25-Le temps qui n’est pas gagné n’est pas du temps perdu . La vie mode d’empandémie part.6 (Série Introspection). Avec Jean-Thibault Fouletier
25 Feb 2021 · 32 min
Jean-Thibault Fouletier, a psychoanalyst, tai-chi master, and painter, left Paris after 25 years to practice in the small town of Die. He explains how rural life opened space for therapy and creativity, and how tai-chi and psychoanalysis both involve a process of untying knots. He's working on a painting called Le radeau de Lampedusa about the refugee crisis.
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Nous avons parlé dans les épisodes précédents de la narrative, du récit narratif, du fait que nous sommes ce que nous sommes par le biais des paroles, par le biais de l'histoire qu'on se raconte de nous-mêmes. Nous avons parlé de la société de la fatigue à partir de l'essai du philosophe Byul-Moo Han, philosophe coréen. Et aujourd'hui, justement, dans cette recherche, dans cette réflexion qui est la base de ce podcast, nous avons un invité qui va venir nous parler d'un choix, d'un choix qu'il a fait. Comme de nombreuses fois, les invités viennent présenter leurs choix, leurs idées, leurs réflexions, Le choix qu'a fait notre invitée d'aujourd'hui est un choix qu'on va appeler un rythme autre. Aujourd'hui, nous allons parler d'altérité, de rythme, de nature, de psychanalyse, de transfert, également de certaines normes qu'il faut réussir et avoir le courage de rompre lorsqu'on souhaite faire confiance à sa créativité. Il s'agit de l'épisode le plus bruyant qui soit et qui reflète complètement la thématique, l'enfer urbain, l'enfer urbain qui couvre presque les voix.
On arrive à comprendre ce que dit Jean Thibault en étant très attentif, donc je conseille une écoute attentive, une marche lente pour bien bien déceler les clés qu'il partage avec nous dans cette histoire Nous avons décidé de garder l'enregistrement, de le conserver tel quel parce qu'il reflète vraiment une réalité, la réalité de l'enfer urbain qui a dépassé les hommes. Un peu donc de patience, beaucoup d'attention vont donc être requises. El podcast Just in Time, porque necesitamos salir, mantenernos abiertos al movimiento, a la reflexión, caminar, observar, reflexionar para empezar algo nuevo. Aujourd'hui, nous commençons par quelques citations, quelques pensées de Tahar Ben Jelloun. Il faut se méfier de ceux qui ont des certitudes, qui ne doutent jamais, des gens en béton. La moindre fêlure dans le mur peut entraîner la chute de toute la maison. Un homme en colère est un homme qui n'a pas su dire non et éprouve en plus le remords de ne pas l'avoir fait.
Allô Mélanie?
Bien, bonjour. Jean Thibault, nous avons aujourd'hui comme invité Jean Thibault Foulquier. Alors je suis très très heureuse de pouvoir aujourd'hui parler avec toi sur ce podcast, sur le podcast Just In Time. Alors on va d'abord se soumettre, avant de te présenter, j'aimerais qu'on se soumette à un petit jeu, s'arrêter et regarder autour de soi ce qui nous entoure. Alors je vais commencer. Je suis dans la rue, donc dans la ville de Mexico, sur des pavés de couleur rose. Il y a sur ma droite une station de ce qu'on appelle ici l'Ecobici, c'est-à-dire le vélo urbain. Et je me rapproche d'un grand axe, donc il va y avoir beaucoup de bruit pendant à peu près une minute, une minute et demie. Il y a énormément de soleil, des oiseaux qui chantent, on peut peut-être les entendre et je me dirige vers le parc. Et toi, gentil beau, qu'est-ce que tu vois autour de toi?
Alors je vois, je vois la nuit parce que c'est— la nuit est tombée ici. Plus que de voir, j'entends parce que je suis au bord d'une rivière. Je traverse la petite bourgade où je me trouve. Qui s'appelle l'Isis dans la Drôme. Donc c'est le son de l'eau que j'entends. Et ici, c'est, je pense que demain ce sera un peu plus beau. Donc j'entends le son de la rivière et je vois la ville au fond. Et je suis au pied d'un des deux plus grands arbres de la ville qui font 40 mètres de haut. Et je suis sur une petite place quasiment personne ne connaît. Sur la plaine, j'ai l'habitude de donner des cours de tai-chi. Voilà, voilà ce que je vois et ce que j'entends.
