Un Survivant Du Costa Concordia Partage Son Histoire Incroyable

French-language interview (Aldo Sterone with Solène Manussala) in which a survivor recounts her experience during the Costa Concordia disaster (night of 13–14 January 2012). The testimony describes the moments before impact (sharp maneuver, engine noise), evacuation challenges (darkness, poor instructions, multilingual crew confusion), crowd behavior, improvised lifeboat launch, arrival ashore and local assistance, and the survivor’s psychological reflection and later book about the event.
Bien le bonjour, aujourd'hui on a avec nous un rescapé du Costa Concordia, Solen Manu Sala nous a rejoint sur le sur le canal, je vous avais dit que des fois ce canal participe aux vidéos, participe des techniciens, participe des pilotes, Parfois je les cite, parfois ils ne veulent pas être cités, mais aussi ils participent des rescapés, des survivants, des gens qui me contactent, qui me disent j'aime beaucoup ton canal et tu sais j'étais dans telle telle histoire, tu veux qu'on en parle ? Et ceci permet d'apporter des détails aux vidéos que je partage avec vous et bienvenue, bienvenue et merci Soleil Manisala d'être avec nous aujourd'hui.
Merci Aldo.
Donc, écoute, j'étais en train de regarder la première page de ton livre. Tu as tu as écrit un livre. J'ai l'impression que ce naufrage a vraiment bousculé quelque chose, quelque chose en toi. Ce naufrage est arrivé un vendredi 13 janvier et tu es né le 13 janvier. Donc, est ce que tu peux nous raconter Qu'est-ce qui s'est passé cette nuit-là, la nuit du 13 ou 14 janvier 2012 ? Tu étais dans le navire Costa Cancordia, tu étais sur le pont, tu m'as dit avant l'enregistrement que tu étais sur le pont numéro 3, c'était là où il se trouvait ta cabine. Et puis ce bateau qui est passé très près de l'île, eh bien il a tapé contre un rocher, il a été éventré. Est-ce que tu as ressenti l'impact ?
Alors effectivement, j'étais au niveau du pont numéro 3, puisque en fait je n'étais pas dans ma cabine, mais j'étais dans le deuxième service de restauration, donc pour le dîner, et moi j'ai juste senti le bateau jeter, et j'ai entendu une espèce de reverse et le bateau s'est incliné. Je me suis dit que c'était bizarre. Si le bateau a décidé de faire un reverse, c'est certainement une manœuvre d'évitement. Je me suis dit qu'il y a quelque chose d'urgent et au même moment, Le bateau s'est penché, il agitait parce que je pense qu'il faisait son fameux demi-tour. Parce que c'est sur ton canal que j'ai pu voir quand même qu'il y avait aussi cette manœuvre pour revenir se poser contre les rochers, contre les récifs. Et ce qui m'a le plus interpellé, c'est le fait d'être à table et de voir cette bouteille de vin qui tombe et qui laisse couler, qui déverse ce rouge. Donc ce liquide, son liquide rouge qui rappelle le sang. Et c'est une image qui, jusqu'à présent, reste gravée dans ma mémoire comme une espèce de signe annonciateur. Et c'est vrai que ça m'a énormément, énormément choqué à un moment. J'ai dû me lever. J'ai dû me lever pour... Je suis sorti de table, je me suis levé de table. En gros, pour prendre de la hauteur et voir ce qui se passe. Et c'est un moment, j'ai compris qu'il fallait qu'il fallait quand même sortir le plus rapidement que possible, tout en sachant que si tu as également vu ce beau film Titanic, tout en sachant que c'est ce film qui m'est venu en mémoire et aussi l'évacuation qui va avec.
Donc, soudainement, tu as été plongé dedans, d'autant plus que nous étions en 2012, un siècle après le naufrage du Titanic qui, lui, est survenu en avril, en plein milieu de l'Atlantique. Question, tu dis que tu as été interpellé par la bouteille de vin qui bouge sur la table, qui tombe. Ça veut dire que jusqu'à cet instant, la croisière était relativement calme, le navire ne bougeait pas trop, la météo était correcte, ou bien ?
Alors la météo est correcte. C'est vrai que la Méditerranée, c'est contrairement à ce qu'on pourrait croire. La Méditerranée, c'est quand même une mer relativement agitée. Et oui, relativement agitée. La fréquence des vagues est un peu plus prononcée par rapport aux périodes qu'on peut retrouver au niveau de l'Atlantique. Mais à la base, nous étions censés qui était à commencer, débuter notre croisière à Marseille. Mais ce fameux, cette personne, donc Skétino, à qui on a remis le commandement de ce navire, il l'a décidé, parce qu'il y avait le Mistral, parce que l'Ivan était fort, il a décidé justement qu'on embarquerait à Toulon. Donc déjà un premier signe parce que c'est vrai qu'il y avait du vent. Et pendant la croisière quand même, je peux dire qu'on a eu, même si le navire est immense, il est très, très grand. On a quand même senti la houle dans la cabine. Donc la mer était agitée. Alors ce soir là, je ne m'en souviens pas trop. Je ne vais pas inventer, mais quelques jours, les jours précédents, oui, oui, on sentait quand même que la mer était agitée.
Ce qui fait que la première chose qui a attiré ton attention, c'est soudainement un bruit de moteur qui accélère. Tu as dit des reverse, tu es pilote, tu as utilisé le mot reverse qui est un mot d'aviation, donc tu as eu cette impression que c'est des moteurs qui étaient en train d'aller à fond, n'est-ce pas ? Et le bateau qui s'inclinait, et ça correspond Autant que tu te rappelles, ça correspond à ce moment où le navire commence à faire demi-tour pour revenir vers l'île, c'est ça ?
