26-La cohérence, c’est quoi? , interview avec Thérese (Série Introspection)
6 Mar 2023 · 35 min
Thérèse, a French teacher, quit the classroom to build a YouTube channel for Spanish-speaking learners that now has nearly 100,000 subscribers. She talks about coherence not as a straight career path but as following intuition, and the constant tension between motherhood, teaching, and creating content.
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Vous pouvez laisser vos commentaires, témoignages écrits sur la chaîne Telegram, également par mail, également sur Facebook sur la page de Vinyasa Yoga Just In Time. Voici le témoignage, commentaire et la réaction de Justine. Reçu le 25 février, donc hier. Justine me dit, l'épisode sur le mythe de Cendrillon était oufissime. Je me suis retrouvée dans le discours de Gabrielle. On apprend des choses et ça donne envie de creuser davantage. Je me rends compte qu'en fait je ne sais rien et qu'il reste une tonne de choses à connaître sur le sujet de la libération de la femme. Bref, merci beaucoup, toujours aussi agréable à entendre. J'aimerais que plus de gens puissent écouter cela. Merci beaucoup Justine.
Bonjour, merci pour tous vos commentaires, vos messages, vos mails, vos messages sur Facebook, vos messages vocaux, vos messages de vive voix. Aujourd'hui, nous avons le plaisir d'écouter certains de ces messages que j'ai reçus par écrit, que je lis. Et nous recevons une femme française qui nous raconte comment elle a eu l'audace d'entreprendre un projet, qui nous parle de créativité, de rompre l'attachement ou la soumission même aux institutions et de continuer à garder et à nourrir un désir en mouvement. Nous écouterons également le témoignage et les apports réalisés par Margarita sur Sol Juana Inés de la Cruz. Alors, Sor Juana, ici lorsqu'on vit au Mexique, on sait qu'il s'agissait de, il s'agit de la plus grande poétesse et puis la représentante de la libération féminine à son époque. Donc Margarita explique pourquoi l'épisode sur Virginia Woolf et l'épisode, des épisodes sur la sœur de Shakespeare en train de laver les assiettes lui ont fait penser à Sol Juana Inés. Ça me donne donc très très envie de faire un épisode sur Sol Juana parce qu'effectivement quand on a la chance de vivre ici et qu'on a accès à ses œuvres en espagnol, c'est un plaisir puis aussi une grande source d'inspiration. Donc merci beaucoup Margarita pour ta générosité, et ton partage dans cette intervention. Pour ceux et celles, celles et ceux qui parlent espagnol, vous allez pouvoir vous régaler.
El podcast just in time porque necesitamos salir, mantenernos abiertos al movimiento à la réflexion. Caminar, observar, reflexionar para empezar algo nuevo. Et voici le témoignage de Nadia du 23 février. J'écoute l'épisode sur les maladies rares, c'est fou. Génial que tu te sois écoutée. Je pense pareil. On nous enseigne à nous bourrer de médocs au lieu d'écouter notre corps qui a aussi des capacités propres. C'est top.
Pues al escuchar el podcast de la hermana de Shakespeare. Y de Virginia Woolf sobre una habitación propia, inevitablemente pensé en Sor Juana Inés de la Cruz, que fue un genio, una mujer genio nacida aquí en este país, y que a muy corta edad aprendió a leer y escribir. Lo mismo, a los 12 años ya dominaba a la perfección el latín, y así siguió. Siguió con sus grandes estudios y tuvo la oportunidad de vivir, de ser dama de compañía de la virreina, y fue sometida a una prueba intelectual y dejó boquiabiertos a sus escuchas. Ni duda cabe de su, de su gran talento, y sin embargo, a muy temprana edad, sobre los 18 años, ella prefirió ser monja. Yo espero que, o pienso también, que en parte fue porque pues en el siglo XVII las mujeres tenían poca esperanza para tener un desarrollo personal, ¿no? La finalidad pues era esa, casarse y tener hijitos. Y ella prefirió pues eso, enclaustrarse. Y no dudo que la vida en los claustros, en los conventos, pues también es bastante dura, severa, con cantidad de labores. Pero a pesar de ello, en sus tiempos libres pues se dedicó a continuar sus estudios, sus conocimientos, insaciable y llegó a reunir más de 4000 libros. O sea, tuvo una biblioteca personal inmensa. Y bueno, pues le hacían, le pedían poemas por encargo, y vaya que los hacía hermosos, tanto de amor como de desamor, sus famosos sonetos. También, bueno, pues la redondilla famosa de hombres necios que acusáis también da muestras de su pensamiento. Y sobre todo, bueno, a mí me encanta su poema Primero Sueño, en donde el alma abandona el cuerpo para, pues, para hacer un viaje astral en busca de todo el conocimiento Y bueno, en donde relata el despertar de los sentidos. En fin, hay toda una cátedra en la UNAM solamente de este poema, así de inmenso es. Y bueno, pues fue reconocida, fue recriminada por su confesor, ¿no? Obviamente tachada de hereje y condenada por la Inquisición, ¿no? Por tratar temas profanos, ¿no? Por saber más de la cuenta, por hablar y decir. A lo cual pues ella siempre se defiende reclamando los derechos de la mujer a una educación. Por cierto, también murió de una epidemia en el claustro. Pues nada, haciendo honor a nuestra querida Sor Juana.
