Elle attaque sa banque pour sauver sa reprise d'entreprise - My English School (Déborah Guillotin)

In this French‑language interview, entrepreneur Déborah Guillotin recounts how she acquired and grew My English School Lyon during the COVID‑19 crisis, navigating a contentious bank dispute to secure a state‑guaranteed loan (PGE) and confronting unexpected URSSAF debt. She explains the cash‑flow crunch, the decision to make employees shareholders, and the costly mistakes made with early accounting advice. Guillotin details her tax optimisation approach—paying only €189 000 corporate tax on nearly €8 million revenue—by leveraging deductible expenses, a SARL structure, and a 45 % charge rate, while critiquing the French fiscal system’s uneven burden on small artisans versus larger groups. She argues that France’s generous public education should be repaid by those who benefit from it, and she denounces the brain‑drain mentality. Guillotin also shares her evolution into a business‑angel, investing only in ventures that serve humanity and come from modest backgrounds, citing her own upbringing in a cité and the support she received. She highlights the company’s rapid expansion through franchising (centres in Nice, Dijon, etc.), the recruitment of pedagogical advisors, and the recent Trustpilot accolade (16 categories, 4.9/5 rating). The interview closes with Guillotin’s core message: French entrepreneurs should stay in France because the country needs them, despite its imperfections.
Chapters
Je dis à Luigi, écoute, moi je m'en vais, on s'entend plus. Il me dit, qu'est-ce qui peut te faire rester? Et je lui dis, si tu me vends la boîte.
C'était quoi ta première erreur?
Je rachète une boîte, je savais même pas ce que c'était que l'URSSAF. À ce moment-là, j'étais vraiment complètement folle, c'est que je n'avais fait aucune de ces recherches-là.
Faut quand même sauver la trésorerie en attendant de vendre.
On était à -50 000 € sur les comptes.
Ah oui, quand même.
On est en découvert autorisé avec la banque. Le lendemain de l'achat, je reçois littéralement un accusé de la banque qui me dit, vous avez 30 jours pour combler le découvert. On vous l'a pas donné à vous, on l'a donné à l'Italie. Et là, je t'avoue qu'à ce moment-là, je te jure c'est vrai, j'appelle la BPI en pleurs. On était 6 collaborateurs.
Aujourd'hui, vous êtes combien?
On est 130.
Ah ouais, quand même!
Ne croyez pas un conseil qu'on vous donne sans vérifier. Le premier conseil qu'ils m'ont donné m'a coûté 200 000 € 2 ans plus tard.
C'était quoi le conseil?
Ils m'ont conseillé...
Bienvenue dans Vivement la reprise, le podcast qui raconte l'envers du décor de la transmission d'entreprise avec zéro tabou. On vous plonge dans ce moment précis où tout bascule: des négociations tendues, les premiers face-à-face avec les équipes et puis des enjeux de pouvoir et surtout des rencontres. Parce que reprendre une entreprise, c'est entrer dans une histoire qui est pas forcément la vôtre, des parcours intimes et une seule certitude: racheter une boîte ne se passe jamais comme prévu. Reprendre une entreprise qui perd plusieurs centaines de milliers d'euros en pleine crise du Covid alors que les banques refusent de te suivre, beaucoup auraient fait demi-tour. Mon invitée, elle, y a vu le projet d'une vie et quelques années plus tard, My English School France compte plusieurs centres. On va la refaire. Reprendre une entreprise qui perd plusieurs centaines de milliers d'euros en pleine crise du Covid alors que les banques refusent de te suivre, beaucoup auraient fait demi-tour. Mon invitée, elle, y a vu le projet d'une vie. Elle va nous en parler et vous allez le voir quelques années plus tard. My English School France, c'est comme ça que ça s'appelle, compte déjà plusieurs centres, plus d'une centaine de collaborateurs et affiche une ambition de 60 implantations sur le territoire. Mais derrière cette croissance et cette belle histoire se cachent justement beaucoup de résilience, de convictions et transmission. Bonjour Déborah Guillotin.
Bonjour.
Merci beaucoup d'être parmi nous. Mais non, c'est nous qui te remercions parce que là aussi, et on va en parler dans un instant, tu as quand même une histoire là aussi très singulière. On reçoit des gens dans Vivement la reprise qui ont des histoires singulières, mais pour le coup, là, tu as plein de choses à nous raconter. On va démarrer, si tu veux bien, par le commencement, avant notamment cette reprise d'entreprise. On remonte aux années avant 2020, je crois, c'est ça? Qu'est-ce que tu faisais comme job et qui est-ce que tu étais?
Alors, toujours la même personne, Déborah Guillotin, mais à l'époque, je n'étais pas la présidente directrice générale de My English School, j'étais employée. Donc j'étais dans la structure depuis 2018. Donc le 23 juillet 2018, j'ai commencé mon job en tant que directrice du centre de Lyon qui était en développement. En fait, à la base, c'est une structure italienne qui existe depuis 2011 et qui a ouvert son premier centre à l'international à Lyon et j'en étais la directrice. De 2018 à 2020, ça se passe plutôt bien, mais j'ai un petit problème, c'est qu'avec les équipes italiennes, on se comprend pas bien. On est sur des marchés qui sont différents.
C'est quoi le marché d'ailleurs? Qu'est-ce que vous faites chez My English School?
Nous, on fait que des formations en anglais pour les adultes et pour le coup, En Italie, c'est exactement la même chose pour les adultes. Mais le marché français et le marché italien n'est pas le même. Nous, on a les financements publics et eux ont des crédits pour se former. Donc c'est complètement différent et c'est deux visions différentes. Et le fondateur à l'époque ne souhaitait pas rentrer sur les marchés publics, ce qui nous envoie déjà un peu dans le mur parce qu'on le sait, en France, les financements publics, c'est essentiel pour les centres de formation. Les personnes sachant bien sûr qu'elles peuvent être financées pour se former. Donc on a vraiment ces deux visions-là qui fait que c'est très compliqué de travailler ensemble parce que moi, j'ai envie d'aller sur ces financements publics et eux, non. Ils continuent à faire des crédits, même avec la France. Donc en janvier 2020, juste avant le Covid, tu me diras, je suis un peu stupide, je dis à Luigi, écoute, moi je m'en vais, on s'entend plus. Alors je l'adore cet homme, c'est un homme incroyable, mais en termes de business, on n'a pas la même vision. Je vais partir et je lui donne ma démission. Ça, c'est en janvier. Au moment où je lui donne, il me dit, qu'est-ce qui peut te faire rester? Et je lui dis, si tu me vends la boîte. Janvier 2020, il rigole.
OK.
Arrive mars 2020, le 16 mars, donc je suis en vacances au Vietnam, je suis rapatriée, je l'appelle et je lui dis, écoute, ma proposition de janvier, elle tient toujours, si tu veux, je te laisse 24 heures pour me donner une réponse et si t'es OK, je te rachète la boîte. Et à l'époque, on parle que du centre de Lyon. Donc j'ai racheté My English School Lyon à la base, le 23 juillet 2020, 2 ans jour pour jour après son ouverture.
Alors, pardon, je te coupe.
Non, non, grâce à lui, parce que pour le coup, il n'a pas voulu que je prenne de crédit. En fait, il avait peur. Il me dit on va rentrer dans une récession, on ne sait pas ce qui se passe. Donc OK, tu me rachètes, mais par contre, tu ne fais pas de crédit, tu ne mets pas ta famille à risque et tu fais un crédit vendeur. Donc il m'a autorisée à racheter My English School Lyon. En le remboursant en fait avec le crédit vendeur. C'est vraiment racheté avec les fonds de la boîte.
Qu'on comprenne bien, donc tu rachètes cette filiale de My English School ou est-ce qu'il y avait d'autres centres en France ou Lyon était le seul? Lyon était le seul.
