
A French-language YouTube monologue in which the speaker explains why they sometimes have a Swiss (Vaud) accent, rooted in long childhood and youth spent in Switzerland. Through personal anecdotes (a blank in a London café because the question was asked in French while they were reading Arabic; an awkward first day at a Paris workplace where colleagues laughed), the speaker argues that accents reflect lived experience and multilingual repertoires rather than intellectual capacity. They criticize francophone judgmental attitudes toward accented speakers, contrast this with warmer reactions in the UK, and call for greater tolerance toward language learners and diverse accents.
Mes amis, bien le bonjour ! Alors, vous voyez, j'ai parlé pendant peut-être 2-3 vidéos avec l'accent suisse, enfin l'accent du gros de Vaud. Et puis, qu'est-ce que je n'ai pas entendu ? D'accord ? J'ai entendu beaucoup de remarques. C'est intéressant parce que, quelque part, c'est révélateur. C'est révélateur un petit peu de l'état de notre société et comment les gens s'en perçuent. Ça, c'est un accent, l'accent que j'avais adopté. Je ne l'ai pas adopté exprès. Vous savez, j'ai passé mon enfance en bonne partie en Suisse, mon adolescence aussi, mes études. Il y avait une époque, il y eut une époque dans ma vie où plus de 50% de ma vie depuis ma naissance avait Je l'avais passé en Suisse, d'accord ? Donc, cet accent revient de temps en temps, je ne le fais pas exprès, juste des fois, il suffit que je me lâche, d'accord ? Là, je suis en train de faire un effort pour parler avec un accent, pour essayer de neutraliser mon accent, parler avec le plus de neutralité possible. L'accent suisse n'est pas neutre, visiblement. Mais... Ce qui m'a étonné, c'est les réactions des gens. C'est agaçant, c'est ennuyeux, c'est casse-pieds, c'est machin... Là, je vous donne que les plus simples. Je suis en train de vous parler d'un accent albétique, donc j'aimerais bien... Enfin, c'est pas que j'aimerais bien, c'est que ça me dit comment les gens perçoivent quelqu'un qui parle avec un accent, entre guillemets, étranger. Quoique, l'accent suisse n'est pas étranger à la francophonie, quelque part. Parce que le français est l'une des langues officielles en Suisse, par exemple. C'est l'une des langues officielles au Canada, par exemple, dans la province du Québec. D'accord ? Donc c'est des accents complètement valides. Il n'y a pas un... On ne peut pas prendre, je ne sais pas moi, quelqu'un qui vit à Paris ou à Marseille ou à Aix-en-Provence ou autre, et qui dise mon accent à moi doit être déposé à Sèvres. Cet accent, c'est l'État, l'humanité entière doit parler avec cet accent-là. Et tous ceux qui s'en éloignent, eh bien, sont dans le faux. D'accord ? Ça n'a pas de sens. Et ce qui est drôle, ce qui est drôle, c'est que, bon, les gens sachant que je ne suis pas Suisse, donc ils sont permis de critiquer mon accent, j'imagine qu'un Suisse, il n'oserait pas lui dire la même chose, mais il n'en penserait pas moins, ce qui est terrible quand même. Et puis, ce qui est plus terrible, c'est qu'imaginez ceux qui apprennent la langue française alors qu'ils ne sont pas du tout qui ne viennent pas d'un pays francophone ou d'une culture francophone et ils apprennent, ils parlent le français peut-être avec un accent allemand ou avec un accent, je ne sais pas moi, avec un accent algérien ou un accent du Gabon ou un accent du Maroc ou autre. C'est vrai que c'est atroce pour eux d'être considérés d'une manière comme ça dégradante comme si la personne qui a quand même fait un effort d'apprendre cette langue et de parler cette langue comme si soudainement il y a un problème avec elle parce que justement par par son enfance ou par sa vie ou par les autres langues qu'elle parle, il y a des influences sur sa manière de parler. Les langues et les accents, c'est très fort dans le psyché ou dans le... Je ne suis pas spécialiste, je ne suis pas un psy, moi, mais je peux vous dire, en le vivant, que c'est quelque chose de très violent à l'intérieur de la personne. Je vous donne un exemple. J'étais avec des amis l'année dernière dans un café de Londres. Il y en a qui m'a posé une question. Il m'a dit, qu'est-ce que tu es en train de lire en ce moment ? On parlait de littérature. Il m'a dit, tu es en train de lire quoi en ce moment ? Il m'a posé la question telle que je suis en train de vous la poser maintenant. Je l'ai regardé, je voulais lui