
A man recounts his father's sudden death in an Algerian hospital and the overwhelming community response. Neighbors erected a tent, provided food, waived fees, and organized the burial within a day, following Islamic custom. He reflects on how immigration means risking missing these final moments, and how communal rituals in Algeria differ from European practices.
Mes amis, bien le bonjour, je rentre d'Algérie, mon père est mort, et je voulais partager avec vous un petit peu comment j'ai vécu cela. Vous savez, ce canal c'est aussi mon blog personnel, donc je partage des choses personnelles quand elles ont un impact, quand elles ont une valeur commune, une valeur pour les autres. Si c'était juste pour moi, face à Instagram, je ne vous aurais pas fait aimer, puisque Je pense que ça a une portée plus large, je partage avec vous. Alors j'ai été en Algérie, ça n'avait rien à voir avec la santé de mon père, il avait une santé chancelante depuis quelques temps, mais avec des hauts et des bas, comme beaucoup de personnes âgées, donc je n'avais pas de crainte particulière par rapport à sa vie. Je suis arrivé en Algérie, et puis il a été hospitalisé immédiatement après mon arrivée. façon de dire dix minutes après mon arrivée. Je suis arrivé de l'aéroport, je n'ai salué personne. Quand je suis arrivé, j'ai compris qu'il y avait un problème et à partir de là, il est parti à l'hôpital. Il est décédé à l'hôpital. On a reçu un appel et puis je passe les détails. Je ne raconte pas les expériences des autres, je raconte que la mienne. Une femme de ma famille a pris l'appel et elle m'a passé le téléphone. Il y a un truc en Algérie, vous savez, quand quelqu'un... Enfin, c'est pas seulement en Algérie, c'est partout. Quand quelqu'un est à l'hôpital, on a toujours peur de ce fameux appel. L'appel qui dit, c'est fini. Et souvent, vous savez en Algérie, nous sommes un pays où les rôles des femmes et des hommes sont extrêmement polarisés. Il y avait, pour vous donner une idée, une amie à la famille, il y avait son mari qui était à l'hôpital, et il est décédé. C'était l'année dernière, il est décédé. Quelqu'un, un médecin, a appelé. Quand elle a décroché, il lui a dit, est-ce qu'il y a un homme avec vous ? Elle a dit oui, il a dit, passez-le moi. Il a dit ça à l'homme. On n'annonce pas dans ce pays, on n'annonce pas la mort de quelqu'un par téléphone à une femme. C'est une violence, une violence très forte. Tu ne peux pas le faire en tant que mec. Tu ne peux pas faire ça à une femme. Alors vous me traitez de misogyne ou ce que vous voulez, mais personnellement, je ne le ferai pas. Je ne le ferai pas. Je demanderai à parler à un homme. En tout cas, l'homme, c'était moi. On m'a parlé, m'a dit qu'il était décédé et j'ai eu la lourde tâche de l'annoncer cela. Dans la demi-heure, on est parti vers le domicile de mon père parce qu'il fallait organiser justement l'après. Il fallait organiser très rapidement ses obsèques. Parce que beaucoup de monde allait apprendre, ils allaient venir. Il fallait être là pour les accueillir. Il fallait aussi organiser son enterrement. Vous savez, en Algérie et dans la société musulmane en général, on enterre très vite, vraiment très vite. Alors, j'ai vu des funérailles ici, comme par exemple ceux de ma fille où son enterrement a pris du temps. J'ai envie de vous dire que quand l'enterrement se passe vite, ça ne te laisse pas le temps de tourner en rang en fait. Ça veut dire que tu es tout de suite projeté dans de l'action parce que tu dois l'enterrer vite. Donc tu es projeté dans de l'action et cette action va te sortir de ton marasme, de ta douleur parce que tu dois Tu dois travailler parce que travailler dans le sens où quand quelqu'un meurt, ton