78. Reconciliation (Série Thich Nhat Hanh)
5 Oct 2022 · 26 min
In this episode Mélanie Berthaud opens with a lyrical reading of Christian Bobin’s prose poem from La part manquante, which paints a vivid portrait of a solitary mother in a train station, exploring themes of invisibility, sacrifice, and the paradoxical abundance of love that coexists with loneliness. The poetic meditation segues into a detailed exposition of Chapter 7 (“Réconciliation : Écrire une lettre”) from Thich Nhat Hanh’s Prendre soin de l'enfant intérieur, faire la paix avec soi. Berthaud recounts a retreat anecdote where a participant, initially unable to list his mother’s virtues, discovers through mindful “deep‑seeing” that she possesses many positive qualities, leading him to write heartfelt letters of gratitude and reconciliation. She then outlines the practical “three‑phrase” formula used in the Village des Pruniers for transforming anger into compassionate communication: (1) acknowledge the anger and suffering, (2) affirm one’s sincere effort to care for that suffering, and (3) ask for help. The episode further explains how mindful breathing, walking meditation, and community support reinforce these practices, and how writing letters can become a mindful act woven into everyday chores. Finally, a brief interlude introduces the Just in Time podcast’s origins during the pandemic and its evolving format, emphasizing its focus on philosophy, psychology, yoga, and trauma‑release. The episode therefore intertwines poetic reflection, Buddhist reconciliation techniques, and practical mindfulness tools, offering listeners both an emotional immersion and concrete steps for healing relational wounds.
Chapters
Bonjour, pour ce chapitre 12, cet épisode 12 de la saison 2 consacré aux grands maîtres éveillés, grandes maîtresses éveillées, et spécifiquement à Thích Nhất Hạnh, je vais commencer par la lecture d'un texte d'un poète écrivain que j'affectionne tout particulièrement et qui s'appelle Christian Bobin. Il s'agit d'un texte qui ouvre un recueil, un ouvrage intitulé La part manquante. Elle est seule, c'est dans un hall de gare à Lyon-Pardieu. Elle est parmi tous ces gens comme dans le retrait d'une chambre. Elle est seule au milieu du monde comme la Vierge dans les peintures de Fra Angelico, recueillie dans une sphère de lumière, éblouie par l'éclat des jardins, Les solitaires aimantent le regard. On ne peut pas ne pas les voir. Ils emmènent sur eux la plus grande séduction. Ils appellent la plus claire attention, celle qui va à celui qui s'absente devant vous. Elle est seule, assise sur un siège en plastique. Elle est seule avec dans le tour de ses bras un enfant de 4 ans. Un enfant qui ne dément pas sa solitude. Qui ne la contrarie pas. Un enfant roi dans le berceau de solitude. C'est comme ça qu'on la voit d'emblée. Elle est seule avec un enfant qui ne l'empêche pas d'être seule, qui porte sa solitude à son comble, à un comble de beauté et de grâce. C'est une jeune mère. On se dit en la voyant que toutes les mères sont ainsi, de très jeunes filles enveloppées de silence comme la robe de lumière entre les doigts du peintre. Des petites sœurs, des petites filles. Un enfant leur est venu. Il est venu avec la fraîcheur des jardins. Il est venu dans la chambre du sang comme une phrase emmenée par le soir. Il a poussé dans leurs songes. Il a grandi dans leur chair. Il a porté la fatigue, la douceur et la désespérance. Avec l'enfant est venue la fin du couple, les mauvaises querelles, les soucis. Le sommeil interdit, la pluie fine et grise dans la chambre du couple. C'est le contraire de ce qu'on dit qui est le vrai. C'est toujours ce qui est tu qui est le vrai. Le couple finit avec l'enfant premier venu. Le couple des amants, la légende du cœur unique. Avec l'enfant commence la solitude des jeunes femmes. Elles seules connaissent ses besoins. Elles seules savent le prendre au secret de leurs bras. La pensée éternelle les incline vers l'enfant sans relâche. Elles veillent