Voici la réaction, témoignage, le commentaire de Catherine. Catherine me dit Hier également, 25 février. Moi, je n'arrive pas à commenter sur le podcast, j'écoute sur Spotify et c'est dommage car ce serait mieux de le faire tout de suite, mais tant pis. D'abord, c'est marrant car je t'ai dit dans un message précédent que j'adorais entendre ta voix et dans un des premiers podcasts que tu as enregistrés, tu parlais du fait que tu avais toujours aimé jouer avec ta voix. C'est plein d'émoticônes sympathiques et puis ça me replonge au Mexique tout ça. Ça, ce Mexique que tu dis qu'on a du mal à quitter. C'est vrai, j'adore entendre les bruits de la rue, bien sûr, les colchones, 3 points de suspension, mais aussi dans un enregistrement précédent, il y avait le sifflement du petit four pour les patates douces, les camotes. Tu n'en as pas parlé parce que je pense que ce podcast était en espagnol et qu'il n'avait pas besoin d'expliquer aux Mexicaines. Et oui, tout à fait, Catherine. Et puis j'aime bien tes courses sans emballage. Moi, je me suis trouvé un bio chez qui on n'a qu'à chercher des cagettes chaque semaine. Pas encore la bouteille vide pour l'huile d'olive. Il y en a plein dans Lyon, mais dans le coin de Bessnay, je ne sais pas trop. En tout cas, un compost va être créé rapidement dans notre jardin. Bon, il y a plein d'autres commentaires que j'aurais pu te faire, mais il faut que je le fasse à chaud, sinon j'oublie. En tout cas, généralement, je me régale. Eh bien, Catherine, continue de faire tes commentaires comme ça. Mail, c'est très bien si tu le souhaites. Et de toute façon, comme tu le vois, tes commentaires et réactions apparaîtront dans le podcast.
Aujourd'hui, nous allons parler de cohérence, mais pas de la cohérence dont on entend souvent parler, la cohérence, par exemple, la cohérence professionnelle. Je vais commencer par raconter une anecdote. Qui me vient à l'esprit en réfléchissant à l'introduction de cet épisode. Lorsque j'ai fini Sciences Po Paris, j'avais une place dans un DESS de marketing à Sciences Po. Sciences Po dont on parle beaucoup malheureusement aujourd'hui pour les mauvaises raisons, ou peut-être les bonnes d'ailleurs, pour tous les sujets, tous les secrets qui sortent des placards. Et donc lorsque je suis allée à la direction de Sciences Po, du DESS de marketing, pour dire que je ne prenais pas cette place et que je préférais partir faire un master en relations internationales, surtout basé sur l'Europe, en Angleterre, on m'a dit, vous êtes en train de prendre une décision très grave, vous ne pourrez pas revenir en arrière, réfléchissez bien. Donc sous le ton de la menace, je n'ai pas été, je ne suis pas tombée dans ce piège et j'ai continué mon chemin. Je réfléchissais à cette anecdote parce que souvent en France, on nous demande de faire un seul choix professionnel et la cohérence voudrait qu'on reste sur ce choix à vie parce qu'on n'aurait pas le droit de revenir en arrière, comme si la rationalité à la française n'incluait pas la possibilité de réfléchir et de se dire, non, en fait, là, je suis en train de prendre une mauvaise voie, ou bien, ça a marché un instant et là, ça ne va plus pour moi, ce n'est plus cohérent. Mais là, d'un point de vue de la cohérence spirituelle, la cohérence du cœur, la cohérence de son ressenti. Et aujourd'hui, c'est bien pour cette raison que j'ai invité Thérèse. Thérèse est enseignante et elle a, il y a quelques années, eu une idée, une idée novatrice de développer un projet complètement différent mais lié avec ce qu'elle faisait. Cependant, Ce qu'elle a pu observer, c'est que ce projet a pris de l'ampleur. Donc je vais donner la bienvenue à Thérèse.