Très belle description. Dans notre vie moderne et agitée, la vie de la société de la fatigue, on a perdu l'habitude d'observer ce qui nous entoure. On a perdu le— très souvent on observe une perte de la capacité de regarder, d'observer, de s'extasier. De ce qui nous entoure. Donc maintenant, je présente Jean Thibault, malgré ce bruit que vous entendez, comme je fais tous les jours. Jean Thibault, comme tu l'as dit, tu es professeur de tai-chi, maître de tai-chi, également psychanalyste, psychanalyste citadin et non citadin, et puis également peintre. Voilà, alors J'aimerais que tu nous parles, si tu veux bien, d'un choix que tu as suivi, que tu as pris récemment. C'est un choix de vie. Le sujet du jour est un autre rythme, un rythme autre et l'enfer urbain. Voilà les deux thèmes. Alors, est-ce que tu pourrais expliquer un petit peu ton cheminement par rapport à d'où tu viens, par rapport au paysage urbain, paysage rural et puis ce choix vers un rythme autre?
Alors je vais broder par rapport à ce que tu me proposes parce que comme le principe fondamental de la psychanalyse c'est la libre association et je trouve que j'ai rien préparé mais par contre évidemment je peux te rebattre. Lorsqu'on est urbain Moi, je viens de passer 25 ans à Paris où ça n'a pas été un emploi pour moi puisque fil de l'eau, j'ai dessiné un parcours où je me retrouvais complètement à contretemps, à contre-rythme de la norme et de l'âme en collectif puisque j'étais dans ce qu'on appelle bien l'astronomie, dans une forme d'extraterritorialité permanente. Je naviguais entre mon cabinet de psy, les cours de tai-chi que je donnais dans les jardins, tous les jours, c'était très agréable en fait, la peinture et l'écriture que je pratiquais chez moi. Mais si agréable que ce soit, nous avons décidé de partir dans la Drôme, on ne s'est pas bien occupé du sud, on a décidé de suivre le monde. Petite ville où nous avions vécu des années et des années et on s'est dit que c'était pas mal de partir pour vivre sur le lieu qui était le plus cher. Et je rejoins finalement par rapport à ce que tu décris être un rythme autre, le rythme autre ça rejoint un texte que je viens d'écrire une intervention dans un groupe de journalistes, un texte qui parle du transfert. Et si je me souviens bien, j'ai fini mon texte en exprimant que le transfert, c'est finalement un ailleurs permanent qui est posé au point de fuite de la parole. La moindre parole est un ailleurs. Un ailleurs, ça veut dire qu'il faut maintenir une ouverture et c'est un travail permanent. Permanente, mais cette ouverture, elle n'est qu'ailleurs, le transfert, c'est-à-dire de la relation à l'autre et à soi-même, puisque le premier des autres, c'est soi-même.
Tout à fait.
C'est ailleurs, une fois qu'il est marqué, c'est-à-dire qu'on le reconnaît, que je suis un sujet qui le reconnaît, c'est-à-dire un sujet qui en même temps est assujetti au langage, mais qui en même temps, à partir de là, peut utiliser le langage, créer des nouveaux espaces et dans ces nouveaux espaces s'y insérer dans un nouveau rythme. Voilà, absolument, c'est ça l'idée.
Oui, tout à fait. Donc un rythme autre. Toi, tu as été traversée par ce besoin d'un rythme autre. Alors tu as précisé parce qu'il s'agissait d'un lieu cher qui vous était cher. Quel a été le moment où tu as pris la décision, où tu as été traversé par cette évidence de changer de lieu alors que ce lieu te correspondait assez bien d'après ce que tu en dis?