aux soins du corps et à ceux de la parole. Elles prennent soin de son corps comme la nature a soin de Dieu, comme le silence entoure la neige. Il y a la nourriture, il y a l'école, il y a les squares, les courses à faire et les légumes à cuire. Et que de tout cela personne ne vous sache gré. Jamais. Les jeunes mères ont affaire avec l'invisible. C'est parce qu'elles ont affaire avec l'invisible que les jeunes mères deviennent invisibles, bonnes à tout, bonnes à rien. L'homme ignore ce qui se passe. C'est même sa fonction, à l'homme, de ne rien voir de l'invisible. Ceux parmi les hommes qui voient quand même, ils en deviennent un peu étranges, mystiques, poètes, ou bien rien. Étranges, déchus de leur condition, ils deviennent comme des femmes, vouées à l'amour infini. Solitaires dans les fêtes auxquelles ils président. Tourmentées dans la joie bien plus que dans la peine. Ce qui pour un homme est un accident, un ratage merveilleux, pour une femme est l'ordinaire, des jours très ordinaires. Elles poursuivent l'éducation du prince, elles s'offrent en pâture à l'enfant, à ses blanches dents de lait, coupantes, brillantes. Quand l'enfant part, il ne laisse rien d'elles. Elles le savent si bien que les mauvaises mères essayent de différer la perte, d'allonger les heures, mais c'est plus fort qu'elles. Les animaux se laissent manger par leurs petits, Les mères se laissent quitter par leurs enfants et l'absence vient qui les dévore. On dirait une loi, une fatalité, un orage que personne ne saurait prévenir. L'ingratitude est le signe d'une éducation menée à son terme, achevée, parfaite en sa démence. On pense à tout cela, assis à côté de la mère et de son fils dans le hall de Lionpardieu. On pense aussi beaucoup à Franjeliko, à la douceur des jardins parfumés au vent de sable dans la gorge des prophètes, aux herbes folles dans les pages de la Bible. La figure du Christ est belle, c'est le visage amoureux, de qui ne part jamais, de qui reste pour toujours auprès de vous, malgré la grêle, malgré l'injure. Mais quand même, c'est évident, ce n'est pas la figure centrale. Dans la rosace du temps tremble un visage plus beau, plus exténué de transparence, celui de la mer, celui de la petite fille qui enfante Dieu et les jardins bruissants de lumière. Si on devait dessiner l'intelligence, la plus fine fleur de la pensée, on prendrait le visage d'une jeune mère, n'importe laquelle. De même, si on devait dire la part souffrante de tout amour, la part manquante, arrachée. Vous regardez cette jeune femme, vous regardez en elle les femmes qui vont pieds nus dans la Bible, comme celles qui se hâtent dans les rues, celles d'hier et celles de maintenant, elles ont des maris, on dirait que c'est pour la vie, que c'est une chose sans importance. Qu'elles n'ont pas voulu fuir. Elles ont des amants, on dirait que c'est pareil, que c'est pour l'éternité, un choix, oui, mais un choix obligé, non choisi. Aux petites filles, on apprend que Dieu existe et qu'il a la couleur de leurs yeux. Alors elles le croient, alors elles attendent. En attendant, pour passer le temps de vivre par impatience ou pour faire comme leur mère, elles se marient. Dès ce jour, Dieu s'en va, il déserte la maison. Qu'un mâle qui ne trouve plus le repas ou le silence à son goût. Il s'en va pour toujours. Il laisse en s'éloignant l'attente qu'elles ont de lui. C'est une attente immense. C'est une attente à quoi personne ne sait répondre. On touche là à la démence. Dans l'attente amoureuse des jeunes femmes, dans cette passion purifiée par l'absence, on touche à quelque chose comme la folie. Aucun homme ne s'aventure dans ces terres désolées de l'amour. Aucun homme ne sait répondre à la parole silencieuse. Les hommes retiennent toujours quelque chose auprès d'eux. Jusque dans leurs ruines, ils maintiennent une certitude comme l'enfant garde une bille dans le fond de ses poches. Quand ils attendent, c'est quelque chose de précis qu'ils attendent. Quand ils perdent, c'est une chose qu'ils perdent.
