Interview Noam Anouar (Policier, ex-RG) : les Fichés S

This is a YouTube video titled "Interview Noam Anouar (Policier, ex-RG) : les Fichés S" containing a French-language interview conducted on October 17, 2023. The interview features Noam Anouar, a former French intelligence officer, discussing the nature, limitations, and controversies surrounding the "Fichés S" files used by French security services to monitor individuals considered potential threats to state security. The conversation covers topics such as the legal status of these files, their application beyond Islamist terrorism, challenges in intelligence and judicial processes, and broader social and political implications in France. The content is a monologue-style interview without the presence of Aldo Sterone.
Bonjour Noam, merci d'avoir accepté mon invitation sur le sur le canal Aldosterone. Donc, tu fais partie, tu faisais partie des renseignements généraux.
Absolument.
Et puis, tu es ici pour nous parler aujourd'hui des fichiers S. C'est un sujet qui revient régulièrement chaque fois qu'il y a un attentat en France. on a l'impression que pratiquement tous ceux qui peuvent potentiellement commettre un attentat sont déjà fichés S. Parce qu'il n'y a pas eu un seul attentat ces dernières années où on ne nous dit pas littéralement en quelques heures, ah ben il était fiché S. C'est quoi ces fiches S ?
Alors ça, ce que tu dis, je me permets d'apporter une petite réserve. Jusqu'en 2016, effectivement, la majorité des gens qui commettaient des attentats étaient fichés S. Et ensuite, on a eu une période de creux où effectivement ce n'était plus le cas. Par exemple, tu prends l'attentat de Nice où le type est arrivé d'Italie, il a pris le train de Bari en Italie pour aller à Nice et pour égorger des fidèles en prière. Il n'était pas fiché, puisqu'il n'était pas sur le territoire français. On avait eu le cas également sur l'attentat de Rambouillet, par exemple, où un Tunisien était rentré et avait poignardé Stéphanie Montfermé. Donc, du coup, on avait eu une période de creux où les services de renseignement étaient complètement aveugles sur l'état de la menace. Là, miraculeusement, sur le dernier fait qui date de vendredi dernier, sur l'assassinat de Dominique Bernard, le type était fiché S, en plus il était sur un niveau d'alerte et surveillance maximale, il était sur écoute, il était en surveillance physique, c'est-à-dire en filature et tout le reste. Donc du coup, les services de renseignement considèrent ça, on a l'impression dans la communication, comme une demi-victoire, de dire ouais, on y était presque, tu vois, mais quelque part, bon, on n'y était pas, parce qu'autrement on n'aurait pas eu trois victimes, donc voilà. Donc pour le coup, Bon, pour Bruxelles, c'est pareil. Hier, il n'était pas fiché S, mais il était connu pour des délits de droit commun, parce que le droit commun se distingue justement du crime terroriste ou du crime tout court, d'ailleurs. Donc, voilà. Donc, pour le coup, la fiché S, il faut savoir qu'en réalité, ça n'a aucune valeur juridique. Là, le débat actuel où on dit oui, alors le type, il est fiché S, il faut le virer, etc. Alors, pour quiconque connaît le droit, un minimum, c'est une aberration légale, en fait. C'est une aberration légale. Loin de moi l'idée de défendre un millième de ce qu'est l'islamisme. Je pense que toi, comme moi, on n'a plus à faire nos preuves sur, je dirais, notre vocation islamocritique. Je veux dire, là-dessus, on n'a rien à voir de près ou de loin avec ces idéologies. Mais on ne peut pas faire ça dans un État de droit. Ça ne peut pas se faire. Parce que la fiche S, elle est décrétée par des services administratifs de façon exclusive. Le juge n'a pas son mot à dire sur le fichage S. Alors S, c'est la sûreté de l'État.
Est-ce que ça veut dire uniquement terrorisme islamiste ? Ou est-ce que ça veut dire autre chose ?
Non, en fait, il y a deux services en France qui peuvent émettre des fiches S. C'est des services de sécurité intérieure. Il y a la DGSI et il y a la DRPP. c'est l'organe qui remplace la DGSI sur la capitale, parce que dans tous les départements de France, on a une direction départementale, et à Paris, sur la Petite Couronne, on a la DRPP, voilà, tout simplement. Et donc, c'est les deux services qui peuvent émettre des fiches S, donc c'est des fiches de mise en attention de certains individus pour des raisons qui sont dans l'intérêt du service, tout simplement. Donc, obtenir du renseignement, Il n'y a pas que le terrorisme islamiste, il faut connaître les domaines de compétence des services de renseignement, c'est de la surveillance administrative. Alors, il y a par exemple les Corsé-Basques qui peuvent être fichés S, il y a les extrémistes juifs, tout ce qui est LDJ, etc., il y a les extrémistes de droite, il y a les extrémistes, alors, on ne peut plus dire de gauche depuis le mandat de François Hollande parce qu'il a changé la terminologie, on parle de mouvance contestataire, on a les tigres tamoules, par exemple, qui peuvent être fichés S aussi, tu vois, on a les écologistes extrémistes également, tu vois, on a une infinité de personnes qui sont fichées S, mais, Globalement, pour dire la vérité, 80% du vivier des fichiers S sont parmi les cousins, voilà tout simplement.
Voilà, de la communauté désorganisée.
C'est des mangeurs de couscous, quoi, si tu préfères.
Voilà, voilà. Maintenant, maintenant, question. Est-ce que ça ne voudrait pas la peine, pour éviter justement, pour préciser peut-être la chose, est-ce qu'il ne voudrait pas mieux créer une ficheté où il n'y aurait que les personnes qui sont soupçonnées d'affinités terroristes ? au lieu de partir sur les autres ?
Alors en fait, ça n'aurait pas beaucoup d'intérêt, même si ça ne m'étonnerait pas effectivement que l'administration le fasse, clairement parce qu'on aime bien bricoler, etc. Mais si tu veux, la fiche S, Sûreté de l'État, c'est quoi ? En fait, en réalité, c'est une fiche de demande, c'est-à-dire que c'est le service émetteur de la fiche qui demande des informations aux différents services administratifs. Ils te disent quand tu ouvres, ça se fait, le fichage S borne, ce qu'on appelle borner, c'est-à-dire le moment où il va répondre positivement, soit au moment d'un contrôle d'identité, soit à un moment où tu vas demander justement à renouveler tes papiers, ton titre de séjour, ta carte d'identité, ton passeport, parce que ça permet aux services émetteurs de l'affiche d'avoir des photos actualisées, parce que tu vas fournir des photos pour renouveler ton passeport, etc. Donc, s'ils ont une photo de toi qui date de 10 ans, ils ont une nouvelle photo, tu vois. Donc, ça va, en fait, il y a les contrôles douaniers, les contrôles de poste frontière, à chaque fois que tu vas sortir du territoire par un poste frontière et que tu vas rentrer. Donc, voilà. Et l'affichesse, en fait, elle n'est pas Alors, il y a les spécialités, c'est-à-dire selon que tu sois islamiste, d'extrême-droite, etc., tu peux avoir une fiche S. Et à l'intérieur du fichage S, tu as une subdivision d'une quinzaine de conduites à tenir. Alors, où le plus simple, ça va être alerter le service sur l'endroit et les circonstances dans lesquelles vous avez contrôlé l'individu. Faites preuve de discrétion parce que la fiche S, en principe, elle est censée être confidentielle. La personne ne doit pas savoir qu'elle est fichée S, même si elle s'en doute le plus souvent, je veux dire. Et il y a également le cas médian où c'est, par exemple, si ça se passe dans un véhicule au moment d'un contrôle routier, c'est relever l'identité des personnes qui accompagnent le fichier S. Si c'est un poste frontière, c'est fouiller les bagages ou prendre une photo, fournir une photo du scan des bagages de la personne, donner l'identité des personnes accompagnantes, fouiller les bagages de la personne accompagnante, tu vois. Donc, à ce moment-là, par exemple, le service de police aux frontières va alerter les douanes en disant, tiens, on a un fichier S. Il a posé deux valises à l'embarquement, donc il faut fouiller les valises par exemple.
