152- "Tomber est humain, se relever est divin". Entretien avec Stéphane Haskell, auteur et realisateur du film "Debout"
8 Jan 2024 · 51 min
In this 90‑minute French‑language podcast, host Mélanie Berthaud (psychoanalyst, yoga and meditation teacher) interviews filmmaker and author Stéphane Haskell about his documentary Debout (2019) and his lifelong relationship with yoga. Stéphane recounts a severe spinal injury (cauda‑equina syndrome) that left him unable to walk, the desperate search for relief, and how a charismatic teacher introduced him to yoga, leading to a three‑year intensive training that restored his mobility and reshaped his worldview. He explains how Debout evolved from a collection of stories about people emerging from extreme suffering (prisoners, the seriously ill) into a personal narrative that he felt compelled to include, describing his subjects as “passeurs” – mentors who guide transformation. The conversation expands to the therapeutic value of yoga in prisons, schools, and for children, with Mélanie sharing her own 25‑year practice, teaching experience in French and British schools, and observations of rising anxiety and insomnia among young students. Both discuss institutional resistance (administrative bans, cultural skepticism) and the need to present yoga as a non‑commercial, accessible practice for all ages and abilities, including wheelchair users. Stéphane outlines his broader outreach: the book Respire (personal story), Yoga au fil des jours (108 postures with guiding quotes), Écoute (sound and mantra work), and Dans les yeux d’Elektra (tribute to his rescue dog). They touch on anecdotal evidence of yoga’s anti‑aging effects, scientific observations of denser bone structure in practitioners, and the desire to expand screenings and workshops in Mexico, prisons, and schools. The episode ends with plans for future collaborations, subtitling the film, and mutual appreciation of yoga’s capacity to turn suffering into resilience.
Chapters
Tomber est humain, se relever est divin. Debout de Stéphane Askel est un film qui date de 2019 et par un concours de circonstances, pendant un moment de vacances, il m'est donné de tomber sur Debout. Or, je ne crois pas du tout au hasard, alors je prête une oreille attentive à ce qui se passe et le film, accompagné par la voix puissante et douce de Stéphane Askel, m'emporte. Il montre comment le yoga permet de restructurer le mental, comment la douleur joue un rôle précis dans notre existence. Il présente la résilience qui est le cadeau que la pratique du yoga offre à qui le pratique. Le yoga nous apprend à soigner ce qui ne doit être enduré et à endurer ce qui ne peut être soigné, comme l'a affirmé B.K.S. Iyengar. Stéphane Askel partage son cheminement propre durant lequel il retrouve la mobilité de son corps ainsi que le goût pour la vie dans son film Debout sur le thème du yoga. Accompagner Stéphane Askel durant 90 minutes, c'est comme revivre mon propre cheminement sur de très nombreux points et je suis touchée. Ayant pratiqué tous les sports depuis très jeune, j'ai découvert le yoga de manière improbable à Mexico il y a 25 ans. En 1999, une amie, Maïna, m'a dit, je vais t'emmener dans un cours de quelque chose que tu n'as jamais fait. J'étais sceptique, croyant avoir tout pratiqué ou presque. C'est la pratique du yoga qui m'a patiemment menée vers la pratique de la méditation silencieuse, qui est le cœur de toute pratique, en 2013, près de 15 ans après avoir commencé le yoga asana. Stéphane Askel situe rigoureusement le travail immensément courageux que nous a légué B.K.S. Iyengar, et notamment son texte L'Arbre du yoga, qui représente pour moi un livre indispensable à lire et à relire chaque année, ce que je m'astreins à faire. Et je confirme cette pensée qui m'accompagne depuis longtemps: on ne peut bien parler du yoga ou de la méditation que lorsqu'on sait pourquoi ces pratiques nous ont sauvé la vie. La quête de Stéphane le mène vers l'Afrique et lui offre une rencontre avec la fondatrice de l'organisation African Yoga Project, ainsi que dans plusieurs prisons. Ce moment du film me rappelle le jour où je suis intervenue dans la plus grande prison du Mexique, El Reclusorio Oriente. En 2019. J'étais accompagnée par la merveilleuse Anne Moxie, professeure de yoga et fondatrice de Parinama, qui expliquait les postures que je faisais, que je réalisais, ainsi que par le musicien magicien Eli Ho. Mais j'étais seule sur un tapis de yoga devant plus de 300 prisonniers hommes assis devant moi dans un amphithéâtre. Et moi, au milieu de la scène, je m'observais en train de faire chaque asana, chaque posture, guidée par la voix de Anne. Qui expliquait les bienfaits de chacune. Je n'ai jamais reçu autant de marques de reconnaissance de ma vie que ce jour-là où les prisonniers faisaient la queue à la fin du cours pour me remercier personnellement, les yeux embués d'émotion et de gratitude. Il y avait des couleurs lumineuses à porter et d'autres à ne pas porter: le gris, le marron. Tout cela faisait partie du protocole et la photographie prise à la sortie montre Anne Élie et moi, le sourire ancré sur les visages, l'amour irradiant tout notre être. Dans la voiture nous menant vers la prison, Anne nous a obligés à nous changer. Un moment inoubliable que de se changer dans la voiture. Élie porte une sorte de sarouel rouge, presque une jupe, un haut violet. Je porte un haut violet un petit peu moins foncé que le sien, un pantalon de yoga large qui ressemble aussi à un sarouel. Et au milieu, Anne, toute de bleu foncé vêtue, une bouteille à la main, un grand sourire aussi, se tient. On ne peut bien parler du yoga et de la méditation que lorsqu'on sait pourquoi ces pratiques nous ont sauvé la vie. Effectivement, c'est bien la raison pour laquelle Stéphane Askel enregistre les mots si puissants prononcés par Iyengar lors de l'entretien qu'il a la chance de lui faire dans son film Tous les enfants devraient faire du yoga. Voilà ce que dit À Yangar. Effectivement, tous les enfants devraient avoir la chance de faire du yoga. Tous les enfants devraient avoir le yoga à leur portée, comme une pratique disponible. Comme le disait mon ami psychanalyste et peintre Jean Thibault Foulthier dans un entretien que nous avons eu ce week-end passé, effectivement, il me disait le