
Monologue (French) by an economic journalist recounting personal extremes: as a young reporter in Paris he was effectively homeless (SDF), slept in office toilets, and alternated that hardship with attending luxurious press breakfasts at the Ritz (Place Vendôme), invited by Laurent-Perrier. He describes newsroom practices (fax/email stacks, company press invitations), career precarity (recent arrival from Switzerland, difficulty renting, transient lodging), sharp social contrast (gold-leaf petits fours vs. sleeping on newspapers in toilets), and ethical reflections (insider trading common among peers; narrator refused to profit or write dishonest pieces). The piece is confessional, self-critical, and observant about the economic-journalism milieu.
Bonsoir mes amis. Vous savez, des fois j'ai fait des choses où il m'est arrivé des choses. Je ne sais pas comment je veux voir la vie. Si je veux la voir comme acteur ou je veux la voir comme subissant, comme un personnage subissant cette vie. J'aime bien cette idée de subir la vie. Donc je disais, et je redis donc, qu'il m'est arrivé de faire des choses absolument extraordinaires. Il y en a une qui me revient à l'esprit ce soir, et je suis sûr que vous n'avez pas fait ça. Ne me dites pas que vous l'avez fait. J'ai pris un petit déjeuner au Ritz, au Ritz de Paris, Place Vendôme. Là où il y a le ministère de la justice. Alors je vois certains d'ici qui me disent, oui mais mon pauvre ami, depuis que le Ritz existe, il y a des milliers, des centaines de milliers, des millions de gens qui ont pris le petit déjeuner au Ritz de Paris. Je vais vous dire un truc. Je ne connais pas des masses de gens qui ont pris le petit-déjeuner au Ritz de Paris et qui ont passé la nuit d'avant dormant dans des chiottes, dans des toilettes sur deux rames de papier à quatre prises à la photocopieuse. J'aime bien ces scènes de la vie. J'aime bien ces scènes de la vie parce que... l'extrême. J'aime bien des fois... Je les prends pour des messages de la vie. Quand la vie m'envoie ses... messages extrêmes. Je travaillais comme journaliste à Paris. Enfin, journaliste... Vous comprenez que le métier de journaliste en France ne vaut pas grand chose. La preuve c'est que un type comme moi a fini comme journaliste à part entière. J'étais un très mauvais journaliste. Enfin, j'essayais d'être bien, mais je pense qu'au fond j'étais mauvais. Il faut se l'admettre des fois. La veille, on recevait des fax, des e-mails, du courrier. Ça s'empilait. Il y avait la secrétaire qui les imprimait. Elle en remplissait un casier. Et en fait, ça correspondait à des invitations de la part d'entreprises. J'étais dans le secteur économique. Et les entreprises nous envoyaient des invitations. Vous savez, une entreprise organise plein de choses chaque année. Ils ont des dates importantes. Ils ont des assemblées générales. période où ils communiquent les résultats annuels, les prévisions. Ils ont des fois des petits déjeuners de presse qu'ils organisent. Et donc, et donc, je ne vous cache pas que les fax qui partaient les plus vite étaient celles où les invitations étaient ouvrites en Georges V ou bien en pavillon de Champs-Elysées. Eh oui. Le métier de journaliste est plein de piques-assiettes. C'est malheureux. Mais aujourd'hui, je confesse tout. Alors, moi c'est vrai que j'avais un faible pour le rite. Alors je me souviens, j'avais hésité entre la farge qui nous invitait dans leur siège social, Quand tu sais que c'est une invitation, je vais te dire un truc de journaliste, une invitation dans un siège social, ce n'est jamais bon. Parce qu'en fait, généralement, ils ramènent un traiteur avec des cubes de jus d'orange et des trucs réchauffés, tu vois le genre, c'est pas top. C'est pas top. Par contre, quand l'adresse est prestigieuse, tu sais que c'est très intéressant. Donc, je me souviens, j'avais été invité par le groupe Laurent Perrier. Il nous a invités à un petit jeûner de presse au Ritz. Le problème, c'est que moi, j'étais arrivé à Paris quelques temps auparavant, 2-3 mois auparavant, et j'étais encore un SDF. J'étais SDF à Paris alors que j'étais journaliste. Parce qu'en fait, ce qui s'est passé, c'est que personne ne voulait me nouer. Je venais de Suisse. c'est