dernier devoir est de l'enterrer. Ton dernier devoir envers une personne, c'est de la ramener jusqu'à sa tombe. C'est une manière. C'est littéral ce que je suis en train de vous dire. Je vous en dirai plus en une minute. Si la personne n'est pas enterrée tout de suite. On a cette phase entre le décès et l'enterrement, qui parfois en Europe durait 10, 15 jours, 3 semaines, qui est vraiment, je trouve, très difficile pour la famille qui vit dans l'attente de cet enterrement. En Algérie, typiquement, je vous donne un exemple, il y a une voisine à nous, une gamine, une ado, je crois, elle avait 16, 17 ans, Elle est décédée un matin, un accident, un accident domestique extrêmement grave. Elle manipulait de l'huile bouillante, si vous voulez tout savoir. Elle a été brûlée, elle est morte tout de suite. Elle est morte, je crois, vers... Quoi ? 9h30 du matin ? 9h30 du matin, elle est morte. Vous savez quand est-ce qu'elle a été enterrée ? À 14h le même jour. Et c'est quelque chose... Ça peut être très, très fort, très violent, parce que tu vois que potentiellement, t'es là, Tu peux être dans ta temple dans 3 ou 4 heures. Aussi vite que cela. A n'importe quel moment de la vie. Non, c'est vrai que ça crée une autre relation à la vie, à la mort, à ces choses-là. La mort fait partie de la vie, elle reste un petit peu omniprésente avec nous. Mon père, on a appris son décès vers 17-18 heures. Grosso modo, on a appris vers 17-18 heures. Et puis, il a été enterré le lendemain. Le lendemain vers midi. 14 heures après la prière du vendredi, si vous voulez. Et en fait, laisse-moi vous raconter quelque chose par rapport à l'aspect communautaire de ces choses-là en Algérie. On a appris son décès, on est monté dans deux voitures et on est parti vers chez lui. On est arrivé vers chez lui, ou chez lui, environ une demi-heure après avoir appris son décès. Chez lui, à la maison, il n'y avait personne en ce moment-là, il était vide. Nous nous sommes arrivés. Il y avait à peu près, j'ai vu à peu près 8 ou 9 hommes qui étaient debout là, en train de parler. C'est garé, on a ouvert les portes. Puis, moi je ne pouvais pas savoir qu'ils étaient là pour nous parce qu'on venait d'avoir la nouvelle. Ça c'est des voisins. Je descends, ils viennent vers moi, ils présentent leurs condoléances. Ils avaient appris. Je ne sais pas comment, je ne saurais jamais. Ils ont appris. Et puis, ils se sont appelés les uns les autres. Ils sont descendus. Ils ont vidé le parking. Ils ont appelé tous les gens qui avaient des véhicules. Là, ils leur ont demandé de dégager leur véhicule. Ils ont commandé une tente. Et puis, tout de suite, ils m'ont dit, après avoir présenté leur condoléances, on a vidé le parking, on a commandé une tente. Elle va arriver bientôt, là, dans quelques minutes. On commencera à la construire. Je dis je peux vous aider. Non, tu fais rien. Rentre chez toi, rentre chez toi et surtout, ne cuisine pas, ne fais rien. Il y a du monde qui va venir. On va s'arranger. Nous, les voisins, on va tout cuisiner pour vous. On va cuisiner pour vous. On va cuisiner pour vos invités, qu'ils soient dans la tente dehors, qu'ils soient chez vous à l'intérieur. Pendant les trois prochains jours, vous faites strictement rien. On fait tout des voisins que je ne connais même pas de nom. Ce n'est pas des voisins avec lesquels on est nécessairement intime, c'est juste des voisins qui ont entendu qu'un de leurs voisins est mort, ils sont descendus, ils ont voulu aider. En fait, c'est incroyable parce qu'il y a ce sursaut communautaire. Alors c'est vrai que des fois, ce côté communautaire de la vie dans les sociétés musulmanes, et pesant quand on veut vivre son individualité, quand on est dans la vie de