La double guérison
11 Mar 2026 · 26 min
A speaker argues that transforming men's emotional capacity is essential to ending violence against women. She connects toxic masculinity to brain development, showing how emotional suppression creates aggression, while involved fatherhood activates empathy circuits. France recorded 152 femicides in 2025; countries with generous parental leave policies show lower violence rates and better emotional outcomes in children.
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À l'occasion de la commémoration du 8 mars 2026, j'ai été amenée à offrir une conférence sur le thème de la double guérison, quand la transformation des hommes soutient celle des femmes, c'est-à-dire inviter les hommes à la réflexion concernant Le 8 mars, qui est bien évidemment, tout le monde le sait maintenant, la Journée internationale de la lutte pour le droit des femmes. Rappelons que le 8 mars n'est pas un anniversaire, ce n'est pas une fête, c'est une date politique qui se situe, qui nous situe au début du 20e siècle, dans les luttes ouvrières, Souvenez-vous qu'en 1908, il y a des ouvrières du textile à New York qui ont réclamé des conditions de travail dignes, qui ont donc commencé des manifestations. En 1910, 2 ans après, une des plus grandes pionnières du combat international pour le droit des femmes, Clara Zetkin, a proposé la Journée internationale. Puis 7 ans plus tard, en 1917, des femmes russes sont descendues dans la rue et En 1977, 60 ans après, l'ONU a officialisé la Journée internationale pour la lutte des droits des femmes. Donc bien évidemment, le 8 mars est né d'un refus. Un refus de l'exploitation, un refus du silence, un refus de la violence. Souvenons-nous qu'en 2025, en France, plus de 152 féminicides ont été recensés. Selon des chiffres du ministère de l'Intérieur, qu'environ une femme sur dix déclare avoir subi des violences conjugales selon l'Observatoire national des violences faites aux femmes, et l'OMS, l'organisme, l'Organisation mondiale de la santé, estime qu'une femme sur trois dans le monde a subi des violences physiques ou sexuelles au cours de sa vie. Donc ce ne sont pas des faits isolés, nous sommes face à une structure, une logique. Quelle est-elle? Face à cette logique, quelle réponse apporter? Eh bien, il s'agit d'apporter une réflexion structurée, c'est-à-dire on peut se poser la question: comment agir de manière structurelle Aujourd'hui, il s'agit donc de réfléchir ensemble à une perspective complémentaire qui intègre les hommes. Qui ne les exclut pas, qui les intègre et qui propose qu'ils font partie de la solution. En premier lieu, quand on pense à la construction masculine, quelle est-elle? Comment l'homme est-il construit? Puisqu'on parle aujourd'hui de déconstruction masculine, souvenez-vous, certains hommes se présentent comme des hommes déconstruits. La construction masculine, qu'est-ce que c'est? C'est une fragilité socialisé, accepté, banalisé. Pourquoi? Parce que dès l'enfance, les hommes, les garçons, sont encouragés à ne pas pleurer, donc ils sont encouragés à réprimer leurs émotions. Ils sont également incités à minimiser leurs peurs. Ils ont peur, mais c'est pas si grave. On ne donne pas la place à leurs peurs, on ne leur propose pas d'écouter leurs peurs. Ils sont incités à valoriser la performance, et également à dissocier, c'est-à-dire séparer l'émotion de la vulnérabilité. Donc une émotion réprimée, qu'est-ce qui se passe avec une émotion réprimée? Vous croyez qu'elle disparaît, l'émotion réprimée, l'émotion qu'on a mise de côté, qu'on a mise sous une chape de plomb? Bien sûr que non, elle ne disparaît pas, elle se convertit, elle se transforme. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Elle se convertit en quoi? En agressivité, en tension, en irritabilité. Des études en psychologie du développement ont montré que les émotions tristes ou anxieuses sont moins validées chez les garçons que chez les filles. Et selon les neurosciences, l'impulsivité peut être vérifiée, peut être localisée par une hyperactivité amygdalienne. Je parle de l'amygdale. L'amygdale, qui se situe au cœur du cerveau, qui est une toute petite, une sorte de petite fève qui va recenser, qui va réunir toutes les réactions d'impulsivité. Et puis les neurosciences ont également montré, prouvé que la régulation se passe dans le cortex préfrontal. On va parler un petit peu de cette situation au niveau du cerveau parce que, souvenez-vous, on arrive sur cette terre avec des cellules, des cellules nerveuses. On arrive là pratiquement