Accident de Goiânia: échec de la science et de la société

Vidéo en français (monologue) relatant l'accident radiologique de Goiânia (Brésil) en 1987. Le narrateur décrit comment un appareil de radiothérapie au césium-137, laissé après le déménagement d'une clinique (LIGER), a été récupéré par des chiffonniers le 13 septembre 1987, démonté, et dont la source a été disséminée sous forme de poudre bleue. Cela a causé des intoxications aiguës (plusieurs hospitalisations, amputations) et au moins quatre décès immédiats/la suite du mois, une large contamination estimée entre 100 000 et 250 000 personnes potentiellement touchées, des efforts de décontamination (40 maisons rasées, usage de bleu de Prusse), et des indemnisations judiciaires étendues sur trois générations. L'AIEA a estimé que ~87% de la radioactivité a été récupérée.
Questions this video answers
13 septembre 1987.
Entre 100 000 et 250 000 personnes.
Quatre personnes sont mortes sur le moment; quatre autres sont mortes dans le mois.
Environ 87% récupérée; 13% non récupérée (estimation).
Environ 30 ans.
Bonjour mes amis, aujourd'hui je vais vous raconter l'histoire extraordinaire de l'incident de Goania au Brésil. Nous sommes en 1987. Pour essayer de vous donner une idée de l'ambiance qui régnait à cette époque, j'aimerais vous dire qu'en 1986, il y eut l'accident de Tchernobyl. Cet accident qui a vu une centrale nucléaire ukrainienne située à 2000 km de Paris exploser et tuer beaucoup de monde et intoxiquer une région entière qui a dû être évacuée. D'après les autorités françaises de l'époque, le nuage allait s'arrêter net à la frontière. Toujours est-il que c'est une manière de vous dire qu'en 1987, l'accident de Tchernobyl était toujours dans les médias. et les accidents nucléaires en ces temps-là avaient très mauvaise réputation. Revenons à Gohania. Gohania avait un institut de radiologie qui s'appelait LIGER, qui existe jusqu'à nos jours d'ailleurs. L'institut de radiologie, c'était une clinique qui fournissait un certain nombre de services et en particulier, ils utilisaient un appareil de radiologie. C'est un appareil qui bombarde qui est capable de nécroser les cellules cancéreuses en utilisant un rayon émis par une source de césium-137. C'est une source extrêmement radioactive. La clinique opéra dans ses locaux pendant un certain nombre d'années. À un moment donné, elle modernisa ses équipements. Elle acheta un autre appareil plus précis, plus sûr, qui utilisait du cobalt. Mais toujours est-il que quelque part, au fond d'un couloir, au fond d'une chambre, il y avait toujours cet appareil au Césium-137. C'est un appareil extrêmement lourd, tellement lourd qu'il faut une structure en béton très particulière pour le tenir parce qu'il est boulonné littéralement à la structure du bâtiment et on met le patient dedans et il y a une tête qui est capable de tourner pour aller viser exactement certains points anatomiques. Cette tête, c'est elle qui contient la source de Césium-137, cette source est très petite, elle ressemble à à peu près la taille d'un tube de rouge à lèvres, et elle est enchâssée, justement pour protéger l'opérateur, pour protéger le bâtiment, elle est enchâssée à l'intérieur d'une masse de plomb entourée d'une carcasse en acier et l'aperture par laquelle on peut voir cette source est protégée par une épaisse glace, par un verre très épais. Le tout, bien sûr, sert de base ou de générateur pour un canon, justement, qu'utilisera le thérapeute pour attaquer certains cellules. Donc, je disais que cet appareil tombera doucement dans l'oubli Et à un moment donné, en 1985, la clinique décide de déménager. Donc ils déménagent vers des locaux modernes, mais ils laissent derrière eux cet appareil. Alors au départ, pour le dire franchement et à leur décharge même, Ils ont tenté