Reprise au tribunal : comment j'ai triplé les marges - Bluedigo (Younes El Hajjami)

In this French podcast episode of "Vivement la reprise", host Speaker B interviews entrepreneur Younes El Hajjami about his journey from the collapse of his first startup, Rue Tabago, to the acquisition and turnaround of the office‑furniture marketplace Bluedigo through a judicial redressement. Younes explains how the tribunal‑led process forces a rapid decision timeline, the competitive bidding environment, and the need to present a solid financing plan despite banks’ reluctance. He details the strategic overhaul of Bluedigo’s business model—eliminating stock and warehouses, moving to a just‑in‑time buy‑resell model—which tripled margins and made the company more agile. The conversation also covers the intense personal stress (insomnia, sleepless nights), the importance of team and supplier buy‑in, the role of legal counsel, and the challenges of securing funding through investors and business angels. Younes shares practical advice for aspiring repreneurs: diagnose the root cause of a target’s distress, focus on factual levers (e.g., excess inventory), be transparent with suppliers, and rely on peer coaching and community support. The episode ends with a call for more seasoned repreneurs to share their stories.
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business model, on l'a complètement changé. Donc on a plus de stock, plus d'entrepôt. Et aujourd'hui, on a fait x3 de nos marges. Il fallait décider très vite, contrairement à une reprise classique où on a le temps. Le tribunal, c'est pas toi qui décide du calendrier, ni toi ni le cédant, c'est le tribunal. Il croyait pas beaucoup dans notre dossier, au point qu'il y avait même un communiqué de presse avant la décision du tribunal par un des deux concurrents qui disait qu'il a gagné. Sauf que nous, c'était vraiment, c'est un dossier sur lequel on a vraiment beaucoup bossé. Donc en fait, le business model, on l'a complètement changé. Donc on a plus de stock, plus d'entrepôt. Et aujourd'hui, on a fait x3 de nos marges. C'était plutôt que prévu. Je pense que c'est la première fois où j'ai aussi mal dormi quand même, parce que—
Bienvenue dans Vivement la reprise, le podcast qui raconte l'envers du décor de la transmission d'entreprise avec zéro tabou. On vous plonge dans ce moment précis où tout bascule: des négociations tendues, les premiers face-à-face avec les équipes, et puis des enjeux de pouvoir et surtout des rencontres. Parce que reprendre une entreprise, c'est entrer dans une histoire qui n'est pas forcément la vôtre, des parcours intimes. Et une seule certitude: racheter une boîte n'est ne se passe jamais comme prévu. Bienvenue dans Vivement la reprise! On est très contents de vous retrouver. Aujourd'hui, on va parler de reprise au tribunal, de redressement judiciaire et de reconstruction avec toi, Younes El Hajami. Bonjour.
Bonjour.
Bienvenue dans l'épisode, très contente de te recevoir. Alors toi, tu as vécu plein de choses déjà dans une assez jeune vie. Tu as d'abord vécu l'effondrement, on va en parler, de ta première société avant de devenir repreneur d'une entreprise et d'une entreprise un petit peu particulière parce que c'était une entreprise en difficulté. Est-ce qu'on reprend une société, ce sera ma première question pour démarrer cet épisode, différemment quand on a déjà connu une chute? Qu'est-ce qui s'est passé avec cette première entreprise que tu as créée donc?
Ouais, j'avais créé Rue Tabago, c'était des box à cuisiner bio en 2016. On a eu une très belle croissance, une belle activité, des beaux investisseurs pendant 6 ans. Et après, il y avait la crise d'inflation, guerre en Ukraine, donc des choses un peu difficilement prédictible et ça touchait le secteur du bio. Et donc, on était en pleine levée de fonds. Donc, d'un coup, la confiance des investisseurs s'était un peu cassée. Tout le monde voulait attendre. Donc, on nous disait il faut attendre 18 mois parce que là, le marché, il est en plein changement. On ne connaît pas ça. Ça faisait très longtemps qu'on n'a pas connu une guerre en Europe. Et sauf que nous, on n'avait pas assez de cash pour tenir 18 mois. Donc, on a essayé de négocier des fusions, etc., avec des concurrents. Ça n'a pas marché. Eu assez de temps et ça a fini en redressement judiciaire. Et donc, la boîte a été cédée au concurrent direct. Dur en partie, mais c'est là où je m'attendais à pire. Parce que quand on parle de la fin d'une aventure, d'une boîte, on imagine que c'est une fin. Mais en fait, c'est un peu juste une étape dans le parcours entrepreneurial parce que j'ai appris énormément de choses et sans cette fin, j'aurais pas repris. Blodigo aujourd'hui, il y a 18 mois maintenant déjà. Et je suis hyper content, reconnaissant, etc., de vivre deux aventures entrepreneuriales très différentes. Et c'est parfois effectivement, c'est la fin d'une histoire qui donne naissance à une autre. En fait, l'été 2022, c'est cessation de paiement, redressement judiciaire, reprise par le tribunal. Mais la marque a continué, l'équipe ARST. Et je suis resté moi-même avec le repreneur qui était notre concurrent pendant près d'un an pour l'aider à assurer la fusion, activer la synergie, etc. Et j'ai beaucoup aimé de redresser parce que la boîte maintenant, le groupe Les Comires Utabago, fait plus de 10 millions, rentable. Ça se passe très bien. Je suis toujours dans le board consultatif et tout ça. Et c'est là où j'ai vu qu'on peut faire effectivement renaître une boîte de de ses cendres et c'est là que je commençais à chercher une boîte à reprendre et c'est comme ça que l'histoire a croisé celle de Bleudigo et voilà.
Excellent, c'était justement ma prochaine question, donc la transition est toute trouvée. Avant de passer justement à la négociation, tout ce qui se passe, comment tu te retrouves justement à vouloir acheter une boîte, on a compris l'histoire. D'abord, qu'est-ce que ça fait concrètement de voir son entreprise passer dans les mains d'un autre? Ça doit être hyper particulier. Alors, tu l'as vécu parce qu'après, tu as repris toi-même une entreprise. Mais j'imagine quand même que c'est ton bébé que tu as porté pendant plusieurs années. Tu as vécu des moments absolument magnifiques et d'autres beaucoup plus difficiles aussi. Qu'est-ce que ça fait?