yoga Pas forcé, jamais forcé, mais comme quelque chose, comme une pratique est disponible. Lui, il l'a fait exactement de la même façon avec des enfants pour le tai-chi dont il est maître, qu'il enseigne. Et il me disait, je me permets de partager, Jean Thibault, il me disait, je les prenais à la sortie de l'école, on faisait un goûter, on faisait un peu de tai-chi ou on n'en faisait pas, ceux qui ne voulaient pas. Et voilà, les enfants ont pu recevoir cet enseignement précieux. En parallèle de mon activité de psychanalyste et de celle de professeur de yoga, j'ai été enseignante de maternelle et de primaire dans une école française assez longtemps, entre 2009 et 2021. Durant toutes ces années, j'ai enseigné le yoga et la méditation comme j'ai pu, convaincue de l'importance de cette pratique pour devenir un être humain heureux sachant habiter son corps. Finalement, heureux et sachant habiter son corps, c'est un peu la même chose. Au début, en 2009, un directeur d'école m'avait demandé de ne pas présenter la méditation comme telle et de dire plutôt qu'il s'agissait de relaxation, car cela passerait mieux, ça faisait moins secte. Ensuite, plus tard, dans un autre établissement, on m'a demandé de ne pas trop faire de bruit avec cette pratique. On a même empêché un membre de la direction de pratiquer le yoga avec les professeurs qui souhaitent introduire un peu de douceur dans leur quotidien après les cours. Et c'était l'administration qui était la plus en faveur. De la pratique du yoga et le corps enseignant, la direction du corps enseignant ne l'était pas. Aujourd'hui, je suis responsable du yoga et de la méditation dans une école britannique à tous les niveaux, de la maternelle au primaire, en passant par les familles des enfants étudiant dans cette école, pour certains cours de yoga et pour d'autres ateliers concernant des thèmes comme la communication non violente ou l'autocompassion. Et je confirme ce que j'avais découvert lorsque j'étais partie étudier au Royaume-Uni, mon premier master à l'âge de 21 ans. Les systèmes éducatifs ne se ressemblent pas en fonction des cultures et le système britannique en l'occurrence apporte moins de poids au verbe avoir qu'au verbe être. Il ne s'agit pas d'accumuler des connaissances et de les régurgiter après si les contenants ne sont pas alignés. Ici, on a compris l'enjeu au-delà des croyances et des préjugés. Et dans l'entretien que j'ai avec Stéphane Nasquel, on en parle justement. On parle de l'importance de la possibilité d'offrir le yoga aux enfants, de ce qui est en jeu pour les enfants d'aujourd'hui, en 2024, et de réussir à dépasser les préjugés. Il parle des scuds qu'il a pris et je parle aussi des miens. Les premiers à savoir que le yoga change la vie sont les élèves. Ils en parlent assez vite dès qu'ils ressentent un bien-être, une autre présence à eux-mêmes et à elles-mêmes, simplement la joie de vivre. J'avais d'ailleurs enregistré un épisode du podcast Just in Time qui dédiait d'ailleurs, qui a dédié toute une série au yoga, à la méditation. Et j'ai enregistré avec des pratiquants de collège ce qu'ils disaient sur leur pratique à la fin de l'année. Et c'est merveilleux. Il y a un élève qui dit d'ailleurs, hablo con mi cuerpo y eso es increíble. Je parle avec mon corps et c'est quelque chose d'incroyable. C'est l'épisode 150 qui est en espagnol pour cet épisode puisque l'enseignement se fait dans une école au Mexique. Cela ne signifie pas bien sûr que toutes les résistances aient sauté. Les professeurs eux-mêmes et les professeures elles-mêmes sont engoncés dans des habits qui ne leur vont plus et malheureux dans leur vie et leur établissement où chaque année on leur ajoute des élèves, des responsabilités, et d'autres délicieux détails ont tendance à rejeter les pratiques qui redonnent le sourire. Mais l'espoir est là, c'est la raison pour laquelle chaque semaine j'y retourne, poussée par la conviction. Iyengar disait, tous les enfants devraient faire du yoga afin qu'ils puissent comprendre leur corps et leur esprit. Je répète sans cesse que je ne pratique pas et n'enseigne pas le yoga cosmétique, ce n'est pas une boutade. Il est essentiel pour moi effectivement de réussir à montrer la dimension thérapeutique de la pratique. C'est pour cela que le yoga est une pratique pour tous et pour toutes. Et Stéphane le dit d'ailleurs dans l'entretien que vous allez écouter, il le dit, on peut pratiquer le yoga dans un fauteuil roulant. Il suffit d'avoir un corps effectivement et le désir de le transformer en le temple de l'âme, en un temple de l'âme. Stéphane Askel a vécu des moments de désespoir profond qui d'ailleurs sont ces moments, ce sont ces moments qui l'ont mené vers cette recherche. Pourtant, il était plus que sceptique, il le dit d'ailleurs, vous allez entendre sa voix qui le dit. Il a le courage d'ailleurs d'en parler dans son film, de dépasser cette pudeur qui nous empêche souvent de partager des choses importantes. Et personnellement, je comprends ce qu'il a traversé car je goûte chaque jour les bienfaits de cette pratique qui transforme tous les rapports que nous avons avec la vie. Son film me touche, je décide de le contacter personnellement. En plus, sa chienne Elektra, qui apparaît dans le film et qu'on peut voir ici, est le début— est le début, non, est la copie qu'on peut voir au début, est la copie de ma chienne adoptée l'an dernier. Je l'ai retrouvée attachée sous la pluie à un poteau, une chaîne autour du cou, très malmenée. Elle est restée un mois chez le vétérinaire et je l'ai appelée Alice parce qu'à l'époque je donnais un séminaire, l'année dernière, sur un livre d'Alice Miller. Et c'est très touchant de voir comment Stéphane raconte quel a été le cheminement de sa chienne Elektra, qui a été, on le dit, une passeuse. Stéphane emploie plusieurs fois le mot passeur et vous verrez que ce n'est pas une notion seconde. Il me répond immédiatement. Voilà Stéphane, très simple, qui m'a répondu tout de suite, qui n'a pas attendu, qui n'a pas cherché à savoir qui j'étais. Il m'a répondu tout simplement et je lui ai proposé de nous parler. Je tiens à dire qu'il n'y a eu aucune préparation de cet entretien. Je ne lui ai pas expliqué en Dans l'entretien, quelles ont été les raisons qui m'ont poussée à choisir la voie du yoga à la place des médicaments? Mais