Bonjour Thérèse, bonjour, est-ce que tu m'entends?
Bonjour, très bien, parfait, parfait, avec le micro comme ça c'est parfait. Bien, alors tu as entendu un petit peu d'où vient ma réflexion, de l'idée de cohérence à la française et puis une sorte de refonte de l'idée de cohérence. Ce qu'on fait beaucoup dans ce programme, c'est réfléchir, poser des nouveaux jalons, se donner plus de liberté, donner plus de place à la créativité et donc au bonheur finalement. Et est-ce que tu pourrais partager avec nos auditrices et nos auditeurs un peu ton histoire? Comme j'ai déjà dit que tu avais, tu étais au départ enseignante et puis ce nouveau projet, je n'ai pas donné de détails particuliers. Ton histoire est très intéressante, je te laisse la parole. Comment ça s'est passé?
Alors oui, bonjour.
Alors avant de commencer, est-ce que tu pourrais décrire ce qui t'entoure? C'est très important puisque ce podcast, on le fait en marchant, en observant ce qui nous entoure, comme je le fais depuis cette semaine. Moi, je suis entourée d'arbres et de feuilles au sol. Il y a un soleil magnifique qui traverse les arbres. Et puis il y a de la paix, la paix partout et le calme.
Moi je suis en train de bouger mais plutôt autour de chez moi. Je suis en train de me préparer pour sortir donc avec mes enfants, la poussette, la voiture, le bazar, comme d'habitude.
Oui, oui, on va parler de ça justement. Comment est-ce qu'on peut se donner le droit de développer plusieurs activités, tout en étant une femme. On a réfléchi depuis plusieurs jours sur la condition féminine avec Virginia Woolf. Voilà, donc maintenant tu peux y aller, je te laisse la parole.
Merci beaucoup pour la description. Je me présente, je m'appelle Thérèse, je suis professeure des écoles. J'ai toujours travaillé dans la pédagogie et je ne suis jamais restée très très longtemps dans un champ spécifique. En fait, mais j'ai toujours travaillé dans l'enseignement, etc. Mon parcours rapidement, moi j'ai grandi en région parisienne et assez tôt je me rappelle que j'avais très très envie de voir le monde en fait, de partir, de voir autre chose que voilà, que les quartiers de région parisienne où les gens un petit peu tous les mêmes objectifs de vie, etc. Voilà, faire des études ou pas, créer une famille, acheter un appartement, partir en vacances une ou deux fois par an si on a de la chance, etc. Voilà, j'avais envie de voir autre chose, de tester d'autres cultures, d'autres façons de faire. Et ça, je pense que depuis très très jeune Voilà, par contre, j'avais l'impression que c'était presque impossible en fait dans l'endroit où j'ai grandi, très très complexe. Mais voilà, je considère que j'ai eu beaucoup de chance, j'ai pu saisir des opportunités qui m'ont été offertes par d'autres pays. Donc voilà, j'ai commencé par étudier en France, ensuite j'ai terminé mes études en Angleterre grâce à une bourse parce qu'en Angleterre on manque beaucoup de professeurs. Donc je me suis qualifiée comme enseignante là-bas et j'ai, à Londres—
À quel endroit Thérèse, en Angleterre?
Donc je me suis qualifiée à Londres comme enseignante dans un premier temps et puis à la fin de cette formation j'ai commencé à travailler dans des écoles Assez rapidement, j'ai eu envie de changer, comme d'habitude un petit peu. Et là, je me suis redirigée vers le monde du FLE. Donc j'ai remplacé une enseignante à l'Alliance française de Gérone, à côté de Barcelone, juste pendant un été pour tester.