Oui, c'est une bonne question parce qu'effectivement ce qui marque la décision, ce qui a déterminé le mouvement, c'est quelque chose de tout à fait étonnant. C'est le fait que plusieurs personnes, plusieurs de mes amis ici, donc dans ce beau lieu qu'est Die, m'ont fait remarquer que si jamais je crée un cabinet de psychanalyse, je n'allais pas pouvoir le faire sur place parce que je risquais de croiser mes patients dans la rue très souvent.
Ah, c'est très intéressant.
Oui, oui, c'est intéressant parce que finalement, oui, c'était une manière de dire la psychanalyse, c'est aussi, c'est une mise à distance qui fait qu'on peut pas exercer n'importe où. Et en fait, intéressant, je me suis dit absolument pas. Moi, je vais absolument, je vais, même si c'est un endroit où il y a 4000 habitants, où on se croise souvent. Le psychanalyste, il l'est parce que le patient le fait. Parce que l'analysant le fait analyste et il le fait durant la séance.
Absolument.
Et la relation analyste-analysant, elle est soutenue par les deux, mais on peut se croiser dans la rue, on n'est pas obligé d'être des amis, on n'est pas obligé de se saluer tout le temps. Et donc voilà, ça m'a décidé finalement à faire ce mouvement de bascule et à porter l'espace de parole de la psychanalyse dans un endroit où effectivement les analystes parisiens, qui sont des gens très, comme souvent les analystes, très fins, très engagés, très ouverts à l'espace, mais ça m'a permis de réaliser que la psychanalyse était avant tout une pratique citadine. Oui, oui, finalement ici je me rends compte que les premiers patients qui arrivent sont des gens qui n'ont pas les codes d'accès habituels à la psychanalyse. Et c'est-à-dire qu'ils viennent investir cet espace de parole absolument et radicalement autre qu'un espace de parole analytique. Ils viennent investir évidemment chacun avec sa demande, mais en tout cas avec des codes Fascinant.
Est-ce qu'une petite question pour toi, Jean Thibault? Est-ce qu'il y a quelqu'un à côté de toi qui manie une pelle? On entend un bruit de pelle ou une sorte de frottement.
Non, non, non, non, non. Ce que vous entendez, en fait, je pense que c'est la rivière.
C'est la rivière? Ah oui, c'est magnifique. C'est une force, une présence incroyable. On a l'impression que c'est vraiment quelqu'un qui manie une pelle derrière toi. C'est intéressant comme image, comme quelqu'un qui construit une construction, c'est celle qu'on est en train de faire ensemble. Alors justement, donc c'est aussi dans ce rythme autre que tu as décidé de saisir à bras-le-corps. Il y a aussi un aspect, une dimension créative de ta part en tant que psychanalyste qui s'autorise à réfléchir, à sortir également de certains principes, de certaines normes, parce que toute créativité implique rompre avec la norme. Donc c'est, je suis en train de créer un nouvel espace dans ce lieu.
