59. Nous “inter-sommes” (Série Thich Nhat Hanh)
31 Jan 2022 · 24 min
Thích Nhất Hạnh teaches inter-being: the idea that ancestors, descendants, and the present self are inseparable. His monastic life during the 1945 famine and Indochina War shaped his emphasis on non-violence. Mindful walking, breathing, and cooking can transform inherited habit energies and benefit past and future generations.
El podcast Just in Time, porque necesitamos salir, mantenernos abiertos al movimiento, a la reflexión, caminar, observar, reflexionar para empezar algo nuevo.
Dans ce chapitre 2 intitulé Nous sommes nos ancêtres et nos descendants, Thích Nhất Hạnh explique le lien entre le karma, les ancêtres, les paroles, les désirs, les actes. Il ramène l'analyse au premier jour de la gestation et parle du fait que lorsque nous avançons sur le chemin de la vie, nous ancêtres sont présents dans chacune de nos cellules. Bonne lecture, écoutez, et bon dimanche. Thích Nhất Hạnh a reçu les préceptes de novice au petit matin de la pleine lune du 9e mois lunaire de 1945. Malgré les tensions qui règnent hors des murs du temple avec l'occupation japonaise du Vietnam, mais 1940-1945 et la pénurie de nourriture pendant la terrible famine de 1945, Thay se souvient de sa période de noviciat comme d'une période heureuse. Les années qu'il passe au temple de Tuy Hue sont une époque de simplicité rustique. Il n'y a ni électricité, ni eau courante, ni toilettes. En tant que jeune novice en formation, ses tâches quotidiennes consistent à couper du bois, apporter de l'eau du puits, à balayer la cour, à travailler dans le jardin, à s'occuper des vaches et, quand c'est la saison, à aider aux récoltes et à battre et moudre le riz. À chaque fois que Thay a l'occasion d'être l'assistant de son maître, il se lève avant l'aube pour allumer un feu et faire bouillir de l'eau avant de préparer son thé. Dans le temple, le principe zen selon lequel pas de travail, pas de nourriture s'applique à tous, du plus haut moine au dernier arrivé. Dans l'esprit de la lignée zen du maître Linji, Tai apprend à devenir pleinement présent et concentré sur chaque tâche, qu'il s'agisse de laver la vaisselle, de fermer la porte, d'inviter la cloche du temple ou d'offrir de l'encens à l'autel. Il reçoit un petit livre, le Vinaya essentiel pour un usage quotidien, 50 courts vers en chinois classique qu'il doit mémoriser et réciter en silence à chaque acte de la vie quotidienne pour maintenir sa concentration. Nous sommes nos ancêtres et nos descendants. Avez-vous des souvenirs de votre séjour dans le ventre de votre maman? Nous y avons tous séjourné environ 9 mois, ce qui est relativement long, et certains d'entre nous en ont gardé quelques souvenirs ou quelques sensations. Nous arrivait-il de sourire ou de pleurer? Notre tendance naturelle lorsque nous sommes heureux est de sourire. Il est donc fort probable que nous ayons tous eu l'occasion de sourire durant ces 9 mois. Personnellement, j'ai déjà pu voir des enfants sourire durant leur sommeil. Il doit certainement y avoir quelque chose de merveilleux en eux pour qu'ils sourient ainsi. Peut-être avons-nous gardé l'impression d'avoir vécu dans un paradis dans lequel nous nous sentions en sécurité, protégés, où nous n'avions à nous préoccuper de rien. Mais à présent, nous avons perdu ce paradis. En vietnamien, utérus se dit tu cung, le palais de l'enfant. Lorsque les Français reviennent pour reconquérir le Vietnam en 1945, la violence ne fait qu'augmenter. De nombreux jeunes moines sont tentés par l'appel aux armes lancé dans des pamphlets communistes, mais Thay demeure convaincu que le bouddhisme, s'il était actualisé et rétabli dans ses enseignements et ses pratiques de base, pourrait vraiment contribuer à soulager la souffrance dans la société et offrir une voie non violente menant à la paix, à la prospérité et à l'indépendance vis-à-vis des puissances colonisatrices, tout comme il l'a fait au cours des célèbres dynasties Lý et Tần du Vietnam médiéval. Dans ce palais, notre maman mangeait pour nous, elle buvait et respirait