Une seule chose.
Les femmes espèrent tout. Et puisque tout n'est pas possible, elles le perdent en une seule fois. Comme une manière de jouir de l'amour dans son manque, elles continuent d'attendre ce qu'elles ne croient plus. C'est plus fort qu'elle, c'est bien plus fort que toute pensée. C'est dans cette nuit qu'apparaissent les enfants, c'est dans ce comble du désespoir que naissent les sources d'enfance. Les enfants, c'est une maison de chair, on l'élève au plus haut de soi-même. On regarde ce qui se passe, on assiste à la croissance de cette maison d'âme de l'enfant, on n'en revient pas. C'est une énigme dans le plein jour, c'est l'énigme de vivre une vie qui n'est plus tellement la vôtre, qui n'est plus guère celle de personne. Le mari est loin maintenant, il est plus loin qu'à l'instant de la rencontre, il est plus loin que le premier venu, il y a les enfants, et puis il y a le mari, l'enfant vieilli, l'enfant supplémentaire. Il y a toutes ces vies à mener en même temps et aucune n'est la vôtre. C'est comme dans la Bible. Les jeunes femmes de Palestine, hier, maintenant, elles relèvent le dieu dans la poussière du temps, dans le vieil or des jours. Elles lui lavent la tête, le bercent de chansons, l'enveloppent de lin blanc. Elles le raniment avec du seigle et du vin. Elles attendent. On ne sait pas ce qu'elles attendent. L'amour enfuit de la maison. Elles le retrouvent au clair d'une larme ou d'un fou rire. Au besoin, elles l'inventent. Elles vont parfois le chercher au-dehors. Elles répandent le ciel pur de leurs yeux sur le monde. Elles prennent des amants. Mais aucun amour n'approche en lumière celui qui les penche sur l'enfant. Personne d'autre ne peut venir à la place vidée par Dieu. Personne ne sera aimé par elles comme l'enfant de la promesse déçue, de la parole parjure La jeune femme assise à côté de vous a installé l'enfant sur ses genoux. Elle lui parle de tout et de rien. Elle mène la conversation infinie, ininterrompue dans la rumeur des passants. Tu vois ce pull que j'ai acheté? Eh bien, il est trop cher. Dans un autre magasin, j'ai vu qu'il était à moitié prix. Tant pis, je suis contente. Tu veux un chocolat? Écoute, on est juste au-dessous des trains. Tu entends le bruit que ça fait? C'est un train qui passe. On a une heure à attendre. Tu n'as pas froid? Je vais te mettre ta capuche et je vais te manger, mon trésor, mon petit poisson, mon amour, mon amour. Elle mène de front, dans le même souffle, le dialogue des amants, celui des vivants et des morts, le dialogue en abîme des solitudes. On pense: les enfants naissent des femmes, les femmes naissent des femmes. Il reste aux hommes le travail, la fureur imbécile du travail, des carrières et des guerres. Il reste aux hommes le reste. On regarde cette jeune femme peinte par Fra Angelico dans le hall venteux de Lyon-Pardieu. On la regarde avec légèreté, sans danger d'un amour. Pour s'éprendre d'une femme, il faut qu'il y ait en elle un désert, une absence, quelque chose qui appelle la tourmente, la jouissance. Une zone de vie non entamée dans sa vie, une terre non brûlée, ignorée d'elle-même comme de vous. Perceptible pourtant, immédiatement perceptible, mais ce n'est pas le cas. Cette jeune femme est tout entière occupée par son enfant, envahie d'un amour abondant, Sans réserve, si totalement brûlée d'amour qu'elle en est lumineuse et que son visage suffit à éclairer le restant de votre journée. Tout ce temps a tué avant le train à prendre, avant le jour de votre mort.
