IA et logistique face au mur écologique

French logistics leaders face a collision between AI efficiency and climate pressure. Rhenus ships Lyon to Dubai in 18 days via Jordan and Trieste. FM Logistique cut emissions 42 percent, while TMF is pushing 92 percent of traffic to river transport by 2040.
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Bienvenue au podcast de La Supply. Aujourd'hui, on va vraiment prendre le temps de décrypter les grosses actus de la semaine. Pas juste pour lister des infos, mais pour essayer de prendre du recul sur la logistique et les achats.
Exactement. Le but, c'est de relier les points entre eux, tu vois, de voir ce que ça change concrètement pour les boîtes.
Ouais, et cette semaine, franchement, c'est une semaine hyper marquée par, on va dire, une volatilité stratégique.
Ah bah, entre l'innovation d'un côté et les chocs géopolitiques de l'autre, on est servis.
Oui, c'est clair. Du coup, on a structuré ça autour de 3 grands axes. D'abord, on va parler de la nouvelle guerre du physique, les infrastructures, les routes alternatives, tout ça.
Et ensuite, on passera à l'IA. Mais attention, l'IA qui passe du concept gadget aux vrais outils de productivité opérationnelle. Voilà.
Et on finira par le mur écologique. Parce que bon, la décarbonation aujourd'hui, ce n'est plus juste pour faire joli dans les rapports, c'est devenu un pur impératif de rentabilité.
Complètement. Et ce qui est fascinant, c'est qu'on voit bien que les entreprises ne peuvent plus traiter ces sujets en silo. Si t'as lié A mais pas la route, ou la route mais pas l'écologie, bah ça coince.
C'est ça. Bon, on commence par le plus tangible, le physique, la marchandise pure et dure. Je voudrais qu'on parle du contraste monumental entre Joy Boy et Rhenus. On commence par Joy Boy, l'émanation du géant chinois JD.com.
Ah, le fameux rouleau compresseur. Ils arrivent en France et c'est du sérieux.
Mais carrément! Pour resituer, ce n'est pas une marketplace classique, ni du vieux dropshipping. Ils déploient un modèle logistique qui est intégré à 100%.
Ce qui va totalement à l'encontre de la tendance occidentale de tout sous-traiter, d'ailleurs.
Exactement. Là, on parle de JD.com, donc c'est 3600 entrepôts dans le monde. Et en France, bam, ils prennent un site de 60 000 mètres carrés en Seine-et-Marne.
60 000, oui, c'est pas rien.
Et avec leur propre flotte en plus. Joy Express? Le but, c'est de livrer le jour même en Île-de-France. Genre, tu commandes avant 11 h, tu es livré avant 23 h.
Ça, c'est une vraie logique de domination par l'infrastructure.
Moi, j'appelle ça un cheval de Troie logistique. Ils viennent pas juste vendre des t-shirts, ils importent une supply chain clé en main.
Ouais, c'est l'ambition de créer un nouveau standard de marché en Europe. Ils veulent imposer cette livraison ultra rapide. Et surtout, ils s'adaptent culturellement, tu vois.
C'est-à-dire?
Leurs entrepôts vont être robotisés, mais leurs livreurs, par exemple, ils vont être capables d'installer de l'électroménager. C'est pas juste je pose le carton et je fuis.
Ah oui, d'accord, l'expérience client à fond. Donc eux, ils s'ancrent physiquement. Mais d'un autre côté, face à l'incertitude géopolitique, on a Rhenus qui fait un peu l'inverse. Eux, ils doivent esquiver les crises.
Ah oui, le fameux corridor terrestre. Parce que bon, avoir un super entrepôt s'il est vide, s'il est vide à cause d'un blocage en mer Rouge, c'est inutile.
C'est ça le truc. Donc Rhenus, ils ont lancé un corridor terrestre alternatif via la Jordanie. Ça relie l'Europe aux pays du Golfe en mixant de la route et du ferry.
Du multimodal très réactif, ouais.
Et l'exemple est dingue: ils ont fait une livraison urgente en FTL, un camion complet, pour l'industrie pétrolière, de Lyon jusqu'à Dubaï en 18 jours.
18 jours, c'est de sacrées performances!
