Comment reprendre un coffee shop au tribunal de commerce - Marlette

Dans cet épisode de l'émission, les entrepreneurs Thomas Paré et Vincent Miguel racontent la reprise de Marlette, une marque française de préparations pâtissières et de coffee‑shops, en redressement judiciaire en mai 2024. Ils expliquent comment ils ont découvert l’opportunité via un fonds d’investissement, ont mené une due‑diligence intensive dans la data‑room du tribunal, ont préparé et présenté leur dossier devant le juge en respectant les critères de sauvegarde d’emplois, d’apport financier et de soutien des salariés. Sans investisseurs externes, ils ont financé l’opération avec leurs économies et des garanties personnelles auprès de banques, accompagnés d’un avocat spécialisé. Le jour de la remise des clés, ils ont dû immédiatement gérer le staffing, le fonctionnement du point de vente (TPE, paiement, service) et réviser les processus opérationnels : renégociation des fournisseurs, mise à jour du menu, amélioration du référencement Google et mise en place d’un programme de fidélité. Ils décrivent les défis humains (gagner la confiance des équipes, changer les habitudes) et les leçons tirées (importance du travail en amont, de la transparence avec les parties prenantes, de la flexibilité). Enfin, ils évoquent leurs projets de développer un réseau de coffee‑shops à raison d’un à deux nouveaux établissements par an, tout en conservant la marque Marlette et en capitalisant sur les atouts du modèle café‑restaurant.
Chapters
On va reprendre une boîte qui est en redressement judiciaire, autant te dire qu'il y a tous les voyants rouges qui s'allument.
Quelqu'un qui viendrait me parler d'entrepreneuriat, j'aurais tendance maintenant à lui parler de reprise. Un des fonds nous dit, tiens, vous devriez regarder la situation de Marlette qui est en redressement judiciaire.
Qu'est-ce qui a fait mouche selon vous dans votre dossier?
Nous, Day One, on n'a pas d'investisseurs, on reprend avec nos économies et les banques, elles prennent sur des garanties perso. Parce qu'à une banque, tu dis, on va reprendre une boîte qui est en redressement judiciaire, autant te dire qu'il y a tous les voyants rouges qui s'allument.
Vous avez toujours été d'accord?
Tous les deux, on a vu quelqu'un qui est dans le monde du coffee shop aussi.
Ah non, quand on te remet les clés du jour au lendemain, tu deviens responsable d'un coffee shop. En plus, moi, il manquait du staff. Dame, tu es en salle, tu fais du service. En vrai, j'en ai jamais fait. L'idée de se développer un parc de coffee shop, ça se passe jamais comme tu imaginais.
Reprendre une entreprise en redressement judiciaire, arriver à deux, garder toutes les équipes. Dans cet épisode, vous allez comprendre comment on reprend une entreprise en difficulté, avec quelle méthode, avec quelle décision concrète aussi, et ce que ça implique. Très humainement quand on choisit de réparer plutôt que de repartir de zéro. Aujourd'hui, on va parler de Marlette, cette entreprise, mais surtout de ce que ça fait de reprendre quelque chose qui ne vous appartient pas encore vraiment. Thomas Paré est entrepreneur et avec son associé Vincent Miguel, ils ont repris Marlette en mai 2024. Ensemble, ils ont accepté d'entrer dans une histoire déjà cabossée, mais avec l'objectif clair de la redresser. Bonjour à tous les deux. Bonjour Thomas, bonjour. Bonjour Vincent, ravie de vous recevoir dans cet épisode. Peut-être qu'on va démarrer par une présentation générale de ce que c'est que Marlette, parce que tout le monde, nos auditeurs, ne connaissent pas forcément ce que vous faites. Pas encore. Ils savent pas ce qu'ils ratent, évidemment.
Tout à fait.
Thomas, Vincent?
Vas-y, vas-y, vas-y. Prends le bon.
Allez Vincent. Bon, une petite présentation succincte de Marlette. Marlette, à l'origine, c'est des préparations pour gâteaux. Donc cookies, fondants, brownies. Voilà, tu as tous les ingrédients secs, tu les mets dans ton saladier, tu ajoutes les ingrédients frais, tu les mets au four et tu te fais plaisir. Ensuite, c'est donc deux sœurs, Margot et Scarlett, donc la contraction fait Marlette, qui ont lancé ça, ces produits alimentaires-là. Et au bout d'un certain temps, elles se sont dit, mais en fait, est-ce qu'on n'ouvrirait pas des coffee shops? OK. Quoi de mieux finalement que d'ouvrir un lieu de vie pour faire déguster les fameuses pâtisseries Marlette? Donc c'est comme ça qu'est né le réseau de cafés, de cafés-restaurants Marlette aussi. Globalement, voilà, c'est ça Marlette. Initialement, en tout cas, c'était ça. C'était en tout cas avant, ça a été jusqu'à 5 points de vente, 5 coffee shops à Paris.
D'accord.
Donc le dernier a ouvert 6 mois avant le Covid. Voilà, on pourra s'en reparler après. Mais globalement, voilà, c'est ça. Donc des préparations pour gâteaux, donc avec un atelier de production à La Rochelle, donc avec beaucoup d'ingrédients issus du territoire local, donc avec une vraie volonté de bien sourcer avec des ingrédients de qualité. Et ensuite, donc des coffee shops à Paris, donc très orientés café de spécialité avec une offre de restauration pour compléter. Et voilà. Et après, dans la vie de Marlette, il y a eu différentes étapes. Voilà. Donc là, je peux passer la main à Thomas ou comme tu le sens sur...
Ouais, ouais, on peut peut-être se dire que ça, c'était Marlette avec les fondatrices. Et maintenant, il y a Marlette avec nous deux. Et à date, Marlette, c'est toujours les préparations pâtissières, mais surtout des cafés, donc des coffee shops avec deux adresses. Une qu'on a reprise et une qu'on a créée.
Toujours à Paris?
Toujours à Paris.
OK, bravo, félicitations. Alors justement, on va continuer à parler de ce changement. Pourquoi avoir baissé le nombre de points de vente? Qu'est-ce que vous avez changé depuis la reprise? Mais d'abord, je voudrais savoir à tous les deux, si on revient juste avant votre reprise, elle ressemblait à quoi, votre vie?
Thomas? C'était cool avant. Non, non, non, non, non, c'était une autre vie. Moi, j'aime bien construire ma vie. Enfin, je vais répondre pour moi, puis je te laisserai la main, Vincent. Moi, j'ai fait un parcours d'école de commerce très orienté alimentaire avec Vincent. On a, nous, une relation qui date de l'école, qui fait qu'on se connaît assez bien. En fait, on a eu une année ensemble en Angleterre.
D'accord.
Avec un cours en commun qui était création d'entreprise et lancement de produit.
Trop sympa.
Ça ne s'invente pas.
C'était le crash test.
