Quels prénoms pour ses enfants (quand on est immigré)

A first-person French monologue on immigration, cultural identity, and the fraught decision of how to name one’s children when one has left a different civilization. The speaker (an immigrant from Algeria who now lives in England) recounts the birth of his daughter in November 2015 and her death in April 2016 (about five months prior to the recording), explains why he avoided giving her a name that would tie her to his country-of-origin, and describes choosing to bury her in England (not in the Muslim section), arguing that burial location and names shape belonging. He reveals the daughter’s name: Haïda Rafal.
Questions this video answers
November 2015
April 2016 (the speaker says it was about five months prior to the recording)
Haïda Rafal
In England (the speaker chose not to bury her in the Muslim section)
Bonjour mes amis, c'est une vidéo un peu plus personnelle que d'habitude. Vous savez, il y a eu récemment pas mal de polémiques lancées par Eric Zemmour quand il disait qu'il faut donner des prénoms français à ses enfants si on veut s'intégrer. Alors, j'ai eu une petite expérience avec ce genre de choses, donc j'aimerais vous en parler. Vous savez, en novembre 2015, j'ai eu une fille. On sait tous qu'elle est morte en avril 2016 de cette année. Je vous en parlerai un jour. Je vous dirai ce que ressent quelqu'un qui perd son enfant. Mais en tout cas, je peux vous dire à ce stade que ça fait 5 mois et quelques jours qu'elle est morte. Si ça vous intéresse, c'est comme si elle était morte il y a 2 heures. Ça ne change strictement rien. C'est pas grave. Mais toujours est-il que j'étais pas venu pour ça. Ça sera peut-être une prochaine vidéo dans très longtemps quand je serai en mesure de parler de ces choses-là avec assez de recul. Toujours est-il que j'ai eu cette équation-là. C'est-à-dire qu'à un moment donné, tu es issu de l'immigration. Moi, je viens d'Angleterre. Je ne pense pas, si je prends la terminologie d'amour, je ne pense pas devenir un jour un anglais de souche, ça c'est clair. Ça signifie qu'il y aura toujours, jusqu'à ma mort, il y aura toujours, même si je vis très très longtemps ici, il y aura toujours dans mon attitude, dans mon accent, dans ma tête, dans ce que vous voulez, quelque chose qui fait que socialement je ne serai pas identifié comme étant un anglais, c'est clair. Mais en tout cas, je pourrais légalement devenir un anglais, ce qui est déjà un bon départ. Quand tu es dans cette circonstance là, tu sais. j'ai quitté mon pays, c'est pas parce que l'herbe était plus verte ailleurs. Il y a des gens qui peuvent quitter par exemple la France, aller vivre aux Etats-Unis parce que tout simplement ils ont fini leur école ou autre et puis il y avait un meilleur contrat aux Etats-Unis où ils ont aimé le style de vie américain ou autre. Mais quand on va de la France aux Etats-Unis, même si ces deux pays sont extrêmement différents, Ils sont quand même beaucoup en commun. Ils sont tous issus, si on veut, à peu près de la même civilisation. Tu ne vas pas, quand tu vas aux Etats-Unis depuis la France, tu dois t'adapter, mais tu ne dois pas réapprendre à vivre. Quand tu pars de l'Algérie et tu vas au Maroc, c'est pareil. Comme si tu allais de la France aux Etats-Unis, tu es dans un environnement, tu connais les sensibilités, tu connais les grandes lignes, on va dire, de la doctrine, de la société. Même si, bien sûr, tu dois t'adapter. Mais si on parle d'adaptation, même d'aller de Paris à Toulouse, il faut s'adapter. Par contre, pour moi, je pense que lorsqu'on quitte un pays, et on va vers un autre pays construit sur des fondamentaux extrêmement différents. C'est qu'on a fait un choix grave, un choix extrême, un choix... Ce n'est pas un choix facile, ce n'est pas un choix