Via Trieste et Mersin. Et là, la tendance structurelle, elle est flagrante: d'un côté, Joy Ball bâtit des espèces de forteresses logistiques, et de l'autre, on crée des réseaux hyper fluides pour contourner les crises.
Bah, la flexibilité aujourd'hui, c'est le vrai nerf de la guerre. Tu dois pouvoir dérouter tes flux en permanence.
Sauf que voilà, piloter ces infrastructures énormes ou ces routes super complexes à l'aveugle, c'est impossible. Et c'est là qu'on bascule sur notre deuxième thème: l'IA et la data.
Le bouclier et le moteur, en fait.
Exactement. D'abord, sur la visibilité, il y a ISEE, la marque du groupe ETAM. Ils arrêtent enfin le pilotage manuel.
Ouf, il était temps!
Ouais, ils centralisent tout leur amont sur la plateforme Windle. Mais là où c'est vraiment bluffant, c'est Acer. Le géant informatique déploie l'IA prédictive de Wekio sur toute la zone Europe-Moyen-Orient.
Et les résultats sont là.
Ils arrivent à avoir une précision de l'ETA, l'heure d'arrivée estimée des navires d'Asie, 10 jours à l'avance. 10 jours avant que le bateau n'arrive au port, l'IA sait déjà s'il y aura du retard.
C'est la force de l'IA, ça. Elle capte des milliards de signaux faibles.
Moi, l'analogie qui me vient, c'est le contrôleur aérien.
C'est-à-dire?
Ce nouveau concept de gestion par exception. Le contrôleur, il ne regarde pas tous les avions qui volent normalement, il ne regarde que celui qui va droit dans l'orage. Chez ACI, c'est pareil. Les équipes ignorent les flux normaux et ne se concentrent que sur les turbulences. C'est ça la vraie révolution de l'IA.
Absolument. Parce que l'impact sur les marges, il est direct. Si tu as des données fiables à 10 jours, tu réduis tes stocks de sécurité massivement.
Donc moins d'argent qui dort dans les entrepôts.
Voilà. Et d'ailleurs, l'IA n'est pas que dans la tour de contrôle, elle descend vraiment sur le terrain.
Ouais, dans les entrepôts justement. Prologistik vient d'intégrer un agent IA avec un jumeau numérique direct dans leur WMS.
Le jumeau numérique, ça change tout pour simuler les flux.
Bah oui, ça optimise les parcours de picking. Ils promettent des réductions de déplacements à 2 chiffres. Et on le voit en vrai avec Carilog.
Carilog, ils ont frappé fort.
Plus 30% de productivité en 3 mois en déployant Ardis WMS et son module LMS sur leur site de Goussainville. Ils traitent 2800 100 commandes par jour quand même.
Plus 30%, c'est colossal. Mais il y a un énorme mais.
Ah, je t'écoute.
Prologistique le rappelle très bien: l'IA, ça ne marche que si tu es maître de la qualité de tes données natives. Si ta donnée de base est fausse, l'IA va juste prendre de très mauvaises décisions de manière extrêmement rapide.
Ouais, ça c'est le syndrome de la poubelle. Garbage in, garbage out. Si tu donnes des mauvaises dimensions de carton à ton IA, elle te fait des parcours parfaits pour ranger un carton qui rentrera jamais dans l'étagère.
C'est exactement ça. La digitalisation accélérée, c'est une question de survie, mais il faut de la data propre.
Surtout avec la pression sur les volumes actuels. Bon, et ça nous amène à notre troisième point, la contrainte ultime.
Le mur de la réalité.
Le carbone. Qu'on parle de route physique ou de data, l'enjeu numéro un qui redessine tout, c'est la décarbonation. Et fini le greenwashing, on parle de business model pur et dur.
Oui, parce que décarboner, ça coûte extrêmement cher.
Et le paradoxe de la semaine, c'est l'histoire de NewTote, le fret maritime à la voile.
Ah oui, eux, ils reviennent de loin.
Mais de très, très loin. Ils frôlent la liquidation judiciaire avec 20 millions d'euros de passifs. Ils se font sauver par le Crédit Mutuel Impact.
Heureusement pour eux.
