72. La vérité sans la force ne peut se maintenir (Série Thich Nhat Hanh)
12 Jul 2022 · 33 min
Thich Nhat Hanh founded Phuong Boi monastery in 1957 to practice engaged Buddhism, blending meditation with secular studies. The episode explores his teaching on metta meditation, transforming anger by recognizing how habit and conditioning shape others' actions, and applying this compassion to family conflict through what he called a peace treaty.
El podcast Just in Time, porque necesitamos salir, mantenernos abiertos al movimiento, a la reflexión, caminar, observar, reflexionar para empezar algo nuevo.
Nous avons tous tendance à blâmer les autres comme s'ils étaient séparés de nous, mais peut-être pouvons-nous prendre le temps de nous arrêter pour revenir en nous et nous interroger profondément: est-ce que j'évolue chaque jour? Suis-je chaque jour un peu plus heureux, heureuse? Suis-je en meilleure harmonie avec moi-même et avec les autres, autant avec les personnes qui me sont chères qu'avec celles que j'aime moins? Peu importe ce que disent ou font les autres, cela ne doit pas nous affecter car chacun de nous est capable de prendre soin de lui-même. Nous pouvons faire de notre mieux pour vraiment aider les autres au lieu de les juger ou de les réprimander et nous éviterons ainsi de générer encore plus de conflits autour de nous par nos comportements. Quand notre main gauche est blessée, jamais nous ne nous énervons sur elle en lui disant, oh, quelle main stupide! Comment as-tu pu faire cela? Au contraire, nous nous lui portons naturellement toute notre attention de façon à ce qu'elle puisse guérir. C'est de cette manière que nous devrions aussi considérer les personnes qui, au sein de notre famille ou de notre communauté, ne vont pas très bien ou sont facilement blessées et traversent de nombreuses difficultés. Au lieu de leur reprocher, tu ne fais pas ce qu'il faut, tu dois changer, apprenons à prendre soin d'elles comme nous le ferions pour notre main gauche blessée. Thay tient à donner aux moines la possibilité de se former dans un esprit d'études et de travaux autodirigés, dans un endroit inspirant et régénérant, proche de la nature. Son souhait est que les jeunes moines fassent preuve de curiosité, en ayant envie d'apprendre par eux-mêmes et pour eux-mêmes, et pas seulement pour réussir leurs examens. Et obtenir un diplôme. Nous voulions offrir un tout nouveau bouddhisme, se souviendra-t-il, un bouddhisme capable d'agir comme un radeau pour sortir le pays entier de la situation désespérée des conflits, des divisions et de la guerre. Thay attend des moines qu'ils cultivent leur propre discernement, leur propre vision profonde et leur propre éveil, non qu'ils aient une foi aveugle dans la doctrine bouddhique. Il apprend aux jeunes moines à se familiariser avec des sujets qui ne relèvent pas du bouddhisme, comme la science, l'histoire et la littérature, mais pourront leur servir d'outils dans le cadre de leur étude du bouddhisme. Il leur enseigne l'histoire de la pensée bouddhique, l'évolution des différentes écoles bouddhiques et les principaux textes des écoles anciennes du bouddhisme indien, notamment les courants des Theravadin et des Sarvastivadin. Des professeurs d'université et des lettrés viennent de Saigon passer plusieurs semaines à l'institut. Se joindre aux discussions et aux marches, savourer pleinement la sérénité et le charme d'une vie simple. De temps à autre, Thay emmène ses étudiants à Di Diering rendre visite à une sœur âgée, sœur Diu Am, et partager un repas avec elle. Il leur arrive aussi de randonner dans la forêt toute proche de Dai Lao qui recèle de nombreuses rivières et cascades, de merveilleux endroits pour écouter le bruit de l'eau et le chant des oiseaux. Les moines emportent de quoi pique-niquer, puis après avoir mangé, ils s'allongent sur les rochers d'une petite crique pour se reposer. Thay les invite