À cette époque, Lyon est le seul centre et je rachète juste le centre de Lyon à l'Italie.
OK.
Donc je deviens en fait, si tu veux, franchisée d'Italie.
Oui, c'est ça.
Exactement.
Qu'est-ce que tu espérais? C'est intéressant de cette reprise quelque part, parce qu'en fait, tu y réfléchissais depuis un certain temps.
Alors, pas vraiment. C'est-à-dire que quand je lui ai donné ma démission et qu'il m'a dit, qu'est-ce qui peut te faire rester? Je n'y avais pas pensé. Je lui ai dit comme ça. Ah oui, d'accord. Non, je n'y avais pas pensé du tout. Je n'en avais pas parlé à ma femme. Je n'avais pas du tout regardé les chiffres.
D'accord.
Au moment où il me le dit, tu vois, je me dis, putain, s'il me dit oui, mince, pardon, purée, s'il me dit oui, on est mal, quoi. Et au final, tant mieux parce que les 3 mois entre vraiment janvier, enfin les 2 mois et demi entre janvier et mars, j'en ai parlé avec ma femme. Je lui ai dit, vraiment, j'aimerais bien racheter. Elle me dit, bah écoute, il ne veut pas te vendre, c'est compliqué. Et quand on rentrait dans le Covid, j'ai vraiment senti, je me suis dit, C'est mon moment, en fait. Et je pense que si je fais bien les choses, le Covid peut vraiment être un tremplin pour moi et faire en sorte que j'y arrive. Et il y a un point très, très important, c'est qu'à l'époque, on avait les PGE, tu sais, pendant la période Covid.
Prêts garantis par l'État.
Exactement, les prêts garantis par l'État qui avaient été refusés à l'Italie parce que c'était une société, enfin, Maïslon était détenue à plus de 40% par une société étrangère.
D'accord.
Et le fait que je rachète, moi, j'avais vraiment compté là-dessus pour cette reprise, tu vois.
Pour en bénéficier et pour relancer l'activité. Sacrée aventure. Donc quelque part, ce jour-là, tu changes de vie. Avant de parler du premier jour que tu passes à la tête de cette entreprise après avoir été salariée, qu'est-ce qui te faisait peur? Parce que Luigi te dit OK, c'est parti, on se tape dans la main, mais tu sautes dans le vide. Tu avais déjà dirigé une entreprise?
Jamais. J'avais jamais dirigé une entreprise, ce qui est quand même assez incroyable parce qu'à chaque fois que je le dis, les gens me disent, mais en fait, tu vas dans l'inconnu, tu sautes comme ça et t'as... J'avais conscience vraiment qu'on faisait de la qualité, que les gens aimaient ça et j'avais cette chance, en fait, c'est que j'étais employée avant. Donc, je connaissais la structure de l'intérieur.
Les rouages.
Exactement. Je connaissais les rouages, je savais où est-ce qu'on devait aller et j'avais ce sentiment intérieur, mais je l'ai toujours dit, je pense que j'ai vraiment des bonnes étoiles, je crois au karma, je sais pas ce qui se passe dans ma vie. J'ai beaucoup souffert pendant mon enfance, mais Depuis Dieu ou quiconque s'est beaucoup rattrapé sur mon sort. Mais je savais, au fond de moi, je savais. Je savais que si je reprenais cette société, je pouvais y arriver.
Bon, on est en juillet 2020. Tu découvres une entreprise malgré tout qui perd environ 360 000€ par an, je crois, c'est ça? Pourquoi dire oui?
Parce qu'encore une fois, on avait zéro fonds public. En fait, ce qu'il faut se dire et ce qui était beau, c'était que de 2018 jusqu'à 2020, on a vécu sans fonds public. C'est l'Italie qui investissait beaucoup. Donc en fait, elle perdait 360 000 à l'année, mais on avait zéro fonds public. Et je savais que les 360 000 avec les fonds publics, on pouvait aller les chercher très vite. D'accord.
Donc en fait, le ratio était plutôt bon.
C'est sûr.
Et tu y croyais. Alors le vendeur te propose donc un crédit vendeur. Tu as commencé à nous expliquer ce que c'était. À quel moment, toi, tu réalises justement que ce projet, il peut réellement devenir possible? Au-delà de te taper dans la main, au-delà de te dire OK, je vais aller chercher les fonds publics, à quel moment moment tu dis mais ça y est, mais en fait ma vie là, ça y est, elle est en train de changer?
Bah le 23 juillet 2020 quand j'ai signé. En fait quand t'es en train de signer l'acte de vente, je t'avouerai qu'au moment où je signe, j'ai déjà tout tracé dans ma tête. Je me dis je vais aller chercher mon PGE, je vais avoir le droit à des aides de la BPI. Et en fait tu te rends compte qu'à ce moment-là j'étais vraiment complètement folle, c'est que je n'avais fait aucune de ces recherches-là avant d'acheter et que j'étais persuadée que j'allais y avoir droit, tu vois.
Alors justement, transition toute trouvée, il faut quand même sauver la trésorerie en attendant d'avoir le PGE.
On était à moins 50 000€ sur les comptes.
Ah oui, quand même. Tu as eu besoin des banques?
Alors, assez horriblement parlant, j'aime pas te dire ça, mais nous, on avait moins 50 000€ sur les comptes et l'Italie m'avait dit, écoute, tu as moins 50 000€ sur les comptes, mais on a un découvert autorisé avec la banque, donc il n'y a pas de sujet, tu peux rester, ça fonctionne comme ça. OK. Le lendemain de l'achat, je reçois littéralement un accusé de la banque qui me dit, vous avez 30 jours pour combler le découvert de 50 000 € parce qu'en fait, on vous l'a pas donné à vous, on l'a donné à l'Italie. Donc in fine, je me retrouve 50 000 € en moins sur les comptes, perte de 360 000 €. Et la BPI qui, à mon grand regret, me dit, mais en fait, madame, on peut pas vous aider parce que vous avez pas 3 ans de bilan, vous en avez que 2. Et qu'à l'époque, aujourd'hui ils en font un peu, mais à l'époque, si t'avais pas 3 ans de bilan, c'était mort. Ils te donnaient rien du tout. Voilà, donc là je suis en mode waouh, qu'est-ce que je vais faire? Et arrive quasi dans le même intervalle une dette de l'URSSAF de 14 000€ que je ne connaissais pas, qui en fait même Luigi ne connaissait pas parce qu'en fait les comptables à cette époque-là, ils avaient mis en pause les dettes URSSAF.
D'accord.
Je reçois ça, je me dis OK, j'ai 14 000 qui s'ajoutent et le PGE refusé par la banque. Et là je t'avoue qu'à ce moment-là, je te jure c'est vrai, J'appelle la BPI en pleurs et j'ai une femme qui est incroyable. Et d'ailleurs, si elle regarde aujourd'hui, elle s'appelle Rosa, donc c'est un nom qui est quand même pas commun et qui me dit, mais écoutez, madame, alors nous, on ne peut pas vous aider, mais par contre, sachez une chose, vous pouvez attaquer votre banque parce qu'ils vous refusent le PGE. Et ce conseil-là, mais si elle ne me l'avait pas donné, je ne l'aurais pas su. J'aurais certainement coulé avant même de reprendre la boîte, tu vois. Et au final, dès le lendemain, j'étais en train d'attaquer la banque pour avoir le droit au PGE et je l'ai eu 3 semaines après.
Ouais, ça crée des histoires. Des souvenirs là aussi et début de vie entrepreneuriale, ça veut dire.
Je me suis dit en fait, tu vois, le 23 juillet, j'ai mes clés et genre le 27-28, je dis putain, je vais fermer quoi.
Quelle enferme. C'était horrible, horrible. J'imagine qu'en plus, dans ces moments-là, on doute. Est-ce qu'on a pris la bonne décision? Est-ce que je me suis pas trop mise en risque, etc. Je crois qu'il y a quelqu'un qui décide de s'associer malgré tout avec toi.
