Viser une productivité consciente | Anne-Laure Le Cunff #193

In this episode of the Investisseurs 4.0 podcast, host Paco interviews Anne‑Laure Le Cunff, founder of NAS Labs, neuroscience PhD candidate at King’s College London and author of the Mindful Productivity newsletter. The conversation explores a holistic, neuroscience‑informed approach to productivity that they call “productivité consciente”. Le Cunff argues that sustainable success comes from listening to the body and brain, designing work around energy and flow, and adopting a long‑term, flexible view of time rather than a rigid, task‑centric schedule. She outlines three pillars of conscious productivity: (1) attuning to physiological and mental signals instead of suppressing procrastination; (2) taking a higher‑level, weekly‑to‑monthly perspective on work and energy; and (3) integrating these insights with a personalized knowledge‑management system. Le Cunff describes three archetypes of knowledge workers – architects (structured databases like Notion), gardeners (emergent graph tools like Roam/Obsidian), and librarians (simple retrieval systems) – and stresses that the best approach is the one that fits the individual. She shares her own daily rhythm (creative work in the morning, meetings mid‑day, email in the afternoon), the “Plus‑Minus‑Next” weekly review, and the importance of checkpoints. The role of AI is presented as a “thinking companion”: using prompts and transcript analysis to clarify ideas quickly, while warning against over‑automation that replaces original thought. Le Cunff also discusses the Nest Labs community, its public‑learning ethos, coworking sessions, meet‑ups, and how members turn shared learning into projects or businesses. Finally, she outlines upcoming projects: a Paris meetup, the completion of her first book on mindful productivity, and aligning the book’s concepts with Nest Labs offerings. Throughout, she emphasizes flexibility, self‑compassion, and the need to continuously iterate personal systems.
Chapters
On n'est pas fait pour travailler avec des charges de travail telles que celles-là. Et au final, on se rend compte que les gens qui ont le plus de succès sur le long terme, c'est ceux qui ont réussi à créer des routines qui puissent maintenir. Pas des routines extrêmes comme celle-là. Il y a des informations très intéressantes qui peuvent nous aider à designer notre travail d'une manière qui est au fond plus efficace. Décevoir les gens autour de nous, c'était une question de vie ou de mort. Si jamais on se faisait rejeter du cercle de la tribu, ça pouvait être très grave. Donc on a vraiment des instincts où on essaie vraiment de ne jamais décevoir les gens autour de nous.
Bienvenue sur Les Investisseurs 4.0, le podcast qui explore les stratégies et les méthodes pour développer son patrimoine immobilier quand on a 40 ans, un job à plein temps et une vie de famille trépidante. Booster sa productivité est un concept constamment évoqué, au point où sa recherche devient assez oppressante, je trouve. Chercher à faire toujours plus en en moins de temps se fait souvent au détriment de sa charge mentale et du coup de sa performance à moyen-long terme. Alors à quoi bon chercher à être plus productif et dans quelle mesure peut-on faire des gains de productivité tout en étant à l'écoute de son énergie, de son équilibre de vie? C'est le sujet que je te propose de creuser aujourd'hui avec Anne-Laure Le Cunff sur le podcast cette semaine. Anne-Laure est doctorante en neurosciences à King's College à London. Elle est la créatrice de NestLab, une communauté engagée qui aide les gens à être plus productifs. Elle tient aussi une newsletter et un blog qui s'appelle Mindful Productivity que je te conseille, est très qualitatif. A collaboré avec les plus grands comme Tiago Forte sur le sujet et elle est en train d'écrire un livre sur le sujet. Bref, on tient aujourd'hui une invitée qualifiée sur le podcast pour nous parler de productivité. Au cours de la conversation, on apprend notamment quels sont les piliers de la productivité consciente, comment chercher et trouver l'état de flow propice à la plus grande concentration de sa journée, quelle approche adopter pour gérer au mieux son énergie et les informations que l'on consomme, comment être plus productif avec l'IA aussi aujourd'hui, de quoi nourrir ta réflexion sur la recherche d'une productivité plus apaisée, plus consciente. Avant de démarrer, je voulais remercier les personnes qui soutiennent le podcast au travers de commentaires 5 étoiles sur Apple Podcast ou Spotify. Merci à Maxime, Lou et Guérin pour vos commentaires cette semaine. Un grand merci aussi aux personnes qui nous ont rejoints tôt dans le projet de communauté privée que j'ai lancé. On l'appellera le projet X pour le moment. Il y a des profils impressionnants dans les personnes qui nous ont rejoints déjà et j'ai hâte d'accueillir les prochains. Si tu veux en être, si tu veux en savoir plus sur cette communauté, je t'invite à te rendre sur le lien investisseur avec un S www.paco.com/projetx. Je te donnerai plus d'infos là-bas. Allez, sur ce, on part maintenant à la recherche d'une productivité consciente avec Anne-Laure.
C'est parti! Salut Anne-Laure, bienvenue chez les Investisseurs 4.0. Salut Paco, merci beaucoup d'être là. Et pour un sujet que j'aime particulièrement, qui est la productivité, on est tous un peu en recherche ici, en tout cas les gens qui nous écoutent, avec des vies multiples partout. De faire plus avec moins, toujours. Et c'est pour ça que je suis très content de te recevoir aujourd'hui pour parler de ça. Si tu veux te présenter peut-être pour les gens qui ne connaissent pas encore.
Je m'appelle Anne-Laure, je suis la fondatrice de NAS Labs, qui est une newsletter, une communauté et une plateforme qui offre des cours pour aider les gens à être plus productifs tout en prenant soin de leur santé mentale. Et en parallèle, je suis aussi en train de compléter un doctorat en neurosciences à King's College London et d'écrire un livre pour Penguin qui traitera ces sujets.
Parfait, donc très très occupée, on peut le voir, tu as pas mal de trucs sur la planche. Juste sur ton parcours, tout est— parce qu'on s'était rencontré, tu me disais que tu étais à Londres, ça fait longtemps en fait, comment tu en es arrivée à là en fait rapidement, peut-être pour donner un cadre?
Oui, j'ai commencé ma carrière à Google, d'abord à Londres puis à San Francisco, et je travaillais en marketing sur les produits de santé digitale. Donc je sais pas si les gens qui nous écoutent vont connaître cette appli parce que tout le monde connaît Apple Health, mais moi je travaillais sur le concurrent à Google qui s'appelle Google Fit et qu'on retrouve sur les téléphones Android ainsi que toutes les smartwatches Android Wear qui sont faites en partenariat avec Google. Et je suis partie de Google en 2017 pour commencer ma propre startup. J'ai été en accélérateur, j'ai lancé le produit, ça n'a pas été un succès du tout, donc ça a été mon premier échec en business dont j'ai beaucoup appris. Et après avoir travaillé sur cette startup, j'étais pas trop sûre de ce que je voulais faire ensuite. Et j'ai décidé du coup, à l'âge de, je pense que j'avais 28 ans, de retourner à l'école. Donc je suis retournée en université à King's College London où j'ai fait mon master en neurosciences. Ça m'a beaucoup plu et j'ai décidé de continuer. Et maintenant je suis en train de faire mon doctorat.