Alors oui, puisque peu de temps après, on a senti ce fameux bruit et on a senti que la barre, en tout cas que le capitaine Celui qui était aux commandes a décidé de tourner, et brusquement, parce que si la bouteille de vin est tombée, il y a eu des chaises aussi, donc c'était un petit peu la panique. En tout cas, ça n'annonçait rien de brusque.
Ouais, donc c'était le barreur, en fait, parce que Schettino était là, dans la passerelle, mais il y avait un barreur qui, lui, avait les mains sur le contrôle, effectivement, et donc il a donné ce coup brutal. Et ces navires, quand ils virent généralement, Ils virent très très en douceur, très lentement, de manière presque imperceptible. Mais par contre, ils ont une capacité de virer qui est très brutale si le barreur y va à fond. Ça peut effectivement faire tomber les bouteilles et tout, même si c'est un bateau qui fait presque 300 mètres de long. Donc, la bouteille tombe par terre. J'imagine que sur les autres tables, des scènes similaires devaient se produire. À ce moment-là, toi, tu réalises qu'il y a quelque chose de bizarre qui se passe. Tu fais quoi ? Est-ce que tu vas à ta cabine ? Est-ce que tu vas sur... Qu'est-ce que tu fais ? Est-ce que tu sors ? Qu'est-ce que tu fais ?
Alors, je dois souligner quelque chose.
Oui.
L'évacuation devait se faire, en tout cas, se fait sur le pont numéro 4.
Donc tu dois monter un cran au-dessus.
Un cran au-dessus. Mais petit problème, c'est que... Une bonne partie des clients et des croisiéristes n'ont pas eu cette fameuse formation ou cette séance d'évacuation de sécurité. Donc on n'a pas eu cette formation. On devait l'avoir le lendemain, mais ça ne s'était pas fait. Donc, en réalité, on ne savait pas du tout comment faire face à un accident dans ce navire. Et comme je te l'ai dit précédemment, j'ai pensé au Titanic. Et dans le Titanic, qu'est-ce qu'on voit ? On voit que tout le monde monte au dernier pont. Donc là, sur le Cosa Concordia, le dernier pont, c'était le pont numéro 12, si je ne m'y abuse. Donc il a fallu quand même grimper pas mal et donc escalader 9 ponts, on va dire ça ainsi. Parce que je précise qu'on était toujours sous le pont numéro 3. Et puis on montait et puis on voyait que les gens étaient désespérés tout en sachant, Aldo, que cette ascension se faisait parfois dans le noir.
Ah, parce qu'il y avait la lumière qui partait, qui revenait, d'accord.
Voilà. Et même à un moment, le générateur visiblement était noyé, donc les générateurs ne fonctionnaient pas.
Est-ce qu'il y a des lumières de secours, un peu comme dans un avion, qui s'allument s'il n'y a plus d'électricité du tout ? Quand on arrive dans un avion et qu'il est dark and cold, on a quand même, malgré tout, même sur une batterie, on a quand même l'éclairage de secours qui s'affiche. Est-ce qu'il y a eu un éclairage pareil qui s'est affiché ? Genre en bas, couleur des lumières ?
Oui, je vois. Des fois, ce sont des lumières à faible intensité, donc rouge ou encore verte. Honnêtement, je ne m'en souviens pas. Je me souviens plutôt de Noir Total. Et par contre, il y avait effectivement des petites ampoules. mais peut-être tous les dix mètres, dirons-nous.
D'accord.
De toutes petites ampoules, mais qui ne permettaient même pas de voir quelqu'un qui était à un mètre de nous.
D'accord. Quand ça arrive, ça faisait combien de temps que tu étais sur le navire ? Est-ce que tu maîtrisais l'architecture du navire ?
Pas du tout. Le lendemain devrait être l'avant-dernier jour de la croisière. Nous en avons profité pour sortir et voir les différentes villes que nous avons accostées. Donc honnêtement, je n'ai pas pu prendre la pleine mesure ou encore profiter à part du restaurant. Je n'ai pas pris la pleine mesure et donc l'architecture, comme tu le dis si bien, de ce navire.
D'accord. C'est que ce navire, il a 14 pans en réalité. Ça dépend où on se trouve, mais selon les endroits, on a 12 pans. Selon les endroits, on a 14 parce que ce n'est pas uniforme. comme un immeuble plat où on a genre 14e étage pour tout le monde. Selon les endroits, on peut avoir 12, on peut avoir 14, ce qui est assez classique dans ces endroits. Maintenant, OK, donc tu es dans le noir, tu es en train d'avancer. Et puis, est-ce que l'équipage va aider ? Est-ce que l'équipage va donner des instructions ? Est-ce qu'il y a des annonces qui se font par haut-parleurs ? Si tu t'en rappelles.
Alors, c'est vrai que j'en parle dans le livre. Super ! Et c'est vrai, ça permet vraiment une numération totale. Oui, il y avait des annonces. Il y a eu des annonces, mais des annonces en italien.
Ok.
Des annonces en italien. Il y a eu des annonces aussi codées, donc propres au monde d'équipage. Voilà, exactement. Mais sincèrement, Aldo, c'était... C'était une espèce de cafouillage total. Parce qu'il faut le rappeler, dans ce type de bateau, il y a plusieurs nationalités. Donc il y avait des Sri Lankais, il y avait des Indiens, il y avait aussi des Malaisiens. Honnêtement, j'ai eu l'occasion de voir des membres d'équipage avait en charge l'évacuation du bateau grâce à la chaloupe et ses individus, ses personnels ne se comprenaient pas. Donc inutile de vous dire que quand il n'y a pas le même langage, il est difficile de coordonner une quelconque évacuation.