Alors écoute, c'est depuis la pratique parisienne, ce sont, je fais très bref et je trace des lignes droites. En nuances. Bon, il y a quelques grandes écoles à Paris, chacune comme partout est persuadée d'être la meilleure, et chacune est tenue d'une main de fer par des personnes qui ont en général plus de 80 ans et qui ne pensent qu'à une chose, c'est de garder leur place, et qui ont cette relation avec le petit peuple des petites mains qui courbent l'échine et qui courbent la tête et qui courbent la parole. Donc ça, je pense qu'on le reconnaît tous. J'ai attendu, j'ai été en auditeur libre parce que j'aime beaucoup ce terme dans une de ces associations, auditeur libre, bon, je ne sais pas du tout ce que ça veut dire. Et puis un jour, j'ai été contacté par un ami colombien qui avec deux autres amis avait monté un groupe. Eux, ils étaient à l'école au front du champ Lacania et ils ont monté un groupe qui avait pour idée de faire des réunions, des thèmes de travail. Mais en accueillant des psychanalystes, des analysants, des psychologues, des psychiatres, des médecins, bref toutes sortes de personnes intéressées par le champ de la psychanalyse. Donc j'ai rejoint ce groupe, je suis devenu l'un des responsables et en fait la chose intéressante c'est justement je vois leur velléité, leur désir de participer à ces écoles et en même temps leur attachement à l'institution Alors l'attachement à l'institution en partie nécessaire, mais il y a un espace et c'est un thème de réflexion qui en même temps est extrêmement radical et en même temps très drôle, je trouve, par le biais, par le sens que j'aborde, c'est le terme du missionnaire. Et pour dire les choses de manière amusante, c'est la position du missionnaire, c'est-à-dire celui qui, pour dire les choses comme ça, c'est-à-dire la position amoureuse qui demande pas beaucoup d'imagination, mais qui est censée venir cadrer la jouissance du sauvage. Et moi, je trouve qu'en venant pratiquer la psychanalyse dans un endroit où personne ne pense venir la pratiquer, j'ai une position de missionnaire. Sauf que, parlant de jouissance, la pratique de l'analyse est censée précisément permettre une jouissance autre à qui que ce soit. Voilà, tout à fait. Oui, voilà, c'est le thème de mes réflexions du moment.
Voilà, excellent. Oui, absolument. Donc quel serait justement, dans cette possibilité que tu, que tu t'es offerte à toi-même et aux autres d'ailleurs, à tes patients, est-ce que, est-ce que tu pourrais tisser un lien entre ta pratique de tai-chi en tant que maître de tai-chi? Je connais un peu ta trajectoire et ta pratique psychanalytique? Alors ça, c'est une question vraiment qui part de ma réflexion, ma recherche qui remonte à plus de 10 ans sur les ponts que je dresse entre le yoga et la psychanalyse, comme tu t'en doutes.
En fait, c'est une réflexion qui est sans cesse en mouvement, mais le tai-chi, c'est donc un art martial, c'est du kung-fu. En fait, c'est ce qu'on appelle en chinois, ça veut dire le bon travail, et dans la, dans le la manière de s'exprimer occidentale, on qualifierait ça du gentilhomme ou de la gentille dame qui sait être médecin, poète, guerrier, etc., etc., qui a des connaissances. Si on enseigne l'alphabet à n'importe quel enfant dans n'importe quel coin du monde, l'enfant apprend des lettres et quelques années plus tard, il y en a qui seront poètes, il y en a qui seront politiciens, il y en a qui sont comptables, chacun ne fait pas la même chose avec les éléments dont il dispose. Pour ce qui est de la valise, on offre un espace de parole, c'est-à-dire la parole libre, ça veut dire surtout être capable d'en payer le prix, c'est ça que ça veut dire. Pour ce qui est du Daesh, chacun prend les gestes, voilà, vous avez des gestes et puis un jour on se rend compte que le geste, c'est pas pour rien, il y a quelqu'un en face, quelqu'un qu'on imaginait pas. Mais on dit à l'élève, il y avait quelqu'un en face pour faire ce geste, ça correspond à ça. Et puis ce quelqu'un en face, tout de suite, ça devient un ennemi. Et puis le pratiquant, cet ennemi, s'il le voit que comme un ennemi, il se la folle, donc il en fait un mec, ou un partenaire. Et puis ce partenaire, il se rend compte que c'est lui-même. Et puis au bout de 10 ans, 15 ans, eh ben il aura intégré le vide, le corps inimaginé qu'il avait en face de lui, qu'il ne pouvait pas imaginer, il l'aura intégré dans son propre corps en tant que vide actif. Et ça donnera une forme d'écriture. Et en fait, à regarder des pratiquants de— je pense que pour le yoga ça doit pas être la même chose, mais pour le tai-chi, chacun fait les mêmes gestes mais chacun n'écrit pas les mêmes choses. Et le corps Le corps qui se déplace dans cet espace, eh bien, il a une jouissance que l'on s'autorise ou pas. Pour ce qui est de la psychanalyse, c'est la même chose. C'est un espace de jouissance dans lequel soit on se consume, comme disait Lacan, la jouissance, ça commence par les chatouilles et ça finit par la brûlure, par le vide d'essence.