à chanter des chansons et à apprécier le ciel et les nuages pour se détendre et se ressourcer. Ils s'aventurent parfois en plein cœur de la forêt où ils écoutent Thay leur raconter des histoires, réciter des poèmes ou évoquer sa vision pour l'avenir du pays. Thay leur demande parfois de s'asseoir en cercle et de prendre des notes. Quand nous sommes en colère contre une autre personne, c'est bien souvent parce que nous ne parvenons pas à voir les nombreux éléments en elle et qui, comme nous le savons à présent, ne sont pas vraiment elle. Dans ces moments-là, nous ne voyons pas qu'il s'agit pour elle d'énergie d'habitude pure. Qui lui ont été transmises. En revanche, si nous prenons le temps de nous arrêter et de porter un regard plus profond sur ce que vit cette personne, nous pourrons l'accepter beaucoup plus facilement. Et cela s'applique tout autant à chacun de nous. En effet, si nous pouvons repérer en nous tous les éléments qui nous ont été transmis par d'autres personnes, comme nos parents ou nos ancêtres, et les éléments qui nous viennent de notre environnement, nous verrons à quel point la sévérité avec laquelle nous nous traitons nous-mêmes et nous traitons les autres vient en grande partie d'autres causes, d'autres éléments. Peut-être pourrons-nous repérer, ah, ça c'est grand-père qui juge mon ami, car nos ancêtres continuent à vivre en nous chaque jour. Chaque fois que nos interactions seront basées sur une intention claire et sans jugement, notre conscience s'élargira, nous montrant à quel point nos pensées, paroles et actions sont loin d'être les nôtres uniquement. Enrichis de cette nouvelle compréhension, nous pourrons aisément trouver un moyen de résoudre les difficultés que nous vivons avec les autres et parvenir à la paix. Dans sa petite hutte entourée de théiers, Thay fait un rêve dans lequel il voit sa mère. Il réalise alors pour la première fois qu'être et non-être sont avant tout des idées. Dans son rêve, la mère de Thay est jeune, pleine de vie, joyeuse et belle avec de longs cheveux noirs. Elle était comme elle a toujours été. Je lui ai parlé d'une façon tout à fait naturelle, sans la moindre trace de douleur. Cette nuit-là, vers 1h du matin, je me suis réveillé et mon chagrin n'était plus là. J'ai compris que l'idée d'avoir perdu ma mère n'était qu'une idée. Et puisque j'avais été capable de voir ma mère dans mon rêve, j'étais capable de la voir partout. En sortant dans le jardin inondé par la lune, j'ai ressenti cette lumière comme la présence de ma mère. Ce n'était pas juste une pensée. En vérité, je pouvais voir ma mère partout et tout le temps. Cette nuit-là, j'ai réalisé que la naissance et la mort de ma mère n'étaient que des concepts et non la vérité. La réalité de ma mère était au-delà de la naissance et de la mort. Elle n'existait pas à cause de la naissance et elle n'avait pas cessé d'exister à cause de la mort. Ceci n'est pas de la philosophie, je ne fais qu'énoncer la vérité. Perceptions erronées. Comme nous restons souvent prisonniers des images de notre souffrance passée, nous avons facilement tendance à développer de fausses perceptions et nos comportements vis-à-vis des autres engendrent alors encore plus de souffrance. Supposons que je sois en colère contre quelqu'un parce que je suis persuadée que cette personne essaie de me faire du mal. C'est juste ma perception, mais je suis convaincue que cette personne a l'intention de me faire souffrir et de me gâcher la vie. Cette perception va générer de la colère en moi, me poussant à des actions qui apporteront encore plus de souffrance à toutes les autres personnes concernées. Au lieu de répliquer violemment, nous pouvons revenir à notre ressenti et notre marche consciente afin de générer pleine conscience et vision profonde. En inspirant et expirant, nous percevons qu'il y a de la souffrance en nous ainsi que nombre de perceptions erronées. Nous