62. « Reconnaître notre propre souffrance et l’entourer de toute notre tendresse » (Série Introspection)
21 Feb 2022 · 34 min
In this episode of the "Just in Time" podcast, host Mélanie Berthaud guides listeners through a rich tapestry of poetic, philosophical, and practical material aimed at deepening self‑awareness and compassionate presence. The episode opens with a reading of Starhawk’s "Charge of the Star Goddess," setting a reverent tone. It then introduces Vicky Noble’s Motherpeace Tarot, highlighting its feminist, matriarchal roots and the ancient female artistic representations that underpin it. A guided practice follows, encouraging participants to move beyond automatic, empty responses to the question "How are you?" by tuning into bodily sensations and emotions, thereby fostering "full speech." The discussion shifts to a translation of Jean‑Baptiste Pontalis’s reflections on silent violence and social indifference, illustrating how everyday neglect can be a form of aggression. The core of the episode centers on Thich Nhat Hanh’s teachings: happiness is the path, not a destination; mindful walking erases the distinction between means and ends; joy and happiness must be cultivated before confronting suffering; and letting‑go is essential for sustaining joy. Through vivid metaphors—lost cows, the taste of bitter melon, city‑countryside escape, and everyday activities like washing dishes or sharing tea—the hosts illustrate how mindfulness can transform ordinary moments into acts of awakening. Historical anecdotes about Thich Nhat Hanh’s early struggles, the founding of the Phuoi Boi community, and his later work in the West provide context for his therapeutic approach to Buddhism. The episode concludes with multilingual calls for listener interaction and an invitation to continue the practice of compassionate self‑recognition.
Chapters
I, who am the beauty of the green earth and the white moon among the stars and the mysteries of the waters, I call upon your soul to rise and come unto me, for I am the soul of nature that gives life to the universe. From me all things proceed. And unto me they must return. Let my worship be in the heart that rejoices, for behold, all acts of love and pleasure are my rituals. Let there be beauty and strength, power and compassion, honor and humility, mirth and reverence within you. And you who seek to know me, know that your seeking and yearning will will avail you not unless you know the mystery. For if that which you seek you find not within yourself, you will never find it without. For behold, I have been with you from the beginning, and I am that which is attained at the end of desire. Traditional Charge of the Star Goddess in version by Starhawk.
Voici l'introduction du livre de Vicky Noble qui s'intitule Motherpiece: A Way to the Goddess Through Myth, Art, and Tarot.
Il s'agit d'un tarot merveilleux. Qu'on m'a offert hier. Le tarot qui est totalement féministe, totalement pro-matriarcat au sens positif, qui rappelle dans l'introduction qui s'intitule Into the Labyrinth que les créations artistiques des fresques étaient d'abord des créations bien avant 10 000 avant Jésus-Christ, des créations réalisées par des femmes, avec des corps de femmes. Donc il y a la série dans l'introduction de la Vénus de Willendorf en Autriche, 20 000 avant Jésus-Christ, de la Vénus de Menton en France, de la Vénus de L'Espugne en France, puis également en Mésopotamie, des femmes à tête d'oiseau. 3100 avant Jésus-Christ, des têtes de prêtresses, des prêtresses plutôt avec des bras élevés, des bras en l'air qui correspondent à l'Égypte prédynastique, 3000 avant Jésus-Christ, puis de Chypre, une figure de femme à tête d'oiseau qui soutient ses seins. Et donc cette introduction qui est plutôt le prologue, qui s'appelle Into the Labyrinth. Juste avant, vous y trouverez le poème que j'ai lu tout à l'heure qui s'appelle Charge of the Star Goddess. C'est la version de Starhawk, l'iconique Starhawk. Donc un poème à lire, à relire, à réécouter.
J'aurais voulu enregistrer l'échange de la pratique guidée en public, guidée en présentiel de ce matin, parce que nous avons commencé à réfléchir ensemble sur le fait que lorsqu'on pose la question de comment ça va, dans toutes les langues, en français, en espagnol, en anglais, en général la réponse est complètement automatique, est complètement remplie de mensonges. On pose la question, on attend bien sûr un oui, ça va bien, et toi? On se renvoie la balle, il n'y a aucun échange et tout est figé, tout est faux finalement. Et donc j'ai proposé comme exercice, au moins dans l'espace de cette pratique, que lorsqu'on se pose la question, On y répond vraiment en se connectant avec ses sensations, avec son corps, avec ce que nous dit le corps, c'est-à-dire la tension dans la gorge, la tension dans le bas du dos, le poids sur la poitrine par exemple, les vraies sensations que l'on ressent et qui nous permettent de savoir vraiment comment on va, en dépassant la peur de se montrer vulnérable, la pudeur également, sans forcément entrer trop dans le détail, mais on a le droit de répondre vraiment, c'est-à-dire de passer de la parole vide à la parole pleine.
