La fin de la Startup Nation (et ce qui la remplace) - France Reprise

In this French‑language podcast episode, host C (the presenter of Vivement la reprise) interviews two seasoned business acquirers, Augustin Rudigoz and César Augier, to explore why the French entrepreneurial narrative has focused on creating startups while overlooking the massive, under‑served market of business transmission. The conversation covers the cultural myth that only millionaires can buy companies, the comparative risk profile of buying versus founding, and the evolution of the French ecosystem over the past 15 years that now offers a growing pool of entrepreneurs equipped to become repreneurs. They discuss financing mechanisms (banks, BPI, private equity, venture capital, search funds, LBOs, and crowd‑funded tools), the role of public policy and regional dynamics, and the emergence of dedicated support structures such as France Reprise, Revive, the CRA, and specialized funds. The guests share personal anecdotes from their own acquisitions (Jay&Joy, Tupperware, Topower, etc.), highlight sector‑specific opportunities (industrial, agro‑food, textile, regional firms), and stress the societal impact of preserving jobs and local supply chains. Practical advice is offered for prospective buyers: assess personal motivation, understand the need for a solid business plan, leverage community platforms, and be prepared for operational challenges. The episode is sponsored by Banque Populaire, which positions itself as a full‑service partner for diagnosis, valuation, financing, and post‑acquisition support. The overall message is that business acquisition is a viable, often less risky, and socially valuable alternative to startup creation, and that the ecosystem is finally catching up to support it.
Chapters
Reprendre une entreprise, j'estime ça moins risqué que créer une entreprise.
Il y a des milliers d'entreprises chaque année qui disparaissent faute de repreneurs alors qu'elles sont rentables.
Est-ce qu'on peut reprendre une entreprise sans expérience?
Quelques années plus tôt, j'aurais dit non et je pense que oui maintenant.
Faut être absolument millionnaire ou milliardaire pour reprendre une entreprise, c'est vrai ou pas ça?
C'est possible de reprendre une entreprise avec un minimum de fonds personnels. Le retour sur investissement est beaucoup plus rapide que d'investir sur une nouvelle entreprise. Il y a beaucoup de repreneurs qui nous ont contactés en disant, mais comment tu as fait? Comment tu as géré tel et tel problème? Comment tu as trouvé des financements?
C'est hyper excitant, c'est hyper exaltant. On se réveille le matin avec des problèmes à gérer qu'on connaissait pas la veille.
Bienvenue dans Vivement la reprise, le podcast qui raconte l'envers du décor de la transmission d'entreprise avec zéro tabou. On vous plonge dans ce moment précis où tout bascule. Des négociations tendues, les premiers face-à-face avec les équipes et puis des enjeux de pouvoir et surtout des rencontres. Parce que reprendre une entreprise, c'est entrer dans une histoire qui n'est pas forcément la vôtre. Des parcours intimes et une seule certitude: racheter une boîte ne se passe jamais comme prévu. Depuis 15 ans, on nous raconte l'entrepreneuriat toujours de la même façon: créer une start-up, lever des fonds, disrupter un marché. Mais pendant qu'on regarde les start-ups, des milliers d'entreprises rentables recherchent un repreneur. En France, chaque année, des dizaines de milliers d'entreprises sont à transmettre. Certaines disparaissent simplement faute de repreneur. Alors la question mérite peut-être d'être posée: et si le vrai terrain de jeu entrepreneurial était là, juste là? Pour en parler justement, j'ai réuni 2 repreneurs qui en sont convaincus et qui se sont engagés pour accompagner les futurs repreneurs. César Augier, qui a repris d'abord la fromagerie végétale Jay& Joy en Haute-Dreizeville, judiciaire et Augustin Rudigoz qui a participé à la reprise de la filiale européenne de Tupperware. Ensemble, on va donc découvrir comment on reprend une entreprise aujourd'hui en France et pourquoi c'est peut-être l'un des plus grands angles morts de l'entrepreneuriat. Bienvenue en tout cas à tous les deux dans ce hors-série de Vivement la reprise. Je suis ravie de vous recevoir. Bonjour.
Merci.
Ravie. Quand on parle d'entrepreneuriat aujourd'hui, on parle presque toujours de création de boîtes, création de startups, etc. Et jamais ou en tout cas beaucoup moins de reprise d'entreprise. Pourquoi vous pensez tous les deux que c'est un angle mort? Aujourd'hui?
C'est une super question. Je pense que ces 15 dernières années, l'accent a effectivement beaucoup été mis sur la création d'entreprise. Il y a aussi le mythe de l'entrepreneur qui crée depuis zéro et qui développe, qui bâtit de ses mains, de sa sueur, sa société. Oui, ça c'est le premier point. Ensuite, du coup, l'ensemble de l'écosystème entrepreneurial s'est structuré. Moi, j'ai, avant de reprendre une société, j'ai connu la reprise par l'autre angle, c'est-à-dire que j'ai vendu une startup que j'avais montée en 2012-2013. Et souvent, j'ai, je fais le le parallèle entre l'écosystème entrepreneurial aux alentours des années 2010-2012 et l'écosystème de la reprise actuellement. On voit qu'on a des acteurs historiques, un peu pour faire le parallèle, les acteurs historiques de la création d'entreprise qui étaient notamment les incubateurs en école de commerce ou en école d'ingénieur, mais on n'avait pas tout l'écosystème. Moi, quand j'ai monté ma boîte en 2011 et 2012, il n'y avait pas tout cet écosystème, tous ces médias entrepreneuriaux et tout l'écosystème qui s'est développé que tout le monde connaît. La BPI ne s'appelait pas la BPI, etc. Et je pense que que c'est un peu la suite logique de, de, de, de cette partie entrepreneuriale que vient ensuite la reprise d'entreprise pour 2 raisons. La première, c'est qu'effectivement, une fois qu'il y a des entreprises qu'il faut créer, il faut aussi parfois les transmettre. Et parfois, le profil de l'entrepreneur et du créateur, c'est pas le même que le profil de développeur. Et la deuxième raison, du coup, c'est que 10, 12, 15 ans après, je dirais, le boom de l'entrepreneuriat, de la Startup Nation, etc., on se retrouve avec toute une, énormément pardon, de profils entrepreneuriaux, un peu comme le mien d'ailleurs, qui arrivent armés avec un tas de compétences qui sont utiles dans le cadre d'une reprise d'entreprise. Et donc souvent quand on a, et on croise nous souvent dans notre quotidien avec César, des entrepreneurs qui sont sortis de leur première société et qui cherchent leur prochaine étape. Et c'est pas forcément repartir depuis zéro, c'est rarement chercher un job et c'est souvent reprendre.