Oui absolument, absolument. Et donc c'était très dur de communiquer avec eux. Et les passagers, est-ce que tu te rappelles, donc tu disais il y a beaucoup de monde, est-ce que tu te rappelles quelle était l'attitude générale des passagers ? Est-ce qu'il y avait de la panique ? Est-ce que les gens étaient calmes ? Et encore une fois, je tiens à souligner qu'on n'a pas préparé cette interview. Ça signifie exprès, quand j'invite une personne sur mon canal, jamais je ne pose les questions d'avance ou je les envoie à autre, sachant que moi-même, je ne les ai pas. C'est une conversation qu'on a et elle va là où elle va. Les gens, comment ils étaient ? Panique ou pas panique ?
C'était la panique totale. Alors, je rigole, puisqu'on parle souvent de l'homme et du sexophore, mais... Sans donner trop de précisions, mais... Non, non, t'es.
Là pour nous donner des précisions. J'adore.
J'ai vu, j'ai entendu ces hommes italiens pleurer. Et ce sont les femmes qui gardaient les bébés. Il y avait des mamas, il y avait de jeunes femmes qui gardaient les bébés et qui consolaient ces messieurs. Je fus surpris. Sincèrement, ça fut une espèce de découverte particulière, parce que c'était les femmes qui étaient là pour gérer, pour rassurer, parce qu'il y a eu des gens, ils ont pété les plombs, parce que dans ce genre de situation, effectivement, on ne sait pas comment réagir. Donc c'était l'effervescence, c'était le stress. J'ai ressenti de la colère. C'est vrai que j'en parle dans « Les veilles du naufrage » qui a donné naissance à ma vie. Mais s'il te plaît, il n'y avait plus cette courtoisie. cette courtoisie quand les choses se passent très bien. L'histoire qu'on retrouve, surtout au début du Titanic, où on dit d'abord les hommes et les femmes d'abord.
Non, non, non, non, non, non.
Voilà. Et j'ai même vu, j'ai même vu certaines personnes abandonner leur propre épouse. Que j'ai moi-même personnellement dû rassurer. Voilà.
Est-ce qu'à ce stade, on réalise, à bord du Costa Concordia, que le navire est au sec ? Ça signifie que le navire s'est pris, il est au fond, qu'il est revenu vers l'île, qu'il a tapé. Ou bien est-ce qu'on a l'impression qu'on est au milieu de n'importe où ?
Il a manqué beaucoup d'informations pour nous rassurer. Un moment, effectivement, nous voyons la côte de l'île de Giglio, mais sans savoir que nous avions tapé et que le flanc du bateau était contre les récifs. parce que pour nous, on était toujours au milieu de l'océan. Et honnêtement, non, c'était, ça restait quand même. Il y avait mon accompagnatrice qui était là. Je regardais ses chaussures, je regardais ses talons, je lui ai dit bon, peut-être qu'il va falloir ôter tes beaux talons et éventuellement sauter et nager parce que nous nous sommes retrouvés du côté où le bateau gîtait.
Ah, d'accord. Oui, d'accord.
Petit à petit, ça gîtait, ça gîtait, ça gîtait sans s'en rendre compte. Jusqu'à ce que, à un moment, la porte de la cuisine s'ouvre et laisse sortir une dessert avec des couteaux et des fourchettes.
Ok, donc il y a les objets...
Dans un bruit assourdissant. Ah oui, oui.
Donc là, la vaisselle qui commence à tomber, tout ça...
C'est ça, c'est ça.
D'accord, oui. J'ai entendu dans des conditions moins dramatiques que les tiennes, j'ai entendu le bruit d'une cuisine où il y a plein de choses qui tombent, c'était une houle de 10 mètres et à un moment donné le navire agitait brutalement et beaucoup de vaisselle est partie, ça fait un bruit assez effrayant. Tout en plus que quand t'es psychologiquement conditionné, parce que psychologiquement tu sens un danger, alors y'a tes sens qui multiplient les bruits, y'a le moindre bruit qui se multiplie par 10, et quand t'as de la vaisselle par terre, ça rajoute un petit peu un effet dramatique à la situation. Donc toi tu étais du côté où le navire gîtait, donc tu ne voyais même pas l'île, tu voyais le large.
Non, non, non, je voyais l'île.
Tu voyais l'île, d'accord.
Oui, je voyais plutôt l'île. Mais on voyait aussi qu'il gîtait dangereusement.
D'accord.
Oui, puisqu'à tel point que nous sommes du côté où il gîtait, à ce niveau. Donc nous étions parmi les derniers à avoir évacué et peu de temps après, on a entendu un gros bruit et c'est là où nous étions, même pas cinq minutes avant.
D'accord. Le grand bruit que vous avez entendu, tu dis, nous avons entendu un grand bruit.
Quand on a évacué, quand on a évacué après l'évacuation, après l'évacuation, donc en arrivant, oui, parce que le bateau, il s'est tout simplement allongé définitivement.
D'accord. Donc il s'est penché, penché, penché. Et à un moment donné, ça a accéléré. Puis il y a eu un gros bruit.
Voilà.
Le navire venait de stabiliser sur les rochers. C'est ça. C'est ça. D'accord. toi tu es sorti comment ? comment tu as évacué ce bateau ? par quel moyen ?
C'est vrai que j'étais prêt à nager. Même si on sait que dans la Méditerranée, il y a quand même aussi quelques poissons un peu costauds, comme des requins entre autres, mais sans connaître le courant ni quoi que ce soit. Mais pour moi, c'était au moins le seul moyen de m'en sortir. J'ai connu un monsieur d'un certain âge, de plus de 70 ans, qui a nagé. Oui, il a nagé. Alors moi, j'ai pu prendre une chaloupe. Mais bien difficilement, parce qu'il n'y avait personne pour la piloter. D'ailleurs, c'est un croisiériste qui a piloté cette fameuse chaloupe. On a dû participer activement à l'évacuation. On n'a pas vraiment compté pour voir combien de personnes qu'on pourrait mettre dans cette fameuse chaloupe, mais il fallait quand même. orienter tout cela et le faire de manière la plus disciplinée et plus calme que possible. C'est ce qui s'est passé, à un moment il a fallu couper, rompre le câble avec une hache. Nous nous sommes vraiment débrouillés par nous-mêmes.