Ouais. Mon associé, le premier associé que j'ai eu dans cette aventure, enfin les deux premiers, c'est Fabio qui était à l'époque, qui travaillait aussi avec moi dans l'entreprise. Et en fait, au moment où j'ai décidé de racheter, les deux premiers salaires qui devaient partir, c'était le mien et le sien. Et je ne voulais pas me séparer de lui parce que c'est l'amour de ma vie entrepreneuriale. Je dis toujours j'ai ma femme et j'ai aussi mon mari. Et mon mari, c'est Fabio. Et Fabio, en fait, tout simplement, il est anglais. Il comprend rien à la France. Il comprend rien aux entreprises françaises. Et je lui dis, écoute Fabio, je te donne 40% des parts, on retire notre salaire, on va avoir le droit à Pôle emploi. Alors, il ne sait pas ce que c'est que Pôle emploi non plus. Et en moins de 2 minutes, il me dit, OK, je te suis. Et ça, franchement, j'avoue que c'était fou.
Parce que c'est d'autant plus fou que vous choisissez, en effet, d'abord tous les deux, et puis vous choisissez par ailleurs de ne plus du tout vous verser de salaire pour bénéficier justement du statut de créateur-repreneur.
Exactement.
Ça, on n'en a pas trop, trop parlé.
Ici, même en entreprise, on est le meilleur pays pour la création et la reprise d'entreprise. Aujourd'hui, il existe une catégorie bien spécifique à Pôle emploi que je connais bien du coup, qui s'appelle la catégorie 5. Et qu'est-ce que c'est que la catégorie 5? Alors, c'est pas quand t'es en auto-entreprise. C'est vraiment quand tu crées une entreprise et que tu as pour but d'embaucher des gens et de créer de la valeur. Tu passes catégorie 5 chez Pôle emploi et pendant 24 mois, alors moi, à mon époque, c'était 24, ça change beaucoup en ce moment, mais pendant 24 mois, j'ai eu mon salaire. Ils m'ont payé mon salaire. J'ai même pas eu de déduction de 30% comme ils avaient mis en place. Et en fait, j'ai vu mon conseiller le premier jour et ensuite je l'avais au téléphone de temps en temps juste pour savoir comment allait la boîte.
Donc ils ont continué de te verser ton salaire alors que tu n'étais plus salariée?
Exactement. J'avais cotisé en fait au chômage. Ils m'ont versé mon salaire chômage. Mais la réalité, c'est que l'accompagnement, enfin moi j'ai trouvé ça, j'ai adoré parce qu'on me forçait pas à aller à Pôle emploi chercher un emploi. La catégorie 5, elle est vraiment super. J'avais mon conseiller Pôle emploi en tous les 6 mois au téléphone juste pour savoir comment va la boîte. Et tu vois, même lui au téléphone, il me disait, mais en fait, ce qu'il faut comprendre, c'est qu'aujourd'hui, vous avez démarré, vous aviez 4 collaborateurs. Aujourd'hui, vous en avez 6. Il me dit, vous embauchez, vous créez de la valeur, on est là pour ça, quoi.
Il n'a pas de raison de...
Exactement. Et donc, au final, je le dis toujours, on est dans le meilleur... Pour moi, on est dans le meilleur pays pour entreprendre. Après, il y en a qui pensent différemment, mais du moins, quand on se lance...
En dehors des impôts et des taxes, peut-être.
En dehors des impôts et des taxes, je suis tellement pas d'accord avec ça. Je te jure, moi, je suis ce qu'on appelle... Je l'ai créé, je pense, ce terme, parce que maintenant, il est utilisé. J'ai fait un article la dernière fois dans Capital, ils l'ont même repris. Je suis pour le capitalisme solidaire. Pour moi, le capitalisme solidaire, c'est quoi? C'est aujourd'hui, on a besoin d'être capitaliste. C'est une évidence. On a besoin de faire de l'argent, on a besoin de créer de la valeur pour son pays. Par contre, à aucun moment, il faut qu'on oublie les gens qui nous aident à créer cette valeur. Et à partir du moment où tu es honnête avec les collaborateurs qui t'aident et qui te poussent, le capitalisme solidaire, il n'y a rien de mal. Il ne faut juste pas oublier aujourd'hui, il ne faut pas se dire on est capitaliste individualiste, c'est tout. Moi, My English School ne serait jamais My English School sans mes 4 premiers collaborateurs qui m'ont suivie et qui ont accepté de travailler à Maïès sans compter leurs heures et ne plus toucher leurs primes alors qu'ils étaient au SMIC.
En prenant un énorme risque.
Tu vois, ils ont pris autant de risques que moi quand j'ai racheté la boîte. Mais sans eux, Maïès n'aurait pas survécu.
Alors on va parler justement des premières heures, des premiers jours aussi. Le premier matin où tu arrives en tant que dirigeante au sein de cette entreprise que tu connaissais très bien, mais de fait, ton rôle était différent. Qu'est-ce qui est différent justement quand tu passes de salariée à dirigeante de la société? Que les équipes actuelles ne sont plus tout à fait là, mais que tu les as remaniées aussi. Comment tu t'es sentie et quelles étaient tes premières missions, tes premières actions?
Moi, mes premières actions, retirer mon salaire et celui de Fabio, ce que je te disais tout à l'heure, renégocier tous les contrats parce qu'à l'époque, typiquement, la téléphonie, on payait 500€ par mois, on n'était même pas propriétaire de nos téléphones. Donc, j'ai tout renégocié, l'électricité, l'eau, vraiment tout, même le loyer avec le propriétaire du local. Donc, au final, En fait, la première étape, c'était renégocier les contrats et très rapidement, je me suis rendu compte que même en renégociant les contrats, on avait besoin d'avoir un effort du côté des collaborateurs et c'est pour ça que dès les premiers jours, j'ai fait une réunion avec tous, je les ai tous assis et je leur ai dit en fait ce qu'il faut comprendre, c'est que si vous continuez l'aventure avec nous et ce que j'espère du fond du cœur, c'est que pendant les 18 prochains mois, je pourrai plus vous payer de prime et à cette époque-là, ils étaient tous au SMIC et ils faisaient le double de leur salaire avec leur prime. Et que s'ils souhaitaient partir, je le comprenais. C'est sûr. Et s'ils le comprenaient, enfin s'ils souhaitaient continuer avec nous, j'en serais plus que ravie. S'ils souhaitaient partir, je le comprenais et que je leur faciliterais la vie. Je ne veux pas les enchaîner, quoi. Et au final, on était 6 collaborateurs en m'incluant et en incluant Fabio. Donc réellement, on parlait de 4 autres. Ils sont tous restés. Ils sont tous restés. Et parmi ces 4 aujourd'hui, parce que c'est des collaborateurs historiques, Marie, Anthony et Emeline, On leur a donné 20% des parts de la société gratuitement.
Comment on passe justement d'un statut de collègue à un statut de patronne? Ça change forcément les rapports, non?
Non, moi ça n'a jamais changé parce que j'étais déjà directrice du centre. Donc j'avais déjà cette, entre guillemets, j'étais pas collègue de travail, j'étais déjà la directrice du centre. Donc in fine, ça aide. Il y avait déjà cet historique, enfin c'était déjà instauré que j'étais la manager entre guillemets. Ce qui a changé, c'est que le lendemain je suis arrivée et que j'avais la clé et que c'était vraiment moi la propriétaire. Mais au contraire, Je pense que ça a aussi créé cette bulle où on était tous dans le même bateau et on a vraiment tous ramé dans la même direction. Je te disais tout à l'heure 18 mois et au final, au bout de 8 mois, on leur redonnait les primes. Mais parce qu'on a tous travaillé dans la même direction et qu'on a toujours eu cet amour les uns envers les autres.