Il y a eu un tournant autour des années 2010 sur l'entrepreneuriat en France et qui correspondait aussi à un moment où il y a eu des grands changements, même d'un point de vue technologique, avec le développement d'Internet, aujourd'hui de l'IA, etc. Et donc, c'était naturel de se pencher plus vers l'entrepreneuriat parce que c'était des nouvelles boîtes qu'il fallait créer, parce que les boîtes n'existaient pas. Et donc, que ce soit les pouvoirs publics ou tous les écosystèmes qui se sont créés, se sont créés autour de la French Tech, autour d'avoir une réponse française, européenne à ces nouvelles technologies. Et on a un peu laissé de côté, en fait, tout le tissu d'entreprises existantes avec des savoir-faire un peu plus traditionnels, des technologies plus traditionnelles, mais qui existent. Et comme Augustin disait, aujourd'hui, il y a plein d'entreprises, en fait, qui sont en difficulté, qu'on peut redresser. Et c'est les choix qu'on a faits avec Augustin. Mais il y a aussi des entreprises qui vont très bien. Qui sont en situation d'attente de transmission. Il y a des milliers d'entreprises chaque année qui disparaissent faute de repreneurs.
C'est dingue!
Alors qu'elles sont rentables, qu'elles fonctionnent bien. Et il y a un vrai enjeu sociétal, un vrai enjeu en France aujourd'hui de répondre à ce problème-là parce qu'en fait, les investissements qui sont mis pour faire durer une entreprise qui fonctionnent avec des emplois existants, des savoir-faire souvent en région qui font vivre des tissus économiques locaux. Le retour sur investissement de ces investissements-là est beaucoup plus rapide et beaucoup moins risqué que d'investir sur une nouvelle entreprise. Je ne dis pas qu'il ne faut pas investir sur l'entrepreneuriat, mais c'est urgent de faire les deux.
Je suis super contente de lancer Vivement la reprise avec notre partenaire Banque Populaire, première banque des entreprises en France depuis 16 ans selon l'étude Kantar PME-PMI Pour réussir sa reprise, il faut avant tout être bien entouré. Alors selon le ministère de l'Économie, d'ici 2030, près de 500 000 entreprises chercheront un repreneur. C'est énorme et c'est un enjeu colossal pour nos régions. Et c'est là justement que notre partenaire Banque Populaire entre en jeu. Leur force, vous allez le voir, c'est de vous accompagner sur tout le parcours de transmission. Avant, d'abord avec le diagnostic et la valorisation. Pendant aussi pour l'exécution et la structuration de financement. Et puis après, surtout pour sécuriser votre projet dans la durée. Alors que vous soyez un professionnel de proximité, une PME, ou une plus grande entreprise, les conseillers professionnels, les chargés d'entreprise aussi et les experts dédiés Banque Populaire sont à vos côtés pour vous accompagner dans vos projets de reprise. Et puis, au-delà du conseil, Banque Populaire peut financer, peut garantir et même investir à vos côtés. C'est ce qui sécurise concrètement le repreneur, le vendeur et surtout ce qui assure la pérennité de l'entreprise. Pour anticiper votre projet, rendez-vous sur banquepopulaire.fr, le lien est dans la description. Merci encore mille fois à Banque Populaire de soutenir vivement la reprise. Vous venez d'ailleurs tous les deux d'univers totalement différents, même si vous avez un parcours similaire. À quel moment vous avez compris que reprendre une entreprise, ça pouvait être aussi une opportunité absolument incroyable?
Augustin? Moi, ça a été assez simple. C'est le déclic qui s'est fait. J'ai créé une société à la sortie de mes études que j'ai développée pendant 8 ans avec 2 associés, que j'ai revendue à un groupe néerlandais. Et à la sortie de cette aventure entrepreneuriale, s'est posée la question de qu'est-ce que je fais? C'était en 2023, en plus il y a l'arrivée de l'IA, donc il y avait aussi tout le chamboulement de l'entrepreneuriat. C'est hyper difficile quand on a entreprise, enfin en tout cas moi j'ai trouvé très difficile personnellement de travailler sur des nouveaux projets entrepreneuriaux avec l'IA qui arrivait et toutes les barrières à l'entrée logicielles dont j'avais l'habitude et dont c'était mon cœur d'activité sur ces 10 dernières années. Globalement, ça volait en éclats. Alors à la fois ça ouvrait des portes et on pouvait faire plein de choses, et à la fois bosser 3 mois, 4 mois, 5 mois sur un MVP, sur une brique logicielle, globalement 3 mois après il y avait des nouvelles IA qui permettaient de casser les barrières qu'on était en train de monter. Donc je me suis dit où est-ce que l'ensemble de mes compétences et où est-ce que je peux avoir plus d'impact? Parce qu'il y a aussi une logique d'impact qui est importante. C'est en fait un effet de levier quand tu fais une reprise, c'est que tu vas pas partir de zéro. Donc le levier de la mise en application de tes compétences et de tes connaissances fait mécaniquement que tu vas partir sur des actifs qui sont déjà existants, une société qui tourne déjà. Et ne serait-ce que générer, tu vois, tu prends une boîte qui fait 10 millions de chiffres, si tu génères 10% de chiffres en plus, ça fait 1 million d'euros. Et dit autrement, dans la création d'entreprise, faire ton 0 à 1 million d'euros, c'est autrement plus dur.
C'est terrible. Terrible. Effectivement, tu partages cet avis, Sébastien?
Je partage complètement cet avis. Et moi, j'ai un peu le même parcours, différent, mais le même constat au moment où j'ai commencé à entreprendre. Parce que moi, je viens d'un circuit où j'ai travaillé d'abord en banque, ensuite en conseil. Donc, je n'avais pas un profil d'entrepreneur, même si j'arrivais à un moment de ma carrière où j'avais envie d'entreprendre et je me sentais prêt à entreprendre. J'ai considéré différentes options dont celle de créer une entreprise.
T'avais une idée déjà?
J'avais plein d'idées. D'accord. Et il y avait aussi la possibilité de rejoindre un projet existant. Et en fait, on a commencé à me parler de reprise d'entreprise. Je me suis dit que c'était le bon format, d'une part par rapport à l'impact que tu peux avoir de façon immédiate, notamment dans les reprises en difficulté comme ce qu'on a fait Augustin et moi.
Bien sûr.
Où on sauve littéralement des emplois, des soutiens industriels, etc. Mais aussi, ça permet aussi d'être en position de responsabilité en fait plus rapidement qu'en rejoignant un projet déjà existant en venant de l'extérieur.