El podcast Just in Time se inició para salir a la calle durante la pandemia. Era un walk and talk. Podcast. Ahora seguimos en otra modalidad, puede ser walk and talk, puede ser simplemente analizando con calma sin tener que movernos, pero los temas permanecen los mismos: filosofía, psicología, psicoanálisis, literatura. Actualmente mucho tiene que ver con yoga y la relación con la liberación del trauma. Todos los temas que nos interesaron durante la pandemia siguen, permanecen Ahora bajo distintas modalidades, puede ser que esté yo sola o bien acompañada. Este es el podcast Just in Time.
Nous sommes dans le chapitre 7 du livre Prendre soin de l'enfant intérieur, faire la paix avec soi, de Thich Nhat Hanh. Ce chapitre s'intitule Réconciliation. Écrire une lettre. Lors d'une retraite, j'ai rencontré un jeune homme qui ressentait beaucoup de colère envers sa mère. Et alors que j'avais demandé à tous les participants d'écrire toutes les qualités positives de leurs parents, cet homme s'était persuadé que pour lui ce serait impossible. D'accord, faire la liste des qualités de mon père c'est facile, mais si je dois énumérer celles de ma mère, je ne pense pas que je pourrais écrire quelque chose. Et pourtant, il commença à écrire et se surprit lui-même quand, l'une après l'autre, chacune des qualités de sa mère put prendre forme sur son papier. Tant et si bien qu'une seule page n'y suffit pas et qu'il dut retourner la feuille pour continuer à écrire. Pendant ce temps, il pratiqua le regard profond et prit conscience de très nombreuses qualités de de sa maman. Son sentiment de colère contre elle n'était dû qu'à une seule chose, mais celle-ci avait masqué tout le reste. À la fin de l'exercice, il avait redécouvert que sa maman était une personne merveilleuse. Dans un deuxième temps, il put alors s'asseoir et rédiger une belle lettre d'amour pour elle. Il la remercia pour toutes les qualités, toutes les qualités qu'elle lui avait transmises. Maman, je suis si heureux et fier d'avoir une maman comme toi. Une semaine plus tard, son épouse lui téléphona depuis les États-Unis pour lui annoncer, ta maman a été extrêmement heureuse quand elle a lu ta lettre. Elle a dit qu'elle avait retrouvé son fils merveilleux et elle m'a même confié que si sa propre mère avait encore été en vie, elle aurait aimé pouvoir lui écrire une aussi belle lettre. Après cette conversation avec son épouse, le jeune homme s'assit et se mit à rédiger une deuxième lettre. Lettre à sa mère. Maman, si tu regardes profondément en toi, tu verras que grand-mère est toujours vivante dans chaque cellule de ton corps, et je suis certain que si tu t'assieds et lui écris une lettre, ma grand-mère pourra la lire. Il n'est pas trop tard. La relation entre la maman et son fils a été rétablie en beauté et bien plus vite qu'on ne pourrait l'imaginer. 3 phrases pour se réconcilier. Au Village des Pruniers, nous avons l'habitude d'utiliser 3 courtes phrases quand nous nous sentons en colère contre quelqu'un. Si vous voulez, vous pouvez les noter et les garder dans votre portefeuille en guise de rappel. Avec la première phrase, vous exprimez la vérité à l'autre personne. Par la parole aimante, vous lui dites combien vous souffrez et êtes en colère contre elle ou contre lui. Lui. Je suis en colère, je souffre et je veux que tu le saches. Bien souvent, dans une situation comme celle-là, nous ressentons de l'arrogance, voire de la fierté. Dans ce cas, quand l'autre personne s'approche de nous et nous demande si nous allons bien, si nous sommes fâchés, nous aurons tendance à répliquer sous l'emprise de la colère: moi, en colère?
Non, pourquoi?