répondre. J'étais coincé. J'avais un blanc dans ma tête. Je ne savais pas ce que j'étais en train de lire en ce moment. Je lui ai répondu, j'ai dit... Rien en ce moment. Ce qui m'a choqué, parce que je n'ai pas arrêté de lire sur les 30 dernières années, d'accord ? Sans arrêt. Livre après livre après livre après livre. Quand ce n'est pas plusieurs à la fois. Donc, dire je ne suis pas en train de lire en ce moment, ça n'a aucun sens. Mais c'est ce que j'ai répondu. Plus tard, Donc je quitte la table, on se sépare et tout ça. Plus tard. Soudainement, ça m'a frappé dans ma tête. Pourquoi j'ai eu un blanc? Pourquoi je n'ai pas pu lui répondre? Vous savez pourquoi? Parce que je suis en train de lire un livre en arabe. Il m'a posé la question en français. S'il avait posé en arabe, le titre du livre en arabe serait venu automatiquement. J'aurais dit voilà ce que je suis en train de lire. Mais comme il m'a posé la question en français, c'est adressé à une partie de mon cerveau qui réfléchit, qui agit en français. Et cette partie-là, il n'y avait rien, il n'y avait pas de lecture en ce moment, donc j'étais coincé. Vous voyez, c'est très brutal ce genre de choses. Je vous parle entre deux langues, mais entre deux accents. Parce qu'un accent, ça correspond à quoi ? Un accent, ça correspond à une affluence, ça correspond à une culture, ça correspond à un vécu, à d'autres langues qu'on parle, à d'autres réalités que nous vivons. Ce n'est pas évident. Et ce que je trouve terrible, j'avais... J'avais une amie allemande, elle avait appris la langue française, elle avait vraiment, vraiment dépensé, dépensé. Oui, je réfléchis. Oui, là, je dis dépenser, dépenser. Vous voyez, c'est parce que c'est de l'anglicisme, parce que des fois, des fois, il y a des il y a des phrases qui viennent en anglais et puis je les traduis en français. Vous voyez le truc, c'est terrible, c'est terrible. Je vis, je vis au Royaume-Uni. Vous voyez, je suis au Royaume-Uni. J'interagis avec les gens tous les jours en anglais, donc de sorte que parfois je me contamine. Maintenant, vous allez me dire, tu réfléchis en quelle langue? Je n'en ai plus la moindre idée. Franchement, je n'en ai plus la moindre idée, je ne sais même pas si je réfléchis. Mais c'est vrai que des fois, quand je parle à la maison, pour vous dire, je parle un mélange d'algériens, de français, d'anglais, même d'arabe des fois, des mots en arabe qui peuvent venir, qui n'ont rien à voir avec l'algérien. En fait, ça fait quatre ans que déjà. Et une phrase peut commencer en une langue et être finie en une autre. Ça signifie le plus le plus rapide, le plus le mot qui vient en premier va survenir, va surgir. Le premier mot qui arrive, c'est ce que je vais utiliser. Maintenant, quand je parle à une personne, je sais que cette personne en face, par exemple, je ne peux interagir avec elle qu'en français. Bon, je vais faire un effort, mais c'est remarquable. Un effort, c'est un extra effort pour m'en tenir à une seule langue, pour ne pas insérer au milieu de la phrase des mots en d'autres langues. D'accord. Alors, cette fille dont je vous parle, elle a fait beaucoup d'efforts. Elle parle en français. Elle arrive à Paris. Première personne avec laquelle elle interagit. Elle avait un accent quasiment neutre. Un français parfait avec zéro erreur. Elle pose une question à la personne. Et l'autre personne, au lieu de lui répondre à sa question, elle répond. Ah, mais il est d'où votre accent? D'accord ? Ça, c'est quand même agaçant. Ça, on retrouve dans le monde francophone. Et c'est pour ça que le monde francophone a du mal à parler d'autres langues quelque part. Parce que le francophone, j'ai l'impression, juge tellement les gens qui parlent d'autres... Comment dirais-je ? Il juge tellement les gens qui parlent sa langue. D'accord ? Il juge tellement les étrangers qui parlent sa langue. que lui-même n'ose pas apprendre d'autres langues parce qu'il a peur qu'on le juge exactement de la même manière. Et ce n'est pas vrai du tout. D'accord ? Ce n'est pas vrai du tout. Tu arrives au Royaume-Uni, par exemple, si tu paragouines trois mots d'anglais, les gens seront très contents d'interagir avec toi, ils ne vont pas te juger. D'accord ? Ils ne te jugent pas. L'important, c'est... L'important, ils réalisent que... Si tu ne parles pas parfaitement anglais, c'est pas qu'il y a un truc qui va mal dans ta tête, d'accord ? C'est pas que tu es débile mental, c'est