Elle reprend l'usine familiale à 27 ans... et enchaîne toutes les crises - Maison Patignac

In this episode of the Vivement la Reprise podcast, host Philippine Dolbeau interviews Maud Deltel‑Patignier, who at 27 bought and turned around her family’s conserverie, Maison Patignac, located near Toulouse. Maud recounts the rapid decision‑making that led to buying the business, her house, and getting married in the same week, and the financial and legal obstacles she faced, including banks’ reluctance to fund a young female entrepreneur and a notary’s humiliating treatment. She describes the severe crises that hit early on – the 2019 avian flu that eliminated duck meat and foie gras, followed by the COVID‑19 lockdown while she was seven months pregnant – and how these forced her to diversify the product range. Maud details the operational “quick wins” she implemented: rationalising production lines, moving to a single‑product‑per‑day model to reduce allergen cross‑contamination, optimising stock levels, cutting costly suppliers, and introducing a simple Excel stock‑management tool. These actions helped lift the company from €1.8 M in revenue with negligible profit to €2.4 M and a 300 % increase in results, while maintaining a ten‑person team with low turnover. She explains the importance of building legitimacy by working on the shop floor and listening to employees, and highlights the gender‑related challenges she encountered in banking, legal, and notarial contexts, which motivated her to support other women through Réseau Entreprendre and the Osez Oser program. The interview also covers the current product portfolio (terrines, pâtés, rillettes, low‑fat foie gras, plant‑based spreads, specialty items like wasabi‑infused pet pâtés), the shift from a traditional conserverie to an agro‑food factory producing 800 000 units annually, and future plans for a major expansion with two new, partially automated production lines and a focus on contract manufacturing. Maud ends with advice for aspiring repreneurs: treat family negotiations as formal transactions, secure strong expert counsel, stay humble, and simply “launch yourself.”
Chapters
Je me suis mariée, on a acheté notre maison et j'ai acheté mon entreprise la même semaine.
Oh mon Dieu! La même semaine?
Oui, la même semaine.
Ce qui a été beaucoup plus difficile que prévu.
On reprend en juin. Octobre, novembre, première grippe aviaire. Donc là, il n'y avait plus de viande de canard et le foie gras, ça représentait beaucoup du chiffre, beaucoup de l'activité. J'avais mon mari qui me disait vraiment, là, c'est la catastrophe. Moi, j'étais enceinte de 7 mois.
Un petit prud'homme, par exemple?
Alors là, j'accouchais de ma troisième fille. Moi, j'ai licencié une personne pour faute grave, une personne qui avait menacé de mort un de ses collègues et ça n'a même pas été requalifié. La négociation familiale ne veut pas dire que ce sera facile. Je pense que c'est encore plus compliqué.
D'autant plus que certains collaborateurs te connaissent depuis que tu es enfant, de cette époque où tu collais justement les étiquettes sur les boîtes. Aujourd'hui, je crois que vous produisez donc près de 800 000 unités par an, c'est énorme.
J'ai racheté, on faisait 1,8 million, aujourd'hui on fait 2,4 millions, plus 300% de résultat. Ah ouais, donc j'ai pas explosé le chiffre d'affaires, mais j'ai énormément consolidé et j'ai augmenté la rentabilité de fou.
Bienvenue dans Vivement la Reprise, le podcast qui raconte l'envers du décor de la transmission d'entreprise avec zéro tabou. Tu On vous plonge dans ce moment précis où tout bascule. Des négociations tendues, les premiers face-à-face avec les équipes, et puis des enjeux de pouvoir et surtout des rencontres. Parce que reprendre une entreprise, c'est entrer dans une histoire qui n'est pas forcément la vôtre. Des parcours intimes et une seule certitude: racheter une boîte ne se passe jamais comme prévu. Reprendre une entreprise familiale, ça n'est pas seulement récupérer une activité, c'est reprendre une histoire, convaincre une équipe qui vous connaît depuis l'enfance. Et à seulement 27 ans, mon invitée justement reprend la Maison Patignac, une conserverie familiale du sud Quelques années plus tard, elle a multiplié les bénéfices, modernisé l'entreprise aussi, elle va nous en parler, traversé plusieurs crises et préside aujourd'hui Occitanie Gourmet. C'est un groupement de producteurs qui développe le savoir-faire français à l'international. On va en parler avec elle d'abord. Bonjour Maud. Bonjour. Merci beaucoup d'être parmi nous aujourd'hui. Maud Deltel-Patignier, donc tu as une histoire complètement dingue là aussi. Ah ouais? Ben oui, oui, parce que tu as vécu beaucoup, beaucoup de choses et à un très jeune âge et avec en plus une succession de crises. Ça, c'est pour le teaser, mais tu vas nous en parler. On va remonter, si tu veux bien, au commencement. On est quelques années avant 2018. Qui es-tu à ce moment-là et que fais-tu dans ta vie?
Donc moi, j'ai fait une prépa littéraire. Ensuite, j'ai bifurqué sur une école de commerce. Parcours assez classique finalement. J'ai fait un an et demi dans le conseil à Lyon.
D'accord.
Et en fait, là, je tournais en rond. Ça ne me convenait pas. J'avais vraiment besoin de trouver quelque chose qui vraiment avait du sens. Donc j'ai réfléchi à monter une boîte, mais en fait, je n'avais pas d'idée. Et puis vraiment, ça a été un déclic. Je me suis dit, mais est-ce que je ne demanderais pas à ma tante si son entreprise, qui en l'occurrence est une conserverie, si elle n'avait pas l'intention de la vendre?
Entreprise déjà familiale?
Voilà, une entreprise familiale qu'elle avait avec mon oncle, qu'ils avaient rachetée dans les années 2000. Et en fait, moi, j'avais toujours un petit peu suivi l'entreprise. J'y allais en vacances quand j'étais petite. Donc, en fait, je connais. Il y a certains salariés qui me connaissent depuis que j'ai 9-10 ans, quoi. Et donc, je savais que l'entreprise avait traversé des difficultés assez importantes. J'avais, à l'époque, donné des petits conseils. J'avais fait une étude marketing. Enfin, voilà. Et donc, je connaissais ce monde-là. Je connaissais le contexte, l'histoire, les difficultés. Et il s'est avéré qu'en fait, il voulait vendre.