Et justement, les neurosciences du coup, c'est une passion comme tu l'as dit. Comment tu arrives à le lier en fait avec cet intérêt aussi de la productivité? Comment tu vois les choses?
J'ai envie de dire comment faire pour ne pas les lier en fait, parce que c'est vraiment pour moi impossible de penser à la productivité, à la créativité, au travail, à n'importe quel type d'activité qui nous demande en fait d'utiliser notre cerveau sans réfléchir à la manière dont il fonctionne. Donc la connexion entre les deux est très naturelle et c'est très utile en fait de comprendre la manière dont notre cerveau fonctionne, nous limite aussi parfois de certaines manières. Et comment l'utiliser de la meilleure manière pour qu'on puisse encore une fois travailler, faire du travail qui nous plaise, qui soit efficace, mais sans sacrifier sa santé mentale.
C'est ça vraiment ton cheval de bataille vraiment dans tout ça, c'est faire en sorte que l'une et l'autre ne soient pas en fait antinomiques. On peut avoir en fait un équilibre de vie, une santé mentale saine et être productif tout autant que que ce qu'on pourrait les imaginer, quoi.
Oui, absolument. Surtout du fait que j'ai commencé ma carrière en tech à Google, j'ai vécu moi-même et vu beaucoup de mes collègues aussi avoir à subir l'expérience du burn-out que je pense que beaucoup de personnes ont vécu. Et en tout cas, il y a à peu près 10 ans, il y avait vraiment ce que les Américains appellent cette hustle culture, vraiment l'idée de travailler au maximum Il y avait plein de blogs que je lisais à l'époque qui disaient «Lève-toi à 5 h du mat', t'as déjà une journée complète avant même que tu ailles au travail», etc. Et je peux comprendre que ça soit inspirant et qu'il y ait beaucoup de gens qui aient envie d'essayer ce type d'approche, mais c'est pas soutenable sur le long terme. On n'est pas fait pour travailler avec des charges de travail telles que celles-là. Et au final, on se rend compte que les gens qui ont le plus de succès sur le long terme, c'est ceux qui ont réussi à créer des routines qui puissent se maintenir, pas des routines extrêmes comme celle-là.
Ouais, c'est vrai que même dans la littérature sur la productivité, il y a eu beaucoup ça à l'époque. C'est seulement un petit peu en train de changer. Mais ouais, enfin, je lisais aussi le livre d'Anne-Laure Le Cunff récemment là-dessus. Aussi de mettre en fait en lien le thème de feel good avec productivité, qui est aussi qui paraissent en antinomie, mais c'est très récent finalement. C'était pas jusque-là, c'était plutôt le gain de shit done et c'est tout quoi.
J'étais en train de regarder autour de moi parce que j'ai une copie quelque part, voire 2 d'ailleurs. Oui, j'ai 2 copies derrière moi parce que je l'ai acheté, puis ensuite il m'a gentiment envoyé une copie aussi. Donc j'ai 2 copies. Et non, ça a été vraiment super de voir ces dernières années à la fois Ali Abdaal, d'autres personnes aussi, Kalina Anne-Laure Le Cunff, beaucoup d'autres auteurs aussi qui ont commencé à tenir un autre discours et de dire on n'est pas obligé d'avoir cette get things done, get shit done approach pour avoir du succès et pour travailler de manière efficace.
Tu parles donc de productivité consciente, je pense c'est comme ça qu'on le traduit en français. C'est quoi les piliers pour toi de ce que tu appelles justement la productivité consciente dans ce domaine?
Le pilier principal, en fait, c'est d'écouter les signaux que nous envoient notre corps et notre cerveau. Ce qu'on a tendance à faire dans un modèle de productivité qui est un peu plus toxique et contraignant, c'est lorsqu'on procrastine, lorsqu'on est fatigué, lorsqu'on n'a pas envie, on va essayer en fait de supprimer, suppress, excuse-moi je parle comme Van Damme en français parce que Je fais tout mon travail en anglais, donc parfois j'ai du mal à trouver les mots. Mais on va essayer de se contrôler. En fait, on va essayer de contrôler ces signaux au lieu de les écouter. Un des piliers les plus importants de la productivité consciente, c'est d'écouter ces signaux parce qu'il y a des informations très intéressantes qui peuvent nous aider à designer notre travail d'une manière qui est au fond plus efficace et qui va être aussi moins stressante. Donc par exemple, quand on procrastine, au lieu de se forcer à travailler et probablement produire un travail qui ne va pas être de super qualité, on prend quelques minutes et on va écrire dans son journal et se poser quelques questions pour essayer de comprendre. Mais pourquoi je procrastine? Est-ce que le problème vient de la tâche en elle-même? Peut-être que la tâche est trop difficile. Dans ce cas-là, au lieu de me forcer, je vais demander à un collègue de venir regarder, jeter un œil et me donner quelques conseils pour voir comment avancer, quelles sont les prochaines étapes. Steps à prendre dans ce projet. Peut-être que le problème, il est plutôt d'un côté personnel, au niveau de ce qu'on appelle le cœur. Enfin, c'est bien sûr une métaphore, mais le cœur n'y est pas. On n'a pas particulièrement envie, c'est pas particulièrement amusant à faire. Dans ces cas-là, est-ce que c'est un peu pareil que pour les habitudes? Il y a moyen d'approcher, par exemple, ce projet d'une manière qui est un peu plus fun? Est-ce qu'on peut pas demander à un ami de faire du coworking ensemble, donc c'est un peu plus sympa de le faire ensemble? Est-ce que on ne peut pas le gamifier, etc. Donc essayer de rendre la tâche un peu plus fun. Et parfois, et ça c'est le plus intéressant, c'est notre cerveau qui est en train d'essayer de nous dire mais pourquoi tu essayes de faire ce truc? Ça n'a pas de sens parce que parfois on rajoute des choses à notre to-do list et on se dit parce qu'on l'a écrit, faut le faire. Mais si on s'arrête 2 secondes et qu'on y réfléchit un peu, on se dit en fait, par exemple, les priorités ont évolué sur le projet. «c'est peut-être plus une tâche qui a besoin d'être faite», ou peut-être que c'est pas à moi de la faire, c'est à quelqu'un d'autre de la faire, ou peut-être que c'est pas le moment de la faire, peut-être qu'il faut la faire dans 2 mois, maintenant c'est un peu trop tôt pour la faire. Et encore une fois, on va être vachement plus efficace quand on écoute ce que notre corps et notre cerveau sont en train d'essayer de nous communiquer plutôt que de se forcer, s'asseoir et compléter la tâche.