Ça se fait sur le long terme effectivement quand on entreprend dès le début.
Et je pense que ta question est intéressante parce que quand on regarde nos parcours effectivement avec César, on a des parcours différents mais c'est aussi là que se rejoint le profil de repreneur. C'est que dans la reprise d'entreprise, tu vas adresser un public un peu plus large que simplement dans la création d'entreprise avec des parcours d'entrepreneurs, tu vois. Et moi, entre guillemets, mon expérience personnelle, c'est que reprendre une entreprise, j'estime ça moins risqué que créer une entreprise. Donc tu vois, tu as un entrepreneur qui, à un moment, va chercher à se dérisquer un peu par rapport à la création from scratch. Et pour autant, tu peux avoir des gens ou des profils comme César qui, eux, viennent du monde de l'entreprise et qui eux pour le coup cherchent effectivement à prendre des responsabilités et à prendre un peu plus de risques que dans le parcours salarial classique. Et en fait, c'est un peu cette croisée des chemins qui fait qu'il y a quand même un terreau de repreneurs potentiels ou de personnes intéressées par la reprise d'entreprise qui est probablement un peu plus conséquent que l'entrepreneuriat pur et dur.
C'est ça la différence principale entre l'entrepreneuriat et le repreneuriat, la reprise?
Je pense qu'il y a plein de différences. Je pense qu'il y a des avantages et des inconvénients dans les deux, tu vois. L'entrepreneuriat, preneur né, il a la niaque, il veut créer. Je pense qu'aussi il y a une logique aussi d'étape et de, de, de, de, de, d'étape de vie, de parcours, d'équilibre pro-perso aussi qui rentre en compte à certains moments. Moi je vois très bien l'énergie que j'ai mis à 22-23 ans pour créer ma première boîte, bah assez mécaniquement à 35-33 ans quand tu veux repartir de zéro, tu as déjà 1, 2, 3 enfants, simplement Tu as énormément d'expérience et de compétences, mais il faut aussi te dire que tu as des petits jeunes qui, comme moi quand j'avais 23 ans, eux ont 23 ans, ils ont la dalle, ils bossent les week-ends quand toi tu es en train de promener tes enfants. Et c'est OK, mais tu as une logique de l'entrepreneuriat pour moi, enfin la création d'entreprise, tu es vraiment dans l'arène. Et je pense que c'est là l'énorme, enfin c'est effectivement ce point qui est la différence essentielle entre l'entreprise et la reprise, c'est que la création d'entreprise On le dit toujours, c'est 1% l'idée, 99% l'exécution. Donc une idée, elle appartient à personne, il y a juste à exécuter. Et donc les idées, souvent elles se partagent. Quand j'ai monté ma boîte, et souvent quand tu as une bonne idée, c'est que globalement tu as trouvé une niche de marché. Donc normalement, si c'est une bonne idée, il y a plusieurs personnes qui bossent dessus. Et à partir de ce moment-là, c'est la compétition pour celui qui exécute le mieux. Et après, tu as différents profils de société, mais globalement c'est comme ça que se structure le marché de la création d'entreprise. C'est tout l'inverse pour la reprise d'entreprise, c'est-à-dire qu'un dossier égale un repreneur. Il y a une société à reprendre, il y a J&Joy à reprendre, c'est César qui l'a récupéré. Et on peut pas être 10 César à bosser sur J&Joy, c'est sûr. Et ça explique beaucoup de choses aussi sur l'écosystème de la reprise, pourquoi c'est assez fragmenté, pourquoi encore tout n'est pas pavé et hyper éclairé, si tu veux, comme le, je dirais, ces 10 dernières années sur la French Tech où en fait, comme dit, il y a que l'exécution. Tu vois, on te dit toujours, c'est un peu les clichés de l'entrepreneuriat, mais quand tu as des gens qui t'envoient des NDA pour te parler de leurs idées, etc., tu es là, OK, bon, enfin, tu vois, fais transiter ton idée, ça va la faire mûrir, etc. Pour le coup, sur une reprise d'entreprise, c'est sûr que si tu es en train de bosser depuis 6 mois sur un bon dossier, tu vas avoir du mal à le crier sur tous les toits et à le partager avec tout le monde. Donc il y a quand même énormément de similitudes, mais je pense que cette différence est cruciale entre les deux mondes.
Est-ce que la startup nation dont on parle depuis quelques années maintenant, bientôt 10 ans, ça nous a pas un peu éloignés justement de cet enjeu qui s'est imposé à nous ces derniers mois de la reprise d'entreprise?
Oui, je pense qu'effectivement, il y a eu beaucoup de spotlight autour de la startup nation et qu'aujourd'hui, on voit qu'on— et c'est lié aussi à la conjoncture économique, mais 2025, ça a été une année record pour les faillites d'entreprises, malheureusement. Les études montrent que 2026 sera encore pire. Donc il y a effectivement urgence à mettre en place le même genre de dispositif qui existe autour de la Startup Nation. Et il y a plein de choses qui peuvent être mises en place. Et quand nous, on a commencé à s'intéresser à ça avec Augustin et avec nos autres associés d'entrepreneurs avec lesquels on a monté plusieurs initiatives, c'est parce qu'on est parti de nos nos expériences à nous et on a vu qu'en fait, que quand on a repris des entreprises, il y avait très peu d'accompagnement. Quand on va— la BPI, ils sont en train de faire plein de choses, mais moi, je me souviens, les premiers appels avec la BPI, ils disaient, ah ben non, mais ça, t'es pas éligible parce que c'est une reprise d'entreprise, c'est pas une création. Pour les banques, c'est plus compliqué aussi. Pour les fonds d'investissement, il y a des fonds qui sont spécialisés là-dedans, mais sinon, il y en a beaucoup qui trouvent, à qui ça fait peur. Il y a moins de groupes de repreneurs, etc. Et donc, on se sent assez seul. Enfin, on dit qu'être entrepreneur, de toute façon, on est un peu seul. Mais autour de l'entrepreneuriat, il y a déjà quand même des écosystèmes très forts qui se sont créés. Et je pense que c'est en train d'arriver aussi pour les repreneurs. Comme je disais tout à l'heure, il y a la BPI qui fait plein de choses. Il y a des organismes comme le CERA, comme France Reprise qu'on a initié avec Augustin et avec d'autres dont Thomas Clamagirand qui porte le projet aujourd'hui. Et comme vous, ce que vous faites avec votre entreprise qui permet de faire parler de cet enjeu-là. Et je pense qu'on est bien parti pour mieux structurer cet écosystème.
