Tour de Contrôle : Dites à mes parents que je les aime ! (#N7806W)

Dans cette vidéo, Aldo Sterone décortique l’accident mortel du 14 novembre 2023 impliquant un jeune pilote de 21 ans, environ 60 heures de vol, qui venait d’acquérir un Cessna PA‑28 Cherokee de 1964. Il décrit le contexte météorologique extrême (dépression, nuages bas, visibilité quasi nulle), les limites de l’avion (instruments d’horizon artificiel et de coordination de virage non fonctionnels, autopilote hors service) et l’absence de garde‑fous que l’on trouve habituellement dans un aéroclub. Le pilote, désorienté spatialement, entre en contact avec le contrôle aérien qui tente de le rassurer et de le guider, mais il ne parvient pas à suivre les instructions, effectuant des virages continus et perdant le contrôle. Aldo souligne les facteurs humains (stress, hyperventilation, désorientation, consommation de cannabis) et la mauvaise prise de décision liée à la météo. L’avion s’écrase, le pilote décède, le moteur fonctionnait mais les gyroscopes donnaient des indications erronées. Aldo conclut que cet accident illustre la dangerosité de la météo en aviation générale, l’importance des contrôles de sécurité en club, la nécessité d’instruments fiables et la prohibition de substances psychoactives pour les pilotes, tout en exprimant une certaine frustration quant à la rareté des leçons tirées de tels événements.
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Mes amis, bien le bonjour. En préparant ce dossier, à plusieurs reprises, j'ai eu envie de laisser tomber, de passer à autre chose, de faire une autre vidéo, mais j'ai persisté parce que je crois que la météo est le plus grand tueur de l'aviation générale et que ce débrief peut sauver des vies. On va aller au 14 novembre 2023 en Floride. On est un petit peu au sud d'Orlando. La météo ce novembre-là était épouvantable, depuis plusieurs jours d'ailleurs. Il y a une dépression qui est sur la région et régulièrement il y a des nuages qui sont très bas, parfois presque au contact du sol. Le ciel est couvert à quelques centaines de pieds, de la pluie, du vent. Et en fait, là-dedans, on a un pilote qui a 21 ans, qui a à peu près une soixantaine d'heures d'expérience et qui a acheté un avion. Ses parents lui ont acheté un avion depuis 9 jours. L'avion est un PA-28, c'est un Cherokee comme on dit. Il date de 1964 et quand on regarde le tableau de bord, j'ai trouvé une photo de ce tableau de bord. Honnêtement, la dernière fois que j'ai vu des instruments pareils, je sais qu'ils existent, la dernière fois que j'ai vu des instruments pareils, c'était plutôt dans des musées d'aviation. C'était quand on regarde des warbirds, quand on voit ces appareils de guerre de la Deuxième Guerre mondiale, eh bien, ils ont ce genre d'instrument, mais je ne les ai jamais vus opérer en réalité. Prenez l'horizon artificiel par exemple, c'est juste un disque noir avec un avion dessiné dessus. C'est pas très ergonomique et en plus il marche pas. Dans les documents lors de l'achat, eh bien, c'est indiqué qu'il marche pas. Il y a aussi l'instrument qui permet la, la bille qui permet la coordination du virage aussi c'est un ancien modèle. Effectivement, dans les documents, il est dit qu'il ne marche pas. Le pilote automatique ne marche pas non plus. Il n'y a que le moteur et les poignées de porte qui marchent dans cet avion. Alors, ce jour-là, il veut partir. Il veut partir dans un vol au nord. Et donc, il s'installe dans son avion, parle au contrôleur aérien. Il y a un petit quiproquo au départ à cause de la météo, mais finalement Il obtient l'autorisation de partir, de décoller en tout cas. Après, il fait ce qu'il veut. Il décolle et il part vers le nord. Il part vers justement les nuages. Quand on regarde le profil latéral de son vol, on réalise qu'au fur et à mesure qu'il va vers le nord, il est en train de descendre. C'est très courant que des pilotes fassent cela par erreur. C'est qu'ils sont en train d'aller vers une zone nuageuse et puis ils se disent Ouh là, je vais aller dans les nuages, je vais descendre. Donc ils descendent. Alors quand ils descendent, ils vont avoir 5 minutes de répit. 