Charte des Valeurs - Reponse a un Algerien du Quebec

An Algerian in Quebec responds to another diaspora member about the values charter, arguing that emigration has cost Algeria its people and brain power. He warns against importing Gulf-influenced cultural practices into host countries and describes the toll of family separation and weakened institutions back home.
Bonsoir tout le monde. Quand j'ai fait la vidéo sur la charte des valeurs du Québec, je ne m'attendais pas à ce qu'elle parte de manière aussi virale. Alors, l'audience qu'elle a eue m'a permis d'avoir énormément de messages de sympathie, d'encouragement, des messages d'amour même. Énormément de Québécois, de Québécoises, mais aussi d'Algériens et d'Algériennes vivant au Québec. Bonne partie d'entre eux n'ont pas pu ou n'ont pas voulu exprimer leur soutien publiquement, mais ils m'ont envoyé des messages qu'ils n'en disaient pas moi. J'ai aussi reçu, classique, le flot d'insultes. Il n'y a pas eu de menaces, il y a eu énormément d'insultes, il faut être juste. Dans tout ça, Il y a un compatriote qui vit au Québec qui m'a fait une vidéo très intéressante où il répond, en fait, à ce que je dis dans cette vidéo au sujet de la charte des valeurs du Québec. Et j'ai bien aimé son intervention, j'ai bien aimé la façon posée de la faire. Et c'est une personne que j'ai trouvée extrêmement intéressante, même si, bien entendu, je ne suis pas d'accord complètement avec lui. Alors, j'aimerais vous dire quelque chose. Nous, Algériens, nous avons dû quitter notre pays. Ça veut dire, en fait, qu'on n'a plus de pays. C'est juste une question de définition, mes amis. Il faut appeler un chat un chat. J'aime bien dire qu'il faut appeler un chat un chat. J'aime beaucoup les chats. Pour revenir sur Terre, il faut bien définir les choses. quand tu dois quitter ton pays et aller vivre chez les autres, c'est que tu n'as plus de pays. Alors tu me diras, non, t'as pas mis un revolver sur la temps pour te dire de partir. Il n'y a pas eu un ennemi extérieur qui est venu envahir ton pays et puis déclarer qu'il gère ton pays et que tu n'as plus le droit de citer. Ça ne s'est pas passé comme ça. Ce que je viens de citer, c'est des caricatures. Ça ne s'est passé jamais comme ça. En réalité, tu perds ton pays doucement. de manière très sournoise. T'as même pas le temps de comprendre, t'as même pas le temps de rendre compte que t'es sur le chemin de l'asile. C'est comme ça que ça se passe. Alors aujourd'hui, nous les Algériens qui vivons à l'étranger, nous pouvons dire que nous n'avons plus de pays, à moins que nous appelons un pays un endroit où nous allons une fois tous les deux ans pour passer une semaine de vacances l'été. C'est pas ce que j'appellerais un pays. Je continue. Dans ta vidéo, tu cites un certain nombre de choses, tu cites des vérités, mais tu sais, comme chaque vérité, les vérités ne sont jamais unidimensionnelles. Les vérités ont souvent diverses facettes, des fois même des facettes contradictoires. Quand tu dis, par exemple, l'officier de l'état civil au niveau de l'ambassade du Canada, quand les personnes sont venues demander leur visa, il a bien vu que la femme portait le voile et il n'a rien dit à ce moment-là. C'est bien après qu'il y a toute cette levée de boucliers au sujet du voile. C'est vrai, mais ça prouve aussi que ces gens ne sont pas des racistes. Parce qu'ils auraient été racistes. Ils auraient à ce moment-là réagi. Ils auraient à ce moment-là suggéré à la personne d'aller demander un visa à l'Iran au lieu d'aller au Québec. Mais ils ne l'ont pas fait. C'est que sur le moment, ils n'ont pas perçu l'aspect négatif de ce voile. C'est bien plus tard qu'il a commencé à apparaître. Tu dis aussi une