C'était un peu ça. Et on a fait après nos chemins chacun de son côté. D'abord monter une structure qui avait pour but de lutter contre le gaspillage alimentaire en vendant des produits en ligne. On est allé chercher de l'argent, on s'est adressé à des fonds. Ces fonds nous ont amenés à rencontrer d'autres sociétés, notamment la société Nous Anti-Gaspi. Donc Nous Anti-Gaspi, c'est un réseau de magasins qui lutte contre le gaspillage alimentaire et qui cherchait à rajouter une brique e-commerce.
OK.
Voilà, je fais vite, on les a rejoints. On a monté le site internet marchand pour eux. On s'est amusé avec eux. On a dû éteindre ce site pour plein de raisons. On pourra s'en parler si tu veux. D'accord. Et on avait tellement bien vécu l'entrepreneuriat ensemble qu'on s'est dit on continue.
Trop sympa.
Et c'est comme ça qu'on bascule dans un deuxième projet entrepreneurial.
Très belle histoire.
Avec Marlette.
Vous basculez avec Marlette en quelle année?
On quitte Vincent et moi, nous, Antigaspi, en janvier, février 2024.
Cette première expérience entrepreneuriale, qu'est-ce qu'elle vous a apporté à tous les deux? Et même de manière individuelle, peut-être Thomas, de la confiance pour continuer ensuite ce nouveau projet avec Marlette?
Ouais, j'allais te répondre spontanément que ça nous a appris à encore mieux se connaître avec Vincent parce qu'on se connaissait de l'école, tu vois. Donc c'était Même si on travaillait vachement.
C'était bon, on a fait quelques soirées, mais non, mais tu vois, le groupe dont parle Thomas, c'est les projets à l'école. T'es 6 dans le projet et puis y en a 2 cons qui bossent. Bah, c'était nous, quoi. C'était Thomas et moi. On a testé un peu ce duo sur ce projet-là. Et mine de rien, pour nous, c'était rassurant de voir qu'en fait, on se complétait. Moi, plutôt sur la partie financière, Thomas plutôt sur la partie opération commerce. Ça permet de se rassurer sur le fait que si on repart ensemble, en fait, ça fait du sens, oui ou non, quoi. Même si on s'entend super bien. Quand on a testé notre duo sur ce projet, nous, anti-gaspi, en fait, tu testes plein de choses et aussi ta capacité à recruter, tu vois, à animer une équipe, à aller chercher des fonds. Cette notion-là, plutôt pilotage de la performance économique aussi. Mais en fait, il y a quand même une partie humaine qui est hyper importante et qu'aujourd'hui, c'est un enjeu hyper fort pour nous chez Marlette. Tu as des cafés-restaurants, donc c'est beaucoup les équipes qui font tourner l'activité, très concrètement.
Il y avait 5 coffee shops. Quand on a repris, il n'en restait plus qu'un. Bon, 2, mais...
Donc, il y en avait 5 à la création. C'est pas vous qui avez décidé de passer de 5 à 1, de ce que je comprends. Non. D'accord, les anciens propriétaires.
Oui, puis il y a la situation liée au Covid, tu vois. Parly 2, c'est un centre commercial. Il y en avait un autre au BHV. Bon, pendant le Covid, je t'apprends rien, mais plus personne n'allait dans les centres commerciaux. Et même après, tout le monde avait peur de retourner dans les centres commerciaux. Beaucoup trop de monde, etc. Donc, bon, quand t'as un commerce dans un centre commercial, ça fait très mal. Donc non, il y a eu rapidement la volonté de stopper les activités dans les centres commerciaux par la force des choses. Et après, il y en avait d'autres en centre-ville. Donc il y avait donc Martyrs, celui de la rue des Martyrs, que l'on a repris. On pourra s'en parler, pourquoi on a repris celui-là. Il y en avait un rue Faubourg Poissonnière qui existe d'ailleurs toujours, mais qui a été transmis et repris par une autre marque. Et un dernier qui venait d'ouvrir donc 6 mois avant le Covid, qui était rue Forest, place Carreau du Temple, dans le Marais.
Ça faisait partie de vos peurs à ce moment-là, justement, que l'activité marchait très bien sur les préparations, j'imagine, à faire à la maison et qu'on peut commander un peu partout, mais un peu moins sur les coffee shops. Est-ce que ça faisait partie justement de vos craintes que ça marche pas autant que ça a pu marcher au début?
On peut s'en parler si tu veux. En fait, c'est ce qu'on trouve aussi rassurant, je sais pas, mais moi, si tu veux, j'ai fait 6 ans dans le conseil en stratégie où quand tu signes un client, tu passes beaucoup de temps à faire l'état des lieux, à auditer. Là, c'est ce qu'on a fait pour la reprise. Quand tu fais une reprise, en tout cas en redressement judiciaire, mais je suppose que c'est pareil si tu fais une reprise, tu as une data room, tu partages de la donnée. Et nous, on a passé énormément de temps à cruncher la data et à rentrer dans les chiffres et du coup, à analyser toute cette documentation. Et en fait, quand tu fais ça, tu commences à te rendre compte quelle activité gagne de l'argent, oui ou non, et dans quelle proportion. Et du coup, est-ce qu'en face, est-ce qu'il y a le marché, oui ou non? Tu fais ton plan. Bien sûr. Ton plan de reprise. Nous, quand on a repris, c'est toute la puissance d'une reprise d'entreprise aussi, c'est que tu peux rentrer dans l'histoire de la boîte, donc souvent avec l'angle économique et aussi, du coup, aller rencontrer. Donc, tu vois, on a passé beaucoup de temps avec les dirigeantes et donc, c'est là où on a pu dessiner ce qu'on voulait reprendre et ce qu'on ne voulait pas reprendre. Et donc, non, c'était vraiment la partie café-resto qui fonctionnait bien.
Je suis super contente de lancer vivement la reprise avec notre partenaire Banque Populaire, première banque des entreprises en France depuis 16 ans selon l'étude Kantar PME-PMI 2025. Pour Pour réussir sa reprise, il faut avant tout être bien entouré. Alors selon le ministère de l'Économie, d'ici 2030, près de 500 000 entreprises chercheront un repreneur. C'est énorme et c'est un enjeu colossal pour nos régions. Et c'est là justement que notre partenaire Banque Populaire entre en jeu. Leur force, vous allez le voir, c'est de vous accompagner sur tout le parcours de transmission. Avant d'abord avec le diagnostic et la valorisation. Pendant aussi pour l'exécution et la structuration de financement. Et puis après surtout pour sécuriser votre projet dans la durée. Alors que vous soyez un professionnel de proximité, une PME ou une plus grande entreprise, Les conseillers professionnels, les chargés d'entreprise aussi et les experts dédiés Banque Populaire sont à vos côtés pour vous accompagner dans vos projets de reprise. Et puis, au-delà du conseil, Banque Populaire peut financer, peut garantir et même investir à vos côtés. C'est ce qui sécurise concrètement le repreneur, le vendeur et surtout ce qui assure la pérennité de l'entreprise. Pour anticiper votre projet, rendez-vous sur banquepopulaire.fr, le lien est dans la description. Merci encore mille fois à Banque Populaire de soutenir vivement la reprise. Je voudrais qu'on passe maintenant à la partie que j'appelle négociation. À quel moment et dans quel état d'esprit vous êtes justement quand Marlette apparaît un peu dans votre radar pour la première fois? Qu'est-ce que vous vous dites?