Alors, est-ce que tu pourrais expliquer ce qu'est le FLE pour les auditeurs ou téléspectateurs qui ne savent pas ce qu'est le FLE?
Oui, le FLE, donc le Français Langue Étrangère. Donc il s'agit d'enseigner le français à des personnes natives d'autres langues. Voilà, donc c'était pas exactement ce pourquoi j'avais étudié. J'avais étudié pour vraiment être enseignante dans le milieu scolaire britannique, mais bon, ça se rejoignait un petit peu. Et puis ils ont eu besoin d'un remplacement urgent là-bas, donc j'ai postulé. 2 jours après, voilà, je suis arrivée sur place. Ça m'a beaucoup plu et j'ai eu envie de me lancer dans le monde du FLE. J'ai passé mon diplôme, tout ça, je dirais pas qu'il m'a servi à rien parce que finalement dans la vie tout sert à quelque chose. C'est un petit peu, voilà, ce que tu disais, que finalement on fait des choses, certaines personnes le voient comme, comme voilà, la porte d'entrée vers un chemin tout tracé, et en fait pas forcément. C'est quelque chose qui peut nous aider dans d'autres contextes, dans d'autres domaines, vers d'autres chemins. Donc voilà. Et là, j'ai fait quelques années de FLE, donc dans des Alliances Françaises. J'ai un petit peu voyagé, j'ai travaillé dans beaucoup de pays différents. Je me suis beaucoup, beaucoup attachée au Mexique, mais j'ai quitté le Mexique plusieurs fois et à chaque fois je suis revenue. Voilà. J'ai travaillé aussi comme gouvernante familles importantes. J'ai travaillé pour la famille royale de Jordanie par exemple. Donc c'était, je vivais avec eux, j'enseignais le français à leurs enfants et puis je gérais un petit peu le personnel pour les enfants, ce genre de choses. Donc c'est aussi très différent, très intéressant.
Ça devait être très intéressant aussi d'un point de vue anthropologique.
Très intéressant, voilà. J'ai vu des choses que j'imaginais même pas qui pouvaient exister. Mais voilà, j'ai pas duré très longtemps. Combien de temps ça a duré? Un an et demi. À peu près. C'était un petit peu trop intense et puis ça correspondait pas exactement à ce que je voulais faire. Mais bon, j'ai toujours travaillé dans la pédagogie, j'étais quand même dans ce champ-là. Et quand ça, ça s'est terminé, donc à ce moment-là, j'ai intégré le système éducatif français cette fois-ci et j'ai passé un concours pour être professeur des écoles en France, donc un petit peu l'équivalent de ce que j'avais déjà en Angleterre, mais bon, pour le contexte de la France, on peut pas avoir d'équivalence. Donc j'ai dû refaire ce contrôle-là, mais en France. Et à un moment donné, au bout de 2-3 ans de pratique dans ce domaine-là, j'ai eu envie de changement, pour changer. Mais au lieu de complètement partir, j'ai décidé en parallèle d'ouvrir une chaîne YouTube toujours dans le lien de l'enseignement. Voilà. Et donc cette chaîne, c'est une chaîne de FLE, donc c'est-à-dire ce sont des classes de français, des petites activités de français ludiques pour les hispanophones.
D'accord.
Et aujourd'hui, tu as combien de followers?
Alors aujourd'hui, je dois avoir entre 90 000 et 100 000 abonnés sur YouTube. C'est voilà mon réseau principal. Oui, ça grandit vite, c'est une très jolie communauté. Je suis pas très, très active dessus, mais voilà, j'ai une communauté qui me suit, qui me pose des questions, etc. Donc c'est quelque chose qui génère beaucoup de partage, d'échanges avec les gens et beaucoup de travail.
Oui, alors d'où t'est venue l'idée d'ouvrir, de sortir de la salle de classe et d'aller finalement conquérir d'autres lieux comme internet, comme YouTube? Quel a été le fondement de ces mouvements, de ton désir?