Donc ça tombait plutôt bien.
Non mais voilà, tout était hyper aligné.
Bon, tu vas nous raconter. Tu nous l'as dit, donc tu travaillais dans le conseil à Lyon et en fait, dans cette activité-là, tu manageais déjà une quarantaine de personnes.
Oui, voilà. En fait, je faisais du global office management, donc je gérais l'office management, mais dans les différents bureaux que la boîte avait.
Tu racontes que tu ne te reconnaissais plus vraiment dans les valeurs de l'entreprise ou des entreprises pour lesquelles tu travaillais, qu'est-ce qui te manquait?
En fait, moi, je viens d'une famille d'entrepreneurs commerçants, entrepreneurs commerçants. Mon arrière-grand-mère, ma grand-mère, mes parents, mon oncle et ma tante, un autre oncle. Et du coup, j'ai toujours beaucoup entrepris. Au sein de mon école de commerce, j'ai monté une job service. Donc voilà, j'ai toujours été, j'ai besoin vraiment d'être animée par du challenge, me projeter en permanence. Et là, ça n'allait pas. Et puis même en termes de management, enfin voilà, je pense qu'on a un profil quand on est entrepreneur, certainement, avec beaucoup de créativité depuis longtemps. Besoin de liberté aussi.
Alors ça, on va en parler aussi parce que quand je parlais de créativité et de cette liberté d'entreprendre aussi, tu nous as dit que tu passais tes vacances dans cette conserverie. En fait, tu étiquetais, je crois, les conserves chez ton oncle et ta tante. Donc tu n'avais jamais forcément pensé à reprendre un jour la maison Patignac.
Il y a ce déclic qui te fait changé d'idée.
À quel moment la reprise, elle devient une vraie discussion familiale plutôt qu'une simple hypothèse?
Mais en fait, c'est allé assez vite parce que j'ai eu un déclic en mars-avril et en septembre, j'étais déjà, on s'était déjà déplacés. On n'avait pas encore déménagé, on a déménagé en novembre. Mais c'était allé très, très vite. Globalement, je vais très vite dans mes décisions. Tout est là. Enfin voilà, on a contacté les experts-comptables, les avocats. En fait, mon oncle et ma tante étaient un petit peu à bout de souffle.
D'accord.
Ça devenait difficile.
Ça faisait déjà quelques années, plusieurs décennies peut-être même, qu'ils géraient cette entreprise et qu'ils en avaient peut-être un peu marre.
Oui, oui, parce qu'en fait, ils l'ont reprise dans les années 2000. Et moi, j'ai racheté en 2019, donc ça faisait presque 20 ans. Et le milieu de la conserverie, en l'occurrence beaucoup autour du canard, c'est un secteur qui a souffert de grippes aviaires successives très difficiles. Tant que c'est pas diversifié, on en reparlera. Voilà, c'est difficile. Il y a beaucoup d'obstacles. Ça nécessite beaucoup de trésorerie, beaucoup d'appro. C'est difficile.
Donc ils en avaient un peu marre, envie de passer à autre chose. Donc tu as été leur chance quelque part, effectivement. Qu'est-ce que tu espérais malgré tout que cette reprise change chez toi? Qu'est-ce qui t'inquiétait peut-être aussi? Qu'est-ce qui t'enthousiasmait à cet égard?
Ce qui m'enthousiasmait, c'est l'idée d'avoir trouvé cette activité qui pour moi faisait sens. Pourquoi? Parce qu'on est sur du 100% français. On ne met pas de colorants, pas de conservateurs. On a un procédé de fabrication qui fait que nos produits sont beaucoup moins gras que la moyenne. On échaude la viande avant de la cuisiner, donc en fait on fait tomber le gras.
D'accord.
Et c'est qu'après qu'on fait les pâtés, etc. Donc nos pâtés, nos rillettes sont beaucoup moins grasses que le reste. Ensuite, le savoir-faire vraiment d'une équipe qui travaille là depuis très longtemps. On a un très faible turnover. Et aussi l'intérêt, c'était de me dire je reprends une entreprise. Il y a tellement d'entreprises à reprendre. Il y a un savoir-faire de fou.
Absolument.
Et j'en ai tellement sous la pédale. Tellement. Et ça se voit aujourd'hui. Parce qu'en fait, globalement, l'industrie se raréfie, enfin, les capacités industrielles se raréfient. Il y a beaucoup de marques qui se créent dans la food, mais pour faire derrière, il y en a très peu. Il y a très peu d'acteurs. Et en fait, c'est là que clairement, nous, on est en train, enfin, on se démarque du reste des conserveries parce que le milieu de la conserverie, c'est un milieu qui est vieillissant aussi. Il y a beaucoup de conserveries. Alors, je continue d'employer le terme conserverie, Je pense que c'est plus vraiment le bon terme. Aujourd'hui, on est une usine agroalimentaire. D'accord. Voilà, on fait quand même 800 000 unités par an.
Ah oui!
Voilà, c'est pas une petite... Non.
Voilà. Bon, sachant qu'effectivement, il y a eu une période d'hypercroissance après la reprise que tu vas nous raconter. D'abord, ce que tu as oublié de nous dire, c'est que tu avais 27 ans quand tu as repris cette entreprise. Est-ce que c'était ton âge ou peut-être ton manque d'expérience dans l'agroalimentaire qui te faisait le plus douter de ta légitimité, si toutefois tu as douté?
J'ai pas douté de ma légitimité. Ce sont plutôt certains acteurs du milieu de la reprise qui voulaient me faire douter, ce qui était assez désagréable. Mais voilà, certains professionnels dans le milieu de l'expertise-comptable, les avocats, les notaires, c'est un peu, voilà, franchement, ce sont des sales. Non, alors que derrière, forcément, à 27 ans, j'avais pas les fonds, je pouvais pas acheter cash, j'avais même pas la moitié. Initialement, je voulais acheter l'exploitation plus les murs. Ça n'a pas pu se faire comme ça. J'ai d'abord acheté l'exploitation et ensuite les murs. J'avais un crédit vendeur, j'avais l'aide. Vraiment, j'arrivais avec un gros dossier, notamment de mes parents qui m'ont aidée au début et ça ne suffisait pas. Et j'ai fini, heureusement, j'ai été sauvée par une femme dans une banque. Et c'est une femme qui a finalement accepté de me suivre. Et vraiment.