avec toutes nos cellules nerveuses et c'est notre biologie humaine qui repose sur la capacité d'adaptation. Ce que nous n'avons pas, ce sont les connexions. Entre ces cellules nerveuses. Et la connexion, les connexions entre les cellules nerveuses vont se former au cours de notre développement en fonction des interactions, en fonction de notre vécu, en fonction de notre expérience. Et c'est à ce moment-là que nous apprenons ce qu'est l'amour, ce qu'est la sexualité, ce qu'est l'empathie, ce qui est permis, ce qui ne l'est pas. Donc on s'adapte aux conditions, on s'adapte au contexte. N'oublions pas ce point-là qui parle évidemment de la plasticité cérébrale. On entend beaucoup plus parler aujourd'hui de la plasticité cérébrale. Les choses ne sont pas données en termes de cerveau, elles évoluent et elles s'adaptent. L'adaptation, l'adaptabilité est essentielle. Donc rappelons-nous, l'amygdale, elle dirige, elle est au cœur du système qu'on appelle limbique, qui est le système qui dirige les émotions. Qu'est-ce qu'elle fait l'amygdale? Elle détecte les menaces, elle scanne l'environnement à la recherche de danger et elle est capable de proposer une réponse rapide pour survivre. C'est une sorte de détecteur à incendie et elle ne réfléchit pas, elle réagit. Donc l'amygdale, vous la situez avec l'adrénaline. Et donc si un homme qui a une— une personne, pas un homme, une personne chez qui on peut vérifier grâce aux IRM grâce aux résonances magnétiques, aux images de résonance magnétique, qui aurait donc une hyperactivité amygdalienne. Qu'est-ce que ça veut dire? Ça veut dire que cette personne détecte des menaces où il n'y en a pas forcément, déclenche des réponses émotionnelles qui sont disproportionnées et court-circuite les circuits de réflexion. Donc problématique: détecter des menaces où il n'y en a pas, déclencher des réponses qui sont disproportionnées, c'est-à-dire qui sont beaucoup plus trop forte par rapport à la situation et court-circuiter les circuits de réflexion, c'est-à-dire qu'il n'y a pas de réflexion qui est mise en jeu. Donc je vous parle de tout ça parce que je vous ai dit juste auparavant que l'émotion réprimée ne disparaît pas, qu'elle se convertit en agressivité et que l'impulsivité est en lien avec l'hyperactivité amygdalienne et qu'au contraire la régulation est en lien avec le cortex préfrontal. Le cortex préfrontal, donc, c'est la zone la plus récente du cerveau, celle qui dans l'évolution de l'être humain est arrivée au dernier moment, après. Et elle est impliquée dans la prise de décision, dans l'inhibition des pulsions, c'est-à-dire j'ai envie de manger la tablette de chocolat, je ne le fais pas parce que je réfléchis. La planification, je veux quelque chose, je le planifie. Je fais un rétroplanning. Et la régulation émotionnelle. Quand une émotion surgit, l'amygdale détecte, c'est le détecteur à incendie. Et le cortex préfrontal, lui, évalue, il analyse, il inhibe si nécessaire, c'est-à-dire il régule. Donc vous avez ici la différence entre la réponse et la réaction. La réaction, c'est du côté de l'amygdale, et la réponse du côté du cortex préfrontal. En conclusion, un enfant à qui on interdit l'expression émotionnelle dans son système éducatif, même dans son système éducatif familial ou scolaire, il risque de devenir un adulte moins régulé. Vous comprenez? C'est-à-dire qu'on ne lui permet pas de passer par ce circuit d'analyse, donc observation de la menace, analyse, régulation de la réponse. Puisque ce n'est pas permis, on ne lui permet pas de développer cette capacité, il risque forcément de devenir un adulte moins régulé, moins capable de réguler. Et la violence n'est pas seulement morale donc, puisqu'elle est liée à une incapacité à contenir, une incapacité à se réguler. Donc si la violence est liée à une difficulté de régulation, au contraire, l'empathie mobilise des circuits spécifiques. Jusque-là, c'est plutôt simple. Donc on observe que la régulation et l'empathie sont liées. Quand on regarde le père, donc l'homme, puisqu'on parle aujourd'hui de la transformation des hommes qui soutient celle des femmes, on a des travaux en neurosciences qui montrent que les pères engagés dans les soins, donc dans ce qu'on appelle le maternage en général, activent dans leur cerveau l'amygdale, parce que c'est le siège de la sensibilité, donc c'est ce détecteur incendie dont j'ai parlé, le cortex préfrontal médian au milieu, donc la régulation, et une partie qui s'appelle la jonction temporo-pariétale. La jonction temporo-pariétale, c'est un nom un peu