de le récupérer. Ce n'est pas qu'ils l'ont abandonné à dessein parce qu'ils ne savaient pas quoi faire avec. Non, ils ont voulu le récupérer. Mais juste après le déménagement vont se déclencher un certain nombre de problèmes contractuels avec le propriétaire des murs. Ça veut dire que le propriétaire ne le laissait pas accéder pour récupérer l'appareil de radiothérapie. Ils ont écrit des lettres, ça n'a pas marché, ils ont tenté avec la justice, mais vous connaissez la justice, ça a traîné pendant des années, et ils n'ont pas pu mettre la main dessus. Alors, que se passe-t-il ? Nous sommes en 1987, des responsables de l'IGR se rendent sur le site parce que quelque part ils étaient inquiets, parce qu'ils savaient le danger que représentait cet appareil, ils décident d'aller sur site pour jeter un coup d'œil. Et ils trouvent le site dans un état de délabrement avancé. Une partie des bâtiments avait été démolie et le reste était en bonne voie. Des murs étaient cassés et ventrés, des portes détruites, des fenêtres arrachées, des SDF dormaient dans les locaux qui se remplissaient de canettes de bière, de bouteilles, de détritus et de fesses. À ce moment-là, n'y tenant plus, il décide de ramener de l'équipement et aller quand même prendre possession de cet appareil de radiothérapie qui était toujours là. C'est à ce moment que le propriétaire des lieux va les repérer. Il leur interdit encore une fois de rentrer. Le temps monte, il appelle la police. La police arrive. Non. C'est sa propriété, il a tout à fait le droit de vous interdire de rentrer, et puis votre histoire de sésium ne tient pas la route. Partez d'ici avant qu'on vous arrête. Les responsables de l'IGR n'ont pas vraiment le choix, ils sont obligés de partir, la force publique les en empêche. Elle les empêche de récupérer leurs biens. Toujours est-il qu'ils écrivent des lettres, ils écrivent des lettres aux autorités, ils écrivent des lettres à la commission de contrôle du nucléaire, tout ça, mais bon, ça ne bouge pas. À la rigueur, le juge, ils obtiennent de sa part que, en attendant de régler le problème, ils obtiennent de sa part qu'à titre conservatoire, en place un gardien. Alors un gardien, Amy, oui, bien sûr, mais vous savez, un gardien qui surveille un bâtiment plein de SDF, et qui tombe en ruine, n'est pas très motivé quand même. Il n'a pas surveillé les allées et venues, ça ne fait aucun sens. On lui donne un taudis, une squat, un bâtiment qui va s'écrouler sous son propre poids, on lui dit tu surveilles. Qu'est-ce qu'il fait ? Il empoche le salaire, il disparaît. Mais il n'est pas là. Alors, dans la région, séville, c'est un certain nombre de chiffonniers. C'est des gens de basse condition qui gagnent leur vie en collectant du plastique, du papier, du verre. Mais comme vous le savez, dans ces métiers-là, le métal reste roi. Il faut aussi savoir que chaque métier ayant ses vicissitudes, normalement, sur le papier, ils sont censés ramasser le métal dans des terrains vagues, dans des décharges, ou bien le ramasser chez des gens qui le leur donnent gracieusement. La réalité, c'est que parfois, ils le volaient. J'avais moi-même discuté anciennement avec un ex-diplomate africain, quelqu'un qui avait voyagé sur des vols diplomatiques, qui avait visité l'ONU. qui s'est retrouvé, après une vie très compliquée, qui s'est retrouvé dans le sanitaire. Ça veut dire qu'il revendait des sanitaires. Alors, officiellement, c'était des sanitaires de seconde main qui étaient prélevés sur des immeubles qui allaient être démolis, qui étaient prélevés dans des chantiers de démolition, globalement. Maintenant, le gars, après un verre ou deux, quand il commençait un petit peu à se laisser aller, à se confier, il disait que des fois, dans les saisons difficiles, ça lui arrivait de faire les écoles, les