2 tonnes de soude à 400° explosent dans une usine du Groupe HEF

Dans cette vidéo hors‑série, Aldo Sterone utilise une analogie de cuisine (lorsqu’on verse de l’eau sur de l’huile chaude) pour expliquer les principes physiques d’une explosion de vapeur. Il applique ensuite ce principe à un accident industriel survenu le 30 mai 2024 dans une usine du groupe français HEF, située dans le Tennessee, où un processus de nitruration liquide utilise un bain à 400‑430 °C contenant du NaOH (soude caustique) et du NaNO₃. Des tubes creux, munis de deux petits orifices de 5 mm, sont immergés dans ce bain. Après le traitement, le sel liquide se solidifie et bouche les orifices, piégeant de l’eau résiduelle à l’intérieur. Lors d’une tentative de ré‑chauffage pour faire fondre le bouchon, l’eau vaporise rapidement, créant une sur‑pression qui fait exploser le bain, projetant environ 2 tonnes de solution caustique à 400 °C. L’opérateur, protégé seulement par une petite vitre en plexiglas, subit des brûlures de 2ᵉ‑3ᵉ degré sur 95 % de son corps et décède le jour même; plusieurs autres sont blessés. L’usine est fermée huit mois, entraînant des pertes d’emploi. Suite à l’enquête, le groupe HEF installe des enceintes de type « sarcophage » entièrement fermées, permettant une manipulation à distance et éliminant les vitrines de protection. Sterone conclut sur l’importance d’apprendre de ces accidents, en les reliant aux principes de sécurité aérienne et à d’autres incidents industriels.
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Mes amis, bien le bonjour. Bienvenue dans cette vidéo hors série. Vous savez, quand on parle de sécurité aérienne, nous parlons de quoi vraiment? Nous sommes à l'interface entre l'humain et la machine, à cette interface où toutes les erreurs peuvent arriver et quand elles s'accumulent d'une certaine manière, elles peuvent donner une tragédie. Eh bien, ce mécanisme, on va le retrouver partout. Aujourd'hui, on va parler d'un accident industriel qui a coûté la vie à un employé d'une entreprise appartenant à un groupe français, même si elle est basée aux États-Unis. Et vous allez voir que sur le principe, les mécanismes sont tout le temps les mêmes. Commençons par peut-être parler d'un accident qui arrive régulièrement dans les cuisines, dans les cuisines de tout un chacun. En fait, chez les pompiers, ils font souvent la démonstration de prendre une casserole avec de l'huile Tu vois, vous avez l'huile végétale, il la chauffe, tu vois, il la met sous une flamme, il la chauffe, et après ils viennent verser de l'eau dedans. Donc ils vont verser une tasse d'eau pour voir ce qui se passe. Eh bien, c'est pour avoir vu ça de près chez les pompiers de Lausanne quand j'étais volontaire, c'est une catastrophe. Ça va donner une boule de feu. Techniquement, ce n'est pas une explosion, même si par abus de langage on peut se permettre ceci. Pourquoi ça se passe comme ça? Si on prend de l'eau, qu'on la verse dans de l'huile, ou qu'on la verse dans du plomb fondu, qu'on la verse dans d'autres produits chimiques chauffés, ça finit toujours en boule, ça finit toujours en éruption. Et si on est proche de celle-ci, eh bien, ça peut causer d'énormes, d'énormes brûlures. Mais pourquoi? Je te raconte un petit peu le principe. L'eau, elle bout grosso modo à 100 degrés. Quand elle bout, il se passe quoi? Elle augmente de volume, elle devient de la vapeur d'eau. Son volume se multiplie environ 1600 à 1700. Donc tu peux avoir un litre d'eau, s'il bout d'un coup, il va te donner 1700 litres de vapeur d'eau. Cette vapeur d'eau, elle veut s'échapper, elle veut partir. Alors je te raconte, imaginons que l'huile ici, elle est sous une flamme, n'est-ce pas? Et puis ce qui va se passer, elle est portée par exemple à 300 degrés. Typiquement, ça arrive des fois, tu as une ménagère, elle laisse l'huile bouillir, elle part, soudainement elle se rappelle, elle revient une demi-heure plus tard, il y a un nuage âcre dans la cuisine et elle se dit ouh là, j'ai déconné Donc qu'est-ce qu'elle