Donc l'exercice était très intéressant. On a pris quelques minutes pour se connecter avec ses sensations, avec ses émotions également, parfois avec ses sentiments. Et il s'agit, il a s'agi à ce moment-là d'un très beau partage. Donc cette réflexion pour encourager À ne plus tomber dans la parole vide, mais à essayer de dépasser le blabla et essayer de nourrir la parole pleine. Ou alors, pourquoi ne pas simplement choisir le silence si on ne peut pas avoir une parole pleine, pour les raisons qui nous appartiennent? J'introduirai cet épisode en citant un texte de Jean-Baptiste Pontalis dans un ouvrage qui a été publié en France en 2011 qui s'intitule Un jour le crime et sa première édition au Mexique 10 ans après, 2021, avec l'aide de l'ambassade de France et de l'IFA, l'Institut français d'Amérique latine. Dans Un jour le crime, Le texte est en espagnol, donc je le lirai en le traduisant simultanément. Jean-Baptiste Pontalis, qui analyse dans cet ouvrage toutes les formes de violence, dit, je vois en la violence une menace. Elle peut être silencieuse. Dans la rue, des passants passent à notre côté, à nos côtés. Parfois, ils nous poussent même. Parfois, ils font claquer la porte d'un immeuble ou du magasin où on allait entrer. Collés à leur portable, les oreilles connectées à un reproducteur, ils nous ignorent, ils nient notre existence, ils nous nihilisent comme dirait Sartre. Nous nous trouvons à l'extérieur de son champ visuel, de sa perception auditive, de leur perception auditive. Ils sont aveugles et sourds. Nous sommes à l'extérieur de leur cadre. Je vois une violence implicite dans cette indifférence vers les autres, envers les autres, et si proche de la haine, car elle prétend détruire tout ce qui n'est pas soi-même. Issu donc de Un jour, le crime. Jean-Baptiste Pontalis. Jean-Baptiste Pontalis était donc psychanalyste, écrivain, philosophe. Il a été membre de l'Association psychanalytique de France pendant 25 ans, également éditeur de la Nouvelle Revue de psychanalyse. Il est né un 15 janvier 1924, il est mort un 15 janvier 2013 à Paris.
Bonjour, bonsoir. Voici l'épisode 6 de la saison 2 du podcast Just in Time. Dans cet épisode, nous abordons le même chapitre que dans l'épisode 5. Il s'agit ici de travailler sur la distinction entre la fin et les moyens. Thích Nhất Hạnh nous dit, il n'y a pas de chemin vers le bonheur, le bonheur est le chemin.
Également, il nous partage un poème qu'il a écrit à un moment très spécifique de sa vie.
Les inserts de sa biographie nous livrent une information qui pourrait surprendre: Thích Nhất Hạnh a connu la dépression et c'est pour cela qu'il a lutté avec son équipe des 13 cèdres pour créer un bouddhisme qui puisse être thérapeutique, qui puisse s'occuper des problèmes concrets des personnes. Dans ce chapitre également, nous parlons du laisser-faire, du lâcher-prise, également des habitudes urbaines, vouloir partir à tout prix de la grande ville pour s'échapper, puis ensuite revenir.
On y écoutera également la métaphore des vaches, on y écoutera également la métaphore de l'ami qui boit du thé avec son autre ami et d'autres éléments délicieux de ce texte merveilleux qu'est Prendre soin de l'enfant intérieur, faire la paix avec soi.
Je vous souhaite une belle dégustation.
El podcast just in time porque necesitamos salir, mantenernos abiertos al movimiento, a la reflexión, caminar, observar, reflexionar para empezar algo nuevo.