Pour moi, la reprise d'entreprise, ça a toujours existé et il faut faire attention. Pour moi, ce n'est pas invisible. Par exemple, avant de reprendre Topower, j'ai bossé pendant un an dans une dans une entreprise qui produit des litières pour chats, qui est un outil industriel, qui est basée en Normandie, à Saint-Lô, etc., qui venait d'être reprise sous LBO. Donc j'ai aussi fait mes armes là-bas. Et tout ça pour dire que la reprise d'entreprise par essence, il y en a très peu, je dirais, à Paris intra-muros. Et il faut aussi, je pense, si on prend la carte de la France, voir qu'il y a quand même un clivage assez marquant entre la startup nation qui est globalement très parisienne. Honnêtement, en tout cas, quand on regarde les flux d'investissements, ils sont quasiment exclusivement parisiens. Il y a quelques grosses villes qui arrivent à en tirer parti aussi, mais globalement, il y avait un peu ces deux mondes qui cohabitaient avec, je grossis le trait, mais globalement les plutôt jeunes sortis d'école et de bonnes écoles qui se lancent dans l'entrepreneuriat, qui se financent, etc. Donc qui prennent le parcours classique VC startup. Et de l'autre côté, des entrepreneurs beaucoup plus traditionnels qui reprennent des entreprises traditionnelles et qui souvent maillent le territoire parce que c'est aussi l'une des premières questions des repreneurs. C'est cool de chercher l'entreprise, mais la réalité, c'est que des entreprises dans Paris intra-muros, il y en a pas tant que ça. Surtout quand on est repreneur individuel, et c'est mon deuxième point, c'est que l'écosystème de la reprise d'entreprise, il est déjà hyper structuré en France par des fonds de private equity notamment, et que là on parle aujourd'hui plutôt du repreneur individuel, donc sur des sociétés et des PME qui sont, je dirais, en dessous du radar du private equity qui, sur la partie reprise de sociétés, je dirais, au-delà de 50 millions de chiffre d'affaires, tout l'écosystème il est hyper câblé, il est hyper huilé et il est généralement rentable, très rentable. Et souvent, si on fait le distinguo entre private equity versus VC, les rendements de fonds de private equity sont souvent supérieurs à ceux de VC.
Pour celles et ceux qui ne connaissent pas forcément ce que c'est que le private equity et VC, parce qu'on essaie de parler au plus grand nombre, est-ce que tu veux bien nous expliquer rapidement ce que c'est?
Oui, en fait, pardon, tu as raison, c'est 2 anglicismes et 2 raccourcis en plus. Private equity, c'est les fonds d'investissement qui s'occupent d'investir, de reprendre, de créer des structures sur des business traditionnels. Donc en gros, leur thèse d'investissement, c'est de lever de l'argent auprès d'investisseurs et de le déployer dans des entreprises qui sont rentables sur des mesures très, on disait traditionnelles, que sont une mesure qui est généralement la mesure phare qui est l'EBITDA, la rentabilité de l'entreprise, et c'est souvent sur des multiples de cette rentabilité. Grossis un peu le trait, que les fonds de private equity fonctionnent. Et donc, elles s'occupent de structurer l'ensemble du tissu de sociétés qui est rentable. Et généralement, elles travaillent au-dessus de 50 millions de chiffre. Il y a évidemment différents fonds. Il y a des fonds qui sont spécialisés sur les entreprises de plus petite taille. Et de l'autre côté du scope, il y a d'autres investisseurs qui, eux, c'est VC, Venture Capitalists. Eux, ils ont une thèse d'investissement. Donc, c'est pareil, ils vont lever de l'argent auprès d'investisseurs en leur expliquant qu'ils vont déployer l'argent avec une thèse d'investissement qui est plus risquée mais qui cherche à avoir un profit plus élevé aussi. De se dire, ben en fait, on va aller investir très vite dans les entreprises très jeunes. Donc forcément, il y en a beaucoup qui vont péter en plein vol, mais on essaye de récupérer celles qui vont faire x5, x10, x20, x100 pour rentabiliser toutes celles qui ont— Donc c'est deux thèses qui se complètent et qui sont différentes. Là où le fonds de VC va investir et va parier sur l'avenir, venir, en somme, sur les tendances de marché. Le fonds de private equity a plus tendance à miser sur des actifs qui sont existants et sur une croissance un peu plus stable et mesurée des sociétés.
Merci en tout cas pour ces clarifications. J'en reviens effectivement à ma question. Vous êtes tous les deux français, vous entreprenez en France, vous avez repris aussi des boîtes françaises ou en tout cas à visée européenne. Est-ce que la France est un bon pays pour entreprendre et surtout pour reprendre une entreprise?
Je pense qu'on a un un pays qui est effectivement très favorable à la fois à l'entrepreneuriat avec tous les dispositifs dont on a déjà parlé, mais aussi au reprenariat, notamment parce qu'il y a tous ces mécanismes de plan de sauvegarde qui existent. Donc là, on parle en particulier des reprises en difficulté, mais il y a tout un arsenal de, de mécanismes qui existent pour sauver une entreprise qui est en difficulté. Avec pour le coup des soutiens publics pour y arriver, la possibilité de choisir les actifs qu'on reprend, de pas reprendre le passif, de sauvegarder l'emploi, etc., qui font qu'en fait le reprenariat est très favorisé en France par rapport à d'autres pays.
Tu partages cet avis, Augustin?
Je partage cet avis. Alors évidemment, si on compare par rapport à nos voisins et à d'autres pays, il y a toujours des avantages et des inconvénients.
Toujours.
Globalement, je dirais qu'on est ni mieux ni moins bien que les autres. Effectivement, sur la spécificité, parce que c'est un peu notre spécialité avec César et nos associés, nous on a créé un groupe qui s'appelle le groupe Revive parce qu'on partage la volonté de mettre nos compétences au service d'entreprises qui sont en difficulté. Et c'est un peu une niche dans la partie représentativité, un profil pour le coup un peu plus risqué, mais c'est aussi ça qu'on aime bien avec nos profils qui sont souvent entrepreneuriaux.
Puis c'est ce que vous avez vécu tous les deux aussi.