Juste rebondir sur ce que tu dis, j'ai l'impression que ce que tu proposes pour ce faire, pour avoir cette conscience dans la productivité, dans ce qu'on fait en fait au quotidien. Il faut prendre assez régulièrement quand même des prises de hauteur pour sonder, en fait, pour prendre un peu la vue du dessus. Pourquoi je fais ça? De sortir un peu son corps, dire voilà, qu'est-ce que je fais là? Écrire sur le journal, j'ai l'intention de faire ceci. C'est ça que tu proposes de faire, d'avoir des points de jalons dans la journée plus fréquents où en fait on étudie ce qu'on est en train de faire.
Oui, exactement. Et d'ailleurs, ça touche au second pilier de la productivité consciente qui est vraiment de penser au long terme. Donc en fait, au lieu d'essayer d'en faire un maximum dans sa journée où on check tout sur sa to-do list, c'est d'essayer d'avoir une manière un petit peu plus intelligente de manager son temps, mais pas que son temps, aussi son énergie. Et d'essayer de comprendre, par exemple, que parfois même si on est stressé, qu'on est anxieux et qu'on se dit bon, faut vraiment que je travaille, faut vraiment que je m'y mette. La bonne chose à faire en réalité, c'est de prendre un break, prendre un break, recharger ses batteries et ensuite s'y remettre. Et donc vraiment avoir à la fois, comme tu l'as dit, donc prendre cette hauteur au niveau de l'analyse, mais aussi prendre de la hauteur dans les actions où on essaye de vraiment penser plutôt en termes de semaines, de mois. Même parfois en termes de trimestre, de se dire que peut-être que le mois prochain on aura moins de pression externe, de projets pour des clients, etc. Et que peut-être ce sera un meilleur mois pour bosser sur des projets créatifs plutôt que d'essayer d'avancer absolument maintenant sur tous les projets en parallèle et d'avoir peut-être du coup des projets créatifs qui sont de qualité moindre parce qu'on s'est forcé à tout faire en un mois.
Tu penses que du coup sur cet horizon-là, tu proposes, c'est plutôt, c'est quoi, c'est un an? Tu parles de long terme, c'est même pluriannuel tu dirais ou c'est un an, ça serait déjà le max là?
Alors en fait, je pense pas forcément en termes de planning sur un an ou ce genre de choses parce que je pense que ça marche absolument pas. On a zéro visibilité surtout dans le monde d'aujourd'hui où on se retrouvera dans un an. C'est plutôt un changement d'état d'esprit sur la manière dont on traite le temps. Et de se rendre compte qu'il est très flexible, qu'on n'est pas obligé d'en faire un maximum dans les 5 prochaines minutes et qu'on peut peut-être tout simplement se poser la question: est-ce que j'ai vraiment besoin de le faire maintenant ou est-ce que je peux le faire plus tard? Est-ce que je suis vraiment obligé de le faire en 2 jours ou est-ce que si peut-être j'ai une conversation rapide avec un client ou un manager, je peux peut-être avoir 3 jours de plus pour le faire et faire quelque chose de mieux? Et en fait, c'est vraiment avoir une approche encore une fois à l'écoute, d'être fluide et à l'écoute et adaptable plutôt que d'avoir une approche rigide où on essaye de tout contrôler et où au final à un moment on finit par complètement perdre le contrôle et c'est ça un burnout en fait, c'est vraiment essayer de tout contrôler jusqu'au moment où on contrôle plus rien.
Ça, pour ça j'imagine qu'il y a, comme tu le dis, le cerveau est lui-même câblé, enfin câblé, il propose lui-même d'être un outil très puissant pour ça, mais les manières de l'écouter, de l'interpréter, c'est ça qui est un petit peu difficile dans cette optique-là de ces deux premiers piliers en tout cas.
Oui, bien sûr, parce qu'on a beaucoup de contraintes, on a beaucoup de contraintes externes, on a des deadlines, on a des projets, on a des collègues qui attendent certaines choses de nous. Et je pense que quelque chose aussi qui est très naturel, qu'on a toujours eu, c'est un besoin très primaire, mais c'est le besoin d'être accepté, de ne pas décevoir les gens autour de nous. On est des animaux sociaux et vraiment, jusqu'à il n'y a pas si longtemps que ça, décevoir les gens autour de nous, c'était une question de vie ou de mort. Si jamais on se faisait rejeter du cercle de la tribu, ça pouvait être très grave. Donc on a vraiment des instincts où on essaie vraiment de ne jamais décevoir les gens autour de nous. On a cette peur d'être rejeté. À cause de ça, on prend des décisions qui font qu'on ne va pas forcément s'écouter nous-mêmes. On va écouter les demandes des personnes autour de nous. Ce qui est intéressant quand on commence à pratiquer la productivité consciente, c'est qu'on se rend compte que très souvent les besoins du groupe et nos besoins peuvent être alignés. Donc c'est pas forcément une bataille où on doit forcément se dire «bon, je m'écoute pas parce que je dois écouter les besoins du groupe». On peut en fait, quand on a cette communication ouverte où on pose ces questions, Toutes ces questions dont j'ai parlé en termes de management de temps, d'énergie, elles marchent encore mieux quand on a ces conversations en équipe avec les personnes avec qui on travaille. Et on se rend compte qu'on peut faire en sorte que tout le monde soit très productif et que tout le monde fasse un travail de qualité et que tout le monde se sente bien aussi en même temps.
Tu parles aussi, notamment dans ton blog, d'état de flow en fait. Qui est un peu l'état suprême, enfin, dans lequel on veut tous être en fait, mais qui, j'imagine, a une durée de temps aussi qui est limitée, sinon ça fonctionnerait pas, et qui ne peut pas être appelé à n'importe quel moment, et qui a certaines conditions pour apparaître. Comment tu vois cet état de flow dans, dans tes activités quotidiennes en fait? Est-ce que, voilà, à quelle fréquence, dans quelle mesure?