Nous, on sort tout frais de Nous anti-gaspi.
C'est tout récent.
On est très excités à retravailler ensemble, comme on se l'est dit. Vincent et moi, on a envie de reprendre. Et effectivement, quand on fait notre tournée d'adieu auprès des fonds d'investissement de Nous Antigaspi, on leur dit qu'on va continuer à bosser ensemble et on leur dit 2-3 mots qu'on veut faire une reprise alimentaire, un lieu de vie. S'il y a, c'est bien. S'il y a de la production, pourquoi pas. En tout cas, on veut rester dans un milieu qui touche à la food parce que c'est ce qui nous anime et c'est ce qui nous parle tous les deux. Et un des fonds nous dit, tiens, vous devriez regarder la situation de Marlette qui est en redressement judiciaire. Donc, c'est comme ça qu'on s'intéresse à Marlette. On s'intéresse à cette reprise à ce moment-là. Comme le disait Vincent, on s'inscrit pour avoir accès à la data room, on creuse le sujet, on se positionne sur la partie coffee shop et après, on construit donc un dossier de reprise. C'est assez structuré. On pose notre première candidature qui amène à avoir des retours sur cette candidature. Ça nous permet aussi de consulter les dossiers des concurrents qui sont aussi en train de vouloir reprendre.
Ça, c'est intéressant parce qu'on ne le sait pas forcément en tant que grand public quand on s'intéresse à la reprise. En fait, tu as accès aux dossiers de toutes celles et ceux qui candidatent aussi comme toi.
Tu peux aller consulter les dossiers physiquement seulement. Faut aller physiquement au tribunal.
Ah oui, au tribunal.
Tu peux aller ensuite demander à avoir accès aux différentes candidatures qui ont été déposées pour la reprise.
Et alors, vous, ça sentait bon?
Non, nous, c'était à La Rochelle, tribunal de La Rochelle. Donc fallait aller à La Rochelle déjà. Donc on a eu de l'aide pour ça. Quelqu'un qui est venu prendre en photo toutes les candidatures, qui est un acteur important, on pourra en parler aussi, et qui nous a permis de nous situer par rapport à nos concurrents. Et après, il y a un administrateur, j'oublie à chaque fois le nom, Oui, c'est ça, l'administrateur qui est là pour t'orienter. Et bah ça, tu devrais peut-être retravailler ce point-là, il est peut-être pas assez fort.
L'objectif, c'est d'aller de sa part, c'est d'avoir la meilleure offre, c'est ça?
OK, il y a pas mal de critères en vrai. Combien d'emplois tu sauves, combien d'argent tu mets sur la table, etc. Il y a des critères quand même très, tu vois, froids, objectifs. Mais je pense en fait, dans la, c'est très, si tu veux, tu as vraiment des étapes très claires comme le dit Thomas, c'est vraiment structuré. Mais effectivement, quand nous, on a repris. En fait, quand on a repris, quand on s'est mis dans le cycle, en fait, on est rentré dans un tunnel et on est sorti du tunnel au moment où on nous a remis les clés. Mais en fait, quand on te remet les clés, du jour au lendemain, tu deviens responsable d'un coffee shop. En plus, moi, il manquait du staff, donc je me suis retrouvé direct les mains dedans. Mais on voulait le faire. C'est juste que c'est tellement rapide et brutal qu'il y a un petit côté tu sors de ta zone de confort. Et ça faisait effectivement depuis plusieurs mois qu'on bossait, on était accompagné. On avait un avocat qui est spécialisé dans la restructuration, qui fait ça à Toute fin, c'est sa spécialité, son expertise. Donc on avançait pas, enfin il nous a vachement accompagnés, tu vois, on n'était pas, on n'était pas perdus. Maintenant c'était quand même nouveau et ouais, on est vraiment rentré dans un tunnel et on en est à peine sorti, ouais, quand on a, quand on a su qu'on avait été désigné repreneur, tu vois.
Et puis en plus on était à ce moment-là, on s'est concentré que sur ça, on n'a pas dit tiens on va aussi regarder un deuxième dossier en parallèle si jamais celui-là plante parce que À aucun moment, t'es dans la garantie que ça va être pour toi.
Plus, ouais, carrément.
Donc t'es accompagné par un conseil.
Vous avez eu combien de concurrents? Pardon, je te coupe.
Ouais, non, il y avait à la fin, il en restait 5. Donc ça, c'était pour le dossier numéro 2, la deuxième dépose de dossier. Parce que donc tu t'inscris à la data room, t'as accès aux informations, tu consultes donc toutes les informations que tu veux en complément, tu les demandes à l'administrateur judiciaire qui du coup s'adresse aux dirigeantes en disant il faudrait que vous rajoutiez ça parce que j'ai un potentiel candidat repreneur qui a envie de savoir ce qui se passait sur cette année, sur ce chiffre, etc. Donc lui, il nourrit la data room. Toi, tu consultes, tu audites. Dès que tu veux faire un rendez-vous, tu passes par l'administrateur. Je veux rencontrer les fondatrices, je veux aller discuter avec les gens du café, je veux aller voir l'atelier.
Voilà. Classique.
En parallèle, on va voir les banques pour avoir de l'argent. On va voir, on commence à créer une société alors qu'on ne sait pas si on va réussir à reprendre. Tu vois, tu construis tout ça parce que jusqu'au bout, tu ne sais pas. Tu déposes ton dossier 1, comme disait Vincent, tu peux le consulter. Tu fais une offre dite meilleure que le dossier 1 parce que tu vois ce qu'a fait le concurrent, mais t'en sais rien si lui va faire mieux ou pas. À la fin, tu fais un dossier 2, tu vas pitcher pendant 5 minutes auprès du juge ton dossier.
OK.
Qui Des dossiers, il en a comme ça, tu vois. Ton dossier, il l'a même pas lu avant que tu arrives. Tu as 10 minutes chrono en main, je crois que c'est 10 minutes. Et dans les 10 minutes, il faut que tu expliques ton plan de reprise, qui tu es, d'où tu viens, pourquoi tu es le meilleur, etc. Et tout le monde va faire pareil. Les 5 dont parlait Thomas, les 5 vont pitcher pareil.
Vous assistez au pitch des autres?
Non, non. Tu rentres, tu sors, tu te croises dans les couloirs.
Oh là là là là.