Aucune distinction entre la fin et les moyens. Avec la marche en pleine conscience, nos pas ne se limitent plus à un simple moyen d'arriver à un endroit précis. Marchant en pleine conscience vers la cuisine pour nous servir un repas, nos habituelles pensées, je dois aller à la cuisine pour prendre de la nourriture, peuvent alors faire place à une toute autre phrase, je savoure ma marche vers la cuisine. Chacun de nos pas devient alors le but en soi. Il n'existe plus de distinction entre la fin et les moyens. Il n'y a pas de chemin vers le bonheur, le bonheur est le chemin. Il n'existe pas de de chemin vers l'éveil, l'éveil est le chemin. Ainsi, chaque fois que nous faisons un pas en pleine conscience, nous sommes engagés dans un acte d'éveil. Nous nous éveillons au fait que nous sommes en train de faire un pas. Chacun de nos pas peut être rempli de beauté. Laver un plat peut alors devenir un véritable acte d'éveil. Faire la vaisselle peut se transformer en un moment délicieux. En 1957, Thay et ses amis trouvent 30 hectares de terrain à vendre au cœur de la forêt de Lao Dai, dans un environnement tranquille situé non loin du village de montagnards de Phu Linh Lu, à une dizaine de kilomètres de Blau et du temple Phuoc Hue. En janvier 1958, ils commencent à défricher le terrain et construisent au cours de l'été des bâtiments boîte très simple. Prendre soin des sensations douloureuses. Dès que nous savons comment prendre bien soin de notre corps par l'approche de la pleine conscience, nous pouvons accéder au domaine des sensations. Méditer sur les sensations implique d'être conscient de chaque ressenti qui émerge, qu'il soit agréable, désagréable, neutre ou mixte. Mais avant de prendre soin des sensations désagréables, il est préférable d'apprendre à nous concentrer en priorité sur des sensations qui ne le sont pas. Le Bouddha nous conseille de générer les sensations de joie et de bonheur dans le but de nous nourrir avant de prendre soin de nos sensations douloureuses. À l'instar du chirurgien qui, estimant que son patient est trop faible pour subir une opération, lui recommanderait de prendre d'abord un peu de repos et de bien se nourrir afin de supporter l'intervention, Nous avons besoin de renforcer nos fondations de joie et de bonheur avant de nous consacrer à notre souffrance. Nous pouvons commencer avec la joie, car joie et bonheur sont souvent disponibles dans notre conscience sous la forme de graines. J'inspire. Je suis consciente de la sensation de joie en moi. J'expire. Je souris à la sensation de joie en moi. J'inspire. Je suis consciente de la sensation de bonheur en moi. J'expire, je souris à la sensation de bonheur en moi. Ils appellent cette nouvelle communauté Phuoi Boi, feuilles odorantes de palmier, du nom de la hutte de thaï dans les plantations de thé de Phuoc Hue. Phuong Boi nous offrait ses collines indomptées, comme un énorme et doux berceau couvert d'herbes et de fleurs sauvages, d'herbes et de forêts. Ici, pour la première fois, nous nous trouvions à l'abri de la dureté du monde, se souvient Thay. Avec ce nouveau rêve d'un centre de pratique rural, Thay s'affranchit définitivement du modèle du temple bouddhiste traditionnel avec ses cérémonies et ses rituels et crée un environnement exclusivement dédié à la pratique spirituelle, à l'étude, à la guérison, à la musique, à la poésie et à la construction de la communauté. Thay et ses amis apprécient la méditation assise au petit matin, la méditation du thé l'après-midi et la méditation assise le soir. Phong Boi devient un modèle expérimental pour le renouvellement et la revitalisation du bouddhisme. Ce n'était pas quelque chose qu'on pouvait anticiper à l'époque, mais Phong Boi allait devenir un prototype pour les nombreux centres de pratique de la pleine conscience dans la tradition de Thay qui ont été créés dans le monde entier à la fin du siècle dernier. Laisser faire. Comment pouvons-nous générer les sentiments de joie et de bonheur dont nous avons besoin afin d'être assez forts pour nous occuper de notre souffrance? La première