Voilà.
Et finalement, où est-ce qu'on met le curseur? Il y a ceux qui sont bloqués, il y a ceux qui ne peuvent pas s'empêcher de jouir, de jouir jusqu'à l'addiction et possiblement jusqu'à la mort. Mais finalement, se trouver un espace d'évolution où le corps puisse s'insérer de manière satisfaisante. Et satisfaisante, encore une fois, ça a un prix. Voilà. Et c'est le lien que je vais faire entre le tai-chi et le tai-chi, c'est finalement trouver une écriture que l'on puisse lire, ce qui n'est pas donné à tout le monde, c'est-à-dire pouvoir lire sa propre écriture, son propre déplacement, et pouvoir le lire dans ce que moi j'appelle l'encreux, pour faire le jeu de mots avec l'encre. Il y a l'encre et puis il y a l'encreux, E-N tiret C-R-E-U-X, et pouvoir passer de l'encreux de soi-même, voilà, c'est une forme d'écriture et de lecture tout à fait particulière puisque Lacan encore une fois disait pouvoir se reconnaître dans l'entre-soi.
Dans l'entre-soi, oui, c'est ça exactement, tu es dans l'entre-soi. Et donc dans cette vie, cette nouvelle vie pour toi, dans cet autre rythme, comment est-ce que tu pourrais décrire les nouveaux gestes puisque tu parlais d'un geste pour soi, d'un geste pour l'autre? L'autre étant soi-même. Est-ce qu'il y a une nouvelle écriture qui est en train de se faire en ce qui concerne les gestes quotidiens dans un autre rythme?
En sautillant comme ça, je dirais simplement que puisque tu as commencé par me demander de décrire ce que j'avais autour de moi, je me souviens avoir écrit un texte il y a plus de 10-15 ans de ça en disant que, par exemple, les matchs de foot étaient filmés pour des citadins. C'est-à-dire qu'on voyait des parcelles du terrain, des zooms, voilà, des gros plans. Alors que quand on joue au foot, quand on apprend, il faut voir l'entièreté de ce qui se passe sur le terrain. Et je disais à l'époque que la vision rêvée, c'était une caméra au-dessus de l'espace pour voir tous les déplacements. Voilà, eh bien, je faisais l'analogie avec des gamins que je voyais à Paris, au pied d'un immeuble. Et ce genre de gamins dont je pouvais me dire que manifestement ils avaient jamais quitté Paris et qu'ils savaient pas ce que c'était que l'horizon. Et l'horizon pour eux c'était des barres d'immeubles. Et je pense que effectivement quand on est dans un espace ouvert comme là où je suis actuellement, il y a des monts et des petites montagnes autour, l'horizon, la pensée est stimulée où les paroles, où les mots sont stimulés et ne vont pas en ligne droite. C'est un autre temps, c'est un autre rythme, pour revenir au thème de notre conversation. C'est un rythme où effectivement le temps qui n'est pas gagné n'est pas du temps perdu. En ville, quand on ne gagne pas du temps, on le perd. Et le perdre, c'est ce qu'on considère être une perte sèche, quelque chose dont on ne se remet pas. Alors que là où quand on est dans un espace naturel, eh bien on apprend effectivement qu'il y a des courbes, il y a des espaces inattendus surtout, qui renvoient au fait qu'il y a de la création et qu'il y a de la surprise, à écrire en deux mots. Et que finalement être sur la prise, sur la prise, ça se fait dans l'espace de la surprise. C'est-à-dire d'être surpris par la chose, d'être surpris par la connexion. Et les gestes que je vois ici, c'est pas très différent. Quelqu'un qui est finalement, quelqu'un qui est en ville ou quelqu'un qui est à la campagne, quand il fait du tai-chi, il n'est pas en ville, il n'est pas à la campagne, il est en relation avec son corps et il fait des nœuds.
C'est ça, il fait des nœuds dans son espace.
