Le vrai coût de la fast fashion: enquête sur l’impact de Shein

Two hosts compare Shein's public ESG commitments against independent investigations by Swiss NGO Public Eye. Factories show workers doing 75-hour weeks at 6,000-10,000 yuan monthly, with blocked exits and unpaid alterations, while Shein's stated programs include a $70 million supplier fund and 2030 emissions targets. The gap between promises and conditions on the ground raises questions about whether ultra-fast fashion can ever meet real labor standards.
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Bienvenue! Aujourd'hui, on va regarder de plus près Shein, ce géant de la mode ultra rapide qu'on voit partout.
Oui, bonjour.
L'idée, c'est de comparer un peu ce que l'entreprise communique sur ses efforts en matière de durabilité, de responsabilité sociale, avec ce que des enquêtes externes, elles, révèlent sur le terrain.
C'est ça.
On s'appuie sur leur propre rapport de durabilité de 2023, des infos de Know the Chain et puis surtout les enquêtes de l'ONG suisse Public Eye.
Oui, des sources variées.
Le but, c'est vraiment de démêler un peu les engagements affichés et les réalités observées.
Alors, c'est intéressant parce que Shine communique énormément sur ses efforts.
Ah oui?
Oui, leur rapport 2023, il décrit toute une structure de gouvernance dédiée avec un comité de durabilité.
Au niveau du conseil d'administration, j'ai vu ça.
Exactement, ce qu'on appelle l'ESG: environnement, social, gouvernance.
D'accord.
Et ils ont aussi un code de conduite pour les fournisseurs, basé, disent-ils, sur les standards de l'OIT, l'Organisation internationale du travail, et la Déclaration universelle des droits de l'homme.
Et ce code, concrètement, il dit quoi? Il interdit le travail forcé, j'imagine?
Oui, travail forcé, travail des enfants. Et il exigerait aussi un jour de congé par semaine. Il y a aussi une politique spécifique d'approvisionnement responsable, SRS, qui encadrent tout ça.
D'accord, sur le papier ça a l'air assez carré, mais comment ils vérifient? C'est la question clé, non?
Ben, ils disent faire des audits, parfois internes, parfois par des tiers connus comme Intertec, SGS.
OK.
Avec un système de notation et puis des sanctions si ça ne va pas. Ça peut aller jusqu'à la fin du contrat en théorie.
Et ils aident aussi leurs fournisseurs, j'ai lu quelque chose là-dessus.
Oui, ils mentionnent un programme, le SCEP, Supplier Community Empowerment Program. C'est 70 millions de dollars prévus sur 5 ans.
Ah oui, quand même!
Pour moderniser des usines, améliorer des cantines, des dortoirs ou même créer des crèches.
D'accord. Donc des politiques, des audits, du soutien financier. Et l'environnement? C'est un autre gros morceau pour la fast fashion.
Alors là, c'est leur stratégie EvoluChain. L'objectif qu'ils affichent, c'est une réduction de 25% des émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030.
Ambitieux?
Oui, et ils se sont engagés via l'initiative SBTI, Science Based Targets, pour viser la neutralité carbone en 2050. Ils parlent aussi d'électricité renouvelable pour leurs opérations directes, de circularité.
La revente, ce genre de choses? Clé.
C'est ça. Mais bon, ça ne représentait que 2,2% des produits en 2023.
2,2%, c'est noté. C'est un début, mais c'est petit.
Effectivement.
Bon, ils parlent aussi de formation en interne, d'égalité hommes-femmes. C'est C'est un tableau assez positif qu'il dresse.
Tout à fait.
Mais alors, qu'en disent les enquêtes externes? Celles de Public Eye, par exemple? C'est là que ça se corse un peu, non?
Oui, et le contraste est assez frappant, disons. Les enquêtes de Public Eye, en 2021 et puis de nouveau en 2023.
Elles disent quoi?
Elles rapportent que malgré la politique de chaîne qui limite sur le papier le travail à 60 heures par semaine, des semaines de 75 heures persistent chez certains fournisseurs.
75 heures?
Oui. On parle de journées de 12 heures, 6 à 7 jours par semaine. D'ailleurs, Shein reconnaît que les longues heures sont un problème de longue date.
Ils le reconnaissent? Mais ça continue quand même d'après Public Eye.
C'est ce que rapportent leurs enquêtes, oui.
Et les salaires, ça donne quoi?
Alors Public Eye parle de chiffres entre 6000 et 10 000 yuans par mois, souvent basés sur le travail à la pièce.
Payé au nombre d'articles produits, quoi.
Exactement. Ce qui pousse à travailler vite et longtemps. Mais Public Eye critique aussi les audits salariaux de Shein.
Pourquoi?
Ils disent qu'il manque de contexte sur les heures réelles travaillées pour gagner ce salaire.
Ah d'accord.
Et puis il faut voir l'écart en Chine entre le salaire minimum légal, qui est très bas, autour de 110 dollars US par mois, et ce qu'on appelle le salaire vital, ce qu'il faudrait pour vivre décemment, estimé à environ 550 dollars.
L'écart est énorme.
Oui, donc même 10 000 yuans, atteint avec ces cadences infernales, ça pose question sur le taux horaire réel. Une note interne de Shein révélée par Public Eye montrait que les heures sup, c'était 37% du salaire moyen.
Donc une grosse partie du salaire dépend des heures sup. Et au-delà du temps de travail et de la paie, il y a les conditions aussi.
Oui, Public Eye pointe des risques d'incendie avec des issues parfois bloquées, l'interdiction de fumer pas toujours respectée.
Des choses basiques de sécurité.
Voilà. Et aussi des retouches non payées si le travailleur fait une erreur, ou même des travailleurs sans contrat de travail formel.
Ça dessine une image bien différente de la communication officielle.
C'est le moins qu'on puisse dire. Et tout ça, ça alimente les inquiétudes, surtout que Shein pense à entrer en bourse à Londres.
L'IPO, oui.
Exactement. Des ONG comme Amnesty International ont d'ailleurs appelé à la prudence, voire au blocage, tant que ces doutes sur les droits du travail persistent.
Donc si on résume, on a une image un peu double, voire contradictoire. D'un côté, Shein, qui communique sur des politiques ESG bien structurées, des audits, des investissements. Oui, des objectifs environnementaux Et de l'autre, des enquêtes indépendantes qui continuent de documenter des conditions très difficiles, voire dangereuses, dans une partie de la chaîne d'approvisionnement.
C'est exactement ça. Le gros défi, et c'est vrai pour toute la fast fashion, c'est de vérifier ce qui se passe réellement dans ces chaînes d'approvisionnement immenses, complexes, avec plein de sous-traitants.
Et Shein reconnaît certains problèmes, mais les changements concrets semblent lents d'après ces rapports.
Oui, ou en tout cas insuffisant pour certains observateurs. Et puis, exclure quelques fournisseurs, ça ne règle pas forcément le problème si c'est le système lui-même qui pose question.
Ce qui nous amène à une dernière réflexion peut-être: si le modèle économique même de Shein repose sur cette production ultra rapide, à la demande et à des coûts tirés au maximum, est-ce que ce système n'impose pas des pressions quasi ingérables à ses milliers de fournisseurs? Est-ce que ça ne rend pas l'application réelle de ses propres normes sociales et environnementales extrêmement difficiles, voire un peu contradictoires avec le cœur même de son business C'est une excellente question et c'est sans doute le nœud du problème.