administrations, les hôpitaux, qu'il rentrait, s'enfermait dans les toilettes, et puis avec son fort gabarit, il pouvait serrer le sanitaire de toutes ses forces, puis donner un coup, il pouvait l'arracher. Des fois ils le jetaient par la fenêtre, ils le récupéraient, des fois ils le sortaient dans un grand sac. Mais voilà, chaque métier malheureusement a ses travers et je pense que chaque professionnel peut se reconnaître dans ce genre de situation. Enfin, j'espère pas. Toujours est-il que ce jour du 13 septembre 1987, On a deux personnes, on a Alves et Pereira. Ces deux hommes décident d'aller voir dans le bâtiment de l'IGR s'il n'y a pas du métal qui traîne. Prennent une brouette, ils rentrent dans le bâtiment, ils n'ont même pas besoin de procéder à l'effraction d'usage. L'immeuble Comme je l'ai dit, il était ventré, donc il rentre, il fait un petit peu le tour à l'intérieur, et là, il tombe sur une pièce qui comporte un appareil très intéressant. La tête de cet appareil est très lourde, elle est énorme, massive, c'est ce qui les intéresse. Alors, ils prennent leurs outils, ils la démontent, ils la déboulonnent, elle pèse une centaine de kilos, ils la mettent dans une brouette, et ils partent avec. Ils partent chez M. Alves, ils partent à la maison, Et puis, cet objet curieux, presque on dirait quelque chose qui est venu d'une autre planète, attire leur attention et ils commencent à vouloir le démonter. En particulier, ils réalisent que derrière cette carcasse en métal, il y a une grosse épaisseur de plomb. Le plomb, ça rapporte, c'est pas du cuivre, mais ça se vend bien. À l'intérieur, derrière une glace en verre particulièrement solide, il y a un objet. il décide de convoiter cet objet. Alors, il attaque par tous les moyens, au marteau, au tournevis, et la vitre va résister à leurs assauts. Il décide d'arrêter pour la journée. Et puis, ce soir-là déjà, M. Pereira est malade. Il tombe malade. Il commence à commence à vomir, il a le bras qui gonfle, il se sent très mal, tellement mal qu'il finira à l'hôpital. Quand il arrivera à l'hôpital, les médecins vont regarder, vont analyser, écouter et finalement, leur verdict va tomber. C'est une intoxication alimentaire. Vous entrez chez vous, vous reposez et puis tout ira bien. Il rentre chez lui, fatigué, il va mal, mais il rentre, il n'a pas le choix. Et donc, M. Alves, qui avait cet objet chez lui, va l'attaquer pendant quatre jours. Pendant quatre jours, il va s'acharner dessus pour vouloir arracher cet objet qui était à l'intérieur. Il arrive à fracturer un petit peu la vitre. Et quand il regarde à l'intérieur, il voit quoi ? Il voit une sorte de minéral avec une lumière bleue, une lumière très nette, très vive, en bleu. Il se demande ce que c'est. Il fait croire, au bout d'un moment, qu'il avait besoin d'argent. Au bout de quatre jours, cet objet ne cédait pas. Qu'est-ce qu'il fait ? Il prend l'objet dans une brouette. Il va chez un... chez un gars qu'il connaissait, qui achète le métal. Il va chez lui. Il y a plein d'entreprises chez qui vont les chiffonniers. Et ces entreprises, c'est des terrains vagues avec un entrepôt et des ouvriers. Et puis, les chiffonniers arrivent avec ce qu'ils ont. Et puis, on pèse, on les paye. Et voilà. Donc, il arrive. Il a besoin d'argent. Il arrive là. Il leur dit Écoutez, j'ai cet objet. Voilà, j'ai trouvé comme ça tombé du camion, comme on dit. Je vous le vends. Le propriétaire le paye. Et puis, il s'intéresse lui-même à cet objet curieux. Il le trouve tellement curieux qu'il va le prendre chez lui à la maison. Le soir, il rentre et il dit à sa femme, regarde ce que j'ai trouvé. On appelle un beau-frère. Le beau-frère arrive avec un marteau et un burin. Et puis, il commence à attaquer la vitre et il finit par la casser. Il casse la vitre. Et là, à