pour nous. À votre avis, vous arrivait-il parfois de rêver? Certes, dans le ventre de notre mère, nous ne pouvions pas encore voir le ciel ni les rivières. Mais dans nos rêves, peut-être y avait-il déjà quelque chose. Il est possible que nous percevions ce que notre maman voyait dans ses rêves ou que nous pleurions comme elle si elle rêvait de quelque chose de douloureux et qu'elle versait des larmes. Et lorsqu'elle souriait, peut-être faisions-nous pareil. Nous formions une seule personne et non deux. Nous étions physiquement reliés par le cordon ombilical et c'est par ce cordon que notre maman nous procurait nourriture, boisson, oxygène et tout ce dont nous avions besoin, y compris l'amour. Cela ne veut pas dire que notre papa ne nous apportait rien durant cette période. Certains d'entre nous ont eu un père qui était conscient de leur présence et qui savait être particulièrement attentif à notre mère pour qu'elle, à son tour, puisse prendre soin de nous. Peut-être lui parlait-il d'une voix aimante ou, sachant que nous pouvions l'entendre, nous parlait-il à nous. À travers le ventre. Certains parmi nous ont peut-être eu la chance d'avoir une maman qui leur parlait quand ils étaient encore en elles. Nous pouvions parfois l'entendre et lui répondre. À l'inverse, elle aura certainement oublié notre présence à certains moments. Alors nous lui donnions un coup de pied pour nous rappeler à elle. C'était comme une cloche de pleine conscience qui la réveillait et l'invitait alors à répondre, mon enfant chéri, je sais que tu es là et j'en suis très heureuse. À notre naissance, le cordon ombilical a été coupé et nous avons poussé notre premier cri. Baignés de lumière tout autour de nous, nous devions respirer par nous-mêmes. Peut-être notre maman continuait-elle à nous envelopper de ses bras, nous donnant la sensation d'être encore en elle, même si nous n'y étions plus. Elle nous enveloppait de tout son amour et nous faisions pareil. Même si nous n'étions plus reliés par le cordon, nous étions encore en lien de manière très concrète et intime. En 1947, le maître de Thay l'envoie étudier et vivre à l'Institut d'études bouddhistes de Bangkok, à Huế, non loin du temple. Sa formation se déroule sur fond de Première Guerre d'Indochine, 1946-1954, car après le retrait des Japonais, une lutte violente a éclaté entre les forces françaises et le Viet Minh nationaliste engagé dans la guérilla pour mettre fin au régime colonial. Plus de 50 000 personnes meurent dans les combats alors que les Vietnamiens se battent pour obtenir une indépendance telle que celle que l'Inde allait obtenir des Britanniques. Les escarmouches et la violence n'épargnent ni les moines ni les temples. Ces derniers deviennent un lieu de refuge pour les révolutionnaires qui fuient les Français. Bien que non armés et non violents, de nombreux moines, parmi lesquels des amis proches de Thay, sont abattus et assassinés. Les raids des soldats français à la recherche de résistants ou de nourriture sont fréquents dans les temples. Thay se souvient très bien d'un raid où des soldats ont réquisitionné le peu de riz qu'il leur restait. Inter-être. Le terme inter-être est cher à Thích Nhất Hạnh. Il l'utilise très fréquemment pour illustrer le fait que tout dans l'univers est relié, que rien n'existe par soi et que tout être, toute chose dépend de multiples autres conditions pour exister. Comme il l'explique dans le texte Inter-être ou l'interdépendance de tous les phénomènes. Le mot inter-être ne figure pas encore dans le dictionnaire, mais en combinant le préfixe inter- et le verbe être, nous obtenons un nouveau verbe inter-être. Sans nuage, nous n'aurions pas de papier. Nous pouvons donc dire que le nuage et la feuille de papier inter-sont. Dans le cœur de la compréhension, village des pruniers. 