Je pense que ça dépend vraiment des gens. J'ai vu, parce que j'ai beaucoup de potes entrepreneurs et maintenant, le redressement judiciaire ou les difficultés, ça devient un peu le quotidien, malheureusement, des entrepreneurs. Je dis malheureusement, mais en vrai, je ne devrais pas le dire. Ça fait partie de la vie de l'entreprise et qu'on devrait faire avec. Et chacun le vit très différemment. En tout cas, je parle pour moi. Moi, il y avait toujours ce côté un peu jeu dans le bon sens du terme. C'est qu'en fait, c'est un peu comme les joueurs. En fait, un entrepreneur va être comme un sportif de haut niveau. En fait, quand un joueur professionnel, un footballeur professionnel perd un match, il ne va pas déprimer pendant 2 mois alors qu'il a un match 3 ou 4 jours plus tard, une semaine plus tard. En fait, il se remet parce qu'il y a encore des choses, des titres à gagner ou bien même parfois, il peut changer de club et il reste du même niveau de motivation, entraînement, etc. C'est exactement la même chose en fait, en tant qu'entrepreneur. Moi, je dis souvent qu'il ne faut pas être amoureux de son propre produit. En fait, on ne fait pas l'entrepreneuriat pour développer un produit, développer une solution. On fait l'entrepreneuriat par amour d'entrepreneuriat. Donc, le produit vient presque dans un second plan. Et donc, c'est là où effectivement, on a joué, on a perdu. On a fait des choses bien, des choses moins bien. Ça fait partie du jeu. C'est pas du tout agréable comme un joueur professionnel quand il perd un match, il est pas content. Il va pas faire la fête pour ça. Mais dès le lendemain matin, il faut qu'il se remette en place pour aller préparer la suite. Moi, je l'ai vécu un peu comme ça. Je dis pas que tout le monde le vit comme ça. Chacun le vit très différemment. Et j'avais des associés aussi. Je vois que vraiment, c'est une histoire très personnelle. Moi, en tout cas, Personnellement, il y a vraiment cette part de dire, OK, je suis... L'entrepreneuriat ne s'arrête pas à l'arrêt d'une aventure, d'une entreprise. C'est un choix, c'est un métier en tant que tel, comme d'autres métiers que j'ai commencés maintenant il y a plus de 12 ans. Et en fait, l'entreprise n'est qu'un canal qui peut changer, mais je fais ce métier-là tant que c'est possible.
Bravo, c'est un beau mindset. Parce que tout le monde, effectivement, ne pense pas forcément comme toi ou peut s'arrêter à un échec. C'est difficile aussi de voir sa boîte de s'arrêter, de se dire qu'est-ce qu'on fait après? Alors toi, tu t'es lancée dans la reprise d'entreprise, c'est venu tout de suite après? Je suis super contente de lancer vivement la reprise avec notre partenaire Banque Populaire, première banque des entreprises en France depuis 16 ans selon l'étude Kantar PME-PMI 2025. Pour réussir sa reprise, il faut avant tout être bien entouré. Alors selon le ministère de l'Économie, d'ici 2030, près de 500 000 entreprises chercheront un repreneur. C'est énorme et c'est un enjeu colossal pour nos régions. Et c'est là justement que notre partenaire Banque Populaire Leur force, vous allez le voir, c'est de vous accompagner sur tout le parcours de transmission. Avant, d'abord, avec le diagnostic et la valorisation. Pendant aussi, pour l'exécution et la structuration de financement. Et puis après, surtout, pour sécuriser votre projet dans la durée. Alors que vous soyez un professionnel de proximité, une PME ou une plus grande entreprise, les conseillers professionnels, les chargés d'entreprise aussi et les experts dédiés Banque Populaire sont à vos côtés pour vous accompagner dans vos projets de reprise. Et puis, au-delà du conseil, Banque Populaire peut financer, peut garantir et même investir investir à vos côtés. C'est ce qui sécurise concrètement le repreneur, le vendeur et surtout ce qui assure la pérennité de l'entreprise. Pour anticiper votre projet, rendez-vous sur banquepopulaire.fr. Le lien est dans la description. Merci encore mille fois à Banque Populaire de soutenir vivement la reprise.
Je me suis quand même posé la question après, est-ce que j'envisageais pas la partie de revenir au salariat ou autre? Pas parce que je n'aimais pas de hiérarchie entre entrepreneuriat ou salariat, etc. C'est juste, c'est des métiers différents et que je me voyais pas là-dedans. Donc j'ai fait un peu de conseil pendant quelques mois pour voir est-ce que ça pourrait me plaire, cette autre façon d'entreprendre, d'être indépendant, etc. J'ai senti que c'est pas exactement la même chose. Finalement, ça ressemble plus à du salariat déguisé. En tout cas, c'est comme ça que je l'ai vécu, moi. Et pour moi, il fallait créer. Pour moi, j'ai associé quand même beaucoup l'entrepreneuriat à une équipe, une mission, un projet, une création de valeur, une ambition de croissance. Seul, c'est un peu limité. Alors que quand on monte une équipe, un projet, on a l'impression qu'il n'y a pas de limite et c'est très satisfaisant, etc. Donc, je commençais à chercher des boîtes à reprendre. En fait, je ne voulais pas démarrer de zéro parce que je trouve que le zéro à 1 million d'euros, c'est un peu la partie ingrate de l'entrepreneuriat parce que tu as l'impression d'avoir trouvé le bon truc, la bonne idée. Tu prouves des choses, mais tu dois toujours encore prouver. On te prend un peu du haut. Parce que c'est normal, tu viens de démarrer, donc forcément, il y a de la méfiance.
Et en même temps, c'est un super terrain de jeu parce qu'il y a tout à créer.
Tout est à créer et c'est agréable. Et moi, j'avais envie de commencer juste à l'étape d'après. Donc, je commençais à me renseigner, je contactais pas mal de gens, j'ai fait connaître à mon réseau que je cherche une boîte à reprendre. Pas forcément au tribunal, mais une boîte à reprendre d'une taille proche de ce que j'ai connu avant avec Rue Tabago. Donc, à Rue Tabago, on était Une boîte qui faisait 4 millions de CA. On est monté jusqu'à une trentaine de personnes. Donc, je cherchais quelque chose, moins de 30 salariés, 3, 4, 5, 6 millions d'euros de CA, cette taille-là.