Tu vas probablement voir un fil conducteur dans tout ce que je te raconte, mais l'état de flow justement, c'est vraiment une question de timing. Il va, comme tu l'as dit, on ne peut pas le déclencher à tout moment. Donc il faut rechercher ces états de flow dans des moments où on sait qu'on va être au calme. Personne ne va venir nous déranger pendant notre travail. Aussi, au moment où on a suffisamment d'énergie, parce que ça prend beaucoup d'énergie au final, et on le ressent pas dans le moment parce qu'on est complètement perdu dans notre travail. Mais souvent, après une session où on a été on est en état de flow pendant 4 heures, on a envie de rien faire d'autre. On n'a plus du tout d'énergie parce qu'on a vraiment donné notre meilleure énergie dans un travail en général créatif. Donc il faut aussi en général être reposé et donc être dans un bon état d'esprit pour le faire. La deuxième chose, c'est qu'il faut bien choisir la tâche aussi sur laquelle on va travailler. Si la tâche est trop facile, on ne va pas pouvoir déclencher d'état de flow. On va être même un petit peu, un peu s'ennuyer en fait. Si la tâche est trop difficile, on va avoir on a trop d'anxiété autour de la tâche ou on va passer trop de temps à essayer de comprendre comment ça fonctionne. Et du coup, pareil, très difficile de déclencher un état de flow. Il faut vraiment trouver cette tâche qui est juste au milieu, quelque chose qui est à la fois ni trop facile ni trop dur. Et si on a ces deux éléments, on a le bon timing et la bonne tâche, on peut beaucoup plus facilement déclencher cet état de flow. Moi, dans mon travail, comme tu l'as dit au début, je suis assez occupée, j'ai pas mal de projets et du coup je suis très protectrice des moments potentiels je peux être dans ces états de flow. Donc par exemple, j'évite vraiment les meetings le matin. Donc là, on enregistre ce podcast, il est 13 h pour moi. T'es mon premier meeting de la journée, la première personne à qui je parle parce que je vais vraiment protéger ma matinée où je sais que je suis reposée. Je vais pouvoir me faire mon petit café, me poser devant mon ordinateur et en général, je vais travailler soit sur de la recherche pour mon doctorat, soit travailler sur mon livre. Ensuite, je vais faire quelques meetings parce que vraiment, j'ai plus d'énergie pour produire quoi que ce soit où il faut que je réfléchisse de manière très, très profonde. Et en fin de journée, quand vraiment il n'y a plus rien, mon cerveau fonctionne à peine. C'est le moment où je vais enfin, ça peut paraître bizarre, mais je vais enfin ouvrir mes emails et je vais répondre à mes emails à ce moment-là parce que c'est très rare qu'il y ait quoi que ce soit dans mes emails qui me demande vraiment de réfléchir très, très longtemps. En général, on va me demander est-ce que tu es disponible «Pour un meeting ?» «Est-ce que tu serais intéressé pour collaborer sur ce projet ?» Et du coup, je passe une petite heure, je réponds un petit peu à mes emails, mais ça me demande vraiment pas beaucoup d'efforts. Et ensuite, je ferme mon ordinateur et je me sens bien. Et en général, ça a été une journée relativement productive.
Ouais, c'est marrant, c'est marrant, ça rejoint un petit peu. J'avais écouté Tim Ferriss récemment qui parlait de ces 3 heures de flow ininterrompu le matin, où c'est là que les tâches les plus difficiles, les plus ardues sur lequel il s'attaque. Et ensuite pareil, il disait que c'était plus utiliser beaucoup plutôt la danse, chose comme ça, le mouvement sur l'après-midi, parce que c'est autre chose, ça travaille d'autres choses du cerveau. Quand tu me disais que la tâche devait pas être trop simple, trop ardue, je me demandais aussi s'il y a pas une condition d'accomplissement qui était nécessaire, au moins à quelque chose que le cerveau se sente qu'il a accompli quelque chose. Tu vois, une tâche par exemple qui serait sur plusieurs semaines Est-ce que ça donnerait suffisamment de stimulation au cerveau pour la computer-typation?
J'ai un bon exemple pour toi, comme je t'ai dit j'écris un livre donc ça se fait vraiment pas en une semaine et donc oui c'est pour ça que ça touche toujours au fait qu'il faut que ce soit pas trop simple, pas trop ardu et du coup avoir quelque chose quand même qui soit un peu challengeant. Donc moi par exemple pour mon livre je vais me dire bon bah je vais essayer là de réécrire complètement ces 3 paragraphes pour que ça soit plus facile à lire, mieux connecté à la recherche, etc. Et je sens que ça va être difficile, mais en général ça va être faisable dans les prochaines heures qui sont en face de moi. Il y a aussi quelque chose de très important, encore une fois, c'est la flexibilité. Donc par exemple, l'exemple que je viens de te donner, parfois je vais tomber sur un papier de recherche quand je suis en plein milieu d'écrire ces 3 paragraphes qui est hyper intéressant et en fait je vais je vais pas finir la tâche que je m'étais donnée à la base. Mais c'est pas grave parce que du coup, quand on a ses routines créatives, je sais que je vais pouvoir continuer demain. Une autre chose aussi, c'est que ce que je t'ai décrit, c'est vraiment ma journée type où en général je suis bien reposée, tout se passe bien. Là, je reviens des États-Unis, je suis complètement décalée et je vais pas me forcer à suivre cette routine alors que mon corps, il est pas du tout aligné avec ces horaires. Donc là, mon emploi du temps ressemble pas du tout à ça en ce moment, c'est un peu n'importe quoi, mais c'est pas pas grave. Et donc encore une fois, c'est vraiment cette idée de ne pas suivre des processus de contrainte, c'est de suivre des processus flexibles, adaptables, où on s'écoute.
Donc typiquement, le matin, tu vas t'écouter, tu vas faire une méditation avant de construire ta journée, ou est-ce que c'est la veille tu vas construire et que tu vas quand même essayer d'avoir une sorte de trame?