chose à faire est de relâcher, de laisser faire, car la joie prend racine dans le lâcher-prise. Supposons maintenant que nous vivions dans une grande ville, à New York ou à Paris. Nous souffrons du bruit, de la pollution et de la poussière qui partout y règne tant maître. Nous rêvons de fuir à la campagne le temps d'un week-end ou davantage, mais nous savons qu'il nous faudra peut-être une heure pour quitter la ville. Et pourtant nous y allons, car nous savons que cela en vaudra vraiment la peine. Une fois à la campagne, nous savourons l'air frais. Nous contemplons les collines, les arbres, les nuages, le ciel bleu. Nous sommes envahis d'un tel bonheur que nous oublions bien vite la ville que nous avons délaissée au profit de l'expérience d'une telle beauté. Mais nous constaterons bien vite que nous ne parvenons pas à retenir cette joie et ce bonheur éternellement. Comme nous avons certainement déjà tous pu en faire l'expérience, il est probable qu'après quelques semaines, nous aurons terriblement envie de regagner notre ville, ou New York. Nous sommes très heureux les premiers jours à la campagne, mais nous n'avons pas la capacité de nourrir et d'entretenir cette joie et ce bonheur pendant très longtemps. Nous souffrons, nous ressentons une grande impatience à rentrer. Nous croyons que notre chez moi est là-bas. Home sweet home. Ainsi, quand nous rentrons dans notre ville, nous touchons à nouveau à la joie et au bonheur, car nous sommes de retour et chez nous. Mais cela ne va pas durer, car le mal-être reviendra bien vite. C'est ainsi que nous faisons des allers et retours incessants. Et le phénomène est tel dans notre société moderne qu'aujourd'hui, nombreuses sont les personnes qui possèdent une résidence secondaire de façon à pouvoir fuir régulièrement leur situation et à y retourner ensuite. La joie et le bonheur sont de nature impermanente. Ils ont besoin d'être nourris pour durer plus longtemps. Mais si nous ne connaissons pas la manière de les alimenter, ils risquent de disparaître. Au bout de quelque temps, nous perdrons notre capacité à savourer la joie et le bonheur alors qu'ils sont toujours là, disponibles pour nous. Cette joie et ce bonheur ont la capacité de nous nourrir, voire de nous guérir, mais à eux seuls, ils ne sont pas assez forts pour transformer la profonde souffrance enfouie en au fond de notre conscience. Malgré tous les efforts que Thay consacre depuis 2 ans à la publication du magazine Vietnamese Buddhism, son financement est interrompu en 1958. Thay a le sentiment qu'il ne s'agit pas seulement d'un problème de manque de fonds, mais aussi une façon pour la hiérarchie bouddhiste de s'opposer à ses articles audacieux. Il a le sentiment d'avoir échoué à renouveler et à unifier le bouddhisme vietnamien. Face à ce revers, Thay, qui est toujours en deuil de sa mère et souffre de la division douloureuse du pays, a du mal à garder espoir. Il tombe malade et est hospitalisé pendant près d'un mois à l'hôpital Graal de Saïgon où il est traité par des médecins français pour ses problèmes au niveau du cœur, des poumons et du système digestif. Son corps est faible et il souffre d'insomnie chronique. Même les médecins ne parviennent pas à l'aider et son moral n'a jamais été aussi bas. Sous la surface. En surface, l'océan est généralement calme, mais il masque de nombreux courants dans ses profondeurs. Si notre pratique ne nous a pas encore permis d'atteindre le bloc de souffrance transmis par nos ancêtres et par nos parents et que nous n'avons pas encore pu le transformer, Cette fine couche de tranquillité ne nous sera accessible que durant une période de temps limitée. De temps en temps, en effet, le bloc de souffrance enfoui émergera. Il n'est donc pas suffisant de nous accrocher à ce type de joie et de bonheur, car au bout d'un moment, nous commencerons à éprouver des difficultés sans savoir quel est notre véritable problème, notre blessure réelle. Notre souffrance est peut-être celle de notre père, qui nous est léguée en héritage, ou bien celle héritée de notre mère si elle n'a