Je vais très bien. Or, cette attitude est à l'opposé de la pratique. Ce que je vous conseille plutôt est de simplement reconnaître Je suis en colère, vraiment en colère. Je souffre et je veux que tu le saches. Et si vous voulez préciser davantage votre ressenti, vous pouvez même ajouter: je ne comprends pas pourquoi tu m'as dit cela, pourquoi tu m'as fait cela. Je souffre beaucoup. Voilà ce à quoi nous invite la première phrase. Avec la deuxième phrase, nous expliquons à l'autre personne que nous veillons à pratiquer. Je fais de mon mieux. Et cela veut simplement dire que je pratique et que chaque fois que je me mets en colère, je dois éviter de dire ou faire quoi que ce soit. Je reviens simplement à ma respiration et en pleine conscience, j'entoure ma colère de toute ma tendresse. Je l'examine en profondeur pour bien voir les racines qui sont en moi. En affirmant que je fais de mon mieux, je montre ainsi à l'autre personne que je suis un pratiquant, une pratiquante, et que je sais comment prendre soin de ma colère. Tout en lui inspirant confiance et respect, cette attitude sera aussi une manière indirecte d'inviter cette personne à pratiquer à son tour. Ainsi, peut-être pourra-t-elle s'interroger sur sa propre attitude. Qu'est-ce que j'ai dit? Qu'est-ce que j'ai fait pour le faire souffrir autant? Et ça, c'est déjà le début de la pratique. La deuxième phrase invite donc l'autre personne à examiner en profondeur si elle a été injuste dans ce qu'elle a dit ou fait. Avec la troisième phrase, Je demande de l'aide à l'autre personne quand, seule, je ne me sens pas capable de transformer ma souffrance, ma colère. S'il te plaît, aide-moi. Bien souvent, le simple fait d'écrire cette troisième phrase apporte déjà un soulagement. Quand nous sommes en couple et que nous avons des amis de pratique, il est essentiel de pouvoir partager les moments de bonheur tout comme ceux de souffrance. Maintenant, je souffre, je veux le partager avec toi et j'ai besoin de ton soutien. Or, bien souvent, nous faisons juste l'inverse. Nous sommes en prise de notre blessure, de notre colère, nous préférons nous réfugier dans notre chambre et pleurer seul, refusant toute aide venant de quelqu'un d'autre. Cédant à notre fierté, nous voulons punir l'autre en lui montrant que nous pouvons parfaitement nous en sortir sans lui, sans elle. Or, exprimer notre souffrance, ne serait-ce que par écrit, nous aidera à surmonter cette fierté. Cela montre à quel point ces 3 phrases peuvent être un véritable guide pour notre pratique et nous aident à nous exprimer sans Je suis en colère contre toi, j'en souffre beaucoup et je veux que tu le saches. Je fais de mon mieux pour prendre soin de ma souffrance. S'il te plaît, aide-moi. Peut-être pourriez-vous écrire ces 3 phrases sur un petit bout de papier, la taille d'une carte de crédit suffira, pour pouvoir la glisser dans votre portefeuille. Chaque fois que surgira en vous l'énergie de la colère, vous saurez ainsi quoi faire. Il vous suffira de prendre cette carte et de relire les phrases. Le Bouddha sera alors avec vous et vous saurez exactement quoi faire et ne pas faire. Nombre de mes amis ont dû appliquer cette méthode et ont transformé leurs relations entre père et fils, entre mère et fille, entre partenaires. Les pratiques de la respiration et de la marche en pleine conscience sont une aide très précieuse pour nous aider à revenir au calme. Elles nous invitent à faire appel à ce qu'il y a de meilleur en nous pour gérer la situation. Ainsi, nous ne cédons plus à notre torturateur à réagir en laissant colère et violence entraîner encore plus de souffrance. Ces 3 phrases peuvent servir de trame à une lettre de réconciliation que nous pourrions écrire. La pratique réserve en effet une part importante à la rédaction de lettres, car même habitées des meilleures intentions, nous restons tous susceptibles de céder à l'irritation quand nous parlons, en réagissant parfois maladroitement