C'est ce qu'on a vécu et il y a un parallèle encore une fois, je le fais souvent parce que je viens de l'entrepreneuriat moi aussi, mais en fait quand on est entrepreneur, qu'on crée une start-up, qu'on lève des fonds, le lendemain de sa levée de fonds, on est en train de gérer une entreprise en difficulté. Pourquoi? Parce qu'on doit dépenser de l'argent pour accélérer une croissance, donc en fait on est tous les mois en négatif pour espérer de retrouver un palier positif plus haut, plus tard. Et en fait, c'est exactement le quotidien d'une entreprise en difficulté et donc finalement les compétences et en fait très vite moi sur le Catopower, je me suis retrouvé dans ma zone de compétences et je dirais pas confort, c'est peut-être un bien grand mot, mais en tout cas dans ma zone de compétence où on retrouve des réflexes, même si c'est pas le même business, mais la manière de driver le business assez similaire. Et pour en revenir à la question, je pense qu'il y a effectivement beaucoup de mécanismes qui permettent tout un tas de reprises, notamment des reprises par les salariés. On parle de SCOP, on parle de MBO, c'est le management qui peut racheter aussi l'entreprise. On a beaucoup d'outils qui permettent de faciliter la reprise. Évidemment, on aimerait toujours qu'il y en ait plus, notamment pour faciliter. Enfin, je pense que c'est important. Et encore une fois, là, on fait probablement le focus sur le tissu de PME, mais c'est très important. On voit qu'il souffre malgré tout en période de récession. Le tissu de PME, c'est aussi souvent le nerf de la guerre d'une économie nationale parce que les PME, souvent, c'est des fournisseurs de plus grands groupes, etc. Et tout cet écosystème doit fonctionner pour que l'ensemble de la chaîne fonctionne. Et souvent, c'est les PME effectivement qui trinquent en premier. Mais je pense, enfin en tout cas, ce qu'on constate depuis ces dernières années, depuis le lancement de France Entreprises, etc., c'est que de plus en plus les pouvoirs publics prennent aussi position sur le sujet. Et je pense que c'est important de considérer comme une cause nationale le fait que les transmissions d'entreprises puissent se faire de la meilleure des manières. Parce que, encore une fois, on le voit, j'allais dire tous les jours, c'est un bien grand mot, mais malheureusement plusieurs fois par mois, des entreprises de plusieurs centaines de salariés qui mettent la clé sous la porte. Et encore une fois, pour faire le parallèle avec l'entrepreneuriat, je suis désolé, mais entre une entreprise qui ferme avec 400 salariés, il faut en recréer une qui crée 400 emplois. C'est du boulot, quoi.
Bien sûr, bien sûr. Merci pour ça, en tout cas. Alors, je voudrais qu'on passe maintenant à l'écosystème de la reprise parce que pour celles et ceux qui veulent s'y lancer, par exemple, ou que cela intéresse, il y a tout un écosystème derrière dont vous faites partie aussi, parfois même auquel vous contribuez activement. Notamment le CRA, l'Association des Cédants Aînés Repreneurs d'Affaires, la BPI peut-être un peu aussi. Vous, vous avez créé donc tous les deux le groupe Revive. C'était quoi l'objectif?
Alors le groupe Revive, c'est un groupe qu'on a fondé avec d'autres repreneurs. Là, l'objectif, c'est vraiment de s'associer à plusieurs pour reprendre des entreprises Donc ça, c'est une démarche de reprise d'entreprise. Et par ailleurs, plus dans l'écosystème de la reprise, il y a cette initiative France Reprise où là, on est vraiment parti du constat, comme je disais tout à l'heure, que nous, on s'était senti assez seuls, assez démunis face à nos propres reprises. Et qu'on avait envie, à partir du moment où on a parlé de nos reprises dans les médias, il y a beaucoup de repreneurs de gens qui voulaient reprendre, qui nous ont contactés en disant, mais comment t'as fait? Comment t'as géré tel et tel problème? Comment t'as trouvé des financements? Comment tu t'es formé? Etc. Et on s'est aperçu que ces informations n'étaient pas forcément disponibles au grand public. Et on a eu l'idée de créer cette plateforme qui, à la fois, fournit une boîte à outils aux repreneurs potentiels, on leur fournit des formations. Il y a des webinaires avec des repreneurs, des échanges. On crée une communauté aussi de repreneurs pour qu'ils puissent échanger aussi entre eux sur les problématiques qu'ils rencontrent.
C'est gratuit tout ça?
Il y a un abonnement. Il y a toute une partie qui est gratuite qu'on peut trouver sur le site de France Entreprise et l'accès à certaines fonctionnalités qui sont payantes. On est à 240 € l'abonnement annuel.
Oui, donc c'est pas sur ça qu'on espère faire le plus gros gain dans 10 prochaines années. Mais l'abonnement payant, il est intéressant parce qu'effectivement, comme le disait César, il y a une notion de boîte à outils, etc. Et l'idée, c'est de s'adresser aux entrepreneurs en devenir, des repreneurs individuels qui se diraient est-ce que c'est pour moi, potentiellement qui ont écouté ce podcast ou les autres podcasts que vous allez produire par la suite en se disant tiens, c'est intéressant la reprise. Parce que nous aussi, on est contacté souvent par des entrepreneurs qui en fait, j'avais même pas pensé à la reprise d'entreprise, pourquoi pas, ça m'intéresse. Et puis bon, chacun derrière son ordi cherche, cherche, creuse. Et France Reprise, du coup, a cette volonté de centraliser un peu différents sujets, de flécher aussi les différents organismes. Parce qu'effectivement, il y a une pléthore de tout au chemin, pardon, sur le chemin de la reprise, on a toujours, on va croiser énormément d'intermédiaires. Comprendre à quel moment il faut taper à la porte de quel intermédiaire, etc.
C'est pas toujours évident.
Et cet abonnement, il est intéressant aussi parce que dans le cadre de France Reprise, il y a des communautés WhatsApp et en fait l'idée c'est de casser un peu la solitude du repreneur.
C'est quoi la différence avec le CRA alors?
La différence avec le CRA, elle est assez simple et à la fois majeure. C'est que le CRA, c'est une association qui est là depuis des années et qui œuvre et qui défriche la reprise d'entreprise et leur travail est exceptionnel là-dessus, notamment sur leur maillage territorial. Nous, on cherche à s'adresser et à compléter le CRA par une notion plus opérationnelle de la reprise. L'initiative France Reprise a été portée par des entrepreneurs qui sont tous repreneurs aujourd'hui et l'idée, c'est de mettre un peu au goût du jour et en tout cas à profit de tout un chacun l'ensemble de l'écosystème en décloisonnant le parcours de la reprise d'entreprise.
Donc c'est cet aspect notamment communautaire qui permettrait à quelqu'un ou en tout cas qui fait la différence avec ChatGPT, par exemple? Parce qu'on se dit avec l'IA, est-ce que j'ai vraiment besoin de prendre un abonnement ou de me faire accompagner?