pas pu la transformer. Si notre pratique reste superficielle, la tranquillité, la joie et le bonheur auxquels nous accéderons resteront superficiels eux aussi. Une telle pratique n'est donc ni assez forte ni assez efficace pour transformer la grande souffrance enfouie à la base de notre conscience. Comme nous ne connaissons pas la nature de notre blessure, notre conscience n'est pas en mesure d'éclairer ni d'identifier sa présence cachée dans les profondeurs de notre inconscient. Et c'est ainsi que nous n'avons de cesse d'incriminer ceci ou cela comme élément responsable de notre souffrance. Nous accusons certaines personnes ou situations d'être à la source de notre malheur. Et si nous vivons en famille ou en communauté, nous nous surprenons sans doute à penser, ma famille ne se montre pas assez respectueuse de l'environnement, ou, cette communauté fait encore preuve de discrimination envers les homosexuels et les lesbiennes, et ainsi de suite. La vie regorge d'exemples comme cela de difficultés sociales. C'est pour éviter ce type d'écueil où nous accusons trop facilement les situations extérieures à nous, d'être responsable de notre souffrance, qu'il est essentiel que chacun, chacune, nous revenions à nous-mêmes afin de reconnaître notre propre souffrance et de l'entourer de toute notre tendresse. Mais nous devrons vraisemblablement aussi accepter que cette pratique nous apporte parfois son lot d'inconfort. Nous pouvons comparer cela au melon amer, un légume typique d'Asie. En vietnamien, amer se dit khô. Or khô signifie aussi souffrance. Ce qui est amer est donc associé à la souffrance. Ce melon tire ainsi son nom de sa saveur. Si nous n'avons pas l'habitude de manger du melon amer, nous risquons de souffrir lorsque nous le goûterons. La médecine chinoise considère pourtant que l'amertume est bonne pour notre santé. La saveur de ce melon est certes amère, mais sa dégustation attentive pourra aussi nous en révéler toute la fraîcheur, ce qui incite d'ailleurs certaines personnes à le renommer et l'appeler melon rafraîchissant. Ce légume est donc à la fois frais et amer, mais il est largement apprécié par ceux qui le consomment régulièrement. Nous aimons son amertume. C'est amer, mais c'est délicieux et cela nous fait du bien. Thay décrira ensuite cette période comme un moment de profonde dépression. Il a toutefois l'intuition que s'il parvient à maîtriser sa pleine conscience de la respiration et de la marche, il pourrait vraiment guérir. Ce sont ces très grandes difficultés qu'il connaît au cours des années 50 qui forgent l'approfondissement de sa pratique personnelle et lui donnent la force spirituelle dont il a besoin pour aller de l'avant. Alors qu'il était un jeune moine, Thay a étudié la méthode du comptage et du suivi de la respiration et il s'est exercé à la méditation formelle de la marche lente. Kinh Han. Mais les instituts bouddhiques au Vietnam n'enseignent pas une pratique de la méditation appliquée à la guérison personnelle, uniquement la théorie de la méditation. C'est pourquoi, en proie à une profonde souffrance, Thay sait qu'il doit découvrir par lui-même une façon de méditer qui mène à la guérison. Il expérimente une nouvelle méthode pour associer plus naturellement sa respiration et ses pas pendant la marche. Et au lieu de compter uniquement les respirations, il compte ses pas en harmonie avec la respiration. Grâce à cette concentration, il peut embrasser tendrement sa douleur et son profond désespoir sans être emporté par des émotions fortes. Avec la pratique de la respiration consciente, dit-il, j'ai réussi à m'en sortir. Il commence cette pratique à An Quang et continue à l'expérimenter à Blau et à Phuoi Boi, puis à l'université de Princeton aux États-Unis, et ne cessera au cours des décennies suivantes d'approfondir sa compréhension des soutras sur la méditation et la respiration. Lâcher prise. Un jour où le Bouddha était assis dans la forêt, entouré de plusieurs moines, un paysan s'approcha.
Ses vaches s'étaient enfuies et il demanda aux moines s'ils les avaient vues passer.