l'intérieur, il voit cet objet qui brille en bleu. Alors, ils font quoi ? Avec un long tournevis, il arrive à donner un coup dessus. Et puis voilà, ils retirent des morceaux, ils retirent des morceaux et puis se les passent. Les voisins se les passent, les enfants se les passent. Ils les regardent entre leurs mains comme ça. Ils ont des morceaux de la taille d'un grain de riz. Mais dans l'obscurité, il y a une lumière bleue qui en sort. Le gars, au fond de lui, pense que c'est un objet qui a des propriétés probablement magiques. Il est un peu superstitieux. Il est dans la ferraille depuis très longtemps. C'est la première fois qu'il voit un truc pareil. Donc, pour lui, cet objet-là n'est pas de ce monde. C'est un objet qui doit avoir des pouvoirs magiques. En fait, il en avait l'objet, mais pas ce qu'on croit. Il pense quoi ? Il pense à en fabriquer une bague pour sa femme. Il montre à son épouse et elle trouve que c'est tellement beau ce métal qu'il lui dit écoute ce que je vais faire je vais pouvoir en casser un morceau et puis ce morceau là on l'emmènera chez les bijoutiers et puis il va pouvoir le façonner et le mettre dans une bague et t'auras une bague qui va flasher un peu partout en bleu. Toujours est-il que le soir même, il y a tout le monde qui tombe malade. Plein de gens, plein de voisins qui sont approchés commencent à tomber malade. À tel point que quelques jours plus tard, après avoir arraché énormément de ce truc bleu, l'homme n'est pas particulièrement intéressé par la grosse carcasse en acier et en plomb. il la vend à quelqu'un d'autre, il la vend à un compétiteur, il la vend à quelqu'un qui est aussi dans l'affaire A, il lui dit écoute, j'ai 100 kilos de plomb et d'acier qui sont mélangés, tu les veux, je les vends, le gars dit d'accord et il lui vend. Les gens commencent à tomber malade. À ce moment là, certains finissent dans un hôpital et devant leur, quand on regarde un petit peu, leurs symptômes, des membres qui gonflent, des tissus qui commencent à n'accroser, des vomissements, des douleurs, des trucs bizarres. les médecins décident de regarder une deuxième fois leur cas. Et ils regardent cette fois-ci avec plus de précision. Et le verdict tombe. Ils ont une maladie tropicale. Nous sommes au Brésil. Il y a beaucoup de parasites. Il y a beaucoup de moustiques et autres qui vont donner des maladies qui ressemblent à peu de choses près à ce que les médecins étaient en train de voir. Donc maladie tropicale. Plusieurs finissent à l'hôpital. C'est la femme du premier ferrailleur qui commencera à réfléchir. Elle se dit, tout allait bien chez nous, depuis l'arrivée de cet objet, de cet objet maudit, la couleur bleue, que mes voisins, ma famille, moi-même, mon mari, tout le monde est en train de tomber malade. Qu'est-ce qu'elle fait ? Elle appelle quelqu'un de sa famille, un gars de sa famille, Et elle lui dit, tu sais quoi ? On va aller voir, on va aller à l'hôpital et on va aller leur montrer. Qu'est-ce qu'elle fait ? Elle prend un petit peu de 16-137, cette poudre bleue qui était un peu partout, qui traînait sur les mains, sur les murs, un peu partout, parce qu'il s'effrite, il part en poudre, un peu comme de la farine. Et puis, elle va chez le ferrailleur auquel son mari a vendu cet objet et lui dit, est-ce que tu peux pas m'en donner une tranche ? Il lui coupe une tranche. Elle, il la met dans le sac. Il met le sac sur son dos, le gars. Et il monte dans le bus avec cette femme. Et puis ils partent à l'hôpital. Ils arrivent chez le médecin. Ils posent l'objet sur le bureau. Le médecin les écoute au départ. Bon, au départ, il n'est pas extrêmement convaincu par le récit. Cependant, au fur et à mesure qu'il fait des vérifications, il sait qu'il y a des gens qui étaient tombés malades, il sait qu'il y en a qui ont été évacués. Il