Parce que tous les autres ne te suivaient pas?
Non, même les banques historiques ne voulaient pas me suivre. De l'entreprise et des banques. Mes parents avaient un gros supermarché, donc ils m'aidaient et c'est quand même solide. Et pour autant, non, ça suffisait pas. Mais par contre, 2 ans après, après 2 bilans, là, il y avait du monde pour m'aider pour acheter les murs.
Étonnamment.
Voilà.
Parce que 2 ans avant, justement, tu découvres donc les chiffres de l'entreprise. Ça ressemble à quoi financièrement?
C'est une entreprise qui était vraiment sur le fil. Voilà.
Elle allait mal.
Ouais, ça allait mal. Ça pouvait pas continuer comme ça en tout cas. Non, elle dégageait très, très, très, très peu, quasiment pas de bénéfices en fait. Et le chiffre était en stagnation, baisse.
Et ça, tu l'avais vu puisque je crois que tu as passé quand même quelques mois dans l'entreprise avant la signature officielle. Tu l'as vu dès le début?
Ça m'a clairement permis de voir ce qui n'allait pas. Mais du coup, de créer ma stratégie, ce que j'appelle les quick wins, toutes les petites actions que j'ai pu mettre en place pour remettre l'entreprise sur les starting blocks pour décoller.
Génial.
Mais je sentais qu'il y avait quelque chose qui dévissait, mais pour moi, c'était pas du tout bloquant.
D'accord, donc tu voyais des solutions là où il y avait des problèmes et cette période de 6 mois passée dans l'entreprise avant la signature officielle t'ont bien aidée de ce que je comprends. Au départ, je crois que ton oncle et ta tante, ils devaient rester aussi quelque temps dans l'entreprise. Et puis, il y a une sorte de choc des méthodes qui a été un peu plus fort que prévu. Raconte-nous comment est-ce que tu as vécu leur départ?
Effectivement, il y avait un accompagnement qui était prévu de 6 mois. Alors, ma tante s'occupait du management, du commercial, des plans de production, et mon oncle gérait plutôt les achats, la maintenance, etc. Effectivement, moi je suis arrivée avec— on n'avait pas du tout les mêmes méthodes, pas les mêmes compétences, notamment informatiques, sur de la gestion de stock, pas les mêmes méthodes de management.
Ça collait pas.
Et donc en fait, ça collait pas. Mais j'avais cette chance quand même que c'était ma famille et donc il y avait cet espace de dialogue, de communication qui a permis que les choses se fassent sans se fâcher.
Donc ils sont partis bien avant les 6 mois prévus.
Voilà, en fait, ils sont restés, les conditions de l'accompagnement ont demeuré. Mais juste, ils n'étaient pas à la conserverie et c'était très bien.
Voilà. Le jour où tu signes officiellement, qu'est-ce que tu ressens? La fierté? Le poids d'une responsabilité nouvelle?
C'était assez marrant parce qu'en fait, je me suis mariée, on a acheté notre maison et j'ai acheté en entreprise la même semaine.
Oh mon Dieu! La même semaine?
C'était en juin 2019 et j'étais hyper excitée, j'étais trop contente.
Tu m'étonnes!
Ouais.
Ah là là, le shoot d'adrénaline est bien, bien fort.
Ah oui, c'est sûr que 2019, c'était une année de fou.
Incroyable. Bon, donc beaucoup de fierté, beaucoup d'adrénaline.
Oui, voilà, j'avais qu'une envie, c'était que ça commence. Peut-être un conseil, ça vient peut-être un peu tôt pendant le podcast, mais je pense qu'il y a un conseil qui est vraiment essentiel, c'est l'humilité. C'est toujours se remettre en question et être humble. Et moi, ça a été ma méthode. Je pense que c'est mon caractère et c'est ce qui a permis dès le début que les choses se fassent de manière douce, solide et pérenne.
Parce qu'il y avait combien de salariés à l'époque?
On était une dizaine.
OK, donc ça reste tout à fait à taille humaine et tu les connaissais tous.
Oui.
D'autant plus que certains collaborateurs te connaissent depuis que tu es enfant, de cette époque où tu collais justement les étiquettes sur les boîtes. Comment on... Tu vois, je réfléchissais un petit peu à ton histoire et je me disais comment on construit une légitimité, ta légitimité dans une situation comme celle-là?
Cette légitimité, je l'ai eue déjà par le terrain parce que j'ai passé du temps en production. Je suis allée voir, j'étais en production. Donc le matin, j'arrivais, j'étais dans le labo, on préparait, je décoinais. On fait notamment des jambonneaux, donc je décoinais avec eux. Ensuite, j'allais alimenter la chaîne, je mettais les bocaux, les couvercles. Je mettais dans, enfin, s'ils faisaient du cassoulet par exemple, je mettais, enfin voilà, j'étais sur la chaîne avec eux, je faisais le nettoyage avec eux. Alors ça n'a pas duré un an. Mais je suis à l'avec eux et je suis avec eux aux pauses, je suis avec eux, enfin je déjeune avec eux, enfin je suis très très présente. J'essaie de l'être le plus.
Donc c'est comme ça que tu crées ta légitimité en ayant les mains dans le cambouis. Parce que ça peut être difficile à porter, tu vois ce que je veux dire? Le fait d'être la fille d'eux ou de porter le nom untel.
T'as jamais ressenti cette... Mes salariés ne m'ont jamais fait ressentir. C'est vrai, j'ai beaucoup de chance pour ça. L'autre point, c'est que comment j'ai pu acquérir cette légitimité, c'est que je les ai énormément écoutés. Voilà, je les ai beaucoup écoutés. On a beaucoup parlé. Je les ai énormément sollicités. Je continue de le faire d'ailleurs. Mais sur mes prises de décision, là, tu vois, je suis à Paris. J'ai vu plein de clients clés. Ils ont un report de ce qui s'est dit, du plan d'action. Et c'est pas juste ma directrice de site, en fait. C'est la personne, c'est la DV, celle qui gère le client, c'est le chef de prod qu'il soit au courant et responsable achats. Tout le monde, en fait, est au courant. Je veux vraiment que l'information circule et je les inclue énormément, mais tous, pas simplement les responsables.