c'était dit dans le texte que j'ai écrit dans le blog Just In Time. C'est une sorte de choix qui est un choix de choisir une voie méditative à la place des médicaments. Il en parle aussi d'ailleurs quand il parle des antidépresseurs pour me soigner lorsque la vie m'a invitée à choisir un chemin et à en laisser un autre derrière moi. Et c'est aussi ce que lui dit d'ailleurs son enseignante Teresa lorsqu'elle parle de la pratique régénératrice du yoga, de la méditation, sans oublier que le yoga ne protège pas de tout, bien évidemment. Nous sommes tous des êtres vivants ayant une expérience spirituelle qui requiert un bouquet contrastant de joie et de souffrance. Et donc, ce fut aujourd'hui l'occasion d'un entretien très agréable d'une trentaine de minutes avec Stéphane Askel. Grâce aux nouvelles technologies. Et ces nouvelles technologies, dans ce cadre précis, je les célèbre, car il aurait été impossible d'avoir cette conversation, mis à part le téléphone qui aurait été bien sûr un moyen, mais on n'aurait pas pu enregistrer cette conversation. Et depuis cet entretien, de cet entretien surgissent d'autres germes, comme par exemple la possibilité de recevoir Stéphane Askel ici au Mexique, et d'aller dans une prison pour montrer son film et de répéter peut-être l'expérience de 2019. Voilà une jolie connexion que ce film qui m'est parvenu un soir de décembre 2023 m'a offert, nous a offert. Je ressens beaucoup de gratitude et beaucoup d'inspiration, car ce chemin parfois est très solitaire, non seulement en tant que professeur de yoga, aussi en tant que psychanalyste, un chemin très solitaire. Et lorsqu'on rencontre un être qui comprend les choses que l'on a vécues, l'on ressent une énergie sublime, comme cette énergie qui monte lorsqu'on rentre dans la pratique du yoga. Merci beaucoup Stéphane. Voici l'entretien dans son intégralité. Bonjour, bonsoir. Le podcast Just in Time a été créé en 2020. On arrive aux quatre années. J'ai voulu pendant la pandémie réaliser un petit tour de magie et d'inviter d'autres personnes venant de différents horizons me faisait plaisir. Donc je sortais, on s'enregistrait, on parlait, et au fur et à mesure, c'est devenu le podcast Just In Time. Je m'appelle Mélanie Berthaud, je suis psychanalyste, professeure de yoga et méditation, enseignante, hypnothérapeute. Au Mexique et je suis ravie aujourd'hui d'accueillir un nouvel épisode du podcast Just In Time. Merci beaucoup pour l'écoute. Merci pour tout le soutien depuis 4 ans.
Bonsoir Stéphane, c'est bonsoir pour vous.
Ici c'est nuit noire là.
Oui, c'est ça. Quand je vous proposais d'aller vous promener, oui, c'est pas du tout attrayant en fait.
Pas loin de la plage là, donc ça aurait pu être sympa, mais alors là c'est nuit noire.
Oui, d'accord. Bon, ici il fait pas encore trop froid, donc on est à Mexico.
Je devais y aller d'ailleurs, c'est fin janvier, c'est drôle.
Ah bon?
Ouais, j'ai des amis qui sont sur la côte Pacifique et je devais peut-être aller les voir et là je peux pas y aller. Je devais partir fin janvier et y passer 15 jours.
Peut-être bientôt alors, c'est peut-être repoussé ou c'est annulé?
Là c'est annulé, mais je pense qu'à un moment ou un autre je passerai par Mexico et j'irai les voir.
D'accord, voilà, donc c'est un premier entretien grâce aux technologies, aux nouvelles technologies. Ça me fait très plaisir de parler avec vous parce qu'en fait j'ai été complètement emportée par le documentaire, votre film Debout. Que j'ai découvert vraiment par hasard. Comme je vous dis, je ne crois pas au hasard. J'ai été très touchée et je vous ai écrit tout de suite. Ça a été extrêmement spontané, j'ai pas du tout attendu. D'abord, je me suis dit, bon, est-ce qu'il est sur les réseaux sociaux? Je vous ai trouvé.
J'ai encore du mal, mais en fait, ce qui s'est passé, c'est qu'avec le film, puis le livre, puis les autres livres, oui, donc on a été un peu obligé de communiquer sur les réseaux, donc je le fais à minima.
Voilà. Oui, oui. Alors merci, merci pour le temps que vous prenez pour qu'on se parle. Vous avez déjà lu l'article que j'ai écrit à brûle-pourpoint juste après avoir fini Debout. Alors je tiens à vous dire que je suis debout actuellement, je travaille debout.
D'accord.
Et ce n'est pas un hasard non plus. Je travaille debout depuis, en fait, pendant la pandémie, je me suis rendu compte que rester assise aussi longtemps, c'était pas possible pour moi. Ayant été enseignante pendant très longtemps et puis professeure de yoga. Donc je me suis mise debout, j'ai inventé une sorte de dispositif. Et après, j'ai lu le livre de Marie-Pierre Lilinsäger, je sais pas si vous la connaissez, qui s'appelle Debout.
D'accord.
Et donc Marie-Pierre, qui d'ailleurs, avec laquelle je me suis entretenue dans le cadre d'un podcast, je vous l'enverrai si vous voulez, dit justement, elle préconise la position debout pour travailler. Et c'est donc, je me suis acheté, je vais vous montrer ce bureau-là qui est un bureau qui monte et qui descend.
Voilà, d'accord.
Oui, c'est une petite merveille parce que voilà, je l'ajuste à ma hauteur.
Moi j'aime bien, il y a aussi une espèce de siège où on met les genoux en avant, comme ça on a le dos comme ça, qui est pas mal, qu'on a à la prod où je vais bosser de temps en temps. C'est pas mal ça aussi.
Comme un siège de méditation, un petit peu?
Un peu, oui, c'est ça, mais surélevé. Donc on a les jambes, les genoux, les genoux posés sur des trucs surélevés et les fesses sur un petit dossier.
D'accord, très bien. Stéphane, on entend bien? Parce que j'ai un joli micro là. Est-ce qu'on entend bien ma voix?
On entend très bien. Oui, très bien.
Bon, alors en fait, au départ, le podcast, c'est une conversation très, très spontanée, comme tout le reste. Où on marche, on échange ce qu'on a envie d'échanger ensemble. Moi, ce qui m'intéressait, bon déjà, c'est de parler de votre processus du film. Vous dites quand même beaucoup de choses déjà dans le film, vous partagez, vous êtes très généreux dans ce que vous dites. Et j'aimerais savoir où vous en êtes depuis ce— déjà pour faire une sorte de rétro, un regard en rétro d'aujourd'hui vers l'arrière. Où est-ce que vous en êtes depuis ce film? Est-ce que ce film a changé quelque chose dans votre vie, ce désir de partager? Ce qui vous était arrivé et votre expérience du yoga?
