A meditation on Francesca Comencini's film Prima la vita and the phrase "Il tempo che ci vuole" (the time it takes). The speaker examines how the protagonist struggles to separate from her father, the director Luigi Comencini, and how her mother's absence shapes her. Moving to Paris becomes a break from a damaging family dynamic, with cinema itself offering a way to heal.
Chapters
Ci vuole, le temps qu'il faudra, le temps qu'il faut. Les processus psychiques sont longs à comprendre. L'être humain vit d'abord, puis seulement ensuite il réfléchit à ce qu'il a vécu. Prendre le temps dans une société du burn-out et du narcissisme à outrance, prendre le temps et aimer est presque devenu obscène. Osons, le temps qu'il faudra. Si vous avez regardé Prima la vita, réalisé par Francesca Comencini sur son enfance et sa vie avec son père Luigi Comencini, qui est le réalisateur de Marcellino pane e vino, vous comprendrez la référence. Il tempo che ci vuole, une phrase prononcée au moment le plus critique du récit, qui change tout pour cette femme aux prises avec un père à la fois envahissant et aimant, exerçant une paternité aussi structurante que déstabilisante. L'absence de la mère, et plus encore l'absence de mots la concernant, constitue selon moi un élément incontournable de cette enfance cinématographique et biographique, devenue errance pour une jeune femme souffrant d'un écrasement inconscient aux limites d'une dissolution psychique auprès d'un père génial. Une œuvre qui aborde la difficulté de vivre sur fond de filiation artistique et psychique, et de construction du sujet dans le contexte d'une figure parentale toute-puissante. Elle ouvre, de manière nécessairement non exhaustive, un espace de réflexion autour des questions suivantes: combien de temps faut-il pour se construire de façon autonome vis-à-vis des figures parentales? Comment préserver une filiation psychique, artistique, intellectuelle, si précieuse, sans se laisser écraser par la toute-puissance d'un ou de deux parents géniaux? Comment l'usage de substances révèle-t-il une pathologie du lien? La temporalité de la réparation, lente, imprévisible, imprescriptible aussi. Le cinéma et l'art par extension, comme dimension irremplaçable du tiers symbolique permettant l'élaboration et la réparation. L'exil ici, c'est le départ vers Paris, palidji, comme mouvement de dégagement hors de la scène pathologisante, ouvrant la possibilité d'un nouveau récit identitaire. Il tempo che ci vuole, la phrase apparaît à la fin du film que je vous conseille vivement de regarder et d'observer, de recevoir, d'analyser. Et le titre du film, je le répète, c'est Prima la vita. Prima la vita. Bon dimanche.