va faire? Typiquement, les gens ils font ça, ils vont à la fenêtre, ils l'ouvrent pour aérer. Au moment où ils l'ouvrent, derrière, l'huile prend feu. Pourquoi? Parce que tu as un appel d'air Donc ce qui va se passer, c'est l'huile qui va prendre feu. Là, le risque— la bonne méthode, c'est quoi? La bonne méthode, c'est arrêter le feu, arrêter la flamme sous l'huile. Et puis juste, si elle s'est pas enflammée, la laisser telle quelle. Si elle s'est enflammée, la couvrir avec quelque chose. Même les extincteurs sur l'huile sont dangereux, parce que les extincteurs, quand on les balance sur, par exemple, de l'essence enflammée ou autre— on a fait ça chez les pompiers, tu prends, tu ne prends pas, non non, je veux dire, juste je t'explique, tu as un bidon par exemple d'eau, de sanflan qui s'est enflammé, tu l'attaques avec un extincteur, tu peux te retrouver dans une situation de lance-flammes parce que tu peux projeter avec la pression de l'extincteur, tu peux projeter du liquide inflammable. Donc faut faire attention. En tout cas, généralement, ce qu'il faut, c'est couvrir la flamme parce que l'huile, j'ai pas la formule, la formule exacte en tête, je pourrais t'en parler à une autre occasion, mais ça consomme pas mal d'oxygène pour brûler. Donc Donc il suffit de l'étouffer avec une serviette et c'est bon. Même si c'est pas parfaitement hermétique, généralement elle va pas continuer à brûler. Maintenant, ce qu'il y a eu comme accident, c'est que des gens ont pris une tasse d'eau, bien de l'eau, bien ont pris la casserole, la mettre sous l'eau, ils ouvrent le robinet ici. Donc l'eau qui est plus lourde que l'huile, elle va faire quoi? L'eau va venir ici, la dessine en rouge, donc l'eau va venir là. Tu vois, elle va venir là, elle est plus lourde, elle va aller au fond. Vu la température qu'on a ici, qu'est-ce qu'elle va faire? Elle va, le temps de compter, tu as même pas le temps de compter jusqu'à 1 en réalité, c'est très rapide. Ce qui va se passer, elle va chauffer, elle va bouillir, se transformer en vapeur, et cette vapeur va immédiatement partir très brutalement comme ça. En partant, elle fait quoi? En partant, elle entraîne avec elle L'huile, on est en train de faire des milliards de gouttelettes d'huile. Si tu regardes ta casserole ici, je regarde ma casserole par le haut, tu vois, et bien si tu regardes ici, tu as que cette surface de contact entre l'huile et l'air. Mais quand l'huile est pulvérisée sous forme de milliards de gouttelettes, et bien tu as une surface énorme entre l'huile et l'air. Et cette fois-ci, tu obtiens une méga boule de feu, tu vois. Et là, ça a brûlé pas mal de personnes. Donc on garde ce schéma en tête parce que c'est ce qui va jouer ce jour-là. Alors on va aller le 30 mai 2024, on sera dans le Tennessee, dans une usine qui appartient à une compagnie qui fait partie du groupe HEF. C'est le HEF Group, c'est un groupe français qui est présent sur de nombreux pays et qui dispose de plusieurs sites aux États-Unis. 15 personnes travaillent sur ce site-là et doivent faire ce qu'on appelle un process de nitruration. Nitruration, les Américains disent nitridation, qui est peut-être un peu plus facile à prononcer. Mais il s'agit de quoi? Quand tu regardes des pièces, des fois des pièces d'avion, des pièces de moteur, des vilebrequins, des engrenages, tout ça, eh bien parfois ce qu'on leur fait, on leur fait ce traitement-là qui est un traitement de surface. Ça signifie la pièce, une fois qu'elle est fabriquée, on va bien la nettoyer et on va la plonger dans plusieurs bains à haute température contenant des produits chimiques. Plusieurs étapes. Alors les étapes les plus, quand on fait vite, ça peut prendre quelques heures. Quand on fait vite, ça peut, quand on fait plus lentement pour aller en profondeur, ça peut prendre plusieurs jours. Et puis on peut répéter aussi le cycle 2 fois ou 3 fois par exemple. Il y a plusieurs manières d'obtenir cela. On peut l'obtenir avec des phases gazeuses, avec du plasma, avec du liquide. Il y a plusieurs