Finalement, c'était quoi les premiers chantiers qui ont été les tiens et que tu as lancés en arrivant?
J'ai rationalisé la production. Ce qui est important, c'est de bien intégrer toutes les contraintes agroalimentaires, les allergènes.
J'allais dire lesquelles.
Voilà, d'accord. Les allergènes, quel contenant, quel contenant on met, quelle recette, quelles sont les contraintes de la recette. Est-ce que c'est une recette qui est liquide, qui accroche? Voilà, en fonction de ça. Donc nous, on a une chaîne, une de production et il ne faut pas s'amuser à la régler 15 fois par jour. Il ne faut pas s'amuser à faire 15 recettes parce qu'en fait, dans une recette, il y a des œufs, dans l'autre, il y a des sulfites. Entre chaque, il faut tout nettoyer, tout nettoyer vraiment du sol au plafond. Donc là, moi, ce que j'ai fait, c'est que j'ai fait jour de monoprod. Donc on faisait 5000 pâtés, on faisait le même pâté toute la journée.
D'accord.
Ça, c'est l'idéal. Bon, bien évidemment, on ne peut pas toujours faire comme ça parce qu'on a une gamme très large. Mais j'ai vraiment rationalisé la production et les équipes en face étaient hyper contentes parce qu'en fait, elles aussi, Elle faisait moins de nettoyage.
C'était plus facile pour elle.
Ça déroulait, quoi. Donc ça, ça a été une des premières actions. La deuxième action, c'était l'optimisation des stocks. On avait beaucoup de ruptures. On avait du stock dormant en matières premières qui mobilisait de la trésorerie. Donc ça, c'était pas bon non plus parce qu'on avait besoin de tréso. Donc en fait, cette tréso en matières premières, On avait à la fois du surstock en matières premières, du manque à gagner en produits finis. Donc j'ai juste inversé. J'ai mis ma tréso plutôt dans les produits finis et sur les produits de matières premières qui n'étaient pas en tension, je n'avais pas besoin de me stocker. Donc voilà, j'ai fait un transfert de tréso. J'ai mis en place un tableau de gestion des stocks parce qu'il n'existait pas. Donc avec un système sur Excel tout bête, mais qui marche, que j'utilise d'ailleurs toujours.
Tant qu'il existe et que ça fonctionne.
Voilà, c'est ça. Avec un mois de stock. C'est hyper important de pas avoir de rupture. Qu'est-ce que j'ai pu mettre en place d'autre? J'ai fait le ménage dans des prestataires qui coûtaient beaucoup trop cher.
On va peut-être rappeler peut-être où est située l'entreprise.
Ah oui, bien sûr, je l'ai pas dit.
Non, je t'en prie.
On est situé au sud de Toulouse, à Montesquieu-Volvestre.
Voilà, donc il faut quand même aussi au niveau des prestataires diffuser et envoyer vos produits un petit peu partout en France, voire même ailleurs si c'est envoyé en Europe.
Oui, ça aussi, j'imagine que c'est une logistique Tous ces contrats de transport, les contrats d'informatique, les contrats de communication avec le prestataire de notre site internet. Voilà, on a quand même fait du nettoyage et même en termes d'achats, des achats beaucoup plus maîtrisés.
Donc tu as prévisionné des postes et tu as renégocié tout ça et tu as assaini quelque part aussi les finances comme les dépenses. Et alors bon, Tu reprends donc l'entreprise. Un an plus tard, ça donne quoi le chiffre d'affaires?
Un an plus tard, on avait... Alors, tu sais, on a eu un exercice de juin. Nous, on clôture au 31 mars, donc on a eu un exercice de 9 mois. Et le chiffre était iso, mais il y avait déjà une belle croissance du résultat. Finalement, moi, tu vois, on est passé d'1,8 million, si on peut parler de chiffres, moi ça me dérange pas. J'ai racheté, on faisait 1,8 million. On fait 2,4 millions et entre l'exercice 1 et l'exercice 3, on a fait +300% de résultats.
Ah ouais.
Donc j'ai pas explosé le chiffre d'affaires, mais j'ai énormément consolidé, j'ai optimisé et j'ai augmenté la rentabilité de fou. Et maintenant, voilà, aujourd'hui, ça fait 7 ans. Donc 7 ans, c'est fin de la dette senior. Et donc là, on ouvre un nouveau chapitre avec un gros projet d'agrandissement. Et là, on va pouvoir exploser. Mais parce que nos bases sont très saines, on maîtrise tout. Voilà, c'est le prochain chapitre.
Donc là, tu vas encore t'amuser parce que qu'est-ce qui t'attend donc pour les prochains mois, les prochaines années?
C'est un gros projet, un gros projet d'agrandissement avec 2 lignes de production, une ligne plus automatisée où on va pouvoir aller chercher du référencement en centrale, en centrale réseau spé et grande distribution aussi. On développe aussi énormément le travail à façon.
Qu'est-ce que c'est ça?
Le travail à façon, par exemple, Philippine, tu me dis j'ai envie de faire un kombucha au matcha. Et donc tu viens me voir et tu me dis, bah Maud, est-ce que tu pourrais me le faire? Je vais étudier. D'accord.
Ah, c'est comme des produits sur mesure en fait?
Voilà, exactement, c'est ça. Et nous, on a vraiment quelque chose à faire et à vendre. On a un très bon service, on est réactif, hyper souple. Et on est entre la petite conservée et la grosse usine agro qui a des minimums de commandes très élevés, etc. Et on développe énormément. Je pense qu'on est très bons là-dessus et on est certainement une des rares entreprises à pouvoir le proposer et on se développe.
Donc aujourd'hui, on n'est plus du tout sur une petite conserverie. Qu'est-ce que vous faites comme produits?
Comme produits, on fait donc terrines. En produits classiques, on fait terrines, pâtés, rillettes, plats cuisinés.
Ça donne faim tout ça, ça donne faim.