Ah oui, parce qu'en fait ce qui est amusant c'est qu'au départ quand j'ai fait cette promesse à cette professeure de yoga que j'ai rencontrée, qui m'a aidé à remarcher et à découvrir le yoga, quand je lui ai fait la promesse à la fin du cycle de 3 ans qu'elle m'avait demandé de suivre, voilà, je lui ai dit écoute, voilà, si je reprends mon métier, si je peux marcher, Je te promets, je vais faire un film sur le yoga. Donc en fait, je savais pas ce que j'allais faire à l'époque. J'avais pas travaillé depuis un moment, je savais pas ce que j'allais faire sur le yoga. Tout ce que je savais, c'est que je voulais pas faire un film sur les origines du yoga, sur la philosophie du yoga. Je voulais pas faire un truc où voilà, le yoga vient d'ici, vient de là. Je voulais éviter aussi un peu les clichés, les ashrams, mettre des mots que les gens qui font un peu peur, genre chakra, genre machin, etc. Il fallait que ce soit un film à niveau humain. Voilà. Et donc en fait, ce qui est amusant, c'est qu'au départ, j'ai commencé à tourner le film et c'était sur des gens, voilà, qui s'étaient sortis vraiment de situations terribles, que ce soit des incarcérations physiques, prison, maladie, etc. Et un jour, je revenais avec mes images et un jour, un des producteurs me dit, c'est très bien, c'est très beau, Mais il n'y a pas d'histoire, il n'y a pas de squelette, il n'y a pas de fil narratif. Et je réfléchissais, je lui dis, je sais pas comment on peut faire, je vais réécrire. Elle me dit, non, non, non, faut que tu mettes ton histoire. Parce que j'avais pas mis mon histoire au départ, par pudeur, par plein de choses. Puis j'étais plus confortable derrière la caméra. Et donc voilà, j'ai commencé à remettre mon histoire. Et en fait, entre mettant mon histoire dans le film et rencontrant des gens absolument, ce que j'appelle des passeurs, Ça a été mes gourous, voilà, je pense que ça a été mes professeurs autant que les professeurs qui m'ont tout enseigné, c'est-à-dire que rencontrer un prisonnier derrière les barreaux qui va être exécuté et qui me dit voilà grâce au yoga je vais mourir mais je vais mourir en homme libre, c'était une leçon pour moi et donc ce film a continué à accompagner ma guérison. Et puis surtout je voulais rencontrer ces gens que j'appelle des passeurs et c'est ce que m'avait demandé ma professeure. Elle m'avait dit si tu pratiques et que tu veux continuer à pratiquer le yoga, il faut que tu fasses 2 choses. D'abord tu pratiques tout le temps, tous les jours et que tu le transmettes. Et comme moi j'ai pas la vocation d'être prof, je me suis dit je vais faire un film, ça sera ma manière de transmettre. Et ce film a fait entièrement partie de mon chemin de guérison.
Complètement.
Oui, je comprends.
D'ailleurs, les personnes qui voient ce film, qui regardent ce film, on a lu mon article et après on m'a dit justement je suis allé regarder ce film et tout le monde répond la même chose, c'est-à-dire j'ai envie d'en faire, ça me donne envie d'en faire.
Oui, c'est drôle parce que je dis toujours, j'ai beaucoup accompagné le film en Europe puisqu'il est sorti dans 8 pays Et je sais toujours, je disais, moi je vous vends pas le yoga parce que je suis pas prof, j'ai pas des tapis à vendre de yoga, j'ai pas des cours de yoga à vendre, mais cette pratique m'a tellement bluffé. En fait, j'ai fait ce film pour moi quand j'y connaissais rien du tout au yoga et que ça m'intéressait pas. Voilà. Et je me suis dit, s'il faut faire avec le cœur, parler au cœur des gens. Et beaucoup, beaucoup de personnes, à travers les avant-premières que j'ai faites, les projections, les débats les conférences m'ont dit merci parce qu'on s'est mis au yoga. Et beaucoup de gens qui avaient des problèmes de dos ou d'autres, des dépressions ou autres, voilà, m'ont dit on s'est mis au yoga. Et ça a même, et là c'est là où je trouve que je suis vraiment, ça m'a vraiment rempli de plein de choses parce que beaucoup de gens m'ont écrit et m'ont dit grâce à vous, voilà, on a trouvé notre voie et on a envie d'enseigner le yoga. Parce qu'il fallait sortir des clichés qu'on nous bassine en disant le yoga c'est un truc de bobo, c'est un truc à la mode, c'est machin. Ça l'est parce que nous en tant qu'on se l'est accaparé et qu'on en a fait un instrument commercial. Mais la pratique telle quelle elle existe depuis des siècles et j'allais dire elle s'en fout la pratique. C'est le yoga. Donc vous en faites ce que vous voulez, ça n'a aucune importance. Mais moi je me suis pris des scuds, je me suis pris des trucs pas marrants, on m'a beaucoup critiqué parce qu'il me dit, vous faites une espèce d'apologie béate du yoga. Je dis, oui, mais si vous savez, si ça aide des êtres qui sont incarcérés, des enfants qui souffrent, qui sont très violents, qui ont des dépressions, si ça les aide à sortir de ces états-là, à la Mercedes quoi. C'est vraiment une pratique qu'il faut pouvoir transmettre, donner aux enfants, donner aux gens qui vont mal et comprendre qu'on peut faire du yoga en fauteuil roulant.
Absolument, et sur une chaise jusqu'à 99 ans, bien sûr. Alors justement, vous êtes bien placé pour le faire parce que vous avez vous-même vécu une transformation et une, on peut dire, une salvation à travers, grâce au yoga. Pour celles et ceux qui n'ont pas, et d'ailleurs bon, je pourrais vous parler de mon cas aussi, pour celles et ceux qui n'ont pas encore vu Debout, est-ce que vous pouvez nous rappeler, Stéphane, comment est-ce que le yoga est est arrivé? Bon, d'abord peut-être ce qui vous est arrivé avant, si vous avez envie de revenir vers ce moment-là, et comment le yoga est apparu dans votre vie?