anodin. Quand on quitte l'Algérie et on va en France, même si ces deux pays ont une histoire commune, ils ont suivi Ils ont eu des chemins très différents. L'Algérie aujourd'hui est dans le girant de l'axe dit arabo-musulman, alors que la France a toujours été une civilisation judéo-chrétienne. va d'un pays à un autre, et que ces deux pays sont séparés par une civilisation littéralement, il faut bien comprendre qu'on a fait un choix extrêmement profond. Et il faut l'assumer. Alors, je vous explique. On est au-delà du blog ici. C'est pas... D'habitude, je vous donne mon opinion, mais là, c'est du vécu. Et le vécu... Et souvent, je trouve, plus de valeur que les idées qu'on peut se faire, parce qu'on peut se faire des idées sur plein de choses, mais tant qu'on les a pas vécues, c'est vrai que ça reste des idées. Avec leur noblesse, bien sûr, mais c'est des idées. Alors, je vous explique. Quand j'ai eu une fille, on m'attendait au tournant. Bien sûr, les observateurs m'attendaient au tournant. Va-t-il, avec son discours, va-t-il donner à sa fille un nom arabo-musulman ? Ou pas ? Alors je vous explique ce qui se passe dans la tête d'un père comme moi. Je savais que moi j'ai quitté mon pays, mais j'ai pas quitté seulement mon pays, j'ai quitté une civilisation et j'ai été me greffer sur une autre. Je sais que pour moi, Il y a des fondamentaux qui font que je peux changer beaucoup de choses, mais il y a des choses que je ne pourrais jamais changer et que donc mon intégration, mon assimilation, rappelez-le comme vous voulez, a par définition des limites. Mais la génération suivante, je n'ai pas envie, ça c'était la première idée, je n'ai pas envie de l'attacher à une civilisation que moi-même j'ai quittée. Partir de mon pays n'a pas été facile. Ça m'a coûté très cher. Ça m'a coûté très cher en temps, en larmes, en sang. Ce n'était pas quelque chose qui m'a été offert sur un plateau. Donc, si je fais tout ça pour quitter mon pays, Pourquoi je veux rattacher mes descendants à mon pays d'origine ? D'accord ? Ça, c'était la première idée. C'est une idée qui a eu beaucoup d'importance. La deuxième. Quand nous avons appris que le bébé serait une fille, il y a une autre dimension qui est venue se greffer dessus. Je sais comment ma société traite les femmes. Et je sais que ça ne va pas en s'améliorant. Ça a empiré. Ma sœur a moins de droits que ma grand-mère dans ma société. C'est en train de revenir en arrière. Et donc, je n'avais pas envie d'avoir une fille qu'elle soit rattachée, ne serait-ce que par son prénom, à une société qui a une telle haine envers le féminin, envers la femme. On a une ville, Hassim et Saoud, en Algérie, qui attaque les femmes tous les deux, trois ans. Ils attaquent physiquement les femmes. Ils lynchent des femmes. Ils veulent rester entre hommes. Ils aiment l'homme. Il n'y a que ça de vrai. Il n'y a que l'homme de vrai, Jésus. Je ne voulais pas, pour vous donner un exemple précis qui m'avait traversé la tête, je ne voulais pas avoir une fille, lui donner un nom à consonance arabo-musulmane pour qu'un jour, n'importe quel arabo-musulman dans le bus à Londres pourrait l'invectiver ou pourrait s'adresser à lui, toi t'es musulmane, pourquoi tu te comportes ainsi ? Parce que vous savez, nous vivons dans une société où Tout le monde a le droit de fliquer, tout le monde. C'est un devoir et un droit. Chacun a le droit de regard sur l'intimité de l'autre. Le mot intimité n'existe pas. D'accord. Je n'avais pas envie qu'elle me dise mon père, pourquoi tu m'as fait cette blague? Pourquoi tu m'as rattaché à ces gens? Pourtant, tu les connaissais. C'est pas comme si toi, tu étais heureux dans ton pays d'origine. Tu as quitté ton pays d'origine. Ce n'a pas été facile, je le sais. Pourquoi tu m'as fait ça? Pourquoi tu m'as fait cette