Alors le fondement, ça fait des années. Je pense que depuis que j'ai découvert YouTube, il y a 5-6 ans, j'ai voulu en fait participer à ça pour pouvoir me connecter et partager avec des personnes par rapport à des intérêts communs et pour pouvoir aider des personnes qui ont peut-être envie d'apprendre le français et qui n'ont pas les moyens soit économiques soit physiques de se rendre dans une école de langues, etc.
C'était vraiment Voilà, alors en écoutant, d'accord, très intéressant. En écoutant ce que tu as dit tout à l'heure, est-ce qu'il y aurait un lien entre la jeune fille ou la petite fille qui considérait qu'il allait être impossible d'atteindre ses rêves avec toutes ces, peut-être certains obstacles que tu n'as pas décrits mais qu'on a pu peut-être visualiser, et justement ce mouvement d'ouvrir, de sortir de la salle de classe et d'entrer, d'aller aider des personnes qui n'auraient pas forcément accès à certaines formations.
Oui, oui, bien sûr, je pense que c'est complètement lié. Et pour moi aussi personnellement, bien sûr, ça m'a permis de me créer une certaine, comment dire, une certaine visibilité en fait sur internet. Ça, c'est quelque chose que j'ai pas vu au début, mais après quelques mois, quand la chaîne a commencé à bien fonctionner, je me suis rendu compte que vraiment ça peut ouvrir beaucoup de portes, pas forcément à niveau professionnel, mais même à niveau personnel. C'est-à-dire qu'avant, j'étais, je considère que j'étais pas une personne créative du tout. Et là maintenant, depuis quelques mois, ma chaîne doit avoir un peu plus de 2 ans, j'ai besoin de créer des choses. Pour moi, c'est nouveau, créer des vidéos, des concepts, chercher des idées, etc. Et c'est quelque chose qui me fait vraiment du bien. Donc il y a ça avec les réseaux sociaux. Et oui, voilà, je pense que c'est aussi une forme de— les réseaux sociaux permettent vraiment de démocratiser un petit peu l'accès à la culture, à l'éducation, au divertissement, etc., dans le sens où tout le monde peut partager quelque chose et proposer un accès à quelque chose, alors que Avant YouTube, internet, etc., on pouvait avoir accès seulement à ce que nous proposait une certaine élite.
Donc en fait, c'est rompre avec l'institution, n'est-ce pas? C'est la liberté face à l'institution, ce dont tu parles, en partie. On aborde, et d'ailleurs j'ai abordé déjà, tous les effets pervers des réseaux sociaux au niveau psychologique, mais là tu parles d'un aspect très positif qui est la démocratisation, la rupture avec les institutions et la créativité. En quoi est-ce que cette explosion de créativité pour toi est revenue? Est-ce qu'il y a eu une sorte de retour de bâton positif sur ta propre vie? Est-ce que tu es devenue toi-même plus créative dans l'élaboration de tes scènes?
Oui, moi je pense que bien sûr ça m'aide à découvrir de nouvelles choses parce que forcément, bon, je J'ai ma chaîne, mais j'essaye de travailler avec d'autres personnes qui sont dans le milieu. Je me mets en contact avec beaucoup d'enseignants de FLE à travers le monde, par exemple des Mexicains qui me demandent comment tu fais ci, j'ai des élèves qui me posent telle question, comment tu peux travailler telle notion, ou j'aimerais bien me lancer sur Instagram, est-ce que tu peux m'aider? Voilà, donc oui, moi ça C'est ça. Eux aussi m'inspirent. Ce que je veux dire, c'est que le fait de m'être lancée sur YouTube, oui, ça a créé beaucoup d'envie chez moi de partage et de créativité, mais j'apprends aussi beaucoup en regardant ce que font les autres sur internet et dans ma vie personnelle. Ouais, voilà, je pense que oui, il y a forcément un intérêt personnel. Après, je me rends pas forcément compte par moi-même. Mais oui, dans la façon de penser, par exemple la petite introduction que tu as faite, oui, ça m'a complètement parlé dans le sens où parfois j'envisage depuis quelques mois de me consacrer complètement à ma chaîne YouTube, etc., mon école en ligne. Et quand j'en parle avec mes amis, la première réflexion c'est toujours, ah bah non, tu as passé le concours pour être professeur des écoles. Donc tu peux pas faire autre chose, c'est dommage. Voilà. Et moi, j'ai pas du tout ce raisonnement-là, en fait.