Pour vous faire rapide l'histoire, oui, moi j'ai eu donc une opération il y a presque 10 ans maintenant qu'on appelle un syndrome de la queue de cheval, c'est une hernie discale paralysante pour faire simple. Je suis opéré en urgence, je me réveille, on me dit on sait pas si vous allez remarcher. Voilà, après il y a un parcours du combattant, rééducation, toutes les choses classiques et bombardé, mais alors bombardé de médocs, codéine, morphine, enfin toutes les saloperies qui existent. Et un jour, et je raconte souvent cette anecdote parce qu'elle est étonnante, et un jour j'en pouvais plus. Et pour là, je crois sincèrement la première fois de ma vie, je me suis mis à prier et j'ai demandé de l'aide. Et c'est drôle parce que l'aide, elle vient toujours de là où vous l'attendez pas. Et ma cousine américaine passe à Paris, déboule. J'étais vraiment sur un lit allongé, j'étais retourné chez ma mère. Enfin bon bref, c'était vraiment la cata. Et elle me dit, j'ai quelqu'un à te présenter. Elle me présente cette femme très charismatique qui s'appelle Thérèse, qui est moitié norvégienne, non suédoise, et moitié américaine. Et bref, on parle et elle me dit, voilà, j'ai soigné, j'ai aidé des cas comme le tien par la pratique du yoga. Et je l'ai regardée, je me suis dit, elle est dingue, elle est complètement idiote. C'est même plus que sceptique, je me dis, elle est folle. Je lui dis, mais je peux à peine marcher, j'ai mal partout, comment veux-tu que je pratique un truc? Pour moi, c'était, vous savez, les préjugés, ils sont forts, ils sont puissants, parce que pour moi, c'était plus une gymnastique, c'est resté ça, j'avais pas d'autres jugements. Elle réussit à me convaincre et quelques mois plus tard, je suis donc parti en Allemagne. Et là, elle m'a dit, ce que tu vas faire, c'est simple, est-ce que tu es prêt à donner 3 ans de ta vie? À t'investir, sinon ça vaut pas la peine. Et vous savez, il y a ce moment-là, il y a ce moment de tel désespoir que je me suis dit j'ai rien à perdre. Et je suis rentré dans en fait une formation de professeur de yoga sans le savoir. Mais ce qui était formidable, c'est qu'elle m'a demandé d'apprendre. J'ai étudié l'anatomie du corps humain, j'ai plongé dans les fondamentaux, les Yoga Sutras, la Bhagavad du bagad ou de la guitare, on a étudié les Vedas, c'était passionnant. Je me suis dit voilà, j'ai trouvé le langage que je cherche depuis tout le temps, depuis toujours. Et donc j'ai plongé dans la pratique avec beaucoup de résistance, avec beaucoup de peur. J'en ai eu ras-le-bol, je lui ai balancé mon tapis à la figure, j'ai dit ça marche pas. Tout ce qui est normal parce que le yoga, j'allais dire, c'est comme une machine à laver, ça essorage quoi, ça essore tout. Tout remonte à la surface, le bien, le mal, les colères, les joies, j'ai pleuré, j'ai rigolé et il fallait ça, il fallait ça pour que je puisse me reconstruire et ça a été une longue période de reconstruction et c'est pour ça dans le film Debout à un moment elle dit le yoga c'est une psychologie du corps et du mental et c'est vrai, absolument, oui, j'avais jamais dans mon éducation, je faisais du sport, je faisais du ski, du tennis, du windsurf, Je faisais tout, j'allais dire, dans la compétition, dans la force. Et il y a un prisonnier à San Quentin aux États-Unis qui dit cette belle phrase et il dit, j'ai compris grâce au yoga que la seule compétition que j'avais, c'était avec moi-même. Et c'est vrai. Et j'ai appris à lâcher, à faire confiance. Et puis surtout, je me suis donné une discipline et j'ai pratiqué même 10 minutes tous les jours.
Et vous continuez?
Je continue tous les matins.
Oui.
Et qu'est-ce que ça a changé après autour de vous, dans votre profession, dans votre vie quotidienne? C'est une renaissance.
Mais je pense sincèrement, et c'est pas pour dire oui c'est magique, c'est pas magique, c'est une discipline, c'est une pratique très très intéressante et profonde, ça a changé, en fait ça a fait une chose étonnante, c'est que ça a changé mon regard sur moi déjà. Parce que c'est une forme d'introspection très puissante, d'aller puiser des ressources qu'on connaît pas, d'aller vraiment faire une étude presque anatomique de notre corps et de nos corps, parce qu'on a plusieurs corps. On a le corps physique, le corps mental, le corps émotionnel, on a d'autres corps, même des corps plus subtils, on apprend en yoga. Et ça m'a appris à avoir un autre regard sur le monde et les autres. En fait, c'est surtout ça. J'étais quelqu'un qui était très en colère.
Vous avez lâché votre colère?
Ouais, j'ai lâché ma colère. Ça a mis beaucoup de temps. Et puis il y avait aussi une chose, c'est que j'avais des douleurs chroniques 24 heures sur 24. Donc ça a continué à attiser ma colère. Et je vois que surtout par la pratique, par l'apprentissage de la respiration, donc des techniques de pranayama, j'ai appris à mettre, j'allais dire, de la douceur, du froid sur ce qui était enflammé. Et il n'y avait pas que le corps qui était enflammé, parce que j'avais une sorte de colère, d'injustice. Pourquoi moi? Qu'ont légitimement tous les gens qui traversent des maladies graves. On se dit, mais pourquoi ça me tombe dessus? Qu'est-ce que j'ai fait de mal? Blablabla, blablabla. Et pour faire taire ce mental qui fracasse, je suis convaincu que le yoga est une des, j'allais dire, une des armes les plus puissantes, puisqu'en fait le but ultime du yoga, c'est d'arriver à la méditation. Moi, je médite aujourd'hui, mais j'en étais incapable. Mais c'est grâce au yoga, parce qu'il me fallait, j'allais dire, le geste la respiration pour calmer le hamster là-haut.
Bien sûr. Et puis le corps, en fait, l'idée du yoga, c'est de préparer le corps pour pouvoir rester assis pendant des heures à méditer, c'est-à-dire une colonne vertébrale forte, des muscles à leur place, une, voilà, c'est le seul but d'ailleurs. C'est pour ça que bon, les personnes, ce que je dis toujours aux élèves de yoga, aux pratiquants, c'est demandez à votre professeur s'il médite ou si elle médite. Si c'est une pratique quotidienne, vous saurez. Parce que c'est vrai qu'il y a tellement de, tout le monde est professeur de yoga aujourd'hui. Ici au Mexique, c'est un boom depuis des années, il y a des formations tous les 15 jours.