On fait tous des erreurs en tant que dirigeant. C'était quoi ta première erreur?
Je t'en ai un peu parlé tout à l'heure. Je rachète une boîte, je savais même pas ce que c'était que l'URSSAF. Je savais pas que quand j'allais...
Oui, à peine t'avais les clés que t'avais déjà fait ta première erreur.
C'est clair! Et attends, et moi je me dis, tu vois, je fais mes calculs et je me dis attends, si on fait comme ça, ça passe. Je te dis n'importe quoi, ma collègue, elle est à 3 000 €, ça va. Et je fais tous mes calculs: 3 000, 3 000, 3 000. Sauf que j'oublie qu'en fait, c'est pas 3 000, mais 6 000. Parce que quand tu donnes 3 000, c'est 3 000 que tu redonnes. Et là, je t'avoue que les calculs, ils passent plus en fait. Alors que moi, quand j'ai fait tous mes calculs de rachat, je m'étais dit 3 000 € que je lui donne, oui, on a un peu de charges, mais voilà. Et en fait, tu te poses jamais la question de te dire que quand t'as 3 000 € nets dans les poches, ça en a coûté, et dans mon cas à moi, c'est 6 200 €. Parce que dans la formation, on a ce qu'on appelle la taxe sur les salaires que je ne connaissais pas.
Qu'est-ce que c'est que ça?
Comme on est non assujettis à la TVA, on a une taxe mieux plus tu payes tes collaborateurs, plus tu payes. C'est incroyable. C'est incroyable. Allez, viens inventer une nouvelle taxe.
C'est quand même... Oui, mais je ne vais pas me plaindre.
Je suis non assujettie à TVA. Tu ne peux pas gagner sur toutes les tables non plus.
Non, c'est clair. Non, c'est clair.
Et c'est plus rentable dans cette circonstance-là.
Bon, tu dis que ton plus bel investissement n'a jamais été financier, mais plutôt humain. Et c'est aussi ce qui ressort de ces premières minutes d'interview. Les collaborateurs historiques ont accepté de te suivre malgré cette situation complexe. Et quelques années plus tard, tu as commencé à nous dire que tu leur 20% du groupe. Qu'est-ce que ça, ça change en pratique? Et est-ce que c'est plus dur de manager ces semi-associés? Non. Parce qu'ils changent encore de statut là?
Alors, ils changent de statut, ils deviennent associés de la structure. Après, honnêtement, c'est pas plus dur parce qu'on se connaît tellement. Enfin, je veux dire, ça fait 8 ans qu'on travaille ensemble pour la majorité d'entre eux. Enfin, 8 ans qu'on travaille ensemble, on a développé Maïas ensemble. Pour moi, c'était un peu une évidence. Ils font partie, en fait, c'est des piliers pour moi. C'est, tu vois, Émilie, typiquement, c'est ma directrice financière aujourd'hui. Je le dis tout le temps, c'est ma jambe gauche. Julie, ma femme, c'est mon associée qui gère le marketing, c'est ma jambe droite. Anthony et Marie, c'est mes bras. Si demain j'en perds un, j'y arriverai pas, en fait. Et puis, on a tous des compétences. En fait, je suis très bien entourée de personnes qui ont des compétences que moi je n'ai pas. Ils sont beaucoup meilleurs dans leur boulot que je ne le serai jamais. Ils seront jamais aussi bons dans mon travail que moi. Et je pense que c'est ça qui fonctionne.
Chacun est à la bonne place, en fait.
Et on était déjà dans le CODIR. Enfin, je veux dire, ils prenaient déjà les décisions. Moi, mes collaborateurs, ils ont accès au compte en banque. Je cache rien.
Alors, parce que je pose cette question-là parce que dans les épisodes de Vivement la reprise, jusqu'à aujourd'hui en tout cas, on n'a pas eu de cas comme le tien où un salarié devient repreneur de l'entreprise, y associe ses anciens collègues. Enfin, tout ça, c'est assez nouveau. Et donc, pour nos auditeurs, je pense que c'est aussi intéressant et important pour eux de comprendre dans la pratique comment faire pour le repreneur. Tu vois, par exemple, est-ce qu'il y a des clauses importantes On a par exemple un auditeur qui nous écoute et qui nous dit, moi, en fait, je voudrais reprendre une entreprise et puis je suis dans la même situation que Déborah. Est-ce qu'il y a des choses absolument importantes auxquelles tu n'avais peut-être pas forcément pensé et tu t'es dit, ah bah oui, mais avec le recul, cette clause-là, c'était important, le financement du rachat de parts des employés, etc. Est-ce que ça s'est fait de manière fluide? Est-ce que tu as été accompagnée?
Alors ça, pour le coup, Moi, ce que je dis, et je le dis souvent, l'accompagnement, il est clé. C'est-à-dire avocat fiscaliste, expert-comptable, commissaire aux comptes, même avocat des sociétés. Moi, je lésine pas sur les moyens parce que je veux dormir tranquillement toutes les nuits. Je veux m'assurer que tout ce que je fais, c'est correct et que je le fais correctement. Par contre, quand j'ai racheté, j'ai aussi hérité de l'ancien comptable des Italiens qui était venu s'installer et qui était un comptable C'était une blague. C'était une blague. Le premier conseil qu'ils m'ont donné, et ça c'est ce que je dis à tout le monde, ne croyez pas un conseil qu'on vous donne sans vérifier. Le premier conseil qu'ils m'ont donné m'a coûté 200 000€ 2 ans plus tard.
C'était quoi le conseil?
Ils m'ont conseillé avec Fabio de créer une société commune pour racheter MyYesLyon alors que réellement on aurait dû chacun avoir notre holding. Sauf qu'à cette époque-là, je ne le savais pas. À cette époque où je rachète, ma femme était déjà dans le projet parce qu'elle apportait de l'argent sur le rachat pour qu'on remette de l'argent dans les comptes. Et on m'a dit, mais vous êtes mariés à 50/50, dans tous les cas, elle a 50% de vos parts. Alors ça, c'est vrai. Mais par contre, le jour où on a voulu vraiment l'intégrer, il a fallu que je me sépare de Fabio. Il a fallu que je l'intègre, c'est-à-dire valorisation des parts de la société qui, en 2 ans et demi, avait été valorisée à plus d'1 200 000 €. Donc mes 60%, on est à plus de 200 000 € de plus.
Compliqué, hein? Compliqué. Bon, comme quoi, bien choisir son comptable. Mais là aussi, c'est pas difficile quand on n'y connaît pas grand-chose. Enfin, moi qui ne sais faire que 50% pendant les soldes et pas grand-chose de plus. Bon, C'est quand même complexe de choisir.
Après, il faut une mentalité. Il faut une mentalité, c'est-à-dire que moi, je suis devenue une contre-le-fric de ces choses-là. Quand j'ai su cette erreur-là et quand j'ai su que je l'avais faite et que j'ai compris que ça allait me coûter de l'argent, je suis devenue une experte en comptabilité. J'ai acheté mes propres livres sur la compta.
Tu t'es formée?
Ah mais c'est clair! L'autodidacte, jusqu'à il y a 2 ans en arrière, je faisais mes bilans et j'avais 275 € d'écart. Si mon experte-comptable m'écoute, Morgane, je t'aime.
275 € d'écart.
Avec elle sur un groupe qui fait quand même 8 millions de chiffre.
Alors on va en parler justement parce qu'entre ce petit premier centre, pardon, entre ce premier petit centre, eh bien ensuite tu ouvres Dijon, puis tu rachètes la master franchise, c'est comme ça qu'on appelle ça, française. Ça, juste pour qu'on comprenne bien, ça sert à quoi de racheter une master franchise? Ça te permet de te développer partout en France?