complexe, mais c'est très simple, je vais l'expliquer. Imaginons un petit peu la situation: un bébé pleure. Donc vous avez l'amygdale qui lance le message c'est important, Pourquoi? Parce que grâce à l'amygdale, l'attention est attirée, il y a une mobilisation affective qui s'opère et une sensibilité qui est en action. Et le cortex préfrontal, lui, après, c'est important, le bébé pleure, c'est important, il réussit à produire la réponse, je reste calme, j'offre une réponse adaptée. Il intervient dans la régulation émotionnelle, dans l'inhibition des pulsions. Donc par exemple, quelqu'un, un bébé pleure, je pars en courant, je m'énerve, je crie. Donc il inhibe les pulsions qui seraient: je suis en train de lire un bon bouquin, le bébé pleure, c'est ennuyeux, je me fâche. Non, il comprend, il opère la réflexion, il permet la réflexion et l'analyse. Il évalue la situation donc et puis il permet de différer une réaction pour produire une réponse. Et la jonction temporo-pariétale qui se situe au croisement du lobe temporal et du lobe pariétal, donc à la frontière. Le lobe temporal, c'est là que se situent toutes les capacités de la perception sociale, de la mémoire, et le lobe pariétal, c'est au contraire la représentation spatiale et la perspective. Donc la jonction temporo-pariétale, elle est impliquée dans la capacité, ça c'est très important, à comprendre que l'autre est autre. C'est-à-dire que l'autre, celui qu'on a en face de soi, il a des pensées, des intentions et des émotions propres qui sont différentes des nôtres. Pourquoi c'est important? Parce qu'il permet de comprendre que ce bébé qui pleure ne pleure pas contre moi, ne pleure pas pour m'empêcher de finir ce livre, ne pleure pas pour m'empêcher de m'amuser. Il pleure parce qu'il a faim, il pleure parce qu'il a peur, il pleure parce qu'il est fatigué. Et c'est cette jonction temporo-pariétale qui permet de produire cette réaction. Donc c'est les 3, on a dit amygdale, le cortex préfrontal, et puis la jonction temporo-pariétale. Et quand la jonction temporo-pariétale est activée, on attribue des états mentaux aux autres, on est capable de lire l'autre, on sort de l'interprétation narcissique, c'est-à-dire ce qui se passe autour de moi est contre moi, est en rapport avec moi, alors que pas du tout. Et on diminue ainsi par conséquent les réactions défensives. Et sinon, si ça ne s'active pas, l'autre est perçu comme une menace, toute frustration est interprétée comme une attaque, et puis Évidemment, l'agressivité augmente. On sait grâce aux IRM que les pères très impliqués dans le maternage présentent une activation conjointe de l'amygdale et de la jonction temporo-pariétale. Et le soin, le maternage, active un circuit complet qui est celui de l'empathie. Le circuit de l'empathie, qu'est-ce que c'est? C'est je ressens, je comprends, je régule. C'est ça le circuit de l'empathie. Plus le père s'implique dans le maternage, plus il devient capable de deviner ce que l'enfant ressent, d'interpréter des signes non verbaux, de se décentrer, c'est-à-dire de sortir de soi, de s'oublier un peu. Le parent, mère ou père, qui est impliqué dans le maternage, bercer, consoler, nourrir, devient ainsi capable de davantage d'empathie. Qu'est-ce que c'est l'empathie? Alors l'empathie, c'est simplement être capable de se poser la question et d'y répondre. Que se passe-t-il en lui? Surtout de se la poser. Que se passe-t-il en lui? Plus un homme est engagé dans le maternage, plus ses circuits de l'empathie se développent. Donc comprendre l'autre est un des antidotes les plus puissants à la violence. Ce qui veut dire que lorsqu'on observe ce qui se passe avec les pères dans le maternage, on apprend que le soin transforme biologiquement l'homme. Au niveau neurologique. Et ceci a une implication sur la régulation et la prévention des violences parce qu'on sait que l'empathie, souvenez-vous, l'empathie, la jonction temporo-pariétale, combinée à une régulation préfrontale, j'ai déjà expliqué la fonction du cortex préfrontal, réduit l'agressivité impulsive. On sait aussi que la régulation affective se construit dans la co-régulation précoce, c'est-à-dire des parents avec l'enfant, que la qualité des soins parentaux modifie l'expression des gènes liés au stress. C'est-à-dire, on en parlait l'autre jour avec des collègues, il ne suffit pas de promener son enfant. Si on promène son enfant et qu'on ne lui parle pas et qu'on met des AirPods dans les oreilles en écoutant de la musique, ce n'est pas un soin de qualité. L'enfant est promené comme un