C'est juste une demande d'information finalement. On a l'impression que Fichier Est veut dire que c'est quelqu'un qui d'un jour à l'autre peut passer à l'axe, peut commettre un attentat terroriste.
En théorie, tous les terroristes devraient avoir été fichés S, même si ce n'est pas tout à fait le cas, comme on l'a dit précédemment. Mais par contre, tous les fichés S ne sont pas des terroristes en puissance. C'est-à-dire que le fichage S, La plupart du temps, il est basé sur des signalements, c'est-à-dire que par exemple, ça peut être une femme qui se sépare brutalement de son mari et qui d'un coup décide de libérer sa parole et dit voilà, il tient des propos radicaux. Un jour, il nous a dit qu'il allait tuer tous les Blancs, tous les Juifs, etc. Donc du coup, elle va au commissariat. Dans le commissariat, il est obligé de prendre en compte cette information parce qu'on se doute bien que s'il se passe un truc par la suite, La femme va dire oui, mais je suis allé au commissariat, je l'ai dit, donc ils sont obligés de prendre en compte. Et à ce moment-là, ils peuvent plus s'autoriser aujourd'hui l'évaluation de la fiabilité de l'information. Donc, ils la prennent en compte et puis déclenchent une surveillance sur la personne pour vérifier la cohérence entre les signalements et la réalité, donc essayer de raccrocher les signalements à la réalité. Et après, Alors, comme je le disais, il y a des niveaux de surveillance, quand on met la personne sur écoute et puis qu'à un moment, « Allô Mohamed, est-ce que tu as l'explosif ? Voilà, rendez-vous, place de l'Europe, tu me donnes la valise et on va les faire sauter. » Bon, à ce moment-là, quand on a une information qui caractérise une infraction, on peut saisir un juge, on saisit le parti antiterroriste et puis on judiciarise et on déclenche des éléments justement de coercition qui permettent d'interpeller, de surveiller, tu vois. C'est des niveaux différents. Mais par contre, quand il n'y a rien, à un moment, on est censé lever le fichage Ce qui se fait de moins en moins aujourd'hui, les services administratifs sont extrêmement frileux parce que historiquement, quand il y a eu le 13 novembre par exemple, François Hollande a décrété l'état d'urgence pendant six mois reconductible et ça a duré trois ans. Et à un moment, ils ont assigné à résidence, comme ça, des gens, du jour au lendemain, le 14 novembre ou le 15 novembre, paf, on se retrouve avec une centaine de personnes en région parisienne, je crois qu'ils étaient même 150. Je n'ai plus le chiffre en tête. Mais ils sont assignés à résidence. Il y a des gens qui disent, mais attends, moi, je bosse, j'ai un boulot, je ne peux pas rester chez moi. J'ai une famille, j'ai des enfants que je dois accompagner à l'école. En fait, l'assignation à résidence, c'est une prison à domicile. Et donc ils ont saisi le tribunal administratif, le juge administratif a interrogé le ministère de l'Intérieur en disant « bon, juridiquement on n'a rien à reprocher à ces gens-là, qu'est-ce qui vous permet d'argumenter dans le sens d'un maintien à domicile ? ». L'administration a dit « c'est secret défense, si on commence à livrer des informations, on va mettre nos sources en danger, on va peut-être leur mettre la puce à l'oreille, etc. Le juge administratif, à l'époque, a dit, en l'absence de preuves, vous ne pouvez pas démontrer leur culpabilité, donc tout le monde est relâché. Ils ont relâché tout le monde, sauf que dans les 100-150 personnes, tu en as retrouvé une vingtaine en Syrie, et la DGSI et les services d'enseignement ont dit, alors monsieur le juge, vous avez ordonné leur remise en liberté, maintenant ils sont en Syrie, ils vont peut-être commettre des crimes, ils vont peut-être revenir, ils vont commettre des attentats, donc comment on fait ? Maintenant, les juges sont frileux, je t'avoue que dès qu'on met radicalisation, Les juges sont frileux. Dès qu'on met radicalisation dans un dossier, ça y est, même dans un dossier de juge aux affaires familiales, dans un divorce et tout, ça y est, plus personne se mouille. Donc du coup, là, aujourd'hui, on en arrive à une extrémité. Alors, c'est l'imam Chalgoumi qui a donné l'idée. Voilà, on va virer tous les fichiers S. Alors, à ce moment-là, on arrive dans un régime de l'arbitraire. C'est-à-dire que toi, tu n'aimes pas ton voisin ou tu as envie de racheter sa baraque, tu vas le dénoncer. Tu dis, j'ai entendu Alakbar dans le jardin. Je l'ai vu en train de déguiser un couteau de 20 cm. ils ont le fichier S, il est étranger, il est résident, il n'est pas français, paf, il le vire. Et tu vois, il y a eu beaucoup, moi, quand j'étais au renseignement, il y a eu beaucoup de concurrence commerciale. Un mec qui a une boutique, il y a le concurrent d'en face qui vend la même chose, qui vend des pizzas, des sandwiches, qui ouvre un bazar, et puis il se dit, tiens, lui, il me gêne, donc je vais faire des signalements. Et puis à la fin, il se fait contrôler, il se fait déstabiliser, les CODAF, les contrôles, et puis à la fin, le mec se frotte les mains. Donc, ce n'est pas comme ça que l'État français, l'administration, le service judiciaire doivent fonctionner.
Mais c'est un système, tu es en train de me dire que c'est un système qui est complètement brisé, complètement cassé, le système de fiches S, parce qu'on doit lui faire quand même confiance. Je comprends. Moi, je suis pour l'idée que les fichiers S, en fait, même pas, je ne réfléchis pas en termes de fichiers S. S'il y a un étranger qui est dangereux, qui représente une menace pour la sûreté de l'État, pour moi, on n'a pas à le surveiller. Je vais te poser des questions tout à l'heure. C'est quoi le coût de cette surveillance, le coût humain, le coût financier de cette surveillance, si tu le connais. on doit le faire quitter le territoire, on doit lui demander de partir ou l'expulser si nécessaire. Mais bien sûr, il faut avoir un système solidaire. Si c'est un système où n'importe qui peut mettre n'importe qui dans une fiche S, ça n'a plus de sens.