5 minutes plus tard, ouh là, c'est encore plus bas là, on va descendre encore. En réalité, c'est que ces nuages sont en train de créer un voile qui est en plan incliné, qui parfois va jusqu'au contact du sol, représentant un piège littéralement. Donc descendre de plus en plus, c'est sans issue dans ces situations-là, mais ça piège énormément de de personnes en train de parler d'inexpérience ici, les 60 heures de vol. J'aimerais vous dire autre chose les parents, en achetant cet avion-là, ont quelque part, sans le faire exprès, condamné leur fils. Je vais vous dire pourquoi. Il faut savoir que quand tu es dans un aéroclub et que tu vas louer un avion, eh bien, tu disposes aussi d'un certain nombre de garde-fous. Tu arrives, mettons, par une météo épouvantable, tu t'es pas rendu compte que qu'elle l'était. Donc tu arrives et tu dis oui, salut, je vais prendre le, je vais prendre le Eco Charlie pour, pour aller faire une navigation. Il y a toujours des instructeurs, un chef pilote, d'autres pilotes qui vont dire ouh là, arrête, arrête, arrête, tu as vu la météo? Ces deux gars, je viens de leur parler, ils ont atterri, c'était in extremis. Viens, je vais te montrer, regarde. À ce moment-là Ces personnes, parfois tu peux connaître la frustration effectivement, mais ces personnes représentent des milliers et des milliers d'heures et des années d'expérience combinées qui te disent rentre chez toi aujourd'hui. Et ça, ça peut sauver. Beaucoup de pilotes seraient morts s'il n'y avait pas ce retour d'expérience. Or, une fois qu'il achète son avion, il est à lui, il fait ce qu'il veut, il peut aller ouvrir le hangar sortir l'appareil, décoller, puis partir. Tu vois, il y a ce garde-fou qui est perdu. Juste pour vous donner, pour vous donner juste un contexte social, j'ai pas envie qu'on se méprenne dans les conditions, sur les conditions sociales de cette famille-là. Non pas qu'elles aient la moindre importance, mais juste par, on va dire, fidélité à l'histoire. Ce genre d'appareil se vendent pour 50 000, 60 000 Si le propriétaire est pressé de s'en débarrasser, tu peux négocier encore plus bas. De plus, si un des parents pose 8 000, 9 000, 10 000 sur la table, la banque peut prêter le reste. Comme c'est un enfant qui veut devenir pilote de ligne, c'était assez approprié de la part de ses parents d'investir dans sa formation. Et puis plus tard, l'appareil sera revendu de toute manière et on récupérera son argent ou presque l'intégralité de celui-ci. Sauf que cet achat est intervenu peut-être un peu trop tôt dans sa vie. Voilà, décolle, il va vers le nord, et puis à un moment donné, ce qui devait arriver arriva. À un moment donné, il se retrouve complètement entouré de nuages, une visibilité nulle. L'attitude, l'indicateur d'attitude, donc l'horizon artificiel, ne marche pas. Le coordinateur de virage, qui lui peut aider quand il fonctionne, parce que lui, quand il fonctionne, et surtout sur les versions modernes, quand je dis moderne je parle des 40 dernières années, je parle pas des années de la Deuxième Guerre mondiale, en fait il y a un avion dessus. Et sur le plan cognitif, quand on a du stress, l'adrénaline, c'est beaucoup plus facile de savoir dans quelle direction on est en train de virer si on regarde le coordinateur de virage, parce que quand on est à droite, l'avion va à droite, quand on va à gauche, l'avion va à gauche. C'est extrêmement simple. Et dans le stress, quand les capacités mentales sont affectées, eh bien, cet appareil-là peut sauver, même s'il dit pas s'il est en train de piquer ou cabrer, ça c'est l'horizon artificiel, mais au moins il permet d'avoir les ailes à l'horizontale assez facilement. Donc il va appeler la tour de contrôle, il va appeler sur la fréquence, et c'est quelqu'un de paniqué qui va qui va parler. On sent une respiration très lourde, il est en train d'hyperventiler. Et puis il va appeler sur la fréquence en disant que voilà, je suis pilote VFR, pilote à vue, je suis rentré dans les nuages par inadvertance. Est-ce que vous me voyez? Est-ce que vous me voyez? Il y a cet échange qui va s'entamer avec le contrôleur aérien qui va chercher à le calmer. C'est quelqu'un qui est pilote lui aussi. Il va d'ailleurs à un moment donné lui dire je suis pilote, je me suis retrouvé moi aussi dans ces situations-là, j'ai pu m'en sortir.