voyons qu'il y a également de nombreuses souffrances et perceptions erronées chez l'autre personne. Notre pratique nous permet d'atteindre un certain niveau de prise de conscience, mais ce n'est pas nécessairement le cas de l'autre personne si elle ne sait pas comment reconnaître sa propre souffrance. Souffrance et en prendre soin afin de s'extraire de la situation qu'elle vit. Elle continue alors à souffrir et à faire souffrir les personnes de son entourage. Dès que nous pouvons percevoir la situation sous cet angle nouveau, nous reconnaissons la souffrance que cette personne porte en elle, voyant clairement qu'elle ne sait simplement pas comment la traiter. Si je perçois la souffrance de cette personne et ce qu'elle vit, Il y a alors place pour qu'émerge la compassion et grâce à celle-ci, la colère pourra se transformer, nous permettant de modifier notre façon d'être. Libérée de la colère, je cesserai d'agir dans l'intention de punir. Notre changement d'attitude est l'effet de la vision profonde. Celle-ci peut véritablement nous sauver car elle permet de corriger nos fausses perceptions en l'absence desquelles il n'y a plus ni colère ni peur ni désespoir. Il y a désormais de la place pour la sollicitude et la compassion. À l'origine de nos actes se trouve ce que l'on nomme la volition. Si nos perceptions sont erronées, notre volition nous poussera à réagir impulsivement, ce qui risque de créer encore plus de souffrance. Au contraire, si nous cultivons la vision profonde, votre volition, notre volition sera saine et nous serons motivés par le désir d'aider et non plus par celui de punir. Avec une telle motivation, nous nous sentirons nettement mieux même si nous n'avons encore rien fait. Nous sentirons immédiatement le bénéfice de notre pratique et l'autre personne que nous considérions comme responsable de notre souffrance en bénéficiera à son tour elle aussi. En 1957, Thay et ses amis trouvent un terrain de 30 hectares à vendre au cœur de la forêt de Dai Lao, dans un lieu paisible situé non loin du village de montagnards de Phu Dang Luu, à une dizaine de kilomètres de Blao et du temple Phuoc Hue. En janvier 1958, ils commencent à défricher le terrain et érigent au cours de l'été plusieurs structures en bois très simples. Le maître zen Thich Nhat Hanh les rejoint et la communauté lui construira une sur la colline où il demeurera jusqu'en 1961. Thay se rend à Saigon en quête de fonds où il parvient à vendre le manuscrit d'un nouveau livre sur la psychologie bouddhique, ce qui lui rapporte 12 000 dongs. C'est suffisant pour construire une petite hutte et un bâtiment tout en longueur avec un toit en tôle ondulée destiné à accueillir 3 pièces: une bibliothèque, une salle de méditation avec un autel et une salle à manger. La méditation de Metta. Metta est un terme pali tandis que Mitra en est la racine et vient de Maëtri en sanskrit. Metta signifie bonté aimante. Sa racine est le mot Mitra qui signifie ami. La méditation de Metta nous aide à devenir un ami pour nous-mêmes et pour les autres. Nous commençons par la formulation d'une aspiration profonde, par exemple, puissais-je être... Puis, dépassant le stade de la simple aspiration, nous examinons en profondeur tous les aspects positifs et négatifs de l'objet de notre méditation, en l'occurrence nous-mêmes. Nous devons regarder en profondeur avec tout notre être afin de comprendre, car la volonté d'aimer n'est pas encore de l'amour. Il ne s'agit pas de simplement répéter des mots, ce n'est donc pas de l'autosuggestion. Nous examinons en détail notre corps, nos sensations, nos perceptions, nos formations mentales et notre conscience. Et pratiquant ainsi quelques semaines, notre aspiration à l'amour pourra se transformer en une véritable intention profonde. L'amour pénétrera nos pensées, nos paroles et nos actes, et nous nous observerons nettement plus paisibles, heureux et légers de