manières de l'obtenir. Ici, on va parler de la méthode liquide. Le but, c'est quoi? Le but, c'est qu'avec ce traitement-là, ça renforce la surface. La surface va devenir plus forte, plus résistante à l'usure, par exemple. Il y a plusieurs caractéristiques intéressantes, mais l'une d'elles, c'est une plus forte résistance à l'usure. Alors, pour information, et c'est là où tu vois la beauté de la chimie, c'est que le process a été inventé il y a plus d'un siècle, grosso modo, au début des années 1900. Et c'est bien plus tard qu'on a tenté d'expliquer sur le plan chimique comment ça marche. Parce que la chimie, fondamentalement, c'est une science très, très pratique, très pragmatique. C'est pas de la science basée sur de la théorie abstraite. Très souvent, la théorie va arriver après. C'est un petit peu comme les avions voler. C'est pas de la chimie, ça, mais les avions voler. Puis bien plus tard, quelqu'un s'est posé la question mais comment ça se fait que c'est plus lourd que l'air et ça vole? Oui, c'est comme ça. Très souvent, les choses sont avancées par les techniciens, pas par les scientifiques. Les scientifiques viennent toujours en retard et cherchent à expliquer comment. Mais en tout cas, ce que je te dis, c'est que je fais simple, mais on va parler d'une seule étape qui nous intéresse parce que c'est cette étape où le drame va survenir. Cette étape, c'est ce qu'on appelle l'étape d'oxydation. Tu peux imaginer, tu as un bain, un bain oxydant, et ce bain-là, il contient deux choses. Et contient un liquide qui est des sels qui sont liquides. Alors c'est pas une solution saline, c'est des sels qui ont été chauffés jusqu'à devenir liquides. Par exemple, tu peux prendre du sel de cuisine, NACL, si tu le chauffes à 800 degrés, il va devenir liquide. Ça sera du sel liquide et parfois on a des raisons pratiques de le faire. Donc ici, ce qu'on va faire, on va mélanger dans une cuve, on va mélanger du NaOH. Alors, NaOH, tout le monde connaît, c'est de la soude caustique, ça vient sous forme de paillettes et tout ça. Alors, la soude caustique, hyper, hyper dangereux à utiliser. C'est pas toxique dans le sens, je te dirais, arsenic ou cyanure de sodium ou autre, c'est pas ça l'idée. Mais c'est très, très irritant, c'est très caustique comme son nom l'indique. Ça peut causer des brûlures affreuses quand tu mélanges ça dans l'eau, quand tu prends de l'eau et tu jettes des paillettes dedans, toujours dans ce sens, jamais l'eau sur les paillettes, toujours dans ce sens. Tu mélanges doucement, l'eau va chauffer et tu peux aller jusqu'à faire bouillir l'eau. Tu sais que tu peux dissoudre, ce qui est assez extraordinaire, tu peux dissoudre jusqu'à 3 kilos de NaOH dans 1 litre d'eau. La capacité de ce sel à se dissoudre, elle est absolument extraordinaire. Donc ça devient très chaud, c'est très basique, donc un pH très élevé. Et puis gare à celui qui met la main là-dedans. Sur la peau, ça peut faire des brûlures affreuses. Ça attaque plus que les acides, à toutes choses égales, ça attaque la peau, donc ça détruit la peau assez rapidement. Ça pompe aussi l'eau de la peau parce que, comme je te dis, c'est très hydrophile, ça aime l'eau. Je te dis que c'est capable vraiment d'absorber de l'eau des tissus. Et en plus de cela, Donc ça dénature les protéines. Tu sais qu'une goutte par exemple de NaOH dans l'œil, c'est l'œil qui devient blanc tout de suite. C'est pas genre oui voilà on va mettre de l'eau et tout ça. On peut mettre de l'eau bien sûr, c'est toujours souhaitable, mais la vue est détruite, d'accord? Donc c'est très très dangereux comme produit. Alors ce qu'on va mettre avec là-dedans, on va mélanger avec un autre sel qui est du NaOH. NO3, c'est du nitrate de sodium. Le groupe NO3, c'est du groupe nitrate. À chaque fois que tu entends le mot nitrate, cherche, il y a le NO3 là-dedans, quoi. Donc nitrate. Je te donne un autre exemple. Par exemple, si je te dis NH4NO3, c'est du nitrate d'ammonium. Ça, c'est là, ça, ce groupe-là, c'est ammonium. Nitrate, ça c'est un