si notre pratique n'est pas assez solide. C'est dommage, car cela risquerait de gâcher complètement toute occasion de faire la paix. C'est pour cela qu'il est parfois plus judicieux, voire plus simple, de rédiger une lettre. Cela nous laisse alors l'occasion d'être parfaitement honnête en mettant sur papier tout ce que nous ressentons dans le plus grand calme, par des mots témoignant paix et amour, nous pouvons expliquer à l'autre personne que certains de ses actes ou paroles nous ont blessés. Nous cherchons à établir le dialogue en lui écrivant des phrases telles que: cher ami, chère amie, je suis peut-être victime de perceptions erronées et il est possible que ce que j'écris ici ne reflète pas la réalité. Cependant, c'est ainsi que je vis la situation. C'est vraiment ce que je ressens au plus profond de mon cœur. Si mes perceptions sont fausses, alors s'il te plaît détrompe-moi. S'il y a quoi que ce soit de faux dans ce que j'écris, prenons le temps de réexaminer la situation ensemble afin de résoudre le malentendu. En écrivant, il est important d'utiliser la parole aimante et si une phrase n'est pas assez bien écrite, n'hésitons pas à recommencer et à la remplacer par une autre plus aimable. Dans la lettre, il est tout aussi important de montrer que nous reconnaissons la souffrance que vit l'autre personne. Toi, à qui je tiens tant, je sais que tu as souffert toi aussi et je sais que tu n'es pas totalement responsable de ta souffrance. En pratiquant la vision profonde, nous pourrons repérer certains des points, certaines des racines et des causes de la souffrance qu'elle vit. Nous pouvons même lui en parler et exprimer ce qui nous fait souffrir de notre côté. Montrant ainsi que nous comprenons sa réaction ou les paroles qu'elle a pu prononcer. Cette lettre est vitale pour notre bonheur. Il est donc essentiel de prendre tout le temps dont nous avons besoin pour la rédiger, qu'il s'agisse d'une semaine, voire de 2 ou 3 si nécessaire. Le temps que nous consacrons à ce courrier est même plus important que l'année ou les 2 années que certains d'entre nous passent à rédiger leur thèse de doctorat. Notre thèse n'est pas aussi essentielle que notre lettre. Cette dernière représente sans doute la meilleure occasion qui s'offre à nous pour parvenir à rétablir la communication. Nous pouvons être le meilleur médecin, le meilleur thérapeute de la personne que nous aimons, car c'est nous qui la connaissons le mieux. L'aide dont nous avons besoin pour rédiger ce message nous sera donnée. N'oublions pas que nous avons des frères et sœurs de pratique au sein même de la communauté qui peuvent nous aider et nous éclairer. Nous ne sommes pas seuls. Quand nous écrivons un livre, nous en confions le manuscrit à des amis et à des spécialistes pour leur demander conseil. Nos compagnons de pratique sont des spécialistes car ils pratiquent tous l'écoute compatissante, le regard profond et la parole aimante. Nous pouvons donc faire lire notre lettre à un frère, à une sœur et lui demander de nous dire si le ton est suffisamment aimable, assez calme et si notre regard sur la situation est suffisamment profond. Nous pouvons ensuite la soumettre à l'avis d'une autre sœur ou d'un autre frère et poursuivre ainsi jusqu'au moment où nous sentirons que notre message pourra contribuer à la transformation de l'autre personne et la guérir de sa souffrance. Cette lettre est tellement importante qu'elle mérite qu'on y consacre tout le temps, l'énergie et l'amour nécessaires. Il est vital de rester la communication avec cette personne à laquelle nous tenons tant. Et il est certain que personne ne nous refusera son aide pour un aussi beau projet. C'est peut-être notre père, notre mère, notre fille, notre partenaire qui nous aidera, ou la personne assise juste à côté de nous. L'essentiel est de commencer dès à présent. Nous pouvons même rédiger les premières lignes aujourd'hui. Ainsi, nous découvrirons qu'avec un