Hors-Série : Premier et dernier jour au travail

This is a YouTube video titled "Hors-Série : Premier et dernier jour au travail" created on July 12, 2022. The content is a monologue in French discussing workplace safety issues, particularly focusing on the risks faced by temporary and agency workers in industrial settings. It includes a detailed case study of a fatal accident at a Bacardi bottling plant in Florida, highlighting systemic safety failures and the lack of proper training and protections for temporary employees. The speaker emphasizes the importance of worker safety awareness and the challenges faced by temporary workers in raising safety concerns.
Bonjour mes amis, bienvenue à cette vidéo hors série. Vous êtes de plus en plus nombreux à me contacter pour dire je travaille dans le nucléaire, je travaille dans l'industrie, dans le transport, rien à voir avec l'aviation souvent. Mais beaucoup de gens disent trouver dans ces vidéos d'aviation des leçons universelles leur permettant d'améliorer la sécurité sur leur lieu de travail, dans leurs procédures, au jour le jour. Donc voilà, on va aujourd'hui parler d'une situation un peu particulière qui touche les travailleurs intérimaires ou les travailleurs temporaires. Le code du travail qui a été élaboré au cours de décennies de lutte et autres n'a pas tenu compte suffisamment de l'ubérisation. On n'a pas prévu cette... cette ubérisation où des agences vont fournir des employés sur pied à des employeurs divers et variés qui vont les utiliser pendant quelques heures, quelques jours et puis quand ils n'en ont plus besoin, ils vont les offloader et puis ils vont partir ailleurs. Le problème avec cette main d'œuvre, c'est que souvent, elle n'est pas protégée, elle n'est pas entraînée, elle n'est pas considérée suffisamment et ceci va apporter des risques supplémentaires. Exemple type, en 2009, il y a une société de textile du Texas qui a connu deux accidents de suite. Le même mois, la même machine a coupé les doigts à deux personnes. À dix jours d'intervalle, deux personnes ont perdu les doigts dans cette machine. Quand l'inspection du travail débarque et finit par sanctionner cette entreprise, les dirigeants ont crié à l'injustice. Ils ont dit, mais nous n'avons aucun employé, nous. Le fait est que cette entreprise, effectivement, n'avait pas d'employés. Ça veut dire que pour eux, les gens qui travaillaient là n'étaient même pas des employés. En réalité, effectivement, ils étaient intégralement, dans leur globalité, ils étaient ramenés depuis des agences d'intérim. Quand quelqu'un passe à travers une agence d'intérim, en général, il n'a pas de relation directe avec l'employeur. Anciennement, au début des années 1900, les agences d'intérim travaillaient selon un business plan différent. l'employé qui cherchait un travail les payait, leur donnait une commission, en retour de quoi elle lui trouvait un employeur avec lequel il signait un contrat. Donc il y avait une relation directe entre employé et employeur. Dans ce système qu'on a aujourd'hui, c'est plutôt des gens qui sont fournis à une entreprise mais n'ont pas de contrat, ils n'ont pas de relation avec elle. OK. On va parler de l'usine Bacardi en Floride, Jacksonville. C'est une usine qui reçoit du rhum et qui va l'embouteiller. Ils ont dans ce sens une chaîne qui va fonctionner comme ceci. Il y a un tapis roulant qui ramène des bouteilles. Les bouteilles arrivent. Puis après, il y a une première machine qui va les couvrir de plastique, qui va donc les former des groupes de bouteilles. Après, ces blocs-là seront placés les uns avec les autres pour former une palette. Ils seront placés côte à côte et on va former une palette qui pèse très lourd et qui sera prise plus tard par un chariot élévaté. Le système fonctionne de manière automatique. Néanmoins, comme très souvent dans l'industrie, ces systèmes automatiques ont leurs soucis. En particulier dans cette usine Bacardi, très souvent, des bouteilles tombent et se cassent. Quand des bouteilles se cassaient, elles pouvaient remplir de sucre tout le tapis roulant, ça pouvait salir les autres bouteilles, ça pouvait les bloquer. Et donc, il fallait assez rapidement interrompre la prod, nettoyer et puis reprendre. Alors, souvent, dans ces situations-là, il faut envoyer quelqu'un pour nettoyer. Et ça arrive dans toutes les industries. J'avais lu le témoignage d'un jeune, 19 ans, qui travaillait dans un supermarché, son premier emploi. Il travaillait dans un supermarché qui a une machine qui broie des cartons. parce que quand ils déballent les produits qu'ils reçoivent, ils finissent avec des montagnes de cartons et il faut les broyer, les compacter pour pouvoir les jeter avec un minimum de frais parce qu'on paye au volume. La machine s'arrête régulièrement. Elle ne fonctionne plus. Soudainement, il y a quelque chose qui se déclenche et elle va