corps et d'esprit. Cette méditation de l'amour est adaptée du Vishuddhimagga, la voie de la purification, de Buddhaghosa, une systématisation des enseignements du Bouddha datant du 5e siècle après Jésus-Christ. Nous commençons à pratiquer cette méditation de l'amour sur nous-mêmes. Puissais-je Ce n'est qu'après avoir pratiqué sur nous-mêmes, en développant la capacité de nous aimer et de prendre soin de nous, que nous pourrons apporter une aide véritable aux autres. Nous pouvons alors appliquer cette méditation à quelqu'un que nous aimons profondément ou apprécions, puisse-t-il, puisse-t-elle, puisse-t-il, puis à quelqu'un qui nous est indifférent, enfin à quelqu'un qui nous fait souffrir. Puissais-je être en paix, heureux et léger de corps et d'esprit. Puissais-je être en sécurité et libre de toute blessure. Puissais-je être libéré de la colère, des soucis, de la peur et de l'anxiété. Puissais-je apprendre à me regarder avec les yeux de la compréhension et de l'amour. Puissais-je être capable de toucher et d'identifier en moi les graines de joie et de bonheur. Puissais-je apprendre à repérer en moi les sources de colère et d'attachement et d'aveuglement. Puissais-je savoir nourrir quotidiennement en moi les graines de joie. Puissais-je être capable de vivre frais, solide et libre. Puissais-je en être libéré de l'attachement, de l'aversion. Puissais-je être libéré des deux extrêmes qu'ils sont, sans tomber dans l'indifférence. L'amour n'est pas seulement l'intention d'aimer, c'est aussi la capacité d'alléger la douleur et d'offrir paix et bonheur. La pratique de l'amour développe notre tolérance, notre capacité à faire preuve de patience et à apprivoiser difficultés et douleurs. Si notre cœur est suffisamment ouvert, nous pouvons accueillir la douleur sans en souffrir. Tolérer la douleur ne signifie pas tenter de la supprimer. Cette nouvelle terre est recouverte d'une végétation luxuriante. On y trouve des ruisseaux limpides et de beaux sentiers pour pratiquer la marche méditative. Thay et ses amis appellent cette nouvelle communauté Phuong Boi, feuilles odorantes de palmier, en souvenir de la lutte dans laquelle vivait Thay dans les plantations de de thé du temple Phuoc Hue. Phuoc Boi nous offrait ses collines indomptées comme un énorme et doux berceau, couvertes d'herbes et de fleurs sauvages. Ici, pour la première fois, nous nous trouvions à l'abri de la dureté du monde, se remémorera Thay. C'était un refuge parfait pour une petite communauté, un lieu pour lire, écrire, méditer et contempler, baignant dans la paix et la tranquillité de la forêt majestueuse. Fog Boy a aussi quelque chose de sauvage et de revigorant. Tai écrira ainsi dans son journal qu'il sentait cet homme de la tribu des montagnards qui se réveillait en moi. Il leur arrive de voir des tigres, d'être frappés par des orages ou de rester réveillés toute la nuit quand leur parviennent des sons lugubres provenant des profondeurs de la forêt. De temps à autre, Tai part courir et pousse des cris pour se prouver à lui-même qu'il libre, libre de vivre de façon intense et authentique en étant proche de la nature et nourri par une énergie puissante de fraternité, de camaraderie et d'aspirations communes. Avec ce nouveau rêve d'un centre de pratique rural, Thay s'affranchit définitivement des formes du temple bouddhiste traditionnel avec ses cérémonies et ses rituels et crée un environnement exclusivement dédié à la pratique spirituelle, à l'étude, à la guérison. À la musique, à la poésie et au développement de la communauté. Thay et ses amis apprécient la méditation assise au petit matin, la méditation du thé l'après-midi et la méditation assise le soir. Phước Bồi devient un modèle expérimental visant à renouveler et à revitaliser le bouddhisme. Très peu en ont eu l'intuition à l'époque, mais Phước Bồi allait devenir un modèle pour les nombreux centres de pratique de la