1990. Avec la pratique de la méditation, nous pouvons encore percevoir le cordon ombilical qui nous relie à notre maman. Nous voyons qu'elle n'est pas seulement à l'extérieur mais aussi en nous. Grâce à la vision profonde, nous pouvons voir les cordons ombilicaux qui nous relient aux autres choses, aux autres personnes. Imaginez un cordon qui vous relie au soleil. Le soleil se lève chaque matin et c'est grâce à lui que nous pouvons profiter de la lumière et de la chaleur. Sans le soleil et sans la chaleur, nous ne pourrions survivre. De la même manière qu'un bébé dépend de sa mère, nous dépendons du soleil. Un cordon nous relie à lui. On peut même dire qu'il existe une infinité d'autres cordons. Nous sommes reliés aux nuages car s'ils n'étaient pas là, il n'y aurait ni pluie, ni eau, ni lait, ni thé, ni café, ni crème glacée, rien de tout cela. Un autre cordon nous relie à la rivière et un autre à la forêt. En poursuivant ainsi, nous voyons que nous sommes reliés à chaque être et à chaque chose dans le cosmos. Nous dépendons d'autres êtres pour exister. Nous avons autant besoin de l'animé que du non-animé, comme les plantes, les minéraux, l'air et l'eau. En grandissant, nous pourrions facilement penser que nous sommes une personne et notre maman une autre, deux entités bien distinctes. Or, ce n'est pas vraiment le cas. Nous sommes le prolongement de notre mère, Et c'est à tort que nous pensons être une personne différente d'elle. En réalité, nous sommes la continuation de notre mère et de notre père, tout comme celle de nos ancêtres. Prenons l'exemple d'un grain de maïs que nous plantons en terre. 7 jours plus tard, il germe et commence à prendre la forme d'un plant de maïs. Quand l'épi a poussé, nous ne voyons plus la graine, mais elle n'est pas morte pour autant, elle est toujours là. En regardant profondément, nous pouvons voir que la graine est toujours dans la plante. L'épi et sa semence ne sont pas deux entités distinctes. L'un est la continuation de l'autre. Le plant est le prolongement de la graine vers le futur et la graine le prolongement du plant vers le passé. Ils ne sont ni la même chose ni deux choses différentes. Vous et votre maman n'êtes pas exactement la même personne, mais vous n'êtes pas vraiment deux personnes totalement distinctes non plus. Cet enseignement est très important car il nous montre à quel point aucune personne ne peut exister uniquement par elle-même. Nous inter-sommes, en lien avec tous et tout. En examinant une cellule de notre corps ou en notre conscience, nous pouvons reconnaître la présence de toutes les générations d'ancêtres en nous. Il ne s'agit pas seulement des êtres humains, car bien avant leur apparition, nous étions d'autres espèces. Nous avons été minéral, arbre, plante, organisme cellulaire, écureuil, daim, singe. Toutes ces générations d'ancêtres sont présentes dans chacune des cellules de notre corps et dans notre esprit et chacun de nous est le prolongement naturel de ce courant de vie. Regardons la feuille d'un arbre, que voyons-nous? Une feuille est une feuille, ce n'est pas une fleur. Pourtant, si nous la regardons profondément, nous pouvons y voir beaucoup de choses: l'arbre, le rayon de soleil, le nuage, la terre. En prononçant le mot feuille, nous devons être conscients qu'une feuille est constituée d'éléments non feuille. Or, si nous retirons les éléments non feuille, tels que les rayons du soleil, les nuages et le sol, il n'y aura plus de feuilles. Il en va de même pour notre corps et nous-mêmes. Nous ne sommes ni identiques ni séparés des autres êtres vivants ou inanimés. Nous sommes en lien avec tout et toute chose est pleinement vivante. À Bangkok, Thay continue de lire des magazines bouddhistes progressistes qui s'intéressent à ce que pourrait être un bouddhisme socialement conscient, c'est-à-dire qui se préoccupe de transformer non seulement l'esprit mais aussi l'environnement et les conditions dans la société, notamment les causes économiques et politiques de la pauvreté, de l'oppression et de la guerre. Thien Hoa publie des articles sur l'importance d'étudier la science et l'économie afin de comprendre les racines réelles de la souffrance et ne pas s'en remettre uniquement au chant et à la prière. Le karma de la pensée, de la parole et de l'action. Les compositeurs et les peintres signent