commence juste comme ça à avoir un doute. Il y a un affreux doute qui l'habite. Il fait quoi ? Il prend le sac, il le pose dans la cour de l'hôpital. Il y a un siège qui traînait là, il pose le sac dessus, il ne veut pas trop s'en approcher, ça l'inquiète. En même temps, il a la présence d'esprit d'appeler un autre collègue. Ce collègue est spécialisé dans certains appareils de radiologie et tout ça. Et il va faire quoi, ce collègue ? Il va aller vers un institut qui va lui prêter un appareil qui mesure la radioactivité. Il prend l'appareil, il arrive à l'hôpital. Déjà, l'appareil s'affole. L'appareil est tellement affolé qu'il a des doutes. C'est des appareils extrêmement sensibles. Il a des doutes sur la santé même de l'appareil. Qu'est-ce qu'il fait ? Il revient à l'institut. Il leur dit votre appareil est défectueux, donnez-moi un autre. Ils lui donnent un autre. Il arrive avec l'hôpital. Et là, Le compteur s'affole. En attendant, les pompiers sont sur place parce que ce médecin commence de plus en plus à s'inquiéter et il appelle les pompiers. Il leur dit écoutez, on m'a ramené une saloperie. Je ne sais pas trop ce que c'est, mais elle est là-bas, sur un siège, dans la cour. Les pompiers arrivent, ils regardent et puis commencent à planifier de la prendre et de la jeter dans la rivière. Ils se disent On ne sait pas trop ce que c'est, mais bon, si ça inquiète tout le monde, si tout le monde en a peur et puis visiblement, c'est en train de faire tomber malade les gens. La seule chose appropriée à faire, c'est de la jeter à la rivière et qu'on s'en débarrasse, que les eaux l'emportent. Heureusement, le gars qui revient avec son appareil leur dit écoutez, ne touchez pas, ne vous approchez pas, ne faites rien. Ils courent chez les autorités sanitaires de la ville pour essayer de leur dire d'avertir le secrétaire à la santé. Là, il tombe sur un mur de fonctionnaire. Non, mais écoutez, on ne peut pas le réveiller comme ça, on ne peut pas le déranger. Bon, votre truc de saisir machin, je ne sais pas de quoi vous parlez, mais on ne peut pas déranger le bonhomme comme ça. Toujours est-il qu'il finit par les convaincre. Et vers la fin de la journée, beaucoup de gens sont convaincus. Vers la fin de la journée, c'est la catastrophe. Il y a des fonctionnaires de l'agence nucléaire brésilienne sur site, l'agence internationale qui règle le nucléaire est informée, et très rapidement, l'histoire commence à prendre des proportions bibliques. Nous sommes un an après Tchernobyl, et les choses sont sur toutes les chaînes de télé, dans tous les journaux, et beaucoup de gens sont là pour voir ce qui se passe dans cette ville. Alors, je disais que... Les gens qui étaient tombés malades sont hospitalisés. Cette fois-ci, ceux qui étaient soignés pour maladies tropicales, on commence à s'intéresser plutôt à des expositions à la radiation. Il y a un stade de la ville qui est utilisé pour trier les gens parce qu'on suspecte qu'il y a entre 100 000 et 250 000 personnes qui ont été touchées pendant ces 15 jours, entre le moment où cet objet a été volé jusqu'au moment où le signal d'alarme a été lancé, on estime qu'entre 100 000 et 250 000 personnes ont été directement ou indirectement touchées. Ça va très vite ces choses-là. Dans le stade, on commence à passer les gens au compteur. Il y en a quelques milliers pour lesquels le compteur est positif. Il faut les laver, il faut leur enlever leurs habits, il faut les nettoyer, les décontaminer en fait. Il y en a quelques dizaines. chez qui c'est plus profond, ça veut dire c'est des gens, surtout les voisins qui étaient là et tout, là c'est des gens qui sont touchés plus en profondeur. Ces gens sont contaminés, ils leur donnent du bleu de prusse, c'est un... du bleu de prusse, c'est une poudre, c'est un cristal qui