engrais, c'est C'est un engrais et cet engrais-là a fait, je peux vous en parler si vous le souhaitez, il a fait des veuves et des orphelins. Pourquoi? Parce que quand tu regardes, regarde ce qu'il est en train de te dire, regarde ça. L'azote, tu as N, N, tu as vu que tu as deux N là? Et ces deux N là ne sont pas dans le même état d'oxydation, ils sont où? Ils sont dans la même molécule. Donc rien que ça, qu'en la regardant, ça te dit que c'est pas très stable. Et voilà, donc, mais on en parlera à une autre occasion. Mais c'est un très bon donneur d'azote et les plantes aiment bien l'azote, c'est pour ça que c'est utilisé comme engrais. Donc tout cela, on va chauffer à 400 degrés. Donc tout ça, on va chauffer à 400 degrés, voilà, 430 degrés, je crois, quelque chose comme ça. Donc ça devient liquide dans ce bassin-là. Alors c'est en train de bouillir comme un petit peu un bouillon d'une sorcière. Alors ça bout de cette manière-là et la couleur est verte. Alors la couleur est verte, pourquoi elle est verte? C'est un peu étonnant parce que ces deux-là, Ces deux-là, OK, ne sont pas verts, c'est des paillettes blanches. On les mélange dans l'eau, ça donne un liquide blanc transparent. Il n'y a pas de raison qu'en les mélangeant on obtienne quoi que ce soit de vert. Il n'y a pas de raison du tout. Donc probablement ici on a de la contamination avec des sels de cuivre qui doivent venir des produits ou des pièces qu'on a mises à l'intérieur. Donc le cuivre est très beau. Quand tu regardes le cuivre, ce qui est extraordinaire avec, c'est que dans la chimie du cuivre, C'est que chaque fois qu'un sel de cuivre cuivre quelque chose d'autre, ça a une couleur différente et c'est très beau. J'aime beaucoup la chimie du cuivre. Donc je te disais, ce qui va se passer ici, c'est que le client avait envoyé des tubes. Le client avait envoyé des tubes, donc c'est des tubes longs comme ça de 2 mètres, 2 mètres 3 chacun. Il en a envoyé 6 et il a demandé qu'on leur fasse passer ce process-là. Donc ce qu'on a fait au départ, on les a reçus au mois d'avril, donc un peu 2 mois avant la tragédie. On a pris un, on a fait passer tout ce process-là, on l'a envoyé au client. Le client dit ouais, c'est génial, faites-moi les autres. Donc ils ont reçu 6 et là, ils sont en train de travailler avec 5. Donc ces tubes-là ont une caractéristique qui aurait dû être éliminatoire. Ils n'auraient jamais dû être traités dans cette usine. Mais il faut savoir que le HEF Group, comme l'a expliqué après l'enquête, a eu déjà des incidents de cette nature-là. Ils ont eu au moins 3 incidents rien que pour eux, plus d'autres boîtes concurrentes ont eu aussi leur lot d'incidents, voire même d'accidents de manière assez régulière et parfois avec beaucoup de victimes. Donc c'est un process qui est très, très dangereux. C'est quoi le danger? C'est que si on cherche à mettre dans le bain un élément avec une cavité à l'intérieur, donc un élément creux à l'intérieur. Alors les tubes étaient creux à l'intérieur, il y avait une cavité, il y avait un espace, sauf que cet espace, on avait 2 trous de 5 mm chacun, 2 trous à chaque côté. Et puis moyennant cela, on a dit c'est pas un espace fermé, c'est un espace ouvert vu qu'il y a 2 trous de 5 mm. On peut se poser la question est-ce qu'un trou de 5 mm fait que l'espace est ouvert? Tu vois, c'est une question qui se pose et tu vas voir ici ce que ça va donner. Donc ce qu'on va faire, c'est qu'on va faire passer nos tubes d'un bain à l'autre. Alors pour les mettre dans le bain, ce qu'on a, on a un panier, comme un panier à friteuse, on met les tubes dedans et on le plonge verticalement à l'intérieur. Donc comme les tubes sont lourds, il y a des grues, il y a des grues là au-dessus, il y a une grue télécommandée et on a un technicien qui se met derrière une sorte de panneau en métal, une sorte de protection avec 2 vitres, 2 vitres en plexiglas. Et puis il regarde, et puis avec une télécommande, il va noyer les tubes, il va abaisser le panier. Jusque-là, c'est clair. Donc ce qu'ils