D'accord, donc il n'y avait pas d'équipage à ce stade, c'était juste vous, les croisiéristes, vous vous dites, bon, c'est une chaloupe, elle est à nous, on va la prendre, on embarque le maximum.
Ils étaient là, mais honnêtement, ils étaient plus ou moins statiques. Je pense qu'ils étaient aussi surpris et choqués que nous. Et franchement, ils n'ont pas pu prendre les initiatives qui s'imposaient à ce moment-là.
D'accord, donc on imagine qu'ils étaient complètement dépassés.
Ils étaient dépassés par les événements.
Manque d'entraînement, à ton avis ? Tu penses qu'ils n'étaient pas assez entraînés ?
Honnêtement, je ne vais pas m'aventurer, mais au vu de ce que j'ai pu voir, je ne parlerai pas forcément du manque d'entraînement, mais je parlerai plutôt de la capacité à chaque individu à être dans un rôle bien spécifique. Donc on parle d'aviation, ce ne sont pas tous les pilotes qui sont capables de faire face à telle ou telle situation en cas de détresse, parce qu'il y a le stress qui est un facteur très important et qui, par moments, inhibe 50% de nos facultés intellectuelles. Donc nous ne sommes pas tous égaux face aux difficultés, au stress et à certaines responsabilités. C'est la raison pour laquelle, même dans l'évêt, le naufrage, qui a donné naissance à ma vie, je parle du fait de se connaître. Et ça aussi, c'est important Aldo, de se connaître, de connaître sa place et de connaître ses capacités. Et là, en l'occurrence, je pense que le casting, il a été mal fait. C'est tout. Parce que même si c'est ce personnel qui participe à l'évacuation, ce sont des... des stewards, des hôtesses, vous avez des cuisiniers, vous avez des serveurs, mais il faudrait peut-être pousser la chose et savoir si cet individu est capable justement de relever le défi.
D'accord. Juste pour te dire, toi tu es en Martinique, j'ai grandi en Méditerranée, il n'y a pas de... je ne pense pas qu'il y ait des courants, il y a des courants en particulier, si c'est en hiver, oui, le danger de nager, effectivement, c'est de se faire emporter par le courant, puis voilà, ou être épuisé avant de rejoindre la côte ou autre, mais Le danger de se faire bouffer par un requin, c'est quelque chose de relativement faible par rapport à d'autres dangers qui te guettaient ce soir-là.
D'accord, merci pour l'information.
Non, il n'y a pas de souci. Mais c'est vrai, j'imagine que voilà, moi je serais pareil, je serais en Martinique, s'ils doivent sauter dans l'eau, je me poserais la question, est-ce qu'il y a des requins ou pas ? J'étais l'année dernière, ou il y a deux ans, j'étais au Maldives et il y avait des requins, j'en avais vu, des requins assez grands. Moi, ils m'ont inquiété. Il y a des gens qui m'ont dit, qui travaillaient là-bas, non, non, ils ne touchent pas aux humains, tout ça. Vous travaillez où ? Vous travaillez sur l'île ? Oui, je travaille dans le service de marketing. Quand le gars du marketing t'a dit que le requin ne pouvait pas te bouffer, j'étais un peu sceptique. Tu as dit que ça a été un éveil pour toi, une nouvelle naissance, sachant que tu es né un vendredi 13, donc il y a eu une naissance pour toi. parce que tu t'es mesuré à une situation exceptionnelle. Bien sûr. Tu sais, c'est un petit peu comme ces gens dont j'ai parlé il y a quelques jours. Ils étaient dans un avion de Delta qui a posé brutalement. C'était à Toronto. Et puis, il a explosé. Il a été arraché. Ils se sont retrouvés sur le dos. Et c'est des situations très particulières dans la vie. C'est cette situation où pendant trois secondes, t'as cette impression que le monde s'arrête. Et puis tu te dis, on s'est viandé, mais on n'a pas crevé. Et à partir de là, il y a quelque chose de nouveau qui se déclenche dans ta tête où tu te dis OK, maintenant, il va falloir évacuer, il va falloir sortir, il va falloir sauver d'autres personnes. C'est le moment où je me mesure un nouveau défi.
C'est ça, c'est ça. Et effectivement, pour moi, il est important et je l'ai dit, je l'ai dit, tant qu'on n'a pas vécu une situation, on peut effectivement fantasmer sur sa façon de réagir, on ne peut que supputer, mais tant qu'on ne l'a pas éprouvé, et c'est là où on parle de connaissance, tant qu'on ne l'a pas éprouvé, On ne sait pas de quoi on est capable, parce que personnellement, moi, je ne savais pas que j'étais capable, effectivement, de faire face à pareilles situations, même si après, effectivement, quand je me suis retrouvé en sécurité chez moi à Paris à l'époque, j'ai tout lâché. J'ai tout lâché. Donc, effectivement, il est important de sortir de la grandie tout en sachant que, bizarrement, Aldo, j'ai souri pendant l'événement. J'ai souri et ce n'était pas nerveux. Ce n'était pas nerveux, et je me souviens qu'un de mes amis naufragés m'a posé la question, il m'a dit, mais Soleil, pourquoi tu souris ? Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qui te fait sourire ? C'est énervé, j'ai dit non, mais je sens que notre vie va changer. En réalité, je m'adresse à moi-même. Je m'adresse à moi-même. Ma vie a changé à partir de ce moment-là, parce que j'ai vu de quoi je suis capable, et c'est mon naufrage, comme je dis. C'est mon naufrage.