s'arrêter. et on envoyait le jeune de 19 ans à l'intérieur de la machine, dans les entrailles du broyeur pour qu'il débloque ou comprenne ou touche à droite à gauche pour essayer de relancer la machine, n'est-ce pas ? On envoie de la même manière des gens à l'intérieur de four, à l'intérieur de pétrin, à l'intérieur de toutes sortes d'équipements. Et puis, chaque année, il y a des morts. Alors, il y a des entreprises qui ont adopté un système qu'on appelle le système Lotto. L-O-T-O. Ce n'est pas de la loterie. Ce n'est pas je rentre, je parie sur le fait que je vais sortir ou pas. C'est différent. C'est un système où la machine est arrêtée. Par la suite, on place un panneau qui indique qu'il y a quelqu'un dans la machine, il y a une maintenance en cours, ne pas démarrer. Ceci ne suffit pas, bien sûr. Ces panneaux ont une importance cosmétique, mais à eux seuls, ne suffiront jamais pour garantir la sécurité quand une vie humaine est en jeu. Il y a un système de verrouillage qui est mis en place. C'est un système de verrouillage par clé. Ça peut prendre diverses formes. Ça peut être un panneau qu'on rabat et qu'on ferme avec une clé. Ça peut être une clé dans le système lui-même. Ça peut être une barre qu'on installe quelque part pour bloquer une machine et puis on la verrouille. Ça peut être une chaîne, ça peut être n'importe quoi, un cadenas, n'importe quoi. La clé est mise dans une boîte. Il y a une boîte, la clé, elle est mise là-dedans. La boîte est fermée. Un superviseur vient et la ferme avec sa clé. Mais ce n'est pas suffisant. Chaque employé qui est censé aller dans ces machines-là a une formation particulière. D'ailleurs, dans certains pays, il est interdit aux employeurs temporaires ou intérimaires d'aller à l'intérieur des machines, par exemple. Chacun des employés qui a le droit d'aller là-dedans a un cadenas, un cadenas individuel, personnel. Ce cadenas a une seule clé. Les autres, on les a jetés. Il a une seule clé. Quand l'employé qui va aller dedans est satisfait que la machine est arrêtée, qu'elle est sécurisée, que tout est OK, il prend son cadenas et il ferme la boîte qui contient la clé qui permet de démarrer la machine. Il prend la clé avec lui dans sa poche et il va à l'intérieur de la machine, de sorte que c'est physiquement impossible maintenant de la relancer. Néanmoins, ça, c'est la théorie. On pratique, comme par exemple dans cette usine Bacardi, très régulièrement, plusieurs fois par jour, ça a duré depuis toujours, les bouteilles tombaient, se cassaient, et on arrêtait net la machine, et puis on envoyait vite quelqu'un nettoyer, puis vite il ressortait. Vas-y, allez, vas-y, saute, saute, saute dedans, le gars est dedans, c'est bon, t'as fini, sors, sors, sors, allez, on relance, c'est parti. Si on doit passer, c'est comme ça qu'il voyait les choses, si on doit passer à travers tout le protocole de sécurité, effectivement, chaque fois qu'on aura une panne ou chaque fois qu'on aura ce problème, au lieu qu'il dure cinq minutes, il va peut-être durer une demi-heure. Et ça nous fera perdre plus de production au cours de la journée. Donc, l'idée était que voilà, on le fait, elle va vite. Donc ce jour-là, M. Day-Davis venait de commencer son travail. C'était son premier jour. Il a été envoyé par une agence. C'est son premier jour dans l'usine Bacardi. Quand il est arrivé, on l'a mis dans une salle, il y avait une télévision, et puis il devait regarder un film de 15 minutes. C'était la formation de sécurité. Très souvent, on va le retrouver aux États-Unis, mais on le trouve ailleurs. On le trouve, ce qu'on appelle, du tick-box exercise. on va faire quelque chose, non pas pour atteindre un résultat, mais juste pour pouvoir cocher une case dans un formulaire. Ça veut dire que s'il y a quelque part une régulation ou un élément, un point de conformité qui dit qu'il faut les former, on va les mettre dans un bureau, on lance une VHS pendant 15 minutes, ils regardent, quand ils ont fini de regarder, on coche une case comme quoi ça a été fait. Mais le but n'est pas, il n'y a pas un but cherché en profondeur. On fait juste semblant, on fait juste semblant que l'on l'a fait. Donc, le gars reçoit une dotation, un gilet, un casque et tout ça. Prend un selfie, l'envoie à sa famille pour leur dire, il avait une femme qui était enceinte et il est très content et il va donc dans, il rentre dans l'usine. Assez rapidement, ce problème de bouteilles survient. Et les caméras de surveillance montrent effectivement qu'il y a un superviseur qui va arrêter le système. Il a un pupitre, il arrête le système. La chaîne s'arrête. Et puis après, l'autre image, c'est M. Davis qui rentre en scène. Il est là, on lui dit écoute, tu vas aller sous la machine pour nettoyer. sous la machine, ça veut dire que c'est un endroit qui peut, c'est un espace qui n'est pas permanent, qui n'est pas garanti, c'est un espace qui