C'est ça, finalement, ça annule la liberté de ne pas pouvoir dire c'était bien, maintenant c'est plus bien, on passe à autre chose.
Il faut penser un petit peu hors de la boîte, comme on dit en anglais. Moi, je considère que c'est pas parce que j'ai réussi quelque chose qui était dur à faire Après, voilà, c'est terminé, je reste sur cet acquis-là et puis tranquille. Moi, je ne suis pas capable d'être comme ça.
Oui, alors bien sûr, toi, tu as choisi la voie difficile et la voie du courage, la voie du travail parce que tu ne le dis pas, mais c'est certainement énormément de travail au niveau de ta condition, la condition féminine. Est-ce que c'est difficile d'avoir 2 métiers dont un qui est très preneur de créativité, d'énergie, d'avoir 2 enfants. Comment est-ce que tu t'organises pour mener de front la vie en tant que professeure des écoles, la vie en tant que YouTubeuse avec une chaîne de 90 000 followers, une maman de plusieurs enfants d'après ce que tu as dit? Et comment est-ce que tu gères la vie quotidienne? Puisqu'ici on parle aussi de vie quotidienne mode d'emploi, j'appelle ça mode d'emploi en pandémie parce qu'on C'est parti de ce moment-là historiquement, mais comment est-ce que tu gères? Est-ce que c'est difficile? Est-ce qu'il y a des moments où c'est pas possible? Comment ça se passe?
Alors moi, je suis très intuitive, c'est-à-dire que je fais ce que je veux en gros. Donc voilà, je fais pas partie des gens qui font des listes, des plannings. Voilà, si on regarde ma chaîne YouTube, j'ai des mois où il y a zéro vidéo, il y a des mois où il y en a 3. Je fais selon mes envies, selon mes disponibilités. Évidemment, pour le travail comme professeure des écoles, je travaille tous les jours, forcément. Et donc voilà, mes priorités, mon travail de professeure des écoles. Tout ce que je fais, c'est en fonction de mon énergie, mon énergie, de mon intuition, de mes envies. Mais je suis incapable de suivre une to-do list ou ou un planning. Donc voilà, il y a certaines semaines, je sens qu'il y a trop de choses, donc là je vais mettre tout ce qui est internet sur pause en fait, et je vais me recentrer sur mes enfants, sur ma famille, et puis sur mon travail. Mais bon, évidemment, il y a des semaines où c'est un petit peu plus difficile que d'autres. J'ai beaucoup de semaines où j'ai beaucoup de frustration parce que justement j'ai toute cette créativité, j'ai des idées, je discute avec des personnes avec qui on fait des collaborations sur internet, etc. On a envie de faire des choses, mais souvent je ne peux pas les faire. Voilà, c'est ça. Donc ça peut vraiment beaucoup, beaucoup me frustrer, mais voilà, j'essaye toujours de prendre du recul. Et de me dire, bon, en tant que femme, évidemment, on a une espèce de bataille spécifique aux femmes, je dirais, surtout quand on a une famille, parce qu'on nous met un petit peu, malgré tout, même par nous-mêmes, beaucoup de responsabilités dans le quotidien. Moi, j'ai un mari qui n'est pas du tout macho ni rien du tout, mais même comme ça, de manière naturelle, en fait, on a un peu tendance à nous prendre charge tout ce qu'il faut, toutes les choses importantes à la maison. Donc parfois j'ai besoin de dire stop et de rééquilibrer les choses. Ça arrive assez régulièrement. Et ça, oui, je pense que ça fait souvent, c'est, ça fait partie plutôt de la condition de femme.
Tout à fait, rééquilibrer en permanence. Et donc puisque tu parles de frustration, de rééquilibrage, comment est-ce que tu prends soin de toi?