D'accord. Et ça a été une nouvelle naissance. Question, est-ce que ça t'a... En même temps, sur le moment, aujourd'hui, on sait que t'es là, c'est un pré-coup, tout ça. Mais sur le moment, est-ce que tu t'es dit, c'est peut-être la fin ? Est-ce que ça t'a traversé l'esprit ? Ça l'a été pour des dizaines de personnes dans ce naufrage ?
Alors, honnêtement, à aucun moment, je me suis dit que c'était la fin.
D'accord.
J'étais, j'avais mon accompagnatrice avec moi, et il fallait que... Quelque part aussi, il fallait que je la protège. Donc à aucun moment, sincèrement, je me suis jamais posé la question. Merci de me la poser, mais à aucun moment je me suis dit c'est la fin. Je me suis dit de façon, on va tout tenter. Et c'est quand on s'est retrouvé en sécurité dans l'appartement à Paris que j'ai réalisé que ça aurait pu être la fin. Mais avant ça, non.
Est-ce que tu penses que quelque part tu rentrais peut-être dans une phase de déni parce qu'il y avait un véritable danger mortel, mais que sur le moment tu ne pouvais pas te permettre le luxe de le penser ? Parce que peut-être ça t'aurait bloqué, tu serais assez figé comme ceux qui sont restés en train de pleurer. J'ai lu une histoire, un autre livre qui a été écrit par un autre naufragé, qui disait que certaines personnes, il les a trouvées dans une salle en train de pleurer complètement. qui corrobore derrière ton témoignage, j'ai vu des hommes pas bloqués dans une salle, bloqués dans le sens où la porte était ouverte, ils pouvaient partir, mais le stress a fait qu'ils sont restés sur place en train de pleurer en disant nous sommes morts.
Alors j'ai eu l'occasion de rencontrer d'ailleurs, c'est un couple guadeloupéen qui est resté dans le grand salon près du piano et je me souviens avoir dit au monsieur qu'il est temps d'y aller, qu'il faut évacuer. Il m'a dit que non, il ne pouvait pas parce que son épouse, elle a eu une crise de tétanie. Elle a eu une crise de tétanie, pardon. Il m'a dit non, je ne vais pas la laisser. J'ai trouvé ça tellement beau et fort. Nous sommes tous différents. Il y a l'âge aussi qui n'épargne pas. Je ne saurais répondre en disant que j'aurais pu effectivement moi également ressentir ce stress, être bloqué. Peut-être que j'ai développé un mécanisme de défense. Je ne saurais te dire exactement ce qui s'est passé, mais en tout cas, si effectivement j'étais resté dans cet état de peur, état légitime, mais de peur en se disant que c'est terminé. Je suis quand même quelqu'un d'assez optimiste et je me donne toujours à fond dans ce que je fais pour ne pas être déçu ou avoir des regrets, mais j'ai fait, c'est ça. Tant mieux.
Mais ton optimisme a quand même dû être mis à rude épreuve ce soir-là. Avec un navire de 300 mètres qui finit à pratiquement 84° d'inclinaison, c'est vrai que... On se dit que c'est peut-être la fin. En plus, avec les gens qui réagissent, comme tu as décrit, ça doit être une expérience particulièrement spéciale. Question. C'était comment de se déplacer dans un navire incliné ? J'en avais parlé dans la vidéo la dernière fois.
Oui, effectivement. Je me souviens de ta vidéo où tu expliquais un petit peu à quoi ça ressemblait. Surtout si c'est à 90 degrés, c'est particulier quand même. Mais même à 30 degrés, c'est vrai que c'est... C'est déroutant, c'est déroutant. Après...
C'est Alice au Pays des Merveilles.
Pardon ?
C'est Alice au Pays des Merveilles.
C'est Alice au Pays des Merveilles, oui. Effectivement, on est vraiment dans un autre monde. Mais je n'ai pas eu l'occasion de l'éprouver longtemps. Puisqu'à un moment, nous sommes restés plus ou moins statiques. Et donc, face à la mer, je n'ai pas vraiment ressenti ces effets-là. Il y en a d'autres, oui, effectivement, énormément éprouvés, ceux qui sont restés dans les cabines, parce que c'est vrai qu'on n'en parle pas, mais il y a des gens qui n'ont pas pu sortir parce que les sas se sont fermés automatiquement. Donc il y a des gens qui sont sortis de leur chambre, mais qui n'ont pas pu quitter le couloir. Et tu m'as parlé de stress, tu m'as parlé de peur. Alors oui, bien sûr, la peur, elle y était. La peur, elle y était, c'est tout à fait normal. Là où j'ai eu le plus peur, c'est quand il a fallu entreprendre cette ascension, entamer cette ascension et se dire, mais tout au bout, Là encore, ce sont des restes du Titanic. Mais est-ce qu'on va nous laisser sortir tout au bout ? Et à l'été, le dernier pont, les portes étaient fermées. Et donc là, c'est vrai que je me suis dit, mais qu'est-ce qui va se passer ? Puisque si on n'arrive pas à sortir, à évacuer vers le haut, c'est vers le bas. Mais comment ça va se passer ? Parce que comme tu l'as... Tu m'as posé la question à savoir si j'avais une notion d'architecture au niveau de ce navire. Non, pas du tout. Les consignes de sécurité n'ont pas été données, donc automatiquement, j'ai suivi. J'ai suivi un instinct, mais c'est surtout j'ai suivi. Je me suis rappelé du film Titanic, mais qui n'était pas forcément le meilleur film pour l'évacuation d'un bateau.