autre vérité. Tu dis que les Algériens qui sont au Québec sont des gens diplômés qui ont été sur dossier. Et dans ce dossier, il y avait forcément des diplômes et forcément une expérience professionnelle. C'est vrai ce que tu dis. L'autre facette de cette vérité, c'est pourquoi la société algérienne perd autant de diplômés à la société québécoise ? Est-ce qu'en Algérie, dans notre pays, nous n'avons pas besoin de diplômés ? Est-ce que nous en avons trop ? Est-ce que nous avons un excédent de diplômés, de sorte qu'on a besoin de les envoyer au Québec ? Ou bien est-ce que, quand on met en concurrence la société algérienne et la société québécoise, On voit que la société québécoise offre de meilleures conditions de vie aux diplômés. C'est peut-être ça le problème. En fait, je ne suis pas attaché à la culture maghrébine. Je suis même devenu à force de réfléchir l'ennemi de cette culture. Tu vas me dire, oui, mais c'est la culture de nos grands-parents, Ben non, on n'est pas la culture de nos grands-parents. Nos grands-parents ne vivaient pas comme nous vivons aujourd'hui. Nous avons trahi le message, nous avons trahi l'héritage de nos grands-parents, et c'est ça notre malheur. Nous avons laissé notre pays servir des laboratoires au monarchie du Golfe qui tirent sur nous leurs théories. C'est ça le fond de notre malheur quand tu regardes. Parce que, quand nous sommes partis, nous avons payé un prix extraordinaire, nous avons payé un prix énorme. Je vais te donner un exemple. Beaucoup d'étrangers, ils ont un parent, un ami, ça m'est arrivé, ça arrive à tout le monde, qui meurt alors qu'ils ne l'ont pas vu depuis des années. Et la prochaine fois qu'ils vont au pays, ils trouvent une tombe. C'est quoi le prix à mettre sur ça ? C'est quoi le prix si on devait le chiffrer ? Moins dramatique, mais tout aussi brûlant, Quand tu pars du pays, tu laisses un enfant qui a 4 ans, et tu reviens un jour et c'est un jeune adulte. Et tu as raté tout. Tu as raté son enfance, tu as raté son adolescence, tu as raté son mariage, tu as raté ses enfants, tu as raté... Tu ne pourras pas rejouer ça pour toi. Tu ne pourras pas rejouer ces années que tu as ratées, que tu ne vivras plus. On a payé un prix énorme. Pourquoi ? Pourquoi on a payé ce prix? Pourquoi on a payé ce prix-là? C'est ça la question que nous devons nous poser. Alors, aujourd'hui, ce qui se passe dans notre société, on a développé une culture, on nous a ramené une culture de l'étranger, on nous a ramené une culture développée par les pays du Golfe pour nous. Ils nous ont passé le virus à la fin des années 70. Tu sais, j'ai trouvé des anciennes des anciens négatifs, des pellicules, des photos. J'ai acheté un scanner. J'ai commencé à faire passer le négatif dedans. Alors j'ai vu plein de visages, des gens que je connais, des gens que j'ai cru reconnaître, des gens que je ne connais pas non plus. Mais j'ai vu quoi ? J'ai vu des gens souriants, des gens heureux, des gens qui étaient smart sur eux. J'ai vu ma grand-mère, j'ai vu mon arrière-grand-mère. J'ai vu des gens autour, ça respirait le bonheur. Les gens, ils étaient beaux, ils étaient heureux. Ils ne s'habillaient pas avec les chiffons que les monarchies du Golfe leur ont emportés. Ils n'avaient pas ces habitudes qu'on leur a mises dans la tête. Et aujourd'hui, nous respirons le malheur. Nous rêvons de fuir notre pays. Alors, ce qui se passe, ce que je cherche à dire, c'est que dans notre pays, par exemple, Nous payons des prix énormes. Ceux qui sont partis payent. J'ai dit ce qu'on a payé. Ceux qui sont restés payent aussi. Quand tu as des gens en Algérie, ils ont un enfant qui est malade d'une maladie qui a été vaincue depuis un siècle, depuis 50 ans, et ils le voient