souvent leurs créations de leur nom. Dans notre vie quotidienne, nous produisons des pensées, des paroles et des actions. Chacune de nos pensées porte notre signature. En examinant nos pensées, qu'elles soient justes ou fausses, nous pouvons voir qu'elles portent notre nom, Elles sont notre propre production. La pensée juste est une pensée issue de la compréhension, de la compassion et de la vision profonde. Nous devrions veiller à ce que toutes nos pensées soient de cette nature à tout moment de notre vie quotidienne. Chaque moment de notre vie nous en offre l'occasion. Notre pensée est à la base de nos paroles et de nos actions. Nous transmettons nos pensées, nos paroles et nos actions, c'est-à-dire notre karma, à nos enfants et au monde entier. C'est là qu'est notre véritable avenir. Tout ce que nous disons est aussi notre production. Que notre parole soit juste ou erronée, elle porte notre signature. Tout ce que nous disons peut provoquer colère, désespoir ou pessimisme. Nos mots peuvent faire des dégâts. Avec la pleine conscience, nous éprouvons de la joie à produire des paroles justes, celles qui accompagnent la compréhension, la compassion, la joie et le pardon. Grâce à la pratique de la pleine conscience, nous avons la possibilité de prononcer une parole juste à chaque instant. Une parole aimante qui porte notre signature et que nous transmettons à nos enfants et au monde. C'est là notre véritable continuation. Nos actions physiques portent également notre signature. Ainsi, toute action que nous posons et qui contribue à protéger la vie, à apaiser la souffrance d'autres personnes et qui exprime notre compréhension et notre compassion peut être qualifiée d'action juste. Et comme tous nos actes émanent pleinement de nous, Nous ne pouvons pas les nier. Il nous appartient de cultiver la pleine conscience afin de ne produire aucun acte de violence, haine, peur ou discrimination, car de tels actes porteront eux aussi notre signature. C'est ainsi que nous créons notre propre futur en offrant nos meilleures pensées, nos meilleures paroles, nos plus belles actions. Là encore, c'est la pleine conscience qui pourra nous aider à reconnaître si nous produisons de bonnes choses pour l'avenir. Elle nous rappelle que tout ce que nous produisons nous appartient et constitue notre continuation. À la fin du printemps 1949, après avoir passé 2 ans à l'Institut Baococ, Thay, âgé de 23 ans, quitte Huế avec 2 autres moines et un ami pour poursuivre ses études à Saigon. Comme les batailles font encore rage, ils doivent faire de longs détours et par endroits se déplacer en bateau pour éviter les barrages militaires. En cours de route, les jeunes moines décident d'affirmer leur profonde aspiration à devenir des bodhisattvas de l'action en prenant de nouveaux noms. Ils prennent tous le nom de Han, qui signifie action. C'est ainsi que Thay, Phùng Xuân, devient Nhất Hán, une action. Et comme le nom de chaque bouddhiste vietnamien commence par Thích, Thay devient alors connu sous le nom de Thích Nhất Hán. Petits enfants, du haut de nos 4 ans, nous nous disions probablement, je ne suis qu'un enfant de 4 ans, un garçon ou une fille, un petit frère ou une petite sœur. Mais en fait, nous étions déjà une mère ou un père, car toutes les générations passées et futures étaient déjà présentes dans notre corps. En posant le pied dans l'herbe verte du printemps, nous marchons de façon à ce que nos ancêtres puissent faire un pas avec nous. La paix, la joie et la liberté de chacun de nos pas pénétreront chaque génération de nos ancêtres et descendants. Nous marchons avec l'énergie de la pleine conscience et à chacun de nos pas, nous voyons d'innombrables générations d'ancêtres et descendants marchant à nos côtés. Lorsque nous respirons en pleine conscience, nous sommes légers, calmes et parfaitement à l'aise, de telle sorte que toutes les générations d'ancêtres et de descendants puissent elles aussi respirer avec nous. Et c'est alors que nous respirons profondément, Et conformément aux plus hauts enseignements, nous n'avons besoin que