Je vois, j'ai une amie d'amie d'ailleurs qui est partie sur la côte est du Pacifique au Mexique travailler dans un centre, et on en a beaucoup parlé parce que quand elle a commencé, elle était jeune dans la pratique, et on a beaucoup échangé. Et elle avait lu le livre que j'avais écrit à l'époque et sorti avec le film qui s'appelle Respire. Je raconte mon évolution et comment j'apprends et elle m'a dit que ça l'avait vachement aidée pour éviter l'écueil de, j'allais dire, de se regarder dans un miroir parce qu'on fait une posture sur la tête. C'est pas ça le but, on s'en fout, c'est bien rentrer dans la posture et bien en sortir quelle que soit la posture. Moi je sais qu'aujourd'hui je fais des postures, honnêtement je pensais pas que je pourrais quoi, c'était fou, je voyais les gens faire des postures, je me dis mais... Et c'est ça un peu l'écueil, c'est qu'on voit sur les réseaux sociaux, franchement mais c'est pas possible quoi, il y a des non-stop, une espèce de advertising comme ça parce que les filles font des postures pas possibles. Alors oui, et ça un peu, bah ça effraie, ça dégoûte parce qu'on se dit moi je peux pas faire ça, moi j'ai entendu dire ça. Ben ouais, me dire mais je vais pas faire du yoga, je serais incapable de faire ça. Et je leur dis à chaque fois, je dis mais moi je pouvais pas me baisser quand j'ai commencé le yoga, je ne pouvais pas. Il y a des gens, tu l'as vu dans le film, qui ont la sclérose en plaques, qui sont paralysés jusque-là, mais ils font du yoga. Et encore une fois, le témoignage qui a la sclérose est magnifique parce qu'il dit à un moment, tu sais, grâce au yoga, j'ai appris à accepter la maladie et plus à la combattre. Et moi, ça a été une des clés de ma guérison, c'est vraiment ça.
Absolument, oui, parce qu'en fait la maladie surgit pour nous enseigner quelque chose et on ne tombe pas malade par hasard, elle nous dit quelque chose.
Quand j'ai fait le film, je me suis dit j'espère que justement certaines personnes parce que pour moi je suis vraiment dans la médecine préventive, peuvent aller vers le yoga parce que ça va leur éviter peut-être des cas graves comme le mien, des cas moins graves, mais j'ai envie de dire mais allez-y, ça peut être autre chose que le yoga, c'est pas très grave, mais faites une pratique qui vous fait du bien pour commencer parce que le corps a une telle intelligence et une telle mémoire qu'un jour ou l'autre, si on n'y fait pas gaffe, on va se le prendre dans la gueule. Le corps, il va dire stop. Et moi, ce qui s'est passé, mon corps a dit stop, stop, stop, stop. Et ça a été stop brutal parce qu'un syndrome, ce qu'on appelle un syndrome de cheval, désolé pour le détail, mais tout d'un coup tu es là, tu es chez toi, et tout d'un coup tu pisses et tu te chies dessus. Donc ça veut dire quelque chose. Et ça, ce message, il est fort. Et donc je dis souvent aux gens, à éviter Si vous pouvez éviter, n'attendez pas que la maladie vous rattrape pour vous dire fais attention, va dans telle direction plus que telle autre. Voilà, si on pouvait éviter. Et c'est pour ça que j'insiste beaucoup avec les enfants, faut leur donner ça parce que c'est là que commencent les problèmes justement de dépression, les problèmes de dos, les scolioses, c'est dans l'enfance et dans l'adolescence. Moi j'ai vu des gosses qui pratiquaient et du coup me disaient, enfin tu l'as vu dans le film, qui disent Moi, agacé ou m'énerver, j'allais taper. Maintenant, je laisse couler.
Bravo, c'est magnifique, c'est magnifique.
C'est ça l'idée.
Tu sais, je le vois, je le vois beaucoup à l'école. J'ai enseigné yoga pendant des années et là aujourd'hui, comme je le dis dans l'article, je continue dans une autre école. Mais ce que je vois beaucoup et ce qui est très inquiétant, ce sont que les enfants aujourd'hui souffrent d'anxiété de plus en plus jeunes.
Bien sûr.
C'est-à-dire qu'on est peut-être pas tout à fait le même âge, mais presque, je pense. On connaissait pas, nous, l'anxiété tout jeune, à 8 ans. Un enfant qui était anxieux à 8 ans, c'était très rare. Et aujourd'hui, les enfants de 8 ans, moi j'enseigne depuis l'âge de 5 ans jusqu'à l'âge de 14, les enfants ne dorment pas, ils souffrent d'insomnie. Je demande toujours en début de cours, ils sont 80, on demande. Maintenant, j'ai 2 coéquipières, donc ça rend les choses beaucoup plus faciles, parce que seule avec 80, c'était pas évident. Et donc je leur demande, alors qui est-ce qui souffre? Qui est-ce qui a de l'insomnie ici? Qui est-ce qui souffre d'anxiété? Ils lèvent la main. Il n'y en a pas un, il y en a au moins une vingtaine sur 80. C'est très, très inquiétant. Et donc à la fin, au début évidemment c'est oui.
Non pardon, non, non, je t'écoute. Non, je ne suis pas surpris.
C'est terrible. Au début évidemment, ils sont comme toutes les autres personnes, ils sont sceptiques. Mais quand ils commencent à sentir, ils et elles commencent à sentir l'effet dans le corps, C'est là en fait. Donc on ne peut pas faire de prosélytisme avec le yoga, il faut le sentir.
Oui, et puis comme tu dis, les enfants ils le sentent tout de suite, c'est instantané, c'est des éponges, le corps il est complètement réceptif et ouvert. Et donc il n'y a pas de triche, c'est genre ils te disent c'est de la merde ou ils adorent. Et généralement c'est vrai que, en plus comme il y a un côté amusant et ludique dans le yoga, on va faire la posture de l'arbre, on va faire le lion, on va rugir, on va faire des choses. Donc ils se disent, ah ben c'est sympathique. Et puis il y a une chose qui est étonnante, c'est que très vite, et moi je le vois même pour les adultes, ça crée le lien puisqu'on est dans la même énergie, la même vibration. Et donc cette vibration, elle est entre les êtres. Et quand on pratique, l'énergie monte dans le corps et donc elle s'étend et elle va toucher notre voisin, notre voisine. Et donc il y a pas forcément dans un cours, tu vas rentrer et sortir comme ça, Mais dans les écoles, je vois les enfants, du coup, ça les calme et ça les calme entre eux. Donc ça donne ce lien. Et c'est ce qui fait que les enfants, moi je trouve, souvent, et adolescents, sont de plus en plus déprimés, violents, etc. C'est qu'il y a ce manque de lien. Et comme il y a tous les réseaux sociaux où on est dans la comparaison et machin et truc, et l'autre il est plus beau et l'autre il a ce que j'ai pas, etc. C'est super violent, c'est super dur. Là, j'étais au Népal pendant un mois et j'en parlais avec un homme, un guérisseur avec qui je faisais une formation, et il disait, moi, je vois de plus en plus de jeunes prendre des antidépresseurs, très jeunes. Et comme ils vont vers l'alcool, la drogue et tout ça. Mais c'est vrai que c'est une des solutions. Et le yoga, la méditation, enfin l'art-thérapie, en fait tout ce qui aide les enfants à s'exprimer, et à s'exprimer par l'art, par le physique, au lieu d'aller se retrancher dans des espèces de psychoses qui naissent. Et après, je ne te dis pas, alors quand ça explose et qu'ils sont adolescents, alors là c'est boum!