peut être compromis quand la machine fonctionne. Ça veut dire qu'au-dessus de cet espace, il y a des palettes, il y a la palette qui se forme et le système, quand il fonctionne, il descend en forme comme un ascenseur, il descend et il remonte. Quand il descend, il exerce une pression énorme et cet espace qui est sous la machine devient néant, complètement oblitéré. Le gars, il fait ce qu'on lui demande. Notez qu'il n'y a aucune sécurité qui est mise en place. Mise à part, on a arrêté le système. Mais il suffit d'appuyer sur un bouton et ça redémarre tout de suite. Il rentre à l'intérieur, il fait ce qu'on lui dit de faire, n'est-ce pas ? Il faut savoir une chose, que statistiquement, les travailleurs temporaires ou les travailleurs qui sont envoyés par des agences ont 50% de probabilité de moins de soulever des problèmes de sécurité. Même quand on les soulève, il y a 50% encore moins de chances qu'on les écoute par rapport à un travailleur permanent. D'autant plus que les agences, elles ont un biais. Quand quelqu'un commence à refuser du travail sur des éléments liés à la sécurité, on commence à ne plus l'appeler. J'étais étudiant en Suisse, par exemple. Il y avait une entreprise qui voulait nettoyer des vitres. Je n'avais pas peur de la hauteur, donc j'étais prêt à y aller. Sauf qu'on m'a dit oui, mais on a le problème, c'est qu'on a une... Ils ont une cabine montante, un camion avec une cabine montante, qui peut arriver jusqu'au vitre du troisième étage. Nous, le problème, c'est qu'on a des contrats avec des bâtiments qui ont des vitres qui vont au quatrième, voire plus. Donc, ce que vous devez faire, vous montez dans la cabine avec une échelle. Donc, vous mettez la cabine au plus haut possible. Vous arrivez au maximum de sa portée, qui est aussi le maximum de sa stabilité aussi, quelque part. Et donc, à partir de là, vous posez l'échelle dessus et les cabines, ça bouge. Ces cabines là, ça part dans tous les sens, en particulier quand elles sont au maximum, quand elles sont étendues au maximum. Et donc, vous mettez l'échelle et vous montez au quatrième étage ou plus si affinité, vous nettoyez. D'accord. Bien sûr, je refusais le travail, c'est pour ça que je suis en mesure de faire cette vidéo aujourd'hui. Je refusais le travail, mais l'idée, c'est qu'on ne m'a plus jamais rappelé, d'accord ? On ne m'a plus jamais rappelé, parce qu'une fois que la personne devient consciente un petit peu de ces choses-là, on ne veut plus travailler avec, parce qu'on veut des gens qui disent oui et puis voilà, qui tournent la page. Donc, le jeune Davis, n'est-ce pas, ça faisait une heure et demie qu'il travaillait en tout. Il est sous la machine. Quand arrive un autre intervenant qui ne comprend pas pourquoi le système est arrêté. Il appuie sur un bouton et le système redémarre. L'homme est tué sur le coup, il est écrasé. Ça commence à courir dans tous les sens. Et puis, on appelle les pompiers. Ils arrivent. Il n'y a plus rien à faire. Il n'y a qu'à lever le corps. C'est fini. Il est mort. Donc, plus tard, quand la Quand l'OCHAT, l'inspection du travail, va débarquer sur place, il va commencer à parler un petit peu aux différents responsables. Il y a une nana qui va leur faire une responsable, qui va leur faire faire un peu le tour du propriétaire. Elle va leur dire, durant ce tour, oui, vous savez, Bacardi, on a réussi à rester en dehors des médias pendant longtemps, jusqu'à aujourd'hui. Aujourd'hui, on fait parler de nous. C'est de la mauvaise pub, vous savez. C'est de la mauvaise pub, mais heureusement, on ne va pas trop en parler longtemps. Ça va durer peut-être une journée ou autre et puis ça va passer. L'inspecteur avait noté qu'elle était complètement indifférente au sort de celui qui a mort. Donc, je dirais qu'aujourd'hui, il faut faire attention. Si on est employé, qu'on se voit détaché, temporaire ou permanent, il faut réaliser que notre sécurité, c'est notre premier ressort. Parce que pour beaucoup d'employeurs, honnêtement, un bras arraché ou une mort ou autre, ce n'est que des mauvaises vibes, de la mauvaise pub dans les médias. qui va de toute façon passer. C'est juste quelque chose, c'est embêtant, c'est ennuyeux. Mais bon, la semaine prochaine, on oubliera, on parlera d'autre chose. Il faut être capable, il faut être en mesure de dire non, il faut être en mesure d'évaluer et d'estimer quand les choses ne vont pas. Et puis, voilà. Merci, mes amis, d'avoir écouté cette triste histoire. Et il y a énormément, il y a une épidémie, comme le disait l'auteur qui a fait un reportage sur cette histoire. Il a dit il y a une épidémie d'employés qui meurent leurs premiers jours ou les premiers jours après avoir rejoint une entreprise, surtout quand ils sont temporaires. Merci d'avoir suivi cette vidéo jusque là et puis on se voit dans une dans une. A bientôt.
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