
Le narrateur raconte une anecdote personnelle à l’université : il avait été jumelé en TP avec une jeune fille d’origine russe qu’il présente ensuite à un ami plus âgé, comptable. Après une sortie cinéma, la jeune femme subit des actes sexuels non désirés chez cet ami ; elle se rend ensuite aux urgences, raconte les faits à une médecin et au personnel médico-légal, et la discussion sur le consentement déclenche une réponse ambiguë.
Bonjour mes amis. Lorsque j'étais étudiant à l'université, le hasard d'un tirage au sort m'avait assigné comme binôme pour les travaux pratiques une jeune fille d'origine russe. Alors, la moitié de la promo était amoureuse d'elle et puis l'autre moitié, de toute façon, c'était des filles. Je ne sais pas ce qu'elles en pensaient. Alors, un jour, J'ai présenté cette fille à un ami, un ami qui n'étudiait pas avec nous, mais qui était un peu plus âgé que nous. Il était comptable, travaillait dans la comptabilité, portait un costume plus grand que lui, passait ses journées dans des tableaux, dans des chiffres, des registres. Il passait son temps à mettre des tampons sur des documents, à les faire valider par des experts comptables, par des auditeurs. Il avait un métier qui... qui était un peu perçu comme ennuyeux. On n'a jamais... On ne pense toujours que les gens qui travaillent dans les chiffres ne sont pas très portés sur ces choses-là. Et donc, moi, je l'ai sous-estimé, en fait, quelque part. Je dois avouer que j'ai sous-estimé le gars. Ses grosses lunettes, son grand costume, son cartable en cuir plein de feuilles et tout ça. Je n'ai pas perçu de danger. Donc, je lui ai présenté cette fille. Alors, bon, la présentation s'est passée tout normalement. Rien de particulier. Elle n'a pas cité ou parlé de lui plus tard. Voilà. Sauf que vers la fin de la semaine, il l'a invité à une sortie cinéma. Elle a été avec lui. Ils ont été au cinéma. Je ne sais pas ce qu'ils ont vu. Toujours est-il, une fois qu'ils sortent, il pleuvait, donc. Il l'invite, lui dit j'habite juste à côté, si tu veux, va chez moi boire un verre. Alors, ils vont chez lui boire un verre et... Il ne vend plus que boire un verre. Des choses se passent. Des choses se passent dans le salon. Des choses se passent dans la chambre à coucher. Elles se passent dans la cuisine. Elles se passent dans la salle de bain. Il se passe partout. À trois heures du matin, elle ne veut plus rester, elle veut partir. Elle demande qu'il appelle un taxi pour rentrer chez elle. Il lui appelle un taxi ainsi donc. Et une fois qu'elle rentre dans la voiture, Elle donne au chauffeur de taxi l'adresse des urgences médicales de la ville. Le taxi la dépose aux urgences où il n'y a presque personne à ce moment de la nuit. Et elle veut tout dire, elle veut raconter. Elle dit qu'elle est souffrante, n'est-ce pas ? Et elle exige de parler à une médecin femme. trouve une médecin-femme, qui la prend dans un petit bureau, elle ferme la porte à double tour, elle lui raconte tout. Cette médecin est sous le choc. Elle lui dit, je ne vais pas te demander de re-raconter, mais je ne peux pas garder ça pour moi. Alors, elle l'emmène dans une autre salle, où ils font de la médecine légale. Il y a un infirmier, il y a une secrétaire. Et puis, elle lui dit, écoute, je vais lui raconter. Je suis obligé de lui raconter. Je vais tout lui dire dans les détails. Alors, la fille, donc, elle est là, elle est embarrassée pendant que la médecin raconte cette histoire, raconte les dernières heures. Alors l'infirmier, c'est un homme de grand gabarit. Il a fait les hôpitaux psychiatriques. Il a fait des autopsies. Il a commencé sa carrière chez les militaires. C'est quelqu'un qui a tout vu. Malgré tout, on le sent écroulé sous ce récit. Il caressait sa calvitie et il avait du mal à croire ce qu'il était en train d'entendre. À ce moment-là, à ce moment-là, il attend que sa collègue finisse, puis il se retourne donc vers mon ami et il lui dit, vous savez, ce qui s'est passé peut tomber sous le coup de la loi. Si vous voulez, je peux appeler la police. Ne vous inquiétez pas, ils ne vont pas venir avec des uniformes, des gyrophares ou une voiture sérigraphiée. On a l'habitude de travailler avec eux, ils en travaillent dans la discrétion. Je peux les faire venir. Je prends le téléphone, j'appelle et ils seront là. Ce genre de choses, c'est leur spécialité. Par contre, il lui dit j'ai besoin de vous poser une question. J'ai besoin de vous poser une question. Est ce que vous étiez plus ou moins consentant? Elle hésite. Elle hésite longuement. Elle ne connaît pas le mot consentante. Elle n'est pas francophone. Il réalise, à son regard interrogateur, qu'elle n'a pas compris la question. Et à ce moment-là, il va répéter, il va lui dire « Est-ce que vous étiez d'accord ? » Et là, il y a un silence lourd qui tombe sur la salle. Même la machine à écrire s'étue. Il y a une secrétaire qui caresse les touches d'une Olivetti, ces touches qui agissent sur des marteaux, qui mordent le papier et qui attendent juste de pouvoir noter sa réponse. Et à ce moment-là, Mon amie baisse les yeux. Elle semble comme hésiter, puis elle laisse tomber. Oui. Le infirmier regarde la steno et d'un geste. Presque suppliant. Il demande de ne pas taper, de ne pas briser le silence. Et il repose la question. Vous en êtes sûr, mademoiselle? Et là la petite garce laisse tomber C'est moi qui lui ai demandé A bientôt mes amis.
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