porte-clés. Il n'y a pas du tout d'échanges, il n'est pas reconnu comme sujet dans son humanité. On sait aussi que l'implication paternelle positive est associée à, premièrement, des comportements antisociaux qui baissent, une décroissance de la délinquance, une décroissance des violences ultérieures et une augmentation des compétences émotionnelles. D'ailleurs, les pays qui ont instauré des congés paternité obligatoires ou bien des congés paternité généreux. Je sais pas si vous savez, mais c'est la Suède par exemple qui a 480 jours de congés parentaux, dont 90 pour le père. La Norvège où les pères peuvent prendre jusqu'à 15 semaines. La Finlande, 50-54 jours. L'Espagne, 12-16 semaines. Le Portugal, 5 semaines. Là, on descend, hein. L'Estonie, la Lituanie, la Slovénie, 30 jours. Et la France, 28 jours. Eh bien, ces pays-là, dans ces pays-là qui ont instauré des congés paternité obligatoires ou généreux, on observe, les analyses le montrent, les études le montrent, une implication durable plus élevée des pères. C'est-à-dire, ils ont pris ce congé paternité, ils s'impliquent dans le maternage et dans l'éducation de leur enfant, et une meilleure distribution des tâches à la maison. Et puis Comme c'est étonnant, une baisse de la délinquance. Je sais pas si vous avez entendu parler d'un livre qui m'a beaucoup marquée qui s'appelle Le corps n'oublie rien, écrit par un Américain d'origine hollandaise, néerlandaise, qui a montré— donc il s'appelle Bessel van der Kolk. J'ai organisé un séminaire qui a duré assez longtemps sur ce livre, qui a montré que les traumatismes non intégrés donc refoulés, réprimés, interdits, non reconnus, non travaillés. Là, on peut interroger le statut de la victime, on pourra en parler après dans le débat, dans la conversation. On montrait que donc les traumatismes non intégrés, il a montré que les traumatismes non intégrés perturbent la régulation émotionnelle. Empêche, perturbe, vient provoquer une régulation émotionnelle diminuée, empêchée. Et donc un homme socialisé dans la violence peut devenir hyperréactif. Donc dans la violence, c'est ne pas reconnaître ses émotions. Donc les traumatismes non intégrés perturbent cette régulation émotionnelle. S'il n'y a pas de régulation émotionnelle, il y a de la violence. Et un homme socialisé dans la violence va devenir hyperréactif. Par contre, le soin répété, le soin répété, pas une fois, pas le lundi, pas une fois par mois, le soin répété, donc un enfant a besoin de soins tous les jours, va agir comme un processus réparateur pour l'homme. Il va imposer, ce soin répété, la patience, la constance, la considération d'un autre vulnérable. Ça, c'est intéressant. C'est-à-dire considérer qu'il y a un autre vulnérable, c'est être capable d'empathie. L'autre vit une difficulté. Donc on pourrait observer que le soin est une école. Le soin est une école. Mais attention, il y a un point de vigilance avec une réflexion qui est assez inconfortable pour certaines femmes, certaines mères. Peut-être, mais qui est importante à mettre en lien, c'est la suivante: parfois les pères sont maintenus à distance, on les empêche d'intervenir. Il arrive que ce soit le cas. Pourquoi? Parce que certaines mères corrigent constamment: tu n'as pas bien fait, c'est pas comme ça, ne laisse pas faire, ne laisse pas le père avec l'enfant, ne délègue pas, ou bien disqualifient inconsciemment la compétence paternelle. Et quand est-ce que ça arrive? Pourquoi est-ce que ça arrive? Car c'est très courant. Eh bien, ça arrive quand la maternité joue le rôle de réparation d'une faille narcissique, ou bien quand la maternité joue le rôle de compensation affective, voyez, comme si un enfant était un doudou. Ou bien comme ça arrive lorsque cela arrive lorsque la maternité représente un espace de maîtrise. Là, dans un rôle en tant que mère, je je maîtrise. Tout le reste part à vau-l'eau, mais là, je maîtrise. Alors, la double guérison, elle est relationnelle. On le voit, si le père ne peut pas expérimenter le lien, le soin, le soin dans le lien, le lien dans le soin, la transformation neurologique ne peut pas se produire. C'est pas qu'elle se produise à chaque fois, il n'y a pas de règle, mais on parle ici de changement structurel. Pour la mère, la Laisser faire, de son côté, suppose avoir confiance, donc développer la confiance, renoncer au contrôle total et accepter une autre manière d'aimer qui ne soit pas une manière d'aimer qui enferme, qui contrôle, qui exclut. Il y a 2 psychanalystes britanniques que j'affectionne particulièrement, et je suis pas la seule