pleine conscience que Thay a établi dans le monde à la fin du siècle dernier. Améliorer les relations avec notre famille. Quand vous étiez encore enfant, votre père considérait peut-être que vous lui apparteniez comme une maison, une somme d'argent ou une voiture. Il estimait alors qu'il pouvait faire tout ce qu'il voulait de vous Puisque vous étiez son fils, sa fille. À ses yeux, vous n'étiez pas une véritable personne, un être humain pouvant penser, agir et suivre ce qui vous semblait juste, bon et vrai. Il voulait seulement que vous suiviez la voie qu'il avait tracée pour vous. Mais pourquoi donc certains pères sont-ils ainsi alors que d'autres sont si différents, capables de traiter leurs enfants avec un profond respect, comme des êtres vivants libres? Si notre père ne nous a pas bien traités, c'est peut-être parce qu'il est né sous une mauvaise étoile. Son éducation et son environnement ne lui ont pas appris à ressentir et à exprimer l'amour et la compassion. Si nous le blâmons, si nous voulons le punir, il souffrira encore plus et cela en restera là. Or, ce n'est pas comme cela que nous pourrons l'aider. Inversement, si nous prenons la peine de voir qu'il a été malheureux, qu'il n'a pas eu de chance, notre colère envers lui pourra s'estomper. Nous le verrons alors comme un papa qui a besoin de notre amour et non de notre punition. De notre côté, il est évident que nous devons aussi veiller à être en sécurité et à ne pas rester en sa présence si notre père nous blesse sur le plan physique ou émotionnel. Il faut trouver le juste équilibre, car à l'inverse, le fuir ne fera qu'accroître la souffrance pour l'un et l'autre. Si nous ne pratiquons pas la pleine conscience avec nos parents, nous risquons de créer un véritable enfer pour chacun de nous. Quand il y a conflit entre les enfants et leurs parents, ce sont bien souvent les enfants qui perdent, car un enfant n'est pas censé répondre avec le langage qu'utilisent ses parents. Ils peuvent peut-être le maltraiter, voire le battre, mais l'enfant n'est pas supposé riposter quand il s'agit de ses parents. D'autres abusent de leurs enfants par des mots violents, mais les enfants ne peuvent pas répliquer. Comme ils ne peuvent pas exprimer la violence qu'ils ont reçue, ils la manifestent autrement, parfois en tombant malade. La violence reste en eux et cherche une échappatoire, façon de s'exprimer. Bien souvent, si nous ne prenons pas soin de nous, s'il nous arrive de nous mutiler, c'est parce que nous n'avons pas trouvé d'autres moyens pour exprimer la violence que nous avons accumulée. Nous sommes souvent les victimes de la violence que nous avons reçue de nos parents et de la société. Malgré tout l'amour qu'ils voulaient nous donner, toujours soucieux de nous rendre heureux, nos parents n'ont pas pu développer la sagesse nécessaire pour nous préserver de la violence qu'ils portaient en eux. Cela me rappelle le cas d'un jeune homme étudiant en médecine et dont le père était lui-même médecin. Comme la plupart des jeunes de sa génération, cet étudiant s'était promis d'être différent de son père. Or, quand il fut papa à son tour, il reproduisit exactement le même scénario que celui qu'il avait connu avec son propre père, ne cessant de crier sur ses enfants et de les critiquer chaque jour. Enfant, nous nous jurons toujours de faire tout l'inverse de ce qu'ont fait nos parents. Or, bien souvent, quand nous avons nos propres enfants, nous reproduisons leurs habitudes. C'est ce qu'on appelle la roue du samsara, la continuation de la souffrance de génération en génération. Et si nous pratiquons, c'est précisément pour couper court à la roue du samsara, pour stopper nos habitudes et éviter qu'elles n'affectent notre relation avec nos propres enfants. Nos deux générations, parents et enfants, doivent identifier la violence qui nous détruit tous, tant nous-mêmes que les personnes que nous