Le territoire, il est à moi. Je peux ouvrir des franchisés, les franchisés sont à moi, j'ai une redevance que je donne à l'Italie. Mais par contre, mes franchisés sont à moi, c'est moi qui développe comme je le souhaite et j'ai aucun rapport capitalistique avec l'Italie. Donc je rachète la France, mais j'ouvre Dijon 2 ans après, jour pour jour, après avoir racheté. Enfin, jour pour jour, oui et non. Le 22 juin, un mois avant.
Allez, presque.
Un mois avant. Mais bon, c'est pas mal quand même. Ça fait 23 mois quand même après avoir racheté. On ouvre en 2022 et j'aime beaucoup. On me pose souvent la question pourquoi Dijon?
Alors pourquoi Dijon?
Eh ben voilà, je vais te répondre parce que je suis bête et méchante et qu'en fait, je me suis dit nos clients c'est un peu la même typologie que les clients d'Apple. Vraiment.
C'est-à-dire?
CSP+, qui ont des moyens pour se former. Et quand j'ai regardé le développement d'Apple, leur premier centre, c'était à Lyon et le deuxième, c'était à Dijon. Et je me suis dit, ma famille dijonnaise, enfin elle est langroise, c'est à une heure de Dijon. Je me suis dit, OK, c'est un signe, j'ouvre Dijon. Moi, je crois beaucoup aux signes, tu vois.
Et c'était un bon choix?
Cartonné. Cartonné. Et à ce moment-là, j'avais déjà dans le pipe mon premier franchisé qui voulait à tout prix ouvrir Bordeaux. Et je lui dis, écoute, il s'appelle Paul d'ailleurs, Paul, je lui dis, je veux pas que tu ouvres alors que j'ai que Lyon. Lyon fonctionne bien, mais ça fait que 2 ans. Je veux ouvrir une autre ville, je veux m'assurer que ça marche dans une autre ville avec une autre typologie de gens parce que Dijon, c'est complètement différent de Lyon. Et si ça marche, alors je te laisserai ouvrir Bordeaux. Au final, ça a marché et Paul est arrivé moins d'un an après.
Donc, tu es en train non plus de sauver une entreprise, mais de construire un véritable groupe. Et là aussi, j'imagine que ça change un certain nombre de choses. On a parlé de ce qui s'était peut-être moins bien passé que prévu. Est-ce qu'il y a des choses qui, au contraire, se sont beaucoup mieux passées que tu ne l'imaginais au départ?
Le développement en soi, pour être honnête avec toi, je force rien. Je fais pas de salon de franchise, je fais rien du tout. Je suis juste naturelle. Et en fait, le développement aujourd'hui de Maïès, il est simple. Tu l'as dit au début. Je veux 60 centres de formation en France en 2035, mais je veux pas 60 partenaires différents. En fait, j'ai arrêté à 20 partenaires. Je veux 20 partenaires qui ont plusieurs centres parce que—
Des franchisés.
Exactement, je veux des franchisés qui ont plusieurs centres et il est beaucoup plus facile d'être agile quand on est 20 que quand on est 60. Et aujourd'hui, on est 9. Donc j'ai déjà la moitié de mes partenaires quasi qui est sélectionnée. Donc le vrai sujet, c'est qu'aujourd'hui je reçois beaucoup de demandes de franchise, mais je suis extrêmement vigilante sur ceux— l'année dernière, j'en ai reçu plus de 100. J'en ai validé 2.
Ah oui?
Parce qu'on est aujourd'hui, et je te parle, au moment où je te parle, à midi je déjeunais avec un fonds d'investissement qui est très intéressé par Maïès. Et quand ils ont vu nos chiffres, ils m'ont dit en fait c'est simple, dans la formation aujourd'hui, le mieux qu'on ait vu, le mieux qu'on ait vu avant de te rencontrer, c'était 10% par rapport à N-1. Au moment où je te parle, je suis déjà à 100% par rapport à N-1 juste sur mes 3 centres sans compter les franchisés.
Bientôt la tour à New York et à Dubaï.
Non, pas la tour à New York, pas la tour à Dubaï. Et moi, je reste très terre à terre, c'est que je le dis toujours, Kodak a coulé. Et Kodak, ça pesait plus d'un milliard d'euros.
Alors raconte-nous un petit peu l'histoire de Kodak pour ceux qui ne savent pas.
Kodak, on le sait, c'était les appareils photo et à l'époque n'existait pas le numérique. Le premier ingénieur qui a découvert le numérique travaillait pour Kodak. Il l'a montré à Kodak, ils ont refusé d'aller dedans, ils l'ont mis de côté. Et au final, aujourd'hui, on le sait tous, tous les appareils photos sont numériques. Ce choix-là, alors qu'ils avaient l'ingénieur, qu'ils ont décidé de pas le faire, leur a coûté leur entreprise. Donc je me dis, si une entreprise comme Kodak qui était valorisée plus d'un milliard de dollars a réussi à couler en moins d'un an, demain tu peux faire 50 millions, tu peux couler. Donc il faut rester toujours terre à terre. On se développe bien aujourd'hui, on grandit bien, on grandit vite. Après, la question c'est de se dire comment est-ce qu'on est agile? Parce qu'on arrive dans un monde et tout le monde le dit, moi j'ai la chance de discuter assez souvent avec Jacques Attali que je connais très bien, on rentre dans un monde qui est de plus en plus chaotique et ça peut faire peur à des entrepreneurs. Et moi, je leur dis n'ayez pas peur, c'est votre capacité et votre habileté à vous renouveler qui va faire la différence dans les années à venir.
Mais c'est difficile quand tu as un certain nombre de collaborateurs. Aujourd'hui, vous êtes combien?
On est 130, quasi 130. Et le mois dernier, on était 123, donc on se développe vite.
Parce que justement, tu vois, Tu disais rester agile, plus on grandit, c'est difficile aussi. Et d'ailleurs, comment on fait grandir une entreprise qu'on a reprise aussi vite sans perdre son ADN?
Ça, c'est le plus dur parce qu'au moment où je te parle, il y a 3 ans, on était encore 6. Tu vois?
C'est une croissance exponentielle.
On est aujourd'hui...
Ce qu'on appelle de l'hypercroissance.
Et j'arrive même pas à savoir mois par mois. Et c'est ça qui est horrible, c'est qu'au début, je connaissais tout le monde. Je connaissais leur famille. Je connaissais, on faisait des barbecues. Je connaissais vraiment tout le monde. Et aujourd'hui, les derniers qui arrivent, je les connais pas et moi, ça me met mal. Mais la réalité, c'est que comment est-ce qu'on fait pour grandir en gardant cet ADN? C'est en s'assurant que les managers qu'on a sélectionnés ont le même ADN que nous et ça descend, ça descend vraiment. Et moi, je le dis toujours, sur le terrain, c'est eux les experts. Ce qui se passe sur le terrain et les remontées qu'on nous fait du terrain, c'est ce qu'on doit prendre comme, entre guillemets, comme monnaie pour avancer parce que moi, je suis plus sur le terrain même si je retourne en vente de temps en temps parce que c'est important pour moi de rester sur le terrain. Aujourd'hui, c'est vraiment mes managers et j'ai une chance aussi qui est assez incroyable vu que je développe avec des partenaires. C'est mes partenaires qui ont ces valeurs-là parce qu'in fine, un centre Maillet, c'est entre 7 et 14 personnes selon la grosseur, la grandeur du centre. Ça reste quand même, ça se manage facilement. C'est pas une entreprise où je suis la CEO, où j'ai directement 136 personnes.
Tout à fait.
J'ai quand même des personnes intermédiaires qui sont là pour garder cet esprit.
En préparant cette interview, on m'a dit que tu étais très réputée pour ta transparence avec les équipes. Jusqu'où elle va cette transparence?
Jusqu'à s'ils veulent avoir accès aux comptes, ils ont accès aux comptes. En fait, dernièrement—
Qu'est-ce que ça change?