«Et tu vas s'en sortir aujourd'hui.» «November 06 Whiskey, looks like you're headed dead south, and I want you to know I'm a pilot too. I've been in the same situation, and I know it's a little bit scary, but we're going to get you through it. You're doing a great job, just keep listening to what we're telling you.
November 06 Whiskey, control inputs, just a little bit more pressure to the left, just pressure to the left, just a little bit.» Le problème, c'est qu'ils lui donnent des indications, ils lui donnent des instructions, Mais ce jeune pilote n'arrive pas à les suivre. En vérité, ce qu'il est en train de faire, il est en train de faire des virages sans arrêt, il est en train de faire des 360° tout le temps, tout le temps. Des fois, il les fait à gauche, des fois il les fait à droite. Il y a un moment donné, un pilote qui dit sur la fréquence Lâche, lâche les palonniers, la gouverne de direction. Parce qu'à un moment donné, peut-être que dans le stress, il avait appuyé sur les palonniers avec ses pieds, et puis ceci va donner un angle à la gouverne de direction. Et si on le fait, bon, on déstabilise l'avion, puis il a tendance à tourner sans arrêt. Donc le contrôleur aérien insiste avec lui, puis il finit par enlever ses pieds, les poser à plat sur le plancher. Mais plus on avance, plus ça va devenir désespéré. Par moment, il a même l'impression d'être sur le dos. Il dit je suis sur le dos, je suis sur le dos. C'est la désorientation spatiale, désorientation complète, surtout que là, sans instrument. Et puis le contrôleur aérien doit le rassurer, dit non, tu n'es pas sur le dos, tu n'es pas sur le dos, tu n'es pas en train de— si tu étais sur le dos, tu serais en train de descendre. Je ne vois pas, je te vois pas en train de descendre. Par moment, il dit je décroche, je décroche. Il y a l'impression qu'il est en train de décrocher. Et puis ça continue comme ça et ça va s'étaler. Je peux vous faire à la rigueur le Je peux vous faire une autre vidéo avec le transcript complet, la traduction. Ça va durer 25 minutes. Pendant 25 minutes, on a ce contrôleur qui dit à tout le monde taisez-vous sur la fréquence, taisez-vous! Et il va parler à ce pilote en lui disant ne fais pas confiance à tes sens, fais pas confiance à tes instruments, écoute-moi, écoute-moi. Il va lui donner des instructions doucement. En lui disant de ne pas agir brutalement sur les commandes. Il dit Tu es en train de contrôler, tout va bien, mais...
Ok, do not trust your instruments, listen to me carefully, do not trust your instruments, trust me and what I'm telling you. I want you to look at your manual compass only, look at your manual compass on top of that dashboard, and I want you to hold that 150 heading.