est fabriqué à partir de l'acide prussique, l'acide prussique HCN, ce qu'on appelle l'acide cyanhydrique, donc en fait il y a Il y a du CN, CN- qui est enchâssé dans une sorte de... Quand on regarde au niveau moléculaire, qui est enchâssé dans une sorte de cage en fer. Alors c'est du fer 2, du fer 3. Il y a un mélange de fer à deux niveaux d'oxydation. Et en fait, ça donne une poudre bleue. Et c'est un antidote pour le césium, quelque part. C'est un antidote pour ce genre d'intoxication. On leur fait bouffer. Alors ça a énormément d'effets secondaires, bien sûr. On leur fait bouffer cela. Et beaucoup de gens arrivent quand même à s'en sortir, mais à beaucoup de dégâts. Les personnes qui ont initialement trouvé l'objet, qui ont tenté de le démonter, vont subir des amputations, vont subir énormément d'amputations. Il en y a qui vont perdre une jambe, un bras, certains vont perdre des doigts. Le gars qui était dans le bus, qui a mis le sac sur son dos, va avoir une partie des tissus de son dos qui seront écrosés. Il va falloir enlever les tissus, il va falloir traiter des gens avec des brûlures et des intoxications épouvantables. Quatre personnes vont rester à l'hôpital. Quatre personnes restent à l'hôpital. Entre autres, la femme, la femme qui a donné l'alerte, qui a été à l'hôpital avec l'objet. Elle est très malade. Elle va mourir. Elle va mourir un mois plus tard. Le même jour, va mourir aussi une gamine, une gamine de six ans qui était en train de jouer sur un sol qui a joué avec la poudre en question. Elle mangeait pendant ce temps là, donc elle a mangé sans se laver les mains, elle a mangé un oeuf, elle a mangé un oeuf. Cet oeuf était taché de cette poudre bleue, elle l'a mangé, donc c'est parti à l'intérieur de son corps, elle a subi le rayonnement de l'intérieur aussi. C'est un rayonnement très puissant qui traverse le corps humain de part en part, c'est des rayonnements gamma et qui endommagent les cellules, endommagent l'ADN. Quatre personnes vont mourir tout de suite, sur le moment, c'est quatre personnes. Dans le mois, quatre personnes vont mourir. Quand les équipes internationales vont arriver au Brésil, vont arriver dans cette ville, ils vont trouver cette fille dans une chambre d'hôpital, abandonnée, très souffrante, mourante littéralement, elle ne pourrait rien faire pour elle, avec un personnel médical qui a peur, qui n'ose pas s'approcher d'elle, qui est super inquiet, qui ne veut pas s'approcher d'elle. Une fois qu'elle meurt, Les autorités la mettent dans un cercueil en fibre de verre et couvert de plomb à l'intérieur. Ils décident d'aller l'enterrer. Ils ont un cortège de 2000 personnes qui arrivent, non pas pour les funérailles, mais plutôt pour empêcher l'enterrement. Parce que les gens deviennent complètement fous à ce moment-là. Parce que les habitants de cette ville deviennent des pestiférés quelque part. Tout le monde les considère comme dangereux. Il faut l'intervention de la police et de l'armée pour pouvoir enterrer cette gamine. Dans les semaines, les mois qui ont suivi, Les personnes qui circulaient avec des voitures immatriculées dans cette ville, quand ils partaient ailleurs, pouvaient recevoir des pierres. Il y a des restaurants qui les refusaient. Des pilotes qui ne voulaient pas faire décoller l'avion s'il y avait quelqu'un qui était de cette ville. Les produits fabriqués dans cet endroit étaient refusés. Les gens n'arrivaient pas à vendre leurs produits à l'extérieur de cette ville. En fait, les travaux Des contaminations sous les yeux des caméras ont causé une psychose, une psychose dans le pays, mais même au-delà. Vous savez, il y a des gens qui dormaient et puis soudainement on frappe chez eux à 3h du matin, c'est la police avec des tenues de protection nucléaire et des fonctionnaires avec des appareils