Comment tu tombes sur Bleu Digo alors?
Bleu Digo, je vais citer un nom que tu dois connaître ou plusieurs, c'est via Cédric Meston.
Le fameux.
Le fameux. Que nous avons déjà reçu. Qui a été contacté. Bleu Digo, donc ils sont rentrés en redressement judiciaire. Bleu Digo, c'est une boîte d'aménagement de bureaux. De bureaux avec du mobilier reconditionné, qui s'appuie sur une marketplace, c'est la seule et unique en France aujourd'hui, et qui a une très belle croissance depuis 2019. Et en 2024, ils se sont retrouvés en difficulté parce qu'ils avaient un business model où ils avaient aussi beaucoup de stocks, parce qu'ils achetaient du mobilier des entreprises et qu'ils le revendaient aussi. Et cette partie-là était difficile à gérer dans un marché qui est encore niche, etc. Et donc, ils sont entrés en redressement judiciaire. Un des investisseurs, effectivement, de BlueDugo a commencé à trouver ça dommage que la boîte s'arrête parce qu'il y a encore pas mal de choses à faire sur ce sujet. Il y avait juste des parties du business model qu'il fallait corriger. Et c'est là où, qui connaissait Cédric, lui a dit, en fait, il y a cette opportunité-là, est-ce que ça peut t'intéresser? Donc, Cédric a fait connaître dans son réseau, est-ce qu'il y a des gens qui peuvent s'associer avec moi sur ce sujet-là? Donc, il a envoyé un message dans un groupe WhatsApp d'entrepreneurs. Un pote à moi, Voit le message screenshot, il me le transmet à 22 heures en semaine et il me dit, est-ce que ça t'intéresse? Il n'y avait pas le nom de la boîte ni rien, il disait juste 4 millions de CA, boîte à reprendre, ça intéresse quelqu'un? Et je lui dis, oui, oui, ça m'intéresse. Vas-y, mets-moi en relation avec. Donc, je connaissais pas Cédric, je connaissais Cédric parce qu'on était dans la foodtech, mais je connaissais pas personnellement. Je connaissais Apivor parce que c'est le cofondateur d'Apivor. Et là, je lui envoie un WhatsApp pour dire, ouais, ça m'intéresse. Il me répond, vas-y, on se voit demain. On s'est rencontrés le lendemain. On a regardé un peu la data room pour voir le dossier de Bloody Good. On a discuté pas mal sur le dossier, sur lui, sa vision, la mienne, celle de Bloody Good. Et en fait, ça a matché, tout simplement. Et donc, on a décidé d'aller ensemble. Et moins d'un mois plus tard, on était en audience ensemble.
Et toi, t'avais pas du tout prévu de reprendre, j'imagine, une entreprise qui était déjà en difficulté?
Moi, j'étais ouvert. À tout dossier. Vu que j'ai connu le tribunal avec ma boîte d'avant, ça ne me faisait pas peur. Donc, c'est pour ça d'ailleurs, avec la décision pour reprendre Bleu Digo, une fois qu'on s'est vu, qu'on a regardé un petit peu, là, j'ai l'impression de parler d'un truc lent, mais tout ça, ça a duré 48 heures, en fait. On a regardé, on a décidé, etc. Parce qu'après, il fallait faire ça rentrer dans le process, tout ça, et que tout est très court. Donc, il fallait décider très vite. C'est ça la différence des dossiers au tribunal, contrairement à une reprise classique où on a le temps. Alors qu'une reprise au tribunal, c'est pas toi qui décides du calendrier, ni toi, ni le cédant. C'est le tribunal qui décide du calendrier. Et le tribunal n'a pas tout son temps et il gère par rapport à ce qu'il a aussi. Donc, ce qui fait que tu dois t'adapter au calendrier du tribunal. Et donc, on s'est adapté. Donc, il y avait des délais courts, il y avait des candidats en face parce que nous, on a candidaté avec Cédric en tant que particuliers entrepreneurs, un duo d'entrepreneurs pour redresser la boîte. Je crois qu'il y avait 3 concurrents, c'est ça? On était 3 en tout. Il y avait 2 concurrents en face. Il y avait 2 concurrents en face, 2 grands acteurs spécialisés dans le secteur en plus.
Des quoi? Des industriels?
Un industriel et un acteur, je ne dirais pas semi-public, mais un organisme, en tout cas dans l'aménagement tertiaire. Et du coup, normalement, il y a plusieurs. Ils ne croyaient pas beaucoup dans notre dossier, au point qu'il y avait même un communiqué de presse avant la décision des tribunaux par un des 2 concurrents. Qui disait qu'il a gagné, qu'il a repris Blodigo.
Attends, quoi? Il a annoncé officiellement qu'il reprenait avant même toute signature?
Il y croyait tellement. En fait, c'était tellement avant signature, avant même décision de tribunal, parce que c'était l'issue la plus, selon lui, la plus logique. Sauf que nous, c'était vraiment un dossier sur lequel on a vraiment beaucoup bossé.
Mais attends, à ce moment-là, quand tu lis le communiqué de presse, qu'est-ce que tu te dis?
Bah, moi, je l'ai découvert après coup. Le collègue administrateur, parce qu'après coup, après la reprise, un de nos fournisseurs me dit, attends, mais pourquoi vous dites Blue Digo? Vous avez été racheté par tel. Je dis, non, en fait, c'est moi. Comment ça, vous? C'est moi, j'ai l'acte de cession, c'est moi qui reste la boîte. Oui, mais dans la presse, c'est pas ça. Donc il m'envoie un article de presse où je vois que Blue Digo a été, je vois la date et c'est sorti 2-3 jours avant la décision du tribunal. Je dis, mais ça...
Cela dit, heureusement que tu l'as vu après la cession parce que...
Parce qu'après, j'aurais pu dire, en fait, c'est-à-dire qu'il sait des choses, machin, etc. Ça aurait perturbé la procédure. Mais en tout cas, nous, on a travaillé beaucoup sur le dossier. On avait rassemblé aussi des investisseurs qui ont cru en nous.
C'est ça qui a fait la différence avec les deux autres?