Non, c'est une belle épreuve, mais C'est formateur, mais ce que je veux dire pour répondre à ta question, c'est que mine de rien, effectivement, Thomas disait on n'avait pas de plan B, mais par contre, t'as énormément de gens qui sont obligés de te suivre parce qu'en fait, tu vas pas réussir à l'entreprendre tout seul, ton truc, tu vois. Alors, sauf si t'as les moyens et que nous, c'était pas notre cas, tu vois. Donc, on avait besoin de financement. Typiquement, les gens qui nous ont suivis sur le financement, on peut les remercier aujourd'hui parce qu'ils avaient aucune garantie qu'on allait gagner, tu vois. Alors, il y a une notion de confiance, c'est évident, mais c'était une épreuve, quoi.
Qu'est-ce qui a fait mouche selon vous dans votre dossier? Pourquoi finalement c'est le vôtre qui a été pris alors que vous me dites que, de ce que je comprends, il y avait du lourd en face?
En fait, c'est, je pense, notre capacité avec Thomas à créer du lien avec les gens avec lesquels on s'entretient, mais surtout d'avoir été vigilant sur le fait que tu as 5 critères. Si on les balaye, tu as combien d'emplois tu sauves, combien d'argent tu mets sur la table, est-ce que tu as la voix des dirigeants, Est-ce que tu as la voix des salariés? Il y a une personne qui est élue représentante des salariés qui va voter pour toi. Et la voix de l'administrateur judiciaire. Qu'est-ce qu'il en pense lui aussi? Donc tout ça, nous, on était— en fait, on a travaillé ces 5 points-là à fond. Et puis bien sûr, il y aura peut-être un 6e qui est quand même qu'est-ce que tu veux faire? Ton projet. Donc ces 6 points-là, on les a bossés à fond. Je vais te dire, l'administrateur judiciaire, il essaye de ne pas te rencontrer. Normalement, il n'a pas de raison de te rencontrer, donc tu ne vas pas réussir à le convaincre. Mais lui, il va s'informer différemment. Il va discuter avec les dirigeants, il va consulter ton dossier, il va lui aussi avoir un avis. Mais normalement, tu le rencontres pas. Nous, on a réussi à le rencontrer, mais pour justifier un peu les choses autrement, pour lui expliquer, essayer de lui expliquer ce qu'on voulait faire. Il a bien voulu accepter. Pour te donner un exemple précis, ça, c'était notre seule interaction avec lui. Mais les autres critères dont j'ai parlé, on les a travaillés à fond.
Si on parle d'argent maintenant, pas du tout des montants, mais du risque personnel que vous, chacun, vous avez pris, qu'est-ce que vous mettez vraiment sur la table? Est-ce que vous hypothéquez une maison? Est-ce que vous vous mettez en risque? Ça aussi, dans la reprise, on se dit il faut quand même des moyens. Vous me dites que vous avez des investisseurs, mais qu'est-ce que vous, ça vous a coûté quelque part?
Ouais, je peux vous dire, mais c'est que nous, Day One, on n'a pas d'investisseurs. On reprend avec nos économies et les banques, elles prennent sur des garanties perso. Voilà, très concrètement, je te réponds de manière brute parce qu'évidemment, t'imagines, tu vas à une banque, tu dis on va reprendre une boîte qui est en redressement judiciaire. Autant te dire qu'il y a tous les voyants rouges qui s'allument direct, comme sur ton pad. C'est vraiment un truc instantané, donc il faut réussir. Et nous, on s'est fait accompagner pour le financement aussi. Donc ça, je le recommande à toute personne qui souhaite reprendre. Et on peut se parler après plus en détail avec ces personnes-là, mais de se faire accompagner, sauf si on a le réseau et c'est super, super. Mais si on n'a pas le réseau, on s'est fait accompagner pour obtenir des financements non dilutifs. Donc sans investisseurs vraiment bancaires. Donc trouver une banque qui, dans ce contexte-là, te suit, bon, il fallait quand même, voilà, c'est pas évident. Et nous, après, parallèlement, en tant qu'entrepreneur, soit tu as la chance d'avoir les moyens de te présenter avec tes propres moyens financiers. Nous, c'était partiellement notre cas, tu vois, on avait quand même possibilité de mettre un petit peu, mais il fallait quand même qu'on ait, et d'ailleurs même le tribunal le valorise, le fait que si tu as beaucoup de moyens, Tant mieux, c'était pas notre cas. Et donc valorise le fait que tu arrives avec des LOI de potentiels autres investisseurs, business angels et des banques, de dire en fait, nous, en l'occurrence, on en avait 2 qui étaient prêts à financer le projet s'il y avait reprise et tel projet de reprise, c'est-à-dire le nôtre, quoi, tu vois, la configuration que l'on avait annoncée et projetée sur des fichiers Excel.
Évidemment.
Elle est jolie. Donc voilà, pour te répondre sur la partie combien on a mis sur la table.
Vous avez toujours été d'accord, tous les deux?
Non, non, non, on n'a pas toujours été d'accord, mais on a toujours trouvé le consensus. C'est assez simple, en vrai. Je pense qu'on a une capacité à s'écouter, à faire le chemin vers l'autre pour comprendre comment il a réfléchi à ça. Et au quotidien, ça nous aidait vachement chez Nantes ESPY, ça nous aide énormément aujourd'hui. Et Vincent parlait de duo pour entreprendre. Moi aussi, je ne me verrais pas faire ça tout seul parce que j'ai besoin du ping-pong permanent pour me rendre compte qu'on va dans la bonne direction ou qu'on est en train de se planter, mais on y va ensemble et ça va être assumé tous les deux, tu vois. Et ça, c'est important. J'ai une réponse pour toi. Vas-y, Thomas. Hier, on a vu quelqu'un qui est dans le monde du coffee shop aussi.
Ah non, pardon.
J'ai une petite thérapie de...
Mais on lui a raconté pareil ce qu'on a, notre parcours. Et ce qu'on n'a pas dit ici, c'est qu'on a été coloc dans le cadre du travail chez Nous Anti-Gaspi. On vivait dans des lieux différents, même dans des pays différents. Et tous les deux, on est allés s'installer à Rennes alors qu'on a nos familles. On est allés s'installer à Rennes pour le projet Nous Anti-Gaspi. On prend un appart, on est coloc.
Pendant 2 ans.
On vit ensemble.
2 ans?
Ouais, vraiment.
Il y a des allers-retours, tu te doutes.
Ouais, il y a des allers-retours. C'est pas du temps plein.
Évidemment, quand t'as vécu ça, en fait, il y a zéro problème derrière.
Petite anecdote, je revois Thomas couper les endives et faire la salade d'endives pendant que je lui pitche un truc et il me dit, ouais, attends, non, c'est pas sûr. Bon, tu vois, donc c'est pas commun, mais on est conscient de ça. On est conscient que ce duo, C'est génial. Et sur des bases solides, quoi.