Oui, effectivement, c'est pas le meilleur film, d'autant plus que ça se passe très mal pour beaucoup de gens. Et des gens, lors du Titanic, ont été bloqués, malheureusement, par un système de classes, où des stewards avaient verrouillé les portes. Alors, ils avaient ordre, effectivement, de les déverrouiller en cas de danger, si le bateau était en train de couler, sauf qu'ils n'ont jamais cru que le bateau était en train de couler. Alors qu'il était plein d'eau, il était incliné et tout ça, ils disaient, non, il y a quand même des classes, on doit respecter tout ça. Aujourd'hui, j'étais l'autre jour sur un bateau britannique, et les portes qui séparent les classes, les portes qui séparent les classes sur les ponts supérieurs, eh bien, elles sont, en termes de séparation du sol, elles ont 50 centimètres, elles sont à 50 centimètres du sol. C'est un peu, ça rappelle ces portes de toilettes de gare, comme ça, de sorte que si jamais on est obligé, je pense, c'est culturel, si jamais on est obligé de passer, eh bien on passe, il suffit de se coucher, et passer dans l'autre espace si personne n'ouvre ou autre, tu comprends ? Une fois que t'es arrivé sur l'île, t'as les pieds sur la terre ferme. Donc là, quelque part, c'est fini, t'es plus sur le costat Concordia, c'est une très bonne chose. Est-ce que tu reçois de l'aide ? Ça se passe comment par la suite ? Ça doit pas être facile la vie quand on se retrouve à 2h du matin dans une île qu'on connaît pas, avec des gens qui parlent italien.
Sachant qu'on a parlé de l'hiver pour les mauvaises conditions météo, mais aussi pour une houle assez forte dans la Méditerranée, je suis sorti avec un polo léger. J'avais un polo léger, un jean et une paire de baskets, et automatiquement j'avais froid, il faisait froid. Donc, perso, nous n'avons pas eu d'aide extérieure, en tout cas des différents, que ce soit du personnel, mais aussi de certains habitants qui avaient des commerces. J'ai senti, alors c'est vrai que j'en parle dans le livre, donc franchement je vous invite vraiment à vous immerger, à rentrer à l'acquisition.
Et le livre est disponible sur Amazon, moi je l'ai acheté sur Amazon. Il est disponible sur Amazon en papier Kindle, j'ai la version Kindle personnellement. Tu m'as dit qu'il était disponible à la FNAC également. Et autre endroit encore ? Fnac, Amazon ?
Le liste bleue sur le site de la Maison d'édition, le liste bleue.
C'est super, merci.
Par contre, nous avons eu beaucoup de chance de tomber. Alors, il y a quelqu'un qui nous a dit, comme je l'appelle, c'est mon bon samaritain ou encore mon ange gardien, parce qu'il nous a dit, écoutez, il y a la possibilité de vous réchauffer, d'avoir des couvertures, suivez-moi, suivez-moi. Et c'est bizarre, je n'ai plus jamais revu cette personne. et qui nous a dirigés vers une école qui est tenue par des bénédictines et là franchement... C'était du bonheur, parce qu'il y avait des yeux chargés de larmes. Il y avait de la bienveillance, il y avait de l'amour, et je pense qu'à ce moment-là, c'était ce qu'il y avait de vraiment le plus important. Et puis on a pu se réchauffer, on a pu avoir une boisson, parce que nous en avions besoin. Parce qu'on n'en a pas parlé, Aldo, mais j'insiste. C'est vrai que j'en parle dans le livre, mais j'insiste en disant qu'il y a des Italiens, puisqu'il s'agissait de leur bateau, il y a des Italiens qui nous ont dit non, non, c'est à nous d'évacuer avant parce que c'est notre bateau.
Voilà.
Mais si c'est ton bateau, si je ne m'y abuse, reste-y. Reste avec ton bateau.
Voilà. Genre, ils ont dit que c'était un bateau italien et aux italiens. D'ailleurs, je ne suis même pas sûr qu'il battait le pavillon italien. Je suis sûr qu'il était immatriculé à Hamilton ou un endroit comme ça. C'est.
Pas gênant.
Gêne, ouais, t'as raison, c'est Gêne. Ouais, ouais, c'est Gêne, d'accord. C'est Gêne, bon, c'est un navire italien, dans ce cas-là, il y a une nouvelle règle qu'on va créer. En fait, en cas de danger, les gens font ça, ils vont créer des nouvelles règles en se disant, bon, c'est un bateau italien, moi, je suis italien, tu restes là, je passe. En fait, tout à l'heure, tu as parlé de gens qui étaient titanisés, ça m'a rappelé un accident que j'évoque sur le canal, c'est deux 747 qui se rentrent dedans, c'est l'accident le plus grave de l'aviation, c'est deux 747 bourrés de gens qui se rentrent dedans à Ténérife.
Ah oui, je m'en souviens.
En fait, un des 747 avait réussi légèrement à s'arracher du sol et il a tapé contre celui qui cherchait à quitter la piste parce que le capitaine avait réalisé qu'il y avait l'autre qui était en train d'arriver dans le brouillard. Il a tenté de fuir et ça s'est passé à quelques secondes près, comme tous les accidents d'ailleurs. Le toit du 747 s'était arraché parce que le train d'atterrissage était passé à travers. Et il y a un gars Eh bien, il n'était pas mort. Il a eu cette seconde où on se dit, qu'est-ce qui se passe ? Il a débouclé sa ceinture. Il voyageait avec des compagnons de voyage. Et quand il les a regardés, ils n'étaient pas blessés. Ils n'avaient pas reçu de débris ni rien du tout. Mais il dit qu'ils étaient figés. Ils s'étaient tétanisés. Il regardait droit devant eux. Ils avaient les yeux fixes. Il a tenté de leur parler. alors que les flammes arrivaient, et il a réalisé que jamais il n'allait les sortir de leur torpeur avant que les flammes n'arrivent. Et qu'est-ce qu'il a fait ? Il est parti, il a sauté et il a pris la fuite. Et ces gens sont morts. Alors qu'ils avaient toute l'attitude de fuir. Mais c'est vrai que le choc psychologique, on ne réalise pas que le choc psychologique est extrêmement important dans ces situations.