bizarres qui leur disent « vous sortez maintenant ». Je peux prendre mes affaires ? Non, vous ne prenez pas vos affaires, surtout pas, vous sortez maintenant. L'agence nucléaire internationale a demandé à ce que, dans la mesure du possible, pour éviter, pour réduire le choc psychologique sur les gens, d'essayer dans la mesure du possible de décontaminer leurs objets personnels, leurs effets personnels, surtout ceux qui peuvent avoir de la valeur sentimentale, des bijoux, des photos. L'agence a dit, faites des efforts. Mais sur le terrain, il n'est pas nécessaire que ces recommandations aient été suivies. Alors, Certaines maisons ont été décontaminées, ça veut dire que le sol était lavé au bleu de Prusse, la peinture a été raclée, complètement arrachée. Certaines maisons, de nombreuses maisons, il y a 40 maisons qui ont dû être détruites, qui ont dû être rasées, parce que c'était trop, on ne pouvait pas les nettoyer. Il ne s'agissait pas de les raser seulement, mais il s'agissait de le faire sans que la poussière parte partout et aille contaminer les autres maisons. Donc il fallait les raser en douceur, On ne pouvait pas jeter les gravats n'importe où. Les gravats ont été mis dans des camions. Ils ont été jetés quelque part, on ne sait pas trop où. Il y a un camion en particulier qui a fait un accident en se chemin faisant. Il s'est renversé et qui a contaminé un autre endroit. Beaucoup de gens se sont contaminés durant les efforts de décontamination. Des bus ont été détruits. C'était une catastrophe. C'était une véritable catastrophe qui a frappé cette région. Alors, après, en justice, en justice, et ça c'est très caractéristique, c'est très intéressant de le savoir, c'est que l'IGR, qui était responsable de cette contamination, a été condamné à payer Les victimes, donc les victimes, il y avait énormément de victimes directes, plus les dédommagements liés aux maisons détruites, aux entreprises rasées et tout ça, et plus encore. Il a été condamné à dédommager les victimes sur trois générations. C'est assez rare de voir ce genre de condamnation, mais vu que potentiellement certains allaient naître Avec des problèmes de santé liés à l'irradiation même de leurs parents et qu'eux-mêmes, probablement, s'ils allaient faire des enfants, était encore potentiellement possible qu'ils transmettent certains problèmes à leurs descendants, il a été décidé par la justice, que le dédommagement allait s'étaler sur trois générations. Cette histoire a commencé en 1987, les dédommagements, jusqu'à maintenant, courent toujours. Ce qu'il faut savoir par rapport à ça, c'est que l'agence atomique internationale a estimé qu'à peu près 87% de la radioactivité qui a été étalée un peu partout dans cette ville, a pu être récupérée. 13% ne l'a pas été. Ça, c'est une estimation, on va dire, plutôt optimiste. La durée de vie, la demi-durée de vie, half-time du césium-137, est de 30 ans. Ça veut dire que cette histoire, si la contamination a commencé en 1987, on peut dire que 2017, Il y a à peu près la moitié de la contamination qui est encore partie. Il faudra attendre 30 ans encore pour qu'une autre moitié parte. Ça veut dire que potentiellement, il y a des endroits dans cette ville qui, jusqu'à maintenant, peut-être jusqu'à la fin de ce siècle, voire plus, seront encore contaminés de manière mesurable. Voilà, mes amis. C'était l'histoire de l'incident qui a coûté la vie directement à quatre personnes. Il a été classé 5 sur l'échelle, il y a une échelle qui va de 1 à 7, 7 étant le plus grave, Tchernobyl c'était 7. Il a été classé 5 et c'était ce que certains appelaient le Tchernobyl brésilien. Merci d'avoir suivi cette vidéo jusque là, puis je reviendrai un autre jour, peut-être dans une autre aventure. A très bientôt.
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