Chacun fait des nœuds très différents. Différent avec les mêmes gestes. Mais ce qui est passionnant à observer, à laisser faire justement, c'est de prendre le temps du dénouage et du dénouement. Alors il y a un dénouage vraisemblablement, mais il y a pas de dénouement. C'est-à-dire que faire des gestes et faire des nœuds, chacun les fait en propre, chacun ses nœuds je pourrais dire. Mais par contre, le travail pour les dénouer et rendre fluide, c'est une chose, mais une fois que c'est fluide, on se rend compte qu'il y a pas de dénouement. C'est-à-dire qu'il n'y a pas de fin parce qu'il n'y avait pas d'origine. Justement, c'est une espèce de continuum qui est rempli par du vivant et du mouvement, alors que quand on le subit dans les mégalopoles, c'est un continuum qui ne nous appartient pas, que l'on subit.
Oui, tu fais référence au fameux FOMO dont tout le monde est très souvent victime, le fameux fear of missing out, le FOMO qui fait que justement les personnes soient complètement soumise aux réseaux sociaux et qui est entretenue par les réseaux sociaux. Je voulais te demander, Thibault, si tu pouvais nous décrire pour terminer une journée, une journée, n'importe quel jour, une journée comme tous les jours, comme tous les autres jours, dans ton nouvel espace, dans ta nouvelle vérité, dans cet espace de vérité. Ricoeur disait bien que la vérité n'est pas quelque chose qu'on obtient, qu'on acquiert, c'est un espace. Donc on est en construction dans un espace de vérité. Quel est ton quotidien? Comment il se présente? Comment on pourrait le peindre?
Je peux peindre et dépeindre le quotidien actuel de manière très pragmatique, c'est-à-dire que nous sommes arrivés ici, on avait une petite maison et pour décider de vivre ici, on est obligé de faire des travaux. Donc pour le moment, nous sommes logés chez un ami dans le petit bourg. Il a un très grand appartement, heureusement pour nous. Et notre quotidien, mon quotidien, c'est les séances avec les premiers patients, c'est les cours avec les élèves et c'est d'aller voir et de mettre la main à la pâte pour la maison. Ça, c'est le quotidien actuel.
Voilà. Très bien.
Donc finalement, je n'étais pas loin quand je voyais des pelles. Tu n'étais pas très loin.
Pour le moment, ça pèle, ça bine, ça bêche, ça construit. Mais alors après, je peux en 2 mots te parler du quotidien comme je l'envisage. Donc on a décidé, ce qui est super, de construire de manière attenante un atelier à la maison. Donc en fait, je pense que dans mon atelier, je ferai mon cabinet. Et en fait, notre maison est très légèrement excentrée par rapport au petit village là, donc les patients vont être obligés de marcher pendant 5-10 minutes pour venir jusqu'à leur séance. Ça, c'est très bien. Alors il y aura des séances dans ce cabinet, il y aura toujours des cours de tai-chi dans cet endroit où je suis actuellement d'ailleurs et où je marche en faisant la marche du chat, une marche de tai-chi. Et ensuite, comme d'habitude, j'écrirai énormément et puis je vais peindre. Et le premier tableau que je vais faire, là je vais commencer à faire des études sur ce tableau, c'est en référence au le radeau de la Méduse, eh ben je vais faire en fait ce que je vais appeler le radeau de Lampedusa. C'est-à-dire, chacun sait ce qui se passe à Lampedusa, et je vais, je sais pas encore exactement comment ça se passera, mais je vais faire un tableau avec la réalité des corps dans l'eau, c'est-à-dire le tableau inversé, et ces corps en train de se noyer et en manque de souffle parce que leur territoire est investie d'une manière que l'on aura à discuter peut-être un jour. Voilà.
Tout à fait. Oui, oui, merci beaucoup en tout cas pour ce premier rendez-vous. On aura certainement très bientôt l'occasion de se retrouver sur cet espace qui est un espace en création où justement on essaie de construire un autre espace de réflexion. Et des personnes comme toi sont toujours Les bienvenus parce qu'il y a cette liberté qui est aussi le fondement de cette initiative du podcast Just In Time, de relancer la liberté à travers la parole, à travers le mouvement. Donc Jean Thibault, merci beaucoup.