Bon, on passe au premier jour chez Marlène. Donc, on quitte Rennes, on quitte cette aventure. Vous arrivez chez Marlène, ça y est, vous avez les clés de la maison. Comment ça se passe?
Alors, tu as raison de le dire comme ça parce qu'on a les clés, c'est-à-dire que du jour au lendemain, tu as tout ton programme pour au cas où c'est toi qui gagnes, qui remportes le dossier de reprise. Et effectivement, je ne sais jamais, on t'appelle ou on a reçu un mail, je ne sais jamais.
En fait, non, c'est Paul, qui est le mari de Scarlett et qui est DAF à ce moment-là de l'entreprise et qui est un des interlocuteurs privilégiés du mandataire et qui arrive avec la clé physiquement.
Non.
Oui, si, si, le 7 mai et qui me dit, vous avez gagné. Clac. Alors, en vrai, on avait déjà, parce que comme je t'ai expliqué, on était accompagné par un avocat spécialisé là-dedans. Lui, pour le coup, l'avocat est présent quand on pitche. Et il en a tellement vu des pitchs que quand on sort, il nous dit, ça va être vous. Mais évidemment, on le regarde, il ne sait pas.
C'est pas lui qui sait.
Il ne sait pas, tu vois. Et lui, il n'a pas vu les autres pitchs non plus. Mais c'est vrai qu'il a cette capacité à nous donner cette information-là. Mais en vrai, tu as beau te dire, ça va être moi. Franchement, tu sais pas. Tu n'as aucune information jusqu'au 7 mai. Le jour où il vient avec les clés, il dit, voilà, du café. Donc là, on est à ce moment-là, je suis devant le café de la rue des Martyrs, il me donne les clés. Paul, je me rappellerai vraiment, je pense, toute ma vie. Il me dit voilà, ça y est. Donc ce jour-là, le 7 mai, l'équipe faisait un gros nettoyage du café pour ouvrir le 8 avec notre société comme société d'exploitation, donc repreneur, tu vois. Et d'ailleurs, petite anecdote, c'est pas des trucs très concrets, mais on est tout de suite allé acheter un TPE, tu vois, un outil de paiement, parce que pour mettre notre outil de paiement, notre solution de paiement, pour que ça vienne sur notre, tu vois, compte bancaire, c'est vraiment un truc très concret, mais ça, commencer par ça, tu vois.
Il faut bien gagner des sous et dès le premier jour.
Oui, mais on aurait pu utiliser le TPE en place, ça aurait pas été le bon compte bancaire. Enfin, tu vois, c'est des trucs comme ça, on te l'explique pas.
Oui, c'est vrai.
Voilà. Et on voulait faire de l'immersion, c'est évident qu'il fallait qu'on passe du temps physiquement sur le terrain, dans le café. Et en fait, très rapidement, il y avait un sujet de sous-staffing sur cette semaine-là. Par la force des choses, alors que je m'y étais pas vraiment projeté, si tu veux, là-dedans, En fait, du jour au lendemain, tu te dis, bah allez, bam, tu deviens, tu es en salle, tu fais du service. En vrai, j'en ai jamais fait, donc tu vois, bam, là-dedans. Alors en l'occurrence, moi je suis dans le duo, je suis le barista, donc je suis passionné de café. Thomas, lui, avait déjà fait du service, mais à ce moment-là, du coup, j'ai pris la machine à café que je n'avais jamais utilisée, j'ai appris à la faire fonctionner et bam, j'étais barista sur 2 jours à fond avec les équipes pour tester le métier, quoi, tu vois.
Et c'est vrai que pour se parler de reprise, jusqu'au bout, tu ne sais pas. Donc, alors effectivement, tu as des sentiments, tu as des impressions, tu as le conseil qui te dit par expérience, c'est bien parti. Mais jusqu'au bout, tu ne sais pas.
Parce que c'est un process qui dure combien de temps? Pour vous, ça a duré combien de temps?
Ça a été très rapide puisque, tu vois, on a quitté le Monty Gatsby février, on a repris en mai. Donc, ça a été très court. Mais la moyenne, c'est pas ça. La moyenne, je sais plus. C'était entre 12 et 18 mois normalement une reprise parce que tu fais des dossiers, tu prends ton temps pour analyser. Nous, on s'est mis dans un tunnel et on a bien fait puisqu'on l'a eu.
Marlette, on fait juste un petit récap. Il y a combien de points de vente?
Donc, il en restait. En fait, nous, on en a repris qu'un, celui rue des Martyrs.
Il en restait 3.
Il en restait 3 et vous en avez repris un.
Un fermé, un déjà en exploitation mais qui était déjà partiellement repris et nous, celui de la rue des Martyrs. Celui qu'on a repris.
Déjà, là où vous vous êtes aidés, c'est qu'en faisant ce choix de n'en reprendre qu'un, vous êtes physiquement, et c'est déjà pas mal, dès le début dans un seul. Vous n'avez pas besoin de faire des allers-retours.
Ça faisait partie des sujets parce qu'on se réfléchissait aussi à prendre l'autre. C'est que, en fait, c'est bien quand même d'apprendre le métier avant de déployer un réseau, déployer un parc. Parce que si tu connais pas ce que tu fais, on voit mal, nous on se voyait mal en tout cas, le dupliquer et développer un parc de coffee shops sans avoir passé du temps à dans un de ces coffee shops, quoi.
Oui, et puis celui rue des Martyrs, c'est le premier. Il y a quelque chose, tu vois, il y a un côté, il y a une image pour moi derrière de dire c'est avec celui-ci qu'elles ont démarré et on va le faire perdurer. Voilà, c'est quelque chose.
Et puis tu vois, dans la reprise, donc, puis c'est le cas de toutes les entreprises, mais tu as tes forces et tes faiblesses. Celui-ci, c'était un de ceux qui performait le mieux. Et donc on avait beaucoup de choses à apprendre. Pourquoi celui-là, il marche bien, en fait? Et qu'est-ce qu'on va dupliquer demain? Parce que c'était notre projet. Du coup, tu as ta question de te dire, mais en fait, quand tu reprends, comment ça se passe? En fait, tu as quand même un plan à la base. Tu tiens un plan au tribunal. En fait, tu te dis, bah allez, je vais exécuter mon plan. Après, ça se passe jamais comme tu imaginais. Parce que typiquement, j'avais pas moi projeté, même dans mes viscères, je m'étais pas dit, demain, mec, tu vas être barista pendant 2 jours, 3 jours, je sais plus. Tu vas te faire secouer comme un... Mais il fallait passer par là et c'était très bien. Mais c'est vrai que comme tu l'imagines pas, tu sors un peu de ta zone de confort et ça te secoue un peu, tu vois. Puis après, tu exécutes ton plan. Donc, mine de rien, nous, on avait réfléchi au plan de reprise et au développement. Donc après, petit à petit, tu reprends un peu de hauteur et tu travailles sur ton projet de reprise, tu vois, plus macro.