Le Bouddha répondit, non, nous n'avons pas vu passer vos vaches par ici. Vous devriez peut-être les chercher dans une autre direction. Puis quand le fermier fut parti, le Bouddha se tourna vers ses moines, sourit et dit, chers amis, vous devriez être très heureux, vous n'avez aucune vache à perdre. Une pratique que chacun de nous peut faire consiste à prendre une feuille de papier et à y inscrire les noms de nos vaches. Ensuite, nous pourrons examiner notre situation en profondeur afin de sentir si nous nous sentons capables d'en relâcher quelques-unes. Peut-être nous sommes-nous persuadés que ces choses étaient cruciales pour notre bien-être, mais si nous prenons la peine de regarder en profondeur, nous constaterons que certaines d'entre elles sont un obstacle à notre joie et à notre bonheur véritable. À ce propos, je me souviens d'un homme d'affaires qui était venu à une retraite en Allemagne et qui, entendant l'histoire des vaches échappées, avait éclaté de rire. Je l'invitai alors à poursuivre la retraite, mais il m'expliqua qu'il avait trop à faire. C'était un businessman. Il devait aller en Italie pour ses affaires. Il avait beaucoup de choses à régler, alors il nous dit au revoir. Mais le jour suivant, quelle ne fut pas ma surprise de le revoir assis parmi les autres retraitants. Il m'expliqua alors qu'il était à mi-chemin vers l'Italie quand il avait fait demi-tour. Il avait été capable de relâcher une vache à laquelle il pensait devoir s'agripper et il en était particulièrement heureux. Un nouvel espoir. Au printemps 1959, Thay est invité en tant que rédacteur en chef du magazine Vietnamese Buddhism à participer aux célébrations internationales de l'anniversaire du Bouddha qui sont organisées au Japon. Bien que sa santé soit encore fragile, il sera hospitalisé à Tokyo pendant une partie du voyage, ce voyage sera très important et lui ouvrira de nouveaux horizons. C'est le premier voyage de Thay hors du Vietnam et sa première rencontre avec des représentants de la communauté bouddhiques venus du monde entier. Thay entend parler par d'autres délégués des grandes collections d'écrits bouddhiques conservées dans les bibliothèques en Occident et prend alors conscience de l'importance d'apprendre l'anglais. À son retour, il décide d'apprendre la langue et se donne un an pour la maîtriser. Pleine conscience. La première source de joie et de bonheur est le lâcher-prise. Cependant, si nous nous limitions à cela, notre joie resterait superficielle et de courte durée. C'est ainsi que, grâce à la pleine conscience, nous disposons d'une deuxième source de bonheur. Supposons que nous soyons avec un groupe de personnes à contempler un lever de soleil. Si notre esprit est préoccupé par nos projets ou nos soucis, pensant au futur ou au passé, il nous est impossible d'être vraiment là pour contempler et savourer ce splendide lever de soleil, Car nous manquons de pleine conscience. À l'inverse, si nous veillons à revenir en nous par la respiration consciente, pleinement présents à notre inspiration et à notre expiration, nous pouvons ramener notre esprit totalement au moment présent, nous libérant ainsi du passé, du futur et de tout projet. Corps et esprit parfaitement unifiés, la pleine conscience nous permet d'être totalement présents afin d'observer, de contempler, et de savourer profondément le lever de soleil qui s'offre à nous. Nous pourrions illustrer cela à l'aide d'un autre exemple. Supposons que nous recevions la visite d'un ami ou d'une amie venue de loin et que nous partagions un beau moment avec cette personne autour d'une tasse de thé. Notre pleine conscience fera de ce temps partagé avec elle un moment inoubliable, un temps où nous ne pensons à rien, où nous ne nous inquiétons ni de nos projets ni de nos affaires, uniquement concentrés sur ce moment partagé avec notre ami. Pleinement conscients de sa présence, nous nous réjouissons de ce moment et nous goûtons au bonheur de pouvoir nous asseoir avec lui, avec elle, savourant le partage d'une tasse de thé. Dans la tradition bouddhique, il existe une petite nuance entre la joie et le bonheur. Supposons que nous traversions seuls le désert et que nous nous retrouvions à court d'eau, particulièrement assoiffés. Tout à coup, nous apercevons une oasis devant nous. Nous savons qu'il y aura des arbres et un lac dont nous pourrons boire l'eau. Cette prise de conscience nous apporte beaucoup de joie. Nous savons que nous allons enfin pouvoir nous reposer et boire. Cette sensation se nomme joie. Ensuite, lorsque nous parvenons enfin à l'oasis et que nous nous asseyons à l'ombre des arbres, que nous nous agenouillons et faisons une coupe de nos mains afin de boire l'eau tant attendue, ce à quoi nous goûtons Alors, à ce moment-là, ça s'appelle bonheur. La joie éprouvée à la vue de l'oasis comportait donc davantage une dimension d'excitation. Joie