Alors en fait, l'abonnement, comme on le voyait, c'est 20 € par mois maximum. C'est moins cher que Netflix. Enfin, je ne sais pas combien coûte Netflix aujourd'hui, mais globalement, c'est ça. À quoi sert l'abonnement? Je pense que c'est intéressant de le dire. C'est simplement faire le distinguo entre quelqu'un qui s'informe et quelqu'un qui commence à faire la démarche. Tiens, j'ai envie de creuser, de vraiment vérifier si c'est pour moi. Et c'est à partir de ce moment-là là où on rejoint la communauté WhatsApp France Reprise, etc. Pourquoi? Parce que quand on est vraiment intéressé par la reprise, on n'a pas envie non plus d'échanger avec tout le monde. C'est l'idée aussi de regrouper des personnes entre elles qui sont un minimum engagées sur leur projet de reprise.
Et après la reprise, il y a un suivi?
Oui, c'est ça. En fait, parce que là, on a beaucoup parlé de la— il y a plusieurs briques à France Reprise. Là, on a beaucoup parlé de la partie repreneur, que ce soit sur l'aspect communauté, un peu média, et formation. Mais l'idée, c'est de compléter aussi cette brique-là avec le côté cédants qui sont quand même importants dans la situation. Et l'idée, c'est de faire aussi de la mise en relation, c'est-à-dire d'avoir une espèce de plateforme où les repreneurs peuvent se former, peuvent être au courant de ce qui se passe, etc. Mais de plus en plus, en fait, on a aujourd'hui, on a, je ne sais pas, ça doit être 80-100 cédants qui nous contactent tous tous les mois pour être mis en relation avec des repreneurs potentiels. Et donc nous, ce qu'on fournit aussi aux repreneurs, c'est un deal flow et on essaie de plus en plus aussi d'apporter des solutions pour les cédants, pour préparer la cession de leur entreprise et céder dans les meilleures conditions possibles leur entreprise à un repreneur.
On a toujours l'impression, en tout cas dans l'imaginaire public, qu'il faut être absolument millionnaire ou milliardaire pour reprendre une entreprise. C'est vrai ou pas? Non.
Non.
Ça n'était pas ton cas.
Non, c'était pas mon cas.
T'étais pas milliardaire.
Malheureusement.
Non.
Enfin, ou heureusement, j'en sais rien. Mais en tout cas, c'est possible de reprendre une entreprise avec un minimum de fonds personnels. Moi, j'ai repris donc Jane Joy, qui est une entreprise, comme tu le disais, qui fait du fromage végétal.
Oui.
Qui est une entreprise qui avait déjà plusieurs millions de chiffre d'affaires, qui avait 20 salariés, etc. Et donc j'étais incapable d'apporter les fonds pour racheter une entreprise comme ça et pour financer les premiers mois qui ont été sportifs et où il y avait un BFR assez important, un besoin en fonds de roulement important.
Tout à fait.
Et donc j'ai fait une levée de fonds. Et donc c'est possible avec le bon projet d'aller chercher les fonds en externe, que ce soit auprès de banques, auprès d'investisseurs, près de subventions aussi, plein de mécanismes qui sont, qui existent et de nouveaux qui se créent, notamment avec la BPI.
Augustin, comment ça s'est passé? Parce que toi, c'était une boîte européenne, Tepower.
Exactement. Mais en fait, déjà, il y a plein de mécanismes différents qui permettent à tout un chacun de reprendre une entreprise. Sur la reprise in bonus, c'est le terme pour dire une reprise d'une société qui n'est pas en difficulté. On dit une reprise in bonnes sociétés va bien. Et il y a plusieurs, effectivement, si on a ses fonds propres, forcément on est maître dans sa demeure et on peut reprendre ce qu'on veut. Beaucoup d'entreprises sont aussi reprises par d'autres entreprises du secteur dans une logique de ce qu'on appelle le build-up. C'est, j'ai une, j'en sais rien, j'ai une société qui fait des podcasts, eh ben je rachète le prochain podcast, etc., pour construire mon empire du podcast. Podcast. Ça, ça arrive souvent. Ensuite, il y a deux logiques. Il y a des fonds qui sont spécialisés sur la reprise de petites entreprises. Je pense à un fonds qui s'appelle Trajan notamment. Il y en a d'autres, mais qui sont spécialisés, qui vont s'associer avec un profil opérateur-repreneur qui va être intéressé au capital pour reprendre une entreprise. C'est le premier point. Il y a aussi un autre sujet, je ne sais pas si vous en avez déjà parlé dans d'autres podcasts, mais qui est un sujet intéressant, qui vient des États-Unis évidemment, qui est le sujet de search fund, c'est de lever des fonds en tant que repreneur potentiel pour, auprès d'investisseurs, financer sa recherche d'une part, parce que la recherche ça prend du temps, et ensuite que ces investisseurs qui ont financé le temps de la recherche investissent dans l'entreprise qu'on a trouvée avec des conditions préférentielles. Donc ça permet à chaque fois, du coup, c'est qu'on va rejoindre pour le coup des investisseurs. Et de l'autre côté, c'était sur la partie reprise en difficulté, c'était le cas de Tupperware. Évidemment que les tribunaux sont remplis de sociétés qui vont pas bien, qu'on peut reprendre pour pas cher. Maintenant, il faut savoir ce qu'on fait. Et généralement, quand on reprend pour pas cher, si on reprend pour pas cher, c'est qu'il y a une bonne raison. Et c'est que souvent, c'est des sociétés qui nécessitent non pas des fonds à l'achat, mais souvent des fonds ensuite. Sur la reprise de Tupperware, on l'a fait en fonds propres et c'était pas des montants qui nécessitaient des milliards d'investissements.
Est-ce qu'on peut reprendre une entreprise sans expérience?
Je pense, et de plus en plus, c'est drôle. Je pense qu'encore quelques années plus tôt, j'aurais dit non, et je pense que oui maintenant, pour 2 raisons principales. C'est qu'une entreprise, déjà, ça a beaucoup de formes. On a de plus en plus d'entreprises qui existent sans salariés, et j'aurais tendance à dire que quand on n'a pas d'expérience, le plus compliqué, c'est la gestion sociale. C'est comment les salariés qui sont déjà dans l'entreprise, je vais réussir à légitimer ma reprise, etc. Donc il y a quand même tout ce sujet de reprise de petites boîtes qui tournent avec seulement 1 ou 2 salariés ou 1 ou 2 consultants, voire même on a aussi des gens qui ont des tests de reprise de sites internet ou de business en ligne qui fonctionnent bien. Donc là, c'est vraiment presque de la reprise d'actifs. Mais je crois oui, et de plus en plus, nous on le voit encore, on a des tu vois, des choses qu'on voyait pas. Il y a des écoles de commerce qui ont des cursus sur la reprise d'entreprise, des écoles d'ingénieurs aussi. Nous, on a des étudiants qui étaient chez Tupperware en stage chez nous pour se former à la reprise d'entreprise, des choses qui existaient pas avant. Donc, et à la fois, c'est formidable de voir qu'il y a toute une jeunesse qui est intéressée, qui est éduquée sur le sujet, qui cherche à se confronter au terrain. Et je pense pour le coup que que quand on n'a pas d'expérience, on ne peut pas reprendre toutes les entreprises.