tous les jours et on a envie de vivre son individualité. Et puis, on sent ce poids pesant de la société autour de soi. C'est vrai, parce que c'est une société qui a beaucoup de règles, beaucoup de codes. Ça a un petit peu anarchie comme ça en surface, mais il ne faut pas s'y fier. C'est très, très codifié. La relation, la vie, tout ça, il faut connaître ces règles. Et en fait, c'est Quand on a une tragédie, quand on est frappé par une tragédie personnelle, qu'on a une très mauvaise nouvelle et qu'on arrive et on trouve tout ce monde autour de soi parlant. C'est une bouteille d'eau algérienne, je l'ai ramenée dans l'avion et par hasard, elle est là dans la voiture, je l'ai mise. En fait, soudainement, tu as beaucoup de gens qui se réunissent et par la suite, les membres de la famille sont arrivés et tout et tout, puis commence à avoir de plus en plus de monde. La solidarité a été absolument extraordinaire. On a eu, juste pour vous donner un exemple, le lendemain, quelqu'un a ramené un ami de la famille, a ramené un mouton, une carcasse de mouton. Il a acheté, je ne sais pas où, il l'a ramené. Il a ramené une carcasse de mouton. Le problème, c'est qu'il fallait le découper. Découper une carcasse d'un animal proprement et tout pour l'utiliser plus tard pour cuisiner, ce n'est pas évident. Donc, on l'a emmené chez le boucher pour qu'il nous la découpe. Normalement, il facture 1500 dinars la découpe. Il nous a dit, c'est vous les funérailles ? On a dit oui. Ok, vous n'occupez pas, je le fais gratuitement. Juste allez-y, revenez plus tard. Revenez dans une heure, ça sera prêt. Vous voyez ce que je veux dire ? Il l'a fait gratuitement. Plus tard, une citerne d'eau. Une grosse citerne d'eau. Parce que vous savez, en Algérie, comme dans beaucoup de pays africains, on a des problèmes d'eau. Ça veut dire que tout le monde, généralement, on a des bâches d'eau à la maison. Et puis, en général, ça se remplit. Comme ça, quand l'eau est coupée dans le réseau principal, il y a des pompes qui la fournissent. dans le robinet. Généralement, ça marche très bien. Tu ne sens pas qu'il n'y a pas d'eau, parce que quand tu veux prendre une douche ou autre, tu ouvres l'eau, elle est là. Soit elle vient du réseau principal, normal, public, soit elle vient de la citerne. Mais tu ne verras pas, toi, la différence en tant qu'usager. Sauf que là, quand il y a beaucoup de monde, l'eau est consommée très vite et elle est partie. Donc on a ce qu'on appelle des vendeurs d'eau, alors ils viennent avec des citernes, ils ont des camions ou des tracteurs, ils viennent avec des citernes, ils te passent un tuyau, tu le mets dans la citerne, et ils te déclenchent la pompe, et ils te remplissent ce que tu veux, ils vont chercher ça à la source. Le vendeur d'eau est arrivé, on a rempli la citerne, d'habitude il prend je crois 1 500 ou 1 400 dinars, il a dit « Ah c'est chez vous, je vois que vous avez un fundé vénéraire ». Qu'est ce qu'il a fait? Il a, il a, il a fait moitié prix. Oui, il y a ce soutien constant de gens qu'on ne connaît pas. Ça va très loin. J'ai été au cimetière le matin de l'enterrement de mon père. Il y avait quatre gars avec leur chapeau contre le soleil en train d'enterrer, en train d'enterrer, en train de creuser à la pelle, creuser la tombe. J'ai voulu les payer. Mon dénon, c'est bon, c'est réglé. Quelqu'un a payé qui? Je ne sais pas. Quelqu'un les a payés. Je ne sais même pas. C'est à dire que les gens C'est pas quelqu'un qui a payé en montrant l'argent, en disant oui, c'est moi. De nos verres, moi, oui, j'ai payé. Non, non, non. C'est quelqu'un. Il a été. Il a payé. Il a dû vous refuser. Ça peut être quelqu'un qui nous connaît ou quelqu'un qui nous connaît même pas. Parce