Du foie gras aussi. Mais on fait aussi des produits sans viande. On fait du houmous de haricots blancs, les haricots du cassoulet. On fait donc du houmous à la tomate, c'est excellent. On propose des recettes qui changent de l'ordinaire. On fait une terrine pur canard. Donc ça, c'est assez rare d'avoir des terrines pur canard. Terrine pur canard au citron confit de Menton.
Oh là là.
À l'ail noir aussi, avec de l'ail noir du Gers, de l'étuverie dans le Gers. Mais on fait aussi des produits que tu soupçonnerais certainement pas que tous les gens congèlent. On fait beaucoup de bouillons.
D'accord. Voilà.
On fait des produits avec du wasabi. J'ai répondu à des appels d'offres sur des pâtés pour chiens et chats à base de CBD, par exemple.
Ah oui, donc hyper différent comme produit.
Mais finalement, on peut tout faire.
Parce que ton métier principal, c'est ce qu'on met dans les boîtes.
C'est surtout l'appareil. En fait, ma force, c'est que j'ai un appareil de production, un labo. Avec tout ce qu'il faut et on sait le mettre en conserve. Et qui dit conserve dit 4 ans de date, conservation à température ambiante. Et donc c'est super et ça permet d'avoir des produits qui sont clean.
Bien sûr, bien sûr.
C'est un super procédé qui est vieux, qui peut paraître un peu vieux, mais c'est un très, très, très bon procédé.
Et puis il nous aide à toutes et à tous.
Exactement.
Donc oui, oui. Et puis si ça marche, c'est le principal et on est très contents pour vous. Aujourd'hui, je crois que vous produisez donc près de 800 000 unités par an. C'est énorme. Projet d'agrandissement dont tu nous en as parlé, qui est en préparation. Il y a un moment, quand on interviewe nos invités ici dans Vivement la reprise, on leur dit, mais il y a forcément un moment où tu as compris que tu n'es plus seulement en train de reprendre une entreprise, mais aussi de créer l'avenir de cette entreprise et ton avenir à toi aussi en tant qu'entrepreneur. À quel moment toi tu t'es dit, mais ouais, mais en fait ça y est, en fait l'entreprise va aller beaucoup plus loin que l'ambition initiale?
Je dirais que c'était à la naissance de ma troisième fille. À la naissance de ma troisième fille.
Oui, parce qu'en parallèle, tu as eu des enfants.
Oui, oui. Mais ça, c'est important parce que je voulais le dire pendant ton podcast. C'est important que les femmes ne se mettent pas de barrières. C'est tellement important. Moi, aujourd'hui, mes enfants, Chacune de mes filles est venue travailler avec moi à 3 semaines, 1 mois et jusqu'à leurs 3 à 6 mois. Je les ai gardées avec moi au bureau, mais c'était top. Je ne regrette absolument pas. Et donc oui, effectivement, j'ai des journées qui sont hyper, hyper denses. Mais bon, les enfants, c'est une source d'oxygène. Ça permet d'énormément relativiser quand tu as tout qui part un peu en cacahuète au boulot ou tu as des soucis avec les salariés. Ça te permet vraiment de penser à autre chose et d'avancer. Et voilà, ce que je voulais dire, c'est que bon, il y a énormément d'entreprises à reprendre. Je crois que le chiffre, c'est pas 500 000 d'ici 2030?
Ouais, c'est ça. Ça change régulièrement, mais c'est énorme.
Mais voilà, c'est énorme. Et le message, c'est oui, tu peux être une femme, avoir 30 ans et te dire je vais reprendre une entreprise. Tu pourras quand même avoir des enfants.
Tout ça n'est pas incompatible.
Pas du tout. Alors bien évidemment, c'est chaud. C'est un choix de vie. On ne pourra pas avoir une entreprise, avoir des enfants, avoir une vie sociale très, très dense, sortir tous les soirs. Ce n'est pas possible. Il faut faire des choix. Et ces choix, on peut les revoir à différents moments de la vie. À 40 ans, ce sera différent. À 50 ans, ce sera différent. Mais en même temps, voilà, moi, j'ai réussi à garder mes filles avec moi. C'était trop bien. Et puis je me dis qu'elles ont un super exemple.
Merci d'en parler, Maud, parce que j'allais te poser la question en disant est-ce que toi, tu as démarré très jeune, 27 ans encore une fois. Tu t'es toi-même mis des barrières au regard de ton genre, de ton sexe? Tu t'es dit peut-être, attends, mais moi, peut-être que la reprise d'entreprise parce que je suis une femme, ça va être compliqué ou on va me refuser un prêt, etc. Parce que c'est ce qu'on entend parfois aussi dans les commentaires ou dans les histoires de création d'entreprise. Alors c'est de moins en moins le cas parce que c'est démocratisé, mais la reprise, il n'y a encore pas beaucoup de femmes qui reprennent.
Non, pas du tout.
Et d'ailleurs, on a du mal à les faire venir sur ce podcast. Tu es une des premières.
C'est marrant, je suis assez ambivalente sur cette question de la légitimité. Autant quand c'est moi qui drive le projet, j'ai aucun doute, j'y arrive. Mais par contre, face à d'autres personnes, tu vois, c'est là que ça bloque. Et tu sais, je fais partie de Réseau Entreprendre, je suis administratrice de Réseau Entreprendre Occitanie-Garonne.
Tout à fait.
Et j'ai lancé avec Laurence Roland notamment, qui a une entreprise dans la truffe à Montauban qui s'appelle En Race, j'ai lancé un programme qui s'appelle Osez Oser pour l'entrepreneuriat au féminin, pour vraiment aider les femmes à avoir ce petit truc qui fait qu'enfin elles y vont, elles avancent.
Tu en as rencontré d'autres, des femmes repreneures? Bah non. Le silence en dit long.
Non, non, non, en fait, pardon, mais non, j'ai pas. C'est fou, c'est fou. Alors des femmes qui ont un projet, oui. Des femmes qui reprennent un business, pas dans le libéral, vraiment un business, Non.
Il y a une sacrée étape entre penser à la reprise et reprendre effectivement une entreprise. Et même financièrement, parce que tu dis que ça avait été compliqué avec les banques.
Clairement.