Est-ce qu'il y a des secteurs, César, où les opportunités sont particulièrement intéressantes et surtout fortes aujourd'hui? Et quelles sont là aussi les différences? Peut-être c'est important d'en parler puisque vous avez repris tous les deux des entreprises en difficulté financière. Quelle est la différence entre reprendre une entreprise en difficulté et en pleine forme?
Déjà, sur la première partie de la question, je pense que malheureusement, il y a des entreprises en difficulté dans secteurs. Mais bon, là, on parle pas que des entreprises en difficulté, on parle aussi des entreprises, des reprises in bonis. Mais on voit que c'est particulièrement le cas dans les entreprises industrielles, les entreprises industrielles en région qui souffrent aussi un peu de la compétition. Enfin, d'une part, qui souffrent de la compétition internationale sur les coûts, sur les coûts de la main-d'œuvre, sur le etc. Et qui souffrent d'être en région, qui trouvent pas forcément le repreneur parce que les gens veulent pas forcément aller vivre dans des zones un peu plus reculées en France. Donc c'est un enjeu. Et je dirais que ça touche pour le coup tous les types d'industries. Moi, je le vois beaucoup dans l'agroalimentaire parce que c'est là où j'ai repris mon entreprise. Mais on a vu passer énormément de dossiers aussi dans le textile. Il y a énormément de marques depuis 12-24 mois, de fringues, des belles marques qui sont, qui ont été liquidées. Certaines ont trouvé repreneur.
C'est un peu la dégringolade, on voit beaucoup dans les médias.
Et c'est pas évident de trouver la martingale pour redémarrer ces entreprises-là. On a vu la fin de l'année dernière aussi dans un autre domaine, Brandt, un dossier qu'on avait regardé et où faire de l'électroménager en France aujourd'hui, c'est très, très compliqué. Ça veut pas dire que c'est impossible, mais c'est très compliqué.
Si vous aviez 25 ans aujourd'hui, tous les deux, vous en êtes pas loin, mais vous créeriez votre startup ou vous reprendriez une entreprise?
C'est une bonne question. Je pense que j'essaierais d'appliquer l'ensemble des outils notamment IA, etc., à un business traditionnel. Et je pense que ça rejoint un peu ce qu'on disait avant, mais aujourd'hui créer une startup, après c'est vraiment une question d'appétence au risque. Est-ce que je suis OK pour avoir une chance sur 100 de réussir, mais de effectivement pour le coup de trouver la martingale et vraiment tout cartonner si j'y arrive? Ou est-ce que j'ai un risque un peu plus faible, mais j'ai peut-être une chance sur 10 ou chances sur 3 que ça marche, avec peut-être un facteur de réussite si ça marche moins élevé, mais une certitude plus forte. Mais tout ça pour dire que moi aujourd'hui, en tout cas, c'est peut-être que je commence à passer de l'autre côté de la barrière, mais je trouve que l'ensemble de cet environnement IA dans lequel on est est à la fois formidable parce que tout le monde peut créer plein de trucs, mais que d'un autre côté ça crée énormément de bruit parce que tout le monde lance plein de trucs en parallèle et qu'au final il faut quand quand même avoir le, enfin, la clé c'est quand même la distribution, c'est trouver des clients à qui tu les vends, etc. Et c'est moins facile que créer quelque chose derrière ChatGPT ou Claude ou qu'importe. Pour autant, et donc aller travailler sur des actifs qui sont déjà existants et y appliquer des méthodos de travail, pour moi c'est, je pense, ce que je ferai. Et il y a un autre truc que je ferai pour rejoindre un peu sur les opportunités, ce qu'on évoquait juste avant, pas tant sectorielles, mais il y a des opportunités géographiques qui sont énormes. Par exemple, il y a énormément de boîtes qui sont des super bons dossiers qui trouvent pas repreneur parce qu'elles sont mal situées géographiquement. Pourquoi? Parce que les repreneurs n'ont pas envie d'y aller, tout simplement. Et quand on a des profils de quarantenaires qui habitent dans l'ouest parisien, globalement la fiche de cadrage du repreneur qui vient de sortir d'une plus ou moins grosse boîte, qui a 24 mois de chômage, qui habite dans l'ouest parisien et qui recherche une PME si possible un peu au nord, un peu à l'ouest ou dans tout le quart nord-ouest de Paris. C'est le stéréotype quoi. Mais le bon deal ou la bonne boîte ou en tout cas le deal sur lequel il y aura moins de compétition et sur lequel le prix sera plus élevé, il est probablement pas dans cette situation géographique. Et donc à 25 ans, tu as toutes les chances de te dire en fait je plie bagage et je vais aller bosser dans une boîte qui est, j'en sais rien, n'importe où, mais en tout cas certainement pas dans les gros centres urbains de France.
Tu partages cet avis-là, c'est ça? Qu'est-ce que tu ferais aussi à 25 ans?
Je pense que moi, je crois beaucoup, comme je te disais, dans la reprise et je suis très content du parcours que j'ai eu depuis que j'ai repris. Donc je pense que je regarderais ça parce que aussi pour une raison d'impact et le fait que par rapport à entreprendre, tu as un impact immédiat beaucoup plus important avec les emplois que tu sauves avec potentiellement les outils industriels. Et quand on parle des emplois et de l'outil industriel, tu en avais dit un mot tout à l'heure, mais c'est aussi dans les régions, c'est pas que les emplois qui sont liés directement à l'entreprise, c'est les emplois des fournisseurs, c'est les emplois des gens qui vont acheter les produits, etc. Donc c'est toute une chaîne Et en fait, quand une entreprise disparaît, c'est souvent toute une chaîne qui est brisée. Et donc, il y a quelque chose que je trouve de très noble, en fait, à préserver les maillons de cette chaîne-là et à contribuer à des écosystèmes locaux.
Si quelqu'un nous écoute et a envie de reprendre une entreprise, qu'est-ce que tu lui dirais, Augustin?