que des fois, tu peux avoir quelqu'un aussi. Tiens, il voit ces gens en train de creuser. Il va les voir. Il va leur dire ça. C'est combien pour creuser là? Ils vont dire tant. On vous a payé la famille? Non, pas encore. Tenez, je vous paye. Et puis il part. Je ne sais même pas qui c'est. Il y a cette Il y a cette générosité en fait, il y a cette générosité qu'on va retrouver. Autant ils sont des fois atroces quand tu vis avec et je suis le premier à les critiquer, genre t'es à l'aéroport, tu veux sortir, il y a quelqu'un qui te coupe la file, tout ça, tu te dis c'est pas possible, quelle désorganisation. Mais autant dans les situations très dures, franchement tu vas retrouver complètement autre chose. Dans la cité où j'étais, on a construit donc la tente. J'ai perdu de l'argent parce que quand j'ai appris le décès de mon père, j'ai pris de l'argent que j'avais ramené pour mes vacances. Je l'ai mis dans ma poche parce que ça me permettait, je savais que j'allais payer des choses, je savais que j'allais faire des paiements. En fait, je n'ai rien payé pratiquement. Et puis, que s'est-il passé ? Je l'ai fait tomber. J'ai fait tomber l'argent par terre sans réaliser. Et puis le lendemain, quelqu'un qui est venu vers moi, il m'a dit, hier, t'as fait tomber de l'argent. Il y a des jeunes qui l'ont trouvé et me l'ont redonné. Vous voyez ce que je veux dire ? Dans la cité, il y a aussi des fois des codes un peu particuliers. Par exemple, quelqu'un de ma famille est arrivé, on le voit rarement, mais quand il a entendu, il est venu. Vous voyez les immatriculations. En Algérie, elles comportent les chiffres des régions. Les deux premiers chiffres, c'est la région, c'est la wilaya, c'est le département, si vous voulez. On voyait de tout. On voyait du 16, on voyait du 13, du 27, du 31. On voyait de partout des gens qui viennent de loin parce qu'ils ont entendu la nouvelle. Et en fait, quelqu'un de ma famille est arrivé et s'est arrêté devant des jeunes, il a baissé le carreau, il leur a dit oui, la famille est intelle. Il en dit, je ne sais pas, on ne sait pas où c'est. Et il a tourné, tourné, tourné dans la cité, il est arrivé même trop tard pour l'enterrement. Pourquoi ? Parce que personne ne voulait lui dire. Alors vous savez, il y a un code un petit peu naturel dans les cités où quand une voiture arrive, des gars baissent le carreau, ils te demandent au sujet de quelqu'un, la réponse, tu dois toujours dire, je ne sais pas. Toujours, parce que tu ne peux pas savoir, c'est peut-être d'un ou l'autre, peut-être les services de l'État. Donc, tu dis rien. Et plus tard, justement, il a croisé deux salafistes, s'est arrêté, il leur a dit oui. Et là, il a changé de discours. Il a dit la famille un tel qui ont des funérailles. Et là, les funérailles en fait, ils ont dit qu'on ouvrait la porte arrière. On va avec vous. Vous êtes un peu loin. On vous indique. Et puis, il est arrivé. Par la suite, on a été au cimetière pour enterrer mon père. Vous savez, je vais vous dire un truc. Quand on dit enterrer quelqu'un de sa famille proche, je parle d'un proche. C'est enterré dans le sens littéral du terme. Ça signifie que tu descends avec lui dans la tombe. Ça veut dire qu'il faut le poser dans sa tombe. Et on ne descend pas avec des cordes. On le pose physiquement, le plus doucement possible, au fond de la tombe. Et pour le faire, qu'est-ce qu'on fait ? On rentre à l'intérieur, parce que tu dois rentrer dans la tombe, et après, ils te passent le mort, ils te passent le défunt qui est enroulé dans un linceul, et tu dois le poser d'une certaine manière au fond de la tombe. Tu descends avec. Une fois que tu l'as bien positionné et tout, Tu sors, ça dépend la profondeur de la