aimons. C'est ensemble que nous devrions chercher la voie de la vision profonde, car nous ne sommes que des victimes. Bien souvent, en revanche, Nous ne cessons de nous adresser des reproches les uns aux autres, les enfants étant persuadés d'être victimes de leurs parents et les parents quant à eux étant convaincus d'être victimes de leurs enfants. Au lieu de nous affronter, cherchons à nous rapprocher, parents et enfants, compagnes et compagnons, afin de trouver une issue à nos conflits, acceptant ainsi de reconnaître que la violence est en chacun de nous. Ce n'est pas parce que nous avons souffert que nous devons perpétuer cette souffrance l'un envers l'autre. Puisque nos blessures présentent en grande partie les mêmes causes, cessons d'être ennemis et faisons alliance. La souffrance que nous portons chacun suffit amplement à nous indiquer le chemin qui nous évitera de retomber dans les mêmes erreurs. Le Bouddha lui-même a dit, quoi qu'il advienne, examinez en profondeur sa nature. Il nous montre ainsi que dès que nous avons compris la nature et l'origine de notre souffrance, nous sommes sur la voie de la libération. Cherchons donc à nous rapprocher, compagnes et compagnons de vie, amis, mères et filles, et ensemble reconnaissons que l'un et l'autre, l'une et l'autre, nous avons souffert et que toutes et tous nous sommes habitués par la violence, la haine et les afflictions. Au lieu de rester dans l'opposition et les reproches et et dont nous pratiquons ensemble avec l'aide d'un enseignant et d'une communauté. À Phước Bồi, Thay et ses amis moines restent très actifs. Outre le temps qu'ils passent à explorer la forêt ou à réciter des poèmes, Thay consacre des heures et des heures à étudier, à discuter et à écrire sur un nouveau bouddhisme engagé. Comme il s'en souviendra, je travaillais aussi dur qu'il m'était possible. Il effectue de nombreux déplacements pour enseigner et assumer ses fonctions de rédacteur en chef de Phat Chau Vietnam. En 1958, malgré tous ses efforts, le financement de la revue est finalement interrompu 2 ans seulement après l'apparition du premier numéro. Thay sait bien qu'il ne s'agit pas uniquement d'un problème de manque de fonds, mais que c'est aussi une façon pour la hiérarchie bouddhiste d'opposer une forme de résistance à ces articles audacieux. Il a le sentiment d'avoir échoué à renouveler et à unifier le bouddhisme vietnamien. Face à ce revers, pleurant toujours la mort de sa mère et vivant mal la division douloureuse du pays, Thay tente de s'accrocher comme il peut. Il tombe malade, tellement malade qu'il a failli en mourir. Au mois d'octobre 1958, il sera hospitalisé pendant près d'un mois à l'hôpital Graal à Saïgon où il sera pris en charge par des médecins français. C'est son disciple Thích Tri Kong qui l'accompagne comme assistant. Thay mettra du temps à récupérer. Il ira se reposer chez un ami laïc de Saigon qui lui a proposé de venir chez lui pour lui éviter d'être trop dérangé par les trop nombreux visiteurs du temple. Ouvrir notre cœur. J'ai connu un jeune homme qui était dans une colère telle contre son père qu'il n'hésitait pas à déclarer Je ne veux plus rien avoir à faire avec mon père. D'une certaine façon, nous pouvons le comprendre. Persuadé que sa souffrance provenait de son père, tout ce qu'il voulait était être à l'opposé de lui. Il voulait marquer une rupture totale avec cette partie de son existence. Et pourtant, en prenant le temps d'examiner en profondeur sa situation, il pourrait clairement voir que même s'il éprouve une haine profonde envers son père, il est malgré tout ce père. Il en est la continuation. Haïr son père, c'est se haïr soi-même. Nous n'avons pas d'autre choix que celui d'accepter notre père. Pour ce faire, il est bon que notre cœur soit bien ouvert, bien grand, car s'il est encore étriqué, comment y accueillir notre père, l'y étreindre de toute notre tendresse? La