Ça a été compliqué à cet égard-là aussi? Parce que jeune, parce que femme, parce que... Ouais.
Enfin, l'histoire ne finira jamais. Oui, évidemment. Je pense, je pense, enfin j'ai... Mon profil de 27 ans, donc jeune femme, est-ce qu'ils se disent pas, ouais, mais attends, elle va peut-être avoir des enfants, ça va être compliqué. Pas de l'aggro, ça faisait beaucoup.
Tu as fait toutes les tares. Oui. Ça m'est arrivé, moi, avec ma boîte. Je ne suis pas là pour raconter ma vie, mais quand j'ai monté ma première boîte et que j'avais 16 ans et jusqu'à mes 20 ans, je suis allée voir les banques en disant, voilà, je voudrais lever des fonds, lever des fonds. Et à chaque fois, on me disait, alors c'était une autre époque, c'était il y a bientôt 10 ans et on me disait, mais madame, en fait, Ou mademoiselle, on m'appelait mademoiselle.
Oui, moi aussi. Mademoiselle et parfois ça continue.
Oui, exactement.
Ça, c'est pas possible. C'est fou, hein?
Et ils disaient, mais attendez, le jour où vous aurez un mec, vous allez vous désengager de votre boîte. Et puis le jour où vous allez avoir des enfants, vous allez vous désengager de votre boîte. Et donc, on ne peut pas investir sur l'éventualité de ce qui va advenir. Je dis, mais en fait, vous investissez sur un projet. Et si vous vous limitez à ça, alors c'est très grave. C'est sans doute beaucoup moins le cas aujourd'hui en 2026 parce que la société a avancé parce que ces remarques-là, Dieu merci et j'espère, ne passent plus. Mais il y a encore un peu de boulot, quoi. J'échangeais avec l'une de nos dernières invitées dans ce podcast à ce sujet. Je lui disais mais c'est quand même fou parce que la reprise d'entreprise, a priori, tu sais exactement combien tu vas te verser dès le premier jour de la reprise, quoi. Là où la création d'entreprise, il peut se passer 3, 4, 5 ans sans un seul kopeck dans ton dans ton compte en banque.
Je pense que la création et la reprise, il y a des avantages, inconvénients sur chaque projet. La reprise qui peut faire peur, c'est l'engagement financier initial. C'est finalement quand tu crées, c'est toi, tu es au début de l'histoire, c'est toi que tu crées comme tu l'as souhaité. Alors que quand tu reprends, tu reprends une équipe, tu sais pas ce qui s'est passé avant, tu sais pas s'il y a des difficultés, s'il y a eu des conflits, que ça soit avec les équipes, les fournisseurs. C'est tout bête, mais avec la mairie, par exemple, tu vois, tu peux pas être au courant de tout ce qui a pu se passer avant.
Vous avez eu un petit sujet avec la mairie?
Non, non, non, nous, mais je te donne ça comme exemple personnel.
Non mais c'est vrai, c'est vrai, le lieu d'implantation.
Exactement, le voisinage. Si t'as des voisins, le voisinage.
Absolument.
T'as des trucs qui peuvent sortir comme ça. Tu signes un peu vers l'inconnu. Au même titre qu'une création, mais enfin, mais différemment.
Différemment. C'est important d'en parler, effectivement. Alors toi, qu'est-ce qui s'est beaucoup mieux passé que ce que tu avais imaginé?
À quel point j'étais vite à l'aise et puis avec les équipes.
Ça, c'est super.
Vraiment, j'ai eu des révélations et ma méthode de management a finalement— j'ai eu beaucoup de chance parce que ça a matché avec les attentes de l'époque, de certaines personnes qui étaient aussi à bout, qui avaient besoin de changement.
Elle pensait à partir de l'entreprise?
Je pense, oui.
D'accord.
Oui, enfin, on me l'a dit. Alors, est-ce qu'elle l'aurait fait? Je sais pas.
Et à l'inverse, qu'est-ce qui a été beaucoup plus difficile que prévu?
Qu'est-ce qui a été plus difficile que prévu? C'est assez simple. Donc 2019, donc je reprends en juin. Novembre, octobre-novembre, première grippe aviaire. Donc là, il n'y avait plus de viande de canard, sauf que moi, à l'époque, je venais de racheter. Octobre-novembre, on fait du foie gras. Il faut absolument faire du foie gras parce qu'on va vendre du foie gras. Et le foie gras, ça représentait beaucoup du chiffre, beaucoup de l'activité. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas. On s'est énormément diversifié. La consommation de foie gras baisse. Donc, ce n'est plus le cas. Mais à l'époque, moi, je viens de reprendre. Pour moi, septembre-octobre, il faut absolument que tu produises du foie gras. Et là, il n'y a plus de foie gras. Et nous, le foie gras, on le travaille frais. On l'assaisonne à la main, on le met dans le bocal à la main.
C'est un produit frais. Je ne l'achète pas en congelés, hors de question.
Et donc bon, pénurie de canards, ça veut dire qu'il n'y a plus de foie gras, mais il n'y a plus de viande de canard. Donc les pâtés avec du canard, comment on fait? Voilà, donc ça c'est entre-temps, je tombe enceinte de ma première fille.
Voilà.
Qu'est-ce qui se passe en mars 2020?
Un petit Covid, un petit confinement.
Mon mari qui est médecin anesthésiste, alors là, au début, je ne sais pas si tu t'en souviens, mais c'était l'apocalypse les premiers jours. Et donc moi, j'avais mon mari qui me disait vraiment là, c'est la catastrophe. Moi, j'étais enceinte de 7 mois, je venais de reprendre la boîte, il y avait la grippe aviaire. C'était chaud. Et au final, c'était trop bien. Pourquoi? Parce qu'en fait, on était confinés, sauf que nous, on pouvait continuer de bosser. Il y avait énormément de travail. Les gens se faisaient à manger eux-mêmes ou commandaient. Ils allaient énormément au supermarché. Donc forcément, tout le monde...
Oui, c'était un bon secteur la food pendant le Covid.