très difficile d'obtenir de l'allocation sur Paris, tu sais. C'est... On m'a raccroché à la figure. Surtout quand j'annonçais ma nationalité. Alors, tu sais, j'annonçais toujours ma nationalité en dernier. Je ne commençais pas par ça. Je ne commençais pas par leur parler de la garde à jury. J'ai laissé ça vers la fin. Et... Ce qui se passe, c'est que personne ne voulait me louer. Alors j'ai fait des hôtels. J'ai fait des hôtels 3x8. J'ai fait des dortoirs. J'ai fait des marches en sommeil. J'ai fait tout ça. Puis, un jour, un jour qu'on avait pris un peu trop de pastis au bureau. Tu sais, le pastis, on a beau dire, mais ça t'emporte. Et puis, tout le monde était parti. Moi, je pouvais pas bouger de mon siège. Et puis, il faisait déjà nuit dehors. je me suis dit tant qu'à faire pourquoi ne pas dormir sur place alors j'ai commencé à dormir sur place et j'avais peur qu'on se rende compte que je dormais au bureau donc je trouvais des chiottes et je dormais dans les chiottes je mettais du journaux par terre parce que ça isole et le matin je prenais une douche au lavabo Je me séchais les cheveux avec les trucs qui sèchent les mains. Tu envoies ça sur des cheveux, surtout des cheveux d'arabes comme les miens. Tu sais, quand je sortais, j'étais genre... C'était un peu... T'as l'impression que t'es sous un réacteur d'avion, quoi. C'était assez sportif. Et puis, je prenais le métro. Je prenais le métro vers 6 heures du matin. J'étais le premier à sortir du bureau. Enfin, j'avais jamais quitté le bureau, mais je partais pour être sûr que les gens qui arrivent en premier ne se posent pas des questions sur ma présence impromptue. Et puis, je prenais la ligne 1 et je faisais des allers-retours. Puis après, j'allais au Ritz manger des petits fours avec des feuilles d'or 24 carats dessus. servi par un monsieur avec des gants blancs. Ça fait drôle quand même, ça me fait drôle le contraste. J'avais encore mal au dos et tout ça, j'étais complètement éclaté. Et puis le mec il me sert des trucs 24 carats, tu comprends, ça fait bizarre. Mais j'ai jamais été salaud. Je ne dis pas que j'étais bon. Je n'ai jamais dit ça. Je n'ai pas été salaud. J'étais carré, j'étais honnête. J'essayais d'être honnête. Je n'ai pas commis de délit d'initié. Je savais des fois des choses avant le public. Je n'allais pas acheter des actions ou vendre des actions sur cette base. Pourtant, j'aurais pu me faire un peu d'argent. Un délit d'initié, tu sais, tu n'as pas l'impression de voler qui que ce soit. Tu n'as pas l'impression qu'on va t'attraper. Beaucoup de journalistes le faisaient, énormément. Le délit d'initié est très courant chez les journalistes économiques. Tout le monde s'en fout, mais j'arrivais pas à le faire. C'est de l'argent gratuit des fois, mais j'arrivais pas à le faire. Et puis, ce qui se passe, c'est que des fois, il y a des journalistes qui... qui écrivait des articles, qui écrivait des articles élogieux sur des entreprises qui les avaient bien nourries, des fois qui les avaient même envoyées en vacances quelque part, et écrivait des trucs sordides sur des entreprises qui juste les avaient reçues normalement. Parce que tu sais, quand t'es journaliste économique, tu dois équilibrer tes papiers, ça signifie que Tu ne peux pas écrire 5 articles de suite où tu dis des choses positives sur des entreprises. Tu dois faire quoi ? Imaginons qu'il y a 5 entreprises qui tentent toutes aller sous doyer d'une manière ou d'une autre. C'est vrai que le mot est un peu fort, mais bon, imaginons. À un moment donné, pour équilibrer ta journée, tu es quand même obligé d'écrire un ou deux articles négatifs. Tu es quand même bien obligé de le faire, non ? D'accord ? Sinon tu prendras pas le Père Noël. Donc qu'est-ce que tu fais ? Tu prends des entreprises qui sont un peu soft target, comme on dit. Ça signifie facile. Et boum ! Tu tapes dessus. Tu les descends. D'accord ? Moi, je ne faisais pas ça. Je ne faisais pas ça. Là, je ne l'ai pas fait non plus. Oui, j'étais mauvais, mais ça, je ne le faisais pas. J'avais... Drôle d'époque quand même. Enfin, je ne vais pas balancer tout aussi sec comme ça. J'arrête là, je crois que j'ai assez dit pour ce soir.
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