Ouh là là, quand il s'agit de te rééquilibrer, ouh là là, ça, malheureusement, ça doit être la dernière chose sur ma liste de priorités. Et je sais que c'est pas bien du tout. Donc ça, c'est un petit peu, voilà, c'est quelque chose de manière générale que j'ai du mal à gérer. J'ai des petites périodes, voilà, où je vais me motiver, un petit peu comme les bonnes résolutions de nouvelle année. Voilà, ça va durer un mois, je vais réussir à faire tout que j'ai envie de faire, c'est-à-dire prendre soin de moi émotionnellement, physiquement. J'aime beaucoup la course à pied, il y a des activités que j'adore. J'aime bien faire du yoga, j'aime beaucoup méditer, mais au bout de quelques semaines, avec toutes les choses que j'ai envie de faire, que je dois faire, etc., petit à petit je m'occupe plus du tout de moi. Donc ça, c'est, voilà, il y a Oui, ça c'est vraiment une caractéristique féminine.
On en a beaucoup parlé dernièrement dans les épisodes. C'est la femme en général s'occupe d'abord de tout le monde, c'est-à-dire tout le monde met son gilet de sauvetage avant elle, elle le met en dernier. Voilà, en général. Après, on n'a pas, il n'y a pas de règle ni de schéma, mais c'est une tendance.
C'est vrai que je pense que les femmes, on est beaucoup plus dans le sacrifice et puis surtout D'accord. Souvent à partir du moment où on a des enfants, voilà, moi c'est très très compliqué de me dire allez, je vais les laisser un après-midi avec des copains, ça me prend un effort immense. Bon là de toute façon avec la pandémie c'est pas possible, mais en temps normal je prends pas de temps pour moi, très très peu. Et régulièrement j'y pense en me disant quand même il faudrait que tu t'assoies et que tu essayes de dégager du temps pour faire certaines choses. Mais voilà, c'est un petit peu bloqué en ce moment.
Voilà, d'accord. Donc tu dirais que d'un côté il y a ce besoin de créativité que tu as pu identifier, ce besoin de changement permanent, donner une place au changement quand on le ressent, et là il semblerait que il y ait un besoin de changement aussi au niveau de la place qu'on donne à soi-même finalement, aux soins de soi, à ce qu'on appelle le soin de soi, la culture de soi comme l'appelait Foucault. Donc c'est très intéressant parce que finalement tu es peut-être en train d'élaborer un livre.
Je pense qu'il y a quelque chose en cours effectivement. En général quand il y a un grand changement qui arrive, bon, je sens qu'il y a quelque chose qui me dérange, je sens qu'il y a un obstacle quelque part, j'ai un peu de mal à visualiser Jusqu'au moment où j'ai vraiment une sorte d'épiphanie et je me dis non, il faut que j'arrête de faire ça, il faut que je fasse ça et voilà. Donc voilà, je suis en plein dedans en ce moment, je suis en pleine réflexion.
Très bien.
Et en même temps il y a la difficulté qu'on est quand même dans une période spéciale de transition, etc., d'incertitude. Donc pour moi c'est pas comme d'habitude, je peux pas vraiment me dire allez j'arrête de faire ci, je commence à faire ça. Dans le sens où je me dis on n'est pas dans le monde, dans le monde normal entre guillemets, c'est-à-dire qu'on va changer de façon de vivre sûrement d'ici 2 ans, les choses seront différentes. Donc c'est un peu difficile de prendre des décisions importantes en ce moment.
Oui, d'ailleurs c'est une question, c'est vrai, c'est une question qui revient. Est-ce que vraiment cette période va durer? Pendant combien de temps va-t-elle durer? Est-ce que c'est vraiment, ou alors est-ce que c'est une nouvelle façon de vivre qui est en train de de s'instaurer, en train de lancer les bases d'une autre société. On ne sait pas. Donc devant cette— finalement, c'est un reflet de l'incertitude qui existe en permanence, mais on a toujours l'illusion de la certitude. Bien, merci beaucoup Thérèse, merci du fond du cœur pour ce partage très inspirant. Je suis sûre que Il y aura de nombreux commentaires et réactions à ce que tu as dit. Ça va certainement donner envie à de nombreuses personnes d'entreprendre certains projets comme tu as eu le courage, j'aurais envie de dire l'audace de le faire. Continue donc dans ton audace, continue à être audacieux et audacieuse.
Non mais je te remercie beaucoup et j'aime beaucoup ton podcast. Ça me fait beaucoup de bien de l'écouter et ça me crée des réflexions intéressantes. Merci à toi.
Merci, c'est l'idée de garder le désir en mouvement justement. À très bientôt et passe une bonne après-midi. Continue tous tes projets.
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