mourir sous leurs yeux, ils ne peuvent rien faire. Ils sont aussi en train de payer un prix. Ils sont aussi en train de payer le prix d'un certain nombre de choix sociaux. Tu sais, il y a des Algériens, j'en ai vu, les Algériens qui savent soigner des maladies. Ils sont où ceux-là? Vous savez où ils sont? Ils sont partis. Nous les avons perdus à d'autres sociétés qui leur ont donné de meilleures conditions de vie. Puisqu'on leur a pourri tellement la vie, ils sont partis. Qu'est-ce qui se passe? On est condamné à voir des enfants crever de maladies qui ont été vaincus. Ce qui fait que lorsqu'on est en Algérie, On ne peut pas se permettre le luxe de nos choix. Nos choix coûtent très cher et on paye le prix tous les jours. Donc qu'est-ce qu'on fait ? On fuit, on va chez d'autres sociétés. Une fois qu'on va chez d'autres sociétés, on est retenté par le diable encore. On dit quoi aux autres sociétés ? Voilà le deal qu'on leur fait. Vous nous laissez faire comme on faisait chez nous. Par contre, c'est vous qui assumez le prix, c'est vous qui le payez. Ça signifie que lorsque je suis dans une société, par exemple québécoise, puisque l'on parle de ça, je peux tout à fait me comporter comme en Algérie. Pire encore, j'importe tout ce qui a fait notre malheur en Algérie, mais je sais une chose, je sais qu'au Québec, ça ne fera pas mon malheur. Pourquoi ? Parce que si j'ai un enfant malade et je l'emmène à l'hôpital, ouf, Dieu merci, je trouverai toujours quelqu'un qui va le soigner. C'est comme en France, on retrouve aujourd'hui des centaines de milliers, des millions d'Algériens qui arrivent en France, l'ancienne puissance coloniale, pour lui réclamer la pittance et le gîte. Et on se retrouve avec le contribuable français qui paye pour loger et nourrir des millions de gens qui sont incapables de s'occuper d'eux-mêmes. Pourquoi ? Ils ont pourtant leurs jambes, ils ont pourtant leurs bras, mais ils ont une culture qui leur maintient la tête sous l'eau. Je suis l'ennemi de cette culture. Quand je parlais dans cette vidéo aux Québécois, je leur disais, empêchez-les d'être ce qu'ils sont. Je l'ai fait par amour pour eux. Je l'ai fait par amour pour eux aussi. Parce que c'est un peu comme lorsque tu as quelqu'un de ta famille qui est suicidaire ou qui veut se faire du mal. Tu vas demander aux forces publiques de l'hospitaliser de force. Ce n'est pas parce que tu le détestes, mais parce que tu vois ce mal qu'il peut se faire à lui-même. Et comme t'as beau lui parler à lui, tu n'arrives pas à le raisonner, tu parles aux autres, tu dis aux autres. C'est pour ça que j'ai fait cette vidéo envers les Québécois. Tu dis aux autres, écoutez, faites ceci, faites cela pour lui, dans son intérêt mais aussi dans le vôtre. Voilà un peu l'esprit de cette vidéo. Notre société Notre culture que nous avons créée ces 25-30 dernières années a causé notre malheur. C'est vrai, elle a causé notre malheur. Elle a même causé des morts, beaucoup de morts, beaucoup de drames. Notre existence aujourd'hui en Algérie, notre pays est un drame au ralenti. Et c'est un pays que nous avons perdu. J'en veux pour preuve qu'on n'arrive même pas à vivre dedans. Cette culture-là, nous devrions tous apprendre à l'identifier. à lutter contre et essayer de revenir à nos vraies racines. Et pour ceux qui vivent à l'étranger, ça, c'est pour ceux qui vivent en Algérie, pour ceux qui vivent à l'étranger, on devrait faire attention à ne pas contaminer nos sociétés d'accueil, ne sera-ce que par accident, même sans le faire exprès. On n'a pas le droit de retenter Ce qui nous a fait fuir dans notre pays. Voilà, je te parle au fur et à mesure que je pense. J'arrête là.
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