Vous avez changé les process. Combien de temps ça a mis pour mettre en place ce qui était nécessaire pour justement soigner un petit peu la trésorerie et que la boîte reprenne son souffle? Thomas?
On a repris donc les équipes avec leurs habitudes. Et donc on a repris les fournisseurs, on a repris les machines qui étaient là, toute la base. Et nous, on est venu dépoussiérer certaines choses qui étaient installées depuis un certain temps sur des habitudes de service. Sur des outils et on est allé tout de suite dans le plan dont parlait Vincent. On est allé chercher des petits trucs faciles pour aller gagner de l'argent, notamment sur certains fournisseurs. Moi, j'ai refait une passe avec certains en leur disant, ça, il faut qu'on retravaille. On a retravaillé la carte, mais en progressif. On a gardé le café, on a gardé certains plats, mais on a rajouté quelques boissons. On est allé remettre un petit peu ce que pouvait plus permettre de faire Marlette au fur et à mesure. Et après, il y a eu un— je laisserai Vincent en parler sur la partie outils, parce que nous, on a récupéré un café avec déjà un système de paiement qui était installé, mais il n'était pas raccordé au TPE, une comptabilité qu'on avait voulu faire à notre manière. Donc ça, on a pris un outil particulier et on a surtout travaillé Google Le référencement en ligne, la note Google. Et voilà, il y avait un peu de travail.
Dans le plan de reprise, il est concret. Tu sais que tu as pas mal d'actions que tu veux mener parce que tu vois d'où tu pars et tu sais où tu veux aller. En tout cas, tu projettes ta destination et pour y arriver, on fait appel à tout ce que nous, on a pu, notre expérience. Moi, j'ai bossé après KPMG, j'ai fait que du online. En fait, j'étais dans le digital. J'ai bossé chez Yelp à Londres. Et derrière, j'ai monté mon business en ligne de vente en ligne, donc c'est du e-commerce. Il y a eu le sujet e-commerce avec toi chez Le Nantigaspi. Donc en fait, quand on a repris Marlette, on savait exactement ce qu'on voulait faire. Tu vois, le parcours client, il était, pour nous, il était pas abouti. On pouvait faire beaucoup mieux. Et parmi les sujets, il y avait un gros sujet acquisition. Comment on fait venir les gens, tu vois, chez Marlette, quoi? Et donc ça, on l'a tout de suite travaillé. Donc Thomas parlait de référencement, Google. Donc c'est parmi les sujets, il y avait ce sujet-là qui est très important, tu vois, les avis Google. Et tu vois combien de temps ça a pris. Je pense qu'aujourd'hui, là, là, ça a pris quand même beaucoup de temps, mais là on commence à être content de ce qu'on a réussi à faire. Donc tu vois, ça a pris du temps, même si ça reste qu'une année.
Mais vous êtes assez serein maintenant et confiant sur ce que vous avez créé?
Alors oui, ça c'est les choses, les choses sont vite instables, donc surtout dans ce domaine-là, j'imagine. En tout cas, on est content de ce qu'on a réussi à mettre en place.
Est-ce que vous, vous avez commis tous les deux une erreur que vous regrettez aujourd'hui dans ce process de reprise et dans les mois qui ont suivi?
Je sais pas si c'est des grosses erreurs, mais des erreurs, c'est sûr. Mais les grosses erreurs, je pense qu'on a la chance d'être deux. Donc, en reculant, on les fait pas.
Il n'y a pas eu de mise en danger. Il n'y a pas eu de mise en danger, mais notre plus grosse erreur, c'est celle qui fait quand même notre force aussi. Parfois, on peut se déconcentrer, être en défocus sur des trucs plutôt que de se dire, tiens, on fait que ça et puis on le fait bien. On est toujours tenté par se dire, tiens, on pourrait faire un petit truc en plus. Je vois ça comme une belle erreur.
Et les 100 premiers jours, ceux qui comptent peut-être le plus, qu'est-ce qui vous a le plus surpris? À la fois chez vous, intérieurement dans cette aventure et dans l'énergie qu'on y met? Et j'ai l'impression, parce que je comprends que vous mettez beaucoup, beaucoup d'énergie dans tout ce que vous entreprenez et aussi dans ce que vous avez repris. Est-ce que vous avez eu une mauvaise surprise? Un truc?
Justement, j'allais rebondir en disant ça. Je pense qu'on a tellement taffé qu'il n'y a pas eu de mauvaise surprise.
Après, tout était contrôlé quelque part.
En tout cas, on avait fait en sorte de ne pas avoir de mauvaise surprise. Je ne pense pas que tout était contrôlé, mais après, tu découvres Tu t'imagines, tu projettes quelque chose, par exemple les équipes, tu vois. Tu te dis, ben, elles avaient des habitudes. À quel point elles ont des bonnes ou des mauvaises habitudes? Ça, tu le sais pas vraiment. Donc ça, il y a eu des découvertes, pas forcément des mauvaises découvertes, tu vois, mais tu t'en rends compte, quoi, très, très concrètement quand tu passes du temps avec elles. Et non, mais il y a peut-être en positif les clients, tu vois, le fait que tu as des clients très fidèles, des clients qui te parlent de Marlette en très, très bien. En fait, qui viennent valoriser tout le travail que les filles, les fondatrices, ont fait. Tu vois, des clients qui viennent, en l'occurrence des clientes qui viennent d'assez loin pour venir acheter les préparations pâtissières dans le café. C'est des choses plutôt comme ça qui viennent te rassurer sur le choix que tu as fait de reprendre Marlette. Et typiquement, on s'était posé la question même de se dire, en fait, on pourrait reprendre et puis appeler ça Thomas et Vincent, tu vois. En fait, non, Marlette avait quand même de la valeur, tu vois. Ça aussi, c'était plutôt en positif.
Qu'est-ce qui a été plus dur, si on continue sur la lancée des premiers, après on repart dans le positif, mais vraiment dur humainement? Est-ce que c'est de licencier quelqu'un qu'on connaît pas et avec un coût financier? Est-ce que c'est le coût peut-être familial ou personnel que ça génère d'être investi pendant des semaines et des semaines au début, justement, dans la reprise? Est-ce que, ou est-ce qu'au contraire, en fait, vous étiez tellement habités par cette mission nouvelle que ça n'a pas vraiment été un coup?
Moi, je pense qu'on était habités. Donc moi, je vois pas le— Tu vois, moi, je suis un ancien sportif de haut niveau et quand je m'inscris à une course, ça va être dur en vrai. Tu vas devoir t'entraîner, ça va être dur, tu vas te blesser, tu vas pas y croire, mais tu vas te relever, tu vas repartir à l'entraînement et puis Et puis à la course, tu vas te dépouiller, quoi. Pour moi, c'était ça. Donc, je n'étais pas dans un terrain nouveau et je ferais le parallèle comme ça.
Aujourd'hui, avec le recul, c'est quoi la plus grande différence entre ce que vous pensiez reprendre et ce que vous avez vraiment repris?
