tu as une expérience où il y a eu une bascule qui s'est faite grâce à une étape clé de quelque chose de personnel où tu t'es dit, ah là, ça y est, je sens que j'ai mis le doigt sur une auto-maltraitance émotionnelle, peut-être j'ai réalisé que là, il fallait que je change à ce moment-là et j'ai un exercice où j'ai eu un moment de réalisation un peu puissant, si tu es d'accord, évidemment.
Ce qui me vient, c'est plusieurs rencontres. C'est à chaque fois des rencontres. J'ai d'ailleurs écrit sur le sujet de par le passé pour cette raison. Pour moi, dans mon parcours de vie, ce qui a été à chaque fois des steppes, des ascensions fulgurantes, je dirais, ce sont des rencontres. mon premier thérapeute, mon premier formateur, ma superviseuse, mon superviseur sur mon parcours aussi, voilà, mon mari. Ce sont des rencontres à chaque fois qui sont arrivées à des moments cruciaux dans mon existence. et j'ai su recevoir leur présence et puis j'ai compris, j'ai toujours eu cet instinct en fait de savoir qu'il se passait quelque chose d'important au moment où ça se passait dans ces rencontres-là. et j'ai su recevoir. Je pense que c'est important de recevoir les rencontres et de suivre notre cœur. Et oui, ce sont à chaque fois des rencontres qui m'ont fait passer un seuil de prise de conscience et aussi de décision de travailler certains aspects de ma personnalité. Je crois beaucoup aux rencontres. Je pense que d'ailleurs, il y a une transmission permanente. Quelle que soit notre fonction, notre place sur Terre, en fait, on transmet. J'ai reçu de personnes qui ont elles-mêmes reçu. C'est d'ailleurs ce qui m'a décidée à devenir praticienne. Je me souviens avoir dit à mon premier formateur, j'ai envie de transmettre ce que j'ai reçu. à mon tour, comme si je faisais partie d'une chaîne de transmission.
Un ruissellement quoi qu'il se fasse.
Exactement. C'est très lié à la vie elle-même, je trouve. Donc, ce que j'ai envie d'ajouter par rapport au temps que peut mettre une thérapie aussi, suivant les rencontres Et suivant ce qui se passe dans la rencontre, moi je suis du courant des thérapeutes humanistes, c'est-à-dire que pour nous, la relation entre le patient et le thérapeute, ce qui se joue, ce qui circule comme énergie, comme partage, c'est déjà puissamment thérapeutique. C'est pas les méthodes, forcément. ça peut aller très vite en fait. Si on rencontre la bonne personne qui nous correspond, avec une approche qui nous correspond, ça peut aller très très vite. Faut pas avoir peur de commencer le chemin. Moi ça a été long parce que ça a été aussi toute ma formation, ma passion, mon exploration, mes recherches. Mais ça peut aller au rythme dont on a besoin pour aller mieux et je dirais même pour renaître. Et pour ça il faut une rencontre.
Donc ne pas sous-estimer, au contraire, valoriser les rencontres. Donc on parle d'auto-maltraitance émotionnelle avec ton ouvrage, mais c'est pour aussi l'ouverture aux autres.
Bien sûr.
Donc ça peut être le petit point sur lequel on va se quitter. Je te remercie infiniment Géraldine Courbet. Un grand merci. ton regard, ton expertise et ses conseils. Et du coup, je rappelle à nos auditeurs et auditrices que ton livre, L'automaltraitance émotionnelle, qui est publié aux éditions Errol, est disponible. On peut également te suivre sur ton compte Instagram. Géraldine-prevot-gigantet-et de notre côté, retrouvez les nouvelles de Métamorphose en suivant la newsletter sur metamorphosepodcast.com. Merci et à bientôt.
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