En général, je fais ça le matin parce que j'ai un peu de difficulté, enfin, je peux pas prévoir comment je vais me sentir le lendemain matin. Donc ça se fait plutôt le matin. Le seul moment où je fais une réflexion le soir, c'est le dimanche soir, et c'est réflexion qui est à l'échelle de la semaine. Donc ce que je fais, c'est que j'ai une méthode très simple qui s'appelle en anglais d'ailleurs, peut-être que tu pourrais m'aider à traduire ça parce qu'il faudrait que je traduise ça à un moment donné, mais qui s'appelle Plus Minus Next, donc plus ou moins suivant. C'est 3 colonnes, c'est très très simple, ça prend 5 minutes à remplir. Et dans la première colonne, j'écris tout ce qui s'est bien passé ou qui s'est passé comme prévu la semaine précédente. Dans la deuxième colonne, tout ce qui s'est pas passé comme prévu ou qui aurait pu mieux se passer. Et dans la dernière colonne, les choses sur lesquelles je vais me concentrer la semaine qui arrive. Ça prend vraiment pas beaucoup de temps, mais ça me permet d'avoir une visibilité sur comment je me sens, comment je progresse et à un niveau assez haut, les choses que j'aimerais accomplir la semaine qui arrive. Ensuite, une fois que j'ai cette idée, ce compte, cette visibilité à l'échelle de la semaine, les jours en eux-mêmes, les journées, je suis assez flexible. Donc si le lundi je me réveille et que je suis vraiment pas en forme, bah c'est pas grave, je vais décaler des choses un peu plus créatives qui demandent plus de réflexion au mardi. Et je vais peut-être passer un petit peu plus de temps à faire des emails, des choses un petit peu plus simples le lundi, comme ça je libère un peu de temps pour le mardi aussi. Et je m'adapte un petit peu comme ça tous les jours. Donc c'est un petit peu plus comme une sorte de squelette assez flexible que je suis au cours de la semaine, mais où ensuite je peux m'adapter en fonction de comment je me besoin.
Dans un court instant, on verra quelle place donner à la spontanéité dans l'organisation de sa journée, ce que l'IA change dans la poursuite de la productivité et comment fonctionne l'apprentissage en public avec NS Lab. À tout de suite.
Ah, c'est intéressant ça, effectivement le faire en semaine c'est peut-être plus effectivement moins rigide. Et tu parles de ça comme aussi en termes d'énergie, c'est intéressant tu vois, en termes de l'énergie que tu dois prendre que tu vas, que la chose va te donner aussi. Et en t'écoutant, tu réalloues en fait les choses en fonction du niveau d'énergie que tu vas donner pour la tâche ou qu'elle va te donner. Et tu fais ta semaine un peu comme ça, j'ai l'impression.
Oui, complètement. Donc c'est pour ça que je mentionnais au début que vraiment la productivité consciente, c'est un management à la fois du temps et d'énergie. Et je pense que c'est un peu le souci avec beaucoup de systèmes de productivité, c'est qu'on considère qu'une seule variable qui est la variable Donc on a tendance aussi, tu dois connaître le time blocking par exemple, où on voit des choses, moi ça me donne de l'anxiété de voir ça, mais des gens qui remplissent leur calendrier de 8h du matin jusqu'à 8h du soir avec des blocs de travail en disant bah voilà, de 8h à 9h c'est ça, de 9h à 10h c'est ça. Et bien sûr ils mettent leur lunch dedans et ils mettent des breaks aussi dedans. Mais pour moi ça a peu de sens de faire ça dans le sens où ce break par exemple qu'on s'est mis à 3h de l'après-midi en fait c'est très dur de prévoir si ça va être le bon moment pour ce break. Et du coup ça a un peu plus de sens de s'écouter. Ensuite je réalise aussi que c'est pas possible pour tout le monde, ça dépend vraiment des métiers et il y a des métiers où on peut pas juste se dire bon ben voilà je vais prendre un break maintenant. Mais il y a un entre-deux quand même et on a en général, surtout si on fait le type de métier qu'on appelle knowledge workers où on travaille sur un ordinateur, on a plus de flexibilité que ce qu'on ne le pense et on peut très bien en général bouger des choses au fil de la journée, réarranger un petit peu et ne pas forcément avoir une approche super rigide. Vraiment utiliser son énergie pour savoir quand est-ce que c'est le meilleur moment pour prendre un break, pour travailler sur quelque chose de créatif, pour faire un brainstorm avec des collègues. C'est une manière de travailler qui est beaucoup plus fluide, beaucoup plus productive aussi au final.
Je voulais aussi te demander par rapport au fait, à l'information, la gestion de l'information, qui est pour moi avec la distraction, c'est vraiment les trucs les plus challengeants pour moi. Parce qu'il y en a juste trop et je sais pas de quelle manière en fait forcément ingérer, organiser, sélectionner les infos qui viennent. Comment est-ce que toi tu, est-ce que la productivité consciente justement elle vient en ligne de compte là-dessus ou est-ce que c'est un travail que tu fais à côté Qu'est-ce que, comment tu, quelle est ton approche là-dessus?
Oui, donc tout ce qui est management de la connaissance, c'est très lié à la productivité aussi, mais on n'est pas aussi forcé de l'optimiser comme on essaye de le faire avec la productivité. Moi, j'ai écrit un article où j'expliquais qu'en général, quand il s'agit du management de la connaissance, il y a 3 types de personnes. Il y a les architectes, les jardiniers et les libraires. Les architectes, ce sont ceux qui ont besoin d'organiser leurs connaissances en amont. C'est des gens qui utilisent beaucoup Notion, par exemple, comme outil, ce qui permet d'avoir des databases, de classer son information, d'avoir une approche un petit peu plus structurée. Ensuite, il y a les jardiniers. Les jardiniers, moi je me mets dans cette catégorie, ils ont une approche à la connaissance qui est un petit peu plus émergente. Donc ça part du bas, ça remonte vers le haut, la structure émerge en fonction de l'information qu'on collecte. C'est des gens qui ont tendance à utiliser des outils qui sont un peu plus du type Obsidian, Roam par exemple, où tu vois en général des knowledge graphs avec des connexions, des réseaux, etc., où les idées sont connectées d'une manière qui peut honnêtement paraître un petit peu bordélique à un architecte, mais qui fonctionne pour eux. Et ensuite il y a les libraires. Les libraires n'ont pas forcément d'envie ou d'intérêt de passer beaucoup de temps à structurer leurs connaissances comme le font les architectes ou à l'explorer et la connecter comme le font les jardiniers. Ils ont vraiment juste une envie, c'est de pouvoir collecter de l'information, l'avoir quelque part où ils peuvent y avoir accès facilement pour pouvoir faire leur travail, tout simplement. Un peu comme un libraire qui construit une bibliothèque, et qui sait que telle information se trouve à tel endroit et si j'en ai besoin à un moment précis je vais pouvoir la retrouver et l'utiliser. Et comme tu le vois, c'est pas qu'il y a un mode ou une approche qui est mieux que l'autre, c'est vraiment plutôt une question de savoir qu'est-ce qui fonctionne pour toi. Et moi par exemple quand je regarde des templates Notion, ces sortes de database très organisés, je me dis oh là là quel travail, «Quel travail, je pourrais pas du tout faire ça.» Je suis un peu admirative, mais en même temps je me dis c'est pas du tout pour moi. Mais de la même manière, j'ai des amis qui sont très organisés comme ça, qui regardent mon «jardin de connaissances» que j'ai dans Roam et qui me disent «Mais comment tu t'y retrouves dans ce foutoir?» Donc je pense que c'est pas prescriptif du tout. Je pense qu'en termes de productivité consciente, il y a vraiment des principes de neurosciences assez clairs sur le management de l'énergie, sur le fait de prendre des breaks, de se reposer, de faire en sorte de faire son travail créatif au moment où on a cette énergie mentale pour pouvoir le faire. Quand il s'agit de manager sa connaissance, je pense que c'est beaucoup plus flexible.