pratique du regard profond est la seule qui puisse permettre à notre cœur d'avoir une expansion sans limite. Un cœur que l'on peut mesurer n'est pas un grand cœur. Dans le bouddhisme, nous parlons des 4 incommensurables, des 4 éléments qui constituent l'amour véritable. Il s'agit de la bonté aimante, de la compassion, de la joie et de l'équanimité ou de la non-discrimination, respectivement en sanskrit maitri, karuna, mudita ou peksha. Nous pratiquons avec ces éléments de façon à transformer notre cœur en une dimension incommensurable. Ainsi, lorsqu'il commence à gagner de l'expansion, à s'élargir, nous sommes en mesure de contenir et supporter toutes sortes de souffrances. Et si nous accueillons tendrement la souffrance que nous portons en nous, nous ne la subissons plus. Pour décrire ce qu'est ce cœur incommensurable, le Bouddha aimait proposer cette analogie: si une poignée de sel tombait dans notre verre d'eau, nous ne pourrions pas boire cette eau. Et nous devrions la jeter. Mais si nous décidions de confier cette poignée de sel à une immense rivière, nous pourrions toujours en utiliser l'eau. La rivière est grande, elle peut accueillir cette quantité de sel et nous pouvons en boire l'eau. Un cœur tout petit n'est pas en mesure de supporter la somme de douleurs et de souffrances subies d'une autre personne ou de la société. Élargissons notre cœur et nous pourrons alors étreindre la douleur sans devoir souffrir. La pratique des 4 incommensurables transforme notre cœur en une immense rivière. C'est une époque extrêmement difficile pour Thay. Son corps est faible et il souffre d'insomnie chronique. Même les médecins ne parviennent pas à l'aider. Son moral n'a jamais été aussi bas. Thay décrira ensuite cette période comme un moment de profonde profonde dépression. Il a toutefois l'intuition que s'il parvient à maîtriser sa pleine conscience de la respiration et de la marche, il pourra vraiment guérir. C'est en faisant face aux immenses difficultés qu'il rencontre au cours des années 1950 que Thay approfondit ainsi sa pratique personnelle et trouve la force spirituelle dont il a besoin pour aller de l'avant. Alors qu'il était un jeune moine, Thay avait étudié la méthode qui consiste à compter et à suivre la respiration. Il avait été initié à la pratique de la marche lente. Mais à l'époque, au Vietnam, on ne faisait qu'étudier la théorie de la méditation dans les instituts d'études bouddhiques sans apprendre comment appliquer la pratique de la méditation à sa propre guérison. C'est ainsi que Thay, alors qu'il était en proie à une profonde souffrance, a dû découvrir par lui-même une manière de méditer pour panser ses propres blessures. Il expérimente alors une nouvelle méthode. Permettant d'associer plus naturellement sa respiration et ses pas pendant la marche. Et au lieu de compter uniquement les respirations, il compte ses pas en suivant sa respiration. Cette concentration lui permet d'embrasser tendrement sa douleur et son profond désespoir sans se laisser emporter par des émotions fortes. Avec la pratique de la respiration consciente, expliquera Thay, j'ai réussi à m'en sortir. Il avait commencé cette pratique à l'Institut Hong Kong, il l'a poursuivie à Blau et à Fogboy, puis à l'Université de Princeton aux États-Unis, et n'aura de cesse au cours des décennies suivantes d'approfondir sa compréhension des soutras sur la méditation et la respiration. Comme il l'écrira dans son journal, maintenant je comprends que la vérité et la vertu doivent être accompagnées de la force. La vérité sans la force ne peut se maintenir. Si nous voulons éviter de souffrir dans nos relations avec nos partenaires ou nos familles, ne plus tomber dans les pièges des accusations et des conflits, nous pouvons signer un traité de paix. Chéri, je sais qu'il y a une graine de colère en toi. Je sais aussi que chaque fois que j'arrose cette graine, j'induis ta