Je pense que peut-être qu'on y croyait plus et que pour nous, il n'y avait pas d'autre plan B. Il n'y avait pas autre chose. On n'envisageait pas un autre scénario que de remporter ça.
Oui, mais j'imagine que les autres aussi. Pour un tribunal, vous n'êtes pas une société. Vous êtes deux repreneurs avec vos expériences, bien sûr, avec Cédric.
Je pense que ce qui a joué, c'est déjà l'adhésion de l'équipe. Parce qu'en fait, au tribunal, ils regardent 3 choses à peu près. Il y a le prix de cession, etc. Il y a le projet. C'est quoi votre projet pour cette boîte pour qu'elle ne se retrouve pas au tribunal un an et demi plus tard? Donc là, on a bien travaillé le dossier. On a une expérience. Cédric avait déjà une expérience entrepreneuriale et repreneuriale aussi parce qu'il avait repris 2 sociétés dans le végétal, notamment avant Et donc, il a ça comme savoir-faire qu'il a apporté sur le dossier. Moi, j'avais des expériences entrepreneuriales avant avec la connaissance justement du redressement judiciaire et le redressement et la relance d'une boîte qui sort de redressement avec le concurrent parce que c'est moi qui étais en charge effectivement de, avec les deux autres fondateurs, des commis pour activer les synergies et en faire une boîte redressée, rentable, relancée, etc. Donc, on avait un CV Et on avait rédigé tout ce qu'on imaginait pour Bloody Goose pour que ça marche. Donc il y avait ce projet-là. Donc j'imagine les autres aussi, ils ont travaillé là-dessus. Donc je n'ai pas eu accès à leur dossier. Et après, à l'adhésion et de l'équipe et de l'ancien dirigeant. Et ça, on a travaillé aussi ça. Donc nous, on a présenté notre dossier à l'équipe et l'équipe a cru en nous. Il y avait beaucoup de doutes, il y avait pas mal de moments, c'était pas toujours...
J'imagine.
Une fois, ils sont convaincus, le lendemain, ils le sont un peu moins. Donc il fallait qu'on rassure parce qu'ils ne nous connaissent pas. Mais ça finissait le jour de l'audience, c'est le jour où ils étaient convaincus pleinement. Et donc, en fait, il y avait cette adhésion aussi qui joue au tribunal. Mais après, on avait... Le tribunal décide après ce qu'il veut. En fait, tout ça, c'est à titre consultatif.
Non seulement il décide ce qu'il veut, mais en plus, j'ai appris que l'audience n'a duré que 15 minutes. 15 minutes pour convaincre et décider du futur d'une entreprise, de salariés, etc. Enfin, tu ressens quoi au moment de cette audience? 15 minutes, ça passe hyper vite.
La gestion de l'audience fait partie des facteurs de réussite. Parce que plusieurs acteurs peuvent échouer lors de l'audience. Ils peuvent tout bien faire, en fait, mais c'est un moment très court sur lequel on est très challengé, justement parce qu'on n'a pas envie d'avoir des gens pas suffisamment motivés qui ont un dossier parce qu'il leur semble que c'est facile de reprendre, donc à un prix intéressant, etc. Donc le tribunal, il a une responsabilité d'un peu d'éliminer ces gens pas motivés. Donc il nous demande des garanties supplémentaires alors qu'il avait tout le temps pendant des semaines et des mois avant pour nous le demander. Mais c'est le jour de l'audience qu'on va nous dire Est-ce que vous montez ça? Est-ce que vous prenez telle personne en plus? Est-ce que vous mettez en caution vos biens perso sur telle ou telle chose?
Parce que toi, c'est ce qu'on t'a demandé.
On nous a demandé avec Cédric de... On avait des lettres d'intention d'investisseurs qu'on a présentées au tribunal parce que vu qu'on n'était pas une société, donc il fallait montrer comment on va financer la reprise, etc. Et nous, on avait fait ça, on a lancé une levée de fonds et on avait une première tranche qui était déjà validée par des intentions qu'on a présentées au tribunal. Donc, il nous a dit, Oui, mais comment on fait s'ils ne donnent pas cet argent? Parce que c'est que des lettres d'intention. Et donc, on a dit non, mais c'est des investisseurs, c'est des BA connus en France, machin, c'est des gens sérieux. Elle a dit, est-ce que vous mettez en caution vos biens perso sur ce montant-là? Et du coup, c'est là où il y a la partie gestion d'audience. Si on est en doute et tout ça, c'est qu'on n'y croit pas. Et là, ce n'est pas le moment de montrer qu'on n'y croit pas. On y croit tellement dans nos investisseurs, on croit tellement que ça va marcher que bien sûr qu'on dit oui, qu'on ait cet argent ou pas. Donc après, on dit oui et on avance. Et il y a plein de choses comme ça au tribunal. Pareil, il y a une personne qu'on a décidé de ne pas reprendre parce qu'elle ne voulait pas être reprise. Et on a déjà dit ça avant, tribunal, administrateur, etc., que le projet était très clair, transparent depuis le début et surtout les raisons pour lesquelles on ne la prenait pas, sur lesquelles elle était demandeuse de ne pas être reprise. Et le jour de l'audience, on lui dit, en fait, vous ne reprenez pas qu'une personne, vous reprenez tout le monde sauf une personne, reprenez-la. Sauf qu'elle Ils savent pourquoi on la reprend pas. Sauf que là, on a peu de temps et on commence à expliquer. Le président du tribunal s'impatiente. Répondez vite. La personne est là, elle regarde parce qu'il se trouve que c'était aussi la représentante du personnel, donc elle avait le droit d'être là. Donc elle voit son avenir en train de se décider devant elle. Mais elle voit bien aussi qu'on essaie de défendre notre position initiale qui était la sienne aussi. Mais les choses... Mais c'est comme ça, il faut décider chacun dans son rôle. C'est normal, il faut réussir à rester froid, lucide, décider vite, décider très vite.
Mais pour faire ça, il faut se faire accompagner. Vous êtes accompagnés par qui avec ces décisions-là?
On a un avocat, forcément.
Vous avez un avocat?