Et toi, typiquement, justement, parce que tu écris beaucoup, tu es très prolifique. En ce moment, tu es en train d'écrire un livre, mais sinon tu écris assez régulièrement de manière générale. Anne-Laure Le Cunff, comment tu fonctionnes toi dans justement ce management de la connaissance pour prendre des informations, les bonnes et les utiliser à bon escient et éventuellement sinon réorganiser les choses pour y avoir accès plus tard?
C'est assez instinctif comme manière d'utiliser mon système. Ce que je fais, c'est qu'à chaque fois que j'ouvre mon système de notes, de notes. Dans Roam, il y a une page qui s'appelle Daily Notes qui s'ouvre tous les jours quand on l'ouvre. Et en fait, c'est ce que les Anglais appellent un brain dump. Je, vraiment, je prends tout ce que je trouve, ce que je lis qui est intéressant et je le mets là-dedans. Et ma seule règle, c'est que quand je mets quelque chose dedans, il faut que ce soit connecté à quelque chose d'existant dans mes notes. Donc il faut que ce soit connecté soit à une idée particulière que j'explore pour mon doctorat, à un chapitre sur lequel je travaille pour mon livre, il faut qu'il y ait une connexion quelque part. Et c'est comme ça ensuite que je retrouve mon information. Parce que par exemple, si jamais dans mes notes je clique sur chapitre 3, ça va me ressortir toutes les idées, les notes que j'ai rentrées et où je les ai taguées comme ça. Donc quand je suis prête à travailler sur le chapitre 3, je clique là-dessus, ça me sort tout. Si ensuite je clique sur «santé mentale », ça va me sortir toutes les notes qui mentionnent la santé mentale. Et c'est vraiment plus une expérience de naviguer, c'est pour ça que j'appelle ça un jardin, de naviguer en jardin, d'avoir des branches qui se connectent et des idées qui sont associées ensemble. Mais où j'imagine très bien que si on est le type de personne qui aime bien utiliser des dossiers et placer les choses dedans, ça peut être un petit peu difficile à naviguer, je pense.
Ouais, c'est ça, parce qu'on est un peu formaté à ça, tu vois, folder, fichier numéro 1, fichier numéro 2, petit a, petit b, et qui casse en fait tous les types de connexions. C'est bien rangé, c'est propre, mais c'est pas ce qui est le plus efficace, quoi.
Encore une fois, en termes d'efficacité, je dis vraiment aux gens à chaque fois, C'est qu'est-ce qui est efficace pour toi? Qu'est-ce qui marche pour toi? Et encore une fois, on a un petit peu trop tendance, je pense, avec notre génération YouTube et Twitter, à vouloir absolument suivre les conseils de quelqu'un d'autre. Moi, je pense que ce qui est hyper important, c'est de lire, d'écouter, bien sûr regarder des vidéos, écouter des podcasts, mais ensuite faut vraiment pas hésiter à créer sa propre boîte à outils. Donc là, dans tous les systèmes que j'ai mentionnés, les outils que moi j'utilise, peut-être qu'il y en a qu'un seul qui a l'air de résonner et qui pourrait fonctionner pour toi, mais très bien, prends cet outil et incorpore-le dans ton système. C'est très très rare que ça fonctionne de faire un copier-coller complet du système de quelqu'un d'autre parce que leurs circonstances sont différentes, leur cerveau est différent, leur travail est différent. Donc au lieu de copier-coller, faut vraiment créer sa propre boîte à outils.
Combien ça t'a pris de temps toi pour te trouver ce système d'organisation qui fonctionne? Déjà tu m'as dit que tu as utilisé pas mal d'outils au début. Combien de temps tu te laisses pour faire un test et dire ok ça, ça fonctionne ou ça, ça fonctionne pas?
C'est un travail infini, c'est itératif en fait. J'ai pas fini encore parce que mon travail continue d'évoluer, moi je continue d'évoluer, mon environnement et contexte aussi continuent d'évoluer. Donc encore une fois, fil conducteur, je me répète un peu, je radote, mais il faut savoir s'écouter vraiment. Ce qui est très important pour moi et qui ne changera jamais, je pense, c'est d'avoir ces checkpoints. Donc avoir un checkpoint pour moi tous les dimanches, c'est hyper important. Et le matin, j'écris un tout petit peu dans mon journal. Ça dépend des fois, parfois je suis un peu perdue et j'écris 3 pages ou 4 pages parce que j'ai vraiment besoin de décortiquer des choses. Parfois, ce matin par exemple, j'ai écrit 4 lignes et c'est très bien. J'avais pas forcément beaucoup plus à écrire ce matin. Donc les checkpoints sont importants pour moi. Au-delà de ça, tout peut changer, tout peut évoluer. Si mon système actuel, donc comme je t'ai dit, pour moi ce qui fonctionne plutôt bien en ce moment, c'est travail créatif le matin, ensuite meeting, ensuite email. Si dans le futur je sens que le matin je me force, en fait c'est un petit peu difficile de faire mon travail créatif, «J'expérimenterai avec une approche différente et on verra si ça fonctionne mieux.» Donc vraiment ne pas être buté, ne pas être rigide et accepter le fait qu'on n'est pas une personne aussi avec une identité fixe. On change, on change en fonction de notre travail, des relations qu'on a, des expériences qu'on a et donc nos systèmes doivent changer aussi.
Ouais, c'est un peu une hygiène de vie, d'organisation au quotidien qu'il faut continuellement faire quoi.
Exactement.
Mais ouais, ouais, non, c'est vrai que c'est pas forcément intuitif parce qu'on pense aussi, on est dans des périodes de sa vie où on dit ah là j'étais très bon, par exemple quand on était focus sur, pour passer un examen, on était très organisé, on a complètement lâché parce qu'on pensait à autre chose après, on a débordé par d'autres activités et on sait qu'à ce moment-là on a été productif mais on commence à avoir des doutes sur la capacité de l'être encore à nouveau ou alors en utilisant ces systèmes qui est qui est plus ailleurs finalement.