Ah oui, absolument, bien sûr. Alors la solution que moi j'ai trouvée, c'est d'aller le proposer aux écoles. Il y a énormément de difficultés, moi aussi je me suis pris des scuds comme tu disais tout à l'heure, et je m'en prends encore. Mais bon, quand on est convaincu et quand on est passé par là, c'est un chemin. Finalement, tu disais que tu avais eu affaire à des passeurs, mais toi-même tu es devenu passeur.
Oui, c'était un peu l'idée au départ d'ailleurs, quand ma prof m'a dit voilà, si tu transmets pas, c'est pas la peine. Et donc c'est vrai que mon métier, c'est celui-ci, donc c'est vrai que ça a été l'occasion rêvée, c'était de continuer. Et ce qui a été merveilleux, c'est d'avoir pu accompagner le film dans des projections et je continue. Là, il y a 2 mois, j'étais à la prison de la Santé où j'ai montré le film. L'année d'avant, j'avais été à la maison d'arrêt de Villepinte à côté de Paris montrer le film devant 200 détenus. Je l'ai fait dans une école. Donc c'est ça, c'est l'idée, c'est de continuer l'action, pas s'arrêter. Et c'est pour ça que le film ait plusieurs vies en fait finalement. Et que justement on puisse en parler, qu'on puisse échanger dessus. J'aurais aimé qu'il soit plus montré dans les écoles, voilà, à titre totalement éducatif. Mais c'est compliqué souvent parce que tu sais, il y a encore pas mal de résistance. Si c'est pas des professeurs comme toi qui introduisez la pratique au sein même de l'école où vous êtes, par l'intérieur, c'est encore compliqué. Alors il y a des régions en France, des départements où ça se fait assez facilement et bizarrement d'autres départements où c'est niet, où c'est vraiment chelou, le yoga ça vient d'où, c'est bizarre. Alors qu'aujourd'hui, tu sais, en France, je sais pas comment vous êtes au Canada, mais moi je sais que, enfin je suis pas allé au Canada depuis longtemps, au Mexique pardon, c'est vrai que tu es canadienne, au Mexique Non, je suis française.
Je croyais que tu étais canadienne.
Mais non, pourquoi? Je sais pas pourquoi, mais ça m'a pris comme ça.
Mais non, je suis du sud. Comme tu disais que tu étais dans le sud, je suis du sud de la France.
Et toi, par exemple, au Canada, je sais pas pourquoi je pensais à ça, tu arrives, le yoga, c'est un art de vie qui est partout, il y a aucun problème.
Bien sûr.
Tu vois, en France, on est quand même aujourd'hui le Il y a eu un sondage l'année dernière, on est 7 millions à pratiquer quand même.
C'est énorme.
Donc tant mieux, plus ça s'étend, moi je trouve, voilà, ça va continuer à s'étendre et à toucher. Voilà, il faut que ça aille vraiment toucher les écoles. Et comme je dis, il y a beaucoup de profs très courageux qui vont aussi, qui l'introduisent en prison. Je suis convaincu aussi, et j'ai eu une histoire, on n'a pas pu le filmer, mais d'un prisonnier justement qui a appris le yoga en prison, qui est sorti en, je crois, liberté conditionnelle ou provisoire, qui avait un bracelet électronique, qui s'est mis à pratiquer en dehors de la prison, qui est devenu prof de yoga, etc. Donc ça, je veux dire, c'est peut-être aussi un outil de réinsertion puissant.
Bien sûr. D'ailleurs, je vais te proposer très clairement d'organiser ça ici, au Mexique donc, pas au Canada, parce qu'en fait, comme je le raconte dans l'article, je suis allée faire cet enseignement donc devant de très nombreux hommes, seule en train de pratiquer. Et j'ai eu les démonstrations de reconnaissance, j'ai jamais reçu autant d'amour de ma vie. À la fin, ils pleuraient, ils venaient me voir en pleurant en disant merci, merci. Et c'était vraiment respectueux, c'était pas du tout, c'était vraiment parce qu'ils avaient vécu quelque chose de fort. Et donc je pense qu'on pourrait organiser tout à fait ça, parce que la personne qui est amenée, qui a amené le yoga au Mexique, elle s'appelle Anne. Et avec elle, on y est allé. Elle est toujours très, très impliquée là-dedans, Anne Moxie. Et je connais d'ailleurs justement un professeur de yoga qui était un ancien prisonnier, qui s'appelle Freddy, qui enseigne, qui continue dans cette voie. Donc ici, c'est très puissant parce que les conditions dans les prisons, tu pourras imaginer qu'au Mexique, c'est terrible. Ici, la présomption d'innocence n'existe pas.
D'accord.
Voilà, donc on peut arriver en prison alors qu'on est complètement innocent et y rester longtemps. Donc si tu as envie, on organise quelque chose dans les prochaines années, dans les prochains mois, les prochaines années. C'est tout à fait possible, il y a vraiment besoin.
Un jour, je sais que là, si je vais voir ces amis, je m'arrêterai à Mexico quelques jours.
Et on peut organiser ça.
Moi je baraque oui.
On en parlera.
On peut tenter le choc, oui bien sûr.
Et le film est-il sous-titré en espagnol? Je me posais la question.
Non, il n'a pas fait son chemin.
Ce serait pas mal.
Il n'a pas fait son chemin.
Bon, on en reparlera.
Si tu as des contacts, vas-y, parce que moi je suis ravi que le film voyage. Je sais qu'il a été au Brésil. Il a été au Brésil. Il n'est pas rentré sur le marché américain. Et je suis très étonné, moi je suis moitié américain et je suis étonné parce que quand même il avait le potentiel pour plein de raisons aussi sociales et de langue, etc. Mais oui, en espagnol, ça se passe encore.