Je te dis au revoir à tout le monde. Je vais prendre une photo de la pleine lune et je te l'enverrai.
Oui, s'il te plaît, qu'on puisse, que je puisse la placer en production, en post-prod sur l'épisode d'aujourd'hui.
Je t'embrasse et salut à tout le monde.
Au revoir, merci.
Merci pour votre écoute, pour vos commentaires, vos réactions sur la page officielle du podcast, également sur la page Facebook, la page Instagram, ou bien même par mail. Il est toujours agréable d'entendre vos voix pour déposer un message sur le podcast. Pour terminer, nous allons partager un texte, un très beau texte de Jean Giono. Quand le soir vient, je monte du côté de Belleville. À l'angle de la rue de Belleville et de la rue déserte, blême et et tordue dans laquelle se trouve la Bellevilloise, je connais un petit restaurant où je prends mon repas du soir. Je vais à pied. Je me sens tout dépaysée par la dureté du trottoir et le balancement des hanches qu'il faut avoir pour éviter ceux qui vous frôlent. Je marche vite et je dépasse les gens qui vont dans ma direction. Mais quand je les ai dépassés, je ne sais plus que faire ni pourquoi je les ai dépassés, car c'est exactement la même foule, la même gêne les mêmes gens toujours à dépasser sans jamais trouver devant moi d'espace libre. Alors je rends mon pas et je reste nonchalant dans la foule. Mais ce qui vient d'elle à moi n'est pas sympathique. Je suis en présence d'une anonyme création des forces déséquilibrées de l'homme. Cette foule n'est emportée par rien d'unanime. Elle est un conglomérat de mille soucis, de peines, de joies, de fatigues, de désirs extrêmement variés. Personnelles. Ce n'est pas un corps organisé, c'est un entassement. Il ne peut y avoir aucune amitié entre elle collective et moi. Il ne peut y avoir d'amitié qu'entre des parties d'elle-même et moi, des morceaux de cette foule, des hommes ou des femmes. Mais alors j'ai avantage à les rencontrer seul, et cette foule est là seulement pour me gêner. Le premier geste qu'on aurait si on rencontrait un ami serait de le tirer de là jusqu'à la rive, jusqu'à la terrasse du café, l'encoignure de la porte, pour avoir enfin la joie de véritablement le rencontrer. De tous ces gens-là qui m'entourent, m'emportent, me heurtent et me poussent, de cette foule parisienne qui coule, me contenant sur les trottoirs devant la Samaritaine, combien seraient capables de recommencer les gestes essentiels de la vie s'il se trouvait demain, à l'aube, dans un monde nu? Qui saurait orienter son foyer en plein air et faire du feu? Qui saurait reconnaître et trier parmi les plantes vénéneuses les nourricières comme l'épinard sauvage, la carotte sauvage, le navet des montagnes, le chou des pâturages? Qui saurait tisser l'étoffe? Qui saurait trouver les sucs pour faire le cuir? Qui saurait écorcher un chevreau? Qui saurait tanner la peau? Qui saurait vivre? Ah, c'est maintenant que le mot désigne enfin la chose. Je vois ce qu'ils savent faire. Ils savent prendre l'autobus et le métro. Ils savent arrêter un taxi, traverser une rue, commander un garçon café. Ils le font là, tout autour de moi, avec une aisance. Qui me déconcerte et m'effraie. Jean Giono, Les vraies richesses, 1936. Este es el podcast Just in Time para que podamos intercambiar. Tenemos la página de Facebook, podemos también intercambiar con el correo electrónico y también en la app de Just in Time, de Vinyasa Yoga Just in Time, en Wix puedes mandarnos tus mensajes. Haz tus sugerencias, preguntas, comentarios para que te vayamos respondiendo. También está la posibilidad de dejar un mensaje vocal en el mismo podcast, te podemos mandar el link para que nos dejes un mensaje vocal. Nos vemos pronto.
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