C'est vrai.
Mais moi j'aime bien ce que tu m'as raconté au début, Quand tu me dis que tu es dans le resto, tu entends les moteurs à fond, le bateau qui fait un virage très sec. Donc, avec ces moteurs, j'imagine qu'il avait des azipodes. Je ne sais pas s'il avait des ailes électriques. Il avait des azipodes. Donc, il met les gaz à fond, n'est-ce pas, comme on dirait dans un avion. Il braque complètement et il fait demi-tour pour revenir vers l'île. Donc, c'est juste une question parce que, je te dis pourquoi, parce que cette question a été évoquée à de nombreuses reprises, elle a été même évoquée dans les commentaires de la dernière vidéo. Et voici la question, c'est, certains disent, il y a un clan qui dit, le capitaine Schettino, ce qu'il a fait, quand il a senti que le bateau était éventré, qu'il allait couler de toute manière, ce qui n'était pas facile de savoir, qu'il ne voyait pas, nous on sait aujourd'hui que le bateau était déchiré et tout, on a la photo, on sait, lui ne le sait pas, ben on dit que Il dit qu'il a remis les gaz, il a fait ce virage brutal que tu décris, puis il est revenu vers l'île pour en fait taper sur les hauts fonds et éviter que l'avion, le bateau... ne coule en eau profonde, ce qui aurait causé un désastre énorme, vu ce que tu décris.
Oui, bien sûr.
Parce que je pense que tu étais là-dedans, tu peux me dire que si le bateau avait coulé alors qu'il avait 400 mètres de profondeur, genre il a coulé à un kilomètre des côtes, on imagine que le bidon était beaucoup plus lourd.
Ah oui.
Forcément, il y a plein de gens qui ne sont pas sortis, qui ont la vie, sauf que parce que le bateau a cessé de couler à un moment donné.
Exactement.
Mais il y a un autre camp qui dit, et ça en particulier c'est l'accusation lors de la justice italienne, il a été condamné à 16 ans de prison, le gars, qui dit que non, non, lui il ne contrôlait plus rien du tout, qu'une fois qu'il a tapé contre le rocher, il a voulu foncer vers le large, et puis au bout d'un moment ce qui s'est passé c'est que les moteurs sont arrêtés et c'est le courant qui a rabattu le navire vers l'île. Écoute, je ne sais pas. Personnellement, je suis plus partisan de la première hypothèse parce que c'est des bateaux immenses, énormes. Je ne vois pas ce bateau se déplacer juste par les courants tout seul et aller se poser délicatement devant cette île. Je ne sais pas, j'ai du mal à le croire.
Une question Aldo, dis-moi si un bateau peut continuer sa route sans générateur.
Alors écoute, ça dépend de quel générateur. S'il s'agit d'un générateur électrique, comme celui qui a eu la coupure d'électricité dans le bateau, mais j'imagine, je ne sais pas, il faut que je demande. La prochaine fois que je suis sur un bateau, ce sera dans quelques semaines, je demanderai. Mais encore une fois, ça ne me répondra pas pour le Cosa Concordia. Parce qu'en fait, ce qu'ils font aujourd'hui les navires, les navires modernes, ils fonctionnent comme ceci. Ils ont des gros moteurs diesel. mais ces moteurs diesel n'ont pas un axe avec lequel ils vont entraîner les hélices, ça marche plus comme ça. On a les gros moteurs diesel, ils génèrent l'électricité et après on a dehors, on a ce qu'on appelle les azipods, ça signifie on a une sorte de pod avec une hélice, le pod contient un moteur électrique et en fait il y a des gros câbles électriques qui rentrent dans le navire et puis on alimente les moteurs externes en électricité. Donc c'est des moteurs électriques qui entraînent le bateau mais c'est pas une Tesla non plus, il n'a pas de batterie, il a un générateur électrique. Et en fait l'avantage des Azipod c'est qu'ils sont rotatifs sur 360° Ils permettent par exemple à ces navires de quitter le port sans avoir besoin d'abeilles. Avec leurs propres moyens, ils peuvent quitter le port, revenir au port. Des fois, on les voit assistés par des abeilles, mais c'est spécial. C'est dans des endroits où il y a beaucoup de courant, où on préfère par sécurité, comme des fois ils le font à New York, dans le Hudson et tout. Des fois, on voit quand même des abeilles, alors que ce n'est pas 100% nécessaire, mais pour juste éviter qu'ils quittent le chenal et qu'ils se mettent au sec. Donc, la question, c'est effectivement Est-ce qu'il avait complètement perdu son électricité ? Vraisemblablement non, parce que tu as senti, tu as entendu les moteurs. Tu les as entendus. C'est la première chose qui t'a frappé. Le bruit des reverse, tu me disais au début, plus la bouteille qui fout le cran.
Alors on parle de double coque. Après, il y a des hypothèses aussi disant que ce bateau ne respectait pas la réglementation et le droit le droit maritime, parce qu'ils ont parlé de double coque, double fond, et ça, honnêtement, je ne sais pas. Mais est-ce que, par exemple, si la double coque, la coque numéro 2, a été éventrée, elle également, et a pu pénétrer dans cette salle où se trouvait... se trouvaient ses moteurs, même les génératrices. Est-ce que, effectivement, ce bateau aurait pu s'arrêter net, tout en sachant que, même s'il a fait sa manœuvre d'évitement, un bateau aussi gros peut continuer plusieurs minutes juste sur son air ?