blague? Comprenez ce que je veux dire? ça a joué un rôle important. Il y a un autre élément que Zemmour ne dit pas, mais je vais aller plus loin encore, je vais aller plus loin que lui. Mais ça, c'est l'expérience qu'il me l'a appris l'année dernière, je n'aurais pas su ça, je ne l'aurais pas dit. Vous savez, il y a quelqu'un, il y a quelques jours qui m'a dit une sorte de devinette, je ne sais pas où il voulait en venir. Comment tu sais que tu es en France ? Comment tu reconnais que tu es en France ? J'ai répondu, j'ai donné une réponse de mon cru. Je vais vous la dire. Tu sais que tu es en France lorsqu'il y a un accident de car et que chaque victime est enterrée dans un pays différent et qu'aucune est enterrée en France. D'accord, c'est comme ça que tu sais que tu es en France. Il n'y a que seulement ce pays où ça arrive comme ça. Un accident de carte, on a trois qui finissent au Maroc, un qui finit au Portugal, l'autre en Pologne, l'autre en Algérie. Ça, c'est la France. Quand ma fille est morte, il était clair pour moi qu'elle sera enterrée en Angleterre. Et elle sera enterrée parmi les gens avec lesquels elle aurait vécu si sa vie avait été plus longue. Donc je ne l'ai pas mise dans un carré musulman. Je t'explique un truc très simple et je n'ai rien contre les musulmans. L'autre jour, vous savez, j'ai acheté un gros truc de fleurs comme ça, des roses. J'ai été les mettre sur toutes les tombes, y compris dans le carré musulman, parce que je voyais que personne ne veut les. J'ai été personnellement mettre des fleurs là dessus. D'accord. Même des gens, même pas de ma famille, je ne connais même pas. On a posé des fleurs sur leur tombe. Mais pour vous dire. Être enterré dans le carré musulman, c'est facile. Mais c'est facile d'être enterré dans le carré musulman. Je peux même être enterré dans un zoo, je peux être enterré dans le carré juif, dans le carré bouddhiste, dans le carré ce que tu veux. Être enterré dans le carré musulman, c'est facile. C'est vivre dans le carré musulman qui est difficile. Tu comprends ce que je veux dire ? Je ne me vois pas, je ne pouvais pas enterrer ma fille. avec des gens avec lesquels elle n'aurait pas pu vivre parce qu'elle aurait été considérée comme une demi-personne. Un truc est arrivé après. Vous savez. Je vais vous le dire. Une fois que j'ai enterré ma fille là-dedans. Je vais voir souvent sa tombe. Ça a créé une sorte de relation que je n'avais jamais ressenti avant, ailleurs. Vous savez, j'ai vécu en Suisse, j'ai vécu en France, en Allemagne, en plein d'endroits, mais... Quand j'ai enterré une partie de moi-même sur cette terre, je me suis senti pratiquement comme un anglais de souche intérieurement. Je me suis senti avoir une relation mais... charnelle littéralement avec cette terre. Je n'aurais pas ressenti cela si j'avais mis ma fille dans une boîte que j'avais envoyée en Algérie. Oui, c'est ce que je veux dire. Je te déconseille de faire cela parce que quand tu... Il y a beaucoup de gens, j'avais eu beaucoup chez les maghrébins et je vous dis, je te déconseille de le faire si tu es un jour dans cette situation-là parce que quand quelqu'un meurt, j'ai appris l'autre jour, une femme était morte au Canada, qu'elle repose en paix et puis ses enfants ont été enterrés en Algérie et ils sont revenus alors qu'ils vivent au Canada. Ça signifie quand ils verront, ils voudront voir la tombe de leur mère. Elle sera à 10 ou 11 heures de vol. Tu comprends, tu n'auras pas de lieu de mémoire. En plus, les Algériens, ils laissent les cimetières en friche. Les morts, c'est on s'est détaché de notre histoire, on s'est détaché de notre mémoire à la demande des islamistes. On laisse les tombes en friche. Toujours est-il que. Voilà ma fille, je l'ai appelé Haïda Rafal.
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