d'ailleurs, c'est Winnicott et Bion. Et Winnicott parlait de mère suffisamment bonne, on le sait, Et Bayon décrivait la fonction contenante, c'est-à-dire la capacité de contenir, comme la suivante: comme recevoir l'angoisse brute de l'enfant, la transformer, la rendre, mais la rendre pensable, symbolisable, pour qu'il y ait des mots dessus. C'est-à-dire simplement poser des mots sur une émotion, une angoisse, une angoisse brute dont on sait même pas ce qui se passe. Alors on voit que cette fonction n'est pas féminine, n'est pas féminine par essence. C'est là, lorsque Winnicott parle de mère suffisamment bonne, il parle de fonction féminine suffisamment bonne. C'est une fonction psychique. Lorsque les hommes exercent cette fonction, ils transforment leur architecture interne et on a cette triangulation entre père, mère, enfant. Mon triangle, il n'est pas très clair. Père, mère, enfant. Voilà. Et la triangulation permet la séparation symbolique et la sortie de la fusion mère-enfant. Et si ce n'est pas le cas, eh bien, l'exclusion du père va fragiliser cette structuration. Je vais vous proposer 3 illustrations cliniques. La première: un père qui se retire car chaque fois qu'il essaye de s'occuper de son enfant, c'est corrigé par la mère. Alors, on fait un travail psy, la mère accepte de ne pas intervenir immédiatement. Le père développe sa compétence, il prend le temps, il a le temps de développer sa compétence. Souvenez-vous des connexions nerveuses entre les cellules nerveuses. Et puis il devient plus patient dans sa fonction, dans l'exercice de sa fonction de maternage. Deuxième cas clinique: une mère séparée dit, je vis pour lui. Elle parle de son enfant. Il est tout pour moi. Pourquoi fait-elle ça, cela? Eh bien, elle se protège d'un abandon ancien. Par le biais de son enfant. On fait un travail psy, un travail d'accompagnement à la parentalité par exemple, ce qui permet de prendre conscience, d'obtenir une prise de conscience dans le meilleur des cas. Attention, je parle de success stories, il y a des cas où ça ne fonctionne pas. Eh bien, donc il y a une prise de conscience, on obtient une prise de conscience pour restaurer la circulation des places, c'est-à-dire ce n'est pas parce que j'ai été abandonnée que je dois utiliser mon enfant pour compenser ce vide affectif, cette faille narcissique. Restaurer la circulation des places, c'est chacun sa place dans son histoire, dans sa généalogie. Et troisième cas clinique: un homme ayant grandi avec un père violent prend un congé parental. Il apprend à contenir, ce qui veut dire qu'il apprend à recevoir, comme je l'ai dit, l'angoisse brute, à la transformer et à la rendre, à la symboliser. Il dit, je comprends ce que je n'ai pas reçu et le soin dans ce cas-là devient réparation. Donc on observe que la transformation masculine relève évidemment de nouveaux modèles. Elle est inhérente, elle implique forcément la construction de nouveaux modèles et la pratique de nouveaux modèles. Qu'est-ce que c'est ces nouveaux modèles? Eh bien, une éducation émotionnelle dès l'enfance, des congés parentaux réellement partagés, des modèles masculins qui valorisent la vulnérabilité. Être vulnérable, c'est être fort, c'est être puissant. Des politiques publiques qui soutiennent la parentalité égalitaire, bien sûr. Et ceci permettrait de ne plus continuer à fabriquer des adultes qui sont coupés d'eux-mêmes, coupés de leurs émotions, vous voyez. Donc la double guérison, c'est une guérison, une mutation, une transformation culturelle. Un homme qui est privé de son monde émotionnel n'est pas puissant, il est amputé, il est vulnérable au sens amputé, il ne peut pas marcher, il ne peut pas fonctionner. Un homme au contraire qui apprend à contenir transforme son cerveau, on l'a vu. Un homme qui apprend à écouter transforme la relation. Un homme qui apprend à réguler transforme la génération suivante. Une femme qui accepte de partager le soin sans tout porter transforme l'équilibre. Et donc la double guérison ici, ce sont des femmes qui ne renoncent pas à leurs droits, des hommes qui renoncent à la domination, et une société qui choisit la régulation plutôt que la violence. Donc on observe que l'égalité, ce dont on parle aujourd'hui, sur l'affiche on a mot égalité ne sera pas seulement juridique, elle sera neurobiologique, relationnelle et transgénérationnelle. Et peut-être que le jour où contenir comptera davantage que dominer, alors le 8 mars deviendra une mémoire et non plus une urgence. Merci.
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