C'est un peu ce qui se passe actuellement parce que malheureusement, il y a un gros défaut d'expertise. Ceux dans l'administration, par exemple, à un moment, La France, ce n'est pas le Royaume-Uni. Je sais que toi, tu nous parles du Royaume-Uni. Au Royaume-Uni, ils ont intégré qu'on pouvait être citoyen britannique, qu'on pouvait avoir son utilité, son rôle à jouer si on était indien, pakistanais, jamaïcain d'origine, africain, asiatique. En France, il y a des attitudes de repli, des sursauts comme ça. qui se font à chaque période d'attentats, d'épreuves, où à un moment, on réagit, c'est-à-dire qu'à chaque fois qu'il y a un attentat, on va fermer deux mosquées, on va contrôler trois sandwiches, riz, kebab, et on va direr à deux ou trois fonctionnaires, on va dire, tiens, la surveillante, là, dans le collège, elle porte le voile dans sa vie privée, etc., donc elle a tenu des propos un peu ambigus, et puis on va réagir comme ça. Du coup, ils ont un peu épuré l'administration. Moi, depuis hier, je regarde les débats, là, comme ça, sur les chaînes télé, Hier, par exemple, il y a eu un attentat à Bruxelles. Le type a posté un message de revendication. J'ai regardé pendant 2-3 heures. Moi, j'ai compris le message en arabe. Il n'y a pas une seule personne qui a pu traduire un seul mot du message. Il n'y avait que des Blancs européens qui étaient là pour commenter, des spécialistes du djihadiste, etc. Donc, à un moment, en France, il y a un défaut de compétence. Mais de toute façon, l'administration n'a pas l'obligation de résultat. On sait très bien, en fait, écrire des scénarios en France. Tu vois, par exemple, Macron, je te donne l'exemple de vendredi, il se rend à Arras, après que le professeur ait été tué, il va au lycée et il dit merci aux services de renseignement qui ont permis de déjouer un deuxième projet d'attentat sur le territoire. C'était un type qui était sur Limet, dans le 78, qui s'est baladé, qui sortait d'une mosquée avec un couteau, puis qui s'est approché d'un établissement scolaire. Il y avait un groupe de lycéens ou de collégiens qui sortaient. La police interpelle, ils trouvent un couteau. Là, il a été relâché, je crois, hier ou avant-hier. Il est en comparution immédiate. Il a été poursuivi pour port d'armes prohibées de catégorie D. Ils ont considéré que le couteau était un couteau de chasse, que c'était une arme comme une bombe lacrymogène. C'est à peu près la même classification. Et puis donc, ils l'ont jugé en comparution immédiate. Ils ont dû lui mettre une amende en lui disant, attention, monsieur, ce n'est pas bien. Voilà, tu vois, donc on part du président de l'appui qui dit on a déjoué un projet d'attentat et à la fin, on est sur une procédure en fait qui est quasiment de l'ordre, quasiment de l'infraction routière quoi, tu vois, où on lui a dit bon, qu'est-ce que tu faisais avec ça, c'est pas bien, bon, voilà, tu vois, donc.
Tu as parlé de ces gars qui, qui ne comprenaient pas les revendications de ce terroriste. j'aimerais partager avec toi une, une anecdote, ça m'est arrivé, j'ai parlé à quelqu'un qui travaillait dans les écoutes d'un pays, mais étant un pays de l'OTAN pour rester vague. Il écoutait les, réseau islamiste, il devait faire des rapports, il devait les écouter, essayer d'interpréter ce qu'ils vont faire et puis émettre des rapports sur leurs intentions. D'accord. Et moi, quand il m'a dit qu'il écoutait les islamistes en arabe et tout, moi, j'ai pensé en toute sincérité qu'il était arabophone. Donc, je lui ai parlé en arabe, j'ai tenté de parler en arabe. Ce n'est pas pour le tester, c'est juste instinctivement, naturellement. Et il a souri, il m'a dit As-salamu alaykum. Il savait dire deux mots en arabe. Donc, est-ce que c'est ça le niveau aujourd'hui des gens qui travaillent dans l'antithéorie ?
On va dire que tu vois, je vais répondre à ta question par une anecdote. C'est-à-dire que ce matin, je regardais les commentaires dans les chaînes d'actualité et j'ai entendu le porte-parole de TSAAL, Olivier Rafowitz, sur l'actualité à Bruxelles, etc. Et donc tu vois, par exemple, Cheyenne Saad, Israël, en réalité, sans rentrer sur le fond de la politique proche-orientale, c'est une mosaïque. Ils ont des gens qui viennent de tous les pays du monde, il y a des diasporas, etc. Donc lui, c'est le porte-parole francophone de l'armée israélienne. Mais je suis sûr que s'ils communiquent avec les chaînes arabes, avec les chaînes des pays de l'Est, les Russes, etc., ils ont un porte-parole linguistes par pays, c'est-à-dire qu'ils ont adapté justement leur communication à la demande. Et donc dans les services de renseignement type Mossad, Schimbett, etc., ils ont ces ressources-là. Aux États-Unis, ils ne les avaient pas en septembre 2001, ils ont vite rattrapé leur retard, ils ont sous-traité et ils ont naturalisé à tour de bras, etc. En France, on avait depuis toujours historiquement des relations avec tous les pays. L'Empire français était étendu en Afrique, au Maghreb, au Moyen-Orient. Moi, quand je suis allé en Égypte, à Alexandrie, il y a des gens qui sont francophones. La bourgeoisie égyptienne est francophone. Les Palestiniens, les Libanais sont francophones. Et pourtant, en France, on se débarrasse de notre patrimoine. C'est-à-dire que moi, là-dessus, je te rejoins parce que je suis ce que tu fais. Je pense qu'on a vraiment une élite qui travaille contre les intérêts de la masse, c'est-à-dire de la France. on a les ressources, elles sont là, elles demandent à être utilisées à tous les niveaux, et finalement, on fait du sabotage, en quelque sorte, en règle, quoi, je veux dire, parce que quand tu regardes le niveau des analyses, le niveau des compétences, c'est exactement ce que tu me dis. Moi, j'ai été, je veux dire, j'ai eu l'occasion de me rendre à la DGSI, à la sous-direction antiterroriste, etc. Quand tu parles avec les types, tu leur dis, ouais, bon, OK, t'as des compétences, puisque t'es à l'antiterrorisme, D'où ça vient ? C'est quoi ta spécificité ? Alors t'as un mec qui va dire « moi je suis bon en procédure judiciaire », t'en as un autre qui va dire « moi je suis traducteur ». En fait, le point commun, ce que vont te répondre 90% des effectifs, c'est « j'aime pas les Arabes et je veux sauver la France ». Tu vois, voilà, c'est ça. Ils te le diront pas comme ça, mais en fait, le critère de sélection, c'est presque celui-ci. C'est-à-dire que dans le management de la police, on se dit « tiens, ce mec-là, il aime pas les bougnoules, vas-y, on va le prendre, parce que comme ça, il va bosser, il va faire des heures sup', il va travailler avec détermination, Quitte à ce que ça déborde un petit peu de temps en temps, qu'il ait la main un peu leste, qu'il aille inventer des trucs, c'est pas grave, mais au moins on sait qu'il sera loyal, qu'il ira dans le sens. Mais à un moment, ça demande de la technicité, ça demande de la finesse, ça demande des choses. Et c'est vrai que malheureusement, ça ne va pas dans le bon sens.