Oui, on ne vient pas que tous les deux comme ça. On ne peut pas venir sans avocat. Il y a une procédure où il faut maîtriser tellement d'éléments qu'il faut être aussi accompagné juridiquement. Mais après, ces décisions-là se décident live. En fait, on échange à haute voix, tout le monde nous entend. En fait, on est en train de parler. D'ailleurs, cette audience en particulier était dans une petite salle. Donc, en fait, tout se décide vite. Tac, tac, tac, tac, tac. Et après, merci, au revoir, on vous répondra bientôt.
La reprise se passe. Donc, l'acte de cession est signé au tribunal. Ça y est, tu as les clés de l'entreprise. Et une fois validée cette reprise, justement, tu fais une cinquantaine de rendez-vous, je crois, avec les fournisseurs de l'entreprise que tu reprends avec Cédric pour leur dire, je veux continuer à travailler avec vous. J'ai juste un petit problème, c'est que je ne peux plus payer vos dettes. Oui. Mais c'est quand même assez cavalier.
C'est particulier, mais c'est... En fait, quand on reprend une boîte, on décide de... On étudie le dossier, on voit qu'est-ce qu'on peut reprendre ou pas. Et donc, quand on reprend une boîte au tribunal, si la boîte s'est retrouvée au tribunal, c'est pour une raison, parce qu'ils se sont retrouvés en difficulté, parce qu'il y a plein de choses. Donc nous, on n'a pas repris les dettes. En fait, on n'a repris que l'actif de la boîte. D'ailleurs, je te disais tout à l'heure que la boîte avait des stocks, entrepôts, etc. Toute cette activité, on n'a pas repris. Donc en fait, le business model, on l'a complètement changé. Pour être en achat-revente flux tendu. Donc, on n'a plus de stock, plus d'entrepôt et c'est ce qui nous a permis justement d'améliorer le modèle. Et aujourd'hui, on a fait x3 de nos marges, etc., parce qu'on a un business model beaucoup plus agile, avec une équipe plus serrée, etc. Et donc, les dettes faisaient partie des choses qui pesaient lourd sur Blodigo et qu'il n'était pas certain, dans aucun business plan, ça tenait si on reprenait toutes les dettes de la boîte d'avant. En fait, c'est juste, ça tenait pas. Donc, autant juste ne pas reprendre, quoi. Et donc, on n'a pas repris les dettes.
Ça a échoué.
C'est risqué parce qu'en fait, on s'appuie sur nos fournisseurs. Sauf que là, tout le jeu, derrière, c'est comment maintenant continuer à bosser parce que sans fournisseurs, on ne peut pas bosser. Donc, la technique, si je peux l'appeler ça comme technique, c'est juste être transparent avec les fournisseurs. Donc, j'ai rencontré tout le monde. J'ai dit 50, mais ça se trouve, c'est beaucoup plus. En tout cas, j'ai essayé de rencontrer tout le monde. Tous ceux avec qui on bossait et qu'il n'y avait pas de taille. Il n'y avait pas petits fournisseurs contre fournisseurs moyens. En fait, on a vraiment rencontré tout le monde. Donc, je suis allé chaque fois en binôme avec quelqu'un de l'équipe.
Et j'expliquais la situation.
Pareil, comme tout à l'heure, quand je disais suite à un échec, les entrepreneurs vivent les choses très différemment. Là, c'est pareil. En fait, j'étais très surpris. On peut avoir un fournisseur qui est plus petit, qui a perdu plus et qui peut prendre ça de façon hyper positive. En mode, OK, on a perdu, mais je comprends, c'est le jeu. Mais l'important, c'est que vous continuiez. Donc, je continue à avoir un canal de distribution. Alors que l'autre scénario, c'était quoi? C'était juste que vous arrêtiez. Donc, j'aurais perdu et ma dette et une partie de ma marque, une partie de mon... C'est un des canaux de mon distribution. Et là, ça fait 18 mois qu'on se développe. Tous ceux qui ont misé sur nous, ils voient bien qu'il vaut mieux miser sur nous. Et d'autres, ils peuvent perdre peu et ils vont être très déçus, énervés, etc. Ce qui est normal. Je leur reproche même pas que tu sois énervé parce que tu as perdu alors que tu as travaillé pour ça. Donc en fait, Mais l'avantage, c'est que 100% des personnes que j'ai rencontrées ont accepté de poursuivre avec nous, mais vraiment 100%. C'est pas 98 ou 99, 100%. Et parce que vraiment, le point, c'était transparence. Je leur ouvre mon fichier, je leur dis voilà ce qu'on est, voilà ce que ça donne, voilà pourquoi on a fait ça comme ça et qu'est-ce qu'on peut faire maintenant pour développer. En fait, c'est une autre boîte. D'ailleurs, on l'a appelée même Bloody Go Next. C'est une autre entreprise. Comment faire pour continuer à travailler ensemble.
Alors ça, c'est ce qui se passe bien, Younes. Je voudrais aussi qu'on parle de ce qui s'est peut-être un peu moins bien passé et notamment de ta première grosse erreur sur ce dossier, dans cette entreprise. Qu'est-ce que c'est? Une décision trop rapide? Un mauvais recrutement? Un sujet humain qui a mal été géré?
Erreurs, on en fait régulièrement. Grosses erreurs, franchement, sur ce dossier-là, pour l'instant, on n'a pas fait une grosse erreur. Mais ça va venir, peut-être. C'est pas exclu.
Je te le souhaite pas.
Je te le souhaite pas, mais la vie fait qu'on peut faire des grosses erreurs. Mais des erreurs au quotidien, sur des choix, etc., qu'on peut faire, franchement, ça peut arriver. Et c'est arrivé sûrement dans l'histoire de Bloody Goose, c'est qu'on avait une équipe déjà présente qui était hyper motivée par le projet. Donc, en fait, ils ont joué le jeu. Moi, ils m'ont facilité le travail. Dès jour 1, ils étaient là. De quoi tu as besoin? Machin, etc. Ils étaient là très partants, ils étaient et ils le sont toujours très positifs. Mais il y a d'autres histoires que je connais pas la mienne où les choses se sont passées différemment parce qu'il suffit d'avoir une personne qui a envie de te rendre la vie difficile et tout sera difficile quoi.
Qu'est-ce qui a été le plus dur que prévu?