Mais qu'est-ce que ça change? Ça change tout. Ça change tout parce que si on ne peut pas faire une augmentation de salaire et qu'on explique pourquoi et qu'on montre les choses, ça change tout. Je vais te donner un exemple concret. Ma femme, elle a investi dans la boîte quand même pas mal d'argent. J'ai de la chance, je suis bien mariée. Elle a investi beaucoup d'argent. Les premières années où on a développé, on avait une dette qui était énorme. Le premier jour où on n'avait plus de crédit, et quand je te dis plus de crédit, c'était, alors on a acheté en 2020, on a fini le crédit parce qu'on a fait des crédits pour le, alors pas pour racheter l'Italie, mais l'Italie on les remboursait quand même 5000€ par mois, donc ça fait partie d'un crédit. On avait 5000€ de l'Italie, on avait fait un prêt à l'époque à la consommation October parce qu'aucune banque voulait nous aider. Le taux il était à 14%, je sais pas si tu te rends compte, ça faisait des mensualités à 7000€ par mois. En fait, au final, petit à petit, j'avais accumulé 21 000 € de crédits mensuels.
C'est énorme!
Le premier jour où on arrive à la fin de ces 21 000 € mensuels, et je vais te montrer pourquoi c'est important la transparence, je fais un point avec mes équipes et je leur dis, on a fini, c'est le dernier mois, ça va être le dernier mois.
Champomy!
Exactement! Maintenant, on va pouvoir parler augmentation. Tu sais, ça a été quoi le premier retour de mes équipes? On va d'abord parler rembourser Julie et ensuite, on parlera augmentation. À quel moment aujourd'hui dans une entreprise, tu as des gens qui te disent on va d'abord rembourser la dirigeante qui a mis 100 000 balles dans la boîte au lieu de parler de leur augmentation de salaire? Bah c'est ça la transparence. C'est en fait, ils savent, s'ils souhaitent savoir, ils peuvent tout savoir. Alors au début, c'était beaucoup plus facile pour moi parce que je faisais des réunions d'équipe, je montrais les comptes, je montrais tout. Maintenant qu'on est 130, c'est impossible.
J'imagine.
Mais par contre, tu vois, j'ai lancé Paris. Paris, je donnais accès aux comptes aux équipes pour qu'ils puissent voir, bah là on paye notre loyer, là on paye... En fait, c'est simple, une entreprise, c'est comme une une maison. C'est tu fais rentrer autant d'argent que tu as besoin d'en sortir. Après, comme je le disais tout à l'heure, tu es capitalistique quand même, tu as envie de faire de l'argent. Mais est-ce que j'ai besoin pour autant de me verser 200 000 € de salaire par an? Non, je suis à 2 000 € net, ça me va très bien. Et mes équipes savent que je suis à 2 000 € net. Après, j'ai des avantages qu'eux n'ont pas. J'ai la carte de la boîte pour manger le midi, j'ai la voiture de fonction. Eux, ils n'ont pas tout ça, tu vois. Mais pourtant, ils savent que j'ai ces avantages. Ah bah bien sûr, ils savent que j'ai ces avantages. Et mon objectif, c'est que ce soit gagnant-gagnant en fait.
Aujourd'hui, donc, tu as plusieurs centres dans le groupe, des franchisés, un objectif, tu nous l'as dit, de 60 centres. C'est bien la franchise?
J'adore! J'adore la franchise parce qu'en fait, il y a ce qu'on appelle la solitude du dirigeant. Moi, je la connais pas.
Parce que réseau franchise?
Réseau franchise et parce que la transparence que j'ai avec mes équipes, je l'ai aussi avec mes franchisés. Ça veut dire qu'en fait, je cache rien. Ils savent exactement les refacturations que je fais, ils connaissent les marges que je prends, ils savent exactement combien je reverse à l'Italie. C'est toute transparence. Je veux pas être là à dire, ah, ils savent pas quand ils achètent des canapés quelle marge. Non, moi, tout ça, faut que je me l'enlève de l'esprit. Ce qui veut dire que quand j'ai des soucis ou quand j'ai besoin d'une aide ou quand je me pose des questions, boum, j'appelle Paul, j'appelle Amélie, j'appelle Yann. Je leur dis, voilà, je te montre les comptes, voilà la problématique que j'ai avec la tréso, machin. Machin et en fait, ils m'aident. On est là, on travaille ensemble dans la même direction donc j'ai la même transparence avec eux que j'ai avec les employés et au final, j'ai pas de solitude du dirigeant parce que quand il y a des trucs que moi, j'arrive pas à régler, je sais en plus chacun de leur— j'ai cette facilité à comprendre les forces des personnes, ce qui fait qu'en fait, je sais quand c'est une force entre guillemets, quand c'était question management, je vais vers Paul plus naturellement parce qu'il est très fort en management. Il était dans la Marine, ses équipes sont incroyables. J'ai un problème, problème, boum, Paul va m'aider. Quand c'est des questions financières, je vais voir d'autres personnes, tu vois. Et ça, en fait, c'est— j'ai pas de solitude du dirigeant, du coup.
Si on devait te demander de résumer ton style de leadership en une conviction, en un mot, ce serait quoi?
Je pense que je dirais participatif. Parce que j'ai conscience que je ne serais jamais arrivée là où j'en suis aujourd'hui si j'avais pas rencontré ces personnes.
Là.
Si j'avais pas eu mes premiers employés qui m'ont suivie, si j'avais pas eu les autres qui m'ont suivie. Après, là, on grandit à une telle vitesse que les nouveaux qui arrivent ne me connaissent pas et je ne les connais pas. Ce qui fait qu'en fait, je relaie sur mes managers. Mais même si je relaie sur mes managers, c'est jamais la même relation que j'ai créée avec les premiers. Donc, j'ai cette chance, c'est qu'on a très peu de turnover à Maillès, si ce n'est pas du tout. On a très peu d'arrêts maladie à Maillès. D'ailleurs, Alan, qui est notre assureur, m'a envoyé une espèce de diplôme parce que dans notre secteur, on n'a pas d'arrêt maladie. Depuis 2020 que j'ai racheté, on a usé, alors on a eu qu'un seul arrêt maladie, longue durée en plus, mais c'est parce que malheureusement elle avait une maladie auto-immune, sa chair s'autodétruisait. Bref, c'est une vraie maladie pour elle. Mais sinon, on n'a pas d'arrêt maladie. Eh ben moi, pour moi, ça c'est la clé du succès en fait. Si t'as pas d'arrêt maladie, c'est que les gens sont bien. Et j'ai tout le temps dit, je crée ma yes, je ne veux pas que les gens viennent au boulot avec la boule au ventre. Et dernièrement, on a eu des petites difficultés, tu vois, on a eu des réformes du gouvernement avec le CPF, on a eu 2 mois très difficiles. Les gens étaient pas bien et ça se ressentait. On est reparti, là ça revient, mais même dans les moments difficiles, tu vois, on est resté soudé quoi. Et c'est ça qui est le plus important.
C'est génial.
C'est ça qui est le plus important.
Si tu devais refaire cette première reprise aujourd'hui, qu'est-ce que tu ferais différemment?
J'irais voir un expert-comptable avant de racheter.
C'est le plus grand conseil que tu pourrais conseiller.
Expert-comptable, avocat fiscaliste aussi parce que moi j'avais ma vision de développer. J'avais vraiment pas cette vision de me dire je vais garder que le centre de de Lyon. J'avais vraiment la vision de me dire je vais développer, je vais grandir le réseau et j'avais pas partagé cette vision avec Fabio où lui, Fabio, il avait pas la même vision que moi. Ce qui veut dire qu'on s'est retrouvé dans une situation où Fabio, lui, il était très heureux à Lyon, il voulait pas grandir et moi j'ai grandi avec ma femme. Je te le disais tout à l'heure, du coup ça a pris des choix où on a dû payer beaucoup d'impôts parce qu'on a eu des plus-values et in fine, si déjà je m'étais assise avec mon associé pour lui dire voilà la vision que j'ai, est-ce que tu me suis? Bah peut-être qu'on aurait fait les choses différemment, tu vois. Et un expert-comptable et un avocat fiscaliste. Parce qu'au final, quand tu développes et que tu as cette envie de développer, tu as des sujets fiscaux tous les ans. C'est pas anodin, je peux te dire.