Et aussi se poser la question de la productivité en elle-même, de comment on la mesure, parce que quand on se prépare pour un examen par exemple, c'est des périodes de vie où on a une tendance à vraiment vouloir essayer de travailler au maximum en termes même de nombre d'heures pendant la journée, surtout quand on est comme moi, comme beaucoup, beaucoup de personnes je pense, on s'y prend un peu à la dernière minute, donc du coup on essaye de rattraper, c'est un peu la panique. Mais c'est quoi être productif? Quand on pense à beaucoup d'écrivains par exemple qui ont été très prolifiques, qui ont écrit des livres vraiment d'une grande qualité, il y en a beaucoup qui disent que «ben non, moi j'écrivais 2 heures le matin et c'est tout». Derrière ils allaient se balader, ils allaient boire le café avec les copains, lisaient le journal, fumaient un cigare. Bon c'est un peu des clichés, je parle de trucs du 18e siècle mais ils étaient pas collés à leur bureau à écrire toute la journée. Et du coup, est-ce qu'on considère que ces personnes sont productives ou pas productives? Moi, je considère qu'elles sont super productives parce que c'est ça au final, être productif, c'est être capable de faire son travail, de le faire bien, sans y passer forcément toute la journée à être collé le nez à essayer de le finir d'une manière qui n'est pas forcément très efficace.
Non mais je partage ça complètement. Il y a un thème que je voulais voir avec toi aussi parce que je sais que tu l'as pas mal couvert, c'est le thème justement de l'intelligence artificielle et de quelle manière en fait elle peut s'intégrer à toutes ces réflexions sur le cerveau, pourquoi il est fait, comment il peut être aidé en fait parce que voilà. Quelles ont été tes réflexions récentes là-dessus?
Moi vraiment aujourd'hui je pense que j'aurais beaucoup de mal à faire le travail que je fais aujourd'hui en faisant un doctorat, en écrivant un livre. J'ai mon business aussi, je manage une équipe. Si j'avais pas accès à des outils d'intelligence artificielle, et je les considère vraiment comme des compagnons de réflexion, j'adore brainstormer avec, clarifier mes pensées. Par exemple, quelque chose que j'aime beaucoup faire, je suis en train de préparer une présentation là par exemple que je vais faire faire à la fin de la semaine. Et je m'enregistre en parlant à mon téléphone. Et ensuite, je prends le transcript de ça et je le mets dans ChatGPT. Et je dis: dis-moi quels sont les 5 points les plus intéressants dans ce vomi de pensée que j'ai fait en marchant et en m'enregistrant. Et ça, c'est quelque chose où dans le passé, j'aurais dû embaucher un coach en fait pour avoir cette information. Et là, en un quart d'heure, 10 minutes à parler avec mon téléphone et 5 minutes à poser des questions à ChatGPT, j'ai cette information. C'est de l'information qui vient de mon cerveau, il y a rien d'inventé, mais il y a une clarté de pensée qui a été— que je peux obtenir vraiment beaucoup, beaucoup plus rapidement. Donc moi, je pense que c'est un super outil, ce sont de super outils. Outils pour mieux penser et penser de manière plus efficace. Ce sont aussi vraiment de très bons outils créatifs, mais encore une fois, je pense que la meilleure utilisation, c'est pour clarifier ses propres pensées. C'est un peu dommage, je trouve que— je peux comprendre bien sûr parce qu'on essaye d'être très très efficace, mais c'est un peu dommage quand je vois des gens qui laissent ces outils penser à leur place, donc qui disent «Écris-moi un article sur ce sujet» puis copier-coller et qu'ils le publient. C'est dommage quand même parce qu'on a des cerveaux extraordinaires capables de pensées originales et très très intéressantes et on se prive en fait de ce talent qu'on a en tant qu'être humain en le déléguant à une machine, ce qui est très dommage. Donc moi je pense que le mieux c'est vraiment de les voir comme des partenaires, de travailler ensemble.
Et ouais, Combien tu dirais, parce que quand tu dis de demander à ChatGPT de reformuler, enfin de clarifier ou de juger tes propres pensées, il y a quand même une manière de faire qui, enfin, il va travailler, il veut lui affûter aussi ses outils, sa façon d'interpréter par rapport à ce que tu cherches. En fait, c'est un apprentissage aussi, la relation entre toi et ce qu'il pense de ce que tu veux. Est-ce que ça prend du temps ça quand tu À quel niveau aussi, au bout de combien d'itérations tu commences à avoir quelque chose de bonne qualité?
En général c'est assez rapide parce que c'est vraiment basé sur la qualité des prompts qu'on écrit et en général les miennes sont assez détaillées. Donc j'ai un document où j'en ai que j'ai déjà écrites à l'avance et sur lesquelles j'ai travaillé pendant un moment et que je peux copier-coller maintenant. Donc il me prend très très peu de temps. Donc ça c'est aussi une sorte de système de productivité et de créativité en soi j'ai juste un document Google avec ces prompts que je peux copier-coller. Et souvent je me rends compte à ce stade, les outils sont suffisamment puissants où en général quand j'obtiens pas le résultat que je veux, c'est plutôt parce que j'ai mal posé la question, ce qui n'était pas le cas il y a 2 ans.
D'accord. Si on pense à Nest Lab, il y a quand même des, enfin ce projet qui a quand même bien fonctionné, tu en as un petit peu parlé au début, qui est vraiment bien décollé autour d'une communauté, ça me fait penser aussi qu'il y a beaucoup de choses qui se passent dans la connaissance pour apprendre qui sont plus au travers de cours en ligne, mais plus autour de justement de liens avec les gens, liens humains un petit peu. Et je voulais savoir si tu pouvais partager un peu de comment tu as, toi tu as vu ça en fait avec les gens de ta communauté, les liens peut-être qui se sont créés, et comment tu penses que ça peut rejoindre communauté, rejoindre des groupes, être aussi contributeur du développement de soi, quoi.