et bonheur sont tous deux indispensables. Si nous ressentons de la souffrance pendant la méditation assise, la méditation marchée ou la relaxation totale, c'est que nous ne pratiquons peut-être pas correctement. Nous ne devrions pas souffrir à cause de la méditation, ce n'est pas un travail pénible. Au contraire, la méditation devrait nous apporter de la joie et du bonheur comme nourriture. Avec cette joie et ce bonheur dans notre vie, nous serons alors suffisamment forts pour prendre soin des blocs de souffrance, de tristesse, voire de désespoir qui sont en nous. Tous les gestes que nous faisons au quotidien devraient nous apporter joie et bonheur, qu'il s'agisse de nous brosser les dents, de préparer notre petit-déjeuner ou de nous rendre à la salle de méditation. Chaque pas, chaque respiration devrait nous combler. La vie est déjà pleine de souffrances, nul besoin d'en créer davantage. En novembre 1959, lors d'une série de conférences hebdomadaires qu'il donne aux étudiants de l'université de Saïgon au temple Sha Loï, Thay rencontre de nombreux jeunes désireux de l'aider dans son travail. Parmi eux se trouve Cao Ngoc Phuong, une jeune étudiante en biologie qui deviendra l'un de ses 13 cèdres, un groupe de jeunes militants passionnés qui étudient avec lui et soutiennent sa vision d'un bouddhisme modernisé. Connue sous le nom de Chi Phuong, elle mène déjà des programmes de travail social dans les bidonvilles de Saïgon et demande à Thay de développer des pratiques spirituelles pour soutenir son action engagée. Il accepte de relever le défi. C'est en guidant Chi-Fuong et les 13 cèdres dans des projets de travail social, d'éducation et d'aide que l'enseignement de Thay, repris dans ses articles, livres et conférences, trouve pour la première fois son application pratique et son champ d'action. Comme Thay l'indiquera plus tard, ce n'était pas facile parce que la tradition ne propose pas directement un bouddhisme engagé. Nous avons dû donc le faire nous-mêmes. Chi-Fuong, qui deviendra sa principale collaboratrice au cours des 6 décennies suivantes, est connue sous le nom de Sœur Chang Kong. Elle est aujourd'hui une enseignante renommée et très appréciée. Laisser respirer le Bouddha. Il y a une dizaine d'années, j'étais à Séoul, en Corée du Sud. La police avait fait en sorte que nous puissions avoir une marche méditative en ville. Et avait donc dégagé la voie. Mais quand la marche a démarré, j'ai trouvé cela très difficile de marcher car des centaines de photographes barraient la route. Il n'y avait pas du tout de passage pour marcher. J'ai dit au Bouddha, cher Bouddha, j'abandonne, marche pour moi. Le Bouddha est arrivé immédiatement et il a marché. Le chemin s'est dégagé. À la suite de cette expérience, j'ai écrit une série de poèmes de pratique auxquels nous pouvons recourir en toutes circonstances. Et tout particulièrement quand nous nous sentons en grande difficulté pour marcher ou respirer. Je laisse respirer le Bouddha, je laisse marcher le Bouddha. Je n'ai pas à respirer, je n'ai pas à marcher. Le Bouddha respire, le Bouddha marche. Je savoure la respiration, je savoure la marche. Bouddha est la respiration, Bouddha est la marche. Je suis la respiration, je Je suis la marche. Il n'y a que la respiration, il n'y a que la marche. Il n'y a personne qui respire, il n'y a personne qui marche. Paix en respirant, paix en marchant. La paix est la respiration, la paix est la marche. De prime abord, nous avons sans doute la conviction qu'il doit y avoir quelqu'un pour que la respiration soit possible, qu'il doit y avoir quelqu'un pour que la marche ait lieu. En réalité, la marche et la respiration se suffisent à elles-mêmes. Nous n'avons pas besoin d'un marcheur, nous n'avons pas besoin de quelqu'un qui respire. Nous pouvons simplement prendre conscience que la marche est en cours, observer que la respiration a lieu. Prenons l'exemple de la pluie. Nous avons l'habitude de dire que la pluie tombe. Cette expression est plutôt amusante, car si la pluie ne tombe pas, ce n'est pas de la pluie.
La pluie est donc la chute elle-même.
Nul besoin d'un pleuveur, seule la pluie suffit. Il en va de même pour le vent: quand nous disons qu'il souffle, c'est tout aussi curieux, car s'il ne soufflait pas, ce ne serait pas du vent. Nous n'avons pas besoin d'un souffleur. Pluie et vent se suffisent donc à eux-mêmes, et c'est tout à fait pareil pour la marche. Quand je me réfère au Bouddha en train de marcher, c'est juste la marche toute simple, mais elle est de très haute qualité, délicieuse, en pleine conscience. Elle nous apporte en effet beaucoup de paix et de joie. Le Bouddha est précisément cette respiration-là, il est cette marche. C'est parce qu'elle présente beaucoup de paix et de joie que l'on peut dire que c'est une marche en pleine conscience.
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