Ce qui était plus dur que prévu, je pense que c'est la première fois où j'ai aussi mal dormi. Quand même. Parce que la levée de fonds dont on parlait, sur laquelle le tribunal voulait me challenger, celle-là, elle s'est terminée et c'était OK, mais c'était qu'une tranche de levée de fonds. Par contre, le montant qu'on recherchait complet, il a pris un peu plus de temps. Et sauf qu'il y avait toute une période... Tout à l'heure, tu disais oui, donc décision des tribunaux, acte de cession fait. Ben non, en fait, l'acte de cession, il arrive 2 mois plus tard. En fait, il y avait toute une phase On n'existe pas vraiment. On a des contrats qu'on a remportés, des marchés publics, mais sauf que le marché public, il nous dit, c'est vous qui êtes repreneur, il me faut un document qui prouve ça. Mais on n'a rien. La décision du tribunal, il dit juste qu'il nous informe. En fait, on n'a rien.
Donc tu pouvais pas officiellement reprendre la société, en fait.
Il y a vraiment une zone grise dans ce truc-là, c'est que tu as la décision du tribunal, l'acte de cession qui acte vraiment, qui dit le lien, qui fait le lien entre moi, Bloody Go Next, Bloody Go, le cédant, etc. Ce document-là qui acte vraiment aussi toutes les commandes à cheval entre les deux boîtes. En fait, il y a tout un truc à faire qui prend un ou deux mois après. Et sauf que toi, tu es repreneur dès le jour 1 après la dissolution de tes boîtes. Donc, il y a toute une phase où tu dois gérer, où tu ne peux pas demander à la banque de te faire une avance parce que tu ne peux même pas ouvrir un compte bancaire dans une banque classique. Donc, tu ouvres dans une banque en ligne plus simple et plus pratique à faire. Donc, tu as une phase où tu es super stressé parce que tu as les salaires à payer à la fin du mois. Tu viens de reprendre, donc ce n'est pas le moment d'avoir des difficultés. Mais sauf que T'as pas toutes les clés, en fait. J'ai pas toutes les clés. J'ai des marchés remportés, mais que je peux pas activer. J'ai levé de fonds pas finalisés, etc. J'ai que des trucs qui vont pas très bien. Et moi, j'étais habitué, ma boîte d'avant, Rutabago, c'était des abonnements. C'était des abonnements à des box à cuisiner. Donc, j'avais toutes les semaines un peu de trucs qui tombent. Donc, juste, on parle de croissance ou pas. Sauf que là, en B2B, je découvre et qu'on est sur un business où c'est montagnes russes, quoi. Donc, en fait, c'est pas un abonnement, c'est pas un SaaS, etc. Donc, tu peux théoriquement, à moi, faire zéro. En fait, si tu vends pas, tu vends pas. S'il y a personne, aucun client, tu n'achètes pas. Et donc, en fait, je suis sur un truc où t'as une part d'incertitude assez énorme pendant un début de boîte où t'as pas toutes les clés, t'es pas encore là-dessus. Et donc, en fait, t'es juste stressé.
D'où les insomnies.
Ben moi, franchement, parce que moi, je dors très, très, très bien. Et en fait, j'étais surpris. À ce moment-là, j'étais surpris. Je me disais, putain, mais pourquoi je suis réveillé? Il est genre 6h, 5h du matin. Ça m'arrive jamais. Je connais même pas. J'ai jamais vu à quoi ressemblait le ciel à cette heure-ci. Et chaque matin comme ça, chaque matin comme ça. Et ça a duré, je pense, 2 mois. Mais c'était pas— je suis pas arrivé dans une phase un peu de— c'est juste que j'ai connu pour la première fois le vrai stress. J'ai connu plusieurs fois du stress et j'aime opérer dans le stress. Mais là, c'était un stress un peu au-dessus.
Et la vie personnelle dans tout ça? Le couple, les amis, la famille?
La vie personnelle, tu n'as plus de vie personnelle ou vie tout court. C'est juste ton esprit pense qu'à ça. En fait, mon cerveau... La nuit, je rêve que de ça. Est-ce que demain, l'acte de cession sera terminé? Est-ce que je rêve que c'est fini ou que c'est pas fini? En fait, il y avait 2 mois comme ça où tu ne penses qu'à ça.
Qu'est-ce que l'échec de Rutabago t'a appris que tu n'aurais peut-être jamais appris autrement dans une success story classique si tes premières boîtes avaient cartonné? Avec le recul? Parce qu'aujourd'hui, c'est une success story. Tu disais, on a triplé les marges.
Si on voit de là, je vais rester lucide, c'est 18 mois. Donc c'est une success story jusqu'à maintenant, mais on n'a pas encore atteint notre ambition.
Oui, je comprends. L'ambition d'ailleurs, elle est où?
L'ambition, c'est d'être vraiment le champion français du mobilier circulaire. C'est de continuer à consolider, peut-être avec d'autres acteurs, d'autres concurrents pour construire un acteur vraiment solide, fort. Donc il y a vraiment une volonté de devenir un peu la référence là-dessus et on y travaille d'ailleurs. Mais pour répondre à ta question sur ce que j'ai appris, je pense qu'il y a un truc avec l'ego aussi. Parce que quand ça se passe bien, en fait, ça nourrit pas mal dans le mauvais sens un peu ton ego. Et c'est bien d'avoir des moments à terre. Ouais, c'est très très bien je trouve. Et ça fait, en vrai, ça fait du bien même parce que ça rééquilibre un peu les choses dans la tête et ça rappelle un peu que, ok, En fait, c'est ça. En fait, je pense que c'est à partir du premier échec que l'aventure entrepreneuriale commence. Avant, c'est des illusions, quoi.
On a besoin de se casser la figure.
Le premier mur, il est nécessaire. En fait, avant, c'est juste qu'on est en train d'explorer. Au départ, on est un peu dans l'ordre de la chance, etc. Et on a un premier échec. Du coup, là, on comprend les choses, on est un peu secoué. Et après, maintenant, l'histoire démarre.
Si tu devais résumer, je sais pas, peut-être que tu as une méthode maintenant à transmettre à nos auditeurs qui sont forcément intéressés par la cession et la reprise d'entreprise, une méthode pour trouver la bonne boîte en difficulté. Qu'est-ce qui t'a fait dire, quand tu as vu ce dossier qui t'a été envoyé par ton copain à 22 heures en pleine semaine, que celui-là, ce dossier-là, malgré la boîte en difficulté, en fait, cette boîte-là, elle a du potentiel et en fait, je vais pouvoir la reprendre et la redresser On ne peut pas l'avoir très, très vite.