tombe, comment elle est faite et tout. Mais si tu n'arrives pas à sortir, tu lèves les bras, tu lèves les bras et il y aura des gens qui vont t'agripper, te sortir de manière figurative de la tombe parce que ce n'est pas encore ton tour. Mais tu as été avec la personne qui est proche de toi, tu as été jusqu'au bout en fait. Quand tu ramènes quelqu'un jusqu'à sa tombe et qu'après, avec l'appel et d'autres, il y a des gens qui t'aident. Tu fermes la tombe, tu as fait tes derniers devoirs envers la personne. À ce moment-là, c'est là que ton dernier devoir, tes devoirs physiques, tes devoirs directs, s'arrêtent envers cette personne. À partir de là, il ne te reste que chérir sa mémoire, s'occuper de ses proches, protéger ses intérêts, les intérêts des gens qu'il a laissés, tout ça. Ce n'est pas la fin de tous les devoirs, mais les devoirs directs envers cette personne s'arrêtent là, quand tu l'as accompagnée jusqu'à sa dernière demain. Donc voilà, mes amis, c'était... J'étais quelque part, je vais vous dire un truc par rapport à l'immigration. Quelque part, j'étais content d'être là, j'étais content d'être en Algérie quand c'est arrivé. Vraiment. Parce que ce voyage, je n'avais rien à faire avec sa santé. Comme je vous ai dit, c'est un voyage programmé de longue date. Nous qui vivons à l'étranger, nous sommes toujours, toujours à la merci d'un appel. Nous sommes toujours à la merci d'une mauvaise nouvelle. Il y a plein de gens que nous voyons, nous voyons en été, nous descendons en août, par exemple. Nous voyons des gens et puis. Nous sommes très contents de les voir et tout. On se sépare. Tu reviens quand? Je vais essayer de revenir peut être en fin d'année ou l'année prochaine. J'ai trop de travail pour revenir l'année prochaine. D'accord, je te vois l'année prochaine. Salut. Tu viens, tu ne réalises pas, tu ne le sais pas. C'est la dernière fois que tu as vu cette personne, tu la reverras plus jamais. Tu pars, tu prends l'avion, tu rentres chez toi. Les jours s'enchaînent, les semaines s'enchaînent. Un jour, il y a ton téléphone qui vibre. C'est un appel, salut. Ouais, je voulais juste te dire, tu sais, je suis désolé de devoir te l'annoncer, mais voilà, un tel est mort. Et vous savez, nous qui vivons à l'étranger, nous avons eu ça beaucoup de fois. Ma tante, par exemple, ma tante, qui était comme une mère pour moi, elle est morte en 2011. J'ai appris quand sa mort. J'ai appris qu'elle allait mal à 17 heures un jour. Il était 17 heures, 18 heures. J'ai appris qu'elle allait mal. Qu'est ce que j'ai fait ? J'ai commencé à chercher pour aller en Algérie. Il n'y avait pas moyen d'aller à 17 heures. C'était fini. Tu ne peux pas trouver une solution pour arriver le matin à moins d'avoir un jet privé. Donc, je trouvais un vol qui partait le lendemain matin, même pas vers la ville où elle était à Oran. Je trouvais un vol sur Alger. À partir de là, il fallait trouver un autre vol sur Oran. J'arrive quand je suis arrivé. Il y a quelqu'un de ma famille, celui qui l'a enterré, celui qui est descendu avec elle dans la tombe. Il est arrivé à l'aéroport. Il avait ses habits barbouillés de terre. Il avait son pantalon qui était remonté jusqu'à ses genoux. Il est arrivé à l'aéroport avec la terre de la tombe parce qu'il est venu directement du cimetière. Il venait de l'enterrer. Il est arrivé. Et puis, voilà, il m'a dit nous l'avons enterré. Je savais, c'était pas possible de faire autrement. Et puis, on l'a Il m'a emmené directement de l'aéroport à la tombe, puis elle était là et j'ai eu une trompe. Et ça, c'est notre expérience. Et il faut savoir malheureusement, quand tu veux choisir une voie d'immigration, il y a ce prix à payer. Tu payes ce prix, tu payes le prix de