font, c'est qu'ils font passer tout le process, et après, une fois qu'on a fini avec ça, on les met dans l'eau pour les refroidir. Donc ils les mettent dans l'eau, après ils les sortent de l'eau, et quand ils les sortent de l'eau, il y a un problème. Ils attendent une heure, ils reviennent. Quand ils touchent l'un des tubes, il est chaud, il est brûlant. Et là, ils réalisent une chose, ils réalisent qu'il y a peut-être de l'eau à l'intérieur. Tu vois, ils réalisent ce problème-là. Il y a peut-être de l'eau à l'intérieur, ou bien des sels de cela à l'intérieur. Ils n'arrivent pas à le vider. En fait, ce qui s'est passé, c'est que quand on regarde l'un des trous de 5 mm, Quand on a sorti d'ici, on a mis dans le bain d'eau, ce qui s'est passé c'est que le sel, ce sel-là, a fait un bouchon. Parce que les sels, quand ils refroidissent, eh bien, ce qu'ils vont faire, ils vont durcir. Là ils sont liquides parce qu'ils sont à haute température, mais une fois qu'ils se refroidissent, ils vont durcir. Donc ce qui s'est passé, c'est que les sels ont fait un bouchon, donc ils ont fermé ce trou-là. Alors, vu la situation, ils étaient un petit peu coincés. Ils ont pris un fil de fer, ils ont tenté d'ouvrir ce trou, de casser ce bouchon de sel, mais ils n'ont pas pu parce que probablement derrière il y avait encore du sel qui était solidifié. Alors ils étaient très coincés, ils savaient pas comment continuer. Alors ce qu'ils ont fait, ils ont pris le téléphone, ils ont appelé l'ingénieur de process. Or ils avaient un seul ingénieur de process pour plusieurs usines, il était pas sur site et Difficile à contacter parce qu'il travaillait seulement au PDG, il travaillait seulement avec le PDG de la boîte. Donc ce qu'ils ont fait, ils l'ont eu au téléphone, ils ont expliqué, ils ont dit voilà, on a un bouchon de sel, on est extrêmement embêté, qu'est-ce que tu veux qu'on fasse, on n'arrive pas à l'enlever, c'est dur comme du béton et tout ça. Alors qu'est-ce qu'il leur dit l'ingénieur de process? Il leur dit dans ce cas-là, la seule manière de faire fondre ce bouchon de sel, vous remettez les tubes dans le panier et vous les redescendez là-dedans. Vous les remettez dans le bain, voilà, pendant quelques minutes, et vous attendez ce qui va se passer. Donc chauffer, et puis le bouchon de sel va partir. Après, vous les ressortez et vous laissez bien égoutter. OK, ils vont suivre ces instructions. Donc il est 9 h du matin, ils vont abaisser les tubes. Imaginons que ça, c'est notre tube. Voilà, il est là. Il y en a 5 qui ont été abaissés. Je te dessine un seul. En fait, ce qui se passe, c'est qu'il y avait— eux, ils ont pensé au départ qu'il y avait surtout du sel qui était coincé à l'intérieur. En fait, il y avait un bouchon de sel, tu vois, il y avait un bouchon de sel en bas. Et puisqu'il y avait aussi de l'eau qui était derrière, coincée aussi, donc de l'eau était là-dedans. Donc rappelle-toi ça. Rappelle-toi ça, on est à peu près dans la même logique. Donc on a de l'eau coincée à l'intérieur du tube. Alors quand ils ont mis le tube avec de l'eau, il y avait, je sais pas, 2-3 litres d'eau dedans. La température 430 degrés, l'eau qu'est-ce qu'elle a commencé à faire? L'eau, elle a commencé à chauffer, elle s'est immédiatement vaporisée à l'intérieur du tube. Mais comme elle peut pas aller, pas aller nulle part, qu'est-ce qui s'est passé? Elle a commencé à augmenter la pression dans le tube et commencer à fuir un petit peu par en haut, parce qu'en haut il y a le petit trou de 5 mm. Elle a commencé à fuir un peu. Donc le trou de 5 mm n'est pas en mesure de permettre l'égalisation de pression parce qu'on a pas mal d'eau, 430 degrés, un petit trou de 5 mm ça suffira jamais pour que la pression s'égalise, c'est trop faible. Donc ce qui s'est passé, c'est que notre opérateur qui est là, donc notre opérateur qui est là, il a 45 ans, Il est ici, il est derrière un écran. Eh bien, ce qui s'est passé, c'est qu'il voit qu'il y a de la vapeur qui sort. Il est en train de voir son bouillon et il