simple stylo et une feuille, de papier, nous pouvons pratiquer et transformer notre relation. Et même si nous ne pensons pas à ce courrier durant nos activités, que ce soit la marche ou l'assise méditative, le jardinage, le nettoyage ou la préparation de notre repas, il est évident que tout ce que nous ferons sera en relation avec son contenu. Le temps que nous passons à écrire face à notre table n'est que le temps consacré à mettre nos sentiments sur le papier, mais ce n'est pas véritablement le moment où nous produisons la lettre. Sa véritable création intervient quand nous arrosons les légumes, quand nous pratiquons la méditation-marchée ou même quand nous cuisinons pour la communauté. Toutes ces pratiques nous aident en effet à nous apaiser et à nous rendre plus solides. C'est alors que, par la pleine conscience et la concentration, nous permettrons à nos graines de compréhension et de compassion de se développer. Si la lettre que nous adressons à la personne qui nous est si chère est le fruit de la pleine conscience générée par notre pratique attentive tout au long de notre journée, elle sera certainement magnifique. Et même si nous n'y pensons pas, elle est en train de s'écrire dans les profondeurs de notre conscience. Notre journée ne peut pas se résumer à nous asseoir et écrire. Nous avons d'autres choses à faire, qu'il s'agisse de simplement boire notre thé, préparer le petit-déjeuner, laver nos vêtements ou arroser les légumes. Le temps que nous consacrons à chacune de ces activités est extrêmement important. Nous devons les faire du mieux que nous pouvons et nous impliquer à 100% dans l'acte de cuisiner, d'arroser le potager ou de faire la vaisselle. Nous apprécions tout simplement ce que nous sommes en train de faire et nous le faisons profondément. Cela est essentiel pour notre l'être et pour tout ce que nous voulons produire d'autre. L'illumination n'est en rien différente de la vaisselle ou de la culture des salades. La réelle pratique consiste à vivre intensément chaque moment de notre quotidien avec pleine conscience et concentration. C'est précisément durant ces moments de vie quotidienne que la conceptualisation et la création d'une œuvre d'art prennent naissance. L'instant où nous écrivons notre morceau de musique ou notre poème n'est jamais que la phase d'accouchement de notre bébé. Ce nouveau-né doit déjà être en nous pour que l'on puisse lui donner naissance. Si le bébé n'est pas en nous, nous pourrons rester des heures et des heures face à notre bureau, il n'y aura rien à produire, rien dont nous pourrons accoucher. Notre vision, notre compassion et notre capacité à écrire d'une manière qui puisse ouvrir le cœur de l'autre sont des fleurs qui s'épanouissent sur l'arbre de notre pratique. Nous devrions faire bon usage de chaque instant de notre vie quotidienne afin de permettre à la compréhension et à la compassion de s'épanouir. C'est grâce à l'énergie de pleine conscience présente en nous que nous pouvons écrire une vraie lettre d'amour et nous réconcilier avec une autre personne. Les mots d'amour sont toujours empreints de vision profonde, de compréhension et de compassion. Sans cela, il ne s'agirait pas vraiment d'une lettre d'amour. La véritable lettre d'amour peut alors induire une réelle transformation chez l'autre personne et donc dans le monde. Mais avant qu'il nous soit possible de produire cette transformation en l'autre, elle doit s'opérer en nous. Et c'est pour cela que certaines lettres nous demanderont peut-être une vie entière. Voilà, c'est tout pour aujourd'hui. Merci pour votre écoute attentive. Merci pour vos messages écrits. Par mail ou sur notre page Facebook ou notre page Instagram. Et également merci pour vos messages vocaux que vous envoyez sur la page de Anchor, sur le site dont l'adresse est indiquée dans la description de ce podcast. Je vous dis à très très bientôt. Au revoir.
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