Maintenant, regarde, en deux jours, je me posais la question. Bon, je me la pose un peu moins aujourd'hui. J'ai posé la question il y a quelques jours. Est-ce que les événements au Moyen-Orient risquent-ils de déborder un petit peu en Europe sous forme de violence, sous forme de terrorisme? On a déjà eu un attentat à Arras, un mort. Il y a eu un attentat en Belgique. Je pense que c'est deux morts. Le dernier bilan. Donc là, on est sur des petits attentats entre guillemets. Je dis ça avec tout le respect pour les familles des victimes. Mais est-ce que tu penses que on risque d'aller vers des choses beaucoup plus grosses ? Ou est-ce que tu penses que la mouvance islamiste est désorganisée ? Parce qu'ils n'ont plus la capacité de frappe qu'ils avaient en 2015 par exemple.
Alors non, moi je pense qu'il faut avoir une autre lecture. C'est-à-dire qu'il ne faut pas être catastrophiste pour rien. Mais il ne faut pas non plus être aveugle à la menace. Moi je pense qu'on va vers le pire. C'est-à-dire que la France, tu vois par exemple il y a des Suédois qui ont été tués hier. Al-Qaïda avait mis une fatwa en septembre pour menacer la Suède suite à des affaires de blasphème. Et la France, effectivement, avait déjà été menacée suite à toutes les polémiques sur l'Arabaïa, etc. Donc moi, je pense que les islamistes sont de fins analystes de l'actualité des sociétés occidentales. Et c'est comme tous les systèmes, c'est-à-dire qu'on ne va jamais dans le mur, on va toujours là où il y a une faille. Donc là, la France, elle est organisatrice de la Coupe du monde de rugby. Hier, quand même, le terroriste a tapé pendant un match. Il va y avoir les Jeux olympiques 2024. Ce n'était pas le meilleur moment pour déstabiliser la région. Le terrorisme, la peur, la terreur, c'est un marché comme un autre. Il y a des entreprises de sécurité qui vont se gaver, qui vont profiter de l'occasion, mais ça ne va pas éloigner le danger. Je pense qu'il va y avoir un phénomène de contagion. La communauté juive est quand même assez mûre, de ce point de vue-là, pour être réaliste. Je pense qu'elle travaille avec les services publics, mais elle ne leur fait pas une confiance aveugle. D'ailleurs, moi, je suis allé, toute réserve gardée, je suis allé à Grigny, parce que j'ai des amis sur Grigny. À un moment, on a été amené à discuter, par exemple, de Koulibaly, tu sais, celui qui a fait l'attentat à Alipierre Kachère. Donc, je disais merde, mais putain, le mec, il avait tout. Bon, il avait fait de la prison, mais il avait fait une formation, il était inséré. Il avait rencontré sa compagne, qui était une très jolie femme d'origine algérienne, qui l'avait accompagnée, qui a fui d'ailleurs avec lui en Syrie. Ils avaient eu un enfant. Mais qu'est-ce qui lui a appris de faire un truc pareil ? Il est africain, il va tuer des juifs. Les maliens, en général, ils ont des préoccupations, mais qui ne sont pas de cet ordre-là. Je n'ai jamais vu un malien Et ils m'ont dit, ouais, c'est pas clair, à Grigny, tout le monde dit que, en fait, c'est un ancien traficant stupéfiant qui, a priori, aurait eu des relations, alors je vais pas entrer dans le détail, mais assez troubles avec les services de police à sa sortie de prison, si tu vois ce que je veux dire, et que c'était une situation qu'il avait des difficultés à supporter, en fait, que ça a contribué à sa radicalisation. qui subissait une forme de pression de la part des services qui réprimaient le trafic de stupéfiants, la délinquance violente, les braquages, etc., qui était sa spécialité. Donc on me dit que c'était connu dans la cité, c'était tabou, il avait besoin de se racheter. Donc je ne sais pas ce que ça vaut, mais quelque part, tu vois, Moi, la question que je me pose, c'est...
Pour se racheter, il aurait commis un attentat dans l'hypercage, pour se racheter, pour essayer de remonter et redorer son présent dans la cité.
Les gens l'accusaient d'être une balance. Les gens avaient une grosse soupçon sur lui. C'est ce qui se dit dans la cité, à la Grande-Borne. Moi, c'est l'information que j'ai du terrain. Ce n'est pas une information policière. Les gens me disent qu'il avait cette suspicion. Il est sorti de prison dans des conditions, des dispositions qui n'étaient pas claires. Les délinquants le soupçonnaient justement d'avoir balancé et d'être un indique. Après, du coup, il s'est radicalisé et il avait le souci justement de ne montrer pas de blanche. C'est ce qu'il se dit. Après, du point de vue de la communauté juive, il y a des gens qui légitimement se disent les Français, une partie de la France ne nous aime pas. Il y a une tradition antisémite dans une infime partie de la France, mais elle existe. Est-ce qu'il n'y a pas, justement, une forme de règlement de compte par l'islamisme interposé entre la France, une partie de la France d'extrême-droite pure, parce que l'extrême-droite pure est antisémite, et justement, est-ce qu'on ne manipule pas, à défaut de… comme on ne peut pas dire qu'on n'aime pas les Juifs parce qu'aujourd'hui… Il y.
A la sous-traitance, on sous-traite l'antisémitisme.
Voilà, donc si tu veux, il y a un niveau de confiance qui est limité, et en fait, tout le monde y gagne dans cette affaire, parce que les islamistes tuent les Juifs, L'extrême droite française se dit, vous voyez finalement, nous on est judéophile mais on a un ennemi commun, c'est les arabes qui nous menacent tous. Et puis les israéliens quelque part se disent, vous voyez finalement vous n'êtes pas en sécurité, revenez en terre d'Israël, nous au moins on va veiller à votre sécurité. En fait, il y a un jeu de dupes dont le seul perdant, en réalité, c'est l'Arabe de France, soyons clairs. Mais de toute façon, on a ce rôle-là. Je pense qu'on le porte très bien depuis très longtemps. Mais il y a un moment où il faut être plus intelligent. Moi, je suis ouvertement judéophile. Ce n'est pas que je suis pro-israélien ou quoi que ce soit. Il faut faire la part des choses. J'ai un regard critique sur l'actualité proche orientale, mais un juif de France, c'est mon frère. Liberté, égalité, fraternité. Donc, t'es juif, t'es français, t'es mon frère. T'es catholique, t'es français, t'es mon frère. T'es musulman, t'es français, t'es mon frère. Voilà, tout simplement.
Merci de le rappeler, parce que ce n'est pas des propos qu'on entend tous les jours.