voit soudainement de la vapeur qui s'échappe. Normalement, à ce stade, ce qu'il aurait dû faire, c'était courir et courir très, très vite. Il s'est dit je vais ressortir, je vais ressortir les tubes, il y a un problème, je ressors les tubes. Donc il appuie sur un bouton pour que la grue commence à soulever les tubes. Les tubes commencent à peine à se soulever, que la tête ici va sauter sous la pression de l'eau. La tête va sauter, l'eau en forme de vapeur va arriver là-dedans, tu vois, très brutalement. Et qu'est-ce qu'elle va faire? Elle va soulever tout le contenu de ce réservoir. Ça signifie 2 tonnes, 2 tonnes de NaOH et de NaNO3 à 400 degrés, on voit être soufflé dans le ciel. Et quand on regarde les images de la caméra de surveillance, qui sont pas très bonnes, on voit une sorte de nuage vert soudainement. Et à l'intérieur, il y a ce gars-là qui est derrière sa petite, son petit morceau de tôle qui soi-disant aurait dû le protéger. En fait, donc là, la solution est très brûlante. Celui-là, c'est, oui, il est brûlant, il est à 400 degrés, Mais celui-là, c'est le pire, parce que non seulement il est à 400 degrés, mais il est caustique. Déjà, celui-là, il est capable de te détruire la peau même à température ambiante. Alors, à 400 degrés, je te laisse imaginer. Donc, ce qui va se passer, c'est que là, on a 2 tonnes, on a 2 tonnes de ce produit qui vont monter au ciel, retomber ici. Et puis bon, c'est l'alarme dans l'usine, ça court dans tous les sens, les pompiers arrivent. Alors, on va retrouver ce bonhomme, il a été brûlé à 95 des brûlures décrites comme étant du 2e et du 3e degré sur 95 de son corps. Donc les pompiers vont le prendre, ils vont l'emmener à l'hôpital où, sans vraiment de surprise, il décédera dans la même journée. Quand on regarde les images des enquêteurs, quand on regarde cette tôle qui devait protéger ce gars, On voit qu'il y a l'une des vitres en plexiglas qui n'est plus là. Elle a fondu en fait avec la chaleur, avec la chaleur et la corrosion. Littéralement, cette vitre n'existe plus. Donc le gars est mort, il y a plusieurs blessés, des dégâts bien sûr, des dégâts matériels énormes dans le sens où l'usine a été fermée pendant 8 mois. Donc l'usine n'a pas ouvert avant l'année d'après. Non, pour te dire, 15 personnes au chômage et tout ça. Donc ça a été, ça a été une grosse, une grosse affaire. Et aujourd'hui, ce qu'ils ont fait sur le site, le HEF Group a changé. Quand tu regardes aujourd'hui comment ils travaillent, ils ont installé sur tous ces bains-là, il y a plusieurs bains. Et puis avec une grue, on emmène les pièces de l'un à l'autre. Ils ont installé une sorte de sarcophage complet. Il y a toute une sorte de boîte énorme en métal là-dessus. Et en fait, les gens sont dehors et puis ils travaillent depuis l'extérieur. Alors ils ont encore des petites vitres, j'imagine qu'elles sont blindées. Peut-être que ça aurait été souhaitable même d'enlever ces vitres, les aveugler complètement et mettre des caméras et des grosses lumières à l'intérieur. Mais en tout cas, aujourd'hui, cette persistance serait pas possible parce que si quand bien même on mettrait de l'eau ou autre et puis il y aurait une éruption, elle serait contenue à l'intérieur de ce sarcophage. Voilà. Donc je voulais juste vous parler de cette histoire. J'espère que ça apporte quelque chose à ceux qui regardent. Si ça vous intéresse, j'en fais d'autres parce que personnellement, j'aime beaucoup la chimie. J'aime beaucoup observer énormément ces histoires d'accidents industriels parce qu'il y a beaucoup à apprendre. Et l'aviation, c'est juste pour moi un type d'accident industriel. Et puis je me sens parfois même frustré de ne pas ne pas parler d'autre chose pour ne pas juste sortir du sujet du canal. Mais franchement, si c'est quelque chose qui est apprécié, moi je suis prêt à en parler de temps en temps. Voilà, merci mes amis d'avoir regardé cette vidéo jusqu'ici, et puis on se voit dans une prochaine. À très bientôt!
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