pas que tu as besoin d'un psy ou d'un internement, ou tu as besoin de parler à quelqu'un, ou tu as besoin d'être accompagné, c'est pas ça. Ils savent que, tout simplement, tu parles une ou deux ou trois ou cinq autres langues, et en anglais, voilà, c'est trois mots que tu arrives à dire. c'est déjà pas mal. Du moment qu'on peut communiquer entre êtres humains, c'est beaucoup plus important, n'est-ce pas, que tout le reste. C'est plus important que toutes les autres problématiques. Mais le francophone est tellement judgmental, il juge tellement les autres. Quand il parle le français, j'ai failli dire imparfaitement, mais quand il parle la langue française d'une manière qui ne correspond pas à sa vision à lui, ou à ses attentes, ou à sa vision de la perfection de ce que devrait être la langue française, et bien il va les juger très durement et le cas échéant, il n'hésite pas à leur dire, il n'hésite pas à leur venir en face et leur dire oui c'est pas possible, c'est un accent, c'est quoi cet accent pourri, change moi cet accent maintenant et tout. Comme s'il avait un droit comme ça de regard et d'intervention et un droit aussi de demander aux autres de changer leur accent, de changer leurs attitudes ou d'utiliser un autre, une autre façon de parler ou autre. C'est quand même assez dingue. C'est quand même assez dingue. Donc voilà, je voulais juste partager avec vous cela. Et écoutez, Vous voyez que j'ai vécu en Suisse pendant longtemps. Je suis arrivé en France. C'était dans une entreprise française. C'était mon premier travail où j'avais un salaire. Ce n'est pas énorme, mais j'avais un vrai salaire. Je me rappelle, mon premier jour ou mon deuxième jour, il y avait une réunion générale. Il y avait le patron de l'entreprise, une entreprise d'une certaine taille. Le patron de l'entreprise, durant cette réunion, a dit, oui, voilà, nous avons un machin qui nous a rejoint et tout. Et il a voulu me laisser un espace pour que je puisse m'exprimer, pour que je puisse me présenter. C'est la tradition dans pratiquement toutes les boîtes. Le premier, enfin le dernier, pas le premier qui arrive, le premier qui arrive, il se tait, il ne dit rien du tout. Mais le dernier qui arrive, il doit s'exprimer, il doit se présenter. Et donc, j'ai commencé à parler. On est à Paris. Mais en fait, j'avais dit, je crois, une phrase ou une phrase et demie seulement. Il y a toute la salle qui éclate de rire à toute la salle qui éclate de rire. Ce qui est drôle, c'est que les temps ont changé. Je réalise parce qu'aujourd'hui. Je serai arrivé dans la même entreprise en robe rose et en avec des cheveux blancs, avec une perruque, des cheveux blancs arrivant jusqu'à la taille. Personne qui aurait rigolé, d'accord ? Ah non ! Ah, tu rigoles ? Je vois le sourire, j'appelle la police, tout de suite. Je t'appelle la police. Ils t'emmènent. Ils t'emmènent, alors comme ça, d'accord ? Tu passes la journée en garde à vue pour crime de haine. Le crime, c'est d'avoir souri. Vous voyez ce que je veux dire ? C'est terrible, quand même. C'est terrible. Alors bon, moi, je me suis tué. Je veux dire, j'avais l'impression de commencer un sketch. Donc je me suis tué, j'ai attendu qu'ils finissent de rire. Après, j'ai continué, tout ça. Bon... J'avais peut-être un accent tordu de la perspective d'un parisien, mais je pensais droit, je pensais juste. Mais ça, ça, ils n'arrivent pas à voir. Ils ont l'impression, ils associent l'accent, ils l'associent à ta manière de penser ou à ta manière d'être. Et en plus, des gens qui me connaissent, des gens qui me suivent depuis des années, parfois, me disent ça. D'accord, c'est dingue. Voilà, mes amis. Donc, vous voyez, cette vidéo a été faite avec beaucoup d'efforts pour ne pas parler avec l'accent suisse. Bon, c'est pas beaucoup d'efforts. Ça prend quand même, allez, un pour cent. 1% de mes efforts mentaux pour garder un accent le plus neutre possible. Un autre 1% pour éviter de rajouter des mots étrangers dedans. Il reste 98% pour travailler, pour communiquer. Merci, merci, merci. Et puis, franchement, je vous appelle à la tolérance un petit peu avec les accents. Ça, c'est le premier point. Le deuxième point, ne pensez pas que le monde vous juge quand vous jugez le monde. Vous inquiétez pas. Si vous voulez apprendre des langues et tout, allez-y. Franchement, les gens ne sont pas aussi durs que vous. D'accord. À très bientôt.
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