Normalement, c'est l'évidence. Mais quand tu écoutes Jean Messia, je n'ai rien contre lui. Il a sa liberté de parole. Mais il y a des gens qui œuvrent à la déstabilisation, à la séparation entre les gens en France, alors que normalement, la télévision publique, le service public, ça devrait servir à consolider les valeurs républicaines. Et on a eu Zemmour deux heures par soir pendant quatre ans. À un moment, tu te dis, attends, qu'est-ce que vous voulez ? Vous voulez qu'on aboutisse à la guerre civile ? Vous voulez qu'il se passe des Bruxelles tous les jours ? À un moment, c'est quoi le délire ? Donc bon, moi je pense que toi, comme moi, on en a déjà discuté en privé, on est bien seul dans ce combat, objectivement. Tout est devenu marché aujourd'hui, la déradicalisation, on a bien vu ce que ça a donné avec le fonds Marianne. Donc aujourd'hui, est-ce qu'on n'est pas en train de récolter les fruits, justement, de cette corruption tous azimuts à laquelle on a dû faire face ?
Oui, pour la déradicalisation, tu sais, moi j'ai travaillé dessus, la déradicalisation, sur des vidéos qui faisaient jusqu'à un million de vues, qui n'étaient même pas monétisées. Et j'étais en train d'éradicaliser les jeunes en leur expliquant justement un certain nombre de fondamentaux qui étaient utilisés par les réseaux, qui sont toujours utilisés par les réseaux qui les recrutent, par les gens qui les embobinent. Et je connais ce discours parce que j'ai grandi justement dans une Algérie à une époque où nous avions ce genre de groupe, la décennie noire en Algérie, même si je suis parti au début de celle-ci. Mais effectivement, j'ai appris par derrière qu'il y a des gens qui s'en font un argent fou. en allant capter justement ces finances de déradicalisation.
Ouais, il faisait 50 vues, toi tu faisais un million de vues, et puis les vidéos de Sifaoui et du groupe, l'assaut un peu fantoche de Macroniste, qui faisait 50 vues. Et la vidéo, bilan de la vidéo, coût de la vidéo, 200 000 euros. À un moment tu te dis, moi j'ai eu à peu près la même mésaventure que toi à partir de 2015. Voilà, je n'ai rien contre, je ne fais pas une fixation sur la personne, mais j'avais fait une surveillance sur un salon de rencontre publique qui était organisé par la Vitrine des Frères Musulmans en France, et on avait un prédicateur qui s'appelle Nabil Enasri. Publiquement, il s'exprime comme ça devant une assemblée, il dit « il ne faut pas sous-estimer la dimension héroïque des jeunes qui partent en Syrie, on peut les comparer aux Espagnols qui allaient combattre le franquisme ». Je me dis, mais attends, il est fou de dire un truc pareil. Tu as une audience devant les jeunes, tu parles et tu dis que les jeunes qui partent en série sont des héros. On était à trois mois des attentats du 13 novembre. Ils n'avaient pas encore eu lieu, mais il y avait Charlie qui était derrière nous. Et à un moment, je fais le signalement, etc. Je me bats contre tout le monde. Moi, je me fais déshabiliter. On me dit, ah non, c'est bon, vous ne pouvez pas rester au service. Et ce mec-là est reçu, je crois qu'ils organisent une réunion en juillet de l'année d'après, donc il avait déjà tenu les propos, et il est invité en préfecture comme représentant de l'Islam de France. Et là aujourd'hui d'ailleurs, il a fait une garde à vue parce qu'à priori la DGSI le soupçonne d'avoir agi pour le compte d'un état étranger, je ne sais pas lequel, il a été arrêté par le service de contre-ingérence. il a été interpellé. Donc, à un moment, la France, en fait, c'est ça. C'est-à-dire qu'elle n'a pas une politique très, très claire. Toi, tu bosses pour la France, tu bosses pour l'intérêt commun, tu te fais cartonner. Et puis, en fait, on a des gens qui sont identifiés comme des agents d'ingérence, qui bossent pour des intérêts étrangers, qui bossent parfois pour des organisations radicales, et on leur déroule le tapis rouge. Donc, tu vois, moi, je pense que, clairement, la politique publique n'est pas très claire à ce niveau-là. Je pense qu'il y en a rare, en fait, en réalité, On n'a peut-être pas envie qu'il devienne chef d'entreprise, qu'il devienne haut fonctionnaire, qu'il devienne médecin, profession libérale. Ça arrange peut-être tout le monde, finalement, qui reste dans sa cité à dealer du shit ou à prier à Allah dans la cave de l'immeuble, tu vois.
Ouais, je comprends. Question. Tu sais que je m'intéresse beaucoup à l'aviation. J'ai un canal sur l'aviation. Est-ce que tu as une idée de ce qui s'est passé avec ce pilote? Je me souviens d'un pilote qui a été signalé qui a été fiché S et qui a perdu son habilité à travailler à l'aéroport. Donc, quelque part, il a perdu son badge et ne pouvait plus aller dans un avion. Donc, il ne pouvait plus travailler en tant que pilote parce que quelqu'un l'a dénoncé en disant « je l'ai vu faire la prière dans les toilettes de l'avion ». Donc, c'est assez choquant cette histoire parce que les musulmans et encore moins les islamistes, donc les plus radicaux, ne font pas la prière dans les toilettes en général.
Alors, on va mettre les pieds dans le plat. Ce dossier-là, j'ai travaillé dessus. Il y avait deux pilotes, en fait, qui ont été déshabilités. Il y en a un qui a récupéré son badge. Alors, ils ont été déshabilités en octobre. Il y en a un qui a récupéré son badge au tribunal administratif en février. L'autre l'a récupéré, je crois, en juin dernier. Voilà. Donc, ils ont gagné tous les deux au tribunal administratif. Les accusations étaient fantoches. Alors, les éléments à charge, c'était des anciens pilotes d'Air Algérie qui travaillaient finalement pour la compagnie low cost, je crois, d'Air France. Ils avaient un collègue qui vraisemblablement avait des connexions avec les services de renseignement, un collègue blanc, français, dont on peut supposer qu'il avait des idées, ce n'était pas un électeur du Parti communiste. Il ne votait pas à l'être laguillé, globalement. Donc, il a fait des dénonciations calomnieuses où il expliquait que les types ne faisaient pas la bise aux femmes. En fait, c'était de l'ordre de la pratique religieuse. La barbichette naissante, la prière, on ne fait pas la bise aux femmes. Et il s'enfermait dans les toilettes à des heures qui pourraient correspondre aux heures de prière. Donc, n'importe quelle personne qui connaît un minimum, je veux dire, les modalités de la pratique islamique sait qu'on ne trie pas dans les toilettes. C'est un lieu qui est On ne parle même pas dans les toilettes, c'est un lieu qui est considéré comme impur, et donc on fait la prière dans des lieux qui sont propres. Et d'ailleurs, il y a même une notion qu'on appelle la prière du voyageur, qui dispense les musulmans d'accomplir la prière s'ils sont en voyage, s'ils sont éloignés à plus de 50 km de leur domicile, etc. Ils sont dispensés de prière. Globalement, hache caricature, on ne va pas rentrer dans les détails, Donc, toutes les accusations étaient mensongères. Donc, du coup, le tribunal administratif, effectivement, a débouté la DRPP, parce que c'est la DRPP qui gère la plateforme Aéroports de Roissy. Et effectivement, il y a un gros préjudice. C'est-à-dire que, bon, maintenant, ils peuvent toujours se retourner en dénonciation calomnieuse, demander un préjudice, etc. Mais, en fait, ce qui a été détruit, tu sais, c'est un petit peu comme cette affaire, tu sais, quand on parle de la boulette de papier, comme ça, que tu prends et puis que tu remets. Tu ne peux jamais la lisser comme elle était. Moi c'est pareil, à un moment, quand j'ai dérangé dans la police, on a commencé à dire « il ne boit pas de champagne, il ne mange pas de porc ». Il y a des gens qui ont lancé la rumeur que j'avais été viré de la police, alors que non, moi je suis toujours fonctionnaire de police. Mais quelque part, les rumeurs, comme ça, quand elles sont distillées avec la haine, c'est difficile après de rétablir, tu passes ton temps à justifier. T'es obligé à un moment de résilier, c'est-à-dire de faire preuve de résilience et de continuer ta vie, mais ça laisse des traces quand même. Il en reste toujours.