Ah non, ça c'est sûr. Et parfois, ça donne même plus trop envie d'entreprendre en France. C'est ce qu'on entend de plus en plus aussi. Moi, je suis pas d'accord.
Moi, je vais te dire une chose. Quand on a commencé à faire de l'argent avec ma femme et qu'on a été voir des avocats fiscalistes, parce que moi, les avocats fiscalistes, je suis allée les voir au bout de 3 ans et demi. Et demi. Je suis pas allée les voir tout de suite. Quand on a commencé à avoir de l'argent et que le groupe générait des bénéfices, les avocats fiscalistes, la première chose qu'ils m'ont dit, je te jure que c'est vrai, c'est il faut vous délocaliser en Suisse ou en Belgique. Et là, la première chose que j'ai dit à l'avocat fiscaliste qui m'a dit ça, vous êtes une honte pour la France parce que la France a payé vos études. Vous êtes français, la France a payé vos études et si vous me donnez ce conseil-là à moi, ça veut dire que vous le donnez à tous vos clients. Sur tous les clients que vous aviez, que vous avez, combien prennent vraiment cette décision d'aller se mettre à l'étranger à cause de vos conseils? Donc vous êtes une honte pour la France et vous devriez rembourser votre diplôme que vous avez eu ici.
Ça a le mérite d'être cash.
Non mais c'est vrai parce qu'aujourd'hui, moi j'ai des avocats fiscalistes. Julie, si tu m'entends, elle a compris qui j'étais. Moi, mon objectif, c'est pas de quitter la France, c'est pas d'aller payer mon impôt ailleurs, voire pas d'impôt du tout. Mon objectif, c'est comment est-ce que je grandis ce groupe tout en limitant l'IS pour pouvoir grandir encore plus, mais pas ne plus payer d'IS. L'année dernière, j'ai payé 189 000 € d'IS et j'en suis très fière. J'ai un chiffre d'affaires de sur presque 8 millions de chiffre d'affaires. Donc au final, 189 000, c'est déjà très bien géré, tu vois, parce que selon les arbitrages qu'on a pris, ça nous a permis en fait d'avoir des avantages fiscaux. Et heureusement qu'on est dans ce pays. La problématique aujourd'hui, c'est pas de faire de l'argent en France. Il est possible de faire de l'argent en France et il est possible de gagner beaucoup d'argent en France. La problématique aujourd'hui, c'est que dès qu'on a 1 euro, on essaye d'éviter l'impôt. Et moi, ça me rend dingue parce qu'en fait, je me dis la France, moi, ma mère est morte, j'avais 9 ans. C'est ma sœur qui m'a repris à 18 ans, elle a repris les 5 enfants, tu vois. J'ai été pupille de l'État, ils m'ont payé mes études jusqu'en master. J'avais le droit à 1500 euros par mois jusqu'en master. J'aurais été dans n'importe quel autre pays, je serais pas là où j'en suis aujourd'hui. Donc qui je suis aujourd'hui pour dire OK, je vais délocaliser mon argent en France, même si à la fin de ma vie j'aurais payé 7 ou 8 fois ou 10 fois ce que la France a fait pour moi, en fait j'aurais rien eu à changer.
Tu lui dois ça, c'est ce que tu dis.
Et donc moi, pour moi c'est simple, tu fais tes études en France, tu décides d'aller travailler dans un autre pays, pas de souci, tu rembourses les études qu'on t'a payées. Et je trouve que, tu vois ce matin j'étais sur France Inter et c'est marrant parce que je l'ai dit exactement pareil, j'ai dit je trouve que la France est trop généreuse et on me dit ah oui, pourquoi tu trouves que la France est trop généreuse? Parce qu'elle aide les personnes en situation de handicap? Parce qu'elle aide les réfugiés? Non, la France est trop généreuse avec ceux qui la fuient. Parce qu'aujourd'hui, on étudie gratuitement en France. Si tu veux partir, tu rembourses. Et ça, ça me rend dingue, en fait, de me dire on laisse les gens partir et on leur demande aucune contribution sur tout ce qu'on a fait pour eux.
Ouais, mais en même temps, tu vois, en tant qu'entrepreneur, quand on te prend 75% de ce que tu gagnes et qu'en fait, tu dois être arrêté pour des raisons de santé et que tu ne peux pas, parce que tu es entrepreneur et pas salarié, être indemnisé à hauteur de ce que tu le serais en tant que salarié, tu as des difficultés à faire un prêt parce qu'en fait, tu es entrepreneur et surtout que oui, on te prend 75% de de ce que tu gagnes. Je comprends que tous les entrepreneurs avec qui j'échange et moi-même étant entrepreneur et quand je vois tout ce que l'État me prend, alors oui effectivement tu vas à l'hôpital tu payes rien, oui effectivement tu vas à l'école c'est gratuit, oui etc. Mais au bout d'un moment tu te dis mais est-ce que le système n'abuse pas trop? Alors c'est sûr qu'on n'a pas la même histoire que toi.
Et puis honnêtement je vais te dire moi je suis en désaccord à 100% avec ça parce qu'on me dit oui l'État prend 76% de ce que j'ai comme marge.
76%.
Mais en attendant, je suis désolée, je peux, enfin après, à part si tu es en auto-entreprise, c'est un autre sujet, mais j'achète mon téléphone, c'est déductible à 100%. J'achète mon ordinateur, c'est déductible à 100%. Les restaurants que je fais avec les clients sont déductibles à 100%. Aujourd'hui, je n'ai pas le droit au chômage, mais je ne cotise pas 82% sur mes salaires comme un employé, je suis à 45%. Donc à un moment donné, tu peux pas tout avoir. Tu cotises 82% et d'ailleurs, les dirigeants qui sont salariés de leur entreprise, selon s'ils sont majoritaires ou minoritaires, ils ont le droit au chômage. Tu vois ce que je veux dire? Donc en fait, on veut tout, on veut l'argent du beurre, on veut tout, mais on veut pas cotiser à hauteur de ce que ça va nous coûter. Donc au final, moi aujourd'hui, je suis en SARL, je paie 45% sur mes charges. C'est normal que j'aie pas le droit au chômage. Et si je veux le chômage, j'ai qu'à payer une entreprise privée pour avoir le droit au chômage s'il m'arrive quelque chose. Non mais tu vois ce que je veux dire? Parce qu'en attendant, j'ai ma mutuelle, j'ai tout ce qu'il faut. Si je suis en arrêt maladie, j'ai peut-être un peu moins. Mais quand t'es en arrêt maladie et que t'es chef d'entreprise, ton entreprise, elle peut quand même te rémunérer. Quand tu fais de l'argent. Attention, parce que ça, je le dis aussi souvent. Aujourd'hui, on ne taxe pas les sociétés de manière équitable. Tu vois ce que je veux dire? Ça veut dire en fait, on ne va pas taxer un petit artisan de la même manière qu'on va taxer un grand groupe. Et c'est là qu'est le problème. C'est-à-dire que l'artisan qui n'a pas les moyens de délocaliser son argent ailleurs, il va être taxé à 76%. Alors qu'un grand groupe, soyons honnêtes, il va être taxé, j'avais lu un article la dernière fois qui disait à hauteur de 25%. Tu vois la différence? Je suis d'accord. Par contre, quand on est un groupe comme le mien où on gagne de l'argent et je vis pas mal, moi je suis OK pour payer. Et je le dis même, quand je te dis tout à l'heure capitaliste solidaire, ça va au-delà de ça. Moi je suis prête à donner 1%. Tu sais, on fait le 1% d'art, le 1% d'art où tu es obligé quand tu fais des travaux de mettre 1% dans les arts. Moi je dis il faudrait avoir un 1% social. Les sociétés qui gagnent bien leur vie, si elles peuvent donner 1% à une autre société, il faut le faire. Aujourd'hui c'est interdit. C'est-à-dire qu'aujourd'hui, je ne peux pas aider un artisan s'il a besoin d'argent. J'ai pas le droit. Il faut que je puisse prouver que c'est une entreprise avec laquelle j'ai vraiment des liens. Tu ne peux pas faire de crédit inter-entreprise. C'est dingue. Après, tu as la fameuse facturation, mais j'ai envie d'aider un artisan, je peux pas. Moi, je fais beaucoup de dons à des associations, par exemple. Je me dis aujourd'hui, l'État a tout à gagner à se poser la question du 1% en aide locale, ne serait-ce qu'en local, tu vois. Moi, je serais très contente de donner 1% au boulanger qui est à côté de chez moi.