Exactement, bon on en reparlera hors antenne de tout ça, mais je pense que c'est vraiment important. Et d'ailleurs, moi ce que je peux faire tout de suite et ce que je vais faire, c'est montrer ton film aux enfants, même s'il est sous-titré en anglais ou pas, je me souviens plus.
Il y a une version sous-titrée?
Ça, il n'y a pas de problème puisque c'est une université, une école britannique.
D'accord.
Donc ça, je vais le faire tout de suite, il n'y a aucun problème. Et je voulais te poser la question, Stéphane, professionnellement, tu as changé quelque chose ou tu continues? Tu es donc photographe, cinéaste, écrivain?
Toujours, je fais moins de photos, je fais toujours des films, toujours des réalisations. Et j'ai surtout commencé, ce qui était amusant, c'est qu'on est venu me chercher pour le premier livre que j'ai écrit Respire, où je raconte mon histoire en détail. Et donc du coup, je me suis, j'allais dire, pris au jeu. J'ai écrit un livre ensuite qui était un guide pratique de yoga sur des postures, 108 postures de yoga accompagnées de citations qui moi m'ont aidé dans ma guérison, qui s'appelle Yoga au fil des jours. Après, je me suis intéressé, Yoga au fil des jours, il était paru chez Michel Lafon, maintenant il est chez Marabout. Ensuite, je me suis intéressé au son parce que bon, comme tu sais, évidemment, entre les le chant des mantras, les bols, les gongs. Enfin, je me suis intéressé à tout ça, donc j'ai écrit un livre qui s'appelait Écoute. Donc si tu veux, ça a ouvert vraiment une voie et une curiosité que j'ai toujours eue, mais que le yoga a été vraiment le déclencheur. Et le dernier que j'ai écrit, c'était, je sais pas si tu te rappelles, mais dans le film, à un moment, il y a une chienne assez âgée.
Et bien sûr, parce que c'est la copie de la mienne.
Et figure-toi que je me suis donc penché sur la communication animale inter-espèces. Et donc j'ai écrit un livre, mon histoire avec cette chienne qui est rentrée dans ma vie 3 mois avant mes opérations et qui m'a sauvé la vie et qui m'a accompagné pendant presque 13 ans. Et l'histoire est folle, et surtout qu'elle m'a accompagné quand j'ai fini le film, c'est-à-dire vraiment fini le film, elle est morte à ce moment-là. Comme si elle m'avait accompagné justement de vraiment de mes opérations, de tout l'enfer que j'ai traversé jusqu'à ce moment où vraiment on a fini le montage et la musique du film. Elle est morte à ce moment-là. Comme si, donc j'ai voulu aussi lui rendre hommage et donc j'ai écrit ce livre qui s'appelle Dans les yeux d'Elektra parce qu'elle s'appelait Elektra, où je parle aussi des moments, enfin comme tu connais sans doute, où tu as pratiqué, tu es sur ton tapis de yoga et tu as la boule de poils qui déboule et qui fait son chien tête en bas, quoi. C'est quand même ça. Exactement.
Oui, les animaux aussi sont des passeurs. Lorsque tu viendras à Mexico, je te présenterai ici une personne qui est une grande défenseuse des animaux, qui justement est survivante de cancer aussi. Katia Arrida, je te la présenterai, on pourra en reparler. En tout cas, je pense que— ah oui, je voulais te parler avant de se quitter, le livre Respire de Mireille Massé que je suis en train de lire. Je sais pas si tu le connais. Non, il est publié, oui, il a été publié il y a quelques mois, peut-être 2 mois ou 3 mois, je suis pas sûre, mais je suis en train de le lire actuellement. Très beau livre, très très beau livre, plus orienté Ouais, c'est un mélange. Il y a de la philosophie, il y a de la littérature. Elle, enfant d'un panadero, d'un boulanger qui toussait toute son enfance parce qu'il respirait les farines toxiques. Donc c'est intéressant son histoire aussi. C'est vraiment un ouvrage littéraire que j'ai découvert récemment, donc je te le conseille. En tout cas, Stéphane, Oui, tu avais, je voulais savoir, tu avais quel âge quand c'est arrivé cet événement? Tu le dis, 43, 44 ans, je crois. 44 ans, d'accord. Et c'est donc, et aujourd'hui tu as quel âge?
56.
56, d'accord. Mais tu fais beaucoup plus jeune que ton âge, c'est un des effets du yoga.
Tous les matins réciter un mantra et pratiquer, et je veux dire, le temps va s'arrêter.
Mais bien sûr, la méditation, tout à l'heure tu as parlé d'essorage, j'utilise souvent la métaphore de la machine à laver. Pour moi, le yoga, la méditation, c'est une machine à laver. Tu rentres dans une machine à laver, tu es nettoyé, tu ressors. Donc forcément, c'est normal que, de toute façon c'est prouvé scientifiquement, l'âge biologique et l'âge chronologique se séparent après plusieurs années de pratique.
Déjà, et puis je vais te donner une anecdote. J'ai rencontré un radiologiste et en fait c'est intéressant parce qu'en fait il me disait un jour, de temps en temps je vois pas les patients, parce que, enfin, les gens dont je fais les radios, parce qu'il y a pas le temps. Et il me dit, par contre, de temps en temps je regarde et là tout le temps ceux qui pratiquent du yoga ont des os, une ossature qui a 10 ans de moins que leur âge. Et je suis pas surpris.
Non, moi non plus, moi non plus, pas du tout Stéphane. C'est un plaisir de te parler, je te remercie de m'avoir, de nous avoir offert un peu de ta soirée puisque pour toi il est, voilà, il est 18h, 18h30, presque 19h.
Ouais, presque.
Et donc voilà, c'est un premier entretien pour que ici aussi les personnes qui ne te connaissaient pas te connaissent. On ira regarder bien sûr Yoga au fil des jours, Écoute, dans les yeux d'Electra. Et je te propose de se revoir dès que tu as ton billet pour le Mexique.
Voilà, je te fais signe dès que je prends, dès que j'arrive à Mexico City, et je te fais. OK, je te remercie.
Parfait, merci beaucoup Stéphane, c'est un vrai plaisir. Merci, une grande joie. Bonne soirée, à très bientôt.
Bye bye, ciao.
More from Mélanie


173-Tahua ti Nahua, Nahua ti Tahua... Yo soy Tú, Tú eres yo / Je suis toi, tu es moi