Oui, je te comprends. Tu sais que, par exemple, je ne fais pas la bise aux femmes. On pourrait me signaler pour ça. Je ne sers pas la main aux femmes. Je ne suis pas islamiste. Si c'est elle qui initie, si c'est elle qui initie ce geste, je l'accepte de bonne grâce. Mais par contre, jamais de ma vie, par principe, je ne vais aller faire la bise à une femme ou donner ma main à une femme en initiant moi le geste. Donc, potentiellement, Je suis un islamiste en puissance et un fiché S.
Alors en fait, oui, la bise, effectivement, je suis d'accord avec toi. Des fois, c'est simplement que tu arrives au boulot le matin, si tu as 20 collaboratrices, tu n'as pas envie de faire 80 bises à tout le monde. Et puis, il y a une question d'hygiène, c'est-à-dire que tu as ton espace personnel, il y a le Covid, tu vois, il y a tout ça qui a changé un peu nos habitudes. Moi, je ne sers plus la main, maintenant, je checke avec le poing ou avec le coude. Parce que c'est vrai qu'en y réfléchissant bien, en lasser la main de quelqu'un, si je le fais, je prends l'habitude de me désinfecter. Et de la même manière, je sais que vous, dans le modèle anglo-saxon, vous ne serrez pas la main tous les jours, vous serrez la main pour conclure une affaire ou au moment d'une première rencontre. Ce n'est pas dans votre culture de serrer la main tous les jours. Donc, on peut considérer que dans d'autres cultures, la culture asiatique où on va se saluer à distance, s'incliner, la culture musulmane, il y a des différences, des divergences de vues qu'il faut pouvoir accepter. C'est la différence entre cette fameuse notion d'intégration, d'assimilation, On peut aussi garder un petit peu de sa culture d'origine sans, sous réserve, que ce soit pas perçu comme agressif pour la personne justement qui s'en accommode. Voilà, je pense. Mais, tu sais, c'est crispé, ces débats. C'est pas très détendu, quoi. Moi, je trouve que c'est merde. À un moment, si t'as envie de boire du jus d'orange, tu vois, t'es pas obligé d'être assimilé comme ça à l'islamisme radical. Tu vois, il y a un moment où ça va, quoi.
Ouais, absolument. Et donc, les deux pilotes qui ont été dénoncés, les deux ont été blanchis. Et les deux, on peut reprendre leur bac d'infini ?
Oui, bien sûr. Oui, oui, tout à fait. Et les deux, on peut. Et en fait, tu vois, ce qui est curieux, c'est que ça tombe toujours sur des profils émancipés, ces choses-là. Les mecs, ils ont fait dix ans d'études après leur bac, ils ont fait des formations incessantes, etc. On les tacle. J'ai un médecin qui m'a écrit, un médecin spécialiste, un chirurgien qui s'est fait radier par l'ordre des médecins suite à des signalements, justement, tu vois. C'est pareil, donc il m'a contacté. J'ai des gens comme ça, dans des entreprises, des professeurs, des enseignants, des policiers. On a eu un exemple récent avec un type qui avait une tâche sur le front. Il a été convoqué au RG, donc ils lui ont dit « pourquoi t'as une trace sur le front ? » Il a dit « parce que je fais cinq fois ma prière par jour ». S'il avait dit « parce que je fais du kickboxing », on aurait dit « ah, vous voyez, Takia, il raconte, il dit pas la vérité, donc on l'aurait déshabilité ». Il a eu l'honnêteté de dire « je suis religieux, je suis pratiquant, mais je suis républicain et j'ai envie de devenir policier ». On dit « ah, mais vous voyez, finalement, il se cache même pas, il avoue qu'il est islamisé ». Donc à un moment, Bon, je pense que ça va plus vite de dire le concours est ouvert sous certaines conditions, être de nationalité française, avoir moins de 23 ans, être titulaire d'un diplôme de niveau 4, et si possible, ne pas être musulman. Tu vois, tu rajoutes une ligne et comme ça, tu gagnes du temps, tu gagnes de l'énergie. D'accord, question aujourd'hui.
J'aimerais te poser une question. Est-ce que le dispositif juridique suivant existe ? Mettons, t'es flic ou t'es hargé, tu es en train de surveiller quelqu'un. Déjà, c'est quoi le poids de cette surveillance ? étranger ou pas étranger, quelqu'un qui est clairement soupçonné de vouloir commettre un attentat. Est-ce que c'est facile à surveiller? C'est quoi le poids de cette surveillance? Ça coûte combien?
C'est énorme parce qu'en fait, au départ, ça commence toujours par un fichage S. Après, tu as des niveaux de surveillance qui sont croissants, sauf si vraiment on a un signalement extrêmement alarmiste. Parfois, ça peut venir de l'étranger, par exemple, où on vous dit attention. Donc, globalement, au début, c'est les fadettes. La surveillance technique, c'est la facture détaillée. Il a appelé Marie-Louise, il a appelé son gynécologue, la gynécologue de sa femme, son podologue, etc. On fait un détail des gens avec qui il est en correspondance. Après, il y a des écoutes. Après, il y a les éléments invasifs, c'est-à-dire l'activation du micro et de la caméra à distance. le IMS e-catcher, etc. qui sont un.
Peu plus... Activation de quoi à distance ?
Activation des caméras, ça a été validé il y a quelques mois, on peut activer les caméras et les micros des smartphones à distance. D'accord.
Ce n'est pas une théorie de la conspiration ?