d'un peu de pleine conscience et de concentration pour accéder à la vision profonde. Dans un premier temps, nous pouvons utiliser une technique de visualisation pour voir tous nos ancêtres faire un pas avec nous, mais au bout d'un moment, ce ne sera même plus nécessaire. À chacun de nos pas, nous sentons que ce pas est celui de tous les êtres du passé et du futur. Quand nous cuisinons un plat que nos parents nous ont appris à faire, une recette transmise de génération en génération dans notre famille, nous devrions regarder nos mains et sourire parce que ces mains sont celles de notre mère, notre grand-mère. Et ces mêmes personnes sont en train de cuisiner maintenant avec nous. En cuisinant, nous pouvons être en pleine conscience. Nous n'avons pas besoin d'aller dans la salle de méditation pour pratiquer ainsi. Pensez-vous que votre grand-père a eu la chance de jouer au volley-ball? Et votre grand-mère faisait-elle du jogging tous les jours? Pouvait-elle être pleinement dans le moment présent en marchant ou en courant? Si aujourd'hui vous avez la chance de pouvoir pratiquer le jogging, invitez votre grand-mère à courir avec vous car elle est bien présente dans chacune des cellules de votre corps. Nous portons tous nos ancêtres en nous, ils nous accompagnent dans chacun de nos gestes, que ce soit en courant, en pratiquant la marche consciente ou quand nous nous établissons dans la joie du moment présent. Les générations qui nous ont précédés n'ont vraisemblablement pas connu cette pratique, mais désormais que nous pratiquions la marche, la course ou la respiration consciente, nous avons la possibilité d'apporter joie et bonheur à d'innombrables générations d'ancêtres. Quand nous nous tourmentons pour des questions telles que, qui suis-je? D'où est-ce que je viens? M'a-t-on vraiment désiré? Quel est le sens de ma vie? Nous souffrons parce que nous sommes prisonniers de l'idée d'un soi séparé. Mais si nous regardons profondément, nous pouvons prendre conscience de ce qu'est le non-soi, en réalisant que nous ne sommes pas un soi séparé, que nous sommes en lien véritable avec nos ancêtres, avec tous les êtres vivants et inanimés. Les psychothérapies occidentales ont pour but d'aider à construire un soi stable et équilibré, mais comme elles sont encore prisonnières de l'idée d'un soi, elles ne peuvent apporter que de petites transformations et qu'une légère guérison. Cela ne peut malheureusement pas mener très loin. Tant que nous sommes prisonniers de l'idée d'un soi séparé, nous restons dans l'ignorance. En revanche, si nous parvenons à entrer dans cette dimension du non-soi, nous pourrons aller bien au-delà des questions qui nous font tant souffrir. En percevant la relation intime entre ce qui est soi et ce qui n'est pas soi, l'ignorance pourra guérir et de ce fait Souffrance, colère, peur et jalousie disparaîtront à leur tour. Nous sommes tous la continuation du courant de la vie. Nos parents n'ont peut-être pas été toujours à même de nous apprécier, mais nos grands-parents et nos ancêtres voulaient que nous vivions. Tous ont toujours voulu que nous les prolongions. En développant cette conscience-là, nous ne souffrirons plus autant du comportement de nos parents. Ils sont tantôt pleins d'amour, tantôt pleins de colère, et c'est bien ainsi. Dès que nous pouvons reconnaître que l'amour et la colère ne nous ont pas été transmis par eux uniquement, mais par toutes les générations précédentes, nous n'avons plus à blâmer nos parents pour notre souffrance. Lorsqu'ils arrivent à Saigon, la guerre avec les Français est toujours en cours. Thay et ses amis y séjournent et étudient dans plusieurs temples différents pendant des semaines ou des mois. Mois tout en poursuivant leurs études en autodidacte. Quelques mois après son arrivée à Saigon, Thay publie ses premiers recueils de poésie dans lesquels il livre ses expériences de la guerre et du deuil. Ses poèmes sont très bien accueillis et considérés comme l'un des meilleurs exemples du nouveau mouvement poétique en vers libres qui prend de l'essor au Vietnam. Dès