Ils gardent 37 salariés, mais alors attention, ils abandonnent leur ligne vers New York. Ils se concentrent sur une seule ligne vers le Brésil pour les importateurs de café. Avec quatre nouveaux voiliers prévus d'ici 2027.
Et le choix du café, c'est pas un hasard.
Bah non. Et c'est là que je trouve ça dingue. Leur modèle économique repose désormais uniquement sur le transport de marchandises de valeur. En gros, l'écologie, c'est bien beau, mais si tu vends pas cher ton produit final, le surcoût de la voile te coule.
C'est le réalisme économique. La décarbonation, ça exige des investissements massifs. Il faut bien les rentabiliser.
Donc le transport propre devient un truc de luxe.
Disons que ça doit trouver son marché. Regarde les grands groupes comme FM Logistique. Eux, leur plan carbone vient d'être validé par la SBTI.
Oui, la Science Based Targets Initiative.
Voilà. Ils s'engagent sur une réduction de 42% de leurs émissions Scope 1 et 2 d'ici 2030.
Ça fait 8000 tonnes de CO2 en moins, ça.
Et surtout une baisse de 21,5% par tonne-kilomètre sur le Scope 3. Et ça, comment ils font? Via la mutualisation.
En forçant les industriels à partager les camions, quoi.
Et cet impératif vert, il se voit même dans l'immobilier.
L'ancrage territorial est devenu hyper stratégique, oui.
Celio, par exemple. Ils déploient 55 000 m² en plein ville avec Argan, dont 12 000 m² d'extension d'ailleurs.
Oui, pour absorber les flux de leur gamme femmes. Mais c'est surtout que le site est équipé de panneaux solaires et de batteries. Ils divisent leur CO2 par 4.
Et t'as Sysco dans un autre registre.
Sysco, c'est l'extrême inverse. Hyper compact, un site de seulement 1 700 m² dans le Var, mais biosourcé.
Ça montre bien que l'impératif carbone force à repenser l'architecture même de la logistique.
Jusqu'au grand retour du fleuve. TMF, ils viennent d'investir 4,8 millions d'euros pour reprendre la concession du port de Béthune-Beuvry.
Avec un objectif de report modal hyper agressif.
Bah oui, l'objectif, c'est 92% de trafic fluvial en 2040. C'est massif.
En fait, tout est lié.
Si on doit résumer les apprentissages de cette émission pour notre audience, on retient quoi?
Bah un que la maîtrise physique et la flexibilité géopolitique sont devenues vitales. On l'a vu avec Joybuy et Rhenus. Deux Que la donnée propre et l'IA, c'est ce qui permet de passer d'un mode réactif à du prédictif.
Mais seulement si la donnée est propre.
Exactement. Et 3, que la décarbonation, elle n'est pas viable si elle n'est pas intégrée au cœur de la rentabilité de la boîte.
C'est le mur de la réalité. Du coup, les actions à mener tout de suite pour les décideurs, c'est quoi?
Franchement, faire un audit massif de leurs données natives. Sans ça, l'IA ne sert à rien. Et puis réévaluer d'urgence leurs routes d'approvisionnement critiques parce que l'instabilité, elle va rester.
Très clair. Et ça m'amène à une pensée un peu provocatrice pour clore cette émission. On voit bien que les systèmes peuvent prédire les retards, comme Wekeo chez Acer, et qu'ils peuvent simuler des scénarios logistiques de fou, comme Prologistik.
Oui, où tu veux en venir?
Est-ce qu'on ne se dirige pas tout droit vers un futur où les algorithmes vont négocier de manière totalement autonome les contrats de fret? Genre, ils voient un retard, ils déroutent la marchandise, ils rachètent de la place sur un autre bateau. Tout ça sans aucune intervention humaine.
Ouh là, c'est de la science-fiction qui n'est pas si lointaine, en fait.
Mais du coup, le rôle du directeur Acteur supply chain, il va devenir quoi, hein? Purement éthique, juste valider la stratégie globale?
C'est la grande question des cinq prochaines années.
Et on laissera ceux qui nous écoutent méditer là-dessus. Un grand merci pour toutes ces analyses.
Merci, c'était intense.
Et on se retrouve la semaine prochaine pour un nouveau décryptage des enjeux supply.