C'est une bonne question. Je pense que tu as une vraie réponse. Disons que dans le cadre de la reprise, on avait Je pense qu'on savait qu'on reprenait Marlette et ce que ça voulait dire, mais il y a un petit curseur sur la notion de café.
En fait, moi typiquement, quand j'étais à Londres chez Yelp, j'ai eu la chance, je le formule comme ça parce que c'était tellement naturel, de rencontrer le fondateur de Joe and the Juice. Je sais pas si ça te parle, Joe and the Juice.
Bien sûr. Comment on peut présenter Joe and the Juice pour celles et ceux qui ne connaissent pas?
Une grande enseigne de vins. Ils ont 450 vins. Et c'est ça. Voilà. Et c'est du snacking, c'est du sandwich, jus et coffee en takeaway. Un peu à la Starbucks, on passe sa commande d'un côté du comptoir, on va la récupérer de l'autre. Danois, il me semble.
Danois? Ah ouais.
Tout à fait. Et ça cartonne. Quand je vois arriver Marlette, je me dis, waouh, tu vois, on va faire du coffee shop côté sud.
Il y a un truc à faire.
Et en fait, c'est le cas, c'est le cas, attention. Mais c'est vrai que Si on dit café-restaurant, on pourrait presque dire restaurant-café, tu vois, chez Marlette. Parce qu'en fait, la partie restauration est très, très importante.
En termes de chiffre d'affaires et en termes de consommation.
Tout à fait. Et de temps passé par les clients chez nous. Vraiment, tu vois, versus la partie coffee. Même si tu as énormément de gens qui vont consommer du coffee, tu vois.
Et c'est vrai que moi, je vois plus Marlette d'un point de vue tout à fait extérieur. Je l'ai toujours vu plus comme un restaurant que comme un lieu de café. Comme un coffee shop.
Ouais, ça m'étonne pas. Après, je pense que tu peux faire évoluer et tu peux, enfin, si tu veux, pour autant, Marlette pourrait malgré tout être positionnée plus fort sur la partie café, sans problème. Tu vois, avec un lieu qui serait peut-être destiné juste à ça, par exemple, juste du thé.
C'est vrai.
Malgré tout, ce qu'on reprenait, c'était un coffee shop, mais un coffee shop pas au sens puriste. Tu vois, je te fais juste du café, mon gars, du très bon café. Et non, en fait, Marlette, c'est un café-restaurant. Et ça, c'est vrai que moi, je l'ai plutôt découvert, ou même dans mon esprit, les choses se sont clarifiées au fil du temps, par la compréhension de ce qu'on avait repris, vraiment.
Thomas, quand tu regardes Marlette aujourd'hui, qu'est-ce que tu ressens en premier?
Marlette, pour moi, c'est toujours une très belle marque qui avait été fondée par deux sœurs très inspirées sur comment on pouvait faire de la pâtisserie gourmande, généreuse, mais saine par rapport à un environnement concurrentiel où il y a plus de produits transformés. Et je suis très heureux de prendre ce relais-là et de contribuer à ce que Marlette renaisse.
Qu'est-ce que vous referiez différemment, peut-être, Vincent, avec le recul?
Écoute, de nouveau, je pense que le fait qu'on ait fait un vrai travail amont de reprise, j'ai pas l'impression qu'on se soit, tu vois, qu'on ait tracé une route ici puis qu'on se soit retrouvé là, tu vois. Et donc pour cette raison-là, j'ai envie de te répondre que je vois pas ce que je ferais vraiment différemment, si ce n'est ce que disait Thomas tout à l'heure, peut-être avoir plus confiance en soi et accepter et renoncer, faire des choix, tu vois, comme le conseil disait à Thomas, enfin nous disait, ça va le faire avec cette offre-là. Il n'y avait pas besoin d'en faire plus.
À quelqu'un qui s'apprête à reprendre justement une entreprise, qu'est-ce que vous auriez envie de lui dire sans le rassurer évidemment à tout prix et lui vendre un monde des Bisounours? Parce qu'on a bien compris que ce n'était pas le cas. Mais qu'est-ce que vous lui diriez? Vous en rencontrez d'ailleurs des futurs repreneurs qui viennent vous écouter?
Oui, tout à fait. On a la chance, je ne sais pas, mais en tout cas, on est très contents de rencontrer de temps en temps les membres de France Entreprises. Qui est une société qui se dédie à accompagner des repreneurs. D'ailleurs, toute configuration d'entreprise, pas juste des entreprises qui sont en redressement judiciaire, mais vraiment des repreneurs d'entreprises qui sont à céder et à reprendre. C'est les cycles, c'est important. Il n'y a pas que les sociétés en redressement à reprendre, bien au contraire. Et moi, ce que je dirais, c'est que ce n'est pas facile, mais ça a été notre force sur ce dossier-là, c'est de passer du temps à savoir ce qu'on va reprendre, Et les relations avec les investisseurs, les partenaires bancaires, comment on aborde ça aussi?
Puisque j'imagine que c'est quand même la clé au sens où il y aurait eu—
Tu vois, quand nous on a fait cette entreprise-là, on a projeté le business plan, on était rassurés. Donc je pense qu'on a fait, on a transmis ce sentiment de confiance aux autres qui nous ont fait confiance. Donc on a cherché quand même pas mal de personnes, on a pitché le projet pas mal de fois. On a eu beaucoup de refus et quelques, heureusement, quelques validations. Mais ce que je veux te dire, c'est que, en fait, cette... Je suis désolé, j'ai perdu le fil de ta question.
Non, pas de souci. La relation avec l'investisseur?
Si tu veux, c'est pareil. C'est que comme on a exécuté ce qu'on avait dit qu'on ferait, forcément, c'est beaucoup plus facile.
C'est bien passé.
Et c'est une chance. Je vais être honnête, c'est une chance que je sais à quel point la réalité de l'entrepreneur, c'est pas ça en théorie. Et je pense que ça, c'est un truc qui est beaucoup plus existant quand tu démarres from scratch d'une page blanche et beaucoup moins quand tu démarres de quelque chose d'existant parce que tu as plus d'imprévus peut-être. Exactement. Si tu as le vent qui souffle dans l'autre sens, quand tu as vraiment rien et pas de base solide, tu peux vite changer de direction. Là, sur Marlette, sur cette reprise, et je pense que c'est le cas aussi d'autres sociétés, en fait, tu n'as pas les mêmes bases. Et c'est ce qui fait que même si tu as le vent qui pousse un peu dans l'autre sens, tu peux quand même garder ton cap.
Hyper intéressant.
Donc pour les investisseurs et les banques, aujourd'hui, je pense qu'ils sont contents parce qu'ils— mais bon, voilà, nous, on parle de forme de facilité. Quand tu vois, tu vois, le Café de la rue des Martyrs, il a ouvert en 2014, nous on le reprend 10 ans après, tu as quand même l'historique, donc tu sais à peu près quel chiffre d'affaires tu vas faire, tu sais à peu près quelle rentabilité tu vas dégager, etc. Donc c'est rassurant, même pour nous en vrai. Tu vois, même pour nous, c'était sincère, c'était des bases solides.