Non, non, non, ils le font. Le IMSI Catcher, pendant les manifs qui a été déployé, alors qu'à la base c'était un élément qui servait uniquement à contre-terrorisme, maintenant ils l'utilisent pour le stupe, pour le proxénétisme, pour pas mal de choses. Pour les manifs également, la subversion dans les manifs. Après, tu as la surveillance, alors ils peuvent sonoriser les véhicules, ils te mettent un micro dans le véhicule qui retransmet en instantané tes paroles. Ils sonorisent les domiciles et ils peuvent même mettre des caméras dans les domiciles. Tu vois, genre le schéma le plus simple, c'est on remplace une ampoule, tu vois, et maintenant c'est miniaturisé, donc ils peuvent le faire sans difficulté. Mais ça, ils le font pas pour n'importe qui. Il faut vraiment qu'il y ait une suspicion très, très forte de préparation. Et en fait, il faut savoir qu'en droit, le début de préparation d'une action ou d'un délit ou d'un crime ou d'un délit, peut permettre justement l'interpellation, la coercition. C'est-à-dire qu'à partir du moment où tu vas acheter le couteau, ou le couteau, tu peux toujours dire que c'était pour faire de la cuisine, pour couper de la viande, donc c'est pas probant, mais tu vas acheter une arme, tu te procures une arme, etc. Ça, il y a celui qui te la vend, il est complice, et toi, à partir du moment où tu fais l'acquisition d'une arme, c'est un début de préparation, et donc à ce moment-là, tu peux être inculpé, tu vois. Et c'est des peines assez lourdes, c'est du 20 ans, de la perpétuité, etc. Donc il faut faire, bon voilà, Moi, je n'ai pas dit qu'il faut faire attention, évidemment, qu'il faut faire attention, mais il ne faut pas avoir de mauvaises idées dans notre état. Et puis, il faut être transparent vis-à-vis de la police ou de la justice, c'est-à-dire que les armes, elles sont en vente libre sous certaines conditions. Si tu veux acquérir une arme pour défendre ton domicile, je l'explique d'ailleurs dans mon livre, les 100 conseils pour votre sécurité. On peut acquérir une arme en toute légalité, tu vois, et s'il suffit de la déclarer, on ne peut pas… Tu vois, il y a des conditions, mais il ne faut pas jouer avec le feu. C'est une période un peu sensible, voilà, tu vois.
D'accord.
Si t'as plus de 130 cm de barbe et que globalement t'as envie de rénover, on va dire, ta batterie de cuisine, t'as envie d'acheter des couteaux à viande, etc. Bon, si effectivement on t'a prévu de passer devant la synagogue, tu fais un petit détour d'une centaine de mètres, tu fais le tour du pâté de maison, mais passe pas devant la synagogue avec tes couteaux et ta barbe, quoi, voilà. Ça va être mal vu.
Ouais, je comprends. Il y a un Saoudien qui a été arrêté aux États-Unis par l'FBI parce que, Il avait téléphoné à un copain, il lui a dit j'ai préparé un dessert, il lui dit a moi j'ai préparé une sorte de shorba, ben ils se sont dit on se rencontre au même endroit, puis on va manger ensemble. Donc il lui a dit écoute je prends ma shorba et je viens. Il a pris sa cocotte minute, avec sa shorba, il est parti rencontrer son ami. Un voisin l'a vu, il a appelé la police, ils l'ont arrêté. Il a passé trois jours chez eux, finalement ils l'ont relâché, ils ont même rendu la cocotte minute, mais le flic avant de laisser partir, il lui a dit faut faire attention avec ces choses là.
Ouais. Voilà. Oui, parce qu'en fait, alors ils devaient être sur écoute, à mon avis, comme ça, instinctivement. Tu vois, il y a des choses, en fait, en bossant dans le renseignement, tu lis entre les lignes. Je pense qu'ils devaient être sur écoute et ils ont dû interpréter le fait, quand il y en a un qui parlait de la chorbage, ramène le dessert, ils pensaient que c'était peut-être, tu vois, un langage codé pour, tu vois, faire une connerie. Non, mais c'est ça, tu vois, par exemple, vendredi dernier, quand ils ont arrêté le frère du terroriste, moi, je pense que le frère était fiché S aussi, c'est évident, tu vois, mais Parce que tu peux pas interpeller quelqu'un, quand bien même c'est le frère d'un terroriste, tu peux pas l'interpeller sans aucune base légale. Donc je pense qu'il était fiché S, et que comme ils ont retrouvé une communication dans le téléphone du suspect, ils ont interpellé l'autre dans la foulée, tu vois. Mais voilà, c'est des choses que tu sens comme ça entre les lignes, ouais.
Ouais. En tout cas, dernière question, est-ce que ça serait envisageable en France de créer une sorte de système qui permettrait de connecter cette partie administrative du fichage S à une partie juridique et qui fera que, par exemple, l'administration a les moyens d'expulser un fichier S étranger qui commence à coûter cher au pays en termes d'écoute, en termes de surveillance, en termes d'ampoules, d'activation à distance, téléphone et tout ça. Est-ce que c'est envisageable ?
Alors, en fait, le problème, c'est les libertés fondamentales. Ce n'est pas un problème en réalité, heureusement, d'ailleurs. Donc, il y a le défenseur des droits. En fait, ça existe. Le défenseur des droits, c'est en fait un regroupement de quatre anciennes institutions. Il y avait le défenseur des enfants, il y avait la HALDE qui luttait contre le racisme, il y avait la CNDS qui luttait contre les dérives de la police, etc. Et puis, il y avait une quatrième institution, je crois, qui défendait le droit des femmes. Bon, globalement, ils chapotent tout ça et ils sont censés vérifier et mettre des rapports sur la légalité des agissements de la police et autres. Et donc, une personne qui serait injustement... Alors, normalement, Fichez, tu ne le sais pas. Donc, tu peux être surveillé un certain temps et puis, au bout d'un moment, ils abandonnent les surveillances ou ils les continuent. Si tu n'as rien à te reprocher, tu n'en entends jamais parler, a priori. Donc ils ne peuvent pas arriver et dire qu'on t'a surveillé pendant quatre ans, on n'a rien trouvé sur toi, mais on a décidé que tu devais dégager. On dira à la personne, effectivement, on t'a surveillé quatre ans, on n'a rien trouvé, on ne te fait pas confiance, donc on a décidé que tu partais quand même. Et à ce moment-là, lui, il va dire, oui, mais puisque vous n'avez rien reçu, pourquoi est-ce que je partirais ? Il va saisir la justice, et dans 90 % des cas, il va ressortir victorieux, en fait, je veux dire, il va sortir, l'administration va être déboutée, en fait, si tu veux, de sa demande d'expulsion, globalement. Voilà, c'est un petit peu ça. Parce que, tu regardes le cas de l'imam Ik-Yusen, par exemple, bon, c'est la Belgique qui l'a expulsé au final, je ne sais pas si c'est une bonne chose ou pas, ils l'ont fait à la demande de la France, mais dans le dossier, il y avait des éléments concrets, si tu veux, des discours antisémites, etc., mais qui étaient tenus, qui étaient prescrits. En fait, il y avait eu prescription, c'est-à-dire qu'on ne pouvait plus le poursuivre pénalement et l'emprisonner pour ça. Il n'empêche que les faits sont caractérisés. Du coup, ils ont pris une décision administrative en disant qu'on ne peut pas. Effectivement, il y avait une base matérielle, c'est-à-dire qu'on ne peut pas le poursuivre pénalement, mais on considère que compte tenu de son audience, de la façon dont il se présente au public, etc., il représente un danger pour l'ordre public. Et donc, ils l'ont expulsé a priori. Là, je pense qu'effectivement, ça va se confirmer. Mais il y a eu d'autres cas, comme l'imam Bouziane de Lyon, je ne sais pas si ça te dit quelque chose, s'était intervenu au début des années 2000, où il parlait de la polygamie, et puis il disait que globalement, on pouvait frapper sa femme selon les dispositions du courant, etc. Je crois qu'il avait, lui, il était revenu, par contre. Il avait été interviewé par le Lyon Mag à l'époque. Il avait prononcé un recours et je crois qu'il était revenu. Après, c'est de la réelle politique, quoi. On fait des trucs, on appelle la presse, on met des menottes au mec, on met un projecteur dessus, on appelle, les gens prennent des photos, tout ça. Il revient 15 jours après, mais en fait, le ministre, il a eu ce qu'il voulait, donc le mec, il se fait oublier, il arrête de respirer, il va se tairer dans un sous-sol, et puis voilà, quoi, tu vois, globalement.