souffrance et que tu me fais souffrir également. Je m'engage donc aujourd'hui à m'abstenir d'arroser la graine de colère en toi. Je le promets. Bien sûr, je promets également de ne pas arroser la graine de colère que je porte en moi. S'il te plaît, chéri, vois si tu peux prendre le même engagement dans ta vie quotidienne. S'il te plaît, évite de lire, regarder ou consommer quoi que ce soit qui puisse alimenter les graines de colère et de violence qui sont en toi. Tu sais combien la graine de colère que je porte en moi est déjà suffisamment grande et chaque fois que tu l'arroses par un geste ou un mot, j'en souffre et je te fais souffrir toi aussi. Alors soyons intelligents et n'arrosons pas les graines de violence et de colère en nous. Cet exemple est une partie du traité de paix que nous pouvons signer avec la personne qui nous est chère: notre partenaire, notre parent, notre enfant. Ce serait même magnifique que d'autres membres de la famille ou de la communauté puissent en être les témoins en assistant à notre signature. Selon les termes du traité de paix, chaque fois que la colère monte, nous évitons de dire ou faire quoi que ce soit. Simplement, nous revenons à notre respiration consciente, nous prenons soin de notre colère et regardons en profondeur pour toucher et identifier l'origine de cette souffrance. L'une des premières choses que nous observerons sera sans doute le fait que la source principale de notre souffrance est la graine de colère présente en nous et que l'autre personne n'en est qu'une cause secondaire. Nous pouvons alors regarder cette personne et voir qu'elle ne connaît pas la pratique et ne sait pas comment gérer la violence qui l'habite et en prendre soin. Cette personne a souffert à maintes reprises et en est devenue une victime de sa propre souffrance. C'est pour cela qu'elle continue à souffrir et à faire souffrir les personnes autour d'elle. C'est tout naturel. Bien plus que de nos reproches et réprimandes, elle a besoin d'aide. Et c'est là une deuxième observation majeure que nous pourrons sans doute faire. Mais nous pouvons aller encore plus loin et nous demander qui pourrait aider cette personne quand elle a besoin d'aide. En prenant conscience que nous sommes probablement celui ou celle qui la comprend le mieux, nous verrons bien vite que nous devrions être présents pour elle. Dès que nous sentons en nous ce désir d'aider l'autre personne, Nous savons alors que notre colère a pu se transformer en compassion. Nous ne souffrons plus. Nous sommes motivés par l'amour, par la compassion et par l'envie d'aider. Par expérience, je peux vous assurer que cela fonctionne, car j'ai rencontré de nombreux jeunes qui, après avoir pratiqué au Village des Pruniers, sont rentrés chez eux aider leurs parents. Toute haine envers eux les avait quittés. Désormais connu pour son travail de rédacteur en chef de Phat Chau Vietnam, Thay est invité au printemps 1959 à participer au Japon à la conférence internationale du Vesak pour célébrer l'anniversaire du Bouddha. Il est chargé de prononcer une allocution qui sera son premier discours public en anglais. Au cours de ce voyage, Thay aura une nouvelle fois des problèmes de santé et sera hospitalisé à Tokyo. Il continue à pratiquer la pleine conscience de ses pas et de sa respiration dans les couloirs de l'hôpital, s'entraînant ainsi à rester concentré sur sa respiration et à relâcher ses angoisses. Quand il rentre au Vietnam à la mi-mai, il prend la décision de voyager plus souvent hors du Vietnam et se donne un an pour apprendre à parler anglais couramment. Au Japon, Thay a entendu parler des grandes collections d'écrits bouddhiques qui sont conservées dans des bibliothèque à l'étranger. Avec l'aide d'un moine vietnamien qui vient de rentrer des États-Unis, il fait alors une demande de bourse à l'ambassade des États-Unis.
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