Il faut vraiment analyser quand même. Il ne faut pas se dire qu'il n'y a que l'intuition qui démarre. Nous, on a décidé vite pour sentir un peu les premiers éléments. En effet, c'est déjà de savoir est-ce qu'on arrive à identifier de façon très nette ce qui a mis la boîte en difficulté. Parce qu'en fait, si on pense juste qu'on va mieux faire que l'ancienne boîte, bah non, tu vas pas mieux faire. Trop d'incertitudes peut-être, mais on est en train de spéculer encore. Par contre, s'il y a un truc très factuel qui dit OK, la boîte s'est retrouvée en difficulté, nous dans ce cas-là par exemple, OK, elle avait des stocks, l'activité hors stock ça se développe, le marché il est là. Par contre, ils avaient une part de leur business model qui est basée sur de l'achat stockage, du mobilier, peut-être qu'on arrive à le vendre ou pas. Et on voit clairement que c'est ça qui cause les difficultés de trésorerie, etc. Donc ça, on peut le virer. En fait, si on n'identifie pas, en fait, c'est comme je dirais, je sais pas, j'ai pas fait médecine, mais le gros du travail du médecin, c'est le diagnostic. En fait, c'est pas juste je balance plein de médicaments ou bien OK, tu as l'air d'aller mal.
Une fois que le diagnostic est posé, c'est plus facile en fait, c'est ça.
Une fois qu'on sait exactement la source du mal, Si tu sais pas la source du mal, ça sert à rien de mettre le mec en chimio, quoi.
Qu'est-ce qui est le plus difficile aussi sur le sujet du financement? Parce qu'on nous pose régulièrement la question à la suite des épisodes. Est-ce que tu as failli te planter vis-à-vis du financement dans cette reprise d'entreprise? Ou quelle est la chose, en tout cas, la plus dangereuse, peut-être, qu'un repreneur sous-estime dans le cadre d'une reprise d'entreprise?
Le financement, c'est clair. Les gens ne connaissent pas, ils ne savent pas, ils n'aiment pas financer des reprises comme ça. Les banques, déjà, C'est no quoi, c'est no go parce que ça leur fait peur. Oui, ça leur fait peur et ils veulent attendre que ça aille bien. Mais du coup, ça aille bien, c'est normal. Quand tu vas bien, c'est facile à être financé. J'ai pas besoin de... En fait, tout le monde est méfiant et même les fonds d'investissement, etc. Tout le monde nous trouve bien. En fait, banques et fonds, tout le monde trouve ça top. Mais on rentre dans aucune case dans leur Excel. Ce qui fait que...
Comment on les convainc alors, les banques?
Bah en fait, si ça vient pas, on peut pas les convaincre. En fait, c'est juste qu'on essaie, nous par exemple, on essaie beaucoup d'appuyer sur des investisseurs particuliers, des business angels, parce qu'eux, au moins les business angels, ils peuvent comprendre et ils ont pas de thèse d'investissement, de critères, d'Excel dans lequel tu rentres ou pas. Si c'est logique, si ça tient, si c'est bon, ils peuvent suivre. Donc on a eu aussi Make Sense, qui est un des fonds qui nous a suivis, mais pareil, parce qu'il venait de lancer un véhicule un peu sur la, en tout cas, il lançait une conviction autour de la reprise. Donc ça commence, en fait, on a quelques fonds maintenant qui commencent à s'intéresser à la reprise.
Ça va mieux maintenant qu'il y a quelques années?
Mais c'est hyper naissant. C'est vraiment hyper naissant. Donc on commence à réaliser. Mais sur papier, tout le monde, parce que tout le monde comprend la logique et tout le monde, quand il voit la chose, dit bah oui, une boîte sans dette, des entrepreneurs déjà expérimentés, un business model déjà éprouvé. En fait, il y a plein de choses positives. En plus, on les voit 3 ou 4 mois plus tard, donc ils voient qu'on a démarré bien ces 3-4 premiers mois, donc il y a plein de choses qui sont promettantes, mais c'est juste qu'ils disent, bah en fait, sauf que je sais pas quel véhicule je dois utiliser pour investir là-dedans. Et ça, on peut pas, en tout cas, je peux pas faire grand-chose, c'est plus des prises de conscience au niveau des fonds, etc., de lancer ça. Mais clairement, je pense que les seuls qu'on a réussi à convaincre, et on le voit, c'est les gens qui sont maîtres de leur argent, on va dire.
Mais ça nous ramène à l'accompagnement. Qui sont les personnes que tu dois avoir obligatoirement autour de la table quand tu reprends une entreprise? Tu me parlais tout à l'heure des avocats spécialisés, évidemment. Il faut bien sûr, de ce que je comprends aussi, des investisseurs quels qu'ils soient, que ce soit des banques ou des BA ou d'autres privés. Est-ce que tu as été accompagnée, vous avez été accompagnés avec Cédric par d'autres corps de métier, par d'autres personnes, par d'autres experts?
Pas spécialement pour la reprise. En fait, on s'appuyait, le cas de Cédric et moi, c'est qu'on avait déjà connu l'entrepreneuriat avant. On a connu le repreneuriat avant, ce qui fait qu'on déployait ce qu'on savait faire. Mais on ne sait pas tout, etc. Mais après, c'est vraiment, je pense que c'est beaucoup de peer coaching avec d'autres entrepreneurs, repreneurs. Il n'y a pas beaucoup de repreneurs en vrai, en tout cas, il n'y a pas une vraie communauté de repreneurs. En tout cas, perso, je n'en connais pas spécialement. Mais il faut, je pense que c'est vraiment l'échange parce que c'est pas des choses qu'on apprend à l'école ou même les fonds d'investissement sont pas forcément dimensionnés ou équipés pour accompagner ça parce que pendant longtemps, l'entrepreneuriat est égal à l'entrepreneuriat de créer from scratch, quoi, de zéro, etc.
Créer sa startup.