Tu es devenue business angel aussi. Ouais. Qu'est-ce que ça change aussi dans ta manière de voir les choses? Et est-ce que, enfin, qu'est-ce qui te donne envie de miser aussi sur un entrepreneur plutôt qu'un autre pour le coup?
Alors, c'est souvent, les gens le prennent mal, mais je vais le redire et je le pense du fond du cœur. Je veux donner de l'argent à ceux qui n'ont jamais rien eu. Parce que je sais que quand moi on m'a donné un euro, j'ai tout fait pour le faire fructifier. Parce qu'en fait, j'ai toujours eu peur de perdre l'argent qu'on m'avait donné. Donc au final, j'ai beaucoup de mal à donner d'argent. Enfin, quand j'investis dans des startups et je n'investis pas dans 50 000 startups, j'ai été nommée dans le top 7 des investisseurs en France par Challenge et Angel Square. Côté femmes, côté femmes, attention, parce que chez les hommes, c'est plusieurs millions. Mais la réalité, c'est que moi aujourd'hui, déjà, j'investis que dans des projets qui aident l'humain. Donc typiquement, j'ai investi dans une startup qui s'appelle Carmen où pour éviter que tu dilues ta startup au démarrage, ils te prêtent de l'argent, tu vois. J'ai investi, en fait, je veux vraiment des sociétés où c'est la connexion humaine. Exactement, utile à l'humain. Et c'est horrible ce que je vais te dire, mais dans, allez, dans 9 cas sur 10, ceux qui me présentent ce genre de projet viennent du bas.
C'est horrible, mais ça fait écho à ton parcours.
Ça fait écho à mon parcours et ça, et on sait que ça te parle. Mais en fait, moi j'ai grandi en cité et si— et je dis pas ça pour que les gens aient pitié de moi, pas du tout, parce que je n'ai pas un mauvais souvenir de la cité. Au moment où ma mère est morte, on habitait à Saint-Étienne, à Montrénaud. Si ma sœur à 18 ans avait 3 boulots, si je n'avais pas eu mes voisins en cité, je ne sais pas comment on aurait fait. Parce que la voisine du dessous nous apportait à manger, parce que la voisine du dessus, elle checkait qu'on allait bien. Moi aujourd'hui, et je le dis tout le temps, mais je le pense vraiment, vraiment, j'habite dans une maison qui vaut 1 million d'euros à Charlie, à côté de Lyon. Aucun de mes voisins ne me connaît. Si je meurs demain, je ne sais même pas ce qu'il arrivera de mes enfants. Donc on a beau dire ce qu'on veut sur les cités, je n'ai jamais retrouvé cette connexion et cette entraide.
Ça forge aussi à la fois un parcours et puis une manière de voir le leadership, le management et puis de gérer ses équipes. Absolument, j'imagine. Et c'est ça aussi qui nous a beaucoup touché dans ton parcours et c'est au-delà de l'histoire de la reprise et de la réussite, la success story qui est la tienne. C'est en fait comment on met à profit tout ce qu'on a appris, tout ce qu'on est, tout ce qu'on a été au regard de la société en général et de ta société, celle que tu construis jour après jour. Donc ça nous a beaucoup plu et à ce titre, tu vois, on termine toujours les épisodes parce qu'on arrive à la fin de l'épisode par une question qui est si tu devais laisser un seul conseil ou une seule phrase à celles et ceux qui nous écoutent aujourd'hui, Tu nous as sorti plein de punchlines pendant le podcast et plein d'enseignements et de conseils très précieux, mais je sais pas s'il y en a un plus important à tes yeux qu'un autre. Qu'est-ce que tu dirais?
Moi, elle est, enfin, c'est même pas une punchline et c'est ce que je pense vraiment du fond du cœur, c'est qu'aujourd'hui, si tu entreprends ou que tu reprends en France, en fait, ne quitte pas ton pays. Parce que ton pays a besoin de toi. Et oui, on n'est pas un pays parfait. Oui, tu pourrais partir à Dubaï et avoir 0% d'impôts. Mais en attendant, t'es français. T'as eu la chance de naître en France et ton pays a besoin de toi. Aujourd'hui, le pays a besoin d'entrepreneurs.
Aujourd'hui plus qu'avant.
Aujourd'hui plus qu'avant.
Est-ce qu'il y a une actualité que t'aimerais mettre en avant au sein du groupe?
Actualité que j'aimerais mettre en avant? Honnêtement, non. On a été nommé, ah si, on a été nommé par Trustpilot sur 16 catégories le meilleur centre de formation en langues. Plus de 8000 avis clients, 4,9 sur 5. On n'a aucun avis 1 étoile, 2 étoiles ou 3 étoiles.
Que du 4 ou du 5. Bravo.
Merci. Et ça, c'est grâce à l'humain.
Bravo.
Merci.
En tout cas, on comprend que l'aventure va aller encore très loin et que c'est l'ambition. Parfois, on a des auditeurs qui nous demandent si nos repreneurs recrutent On recrute tout le temps.
En fait, dans les centres Mayaist, tu as l'impression qu'il y a du turnover, mais parce qu'en fait on grandit tellement vite que les équipes en place, alors où ils ouvrent leur centre, tu vois, là mes équipes de Lyon, ils ont ouvert le centre de Nice. Donc j'ai perdu mes deux directeurs qui ont ouvert le centre de Nice. Mais en fait, c'est parce qu'on grandit tellement vite que non, on recrute. Et là, on recrute particulièrement à partir du retour de vacances, 17 août, 8 profils. Bien spécifique, c'est des conseillers pédagogiques pour accompagner les stagiaires dans leur parcours de formation.
Donc si des auditeurs ont envie de rejoindre l'aventure en tant que partenaire, en tant que salarié, en tant que franchisé, franchiseur, etc., comment ils peuvent le faire? Ils contactent sur le site?
Ils peuvent nous contacter sur le site internet ou envoyer à info@maillès.fr et on reçoit tout.
Magnifique! Nous, on essaye d'avoir des profils comme toi de plus en plus pour montrer que oui, bah, les femmes, ça marche aussi dans la reprise, dans la création d'entreprise, dans tout ça. Et donc on essaie de les mettre en avant. Donc merci infiniment, Déborah.
More from Philippine

Il rachète un e-commerce militaire et garde son fondateur comme associé - Soldat.fr

Psychologie, rencontres et stratégie : les dessous du monde de la transmission

Les pièges invisibles d’une reprise d’entreprise (témoignage d’une liquidation)

Les pièges invisibles d’une reprise d’entreprise (témoignage d’une liquidation) - Fateh Rouidjali

Ce qu’il se passe quand le cédant tombe gravement malade pendant le process de vente