Plus on avance, plus il devient assez clair que l'issue ne sera pas favorable ce jour-là. Et le pilote s'en rend compte, ce jeune pilote, et commence à lui dire «Dites à mes parents que je les aime, dites à mes parents que je les aime.» Il va le répéter plusieurs fois. Et le contrôleur fait fi d'ignorer cela au départ. Il va ignorer ce propos et par la suite, c'est peut-être la seule fois durant les 25 minutes qu'il laisse aller, peut-être qu'il trahit un petit doute au fond de lui, mais Humainement, il était obligé de dire ça. Il lui dit on lui dira, t'inquiète pas, on leur fera savoir. Mais il continue toujours à lutter avec lui. Et en fait, ce qui se passe, c'est qu'au bout de— il veut, si tu veux, le contrôleur au radar qui suit au radar Il veut le sortir des nuages, il veut l'aider à sortir des nuages, soit par le bas, mais comme les nuages vont presque au contact du sol, donc il peut pas. D'ailleurs, à un moment donné, le pilote dit J'ai vu le sol. À peine il voit le sol et le sol redisparaît. C'était peut-être l'occasion, je dis pas que c'est la solution, mais c'était peut-être l'occasion de peut-être piquer un bon coup et sortir sous ce nuage. Si on les voit, si on voit un trou et on voit qu'ils ne vont pas au contact du sol, honnêtement, si dans les 10 secondes on pique et on y va, on a encore ses chances. En tout cas, au bout d'un certain temps, bon, l'avion va monter et puis la seconde après, il va piquer brutalement, donc il va Il va piquer très fortement. Le pilote va crier qu'il aime ses parents. J'ai choisi pour des raisons éditoriales de ne pas partager avec vous cette partie-là de l'audio. Elle est publique, elle se trouve partout, mais elle est très poignante et j'ai décidé de ne pas l'inclure dans l'édition parce qu'on est plus dans un canal technique que, voilà, vous comprenez. Donc voilà, il s'est ramassé. Donc vous imaginer que ce n'est pas des situations, c'est pas des situations de prospérité forcément. Il est sorti sur les nuages, peut-être jamais sorti sous les nuages, probablement il a compris qu'il allait mourir parce que voilà, il est sorti des nuages et l'instant d'après il a tapé contre le sol. L'avion a été retrouvé en miettes, l'avion a été retrouvé déchiqueté complètement. Le moteur fonctionnait parce qu'à un moment donné il a dit le moteur est en panne, le moteur est en panne, mais en fait c'est des impressions, tu sais, une fois qu'on perd, qu'on est déconnecté complètement avec ses sens, qu'on a, on commence à imaginer n'importe quoi en réalité. On imagine qu'on est sur le dos, on imagine qu'on est en train de monter, qu'on est en train de descendre, qu'on va à gauche alors qu'on va à droite. On n'est pas fait pour être dans les nuages. Et en fait, le moteur fonctionnait parfaitement. On trouve que les gyroscopes, des instruments gyroscopiques, ça signifie l'horizon artificiel et aussi l'indicateur de virage, on trouve qu'ils fonctionnaient, les gyroscopes, il tournait, mais ça veut rien dire. C'est pas parce que le gyroscope tourne— j'ai vu beaucoup de ces instruments, oui, le gyroscope tourne, tu entends même le sifflement et tout, mais ils indiquent n'importe quoi. Donc c'est pas en soi une indication fiable. Et puis ce jeune, il se fait tuer, ça c'est clair, il est mort. Il a testé positif au cannabis. C'est le— l'Intsbd dit que c'est Ça n'a peut-être pas influencé son jugement ce jour-là, mais on doit pas du tout en tant que pilote tester positif au cannabis, c'est clair. C'est pas quelque chose qui doit du tout arriver, quoi, dans la vie d'un pilote. En tout cas, un mort, avion détruit, famille éplorée, et encore une leçon. On n'a rien appris de cet accident-là en réalité, parce que, parce qu'honnêtement C'était écrit, c'est pas comme si, comme si voilà, on a appris, ça fait avancer l'aviation. Non, ça n'a servi à rien, c'est juste une mort, une mort inutile qui vient se rajouter dans des statistiques interminables. Voilà mes amis, merci d'avoir regardé cette vidéo jusqu'ici. Merci à ceux qui soutiennent ce canal sur Patreon, c'est eux qui vous apportent ces vidéos. Et puis on se voit dans la prochaine. À très bientôt.
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