Absolument. C'est comme un train, il peut continuer avec sa propre inertie. Oui. Oui, oui.
Mais sincèrement, je ne sais pas si Je ne sais pas.
Quand j'étais ado, j'étais dans un port en Algérie, c'est le port de Mostaganem, et puis il y avait un gros navire, un gros navire, je ne sais pas un porte-contrôleur, je ne sais plus s'il s'appelait, je ne sais plus s'il existe toujours. En tout cas, gros navire. On a un équipage asiatique qui jette une petite corde, une corde d'alpinisme. Après, il y a des gars qui commencent à tirer une grosse corde, là cette fois-ci, énorme vraiment. il la passe sur une bite d'amarrage sur le quai et là le bateau est en train d'avancer probablement à la vitesse de ma main en impression très très lentement moteur ralenti complet et en fait la corde commence à se tendre et craquer à ce moment là moi je vois des douaniers qui étaient debout là commencent à courir et je me suis mis à courir aussi j'ai pas compris pourquoi ils couraient mais je me suis dit si les gars ils courent Je cours aussi, c'est la règle en Afrique, je veux dire, il court, tu cours, après tu te demandes. Et en fait, ce qui s'est passé, c'est que derrière moi, j'entends comme un coup de canon, la corde s'est cassée, et elle a fouetté des palettes qui étaient là, qui sont parties, il y avait du bois qui a sauté en l'air, les palettes étaient détruites, et le navire a continué à avancer exactement à la même vitesse, comme si de rien n'était. Cette corde épaisse comme ça, c'est cassé, comme si c'était un fil de couture. Et après, c'est plus tard que j'ai appris que ça tuait pas mal de monde chaque année, ces cordes qui se cassent. C'est un des dangers de travailler autour de ces gros navires. Les gens qui travaillent autour sont très conscients, mais malgré tout, il y a des accidents. Ok. Super. C'est une histoire absolument passionnante que tu partages avec nous. Je suis très content que tu aies eu la vie sauve. C'est vrai que dans mon canal, je ne parle pas toujours des victimes, tu as remarqué. C'est-à-dire que virtuellement pour moi, tous les accidents que je traite, il y a eu zéro mort. Pourquoi ? Parce que tout simplement, si tu commences à regarder Le côté émotionnel, tu sais, tu commences à regarder les histoires, les photos, les gens qui sont morts, les drames, tout ça. C'est vrai que tu ne fais plus de la technique, tu n'as plus envie de parler de ça en réalité. Il y a un accident d'avion, le Flash Airlines. J'ai rencontré quelqu'un, il a perdu neuf membres de sa famille dans le crash. Les gens étaient partis, ils lui ont laissé les clés. Ils ont dit on part en vacances, on te laisse les clés, OK ? Trois maisons. Et comme ça, tu peux arroser tout ça, tu peux... Et le mec, il se retrouve avec 9% de sa famille qui sont plus là, et il a trois trousseaux de clés. Voilà. Ça, c'est terrible. Et quand j'avais travaillé avec les familles des victimes, pendant longtemps, pendant des années, tu sais que pendant des années, j'ai travaillé avec les familles des victimes, j'avais pas vu la photo d'une seule victime. Il a fallu qu'un jour, je sais pas pourquoi je te dis ça, mais il a fallu qu'un jour, J'étais au Sheraton du Caire avec un couple qui avait perdu leur enfant unique. Et le papa, il me fait ça. Il sort un portefeuille. Il sort une photo. Il me la pose sur la table, il me dit ça c'était mon fils. Je le regarde. J'ai eu comme une douche froide. Ça faisait des années que je travaillais sur cet accident. J'ai passé des week-ends, des nuits blanches, on a voyagé, on a fait beaucoup de choses. C'est la première fois que je voyais la photo d'une victime. Mais c'est vrai que ça fait comme une baffe, ça secoue. T'as l'impression d'avoir pris un TGV sur l'instant. Mais c'est pour ça que j'évite de regarder ça parce que j'essaye de rester purement technique. Tu pourras jamais rester purement technique si tu regardes les victimes et les drames humains. C'est pas possible. En tout cas, Solène Manussala, merci beaucoup d'avoir été là. Ça m'a fait très plaisir de partager ces moments avec toi. C'est des moments très enrichissants. Et puis, je recommande ton livre, Amazon, La Fnac. Tu peux nous le montrer, ton livre, s'il te plaît ?
Oui. L'éveil, le naufrage qui a donné naissance à ma vie. Le naufrage ? Oui, qui a donné naissance à ma vie. Aldo, je tiens à te remercier de m'avoir permis de m'exprimer sur ton canal qui est très sérieux et très technique. Ça permet aussi à tes followers de voir aussi que tu as du cœur, que tu as un cœur parce qu'on a quand même, c'est la première fois qu'on échange, mais le fait de se voir et le fait aussi de permettre de mettre la lumière sur certains événements en étant le plus sincère que possible, On n'est pas là pour relater une réalité, mais on parle de vérité. Donc je te remercie aussi pour ce côté humain chez toi.
Merci beaucoup. Et merci de rappeler que des fois, une tragédie, et ça, ça n'a pas besoin d'être une tragédie d'un avion ou du Kostak-Ankordia ou autre, qu'une tragédie, c'est peut-être aussi une occasion des fois dans la vie de se mesurer, à la destinée de se mesurer un décret du destin et en sortir grandi, et peut-être même une nouvelle naissance, comme tu le dis très bien. Merci, et on se voit dans une prochaine vidéo. C'était un hors-série sur le crosta concordia. À très bientôt.
À bientôt.
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