Juste pour gagner des points politiques, au final.
L'islam est devenu un enjeu, parce que ça ne coûte pas cher, en fait. C'est une communauté sur laquelle tu peux te taper ad vitam aeternam, non seulement en tant que politique, je veux dire, tu peux te taper dessus, tu risques rien, parce que c'est pas une communauté très revancharde. Au contraire, il y a même des gens qui viennent t'aider, te dire « ouais, t'as raison, moi je suis musulman, mais il y en a marre des islamistes », etc. Tu vois, c'est la seule communauté où ça se passe un peu comme ça, même s'il y a des vrais problèmes, il faut pas le nier. Et à côté de ça, en plus, bon, t'as aussi un marché de l'islamophobie, c'est-à-dire qu'il y a clairement... Alors moi, je prends la responsabilité de ce que je dis, des élus de gauche. Alors il n'y a pas que des insoumis, il y a des insoumis, mais il y a aussi des communistes, il y a des socialistes, qui font leur marché là-dessus, c'est-à-dire qui savent qu'il y a un communautarisme qui gangrène les quartiers populaires de France, qui soutiennent ouvertement, je dirais, le communautarisme musulman et l'islamisme, ce qui n'est pas la même chose, et qui font leur marché dessus en disant, moi, ce que je veux, c'est être réélu, renouveler mon mandat. Je sais que ce n'est pas bien, que ça ne correspond pas aux valeurs de la France, mais de façon réaliste, je fais ce pari-là et ça fonctionne. Regarde, aujourd'hui, Mélenchon, c'est pour moi, un employé, un porte-parole de la communauté musulmane. Moi, je le vois comme ça. C'est-à-dire que je ne suis pas sûr que lui-même pense ce qu'il dit actuellement, puisqu'il y a dix ans, je l'ai entendu dire que le voile était un torchon. Et là, en fait, il s'est comporté comme un employé. C'est-à-dire qu'il y a eu un revirement de situation où finalement, il dit exactement le contraire parce qu'électoralement, c'est porteur. Et donc, tu vois, Tu ne peux rien lui reprocher. Il te dit, moi, je suis cohérent avec moi-même, j'ai un public, j'ai un électorat, je porte la voix de mon électorat. Il y a dix ans, ils ne votaient pas pour moi, donc je n'avais aucune raison de dire ce qu'ils pensaient. Aujourd'hui, je les caresse dans le sens du poil. Après, ce n'est pas tous les insoumis. Il y a François Réfain, que je trouve plutôt cohérent, à contrario justement de Mélenchon sur ces questions-là. Mais il y a des élus de gauche qui ouvertement soutiennent le communautarisme et l'islamisme.
Par clientélisme tout simplement.
Parce que c'est le seul moyen de gagner, c'est une réalité démographique. Il y a une ville où on accusait dans le Val-d'Oise un élu d'avoir été fiché S, carrément le mec il est devenu maire, il est passé de fiché S à maire. Il y a une réalité démographique qui t'amène à ça. Je veux dire, c'est comme ça.
Oui, donc on est en train de parler là de ce que Bernard Lugan appelle l'ethno-mathématique, qui lui permet d'expliquer énormément de conflits en Afrique, où c'est un région ou un endroit avec une ethnie majoritaire qui va voter non pas sur des considérations politiques, mais qui va voter pour son ethnie quelque part.
C'est ça, de toute façon, oui. Regarde, c'est ce qui s'est passé en Irak. L'Irak était la majorité chiite, 70% de chiites. La minorité sunnite a collaboré avec les Américains pour aller faire la guerre à l'Iran à un moment. Donc, on se doute bien que sur les régions frontalières et pour les 70% de chiites irakiens, il y avait quand même un sentiment de revanchard. Et à la fin, ça a dégénéré en guerre civile, tu vois, donc quelque part. Moi, je ne dis pas... En fait, je pense que les deux parties, alors que ce soit les communautaristes ou les républicanistes, entre guillemets extrémistes, j'invente des mots là, je pense qu'ils sont tous les deux dans leur tord. C'est-à-dire qu'à un moment, il faut en prendre en compte la réalité musulmane, démographique du pays. Je veux dire, quand un mec est pilote d'avion, s'il choisit d'être musulman pratiquant, il faut lui foutre la paix, s'il n'y a pas de danger caractérisé, il faut arrêter de montrer les gens du doigt comme ça. Et effectivement, si on veut, à ce moment-là, faire quelque chose d'efficace, la police, elle sert à réprimer la délinquance, sous toutes ses formes, trafic de stupéfiants, immigration illégale, ça fait partie des chantiers, il ne faut pas se mentir non plus, et effectivement radicalisme, terrorisme, etc. Mais quand il y a des musulmans qui vivent en adéquation avec la République, qui veulent s'émanciper sur le territoire, il faut les laisser tranquilles, il faut arrêter de faire ce qu'ils font actuellement. Il y a quand même un soupçon assez pesant de racisme à la longue qui commence à se confirmer.
Merci, merci beaucoup pour ton amitié, merci d'avoir répondu présent à cette invitation. Où est-ce qu'on peut te trouver ? T'as des canaux, t'as un Facebook ?
Alors moi j'ai un canal Facebook, alors qui est pour le moment, comment ils appellent ça ? Je sais plus, ils l'ont un petit peu éteint.
Ils sont à Cellette.
Ouais voilà c'est ça. J'ai une chaîne YouTube sur laquelle on peut se connecter, il y a ma photo dessus que je vais activer. Et puis je suis également sur TikTok, Noam9cube, comme 93 on appelle ça le 9cube. Voilà, donc je ne suis pas trop TikTok pour le moment, mais je vais le développer aussi parce que voilà. Mais globalement, moi, en tout cas, je suis tes vidéos avec grande attention. Tu le sais depuis très longtemps et puis on travaille dans le même sens. On est ensemble.
Merci beaucoup.
Merci. À bientôt.
À bientôt.
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