Oui, exactement. Et puis, l'ambiance à la conserverie, elle était bonne. Bon, effectivement, on avait les masques, les machins. Il y avait, bon bah, j'ai le Covid, je suis pas là. Mais globalement, c'était... Et puis on n'était pas dérangés. Nous, on habitait à la campagne, on entendait les petits oiseaux. Enfin, c'était... Ça avait un côté, moi, j'ai accouché tranquille, en fait, finalement. Donc voilà, les grippes aviaires successives ont quand même ébranlé l'activité.
J'imagine. Mais c'est bien parce que du coup, ça a permis de te rendre compte aussi qu'être monoproduit ou ne dépendre que des canards, par exemple, Ça nous a poussés à nous diversifier.
Ça m'a poussée à bien comprendre l'importance du stockage des produits. Ça m'a appris à faire des coûts d'achat de matières premières pour m'assurer d'avoir de la matière première en cas de besoin. Ça m'a appris à dégager rapidement de la tréso pour me dire j'ai absolument besoin de tréso parce que s'il nous arrive encore ça, il faut que je sois en capacité d'acheter. Voilà, mais de toute façon, à chaque fois qu'on traverse une difficulté, on apprend des choses. Et l'autre difficulté, les difficultés que j'aurais pu avoir, ce sont des difficultés majeures qui sont arrivées bien après la reprise.
Un petit prud'homme, par exemple.
Un petit prud'homme, par exemple, perdu. Alors là, j'accouchais de ma troisième fille.
Ah oui, d'accord.
Voilà, totalement, enfin, à mon sens, absolument pas justifié. Absolument pas justifié. Donc ça, c'est un autre problème français. Je pense, un gros gros problème. On va pas partir sur ce débat-là, mais je pense qu'il y a un gros souci. Et pour les personnes qui entreprennent, c'est absolument paralysant.
C'est quoi le souci?
En l'occurrence, moi j'ai licencié une personne pour faute grave, une personne qui avait menacé de mort un de ses collègues et tout un tas d'absences injustifiées. Et ça a même pas été requalifié. Donc voilà, j'ai été C'est difficile, ça fait peur. Ça fait peur aux dirigeants. Ça fait peur aux dirigeants parce que de la même manière, s'il était allé au-delà de la menace, c'était aussi de ma faute. Ça me serait forcément retombé dessus. Donc cette partie-là de la responsabilité, des devoirs, l'intégrité des devoirs qu'on est censé maîtriser quand on est chef d'entreprise, C'est énorme, c'est conséquent, c'est énorme. Et je pense que le contexte en France est particulièrement lourd pour ça.
Et de fait, cette expérience en tout cas avec les prud'hommes, les prud'hommes t'a fait constater qu'en tant que chef d'entreprise, en tant que dirigeant, on n'est pas toujours soutenu dans ces épreuves-là?
Alors moi, le soutien, j'ai pu le trouver par ailleurs, tu vois, via, enfin, à travers Raison 3, c'est plus au niveau de la justice et des prud'hommes. En fait, finalement, tu vois, qu'on n'est pas—
qui crée un problème de confiance.
Oui, aujourd'hui, j'ai pas du tout confiance sur un autre prud'homme. J'ai pas confiance, mais j'en ai pas. Et je pense que je croise les doigts. Oui, clairement. Non mais c'est ça, ça vaccine. Quand bien même on s'en remet, je veux dire, l'altruisme n'a pas du tout été ébranlé ou quoi que ce soit. Mais c'est juste— et puis l'histoire humaine. D'avoir fait confiance et de se retrouver comme ça. Voilà, sentiment d'injustice un peu global.
Je comprends, je comprends. Un certain nombre d'épreuves en tout cas que tu as vécues en seulement quelques années. En même temps, de très beaux événements par ailleurs, mais qui font partie de la vie. Est-ce qu'il y a un moment dans tout ça où tu t'es dit, ah, je vais peut-être pas tenir? Oui. Oui, oui, parce que ça fait beaucoup quand même.
C'est lié, c'est lié, c'est lié. Là, quand j'ai accouché de ma troisième, donc j'ai eu ce prud'hommes, j'ai repris rapidement et j'ai un de mes éléments clés dans l'entreprise qui, par chance, est aussi tombée enceinte d'un troisième. Donc elle partait 6 mois et là je me suis dit waouh, en fait on commençait la saison Et moi, je venais d'accoucher d'un petit bébé qui avait 3 mois. J'ai 2 autres petites filles. Et là, je me suis dit, ouais, et ça a été effectivement super chaud. Vraiment, j'ai fini sur les— bon, elle est revenue, tout se passe trop bien. Entre-temps, on a recruté quelqu'un de génial. Et puis là, j'ai vraiment une équipe au top du top. Je suis tellement contente. Mais oui, récemment, là, tu vois, ça a été compliqué. Et puis j'arrive à Voilà, ce qui est très important, je pense, c'est d'avoir des soupapes. Donc on a tous dans un loisir une soupape. Moi, je fais énormément de sport. Le sport m'apporte énormément. J'ai besoin, enfin quasiment quotidiennement, j'ai besoin d'avoir une heure, peut-être pas tous les jours, mais presque. J'ai besoin d'avoir une heure. Alors voilà, c'est un train de vie qui est assez intense. Je me lève très tôt pour faire mon sport.
Mais j'ai besoin de ça.
Sinon, je tiens pas à la pression.
J'y arrive pas. Je voudrais qu'on revienne un instant parce que je pense que ça fait écho et tu vas peut-être faire un lien aussi, ou peut-être que je me trompe, mais avec ce dont on a parlé tout à l'heure sur le sentiment de devoir te battre un peu plus, davantage en tout cas, parce que tu étais une femme. Et tu nous l'as dit en préparant cette interview. Est-ce qu'il y a un épisode en particulier qui t'a justement particulièrement marquée à cet égard?
C'était il n'y a pas très longtemps, dans le cadre de l'agrandissement, projet d'agrandissement. J'ai voulu racheter un bout de terrain Pour m'agrandir de manière plus linéaire.
D'accord.