C'est ça. Reprendre des boîtes, je pense que la meilleure choses à faire, c'est déjà d'être accompagné par un avocat, forcément. Avoir des investisseurs, etc., mais plus chez les BA, c'est les plus à même à comprendre ça, ou bien des fonds qui commencent à s'intéresser à ça. Et surtout, juste discuter avec, écouter des podcasts comme le tien.
C'est sympa.
C'est vraiment ça, en fait. C'est vraiment écouter les expériences, le max d'expériences. Et c'est moi, régulièrement, j'ai toutes les, je sais pas, toutes les 2-3 semaines, une demande d'un gars qui soit dans sa boîte est en difficulté, soit il veut reprendre une boîte en difficulté, qui me dit est-ce qu'on peut prendre un déj, etc. Et moi, je dis toujours oui. Je dis OK, en fait, voilà où je bosse. Si tu es prêt à venir dans le coin et qu'on déjeune ensemble, avec plaisir et de partager ce que je peux partager. Et ça passe par là. C'est vraiment d'échanger le max. C'est vraiment la communauté d'entrepreneurs et repreneurs qui peut apporter le plus. Et je trouve que l'entrepreneuriat, il est un peu, alors qu'il a une image un peu moins sexy, qu'entrepreneuriat.
On essaye de changer ça.
Et ben du coup, ouais, bah merci. Et je trouve qu'il y a un côté un peu beaucoup plus excitant dans la chose. Et le côté aussi satisfaisant de redresser quelque chose qui allait mal. C'est certes, je reprends un peu l'exemple du médecin où je trouve que si on demande à un médecin ce qu'il aime dans son métier, c'est effectivement de partir d'un patient malade, de le guérir. Donc bon, on ne fait pas quelque chose d'aussi noble que ce que fait un médecin. Tu sauves des emplois aussi.
Ça sauve des vies. Quelque part, un autre endroit.
Il y a une part, ouais. Il y a un peu cette part de guérir une personne morale finalement à la place d'une personne physique.
Est-ce qu'il y a une actualité, un projet, un recrutement que t'as envie de mettre en avant aujourd'hui dans le podcast?
Bah aujourd'hui avec Bloody Go, on est, on voit qu'il y a un vrai changement depuis le début d'année. Dans c'est la première fois où on a toutes les entreprises qui commencent à s'intéresser vraiment à de la seconde main. Dans les bureaux. On voit la demande augmenter fortement, etc. Mais plus par curiosité que par un passage à l'action. Donc les entreprises commencent à s'y intéresser et moi, j'ai juste envie de dire, continuez à être curieux, contactez-nous, on peut vous montrer. On a accompagné plein d'acteurs, que ce soit dans le public, de la présidence de la République, en passant par la préfecture de Paris, la métropole de Toulouse, le ministère de la Justice, dans le privé, on travaille avec Engie, Décathlon, SNCF, comme des startups, Content Square, on travaille vraiment avec tout le monde et avec tout le monde, tout le monde est satisfait de dire OK, on a passé le cap et ils arrivent à avoir des beaux projets d'aménagement, 30 à 50% moins cher. Et en plus, là, c'est un peu le terme à la mode chez le gouvernement, etc., le remade in France. Donc, en fait, c'est une autre façon de faire du made in France parce que...
Avec un impact écologique aussi.
Impact écologique. En fait, on coche toutes les cases. Bien sûr. Donc, en fait, mais sauf que c'est encore acheter de la seconde main pour des bureaux dans les entreprises. Il y a encore un frein psychologique parce que juste les gens ne le savent pas. Donc, moi, j'ai envie de dire, l'actualité que j'ai, j'ai pas une actualité en particulier. C'est juste pour dire, l'actualité, c'est plein de références, plein de beaux projets qu'on est prêts à vous montrer et de vous dire, venez nous voir et on vous montrera ce qu'on sait faire avec d'assurance.
Younes, ce sera ma dernière question. Est-ce qu'il y a un repreneur ou une repreneuse que tu aimerais entendre dans ce podcast?
Je ne dirais pas de nom, mais je suis curieux d'écouter une histoire un peu plus ancienne d'entrepreneuriat, un peu plus classique, pour voir un peu, parce qu'on connaît tous, parce qu'il y a maintenant une petite communauté de repreneurs, de nouveaux repreneurs, donc on est dans nos premières années. Et j'aimerais bien voir quelqu'un qui a maintenant 20 ans plus tard.
Eh ben, tu sais quoi, on va aller chercher. D'ailleurs, si c'est votre histoire, n'hésitez pas à nous écrire. Vous savez, bien sûr, sur les réseaux sociaux, soit m'écrire directement, soit nous écrire sur les pages du compte de Vivement la Reprise. Et puis, bien sûr, c'est vrai que c'est une super histoire. Et pour l'instant, jusqu'à aujourd'hui, en tout cas, nous n'avons pas entendu une repreneure qui a repris une boîte il y a, ouais, c'est ça, plus de 10 ans, plus de 20 ans pour un partage d'expérience qui, j'imagine, doit être très riche par ailleurs. Donc on va aller chercher ça. Merci infiniment. Et si c'est votre histoire, vous répondrez de fait à l'appel de Younes. Merci infiniment, Younes, d'avoir été parmi nous aujourd'hui.
Merci à toi.
J'étais ravie de te recevoir. Merci pour cette très belle histoire aussi, pleine d'ambition, pleine de courage aussi, parce qu'il en faut pour reprendre une entreprise en difficulté, accepter de ne plus dormir, sacrifier une partie de sa vie personnelle et familiale. Et en même temps, tu as réussi à créer là aussi de la valeur et c'est important. Et on voit aussi, on ressent à quel point c'est essentiel. Pour toi. Merci infiniment. Vous, chers auditeurs, merci de nous avoir suivis jusque-là. Merci aussi d'être de plus en plus nombreux, vraiment on est très touchés. Là aussi, si vous, vous avez une actualité, vous aimeriez aussi que nous recevions comme Younes un repreneur ou une repreneuse en particulier, ou que nous parlions d'un sujet en particulier, n'hésitez pas à nous en faire part sur mes réseaux sociaux ou sur ceux de Vivement la Reprise. Et puis n'hésitez pas, si vous avez apprécié cet épisode, à lui mettre 5 étoiles sur vos plateformes préférées d'épisodes. Merci infiniment, ciao!
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