Oui, vraiment, je suis toujours étonnée de voir les connexions qui se créent dans la communauté NestLabs et la manière dont les personnes connectent ensemble et travaillent ensemble. Donc par exemple, on a 2 personnes qui font des sessions de coworking de manière complètement volontaire depuis 2 ans, toutes les semaines, dans la communauté NestLabs. Nest Labs et où tout le monde vient, travaille ensemble. Donc il y a une petite session de partage où les gens disent voilà, c'est le projet sur lequel je travaille, leur challenge, etc. Ensuite coworking et à la fin un petit débrief. Ça, ça fait 2 ans que ça dure et c'est vraiment juste des gens qui donnent à la communauté pour pouvoir recevoir de la communauté. J'ai aussi des exemples de personnes qui se sont rencontrées dans la communauté et qui ont décidé de lancer des projets ensemble. Il y a aussi d'autres personnes, sur quelque chose que j'encourage énormément dans la communauté Nest Labs, c'est l'apprentissage en public. Donc au lieu d'attendre de se sentir comme un expert qui sait tout sur un sujet, de se présenter comme un étudiant perpétuel et d'apprendre avec les autres. Et une manière de faire ça, c'est de donner des présentations, de faire des workshops pour d'autres personnes bien avant qu'on se sente prêt. Et c'est quelque chose que beaucoup de membres de la communauté font où par exemple ils commencent à s'intéresser à la méditation ou ils commencent à s'intéresser à comment utiliser Notion pour leur productivité, etc. Et ils donnent une présentation à la communauté. On a beaucoup de personnes qui ont commencé comme ça dans S.Lab et qui ensuite ont lancé leur propre cours après et qui ont maintenant des business qui fonctionnent parce qu'ils ont pris ce premier pas de se dire allez, c'est parti, je fais cette présentation, je fais ce workshop alors que je me sens pas encore 100% prêt. Et c'est quelque chose qu'on encourage beaucoup dans la communauté, c'est encore une fois cette l'apprentissage en public, être un étudiant perpétuel, savoir que c'est impossible de nos jours d'avoir toutes les connaissances qui sont disponibles dans le monde. Du coup, autant l'accepter et autant apprendre avec d'autres personnes.
Ouais, une sorte de partenaire d'engagement mais multiple en fait, d'être engagé complètement. Et ce qui est un petit peu différent du fake it till you make it, c'est pas exactement juste ça.
Ah non, parce que là, il n'y a pas de fake it, c'est vraiment, je suis en train d'apprendre. C'est comme ça que j'ai commencé NestLabs aussi. Je suis très claire sur le fait qu'il y a beaucoup de newsletters que j'envoie. Je viens de découvrir le sujet 2 ou 3 jours avant. Je trouve ça super intéressant et la newsletter pour moi est un moyen de me donner, un peu comme une excuse d'ailleurs, de passer 4-5 heures à lire tout ce qu'il y a à lire sur le sujet et ensuite à le communiquer dans une newsletter avec une communauté de personnes qui aussi peut-être n'en a jamais entendu parler. Mais je prétends jamais être une experte sur aucun sujet. Et au final, je pense que c'est ça qui a fait qu'il y a autant de personnes qui ont décidé de s'abonner et qui apprécient le contenu que j'écris, c'est que je suis pas l'experte du tout sur le sujet. Et donc du coup, je communique les choses à un niveau qui est celui de quelqu'un qui vient de découvrir cette question.
Ouais, ce qui est aussi énormément de valeur justement, c'est pas complètement inatteignable. Et quelqu'un qui est juste un peu plus avancé soir, qui a quelques heures de plus qu'à toi en fait.
C'est ça.
C'est quoi les projets avec toi, avec Inès Lab justement? Qu'est-ce que tu veux qu'on mette en place? J'ai vu que tu avais fait des meetups un peu partout, tu viens de New York là notamment.
Oui, justement j'ai vraiment envie d'essayer de rencontrer les gens en personne un petit peu plus. Je vais faire un meetup à Paris en juillet et j'essaye vraiment de créer des connexions qui soient beaucoup plus solide, beaucoup plus profonde. Je pense qu'on a déjà fait un super travail à connecter avec les gens en ligne, mais bon, maintenant que le COVID c'est fini, on a peut-être envie de passer un petit peu plus de temps pas devant notre ordinateur. Donc j'aimerais vraiment beaucoup aider les gens à connecter comme ça, un peu dans le monde réel, en dehors du monde digital. Ça c'est vraiment un projet. Et le plus gros projet, bien sûr, c'est mon livre que je suis en train de finir d'écrire, qui sortira l'année prochaine. Après la rédaction du livre, j'aimerais commencer à aligner le contenu de NestLabs avec ce dont je parle dans le livre. Le livre, ce sera vraiment les grandes idées. Donc du coup, derrière, à quoi ça ressemblerait d'aider les gens à prendre ces idées et à les mettre en pratique en utilisant la communauté NestLabs? Peut-être que c'est un cours, peut-être que c'est quelque chose d'un peu différent, des workshops, peut-être que c'est une série de projets, de challenges. Je sais pas exactement à quoi ça ressemblera, Mais j'aimerais vraiment avoir ces deux plateformes, le livre pour parler des grandes idées et NestLabs et sa communauté pour les mettre en pratique.
Ça, c'est super inspirant, je trouve, justement les cas pratiques de membres qui suivent des idées. Enfin, c'est très inspirant pour les gens qui font partie de la communauté. Je suis sûr que ça va vraiment bien marcher. Je pense que moi, ça m'inspire en tout cas.
Merci beaucoup, mais j'espère que ça inspirera aussi beaucoup d'autres personnes. C'est un projet très, très long d'écrire un livre, donc on va voir comment ça se passe. C'est ma première fois aussi, j'apprends beaucoup. Et donc oui, on verra dans un an comment ça s'est passé.
C'est cool, c'est clair. On a des ressources, à part effectivement, enfin évidemment ton site Mindful Productivity, enfin nestlabs d'ailleurs, .com. Tu as d'autres ressources peut-être que tu pourrais conseiller aux gens pour aller plus loin sur ce thème?
Comme tu l'as dit, donc il y a Nest Labs, donc nestlabs.com, et s'ils vont à /newsletter, ils peuvent s'abonner à ma newsletter. Twitter. Ensuite, je recommande vraiment de suivre juste le travail d'autres personnes aussi qui sont dans le même cercle un petit peu et qui ont une manière de parler de la productivité qui, je pense, est très alignée avec la manière dont j'en parle. Tu as déjà mentionné Ali Abdaal, j'ai mentionné Cal Newport, et j'aimerais aussi mentionner Tiago Forte qui a écrit Building a Second Brain, Construire son second cerveau, je crois que ça a été traduit en français, qui a aussi— on a parlé un petit peu du management de la connaissance les sens. Et il a aussi une approche qui est très consciente de ce sujet-là, donc je recommande leur travail aussi.
Ouais, excellent bouquin aussi, c'est mon cerveau, vraiment, ça t'ouvre des portes, des dimensions que tu avais pas imaginées avant, quoi. Excellent. Et le meilleur point de contact pour te contacter, c'est où?
Je suis très Twitter maintenant, qui s'appelle X, donc vous pouvez me trouver à Neuranne, N-E-U-R-A-N-N-E, et c'est la même chose sur Instagram, Threads et tous les réseaux sociaux.
Ouais, c'est plus simple. Excellent, merci beaucoup Anne-Laure pour ton temps et toutes tes connaissances. À bientôt, à bientôt, salut!
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