C'est un vrai avantage d'ailleurs de la reprise. Moi, quelqu'un qui viendrait me parler d'entrepreneuriat, j'aurais tendance maintenant à lui parler de reprise.
Les équipes, ce sera l'une de mes dernières questions, il a fallu les rassurer. Comment ça s'est passé? Parce que là aussi, tu vois, quand on reprend une entreprise, t'arrives dans une boîte qui n'est pas la tienne, avec des gens généralement que tu n'as pas recrutés toi-même. Comment ça s'est passé? Est-ce qu'il y avait de la méfiance, de la défiance, ou au contraire, ça a été plutôt fluide parce que là aussi, vous les aviez rencontrés plusieurs fois, de ce que je comprends, en amont et qu'il y a eu pas mal d'étapes quand même.
Oui, c'est ce que tu dis, c'est-à-dire qu'on s'est beaucoup vus. Et mine de rien, au début, tu te renifles un peu. Puis après, tu prends des habitudes parce que tu connais la personne. Et ce qui a été très bien, c'est que le jour effectivement où on récupère les clés du café, t'es pas avec des inconnus. T'es avec des gens qui, un, te disent dans une certaine mesure, finalement, Marlette continue, donc mon job continue, donc moi, je suis content.
Et donc, tu... Ça ne les met pas en insécurité.
Ça ne les met pas en insécurité, mais très vite, comme je le disais aussi tout à l'heure, il y a des habitudes. Il y avait une manière de faire qui n'était pas la nôtre. Et donc, tout doucement, t'as une mécanique de changement à mettre en place. Et donc, c'est de l'humain, donc tu prends du temps et tu répètes, tu fais, tu montres, tu essaies de montrer l'intérêt. Je te donne un exemple très précis. Quand on a changé le TPE, on a pris un TPE qui demandait des tips.
OK.
Au début, l'équipe nous dit, tu te rends compte, ça veut dire qu'on va quémander en automatique des tips. Alors qu'ils avaient l'habitude d'avoir juste des pièces. Bon, en gros, il y avait par mois 200€ de tips en pièces pour toute l'équipe. Et le mois d'après, on installe le TPE, 500€ par personne en tips.
Ça n'a rien à voir.
Je pense que ce changement-là, ça a été un beau changement pour eux. Donc ça prend du temps, là je le résume en 2 minutes quand comme si c'était évident, mais...
Non, mais là, c'est un exemple très concret de ce que ça peut changer aussi. Une décision qui paraît toute simple et un peu idiote, en fait, a un impact colossal.
Au début, il y avait... Je reviens sur ce sujet-là parce que tout à l'heure, on parlait, ça laissait entendre que Marlette méritait cette note de 3,9 ou 4. C'est pas vrai. Marlette a toujours fait des bons plats. Les pâtisseries ont toujours été excellentes. Nous, on n'a pas révolutionné les recettes. On s'est plutôt inscrit dans ce qui a été fait. Mais on a juste cultivé cette culture d'aller chercher des avis Google sans être intrusif, sans être collant.
Comment vous avez fait d'ailleurs?
T'as plein de mécaniques assez simples. Déjà, tu peux faire du paiement à table. Du coup, t'invites. Une fois que t'as fait ton paiement à table, t'es déjà avec ton téléphone, donc t'as juste l'étape d'après de mettre l'avis Google. Et puis après, on travaille nous avec un outil de fidélité qui s'appelle Pongo et qui met en avant des mécaniques pour pouvoir inviter à laisser un avis Google en échange d'un café. Parce que moi, je trouve que la restauration, on se parle souvent d'emplacement, d'emplacement. Mais pour moi, il y a l'emplacement, l'emplacement, ce qu'on y mange pour que ce soit bon. Et aussi, comment tu entretiens tes clients et de quelle manière tu le fais.
Bon, vos actualités?
Elles sont chaudes. Ça patine, ça patine. Non, bah écoute, dans le plan de reprise, il y avait le projet de développer un parc de coffee shop.
Génial.
Bon, je pense que je t'apprends rien, tu devais aussi te douter qu'on voulait aller vers ça, mais le doute, voilà. Et donc l'idée, effectivement, c'est d'en ouvrir au minimum un à deux par an. Sur les prochaines années. Donc là, on a ouvert, l'idée c'était de passer du temps sur le premier pour vraiment apprendre, en fait, très concrètement. Tu as beau le projeter, tu apprends en y passant du temps. Donc on a mis volontairement du temps à ouvrir le deuxième, entre guillemets volontairement du temps. C'est-à-dire qu'on n'en a pas ouvert un la première année, on en a ouvert un la deuxième année. Et maintenant, on sait comment quelque part dupliquer. Eh bien, on projette d'en ouvrir d'autres, voilà, un à deux par an dans les prochaines années.
C'est pas mal.
Donc c'est en cours.
Il y a du boulot.
Vous n'allez pas vous ennuyer. Non, non, non, tout à fait. Après, c'est des cycles qui sont très longs. C'est peut-être probablement... C'est un peu comme la cession d'entreprise d'ailleurs, ou la reprise. C'est des cycles qui sont longs. Il faut trouver le local. Une fois qu'on a trouvé le local, il faut rencontrer le bailleur, il faut rencontrer le cédant, etc. Ça peut prendre du temps. Alors s'il y a quelque chose à céder, ça peut être une location pure. Mais voilà, il y a tellement d'interlocuteurs. Après, il faut financer tout ça. C'est quand même des cycles qui sont longs.
Pour celles et ceux qui nous écoutent et qui risquent de se poser la question, donc aujourd'hui on peut vous retrouver rue des Martyrs, rue des Abbesses, rue des Abbesses, au 45, 51 rue des Martyrs, 45 rue des Abbesses. En ligne?
Non, enfin oui, on a un site internet bien sûr, mais il n'y a rien, il n'y a pas de site marchand.
D'accord.
Et puis prochainement dans d'autres rues de Paris.
Suspense, vous viendrez nous en parler. Bon, merci en tout cas d'avoir été parmi nous aujourd'hui. C'était un immense plaisir de vous recevoir. Évidemment, chers auditeurs, n'hésitez pas à commenter ce que vous voulez voir des repreneurs qu'on reçoit. Si vous avez des questions pour nos invités aussi, les moments marquants, les insights de l'épisode, on est là aussi pour vous faire réagir, vous écouter et répondre à vos questions dans le cadre de ces épisodes. Merci beaucoup à tous les deux, on vous souhaite tout le meilleur. Ça a toujours été un plaisir de venir chez Marlette, donc j'y retournerai dans d'autres adresses maintenant.
Continuez, merci beaucoup. Salut, au revoir.
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