Et je suis tombée sur un notaire qui m'a tellement humiliée, mais c'était horrible. Alors que c'était en début d'année, là il a été hyper, il a été humiliant, pédant. Voilà. Et donc je suis arrivée dans ma voiture, enfin je suis partie, mais littéralement il m'a mise, en fait c'est juste qu'on discutait du prix, il y a eu une incompréhension entre les vendeurs, moi, Tout un micmac. Mais il n'y a pas de raison, en fait, la discussion, on peut toujours discuter. Et là, j'ai vraiment subi une humiliation et je suis absolument convaincue que c'est parce que j'étais jeune femme en face de lui, en face d'un notaire de 50 ou 60 ans. Et là, c'était une session. Et là, je me suis dit non mais enfin, stop.
Ouais, il y a quelque chose qui va pas.
Là, je me suis dit c'est bon là, enfin stop, stop, stop.
Tu l'as signalé d'ailleurs.
Ah ouais, j'ai signalé, j'ai signalé, j'ai signalé ça, ouais. Ouais, bon bref.
Qu'est-ce que cette expérience elle t'a appris sur la manière de s'imposer comme dirigeante? Parce que alors un homme n'aurait certainement pas vécu quelque chose de transitoire.
Enfin ou si j'étais allée à ce rendez-vous accompagnée, ça se serait pas passé comme ça. Je pense que alors homme-femme, faut toujours avoir ses conseils. Vraiment s'appuyer un max sur ses conseils, trouver des conseils béton.
C'est marrant parce que ça revient dans tous les épisodes ça.
Ah oui. Que ça soit notaire, avocat, expert-comptable. Croient. Faut vraiment que ça soit des avocats, le bon avocat en fonction si c'est un sujet social, en droit des affaires, voilà, avoir des gens solides sur qui s'appuyer. Et voilà, je pense que ça c'est vraiment fondamental.
Toi tu t'es investie d'ailleurs aujourd'hui au Réseau Entreprendre, tu nous en as parlé, tu accompagnes des femmes entrepreneurs au sein d'un programme. Pourquoi c'est important pour toi de transmettre à ton tour?
C'est ce que je te disais tout à l'heure, enfin le constat, je trouve que le constat du nombre d'entreprises qui vont être reprendre d'ici 2030, c'est grave.
Vraiment, c'est un vrai sujet sociétal. C'est pour ça qu'on a lancé d'ailleurs.
Et c'est super. Et j'avais vraiment, c'est une super, c'est une très bonne idée, un super podcast. Et donc j'ai fait ça pour montrer aux femmes qu'elles pouvaient, qu'elles pouvaient, qu'elles pouvaient, qu'il fallait oser. Et d'ailleurs, le programme s'appelle Osez, osez. Osez. Je dois quitter mon travail pour me lancer. Vas-y. Je suis enceinte, j'ai mon projet là, mais en fait je suis enceinte. Vas-y.
C'est faire tomber toutes les barrières que les femmes se mettent à elles-mêmes, s'imposent à elles-mêmes, alors qu'en fait c'est possible.
Effectivement, au sein de Rêveuse Entreprendre, donc on a fait ça. Moi j'accompagne aussi des repreneurs ou des personnes qui lancent des business. Et c'est fou parce que quand tu, pour un même projet, tu demandes 2 prévisionnels, l'homme, il t'expliquera qu'en 2 ans, il fait 3 millions, partant de zéro, il fait 3 millions. Et la femme, elle va te dire, bon, bah, peut-être que je ferai 1 million. Et en fait, ça, c'est, j'ai toujours été fascinée par ça.
Ça.
Alors qui a raison, qui a tort, je ne sais pas, mais en tout cas on voit bien qu'il y a deux approches totalement différentes.
Absolument. À quelqu'un d'ailleurs qui s'apprête à reprendre une entreprise familiale, homme ou femme, quels conseils tu donnerais sans chercher à le rassurer à tout prix?
La négociation familiale ne veut pas dire que ce sera facile. Je pense que c'est encore plus compliqué.
Super conseil, super conseil.
Voilà, je pense que D'où l'importance que chaque partie ait de très bons conseils. Pas hésiter à, en fait, on fait discuter ensemble les experts-comptables, on fait discuter ensemble les avocats, on fait passer tous les experts pour l'immobilier, pour, voilà, on fait le truc hyper carré. Faire le truc hyper carré, c'est pas parce que c'est la famille qu'on peut, surtout pas, confiance ou même non, t'inquiète, cette Non, non, en fait, il faut absolument faire le, suivre la même procédure que si c'était une personne inconnue.
Très bon conseil. Et si tu ne devais laisser qu'une seule phrase à celles et ceux qui nous écoutent aujourd'hui, ce serait quoi?
Lancez-vous!
Lancez-vous!
Il n'y a plus qu'à.
Merci beaucoup. Ce sera ma dernière question. Est-ce qu'il y a une personne, homme ou femme, que tu aimerais entendre dans ce podcast, dans Vivement la reprise, et que tu nous recommandes d'inviter?
Je te parlais de ma marraine à Réseau Entreprendre, Laurence Roland, qui a monté une entreprise de biscuits d'abord, qui l'a ensuite revendue et qui là est à la tête d'une entreprise de truffes à Montauban et qui vient d'en racheter une. Elle gère tout ça. C'est Laurence Roland, exceptionnelle, trop sympa. C'était donc ma marraine à Réseau Entreprendre, c'est elle qui m'a suivie, qui m'a accompagnée Et ensemble, on a contribué à mettre en place ce programme Osez, osez de Réseau Entreprendre Occitanie-Garonne. Et c'est une femme, et elle est vice-présidente d'Occitanie-Garonne.
Laurence, l'invitation est lancée, on vous attend dans Vivement la reprise. D'ici là, un immense merci Maud d'avoir été parmi nous aujourd'hui, de nous avoir partagé chacune de ces anecdotes aussi, et puis un parcours particulièrement inspirant. Bien sûr, oui, tu es une femme, mais tu es bien plus que que ça. Et tu nous as démonté quelques barrières là, elles ont été nombreuses dans cet épisode: l'âge, le genre, le parcours, la parentalité, etc. Donc vraiment merci, on te souhaite évidemment tout le meilleur pour la suite. Et puis ce qu'on te propose, c'est de revenir d'ici quelques mois, quelques années, pour nous raconter justement comment les choses ont évolué. Mais d'ici là, merci de nous avoir partagé tout ça. Avec plaisir.
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