lors, sa réputation est davantage établie en tant que poète qu'en tant que moine ou enseignant, ce qui constitue une grande distinction étant donné que depuis des siècles Les poètes sont des figures estimées de la culture et de la société vietnamienne. L'objet de la méditation est de regarder quelque chose en profondeur afin d'en découvrir les origines. Quelle que soit notre action, si nous l'examinons en profondeur, nous serons en mesure d'en identifier les racines. Notre façon d'agir peut provenir de nos ancêtres. D'ailleurs, ils agissent toujours en même temps que nous. Dans toutes nos actions. Ainsi, papa, grand-père et arrière-grand-père sont avec nous. Maman, grand-mère et arrière-grand-mère sont présentes elles aussi dans chacune des cellules de notre corps. Certaines graines sont plantées durant notre vie, d'autres étaient là bien avant notre manifestation dans ce corps physique. Parfois, nous agissons sans intention particulière. C'est l'énergie d'habitude qui nous entraîne et nous pousse à faire certaines choses sans que nous nous en rendions compte. Il nous arrive d'agir sans conscience de ce que nous faisons ou de poser des actes que nous voulions pourtant éviter. Qui parmi nous ne s'est jamais surpris à dire, je ne voulais pas le faire, mais c'était plus fort que moi, j'ai été emporté? C'est ce que nous appelons une graine, une énergie d'habitude dont l'origine est probablement à rechercher parmi les nombreuses générations passées. Nous avons hérité de nombreuses graines et grâce à la pleine conscience, nous pouvons identifier les énergies d'habitude qui nous ont été transmises. Nous verrons par exemple que nos parents ou nos grands-parents présentaient les mêmes faiblesses que nous, Et sans porter de jugement, nous comprendrons que nos habitudes négatives proviennent de ces racines ancestrales. Nous pouvons alors simplement sourire à nos défauts et à nos habitudes d'énergie. Avec lucidité, nous pouvons choisir d'agir différemment et ainsi mettre immédiatement fin au cycle de la souffrance. Il nous est sûrement déjà arrivé de nous surprendre à faire des choses sans en avoir vraiment l'intention et de nous faire ensuite de lourds reproches à ce sujet. Ces attitudes s'observent principalement quand nous percevons, quand nous nous percevons comme un individu isolé et plein de défauts. En revanche, si nous pouvons reconnaître ces énergies d'habitude et le fait qu'elles nous ont simplement été transmises, nous parviendrons peu à peu à les transformer et à les abandonner. Avec la pratique de la pleine conscience, nous pourrons vite repérer quand un acte répétitif s'est installé. C'est la première compréhension à laquelle elle nous donne accès. Dans un second temps, si nous le souhaitons, la pleine conscience et la concentration nous aideront à découvrir l'origine de cet acte, qu'il ait été déclenché par quelque chose qui s'est produit hier ou que ses racines soient bien plus anciennes, parmi nos ancêtres, peut-être 300 ans plus tôt. Dès que nous prenons conscience de nos actes, nous pouvons reconnaître s'ils sont vraiment bénéfiques et, dans le cas contraire, décider de ne pas les poursuivre. Ainsi, si je suis pleinement conscient de mes tendances et dès lors bien déterminé dans mes pensées, mes paroles et mes actes, je pourrais me transformer moi-même, mais aussi transformer les ancêtres qui ont semé ces graines en moi. Chaque pratique donc, autant pour soi-même que pour tous ses ancêtres, ses descendants, et donc pour le monde entier. Lorsque nous sommes capables de sourire face à une provocation, nous pouvons prendre conscience de cette capacité en nous, l'apprécier et la développer. Cela signifie aussi que nos ancêtres peuvent sourire à ce qui les provoque. Ainsi, une personne capable de garder son calme et de sourire face aux provocations aidera le monde entier à accéder à la paix. La clé principale est d'être simplement pleinement conscient de la nature de nos actes, et la pleine conscience nous aidera ensuite à en comprendre l'origine.
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