assez régulièrement. On t'appellera et on te dira tel est mort. C'est un ami, c'est un voisin. Alors, les amis, les voisins, c'est surtout quand tu ne les as pas vus depuis longtemps. Ça touche, c'est un rappel, c'est une piqûre de rappel. C'est une piqûre de rappel. Ça touche à l'intérieur. Ce sont des aiguilles à l'intérieur qui disent attention, ça s'approche, attention. Mais un jour, ce sera des proches. Un jour, ça peut être un proche. Oui, très proche, mais. On t'appelle, on te dit je suis désolé, il est mort. D'accord, c'est terrible, donc. Voilà, je voulais partager ça avec vous et je voulais vous dire que ça a été une bénédiction que j'étais là par hasard, mais j'étais là parce que je n'avais pas été là. On m'aurait contacté de manière classique, on m'aurait dit ton père est mort, aujourd'hui. Je me serais retrouvé à partir le lendemain. Et puis je serais arrivé, on m'aurait montré une tombe, on m'aurait dit on l'a enterré ce matin ici. Vous voyez le truc ? C'est... C'est comme ça. C'est comme ça, on mourra tous. Mais en Algérie, il y a cette... On ne cache pas la mort. Vous voyez ce que je veux dire ? On ne cache pas la mort. Elle est là. Tu ne peux pas échapper. Ne pars pas. Reste là. Elle est là. On ne va pas la cacher. Elle fait partie. On la vit de manière communautaire. Et puis, dans ce même quartier, on m'a dit, cette tente a été construite il y a un mois pour une gamine de 14 ans qui est morte de leucémie. Elle a été construite, cette tombe, il y a un mois seulement. Et il y a cette vision communautaire, un petit peu, de ces choses-là. Et puis forcément, tu regardes cette tente et tu sais qu'un jour, on la construira pour toi. Tu le sais, c'est comme ça. Voilà, on l'a construite pour plein de gens que tu connais. Ce n'est pas aujourd'hui, mais un jour, ce sera ton tour, forcément. Donc, c'est vrai que ça te donne un autre rapport à la vie. Parce que le rapport matérialiste, purement matérialiste à la vie, part du principe qu'on vit éternellement. Donc, on va travailler, travailler, se donner à fond, bosser, enrichir d'autres, engranger, engranger, engranger. Et puis un jour, on finit dans une tombe. Et on n'a pas vécu, en fait. On n'a pas vécu. On a été des machines, on a été un petit peu comme ces travailleurs chinois qui sont en train de construire des iPhones. Eh bien, on n'est pas mieux, vraiment. On n'est pas mieux qu'eux, en réalité. Il faut juste savoir s'arrêter et réfléchir. Et moi, je voulais témoigner, si vous voulez. Je voulais juste témoigner de ce que j'ai vécu, de cette solidarité, parce que, en termes de logistique pure, je parle de logistique, L'organisation d'un funérail, c'est pratiquement presque du même niveau qu'un petit mariage, parce que des gens viennent, il faut les nourrir, beaucoup de choses arrivent et tout. Eh bien, le problème avec le mariage, tu le sais, il est longtemps à l'avance. Le mariage, tu peux l'organiser un an à l'avance et les gens, ils savent, ils vont se marier, je ne sais pas moi, ils vont se marier en juillet cette année. Ils savent. Donc la date est déjà écrite et tout ça. C'est facile. Enfin, difficile quand même, mais on se comprend. Ils ont de la durée, ils ont du temps. Mais quand on t'appelle, t'apprends un mot, tu fais comment pour organiser tout ça, tout de suite, là, maintenant ? C'est pour ça que la communauté qui vient se réunir autour de toi est quand même très importante. Et ouais, j'ai vécu là-bas et j'ai vécu ça et je me suis dit... J'étais heureux de voir cette solidarité et puis je voulais en témoigner, c'est tout. Voilà. Merci mes amis d'avoir écouté cette vidéo jusqu'ici et on se voit dans une prochaine. À très bientôt.
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