Je pense qu'il faut s'informer vraiment. Je pense qu'il faut faire attention aussi au discours parce qu'il y a plein d'opportunités, mais il faut aussi s'assurer malgré tout que ça corresponde à ce qu'on veut faire et à sa trajectoire professionnelle. Pourquoi? Parce que c'est pas si facile non plus. Là, on parle de choses qui vont plutôt bien aujourd'hui, mais il faut quand même avoir une être capable de prendre des risques. Il y a aussi cette capacité à évoluer dans un environnement où on n'a pas de certitude. On le voit, nous on le rencontre parfois avec certains repreneurs qui viennent nous voir, qui cherchent des entreprises depuis beaucoup. Il n'y a pas de dossier parfait. Et si on vient d'un parcours où on a tendance à vouloir tout mesurer, tout contrôler, la réalité c'est qu'il n'y aura jamais de dossier parfait. Il n'y aura jamais un dossier qui coche toutes les cases, soit sur le prix, soit sur un truc dans la société qui va pas bien. On sait pas trop, etc., soit aussi sur des choses que le cédant maîtrise trop, qu'on a envie de récupérer. Mais il y aura toujours quelque chose qui va pas bien dans l'entreprise, ou en tout cas qui certifie pas. Donc le vrai sujet, c'est déjà se faire un peu l'introspection de est-ce que c'est vraiment fait pour moi, est-ce que je suis prêt à me donner les clés de réussite de ma recherche, soit financière, parce que mine de rien quand même, il y a toute une partie de sociétés qui nécessite de mettre des fonds sur la table. Bien sûr, quand même une vraie attente des cédants de sociétés qui vont Il ne faut pas se le cacher non plus. Et deuxièmement, est-ce que la trajectoire professionnelle qu'on est prêt à prendre, et notamment géographique souvent, correspond à ce qu'on cherche?
Est-ce que d'ailleurs on peut reprendre une entreprise et la changer radicalement? Tu vois ce que je veux dire? Dans tous les sens du terme d'ailleurs. Changer la localisation, changer les produits.
Après, il y a des changements qui sont plus ou moins radicaux, mais de toutes les façons, un repreneur va changer l'entreprise d'une façon ou d'une autre parce qu'il va poser sa patte sur l'entreprise. C'est sûr qu'une entreprise, une bonus, quand on reprend une entreprise où tout roule, il y aura des changements moins radicaux à faire. En revanche, une reprise en difficulté, si l'entreprise est arrivée dans cette situation-là, c'est qu'il y avait des problèmes.
Ça implique un changement radical.
Après, il faut justement donc du coup bien identifier les problèmes. Et faire les changements qui sont nécessaires. Mais les changements peuvent être assez radicaux. Et il y a plein d'exemples d'entreprises où le business model a complètement été changé pour rendre les entreprises rentables et pour pérenniser les entreprises sur le long terme.
Est-ce que ça veut dire que les banques, elles font attention aussi à ça, à ce que va devenir, à ce que vous avez envie de faire de cette nouvelle entreprise quand elles vous donnent des fonds, quand elles vous accordent des prêts, par exemple?
Ouais, bien sûr, ils regardent comme les banques, comme tous les autres financeurs, ils regardent l'ensemble du projet, le business plan, les actions qui vont être prises. Et pour des sociétés in bonis, c'est peut-être plus facile à vendre, mais pour des sociétés en difficulté, forcément, il faut convaincre. Et donc, il faut avoir un plan très robuste, avoir vraiment bien identifié le problème et les mesures à prendre pour le régler et bien savoir être capable de les expliquer.
Dernière question à tous les deux: si vous deviez convaincre quelqu'un en une seule phrase, une seule, de reprendre une entreprise, qu'est-ce que vous leur diriez Augustin?
Que c'est hyper excitant, c'est hyper exaltant. On se réveille le matin avec des problèmes à gérer qu'on connaissait pas la veille, mais que c'est ça qui fait partie du plaisir de la reprise. Je pense que pour moi, encore une fois, c'est ce que tu disais César, c'est l'impact qu'on apporte dans une entreprise qui est peut-être le plus gratifiant, c'est de voir que petit à petit, on arrive à améliorer les choses, à faire grandir les choses et quand on arrive à avoir des vrais succès, que ce soit sur la partie sociale avec les salariés, regagner la confiance de salariés par exemple qui ont un peu perdu foi en projet d'une part ou simplement sur des victoires plus commerciales, c'est hyper exaltant de se dire ah ouais super avec les quelques actions qu'on a mis en place, on a vraiment réussi à avoir un impact important sur la société.
Merci pour ça. Même exercice, César.
Vous avez fait plus d'une phrase, donc je vais m'autoriser à faire une phrase aussi. Non, mais je trouve aussi que c'est une super belle aventure. Et c'est vrai que moi, depuis que j'ai repris Genjoy, je me réveille tous les matins avec une énergie et une envie d'aller développer l'entreprise et de la faire avancer. Et je voulais insister aussi sur le côté où souvent la reprise d'entreprise, et c'est un des avantages par rapport à l'entrepreneuriat, c'est qu'on n'est pas seul au début dans le sens où il y a souvent des salariés, il y a souvent des gens qui connaissent l'entreprise, il y a des équipes en place et c'est aussi des très belles aventures humaines en fait de relancer ou de développer ses équipes et de construire quelque chose en groupe.
Trop sympa! En tout cas, ça donne envie de reprendre une entreprise. Ça ne m'est jamais arrivé, mais ça donne envie de reprendre une entreprise. Évidemment, merci beaucoup en tout cas à tous les deux d'avoir été parmi nous aujourd'hui. Merci aussi pour ce que vous faites, pour ce monde de la reprise et pour l'écosystème et pour les futurs repreneurs comme les repreneurs actuels. Évidemment, si vous en faites partie, de quelque côté que vous soyez, chers auditeurs, vous pouvez évidemment commenter cet épisode, communiquer aussi avec nos invités. J'imagine que vous êtes tous les deux disponibles sur les réseaux sociaux. Dites-nous là aussi encore une fois ce que vous voulez voir comme profil de repreneur, comme hors-série, etc. Et puis quels sont les moments qui vous ont le plus marqué? Merci encore à tous les deux. On vous souhaite là aussi plein de bonheur et plein de bonnes choses pour la suite. Et puis nous, on se retrouve la semaine prochaine. Ciao! Chers auditeurs, France Reprise vous propose un code exceptionnel de 25%, 25% de réduction sur les abonnements annuels de France Reprise avec le code VIVEMENT25. Merci à eux.
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